Chapitre 118 : La Solution d'Alfie

Severus se tenait devant la barrière à observer tantôt sa compagne, tantôt sa fille, en attendant plus d'informations de la part du médicomage et la décision d'Alfie. C'était merveilleux de sa part de vouloir sauver les deux mais… et s'il ne pouvait en sauver qu'une ? Comment cela se passerait-il ? Que ferait-il ? Severus en avait la gorge serrée alors qu'il était totalement impuissant dans cette affaire.

Il avait proposé de faire venir Harriet qui était de la famille pour savoir si elle était compatible pour Merryl mais il s'était avéré que non hélas, l'adoption par le sang avait légèrement altéré sa magie. Sans parler de l'horcruxe qui l'avait pendant un temps habitée. Les vies de Merryl et de la petite encore non baptisée étaient entre les mains d'Alfie.

Il fallut attendre un peu plus d'une heure avant qu'Alfie ne refasse son apparition, entrant comme un boulet de canon avec un tas de feuilles en main. Il avait les cheveux en bataille, les yeux bouffis et l'air de quelqu'un qui manquait de sommeil.

Il fonça directement vers le médicomage en tendant les documents.

« J'ai fait des calculs et je les ai fait vérifier au moins dix fois par ce vieux cinglé de Gévaudan. »

« Je … pardonnez-moi, Mr Evans, mais je n'ai jamais été doué en mathématiques, » soupira le guérisseur.

« Selon toutes les informations que j'ai lues, un bébé a besoin de dix fois moins de magie qu'un adulte. Donc je pourrais donner dix pourcents de a magie à … à … euh… bref … et donner quarante autres pourcents à Maman ! Et cela toutes les semaines ! »

« Eh bien, la dose m'a l'air bonne pour le bébé mais il faudrait tester pour voir si elle ne fait pas de rejet. »

« Ce sera éreintant, » fit remarquer Severus qui avait tout écouté. « Que suggérez-vous pour que Mr Addington puisse assumer ce transfert toutes les semaines sans risquer sa propre santé. Il ne faut pas oublier qu'il reste un étudiant et pratique en plus la magie en cours et est susceptible d'en être fatigué. »

« J'ai déjà tout prévu ! » répondit Alfie, extatique, à la place du médicomage. « Il faudra que je suive un régime alimentaire et de sommeil strict, que je prenne des potions de régénération magique au cas où … et pour mes cours, le professeur Flitwick, que je viens de contacter par miroir, a dit que si j'avais une dispense médicale, je pouvais passer les épreuves écrites par correspondance sous surveillance et pour la pratique être noté via les notes eues tout au long de l'année ! »

« Cela me semble être un bon protocole en effet, » répondit l'homme en blouse. « Et si Mr Evans est suivi par un guérisseur tout devrait se passer à merveille. »

Le Maître des potions hocha la tête et se tourna vers le jeune blond.

« Je préparerai personnellement les potions de régénération. C'est tout ce que je peux encore faire. Mais pour ce qui est des cours… Avez-vous une bonne moyenne auprès du professeur Ombrage ? Je la sais encore plus injuste que moi avec les notes… »

« J'ai une mémoire photographique qui me permet de recracher au mot près tout ce qui se trouve dans son livre de cours et toutes les semaines, je reçois une lettre de remerciements de sa part car je lui laisse une boîte de ses friandises préférées sur son bureau, » répondit Alfie avec un air angélique. « Je n'ai jamais eu que des O à ses cours et je lui lèche tellement les pompes qu'elle m'a déjà donné des points et proposé de m'aider à 'monter les échelons au ministère'. Donc… cela devrait aller si je lui dis que je me suis porté volontaire pour transfuser de ma magie à une vieille sorcière Sang-Pure malade. »

Severus écarquilla les yeux de surprise. Il n'avait rien vu de tout cela durant l'année. Mais c'était … du génie ! Certes, il ne l'aurait personnellement pas fait car il trouvait la femme odieuse mais … pour quelqu'un dans la position d'Alfie, pourquoi pas. Cela le protégeait et lui garantissait la tranquillité. C'était un peu hypocrite. Mais avec cette satanée sorcière, utiliser sa propre arme contre elle-même, c'était une bonne chose. Du moins quand on pouvait le supporter. Hélas pour Harriet et Severus, l'hypocrisie n'était pas du tout leur truc. Ils préféraient de loin faire face, chacun à leur façon, d'autant plus qu'ils avaient un point de vue bien particulier par rapport à tout cela. Sans parler des punitions et de la guerre autour. Tout le contexte les rendait plus à fleur de peau quand ils faisaient face à cette femme.

« C'est une manière comme une autre d'avoir la paix, » dit-il simplement. « Mais ne le dites jamais à Harriet, elle pourrait peut-être mal le prendre. Elle déteste vraiment Ombrage et savoir que vous lui léchez les bottes pourrait laisser un froid entre vous. »

« En fait, je ne lui lèche pas vraiment les bottes. Un jour, j'ai lu un article sur des scientifiques moldus qui testaient le comportement des rats en les dressant avec une méthode bien précise. Ils usaient d'un ton doux avec des suggestions formulées positivement et quand le rat faisait ce qu'on lui disait, ils le récompensaient et … Voilà, je m'ennuyais et j'ai essayé sur Ombrage avec des chocolats. Je ne pensais vraiment pas que cela fonctionnerait. En tout cas, ne vous en faites pas, je cache bien pire sans que personne ne soit au courant. »

Severus ne put s'empêcher de faire un sourire en coin.

« Vous êtes bien le fils de votre mère, » dit-il simplement.

Il posa à nouveau son regard sur sa fille un instant avant de sentir son bras gauche brûler. Il le massa doucement en soupirant.

« Il faut que je reparte pour l'Angleterre, » fit-il en se tournant vers Black qui était dans la pièce également. « Black, tu me tiens au courant ? »

« Je te ferais savoir s'il y a le moindre changement, » confirma le Maraudeur. « Vas-y. »

« Veillez sur votre sœur et votre mère, Alfie, » dit ensuite Severus en posant une main sur l'épaule du jeune blond. « Elles ont besoin de vous plus que jamais. »

« Ouais, ouais… Dites, Guérisseur Stroud, est-ce que vous me laisseriez votre laboratoire pour que je vérifie l'une de mes théories en attendant que vous ayez fini de préparer tout ce qu'il vous faut pour la transfusion ? » demanda Alfie. « Promis je ne le salirai pas… trop. »

« Allez plutôt faire vos devoirs, Mr Evans, » le remballa le médicomage avec un regard méfiant. « Et si vous êtes sage, vous aurez peut-être une brique de jus de mangue. »

Severus fixa le jeune blond avec un sourcil relevé. Il avait un sourire de prédateur quand il avait fait sa demande. Cela lui donnait un peu froid dans le dos, un peu comme avec les Maraudeurs quand ils étaient sur le point de faire une mauvaise blague mais qu'il ne savait pas encore quoi ni comment s'en défendre.

« Je crois que tu vas t'amuser avec lui, Black, » commenta-t-il. « Il me fait penser à vous, parfois… »

« File voir ce que l'autre taré veut au lieu de dire des bêtises, » rétorqua le Gryffondor.

« Et c'est toi qui me dis ça ? » fit le Maître des Potions avec un léger sourire.

« J'en suis aussi surpris que toi. Allez. Je veille au grain. Et je ne prévois aucune farce, moi. Le moment ne s'y prête pas. »

« Merci. »

Severus sortit de l'hôpital et traversa la place des miroirs jusqu'au poste de contrôle des transports par portoloin. Il en demanda un d'urgence pour l'Angleterre. Les hommes le regardèrent avec suspicion pendant un instant, puisque le Berceau était en guerre contre ce pays, mais l'un d'eux le reconnut comme le compagnon de Merryl. Il lui remit alors une simple pierre et lui indiqua un espace où il pourrait l'activer sans soucis. Le Serpentard le remercia et retourna en Angleterre.

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Harriet pénétra dans la Salle-sur-Demande et retira sa cape. Elle vint immédiatement embrasser sa mère et elles attendirent que Severus les rejoignent pour avoir des nouvelles.

Quand le Maître des Potions arriva, il se laissa tomber dans le fauteuil en face des deux sorcières, surprenant ces dernières par ce manque d'élégance.

« Oula…, » fit la jeune fille. « Soit tu es fatigué, soit c'est grave. »

« Les deux, » répondit l'homme dans un soupir.

« C'est pour ça qu'Alfie n'est pas là ? »

« Oui, il est au Berceau. »

Il se passa une main sur le visage et se pencha en avant. Il sentit plus qu'il ne vit sa mère se déplacer pour passer un bras autour de ses épaules et lui frotter doucement le dos.

« Raconte-nous, » dit-elle simplement.

« Dès que nous l'avons sortie d'Azkaban, nous sommes partis pour le Berceau en urgence. Elle est restée longtemps inaccessible pour subir une intervention. »

« C'est grave ? » demanda Harriet.

« L'intervention en soi non, » répondit Severus. « J'ai compris après pourquoi. » Il se tourna vers sa mère. « Tu es grand-mère. »

« Quoi ? » fit Eileen d'une petite voix surprise.

« Merryl était enceinte. C'est une fille. Elle est prématurée. »

« Comment elle s'appelle ? » demanda alors la Serdaigle avec un sourire.

« Elle n'a pas encore de nom. »

« Mais… »

« Merryl est dans le coma, Harriet. Et si … » Il inspira profondément avant de tout lâcher. « Et si Alfie échoue, ou s'il y a un rejet de la part de l'une d'entre elles, elles ne survivront pas. Et non, tu ne peux rien faire, j'ai déjà demandé. Tu n'es pas compatible pour donner de ta magie. »

« L'enfant est affectée à cause de ce qu'a subi Merryl, c'est ça ? »

« Elle n'a pas eu l'énergie magique nécessaire pour se développer, » confirma Severus. « Elle est entièrement formée physiquement, son noyau magique est bien là, mais il est instable. Quant à Merryl, elle est complètement vidée. Je n'ai même pas pu les approcher. L'une est sous l'eau et l'autre derrière une barrière. Seul Alfie peut être présent à leurs côtés pour la transfusion magique. »

Il soupira encore et accepta volontiers le câlin de réconfort de sa mère, puis de sa sœur.

« Tu as une photo de la petite ? » demanda ensuite Eileen avec un doux sourire.

« Hmmm… oui. Black en a pris une tout à l'heure pendant qu'Alfie lui faisait un transfert magique. »

Severus fouilla ses poches à la recherche de son miroir et sélectionna le fichier avec la dite photo. Et comme toute photo sorcière, elle était animée. On y voyait Alfie torse nu, tenant sa petite sœur dans les bras. Il avait une brique de jus de mangue dans sa main libre et la paille en bouche. Il se balançait d'avant en arrière avec un petit sourire avant de relever la tête et d'afficher un air indigné. Sans doute le fait que Sirius le prenait en photo…

Eileen sourit en voyant cela même si elle était inquiète en elle-même, ayant compris que ce petit bonheur pourrait bien n'être qu'éphémère.

« Elle est … très moche, » fit Harriet après avoir regardé la photo.

« Harriet… »

« Sev… C'est un bébé… elle vient de naître. Evidemment qu'elle est moche ! » Eileen pouffa doucement. « Repose-moi la question dans six ou huit mois et tu verras que je te dirais qu'elle est trop gnou mais là non ! Je suis désolée ! »

Leur mère rit encore un peu avant de répondre au regard noir de son fils.

« Elle n'a pas tout à fait tort, tu sais, » fit-elle, amusée. « Tu n'étais pas si beau que cela à ta naissance. Tu étais tout fripé avec une petite touffe sombre sur la tête. Ton père voulait à peine te regarder. »

« Pour le peu qu'il m'a regardé, » rétorqua l'homme d'une voix amère.

« Quand tu étais petit, il s'occupait beaucoup de toi. » Elle soupira. « Tu ne t'en souviens pas parce que tu as fait ton premier accident magique assez jeune… »

Elle l'embrassa sur le front.

« Allez, cessons de parler des indésirables et espérons que tout se passe pour le mieux pour Merryl et ta fille. »

« Bon ! Moi j'ai des potions à préparer pour Alfie, et toi, tu as tes examens à préparer. »

« Ca va pas être évident de se concentrer avec tout ça mais okay..., » soupira Harriet.

« Tu veux que je te prépare une potion d'aiguise-méninge ? » demanda Severus.

« Je veux bien, oui. »

L'homme hocha la tête avant de partir. Les deux sorcières s'en allèrent elles aussi, chacune à leur tour, pour retourner à leurs occupations.