Chapitre 107 : Une Interview

Harriet buvait une tasse de thé bien chaude avec Hermione et Luna aux Trois Balais. La jeune Prince avait accédé à la requête de Rita Skeeter. Enfin, accéder … C'était un bien grand mot ! Elle allait plutôt se servir d'elle comme son frère l'avait finement proposé quand la journaliste avait fait une énième requête.

Severus avait vraiment une dent contre le Ministère depuis l'arrestation de Merryl et tout ce qui pouvait leur mettre des bâtons dans les roues sans être illégal pour autant était une petite lueur de plaisir sadique et vengeur en plus dans son regard.

Maintenant, comme ils s'en doutaient tous, même si Rita Skeeter avait un énorme public, la Gazette du Sorcier était contrôlée par le Ministère. Son papier allait donc devoir être publié dans un autre journal. Le choix s'était naturellement porté sur le Chicaneur et le père de Luna avait accepté. Il serait juste publié au mois de mars puisqu'il avait un article sur les Ronflaks Cornus pour le mois de février et que c'était, selon les dires de Luna, d'une importance capitale.

Quand Rita Skeeter se présenta devant les jeunes filles, Harriet la détailla rapidement avant de l'inviter poliment à s'asseoir. Elle était toujours avec ses tenues criardes, ses lunettes écailleuses et ses mèches blondes peroxydées. Pas du tout à son goût mais comme c'était quelque chose de subjectif …

« Ma chère Harriet, » fit la journaliste avec un immense sourire. « Je n'espérais plus. »

« Comme quoi l'espoir fait vivre, Mme Skeeter, » répondit la Serdaigle en passant cette fois-ci sur le nom.

Si elle pouvait se mettre la journaliste dans la poche, ce serait déjà cela de pris.

« Thé ? Café ? » demanda-t-elle ensuite.

« Du thé, merci, » sourit Skeeter en farfouillant dans son sac.

« Pas de plume à papote par contre, » fit la jeune fille. « Je suis contre ce genre de gadgets. »

Elle vit la journaliste soupirer avant de lui faire un sourire.

« Très bien. Une plume normale dans ce cas. »

« Est-ce que vous êtes consciente qu'en publiant ce que vous allez entendre aujourd'hui, vous risquez de perdre votre emploi ou toute crédibilité auprès de la Gazette ? » demanda Harriet avec honnêteté.

« Mais si Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom est de retour, il faut que les gens sachent. Et j'aurais toujours des lecteurs, » ajouta la journaliste avec conviction.

« Mon père ne paie pas les interviews, » dit alors Luna.

Avant que la journaliste ne puisse répliquer quoi que ce soit, Harriet intervint.

« Je t'ai déjà dit que ce ne serait pas un problème. Il vous suffira d'envoyer une lettre à ma mère pour qu'elle vous verse l'argent pour votre travail, » ajouta-t-elle à l'adresse de la journaliste. « Tout travail mérité salaire à condition qu'il soit bien fait naturellement. »

« Naturellement. »

Harriet raconta alors ce qui s'était passé durant cette soirée de juin dans le cimetière de Little Hangleton. Ce qui s'était passé avant, durant l'année aussi, comme la présence d'un mangemort sous polynectar au sein du corps enseignant qui n'était pas anodin. Elle parla du rituel du mieux qu'elle s'en rappelait, proposant jusqu'à lui donner le souvenir de cette nuit. Et naturellement, elle parla des sujets de discussion qui avaient été abordés entre Voldemort et elle. Cela signifiait aussi les Dumbledore …

Cela allait alimenter les discussions pendant des mois. Elle avait surpris même Rita Skeeter par cette révélation. Elle surprendrait certainement les plus âgés des Weasley sans aucun doute. Au moins, Arthur Weasley était décédé en homme heureux sans connaître la morsure de la trahison. Mais maintenant qu'il était avec Magia, il devait certainement savoir. Comme ses parents l'avaient dit lors du jugement de Dumbledore, ils voyaient tout, ils savaient tout.

Elle n'était pas avec Dumbledore. Elle n'était pas non plus avec le Ministère. Elle était le troisième camp et cela se sentait au fur et à mesure qu'elle répondait aux questions de la journaliste.

Elle croisa un instant le regard acier d'un certain blond et elle le vit s'étrécir à la vue de Rita Skeeter. Harriet fit un sourire désolé à Drago car elle avait vendu son père parmi les Mangemorts qu'elle avait reconnus dans le cercle de Voldemort.

« Harriet ? » fit soudain la journaliste. « Etes-vous avec nous ? »

« Navrée, » répondit la jeune fille avec un sourire légèrement coupable et gêné d'avoir été distraite. « Je pensais à un ami. »

« Un ami ? » répéta Rita, curieuse.

« Il ne l'est plus. »

« Pourquoi cela ? »

« A la guerre, il faut faire des sacrifices. Mon sacrifice est pour le moment de perdre des amis chers à mon cœur parce que je ne veux pas qu'ils fassent le choix entre leur famille ou moi. »

« Des enfants de Mangemorts ? »

« Oui. Certains sont comme leurs parents, d'autres non. Mais dans tous les cas, tel que je connais Voldemort, ce ne sera plus qu'une question de temps avant qu'ils ne deviennent tous Mangemorts à leur tour. Même s'ils ne le font pas de leur plein gré… »

Hermione passa un bras autour des épaules d'Harriet tandis qu'elle jetait elle aussi un regard sur le Serpentard blond qui sortait de l'auberge. Rita Skeeter détourna les yeux pour regarder dans la même direction mais Drago avait déjà disparu. Elle n'aurait donc pas son identité. Et c'était peut-être mieux ainsi. Elle avait déjà visé Lucius Malfoy, mettant ainsi une cible sur sa famille. Il serait légèrement en disgrâce. Mais elle disait la vérité et n'évoquait que Lucius.

Elle remonta le chemin vers le château ce jour-là avec l'énergie de l'anticipation. Elle avait hâte de voir ce que cela allait donner même si elle savait déjà qu'elle aurait une retenue pour 'avoir menti'.

Mais petit bilan mental de ce qu'elle avait révélé : la renaissance de Voldemort, son statut de Sang-Mêlé, fils d'un Moldu et d'une Sang-Pure, les noms de quelques mangemorts et petite cerise sur le gâteau, l'existence de deux Dumbledore.

Rien que cela méritait une petite danse de la victoire.

xXxXxXx

Trois semaines plus tard, Luna vint la voir avec un exemplaire du Chicaneur avec sa photo en première page. L'article était sorti.

Harriet Potter parle enfin :

La vérité sur Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom et le récit de la nuit où je l'ai vu revenir

Elle parcourut rapidement l'article des yeux et sourit. Une bonne chose de faite. Cela allait en surprendre plus d'un et elle percevait déjà le regard malicieux de son frère et les rires de son parrain de loin. Cela allait être un coup dur pour le Ministère, pour Dumbledore et … peut-être … pour Voldemort.

« J'ai demandé à mon père qu'il envoie un exemplaire gratuit à ton frère et à ta mère, » révéla ensuite Luna alors qu'elles partaient pour la Grande Salle prendre le petit-déjeuner.

« Super ! Par contre, je sens que je vais être harcelée de questions. Si jamais tu veux t'enfuir, c'est l'occasion, avant que les hordes n'arrivent ! »

« Si je peux survivre à ton frère, je peux survivre à tout, » plaisanta l'autre Serdaigle avec un sourire radieux.

« Je n'irais pas lui répéter, » continua Harriet sur sa lancée avant d'éclater de rire en rentrant dans la Grande Salle.

Tout se passa dans la joie et la bonne humeur, les filles ayant rejoint quelques amies et plaisantant gaiement de différents sujets légers et sans importance quand le courrier arriva.

Et occasionnellement pour Harriet, le courrier était venu en masse pour elle. Des dizaines et des dizaines de lettres lui étaient destinées. Le courrier des lecteurs … Elle inspira un grand coup et se mit à l'ouvrir progressivement. Hermione, Luna et Padma l'aidèrent à décortiquer son courrier.

Il y avait évidemment des réponses de personnes qui la descendaient et la prenaient pour une menteuse ou une allumée du ciboulot. Elle rejeta ce courrier avec indifférence. Il y en avait d'autres qui étaient mitigés car ils voulaient encore croire que Voldemort n'était pas de retour. Ces lettres étaient respectueuses et ne faisaient que refléter le doute et la peur de la personne. Et enfin, il y avait un certain nombre de personnes qui la croyaient et lui donnaient même quelques mots d'encouragement pour la suite. Certains même allaient jusqu'à la considérer comme une héroïne, ce qu'elle n'était clairement pas. Elle était une survivante, tout simplement.

« Hmmm… Harriet, » fit soudain la Gryffondor avec les sourcils froncés. « Tiens. J'arrive pas à la lire. Encore lui. »

« Oh… okay. Merci, » répondit la jeune Prince.

Elle lut en effet son nom avec aisance. Voldemort avait sans doute compté sur le fait qu'il y aurait masse de courriers à la suite de son interview pour que la sienne s'y glisse, totalement inaperçue. Malin le serpent …

Les filles furent interrompues dans leur épluchage de courrier par le toussotement oh combien désagréable de la Grande Inquisitrice.

« Que se passe-t-il, ici ? » demanda Ombrage d'une voix faussement aimable.

« J'ai reçu du courrier, professeur, » répondit innocemment Harriet.

Elle savait parfaitement qu'elle attirait l'attention avec cet amas continu de lettres qui ne cessaient de s'agrandir mais elle s'y attendait tellement qu'elle n'y faisait pas vraiment attention.

« Pourquoi avez-vous reçu toutes ces lettres, Miss Potter ? » fit lentement le crapaud qui dardait son regard sur les enveloppes.

« Mon courrier ne regarde que moi, professeur, » répondit la Serdaigle avec une voix la plus neutre possible. « C'est privé. »

« Vous ne recevez jamais autant. »

Harriet soupira bruyamment en secouant la tête.

« Très bien. Après tout, au point où vous en êtes, vous immiscez dans la vie privée des gens n'est qu'un détail ! Et vous serez au courant assez rapidement… Vous connaissez Rita Skeeter ? » La sorcière hocha la tête. « Cela fait depuis quelques mois qu'elle demandait à ce que j'accepte de lui accorder une interview. Voyant son insistance, j'ai cédé à sa demande dans l'espérance d'avoir la paix ensuite. Toutes ces lettres sont les réponses des lecteurs par rapport à mon interview. Est-ce un crime ? »

« Une interview ? » fit Ombrage d'une voix aigue. « Que voulez-vous dire ? »

« Une séance de question-réponses, » soupira Harriet, blasée. « Elle m'a posée des questions sur les événements de l'an dernier. Vous trouverez tout dans le Chicaneur, »termina-t-elle en agitant la main.

Luna donna un exemplaire du journal à la sorcière qui blanchit rien qu'en en voyant la couverture et le gros titre.

« Quand avez-vous fait cela ? » demanda-t-elle.

« Pendant la dernière sortie à Pré-au-Lard, » répondit la jeune Prince.

Le regard qu'elle reçut du crapaud fut empli de rage alors qu'elle serrait le magasine entre ses mains légèrement tremblantes.

« Il n'y aura plus d'autres sorties à Pré-au-Lard pour vous, Miss Potter, » murmura-t-elle dangereusement.

« Et pour quelle raison, professeur ? » demanda Harriet en se levant pour fixer son honni professeur dans les yeux. « Je n'ai rien fait de mal. J'estime avoir le droit de savoir pourquoi je suis punie à la fois pour la retenue, les points et la privation des sorties à Pré-au-Lard. J'ignorais que répondre aux questions d'une journaliste était un crime. Peut-être devrais-je en aviser toute personne se présentant à une journaliste ? »

« Je suis votre professeur et la Grande Inquisitrice. Je vais vous apprendre à dire des mensonges, Miss Potter. Cinquante points en moins pour Serdaigle et retenue dans mon bureau. »

« Oui, vous êtes mon professeur. Oui vous pouvez me punir mais unique ment au sein de l'école. Sauf que là vous agissez largement hors du cadre scolaire. Vous n'avez aucun droit sur ma vie privée et hors du domaine de Poudlard. J'ai le droit de répondre à des questions, j'ai le droit à parler, j'ai le droit à émettre mon opinion. Alors maintenant, professeur, donnez-moi une raison valable d'être punie au sein de l'école, s'il vous plait. Je crains ne pas voir quel point du règlement j'ai enfreint au sein de l'école. »

« Miss Potter a raison, Dolores, » intervint le professeur McGonagall en approchant. « Il n'y a absolument aucune raison de la punir puisqu'elle n'a pas enfreint le règlement de l'école. Ce qui se passe en dehors ne nous concerne pas. »

Harriet remercia la directrice des Gryffondors d'un regard, ainsi que son directeur de maison qui approchait également. Ombrage rageait car elle se retrouvait coincée par les règles et la limite de l'institution qu'était Poudlard et elle n'était qu'une enseignante et la Grande Inquisitrice. A l'extérieur des murs de Poudlard, à part au Ministère même, elle n'avait aucun pouvoir.

'Eh oui, pauvre cruche,' ricanait la Serdaigle intérieurement. 'Tu n'as pas affaire au petit Harry Gryffondor incapable de se défendre mais bien à une femme intelligente, pleine de verve et ayant l'habitude de se défendre contre des Serpentards pour n'importe quel sujet.'

Elle ressortit de la Grande Salle avec ses cinquante points pour sa maison, aucune retenue et une Ombrage mouchée. Une petite victoire vengeresse qui faisait bien plaisir, même si elle savait pertinemment que la sorcière l'aurait au tournant très prochainement.

Mais pour le moment, elle était contente. Elle s'était vengée encore un peu, elle avait porté un grand coup avec sa famille et, petit soulagement, elle n'avait pas de retenue.

Elle en avait déjà suffisamment avec elle juste pour son insolence alors …