Chapitre 117 : Un Donneur Compatible

Il ne dut pas attendre beaucoup plus longtemps car un médicomage s'adressa à eux une dizaine de minutes plus tard.

« Vous êtes là pour Merryl Evans ? » Les trois anglais confirmèrent d'un hochement de tête. « Qui est Severus Snape ? »

« C'est moi, » répondit l'homme. « Je suis le compagnon de Merryl. »

« J'ai quelque chose d'important à vous annoncer. »

Le Médicomagie invita Severus à le suivre dans la salle d'osculation d'où il venait.

« Mr Snape, je pense que voir sera bien plus clair que de simples explications alors suivez-moi. »

Il ouvrit une deuxième porte au fond de la salle au moyen d'empreintes magiques et fit entrer le sorcier en premier.

La salle dans laquelle ils arrivèrent était vide à l'exception d'un appareil où apparaissaient des informations incompréhensibles pour Severus et d'un grand bassin entouré d'une barrière magique permettant de voir ce qui se passait sous l'eau. Là, sous l'eau, se tenait Merryl, semblant seulement endormie bien qu'amaigrie.

« La gardienne souffre bien sûr des traitements faits à Azkaban, à savoir la dénutrition et la déshydratation mais également du mal plus terrible. Il ne reste presque plus une goutte de magie en elle et le temps qu'elle se reforme, Merryl Evans ne se réveillera pas. Il est même possible qu'elle ne se réveille pas du tout. »

Severus déglutit en entendant cela. Il hocha malgré tout la tête, silencieux, pour montrer qu'il avait compris. Il gardait son regard sombre sur sa compagne, incertain de ce qu'il ferait ensuite. Un geste du médicomage le fit reporter son attention sur lui.

« Mais je ne vous ai pas amené ici pour elle, » dit ce dernier.

Il guida le Maître des Potions vers une autre barrière, cette fois verticale derrière laquelle se tenait une sorte d'incubateur. Le Serpentard fronça les sourcils quand il aperçut la toute petite silhouette d'un bébé, à peine plus grand que sa main. Il l'observa quelques secondes sans comprendre avant de reporter son regard onyx sur le médicomage.

« Vous êtes le compagnon de notre Gardienne, n'est-ce pas ? »

« C'est exact, » répondit Severus, perdu.

« Alors, bien que le moment soit terrible pour vous, je vous souhaite toutes mes félicitations, vous êtes père d'une petite fille. »

Durant les instants qui suivirent, il n'entendit plus grand-chose. Il était en état de choc. Il n'avait jamais envisagé la possibilité d'être père. Le retour de sa famille, de sa mère, l'ajout d'Harriet et puis de Merryl, et par extension le fils de cette dernière était déjà un merveilleux cadeau pour lui.

Severus se sentit comme dans un brouillard opaque, plus capable de réfléchir plus loin que ce qu'il venait d'apprendre. Il marcha, se laissant guider doucement par la main du médicomage. Il l'entendit vaguement parler aux deux Gryffondors qui l'accompagnaient mais il n'arrivait plus à mettre du sens sur les mots. Son esprit était empli de la vision de sa compagne plongée dans un profond coma et sa … sa fille, née sans doute durant l'opération, bien petite à son goût pour un bébé. Il n'avait même pas pu les approcher, séparé d'elles deux par une barrière qui garantissait au mieux leur survie.

En effet, elles n'étaient pas encore sauves. Ils pouvaient les perdre à tout instant et était impuissant. Il ne pouvait rien faire pour elles, ses talents de potionniste étaient tout bonnement inutiles et il n'était pas un donneur compatible…

Il resta immobile pendant ce qu'il lui sembla une éternité, mais peut-être n'était-ce que quelques minutes ou heures, il n'en savait rien. Il était tout simplement perdu. Il revint partiellement à lui quand une main douce mais réconfortante se posa sur son épaule. Il fut étonné de voir qu'il s'agissait de celle de Black.

« Je n'ai pas de mot à te dire qui serait suffisamment fort pour t'expliquer tout ce que nous ressentons, » fit le Gryffondor d'une voix grave. « Et je ne voudrais pas non plus provoquer le sort ou te bercer de faux espoirs, je sais que tu n'es pas homme à les écouter. Mais sache qu'on est là, Snape. Malgré notre passé, on est une famille maintenant. On ne se lâchera plus. »

Severus hocha la tête et accepta la main tendue devant lui. Il la serra volontiers.

« Merci, » murmura-t-il, la gorge nouée.

« Ils ont trouvé un donneur compatible, » informa ensuite Lupin.

Les yeux onyx se tournèrent vers le Loup-Garou avec une infime lueur d'espoir.

« Qui ? »

« Son fils, Alfie. »

Severus déglutit et fit de son mieux pour remettre tous ses sentiments derrière ses boucliers d'occlumancie. Ici, il était inutile et se lamenter sur son sort n'aiderait personne. Il se frotta les yeux, se rendant compte pour la première fois qu'il pleurait. Cette situation le dépassait vraiment.

« Il va falloir aller le chercher, » répliqua-t-il alors.

« Freeman est déjà parti le chercher, » fit Black.

« Ne risque-t-il pas des problèmes avec son père ? » demanda Lupin.

« Non, » firent ensemble Severus et Sirius.

« Freeman est le Lord de la famille Addington, » continua le Gryffondor. « Thorin Addington ne pourra rien dire. »

« Et Lady Addington. »

« L'avantage d'une société patriarcale est que quand il y a un homme au pouvoir, la femme n'a rien à dire, » rétorqua Severus d'une voix acerbe. « Freeman a l'avantage sur sa mère sur ce point de vue-là. »

« Et le Ministère ? Ombrage ? »

« Ils ne pourront pas empêcher un Lord régnant de revendiquer la présence de son héritier pour des raisons qu'il n'est en rien obligé de divulguer, » répliqua Severus. « L'avantage de faire partie des vieilles familles nobles. Leur existence est plus ancienne que le ministère et elles peuvent encore agir sans leur aval, notamment dans la réquisition de la présence des héritiers auprès de leur Lord. »

« Exactement, » sourit Black. « Et techniquement, Eileen ou même moi pourrions en faire autant avec Harriet. Mais ce ne serait pas très malin de le faire maintenant. Elle a ses examens d'un côté, mais ce serait aussi donner une piste sur le motif de leur présence. »

« J'aurais jamais cru que tu puisses réfléchir comme un Serpentard, Black, » commenta le Maître des Potions. « Cela change. »

« J'ai beau avoir été réparti à Gryffondor, je reste encore un Black ! »

Il n'y eut qu'un sourire bref et en coin sur le visage des trois anglais avant de rapidement disparaître. Aucun d'eux n'avait le cœur à s'amuser.

« Il va falloir que je retourne en Angleterre, » commenta ensuite le Serpentard. « Harriet a dit que j'aurais des ennuis. »

« Tu n'auras qu'à dire que j'ai réquisitionné ta présence pour une expertise, » fit simplement Sirius en agitant la main.

« Toi ? Tu me donnes un alibi ? »

« Qui en plus ne sera contesté par personne puisque nous sommes réputés nous détester et que nous étions en plus ennemis au collège. Et qu'ils essaient de te foutre des emmerdes ! En tant que Lord je n'ai pas à me justifier tant que je n'enfreins pas les lois ! »

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Les trois Anglais patientaient l'arrivée de Freeman et d'Alfie Addington. Avec eux, ils en sauraient un petit peu plus sur l'état de Merryl et sa fille dans la pièce d'à côté et comment il pourrait s'améliorer.

Les deux blonds arrivèrent bien vite et les trois hommes déjà présents se demandèrent comment Freeman avait bien pu être si rapide. Ils se focalisèrent toutefois sur ce qui se passait. Le médicomage les fit tous entrer dans la salle pour qu'ils n'encombrent plus la salle d'attente et expliqua la situation au jeune Addington.

« Donc ... vous êtes en train de me dire que sans cette chose, ma mère ne serait pas dans cet état et maintenant vous me dites que je devrais lui transfuser de ma magie alors que si ça se trouve, Maman va mourir par sa faute ?! » dit froidement le petit blond les larmes aux yeux.

Severus déglutit difficilement à de tels mots. Il fit toutefois un geste aux deux Gryffondors de se taire. Ce n'était pas avec des cris outrés qu'on pouvait régler ce genre de cas mais bien par des explications. Après tout, Alfie n'était encore qu'un adolescent. Il ne devait pas tout comprendre ni même voir de la même manière qu'eux.

« Mr Addington, » fit-il aussi calmement que possible. « Alfie… »

Il se rapprocha du Serdaigle et posa une main douce sur son épaule. Il s'abaissa pour être à la même hauteur que lui avant de continuer.

« Je conçois que ce soit difficile pour vous. Merryl est votre mère. Et on vous demande de faire le choix le plus difficile de votre vie. Mais avant que vous ne le fassiez, sachez que cet être derrière cette barrière n'est pas une chose. Elle n'est pas un monstre. Elle est votre petite sœur. Ma fille également. Mais avant tout, elle est un être innocent qui n'a pas eu tout ce dont elle avait besoin pour grandir correctement au sein de votre mère. Elles ont soufferts toutes les deux à Azkaban. Je n'ai pas le pouvoir de vous obliger à choisir entre votre mère ou votre sœur. Je ne peux pas vous forcer à sauver l'une au détriment de l'autre. »

Le blond fixait l'homme avec attention alors que des larmes perlaient doucement dans ses yeux.

« Je sais que je vous ai fait une promesse de faire tout mon possible pour sauver votre mère. Pour la préserver. Je … je l'aime plus que ma propre vie et si je pouvais, je sacrifierai la mienne pour elle. Mais j'ai aussi fait une autre promesse il y a longtemps, celle de ne jamais faire souffrir un enfant. Votre sœur a souffert des mauvais traitements subis par votre mère. Et contrairement à votre mère qui a déjà connu des situations extrêmement difficiles, elle, elle n'y était pas préparée. Un bébé a besoin d'attention et d'amour et non d'être rejeté comme un monstre dans un placard, abandonné et livré à lui-même. »

Il inspira profondément pour contrôler sa voix alors qu'il voulait se montrer fort pour le jeune homme.

« Je sais que le choix est dur et même cruel pour vous mais veuillez, s'il vous plait, réanalyser la situation en considérant cet être comme votre sœur qui a besoin de sa famille et non comme un monstre. Car ça, je suis sûre que ni votre mère, ni même Harriet n'auraient toléré que vous traitiez par un tel nom un enfant innocent. »

Le garçon détourna le regard, les yeux soudain secs et l'expression vide. Ses yeux remontèrent un instant vers le berceau, de l'autre côté de la barrière et il se tourna vers le médicomage qui avait l'air de se demander ce qu'il faisait là.

« Je veux entrer là-dedans, » fit Alfie, le visage imperturbable.

« Puis-je vous demander pourquoi, Mr Evans ? » demanda le médicomage tendu.

« Je veux ...voir de plus près..., » souffla le petit blond

« J'avouerai que moi aussi, j'aimerais la voir, » ajouta Severus, la main toujours sur l'épaule d'Alfie. « Si c'est possible évidemment, » ajouta-t-il en posant son regard sur sa fille à travers la barrière.

« Eh bien, pour l'instant, enfin jusqu'à ce qu'elle prenne des forces, je pense que seule la magie de Mr Evans serait la moins agressive possible pour elle. Navré, Mr Snape. »

Severus déglutit mais accepta de rester en retrait.

« Je peux néanmoins rapprocher le berceau de la vitre si vous le souhaitez ? » proposa le médicomage

« S'il vous plait oui. »

Le médicomage vérifia une dernière fois le panneau de contrôle puis fit signe au jeune blond de le suivre. Il ouvrit la porte vitrée au moyen de son empreinte magique, enregistra celle du garçon dans les données et le laissa entrer. Il avança le berceau contre la vitre puis ressortit pour laisser le jeune homme avec le bébé.

Alfie resta là, juste devant le berceau à observer la petite chose qui s'y trouvait. De loin, elle avait l'air minuscule. Elle n'en avait pas que l'air d'ailleurs ! Il s'agissait, après-tout, d'un bébé prématuré d'environs six mois, presque sept. Alfie resta là un moment à la fixer, observant les quelques reflets sur son crâne semblant être un tout début de cheveux très clairs, la peau toute bouffie et les minuscules menottes, …

D'un coup, sans prévenir, faisant sursauter les autres de l'autre côté de la vitre, il se pencha au-dessus du berceau et tendit les bras. Il les stoppa juste avant de pouvoir la toucher puis enfin se décida et frôla doucement de ses doigts une joue rebondie.

Il retira sa main rapidement lorsqu'une des petites mains du bébé bougea et il se recula. Il fronça les sourcils et observa ce qui l'entourait sous le regard des autres. Enfin, il sortit sa baguette, créant du remue-ménage de l'autre côté de la barrière. Il fit apparaître une peluche en forme de dauphin et la déposa dans le berceau, juste à côté du bébé. Il rangea sa baguette puis s'approcha de la porte pour sortir.

« Quand vous m'aurez prouvé via des statistiques que c'est la seule solution et qu'elle est bien celle avec le plus...de ...chances... je verrais. Mais sinon, je veux aider les deux. »

Puis, il quitta la pièce pour retourner dans la salle d'attente, laissant les adultes discuter.