Chapitre 105 : Une Sombre Rentrée
Severus avait le moral au plus bas et cela se faisait sentir dans ses cours ou quand on lui adressait tout simplement la parole. Il restait certes poli mais d'un glacial… Il était devenu beaucoup moins supportable. Certains lui avaient même fait la remarque qu'il était dans le même état que quand la famille Potter avait été terrassée. Evidemment qu'il était dans le même état ! Merryl était à Azkaban ! Le mois de janvier avait avancé lentement et il était difficile pour lui de rester immobile à garder son misérable petit rôle de Maître des Potions et d'espion. Tout ce qu'il voulait c'était partir en direction d'Azkaban, franchir le poste de sécurité, faire exploser la prison et sortir sa belle rousse de là !
Il descendait les marches du grand escalier quand un cri, une voix qu'il connaissait bien, le tira de ses sombres pensées.
« Allez en enfer ! Sorcière ! » s'exclama Harriet en s'éloignant d'Ombrage.
« Miss Potter, » commença cette dernière avant d'être interrompue par le Maître des Potions.
« Puis-je savoir ce qu'il se passe ? » demanda-t-il froidement.
« Miss Potter dépasse les … »
« Je ne m'adressais pas à vous, Dolores, » répliqua-t-il en lui lançant un regard noir. « Miss Potter, vous n'êtes pas connue pour vous exprimer ainsi face à un professeur. Que se passe-t-il ? »
« Il se passe, professeur, que votre collègue a tenu des propos insultants envers ma tante, et par extension naturellement, ma mère ! Avant d'aller insulter le sang des autres, professeur Ombrage, examiner d'abord le vôtre ! Maintenant, si cela ne dérange personne, j'aimerais qu'on me laisse seule ! »
« Cinquante points en moins pour Serdaigle pour vos mensonges, Miss Potter ! » s'outragea Ombrage. « Et retenue dans mon bureau ! »
« Cinquante points pour Serdaigle et j'annule la retenue, » contra Severus en toisant Ombrage de toute sa hauteur. « Miss Potter est connue dans cette école pour son arrogance, son répondant, ses farces douteuses, mais certainement pas pour dire des mensonges. Qui plus est, vous l'avez attaquée personnellement en sortant de votre cadre. Je vous rappelle, Dolores, que vous êtes ici en tant qu'enseignante et inquisitrice. Par ailleurs, que ce soit de la part d'élèves ou de professeurs, il est clairement stipuler dans le règlement que tous propos injurieux ou racistes même ne sont pas tolérés dans l'enceinte de Poudlard. Et de ce que je viens de comprendre et connaissant bien la famille Evans, vous venez de les insulter d'un terme que je ne me permettrais pas de répéter. Je vous prierai de cesser ou je devrais en référer aux membres du conseil d'administration de l'école. »
Il se tourna prêt à suivre sa sœur, inquiet pour elle mais il n'en avait pas encore fini avec la sorcière.
« Et Dolores, dernière petite chose, si j'apprends que vous vous en prenez encore à Harriet Potter pour ce genre de raison, je me chargerai personnellement de votre cas. »
« Est-ce une menace Severus ? »
« Non, une promesse, » rétorqua-t-il. « Si je vous menaçais, vous seriez déjà en très mauvaise posture. Ne vous approchez plus d'Harriet Potter pour autre chose que les cours ou pour sanctionner un point du règlement qu'elle ne respecterait pas ! »
« Faites-vous du favoritisme ? »
« Je ne fais aucun favoritisme, Dolores, encore moins avec une Potter ! Mais j'estime que Miss Potter a déjà suffisamment sur le dos actuellement et que le Ministère s'en est déjà suffisamment pris aux siens pour vous empêcher d'en rajouter une couche ! »
Il partit à grandes enjambées pour monter les escaliers. Il ignora tous les murmures sur son passage. Oui, il avait défendu sa sœur et si cela arrivait aux oreilles du Seigneur des Ténèbres, il l'assumerait mais il avait aussi quelques excuses toutes prêtes pour se défendre. Tout d'abord, il était un Sang-Mêlé, tout comme Harriet, ensuite, Dolores s'attaquait à elle sur sujet hors du cadre scolaire, injurieux, et en plus, il était le compagnon de sa tante ! Il avait appris de sa sœur que le Lord Noir savait pour sa relation. Alors il pourrait se permettre de jouer cette carte.
Il monta jusqu'à la tour d'astronomie et retrouva Harriet assise, dos contre un pilier et les jambes pendant dans le vide.
« Dis-moi que tu n'as pas l'intention de sauter, » dit-il d'une voix blanche.
« Non. Par contre, je me souviens avoir dit vouloir être seule, » contra-t-elle.
« Je sais mais il n'y a jamais vraiment eu de bons happy-end pour les personnes qui venaient seules ici quand elles ont un état d'esprit proche du nôtre. »
Il se rapprocha de sa sœur et s'assit lui aussi sur le sol, en tailleur.
« Je ne suis pas suicidaire. Enfin… Je l'ai été autrefois mais c'était il y a très longtemps. »
« Avant ou après ta renaissance ? »
« Avant. J'avais… quatorze ou quinze ans. Je ne sais plus trop. »
« Pourquoi ? »
« Un problème judiciaire… On m'interdisait de voir mon père qui était innocent de ce pour quoi on l'accusait. C'est du détail… Mais finalement, j'ai pu le revoir par la suite et tout s'est arrangé. »
« Je te promets que tout s'arrangera ici aussi, » fit Severus en posant une main sur l'épaule de sa sœur.
« Je sais. Mais à quel prix ? Quand Sirius est sorti d'Azkaban, il était … »
« Une loque, je sais. »
« Mais il pouvait se transformer en chien pour supporter son emprisonnement. Merryl ne pourra pas se changer en dauphin. Comment sera-t-elle quand elle en sortira ? »
« Je … je ne préfère pas y penser, » avoua le Maître des Potions. « Mais quel que sera son état, nous serons tous là pour elle. »
Harriet se rapprocha de son frère et vint chercher du réconfort.
« Au fait, merci de m'avoir défendue. »
« Je ne pourrais pas le faire à chaque fois, Harriet, » répondit doucement le Serpentard en lui caressant doucement les cheveux. « J'ai pu me le permettre parce que le sujet qui te tenait à cœur me tient aussi officiellement à cœur. Cela concernait Merryl et elle sait que je l'aime. »
« Risques-tu des problèmes avec le Ministère pour ça ? »
« Je m'en soucie guère. Mes propos étaient justes. Ombrage a abusé de son pouvoir actuel et profite de son statut comme si elle était tout permis ici. Ce n'est pas le cas. Alors oui, j'ai défendu une élève qui n'est pas de ma maison, oui je t'ai défendu toi, mais essentiellement parce qu'il y a des règles dans cette école qu'elle a enfreintes. Et aussi parce que tu es la nièce de Merryl. Le fait que tu sois ma sœur est encore occulté pour le moment. Mais peut-être plus pour très longtemps si elle continue… »
Il lui embrassa le front et la serra contre sa poitrine. Ils restèrent un moment ainsi dans le silence apaisant de la tour d'astronomie, Severus les entourant d'un sort de chaleur pour les protéger du vent glacial de janvier.
Il réfléchit longuement à certaines choses, appréciant le calme pour remettre de l'ordre dans ses pensées. Puis, un détail vint à l'avant de son esprit.
« Comment sais-tu que Dolores Ombrages n'est pas une Sang-Pure ? »
« J'ai encore reçu une lettre. »
« Ah ? »
« Je comptais te l'envoyer dans la soirée avec ma réponse. »
« Et qu'est-ce qu'il dit en somme ? »
« Il m'a évoqué l'évasion de tous ses Mangemorts, que mon idée pour le laxatif n'était pas suffisante à son goût. »
« Je trouve déjà cela trop osé. Tu l'as fait ? »
« Pas encore. »
« Bien, ne le fais pas. »
« Et sinon, il m'a dit avoir fait des recherches sur Ombrage. Et quelques bricoles insignifiantes que tu mets toujours dans les lettres histoire qu'elles aient un peu de contenu. »
« Hmmm. Est-ce que tu as parlé à qui que ce soit pour l'évasion. »
« Un peu mais c'était dans le journal. Tu ne l'as pas lu ? » s'étonna-t-elle.
« J'avoue que cela fait trois jours que je n'ai pas lu la Gazette. Je n'en ai pas la patience. »
« Pourquoi tu me demandais si j'en avais parlé ? »
« Parce que Minerva s'est fait surprendre à en discuter avec ton amie, Miss Granger. »
« Par Ombrage ? »
« Oui. »
« Il n'y a pas eu de problèmes ? »
« Techniquement, elles n'ont rien fait de mal, du moins pour le moment, mais… »
« Cela sent un nouveau décret. »
« Si vous ne m'aviez pas dit que vous étiez aussi proches, j'aurais été plus que surprise par cette scène, Severus, » fit une voix derrière les deux Prince.
Ils sursautèrent et virent le professeur McGonagall approcher.
« D'un autre côté, c'est tellement évident quand on y réfléchit. Votre mère est Lady Eileen Prince à tous les deux… »
« Si c'est si évident, comment Dumbledore ne l'a pas encore vu ? » demanda Harriet pour la forme alors qu'elle se redressait. « Ah mais oui parce que c'est un grand con ! »
« Harriet ! » fit durement Severus. « Langage. »
« Désolée. Mais c'est la vérité ! »
« Alors trouve un moyen plus poli de le dire. Je te l'ai déjà dit, et Maman aussi, apprends à tenir ta langue. » Il se tourna vers sa collègue. « Qu'y a-t-il, Minerva ? »
« Dolores …, » soupira cette dernière. « Elle a encore fait sortir de nouveaux décrets. »
« Achevez-nous, » soupira Harriet. « Que disent-ils ? »
« Les élèves ne doivent pas discuter des événements perturbants qui se passeraient en dehors de l'école sous peine d'être sanctionnés. Il en va de même pour les professeurs avec un détail en plus. On n'est pas autorisés à parler avec les élèves pour des choses autres que notre propre matière. »
« Je vous demande pardon, Minerva ? » s'exclama Severus. « Mais … »
« C'est de l'abus de pouvoir, » termina Harriet à la place de son frère. « Elle a été vite. »
« Très vite, » confirma Minerva en se tournant vers le Maître des Potions. « A se demander si elle ne les rédige pas elle-même et falsifie la signature du Ministre. »
« Que voulez-vous dire ? »
« Il y a encore un autre décret qui touche un point que vous avez énoncé il y a quelques heures à peine. Toute plainte au sujet de Poudlard ou de son personnel doit être écrite à la Grande Inquisitrice. »
« Quoi ?! » firent les deux Prince à l'unisson.
« Mais …, » continua Harriet, presque sans voix.
« C'est elle qui a engagé la guerre en insultant les Nés-Moldus, Minerva ! »
« Je le sais bien Severus, j'ai assisté à la scène. » La sorcière soupira. « Il va falloir être encore plus prudent. »
« Harriet, tu te souviens de ce que je t'ai demandé vis-à-vis d'Ombrage ? »
« De me tenir un maximum à carreaux ? »
« Tant que tu ne te fais pas prendre, tu fais ce que tu veux. »
« Severus ! » s'indigna Minerva. « Vous n'y pensez pas ?! »
« Oh que si, j'y pense sérieusement ! Elle va trop loin. Je demanderai même de l'aide à Black si nécessaire ! Cette satanée chatte mal léchée nous en fait voir à tous de toutes les couleurs ! »
« Est-ce une raison pour agir comme Black et ses amis. »
« Avec elle ? » firent les deux Prince à l'unisson. « Avec ce qu'elle vient de faire ? Totalement ! »
Ils échangèrent un regard et eurent leur premier sourire depuis quelques jours, certes terne, mais bien présent.
« Je n'aurais jamais cru que vous étiez aussi complice, l'un et l'autre, » nota Minerva McGonagall avec un sourire. « Je n'ai rien entendu, » ajouta-t-elle en se relevant.
