Chapitre 124 : Un Nouveau Chaperon
Harriet était assise dans le sable en bord de mer. Le ressac de l'eau et l'odeur d'iode étaient extrêmement relaxants et lui permettait de revoir ses cours avec sérénité. Ce fut à cet endroit que Severus la retrouva.
« Encore ici ? » fit-il en s'agenouillant à côté d'elle.
« C'est un lieu apaisant, » répondit la jeune fille en refermant son manuel.
Elle porta son regard vert sur le rivage et plus particulièrement l'eau d'un bleu turquoise.
« J'ai toujours aimé la mer, » continua-t-elle. « D'autant plus les endroits aussi beaux qu'ici. C'était le genre de paysage que j'imaginais en lisant certains textes anciens. »
« Quel genre de textes ? » demanda le Maître des Potions avec curiosité.
« L'Iliade et l'Odyssée par exemple. »
« D'Homère ? »
« Ta culture n'est pas si mauvaise, » plaisanta-t-elle avec un sourire.
« Et pourquoi tu penses à ces textes en particulier ? »
« Regarde les bâtiments ici. Les murs blanchis, les toits plats, … Sans parler de toutes les colonnes et sculptures que tu peux voir un peu partout. C'est très … J'ai l'impression d'être en Grèce. »
« Tu y as déjà été ? »
« Il y a longtemps… » La jeune fille soupira. « Tu venais pour quoi ? »
« Maman te cherche. Elle a reçu les informations nécessaires concernant tes examens. »
La jeune fille rangea son manuel dans sa sacoche et accepta la main de son frère pour se relever. Elle épousseta son sarouel beige avant d'emboîter le pas de Severus.
« Tu as meilleure mine, » commenta-t-elle après avoir fixé son frère du coin de l'œil alors qu'ils gravissaient la pente légère de la colline.
« Je suis déjà un peu plus rassuré en ce qui concerne Felicity. J'ai eu si peur … Les médicomages m'ont assuré de sa survie ce matin. Elle n'est pas encore tout à fait bien mais … » L'homme soupira. « C'est toujours mieux que l'état dans lequel elle était. »
« Et pour Merryl ? Tu as réussi à rentrer en contact avec elle ? »
« Non. Non, pas encore. »
Harriet glissa sa main dans celle de Severus pour lui montrer son soutien. Il la serra en retour, glissant son pouce sur sa peau, là où elle avait sa cicatrice. Cette dernière n'était plus douloureuse depuis quelques jours. Hélas, elle resterait visible toute sa vie. Petit souvenir de Dolores Ombrage…
« Mais c'est peut-être ma faute, » continua-t-il néanmoins.
« Comme cela ? »
« Je suis toujours tendu et stressé, Harriet. Je n'arrive peut-être pas à me détendre suffisamment pour y arriver. »
« Je suis sûre que tu vas y arriver. »
« J'aimerais en être aussi sûr que toi… »
Ils passèrent chez le fleuriste qui était juste à côté de la maison et Severus paya volontiers le bouquet qu'avait choisi sa sœur pour Merryl. Une combinaison florale dans des tons mauves et jaunes. Il ne s'y connaissait pas beaucoup en fleurs quand elles ne rentraient pas dans la composition de potions. Il pouvait juste reconnaître vaguement des roses et des lys.
Quand ils sortirent de là, ils gravirent encore quelques mètres avant de passer un rideau de plantes vertes tombantes derrière laquelle se dissimulait le nouveau domicile Prince.
Eileen s'occupait de trancher des tomates pour le repas du soir.
« Je l'ai retrouvée, » fit Severus en ôtant sa cape.
« Laisse-moi deviner. Sur la plage ? »
« Oui, » répondirent les deux plus jeunes.
« Je révisais, » ajouta la jeune fille.
« Eh bien, cela tombe bien. J'ai ton horaire d'examens, » sourit la mère en agitant la main.
Une feuille de parchemin vola directement et Harriet l'attrapa d'un geste.
« Le vingt-huit juin ? » fit-elle avec un sourcil relevé. « Pourquoi si tard ? »
« Parce qu'un autre étudiant passera les examens en même temps que toi, » répondit Eileen. « Il étudie le cursus ici par correspondance. »
« J'ignorais que l'on pouvait. »
« Moi aussi. Mais je n'ai pas plus d'informations à ce sujet. »
« En même temps, c'est le secret des élèves, » commenta Severus. « Les professeurs et organisateurs se doivent de les garder à moins que l'enfant ne soit en danger. »
« Tu veux de l'aide, Maman ? » fit ensuite Harriet en rangeant le parchemin avec son horaire avec sa pile de cours.
« Je veux bien. »
« Alors allons-y, » sourit Severus en s'armant d'un couteau de cuisine. « Passe-moi une planche, s'il te plait, Harriet. »
Les trois Prince cuisinèrent ensemble et mangèrent leur repas dans une relativement bonne humeur, occultant presque la guerre. Presque car la Marque se rappela au bon souvenir du Maître des Potions. Mais loin comme il était, il ne pouvait pas rejoindre les Mangemorts.
« Ben Voldy n'a qu'à attendre jusqu'à demain soir pour te voir, nah ! »
« Y a bien que toi qui peux parler ainsi du Seigneur des Ténèbres, voire au Seigneur des Ténèbres lui-même, sans risquer de te faire torturer, » soupira l'homme.
« Ben en même temps, à part Dumbledore et moi, personne n'ose ! » se moqua doucement la Serdaigle. « Il ne risque pas souvent d'entendre quelqu'un lui parler sur ce ton-là. »
« Elle n'a pas tort. »
« Merryl lui parlerait certainement comme ça aussi, » soupira ensuite Severus en posa son menton dans sa main. « Elle me manque. »
« Elle nous manque tous, » répliqua sa sœur en venant lui faire un câlin pour le consoler. « Je suis sûre qu'elle s'en sortira. »
« Tu dis ça juste pour que je me sente mieux, avoue, » dit-il avec un sourire triste tout en passant un bras dans son dos.
« Mais aussi parce que je veux y croire, » répliqua-t-elle en passant ses bras autour de son cou. « Et je suis du genre optimiste ! »
« Et si nous nous regardions un film pour nous changer les idées, les enfants ? » proposa Eileen. « Une petite comédie ? Une aventure ? De l'action ? »
« Pas de la guerre, » répondirent Severus et Harriet d'une même voix avant de rire doucement, amusés.
Le choix se porta finalement sur Jurassic Park.
xXxXxXx
Severus frappa à la porte de la chambre de sa sœur.
« Oui ? »
Il pénétra dans l'antre et fut agréablement surpris. C'était très différent de sa chambre en Angleterre qui était un peu plus sombre et verte avec des décors d'inspiration Serdaigle.
Ici, elle était blanche et claire avec des nuances bleutées. Un pan de mur était entièrement dissimulé par une immense bibliothèque pleine à craquer de livres en tous genres. Et de l'autre côté, il y avait un lit de taille moyenne aux draps bleus et bronze. Elle semblait vouloir garder la touche Serdaigle. Mais il y avait aussi une autre touche, un peu plus mystique et exotique avec l'œil de nazar. Elle en avait suspendus quelques-uns sur une branche de bois et avait accroché cette dernière contre un mur au-dessus de sa commode. Sur cette dernière, il retrouva la dague qu'il lui avait offerte ainsi que la sculpture représentant chaque membre de leur étrange famille sous leur forme animale, cadeau de Black. Son bureau se trouvait contre le mur du fond avec quelques posters et affiches au-dessus représentant quelques schémas ou autres informations qu'Harriet jugeait importantes.
Quant à Harriet elle-même, elle se trouvait assise sur le bord de sa fenêtre qui donnait sur la terrasse, la tête plongée dans un manuel. En temps normal, Severus l'aurait réprimandée de s'installer ainsi sur le bord d'une fenêtre avec un pied dans le vide mais comme la terrasse se trouvait au même niveau, il ne dit rien.
« Salut, Sev. Qu'est-ce qui t'amène ? »
« Ceci, » dit-il en sortant une lettre de sa poche.
« Qu'est-ce que c'est ? »
« Quand bien même je voudrais la lire en premier, je ne pourrais pas. »
Harriet fronça les sourcils et descendit de son perchoir pour embrasser son frère et s'emparer de l'enveloppe.
« Maintenant tu joues les coursiers pour Voldy ?! » s'étonna-t-elle en reconnaissant l'écriture du Seigneur des Ténèbres.
« Je n'ai pas eu le choix, » soupira l'homme. « Mais le reste des nouvelles devraient te plaire. »
« C'est-à-dire ? »
Severus s'assit sur la chaise de bureau tandis qu'Harriet s'installait en tailleur dans son lit.
« Officiellement, du moins du côté mangemort, je ne dois plus espionner l'Ordre du Phénix. »
« Ah ? »
« Le Seigneur des Ténèbres a appris que j'étais ici et comme il sait aussi que tu y es, il veut que je garde un œil sur toi. »
« Et que tu lui rapportes tout ce que je n'écris pas dans les lettres, c'est ça ? »
« En quelque sorte. »
« Et il voudra savoir plus de choses sur Pelhisir, je suppose ? »
« C'était en effet l'idée, » sourit Severus. « Mais il l'a très vite abandonnée quand je lui ai dit que j'étais soumis à un serment magique m'empêchant de raconter plus de choses que ce qui est publiquement connu de ce lieu. »
« Je lui enverrai une copie du livre de Merryl, » rit Harriet avant de soupirer et de rire à nouveau. « Donc tu es officiellement mon nouveau chaperon. »
« Et quand Dumbledore a appris cela, il a décidé que je le serais aussi pour l'Ordre. »
« Pourquoi ne suis-je pas surprise ? » fit-elle pour la forme.
Ils rirent doucement.
« Tu sais où est Maman ? » demanda soudain Severus.
« Si elle n'est pas ici, elle doit sans doute être à son laboratoire. »
« Son laboratoire ? »
« Elle a reçu son accréditation il y a trois jours. Depuis elle passe quelques heures par jour là-bas à faire des recherches. Elle en est super heureuse. »
« Elle retrouve sa première passion en même temps, » sourit l'homme. « Chaque génération de Prince voit apparaître un Maître. C'est comme ça depuis des siècles. »
« Et sinon, toi tu auras un laboratoire ou pas ? »
« Je n'ai pas demandé encore. »
« Pourquoi ? »
« Et mon statut de mangemort, tu l'as oublié ? »
« Mais vu que maintenant, tu es officiellement mon chaperon, rien ne t'en empêcherait ! » Harriet soupira. « Ce n'est pas comme si j'avais vraiment besoin d'une babysitteur… Je serais quand même en cours durant l'année. A moins que tu veuilles passer ton temps à me surveiller… »
« Au moins, je serai sûr que tu ne feras pas de bêtise. »
« Parce que c'est mon genre ? »
Severus sourit. Ce n'était effectivement pas le cas. Faire des farces oui, elle en faisait de temps en temps mais essentiellement avec Black pour lui faire payer son audace, ou se venger du jeune Weasley qui ne serait dorénavant plus une nuisance.
« Si tu vis ici, il va falloir que tu trouves un logement. »
« Pour le moment, la terrasse me convient très bien, » répliqua l'homme-panthère. « Je ne voudrais pas déranger à chercher un logement tant qu'on ne sait pas ce que l'avenir nous réserve. »
« Et quand Felicity pourra sortir ? »
« On en est pas encore là, Harriet. » Severus soupira en se passant une main sur le visage. « Tout dépend de Merryl, je suppose… » Il jeta un œil sur le manuel qu'Harriet avait en main. « Tu travaillais sur quoi ? »
« Potions. »
« Tu veux que je teste tes connaissances ? »
« Pourquoi pas, » sourit la jeune fille. « J'adore les examens blancs. »
Les deux Prince se détendirent dans un échange sur les potions, laissant les affres de la guerre et la lettre du Seigneur des Ténèbres de côté jusqu'au soir.
xXxXxXx
Ma très chère Harriet,
Cela fait quelques temps que je n'ai plus de nouvelles de ta part. Tu ne souhaites plus correspondre ?
Comment est le Berceau ? J'espère qu'il est aussi beau et merveilleux qu'on le dit ? Et ta tante ? Comment va-t-elle ? J'ai perçu que Severus était plus tendu et inquiet qu'à l'accoutumée.
Ici, en Angleterre, la situation devient quelque peu difficile. Avec Gringott's fermé, tout sombre dans le chaos sans que je n'ai à bouger le petit doigt. Mais ce problème n'arrange pas vraiment mes affaires. Enfin, je suppose que je devrais me contenter de la situation telle qu'elle est. Rien qu'à observer l'Ordre, je sais que mon camp n'est pas le seul à en subir les affres. Sans parler du Ministère qui est toujours aussi aveugle !
Je pense bientôt rentrer en action. Peut-être est-ce mieux que tu ne sois pas ici. Cela me laisse le temps de me préparer et peut-être de convaincre de me rejoindre. Je pense qu'il n'est peut-être plus possible de te demander au sujet de la prophétie ? J'espérais vraiment que tu y ailles pour moi … J'imagine que tu n'es pas assez Gryffondor pour cela.
Dans l'espérance d'avoir une réponse de ta part,
Cordialement ennemis,
Lord Voldemort
