Chapitre 119 : Une Fois de Trop

Irma Pince, ou Eileen, discutait avec Minerva de métamorphoses. Elles venaient de quitter la Grande Salle et se dirigeaient vers le bureau de la professeure quand elles croisèrent une élève qui marchait lentement, les yeux éteints … et la main en sang.

« Miss Potter ? » fit la directrice des Gryffondors, un pli soucieux au milieu du front. « Vous allez bien ? »

Elle n'eut aucune réponse. La jeune fille continuait simplement à marcher lentement mais sûrement vers les cachots. Ou l'infirmerie. C'était à voir. Irma prit doucement la main de la Serdaigle mais cette dernière sembla se réveiller à cet instant, poussant un cri de douleur rapidement coupé entre ses dents serrées. Des larmes étaient contenues dans ses yeux verts à nouveau alertes mais seulement d'un danger potentiel.

« Laissez-moi, » fit la jeune fille en s'écartant.

« Miss Potter, que s'est-il passé ? » demanda le professeur McGonagall.

« Rien… »

« Harriet, » fit Irma.

« Tout va bien… »

La mère sous glamour n'aima pas du tout le ton de la voix de sa fille et la tira doucement par l'épaule vers une alcôve. Elle lança ensuite un sort d'indifférence autour d'elle. Elle ne tint pas compte de la présence de Minerva. Elle savait déjà par Severus qu'elle était partiellement dans la confidence. Elle ôta son glamour.

« Harriet, dis-moi la vérité, » ordonna-t-elle à sa fille en lui tenant doucement mais fermement le visage entre les mains. « Qu'est-ce qui s'est passé ? »

« Ombrage, » murmura la Serdaigle. « Encore une retenue… »

Le regard sombre d'Eileen descendit vers la main ensanglantée. Il y avait les mots 'Je ne dois pas dire de mensonges'gravés profondément dans sa chair. Elle soupira et agita sa baguette pour remettre son glamour.

« Minerva, accompagnez-nous à l'infirmerie. »

La sorcière hocha simplement la tête, ne posant aucune question. Cela n'empêcha pas Eileen de remarquer son regard interrogateur.

« J'y répondrai plus tard, » dit-elle simplement. « D'abord, on s'occupe d'elle. »

« Oui, bien sûr, Irma. Dois-je aller prévenir Severus ? »

« J'ai même une bien meilleure idée, » fit la Lady avec un regard sombre et dangereux qui promettait de sérieux ennuis à une certaine Ombrage. « Cela n'a que trop duré ! »

Elle laissa sa fille entre les mains de la directrice des Gryffondors aux portes de l'infirmerie et partit en direction des cachots. Pendant ce temps, Minerva poussa doucement la Serdaigle vers un lit et alla chercher Poppy dans son bureau.

Très rapidement, elles revinrent toutes deux auprès de la Serdaigle.

« Donnez-moi votre main, Miss Potter, » dit Mme Pomfresh d'une voix neutre.

La jeune fille obéit dans un soupir résigné. Elle siffla toutefois de douleur quand l'infirmière la prit entre les siennes et l'écarta immédiatement.

« Si vous pouviez … éviter de trop la toucher, ce serait … apprécié. »

« Il faut bien que je détermine ce qui vous a fait cela, Miss Potter, » répliqua Mme Pomfresh avec à la fois douceur et fermeté. « Détendez-vous. »

Harriet serra alors les dents alors qu'elle se laissait faire mais chaque endroit touché ou même à peine effleuré la faisait souffrir atrocement. Après avoir reculé en crachant des jurons, l'infirmière abandonna pour un instant. Elle lui apporta un récipient empli d'essence de murlap. La Serdaigle n'avait même pas attendu de recevoir l'ordre, elle avait déjà tendu la main vers le liquide. Elle poussa un soupir de soulagement au bout de deux minutes.

« Vous vous êtes fait ça où ? » demanda Mme Pomfresh.

« C'est à cause de Dolores, Poppy, » fit le professeur McGonagall.

« Elle a fait quoi encore ? »

« Ne saviez-vous pas que les élèves s'infligent ce genre de choses eux-mêmes lors de retenues ? » s'étonna l'animagus.

« Aucun élève n'est venu avec de telles blessures, Minnie, » réfuta l'infirmière.

« Surement parce que la plupart des élèves envoyés en retenue chez Ombrage sont des Gryffondors, Poppy, » fit Severus en pénétrant dans la pièce.

Il arriva rapidement au lit où était installée Harriet en compagnie d'Eileen qui avait enlevé son glamour. La Serdaigle bien plus alerte qu'une demi-heure auparavant fronça les sourcils.

« Discussions entre maitres en potions, » sourit sa mère en répondant à sa question silencieuse. « Ca va ? »

« Huit heures de retenue avec ce satané crapaud, » grogna la jeune fille.

« Huit heures ! » fit froidement Severus bien que nullement en colère contre sa soeur. « Comment, par Merlin, as-tu pu tenir ? »

« Ma résistance et l'occlumancie. Je me suis détaché un maximum de ça. »

« Au point de ne pas me reconnaître même sous glamour ? » demanda doucement sa mère.

« Apparemment… »

« Qu'est-ce que fait Dolores ? » demanda Poppy, les sourcils froncés.

Elle ne posa aucune question sur les propos qu'échangeaient la mère et la fille et ne s'étonnait même pas qu'Ombrage soit la source d'un nouveau problème au sein de l'école. Elle en causait tellement…

« Plume de sang, » répondirent Harriet et Severus.

« Chips Severus, » ajouta la jeune fille.

« Oui, je t'achèterai un paquet de gnomes au poivre, » soupira-t-il de dépit.

Il se faisait toujours avoir à ce jeu-là. Mais en petit comité, et sachant parfaitement que ni Minerva, ni Poppy ne dirait quelque chose à qui que ce soit, il laissa couler.

« Montre-moi les dégâts, » ajouta-t-il ensuite en tendant simplement la main.

« Soyez doux, Severus, » dit Mme Pomfresh. « Elle saute au plafond. »

« Cela ne changerai pas de d'habitude. »

« D'habitude, je n'ai pas besoin de m'enfoncer dans mon esprit pour trouver les ressources nécessaires pour pouvoir affronter ces retenues, Sev, » rétorqua Harriet, mordante. « Alors par pitié, douceur ! »

« A ce point …, » soupira l'homme sans s'énerver. « Je vais vraiment finir par tuer cette sorcière. »

« Tout le monde voudrait qu'elle disparaisse, » soupira l'infirmière.

Le Maître des Potions sortit sa baguette et s'occupa de la main d'Harriet avec une infinie patience, sachant parfaitement que si elle reculait ainsi en jurant entre ses dents, cela voulait simplement signifier que c'était vraiment extrêmement douloureux.

Il entendit vaguement les portes de l'infirmerie s'ouvrir, tout concentré à sa tâche. Il retint toutefois un soupir quand un petit toussotement se fit entendre.

« Puis-je savoir pourquoi un tel rassemblement ? » demanda Ombrage en avisant la présence d'une étrangère. « Qui êtes-vous ? »

« Je suis la mère d'Harriet, » répondit la sorcière. « Je me nomme Eileen Prince. »

« Que faites-vous ici ? » demanda l'Inquisitrice.

« J'étais venu discuter de potions avec un ami, » dit-elle en faisant un geste vers Severus. « Quand sa présence ici a été sollicitée pour Harriet, je n'ai fait que le suivre pour m'enquérir de l'état de ma fille. »

Elle jeta un regard à cette dernière et en voyant qu'elle grimaçait de douleur à un nouveau sortilège de soin de Severus, elle prit les choses en main. Il était temps que cela cesse. Harriet avait déjà suffisamment à supporter pour ne pas avoir à endurer pareille torture. Ell s'avança alors vers le professeur Ombrage.

« Elle vient de m'informer de certaines petites choses, » continua-t-elle plus froidement, son regard sombre et dangereux. « Pourriez-vous, je vous prie, m'expliquer pourquoi, alors qu'elle allait parfaitement bien ce matin avant votre retenue, elle se retrouve maintenant la main ensanglantée avec de la magie noire à l'œuvre pour en empêcher la cicatrisation ? »

« De la magie noire ? »

Ombrage feignait l'étonnement mais ses yeux ne pouvaient mentir. Elle était coupable et ça Eileen le savait depuis longtemps.

« En êtes-vous sûre ? »

« J'en suis certain, Dolores, » répondit froidement Severus en jetant un regard noir à sa collègue. « J'ai suffisamment vu de magie noire dans mes jeunes années pour la reconnaître et la contrer. Et je peux même dire, et Miss Potter va me dire si j'ai tort bien sûr, qu'il s'agit d'un maléfice d'auto-scarification au moyen d'un objet quelconque, ici vu les marques, j'opterai pour une plume ou un stylet auto-encreur. »

« Une plume, » confirma Harriet.

Tout le monde vit avec une certaine satisfaction Ombrage pâlir légèrement mais personne n'en montra rien.

« Si Miss Potter a été en contact avec un tel objet, je suis navrée de l'apprendre, » dit l'Inquisitrice.

La Serdaigle poussa un peu plus loin, confiante en la présence de sa mère et son frère, ainsi que Mme Pomfresh et le professeur McGonagall.

« Oui, bien sûr, » siffla-t-elle avec colère. « Tellement navrée, vous êtes, professeur, que vous allez me demander de recommencer à la prochaine retenue ! »

« Cessez vos mensonges, Miss Potter ! »

« Justement, je ne mens pas, professeur, » sourit la jeune fille. « Je ne dois pas dire de mensonges. Voilà ce que j'ai écrit pendant huit heures à votre retenue. Je l'ai écrit tellement de fois que je dois bien en avoir fait … trois ou quatre rouleaux de parchemins ! »

« Et les mêmes mots sont gravés dans sa chair, » continua Severus d'une voix doucereusement menaçante. « Au-delà de ce que je peux soigner. Je suis navré, Miss Potter, mais vous en garderez quelques cicatrices. »

« Une de plus ou de moins, professeur, » fit la jeune fille en haussant des épaules. « Moi, ce que je souhaiterai, si toutefois cela est possible, c'est qu'on règle la source du problème. Et par régler j'entends bien entendu éliminer. »

« Cela va de soi, Harriet, » fit Eileen en souriant à sa fille. « C'est ton professeur qui t'a obligée à t'infliger cela ? »

« Oui, Maman. Et ce n'est pas la première fois. Mais le professeur Ombrage n'avait encore jamais été à ce point-là. »

« Bien. Severus, avez-vous fini ? »

« Presque oui. Mais cela restera sensible encore quelques temps. »

« Très bien. Harriet, dès que ceci est réglé, je veux que tu fasses ta valise. »

« Maman ? »

« Tu m'as très bien entendue, ma chérie. »

« Et mes examens ? Je dois passer mes BUSEs ! »

« Tu les passeras. Mais pas ici. Je refuse que tu restes dans cette école une journée de plus. Tu es en contact avec des enfants de Mangemorts, des tortionnaires et des incapables. »

« Mais… »

« Certes ils ne sont pas tous coupables et ne sont pas tous à jeter dans le même chaudron mais les choses étant ce qu'elles sont… Il y a même de la magie noire à l'œuvre, Harriet ! Non, ma décision est prise. Tu ne restes pas un instant de plus à Poudlard ! Et c'est un ordre, jeune fille ! »

« Je peux au moins dire au revoir à mes amis avant de partir ? » soupira la jeune fille. « Ce ne sont pas des mages noirs, des dangers ou des incapables eux … »

Harriet feignait la fille contrariée mais à l'intérieur, elle était très contente. Les choses prenaient enfin un tournant favorable. Ne plus être à Poudlard enfin ! Ombrage s'avança encore de quelques pas.

« Excusez-moi mais la loi exige que les enfants anglais fassent leur scolarité à Poudlard, » minauda-t-elle. « Vous ne pouvez pas retirer votre fille de … »

« Non seulement, j'en ai le droit, » rétorqua froidement Eileen, le regard dangereux. « Mais je vais le prendre. Et ma fille terminera sa scolarité ailleurs ! »

« La loi est très claire, Mme Prince ! »

« Oui, je sais, » sourit la mère. « Je suis au courant. Et je me suis déjà arrangé de certains détails la concernant. Les enfants anglais doivent poursuivre toute leur scolarité à Poudlard. Harriet, elle, n'est pas anglaise. Pas totalement. Elle a également la nationnalité pelhisienne. Elle n'est donc plus dans l'obligation de se soumettre à cette loi ridicule. Mais la raison principale de ma décision n'est pas cette loi stupide, Mme Ombrage, mais bien que ma fille est en danger ici. Et elle l'a été bien trop souvent à mon goût. Je pense que vos collègues ne pourront que le confirmer. »

« Beaucoup trop de fois, en effet, » fit Minerva.

« Je ne compte plus ses passages à l'infirmerie, » soupira l'infirmière.

« Votre fille est un véritable aimant à problèmes, Eileen, » grogna Severus.

« Excusez-moi, mais si cela vous a échappé, je suis juste ici, » fit la jeune fille en agitant la main. « Aïe ! Professeur ! »

« Cessez de geindre, Potter, » rétorqua le Maître des Potions. « Voilà, j'ai fini. Si jamais la douleur devient insupportable, faites tremper votre main dans de l'essence de murlap. »

« Allez, Harriet, » fit alors Eileen en faisant un geste ample vers sa fille. « File faire ta valise. »

La Serdaigle soupira de dépit.

« Oui, Maman. »

Les deux sorcières passèrent à côté d'Ombrage qui fulminait mais qui ne voyait pas du tout comment pouvoir régler cela.

« Soyez sûre que le Ministre en sera informé, » dit-elle d'une voix dure, forte et désagréablement aigue.

« Mais je vous en prie, Mme Ombrage, » rétorqua Eileen en se retournant. « Vous pouvez même en informer tout le pays, cela m'est complètement égal. J'agis dans mon droit non seulement en tant que mère, en tant que sorcière mais aussi en tant que citoyenne anglo-pelhisienne. Tout ceci aura des conséquences, Mme Ombrage, de lourdes conséquences. Je ne peux que remarquer avec quel plaisir vous allonger vous-même votre ardoise face à Magia. Je ne peux que vous suggérer de faire attention… »

Mère et fille quittèrent l'infirmerie sur ces mots.

« Pourquoi tu lui as donné ce conseil ? » demanda Harriet après avoir parcouru quelques couloirs.

« Parce que moi, je n'ai rien à me reprocher, » répondit simplement Eileen. « De plus, je lui ai donné ces conseils devant témoins. Elle ne pourra rien dire contre moi. Je n'ai fait absolument aucune erreur. Et même si je suis parfaitement dans le droit de la détester et de l'exprimer verbalement, je me suis comportée en Lady noble et exemplaire. »

« A noter qu'elle t'a manqué de respect. »

« Ah … Toi aussi tu avais remarqué ce manque d'étiquette ? » sourit la mère. « Aller, dépêchons-nous. Les plans de notre soirée ont été drastiquement changés et je vais devoir réfléchir rapidement à une solution avant qu'un article apparaisse dans le journal… »

« Pour ça, il faudrait un miracle, ce sera déjà dans la Gazette de demain matin, » soupira Harriet.

« Raison de plus pour se dépêcher. »