Chapitre 127 : Le Cahier d'Alfie

Harriet rangeait la maison et faisait un brin de ménage. Elle mit de l'ordre dans la cuisine et agita sa baguette pour faire la vaisselle.

« Je croyais que tu n'utilisais pas la magie pour le ménage, » fit la voix de son frère juste derrière elle.

« En général, non, mais je n'ai pas envie de passer ma journée à faire le ménage dans toute la maison. Et Maman a déjà assez à faire comme ça à son boulot. Je donne un coup de main, c'est tout. »

Elle fit encore quelques mouvements de baguette avant de la ranger et de se tourner vers Severus.

« Je croyais que tu faisais tes valises… »

« Pressée de me voir partir ? » demanda l'homme en relevant un sourcil.

« Pas vraiment mais ce n'est pas comme si tu étais à l'aise ici. Tu n'as même pas ta chambre à toi ... Et Merryl va sortir bientôt, elle aura besoin de quelqu'un pour être au petit soin et … »

« Et ? »

« Ben, je ne me vois pas donner toutes les attentions que tu donnes à Merryl ! Je l'adore, c'est vrai ! Mais c'est ta femme, pas la mienne ! » Elle marcha dans le salon pour remettre les couvertures en place et ranger les quelques livres sur la table du salon. « Et puis, il y a Alfie qui est un peu bizarre. Il faudrait que quelqu'un de confiance veille sur lui en attendant que Merryl soit pleinement remise … »

« Comment ça, Alfie est bizarre ? Je n'ai rien remarqué. »

« Parce que tu ne connais pas Alfie comme je le connais. Il est étrange ces derniers temps. Il a de drôles de réactions et de regards... »

« Sans doute l'adolescence et ses ravages … Tu dois connaître ça puisque tu l'as vécue deux fois. »

« Je suis encore adolescente … et je n'ai pas le même regard que lui. »

« Parce que tout le monde perçoit les choses à sa manière. Chacun a ses lubies et ses fantasmes. Je suis sûr que tu t'inquiètes pour rien. » Severus récupéra deux ouvrages qui lui appartenait alors qu'il continuait. « Mais si cela peut te rassurer, je garderai un œil sur lui. »

« Tiens, » fit Harriet en lui tendant un calepin en cuir sombre.

« Ce n'est pas à moi. »

« Ni à moi. »

« C'est peut-être à Maman. »

« Je vais le déposer dans sur son bureau, » dit-elle alors.

« Et moi, je vais chercher Merryl et l'aider à s'installer dans son appartement. Peut-être faire quelques courses avec elle si nécessaire. »

« Son appartement ? » s'étonna Harriet. « Je croyais qu'elle avait une maison. »

« Oui, c'est vrai. Mais elle a aussi un appartement de fonction à Abysse-la-Vieille. »

« Eh ben… Elle retourne travailler directement ? »

« Je ne sais pas trop. Peut-être. J'en discuterai avec elle. Elle ne semble pas vouloir rester sans rien faire, cela est sûr. »

« Cela vous fera du bien de vous retrouver à deux dans un endroit privé. »

Severus avisa le sourire coquin de sa sœur et se retint de lever les yeux au ciel.

« Toi et tes allusions salaces … »

« Je les gardes bien au chaud dans ma besace ? »

« Tu les jettes à la poubelle ! »

« Oh la la, » soupira Harriet. « Il n'y a aucune oreille innocente dans le coin, c'est bon. Franchement, je sais depuis longtemps ce qu'est le fruit défendu, tu sais. »

« Hélas… Je crains le jour où tu auras un petit ami et que nous aurons tous le dos tourné. »

« Eh ! J'aime bien en parler et en rire mais je ne suis pas une fille facile pour autant ! »

Tout en s'outrageant sur l'allusion que venait de faire son frère, elle lui avait balancé un oreiller en pleine figure.

« Tu veux te battre, jeune fille ? »

« Tu n'as pas le temps maintenant mais à charge de revanche ! »

Severus sourit.

« Demain midi ? »

« Sois à l'heure pour que je te botte les fesses ! »

« Ne vends pas le sang de dragon avant de l'avoir récolté. »

Sur ces mots, il partit et Harriet se retrouva seule à la maison. De nature curieuse, elle ouvrit le calepin qu'elle avait toujours en main. Elle se rendit bien vite compte à l'écriture qu'il n'appartenait pas à sa mère. C'était un carnet à Alfie. Il y avait quelques ratures, ainsi que quelques croquis grossiers mais pour le reste, à en voir la prose et le titre en première page, Ne m'oublie pas, il s'agissait d'une histoire.

Toujours mue par une certaine curiosité, elle partit pour sa chambre et se décida à lire ce que son cousin avait écrit. Cela ressemblait à une autre version de la vie d'Harry Potter, comme une autre fanfiction mais en tellement plus sombre. Harriet se demandait comment Alfie avait pu imaginer le personnage d'Harry Potter, mais à la rigueur, cela ne relevait que du détail.

Malgré la noirceur et le malaise qu'elle ressentait, elle poursuivit la lecture du manuscrit de son cousin. Maltraitance sur enfant, amputation, horreurs, magie, … Il y avait de tout. Mais aussi beaucoup de morts et de sacrifices. Tout pour la personne la plus importante, une mère… Tellement de ressemblances et tellement de différences aussi. Cela en était presque terrifiant. Harriet avait pitié de ce Harry blond.

Puis, au fur et à mesure de l'histoire, elle découvrit une réalité propre à la sienne, les mensonges et les manipulations. Voilà bien quelque chose qui ne changerait jamais. Alfie avait une belle plume pour les rendre le plus fidèlement, même dans de la pure fiction.

Toute prise à sa lecture, elle ne se rendit pas compte tout de suite que le temps avait passé et que sa mère était déjà rentrée et avait préparé le repas du soir.

« J'arrive, » dit-elle en plaçant son marque-page.

Elle avait déjà lu la moitié du manuscrit. Elle le finirait probablement dans le courant de la nuit.

xXxXxXx

Harriet observa quelques secondes son cousin faire des recherches dans sa chambre avant de finalement frapper à la porte pour signaler sa présence.

« Eh ! Eh ! Eh ! » salua-t-elle avec un doux sourire. « Comment vas-tu, Alfie ? »

Celui-ci se figea un instant avant de se redresser l'air préoccupé.

« Harriet... Bien et toi ? »

« Ça va. Je pète la forme, comme toujours. Tu cherches quoi ? »

Il plissa les yeux et la regarda de haut en bas.

« Et si tu me disais plutôt ce que tu veux puisque tu sembles déjà connaître la réponse ? »fit-il lentement.

La jeune fille étudia le visage dénué d'émotions de son cousin avant de sortir le cahier relié de cuir de son sac à main.

« Tiens, » répondit-elle simplement. « Tu l'as oublié à la maison. »

Il le récupéra tout aussi lentement en évitant de toucher la jeune fille et souffla un merci, sa posture semblant se détendre imperceptiblement.

Son visage sembla alors se métamorphoser, une expression espiègle apparaissant.

« Je sais quelque chose qui pourrait t'intéresser... »

« Ah ? » Le regard d'Harriet étincela de curiosité. « Et cela concerne quoi ? Sev et Merryl ? »

« Aucun des deux..., » répondit-il, amusé. « Plutôt une tête blonde ou sont souvent suspendus des boucles d'oreilles en forme de radis ... »

« Luna ? »

« Mon petit doigt m'a dit que son père et elle allaient emménager au Berceau d'ici une semaine ou deux... »

« Vrai ?! C'est génial ! Et Luna va suivre les cours ici aussi ? »

« Je n'ai pas pour habitude de mentir et comment comptes-tu empêcher une serdaigle de suivre des cours ? C'est Astoria qui me l'a dit par lettre. »

« Astoria ? Et qu'est-ce qu'elle a dit d'autre ? » demanda-t-elle en s'installant sur une chaise dans la chambre de son cousin.

« Greengrass, elle va souvent avec son père lorsqu'il siège au Magenmagot et grâce à sa petite taille elle peut se faufiler partout pour écouter les ragots, elle sait toujours tout dix ans avant les autres. Hum, elle a parlé des dernières tendances chez les nobles, qui est la risée du ministère... Rien de bien intéressant. Ah et elle m'a partagé la liste des élèves anglais qui vont venir. Même maman ne voulait pas me la donner, je ne sais pas qui a pu laisser entendre cela devant elle. »

« Parce qu'il y aura plusieurs élèves qui vont venir ici ?! Qui ? »

« C'est évident, il va y avoir l'équivalent de deux groupes classe à Pelhisir. Vont être accueillis à Pelhisir des membres de chaque maison de Poudlard et des membres de chaque sang, Sangs-Mêlés, Sang-Purs et Né-Moldus. Il y aura les jumelles Carrow, les sœurs Greengrass, Luna et Neville Londubat de ce qu'elle en sait. »

« Les Carrow ? Cela ne posera pas de problème avec Amycus et Alecto Carrow ? »

« Elles ne les ont jamais rencontrés. Leur mère est une Davis et elle a fui avec elles dès qu'elle a pu. Elles vivent chez Tracey depuis tout ce temps. Astoria n'est pas sûre mais il se peut que Tracey vienne également, mais pas ses frères. »

« Hmmm hmmm… Je ne saurais pas dire. Je n'ai des infos que de Sev et Voldy. Je ne sais rien à propos de Davis. »

« Ses frères...ses demi-frères, Chester et Roger... leurs mères sont des sang-purs prônant l'idéologie des mangemorts. Ils sont des Sang-Purs mais Tracey... est ... Officiellement c'est flou, officieusement sa mère est une Sang-Mêlée Américaine. Lord Davies... Les autres Sang-Purs lui ont pardonné cet écart car il avait déjà deux fils Sang-Pur. »

« Ah … Et tu sais quand est-ce qu'ils arrivent ? »

« Toujours d'après Astoria, les jumelles Carrow et leur mère vont arriver courant de semaine prochaine comme réfugiés diplomatiques. Luna et son père arrivent le même jour car ils ont du sang de créature dans leur arbre généalogique, ce qui facilite leur emménagement permanent. C'est fou ce que le conseil des enfants de Magia est puissant et efficace. »

« Je te l'accorde. »

« Quel dommage que ce conseil ne s'occupe pas des affaires concernant les sorciers de pure souche. »

« Ouais. »

Harriet observa un instant son cousin et sa manière de tenir son carnet.

« Tu sais que tu as une belle plume ? »

Il releva ses yeux vers elle et son visage redevint froid.

« Tu as lu... Tu as fouiné dans mes affaires ?! Tu sais que cela ne se fait pas ?! »

« J'étais curieuse. Et comme cela ne ressemblait pas du tout à un journal intime, je l'ai lu. Sincèrement, ta prose est parfois un peu hésitante mais sinon tu pourrais avoir du succès avec cette histoire. Elle est juste … sombre. Je plains ton personnage. Tout ce qu'il a du faire pour sauver sa mère… » Elle se massa la nuque et observa son cousin quelques secondes. « Juste par curiosité, qu'est-ce qui t'a inspiré ? »

« On va dire que j'ai de l'imagination...pas forcément d'inspiration..., » grinça-t-il.

« Eh doucement, » fit Harriet en levant les mains en signe d'apaisement. « Je sais ce que c'est que d'écrire des histoires. Je ne voulais pas de te vexer. C'est vrai, je n'aurais pas du la lire mais franchement …. Bon le style de ton histoire n'est pas ma tasse de thé. Je dois dire que j'ai même été un peu mal à l'aise parfois mais … Dans l'ensemble, c'est bien. Triste, mais bien. »

« Si j'avais voulu que quelqu'un lise, je l'aurais montré depuis bien longtemps et ce n'est pas parce que cela ne ressemble pas à un journal intime que cela ne l'est pas, » fit-il froidement. « Je ne suis pas vexé mais déçu, alors laisse-moi maintenant, s'il te plaît ! » acheva-t-il avec l'air d'être sur le point d'exploser.

Le blond ne fut pas très loin de refermer la porte au nez de sa cousine juste après cela. Harriet en fut légèrement surprise mais d'un autre côté, elle avait lu son manuscrit sans son autorisation. Elle l'avait cherché … Elle rejoignit alors son frère au salon qui nourrissait pour une fois sa fille.

« Tu as réussi à récupérer Felicity ? » murmura-t-elle.

Il eut un sourire en coin.

« Oui, mais pas pour très longtemps malheureusement. »

« Elle est très possessive. »

« A sa place, je le serais aussi. »

Ils discutèrent quelques instants avant qu'Harriet ne rentre manger à la maison comme il était initialement prévu.

Ce ne fut seulement au soir, alors qu'elle se préparait à aller se coucher qu'une phrase de son cousin la frappa.

'Ce n'est pas parce que cela ne ressemble pas un journal intime que cela ne l'est pas.'

Elle secoua la tête. Ce n'était peut-être qu'une idée. Stupide. Farfelue. Impossible. Elle partit se coucher.