Chapitre 122 : Des Nouvelles des Ténèbres
Harriet posa la manette sur la table basse et se leva.
« Bon allez ! » dit-elle dans un semi-soupir. « Voyons ce que ce Seigneur des Ténèbres aux lettres de velours a à me dire. »
« Le Seigneur des …, » commença Pétunia avant d'écarquiller les yeux. « Le meurtrier de Lily ?! »
« Oui ! Qui d'autre ? »
« Tu reçois des lettres de ce monstre ?! »
« Oui, » soupira Harriet en prenant la lettre des mains de sa mère. « Et je lui réponds. »
Elle s'installa à la table de la salle à manger et décacheta la lettre.
« Mais … Pourquoi ?! » demanda la Moldue, perdue.
« Disons qu'on veut l'un et l'autre gagner cette guerre, bien que pas pour les mêmes raisons, » répondit la jeune fille. « Connais ton ennemis mieux que toi-même et cela pourrait t'assurer la victoire sur le champ de bataille. Si tu ne le connais pas … eh bien, tu n'auras pas autant de chances de victoire. » Elle ouvrit la lettre. « Maintenant voyons ce que ce vilain serpent nous dit cette fois. »
Pétunia observa la lettre et fronça les sourcils.
« Je ne comprends rien, » dit-elle, frustrée.
« Vous n'êtes pas la seule, Pétunia, » répliqua doucement Eileen. « Harriet est la seule à pouvoir le comprendre. Mais je vous rassure, elle les traduit toujours. »
« C'est écrit en quoi ? »
« En fourchelangue, » répondit Sirius.
« Le fourchelangue…, » répéta la Moldue.
« La langue des serpents, si tu préfères, » expliqua la Serdaigle qui parcourait déjà les lignes élégamment écrites du regard. « Il y a un nouveau numéro du Chicaneur ? » demanda-t-elle ensuite.
« J'ai vu Xenophilius il y a quelques jours, » confirma Eileen. « Il travaillait sur un numéro spécial concernant tout ce qui se passe à Poudlard. Il y a mis d'autant plus d'ardeur quand il a appris que sa fille a été à une des retenues d'Ombrage. »
« Tu m'étonnes, » fit pensivement la jeune fille en se grattant un peu sa main encore bandée. « Tu as le numéro ? »
« Non, je suis désolée, Harriet. Il va certainement arriver dans la journée ou demain. Je m'y suis abonnée. Que dit cette face de serpent ? »
La jeune fille inspira profondément et commença à traduire la lettre pour tout le monde. Même Dudley s'était rapproché, curieux, alors qu'il entendait des propos étranges.
Ma très chère Harriet,
Navré pour la longue attente. J'ai été à l'étranger pour me trouver de nouveaux fidèles et je dois avouer ne pas être déçu de mon voyage. J'ai vu de beaux endroits, revus d'autres, rencontrer de puissantes familles et des personnes influentes, … Si nous n'étions pas ennemis, je te les aurais volontiers présentées. Peut-être qu'un jour cela changera.
Je remarque que beaucoup de choses se sont passées depuis notre dernière discussion. Que de rebondissements ! Je vais de surprises en surprises avec tes agissements et ceux de tes proches. L'évasion de ta tante, ton retrait de Poudlard, les révélations dans le Chicaneur et l'appel au rassemblement dans la Chambre des Lords. J'y serai bien allé moi-même mais je ne suis pas du genre à faire un geste aussi stupide. J'ai hâte d'apprendre ce que Lucius m'en rapportera ce soir.
Viens au Terrier que nous discutions un peu, je me languis de nos conversations. Maintenant que tu as tout ton temps, tu ne peux pas dire que tu as des excuses…
As-tu réfléchis à ma proposition concernant la prophétie ? Vas-tu aller la chercher ? Et si oui, me partageras-tu les informations ? Il me tarde d'avoir une réponse claire à ces questions.
Mais j'y pense… Tu as été retirée de Poudlard avant de pouvoir passer tes BUSEs… Comment vas-tu faire ? On ne peut pas dire que le Ministère acceptera de te les faire passer en filière libre après tous les problèmes médiatiques que tu leur apportes… Vas-tu les faire dans un autre pays ? Et pour ta scolarité ? Vas-tu rester sur tes plans d'aller au Berceau ?
J'attends ta réponse avec impatience,
Cordialement ennemis,
Lord Voldemort
Un silence des plus calmes suivit sa lecture de la missive. Les deux Sang-Purs étaient pensifs tandis que les deux Moldus totalement perdus. Harriet sortit de son sac un morceau de parchemin et une plume auto-encreur et commença à retranscrire la lettre pour son frère afin qu'il puisse en avoir la teneur. Cela lui permit de réfléchir à une réponse à envoyer à son ennemi de toujours.
« Je … J'ai tellement de questions que je ne sais même pas par laquelle commencer, » fit Pétunia.
« Ben commence par une et ensuite enchaine par les autres, » proposa Harriet. « Peut-être que nos réponses pourront répondre à plusieurs en même temps… »
« Tu vas voir ce monstre ?! »
La Serdaigle releva la tête de sa transcription, les sourcils froncés.
« Qu'est-ce que tu veux dire ? »
« Il te demande de le rejoindre à … je ne sais plus qu'elle endroit pour discuter. »
« Oh … C'est parce qu'il a pris possession du corps d'une jeune fille, » répondit la Serdaigle en haussant des épaules. « La pauvre gamine. Elle est devenue cinglée après avoir touché à un objet de magie noire… Un objet appartenant à Voldemort justement. C'est comme ça qu'il a pu la posséder d'ailleurs. Ne me demande pas comment, c'est déjà bien trop complexe pour moi. »
« Pour nous aussi, » ajouta Sirius. « Mais peut-être que Snape pourrait l'expliquer maintenant… » Il soupira. « N'ayez crainte, Mme Dursley. Oui, ils discutent entre eux mais Harriet n'est jamais en danger. Le corps possédé n'a plus aucun pouvoir et Harriet a … »
« Disons que j'ai reçu des cours de self-défense en plus de mon éducation magique partielle, » sourit la jeune fille. « Autre question ? »
« C'est quoi cette histoire de prophétie ? »
« Un truc qu'une voyante a sorti avant ma naissance, » répondit Harriet en haussant des épaules. « Un enfant né en fin juillet mettra fin au règne de terreur du Seigneur des Ténèbres. Voldemort m'aurait marquée comme son égal et maintenant tant que l'un survit, l'autre ne peut pas vivre. »
« Tu connais cette prophétie ? »
« De bout en bout, » confirma la jeune fille. « Pourquoi ? »
« Je … je ne comprends pas pourquoi tu écris à cet homme. Il a tué ta mère ! »
« J'en suis consciente, Tante Pétunia, » répondit lentement et avec calme la jeune fille. « Mais il y a beaucoup de choses qui t'échappent encore. Et pas seulement parce que tu es une Moldue, ce que je ne te reproche pas, naturellement. Alors oui, je corresponds avec Tom, oui c'est mon ennemi, mais actuellement, il n'est pas le seul. Mes seuls alliés sont actuellement ma famille et quelques proches amis. Mon pays, mon gouvernement, tout comme l'Ordre du Phénix, sont au même titre que Voldemort et ses Mangemorts des ennemis. Je ne fais que naviguer dans des eaux dangereuses pour le moment. Alors avoir une conversation civilisée de temps à autre avec l'un d'eux qui ne joue pas les hypocrites avec moi ou mes proches, j'avoue que cela fait du bien. Voldemort ne s'est jamais présenté comme un allié même s'il est intéressé par cette éventualité, mais contrairement à Dumbledore, Ombrage ou je ne sais quel autre plouc qui veut profiter de moi ou de ce que je peux apporter, lui me tuera sans hésitation car ma renommée ou ma fortune ne l'intéresse pas du tout. Il n'y a que le pouvoir pour lui. »
« Elle a raison, » dit sombrement Eileen. « Et parce que nous jouons un jeu dangereux entre ces différents adversaires qui ne sont pour ainsi dire jamais honnêtes, ces discussions nous apportent parfois quelques lumières. Comme la confirmation d'une tentative d'asservissement par potion de confiance et amortentia pour qu'Harriet devienne une gentille petite marionnette dévouée et obéissante. »
« Sans parler le côté péripatéticienne de Weasley, » grogna la jeune fille.
« Le côté quoi ? » demanda Dudley.
« En gros devenir la pute officielle d'un idiot et ce par les liens sacrés du mariage … »
« Quoi ?! » s'indigna Pétunia.
« L'Amortentia est un philtre d'amour, Tante Pétunia. Et plusieurs fois, il a été versé à mon insu dans mon verre ou dans mes aliments quand on se rendait aux réunions de l'Ordre. Heureusement, on s'y attendait et je prends toujours un antidote avant par précaution et j'ai toujours un flacon avec moi dans mon sac pour plus de sûreté. Et aussi un bézoard. »
« Ta vie est un vrai bordel, » commenta Dudley. « J'aimerais pas être à ta place. »
« C'est vrai que ce n'est pas drôle tous les jours, » confirma la jeune fille. « Mais je fais avec. J'ai l'habitude et on va dire que je suis préparée depuis longtemps à tout ça. »
Elle termina de retranscrire la lettre avant de fixer sa famille et plus particulièrement sa tante.
« As-tu d'autres questions ou on peut passer à un sujet bien moins morbide et déprimant ? »
« Moi j'en ai une, » fit soudain Dudley. « As-tu eu seulement à un moment une vie normale ? »
Les trois sorciers rirent doucement à la question.
« Oh que oui. J'ai eu une enfance relativement normale malgré le fait que je me nomme Harriet Potter et que je suis une célébrité ambulante. J'ai pu fêter mon anniversaire comme n'importe quelle jeune fille, j'ai pu faire des sorties au zoo, dans des réserves de créatures magiques, des musées, des voyages dans d'autres pays, j'ai un assez bon sens de l'humour et de la blague qui, avec la magie, tu t'en doutes, peut être extrêmement retors. Et j'adore m'installer le soir dans un bon canapé avec un paquet de popcorn ou autres friandises et me mater un bon film à la télé. Alors oui, je pense qu'on peut me considérer comme normale si on exclut l'os que j'ai en plus que toi. »
« L'os ? Quel os ? »
« Harriet pitié, pas un cours, » maugréa Sirius. « On n'est pas à l'école. »
« Tu préfères un cours d'art peut-être ? »
« Encore moins ! Toi et ton savoir … Il t'arrive de parler de choses normales ? »
« Comme quoi même par chez nous, Harriet semble étrange parfois pour certains, » rit doucement Eileen. « Une Serdaigle comme tant d'autres. »
« Intelligence, sagesse, érudition, réflexion, curiosité, originalité et créativité, » énonça la jeune fille avec fierté.
« Quel os ? » redemanda Dudley.
« Donne ta main, » sourit la jeune fille.
Elle plaça la main potelée sur sa nuque à la base de son crâne.
« Tu sens cette bosse ? »
« Ouais. »
« C'est le prolongement de l'os occipital. Les Moldus, eux, ont un trou à cet endroit. »
« C'est ce qui donne votre magie ? »
« Oui, enfin en partie, » répondit Harriet. « Il n'y a pas que ça. Mais tous les sorciers ont cet os. Et sans lui, maitriser la magie est impossible. S'il est abimé ou s'il est manquant lors du développement de l'enfant in utero, eh bien la personne nait sans pouvoir. »
« Un … Moldu ? »
« Si les parents sont Moldus, oui. »
« Et s'ils sont sorciers ? »
« Alors la personne est désignée comme Cracmolle, » répondit Eileen. « Et ce n'est pas un statut facile à vivre. »
« Pourquoi ? »
« Si apprendre l'existence d'un nouveau monde est plus facile à accepter, apprendre qu'on ne peut appartenir au même monde que ses parents est plus dur, » expliqua la Sang-Pure. « En particulier dans certaines familles comme les nôtres, » ajouta-t-elle en échangeant un regard avec Sirius. « Les Cracmolles sont mal vus, considérés comme la honte de la famille. C'est un peu superstitieux de dire ça mais quand un Cracmoll était reconnu au sein d'une famille, on considérait qu'un malheur ou le mauvais œil s'était abattu sur la famille. Et il fallait alors s'en débarrasser. »
« Mais avec le temps et la médecine, » continua Harriet. « On apprit que c'était simplement un souci de consanguinité. Le grand classique chez les familles au sang plus pur que pur et qui refusent de se mélanger pour ne pas ternir leur sang si précieux avec l'immonde sang de Moldus. Je ne fais que citer. »
« Maintenant qu'on a fini avec la leçon d'histoire, on peut changer de sujet ? » demanda Sirius.
« Moi, au contraire ça m'arrange, une leçon d'histoire, » commenta la Moldue en fixant son fils. « Dudley n'a jamais été aussi attentif qu'à cet instant. Est-ce que vous pouvez me laisser ma nièce quelques jours, Eileen ? Peut-être qu'elle lui donnera le goût d'apprendre ses leçons… »
« Maman… ! » ronchonna l'adolescent en croisant les bras. « Tu m'as dit de faire des efforts avec ma cousine… »
« Et j'en suis ravie. Et comme ta cousine est, semble-t-il, très portée sur ses études, j'espère qu'elle pourra t'influencer. »
Dudley bouda les instants suivants et retourna dans le canapé jouer tout en ronchonnant. Harriet sourit.
« C'est vrai que cela pourrait être amusant, » admit-elle. « Maman ? »
« On a d'autres choses à faire, » refusa cette dernière. « Allez voir les Gobelins et faire nos valises par exemple. Et ta chambre ne va pas se vider toute seule… »
« J'avais oublié le déménagement, » grogna la jeune fille. « Je déteste les cartons… »
« Raison de plus pour le faire au plus vite. Comme ça, on les déballera au plus vite et on ne s'en souciera plus, » fit Eileen avec sérieux. « A moins que tu préfères être encore dans les cartons le jour de la rentrée ? »
« Oh que non ! »
« Alors autant le faire maintenant. »
« La rentrée ? » fit Dudley. « Mais l'année n'est pas encore finie ? Pourquoi déjà parler de rentrée ? »
« Parce que ma mère m'a retirée de l'école parce que j'y étais en danger et que je change d'école. »
« Qu'est-ce qui s'est passé ? »
« Hmmm… trois fois rien, » répondit ironiquement Harriet. « Depuis mes onze ans, j'ai fait face à un troll des montagnes adulte, un basilic, un dragon, une horde de détraqueurs, Voldemort en personne plus d'une fois, et, pour cette année, des séances de torture avec ma prof qui m'obligeait à écrire des lignes avec mon propre sang au point que cela se gravait dans ma chair. Je vais en garder quelques cicatrices… »
Dudley avait quitté l'écran pour la fixer avec des yeux ronds. Il avait depuis longtemps perdu sa course sur Mariokart.
« Et ça, c'est trois fois rien ? »
« Ben oui… J'aurais pu faire face à un loup-garou, rentrer dans un nid d'acromentules, faire une balade avec des centaures enragés, mourir empoisonnée, mourir étouffée dans un filet du diable, hmmm… franchement, je suis en danger de mort presque tous les jours, Dudley. Je ne viens d'énoncer que ce qui se fait de pire dans ma vie… Oh ! Et aussi mourir d'implosion magique aussi ! »
« C'est quoi ça ? » demanda Pétunia.
« Quand on met des blocs sur le noyau de quelqu'un, » répondit Eileen avec une lueur dangereuse dans le regard. « En particulier sur un bébé. Si on peut se le permettre de manière temporaire pour prodiguer quelques soins, le faire sur la longue durée peut s'avérer fatal. Et Dumbledore se l'était permis sur Harriet. »
« Bienvenue dans ma vie, » termina ironiquement la jeune fille en se relevant. « Dudley. Encore quelques parties ? »
« Allez, viens. Je vais t'écraser cette fois. »
« On ne vend pas le sang de dragon avant de l'avoir récolté, » rit doucement Harriet en attrapant la manette tendue.
