Hello les gens ! :)

Merci pour vos reviews, follows et favoris.

Pas mal d'action dans ce chapitre. Dites-vous si vous aimez, si vous voulez que je continue à traduire cette histoire.

Bonne lecture !


Sang-de-bourbe, ce mot ressemblait au battement d'un tambour et le hantait depuis qu'il avait onze ans et peut-être même plus tôt. L'idée d'héritage, de sang, de famille, cela s'était toujours retourné contre lui. Lorsqu'il était un orphelin, oublié et non désiré, quand il était un sorcier avec un nom de famille comme Jedusor et seulement un orphelinat avec lequel se référer, cette idée était là, toujours là.

Le sang-de-bourbe Jedusor, tellement talentueux, un tel gâchis quand on voyait d'où il venait. Ceux qui étaient moins talentueux, moins capables, simplement moins que lui s'en réjouissaient. Ou bien ils prenaient ça pour un miracle, n'était-ce pas miraculeux que le sang-de-bourbe Jedusor possède tant de magie ? C'est sûrement une aberration qu'une personne d'aussi basse naissance puisse être aussi douée pour les sorts et être aussi intelligente.

Quelque chose quelque part a sûrement mal tourné pour que cela puisse arriver.

Et pendant des années, il s'est efforcé de les convaincre d'ignorer son nom de famille, de faire fi de leurs préjugés et, si ce n'était pas le cas, d'accepter à contrecœur que Jedusor fût une exception. Le sang-de-bourbe Jedusor était resté une énigme, mais il était devenu leur préfet, le meilleur élève de la classe, et ils avaient tous appris à la boucler. Parce que s'il décidaient de le battre, ils savaient tous ce qui allait se produire, ils avaient essayé dès leur première année et ils s'en étaient mordu les doigts.

Les forcer à se souvenir de son nom, à le marquer comme un grand nom qu'il fallait reconnaître et suivre, cela avait été ses objectifs durant des années.

Mais à présent, à cause d'une simple phrase dans un livre, tous s'est effondré.

Le sang-de-bourbe Jedusor était un mensonge, un mythe, il n'avait jamais existé.

Un descendant direct de Serpentard. Durant un moment, il sourit comme un idiot. Il avait sa chance, sa chance de sortir et de réclamer ce qui lui revenait de droit, car il n'était plus l'un d'eux maintenant, il était meilleur qu'eux.

Il était plus pur que tous ces bâtards au sang pur et ils ne pourraient plus jamais cracher sur lui.

Mais cela ne suffisait pas, réalisa-t-il. Parce qu'il avait un passé trop chargé avec eux, ils ne le laisserait jamais gouverner, il pourrait être un pair mais...

Il avait besoin de se transformer, Tom Jedusor devait rester Tom Jedusor, mais une fois qu'il le laisserait derrière lui...

Tom Jedusor était une chrysalide et il émergerait de cette coquille morte et ils le regarderaient tous avec étonnement.

Il laissa tomber le bouquin qui retomba sur la table, les pages froissées, mais il n'y prêta aucune attention, cherchant un parchemin et, avec une ferveur presque désespérée, il se mit à écrire des noms, transformant le sien, le tordant dans tous les sens, parce que cela devait venir de lui-même. Ainsi ils se rappelleraient toujours qu'il avait été ce sang-de-bourbe Jedusor, et qu'il avait transcendé cette existence.

Finalement, après quelque minutes d'écriture et de pensée frénétique, il le trouva : « Je suis Lord Voldemort ».

Un pas derrière lui, il se retourna et tomba sur la dernière personne qu'il voulait voir.

Il n'aurait pas dû faire ça dans une bibliothèque, il aurait dû retourner à son dortoir ou se rendre à cette pièce du septième étage. Pour l'instant, cela ne voulait pas dire grand chose, mais plus tard, cela aurait une signification.

Pour l'instant, il s'agissait d'une liste d'anagrammes, de jeux de mots, mais cela signifiait beaucoup plus pour lui.

Il couvrit les mots avec sa main, Evans ne parut pas y prêter attention, se contentant de le regarder.

Pourquoi était-il venu à la bibliothèque à une heure aussi tardive ? Non, c'était une question stupide. Evans vivait pratiquement dans la bibliothèque. La vraie question était : pourquoi était-il venu aussi près de Tom ? D'habitude il s'efforçait de l'éviter comme si Tom était un lépreux.

« Que veux-tu Evans ? » demanda-t-il d'une voix froide. Mais Evans ne répondit pas, il n'avait pas l'air ravi d'avoir été abordé par Tom.

« Un livre intéressant » finit par dire Evans, ses yeux se posant sur la pile de livres entassés sur la table, puis sur le livre que Tom venait de consulter, celui qui parlait des lignées de sang pur.

Pouvait-il savoir ?

« Oui, en effet. Je te recommande cette lecture d'ailleurs, elle est très instructive » fit Tom. Evans ne pouvait pas savoir, comment le pourrait-il alors que Tom lui-même l'ignorait il y a quelques minutes à peine...

Et pourtant, de manière inconcevable, au-delà de toute raison, Tom comprit que Evans savait. Il avait peut-être su ce qu'était Tom Jedusor avant que lui-même ne l'ait su et il avait attendu ce moment.

C'était stupide bien sûr, car Evans ne pouvait pas savoir. Il accordait à ce gêneur plus d'importance qu'il n'en méritait à vrai dire. Après tout, peu importe que Evans connaisse la provenance de Lord Voldemort, il n'était rien de plus qu'une fourmi.

« Que veux-tu ? » répéta Tom, et Evans le regarda à nouveau. C'était devenu une mauvaise habitude et Tom avait vraiment envie d'y mettre un terme.

« Rien » finit par dire Evans, revenant à son ton monotone, mais il ne voulut pas partir. Il resta là, bloquant toutes les actions de Tom.

Evans avait, en quelque sorte, ruiné la révélation la plus importante de la vie de Tom. La naissance de Lord Voldemort était entachée par sa présence et cette idée même le rendit furieux, au-delà de toute raison.

Evans, décida-t-il, serait le premier à être victime du Seigneur des ténèbres, Voldemort.

« Alors, si ça ne te dérange pas, je suis plutôt occupé » lâcha Tom, lui faisant signe de partir, et Evans fit quelque chose qu'il n'avait jamais fait auparavant, il sourit.

Ce n'était pas vraiment un sourire, à peine un frémissement des lèvres, une étincelle dans les yeux. Ne l'ayant pas vu arriver, Tom en fut abasourdi.

Il n'avait jamais vu Evans manifester ce genre d'émotion, le garçon semblait presque satisfait.

« Bien sûr, bonne nuit Jedusor ». Il lui fit un petit signe de la main, glissa ses mains dans ses poches et s'éloigna de la table de Tom, le laissant derrière lui, frustré et énervé au plus haut point.

Ce fut avec un effort embarrassant que Tom retourna à son nouveau nom, Voldemort.

OoOoOoOoO

Tout le reste fut oublié cette année-là. Plus que jamais, Tom jouait dans une pièce de théâtre et il la jouait assez bien, mais ses pensées restaient fixées sur Voldemort et sur ce que cela impliquait.

Plus jamais il ne serait envoyé dans un Londres détruit par les bombes, ignoré lorsqu'il implorait désespérément de rester sous la protection de l'école, plus jamais quelqu'un ne le sous-estimerait ou le mépriserait. Il serait respecté, et tous jalouseront le sang qui coulait dans ses veines.

Soudain l'indifférence de ses camarades de maison, l'expression de fierté sur le visage de Slughorn quand il surmontait une adversité qui n'aurait jamais dû exister, l'idée de constamment lutter contre le vent de l'oppression ne voulaient plus rien dire. Ils n'existaient plus, parce que Voldemort était réel, Voldemort deviendrait réel et bientôt la victoire serait sienne.

Il continua à jouer son rôle au club de Slug parce que ça en valait la peine, il se mit en quête de l'immortalité, trouvant ses réponses dans les horcruxes, tout semblait vouloir se présenter devant lui. La magie noire, un seigneur des ténèbres qui façonnerait l'Angleterre à son image, tel était le destin qu'il s'était toujours promis.

Il commença à chercher presque désespérément la Chambre des secrets qui, selon les rumeurs, reposait quelque part sous le château, impénétrable à tous sauf à ceux qui parlaient la noble langue des serpents.

Cela lui prit des mois pour la trouver, mais jamais il n'abandonna, il regardait dans les endroits les plus sombres et un jour il la trouva. Un robinet étrange dans les toilettes des filles, avec une tête de serpent alors que les autres étaient toutes simples, c'était là.

C'était là son héritage, tout ce qu'il avait rêvé de faire quand il était enfant.

Voilà son avenir, tout ce qu'il s'obligerait à devenir.

« Lord Voldemort, je suis Lord Voldemort ». Quand il se retrouva seul dans son dortoir il se mit avec rire au son de la voix qui résonnait dans sa tête. Ce fut l'instant le plus heureux de son existence, il ne s'était jamais senti aussi heureux.

C'était pour ça qu'il était né.

OoOoOoOo

« La Chambre des secrets a été ouverte, ennemis de l'héritier prenez garde. »

Tom observa les mots ensanglantés, semblant aussi confus et déconcerté que les autres élèves, mais intérieurement il souriait. Ce n'était peut-être pas son travail le plus intelligent ou le plus subtil, mais il avait vu le basilic, et d'une manière ou d'une autre, celui lui avait paru particulièrement opportun.

Il commencerait ici et maintenant à Poudlard.

Parce que Voldemort n'avait pas à attendre, il n'avait pas à attendre jusqu'à ce qu'il soit diplômé avec un emploi. Il pourrait abandonner Tom Jedusor, aussi inutile qu'il ne l'avait jamais été, s'il le voulait bien.

Et il a choisi, il a choisi cette voie, donc il commencerait ici et maintenant.

Le malaise dans leurs yeux, la peur croissante dans leur estomac, le sentiment que ces mots leur étaient destinés...Ces émotions qui lui appartenaient étaient le fruit de ses actions et il les buvaient comme de l'ambroisie.

Ses yeux balayèrent la foule d'élèves et chacun eut une expression satisfaisante. Bien sûr, la véritable terreur viendrait plus tard lors les pétrifications et les morts commenceraient. Pour l'instant, ils étaient mal à l'aise, au bord de la peur et de l'incertitude, et pour l'instant cela suffisait.

Puis ses yeux tombèrent sur ce visage, le visage qu'il ne voulait toujours pas voir, et sa satisfaction s'évanouit. Evans avait l'air déconcerté, c'est vrai, mais il n'y avait ni crainte, ni inquiétude dans son regard, au contraire il semblait sur le point de prendre une décision importante sur un champs de bataille.

Il avait l'air de savoir exactement ce que ces mots voulaient dire, ce qu'ils exprimaient réellement, et il ne s'inclinerait pas devant eux. Tom le sentait. Evans ne tomberait jamais à ses pieds, ne l'adorerait jamais, ne vivrait jamais dans une terreur sans nom.

Lord Voldemort ne pourrait pas toucher Evans.

Tom se détourna de l'inscription, ramenant les élèves à leur dortoir, ignorant la façon dont les yeux de Evans vinrent le trouver, emplis de mépris et de détermination.

OoOoOoOoO

« Jedusor, nous devons parler »

C'était la nuit où les élèves avaient trouvé les mots sur la Chambre des secrets, et il appréciait presque le fait que Evans au moins ne perdait pas de temps.

Ils se trouvaient dans la salle commune, Evans parce qu'il ne semblait pas pouvoir dormir, Tom parce qu'il était absorbé par les événements qui s'étaient produits. Il dormirait plus tard, mais maintenant, maintenant il avait besoin de se concentrer sur ce qui allait suivre.

« Bien, alors dans ce cas, parle Evans » fit Jedusor avec une pointe de moquerie, il fit signe à Evans de poursuivre.

« Dans un endroit plus privé » fit le garçon, comme si c'était une option raisonnable.

« Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, le couvre-feu est passé et je suis préfet. Cela restera privé, je peux te le garantir ». Evans fronça les sourcils mais ne se découragea pas.

« Tu dois fermer la Chambre des secrets »

Tom sentit quelque chose craquer en lui, au moment même où ces mots franchirent la bouche de Evans, parce qu'il l'avait soupçonné même s'il n'avait pas voulu l'admettre, Evans savait tout. D'une manière ou d'une autre, Evans avait su ce qui allait se produire simplement en voyant l'inscription.

Et juste en le regardant, Tom sut qu'il ne pourrait pas lui envoyer un sort, qu'un simple oubliette n'y suffirait pas. Evans savait tout et cette connaissance était bien trop profonde pour être enlevé par des moyens artificiels. Cette connaissance faisait partie de lui, que ce soit dans ses iris étincelants, et dans ses traits durcis.

Evans savait, comme s'il connaissait Tom mieux que lui-même ne se connaissait.

Tom jeta rapidement un sort qui les enveloppa tous les deux une bulle intime et privée, le protégeant des oreilles indiscrètes, Evans avait eu raison finalement. Ce n'était pas une conversation qu'il avait envie d'avoir, mais c'était nécessaire et cette fois-ci c'est lui qui mènerait Evans là où il voulait.

Il pointa sa baguette droit vers le visage de Evans.

« Qui es-tu ? » murmura-t-il. Une voix dans sa esprit lui chuchotait qu'il y avait quelque chose qui sonnait faux dans ce nom de famille," Evans".

Celui-ci se raidit à ces paroles, sa baguette apparut dans sa main, cachée dans sa manche, mais il ne fit aucun geste pour la diriger vers Tom. « Tu dois fermer la chambre maintenant, Tom »

« Comment la connais-tu ? Qui es-tu et comment me connais-tu ? » ordonna Tom parce que personne ne l'avait jamais découvert, personne à part Evans.

Qui était-il vraiment ?

« Peu importe, ce n'est pas...Je suppose que ça n'a pas vraiment d'importance. Mais si tu ne fermes pas la chambre, alors quelqu'un risque de se faire tuer ! » Et puis il s'arrêta, semblant se contenir, réalisant que de toute façon Tom se ficherait comme d'une guigne de savoir si quelqu'un allait mourir.

Il secoua la tête, regardant Tom d'un air confus, comme s'il était stupide d'envisager la possibilité que Tom puisse s'en soucier.

Cette conversation prenait un tour inquiétant, elle était presque trop intime, personne ne lui avait jamais parlé de cette façon auparavant. Cela allait bien au-delà de Mme Cole, de cet imbécile de Dumbledore de tous ceux qui pensaient l'avoir connu et détesté pour cela.

Comment Evans avait-il fait ? Mais il ne répondrait pas, Tom savait qu'il ne le ferait pas, à la place il resterait debout, à le juger comme s'il en avait le droit.

Il y avait quelque chose de profondément exaspérant dans son ton condescendant, bien plus qu'avec Bill Stubbs et son crétin de lapin, ou avec la garde-robe fantasque de Dumbledore, et qui effaçait toute trace de peur, ne laissant que la rage.

Pour qui Evans le prenait-il ?

« Sais-tu pourquoi j'ai ouvert la Chambre des secrets, Evans ? »

Tom baissa sa baguette et, à son tour Harry Evans baissa lentement la sienne, avec incertitude, comme s'il était prêt à la brandir à tout moment.

Evans ne répondit pas, le fixant avec méfiance, comme si Tom ne faisait pas quelque chose sans raison. Cela frappa Tom, en réalité Evans pensait que Tom était un dément, qu'il était fou. N'était-ce pas l'hôpital Ste Mangouste qui se moquait de la charité ? Il pensait que Tom faisait ça pour le plaisir ou parce qu'il s'ennuyait, il ne semblait même pas se rendre compte que cela avait été plus que nécessaire.

« Au cours de ma troisième année, les Allemands ont commencé à bombarder Londres, tu t'en rappelles sûrement Evans. Ils ont commencé en automne et ils ont poursuivi au printemps jusqu'au moment où je devais retourner à l'orphelinat, un orphelinat qui pouvait à tout instant exploser. »

Evans avait l'air troublé, même gêné, comme s'il n'avait pas senti cette conversation arriver. Comme si Tom venait de faire quelque chose de complètement inattendu.

« J'ai supplié, supplié Dippet de me laisser rester à Poudlard. J'aurais travaillé dans les cuisines, en ville, n'importe-où pour ne pas avoir à y retourner. Et sais-tu ce qu'il a fait ? Il m'a simplement souri, avec toute la sympathie écœurante que tu peux imaginer, il m'a dit ensuite qu'il ne pouvait pas faire d'exceptions. Alors j'ai réalisé qu'il me laisserait mourir tant qu'il n'aurait pas abandonné ces exceptions." Tom ricana alors que Evans écarquillait les yeux, mais il ne baissa pas la tête.

« Est-ce si terrible Evans, que j'essaie de leur faire comprendre ce que cela signifie que de vivre dans une ville où la mort peut tomber du ciel à tout moment ? »

Durant un moment Evans sembla méditer ses paroles puis un rideau d'acier tomba devant ses yeux. « Foutaises »

Des foutaises, oui, peut-être. Cela n'avait pas été au centre de ses préoccupations quand il avait relâché le basilic, lui donnant l'ordre de tuer les sang-de-bourbe, et de ne pas s'en prendre à la future aristocratie, ses futurs béni-oui-oui et lèche-bottes.

Pourtant, ce n'était pas un mensonge de dire que les mots de Dippet étaient toujours gravés dans son subconscient. Envenimés par la présence de Dumbledore et les autres injustices qu'il avait subi.

Alors Tom adressa un sourire froid à Evans, haussant légèrement les épaules. « Crois ce que tu veux croire, Evans. Mais ne pense pas un instant me connaître parce que tu as tant de convictions »

Ses mots semblèrent n'avoir aucun effet, car Evans les ignora et contra : « Ils vont fermer l'école »

« Non, ils ne la fermeront pas. Les ennemis de l'héritier, Evans, ce sont les sang-de-bourbe » Tom se pencha vers Evans qui se raidit, ses doigts tremblants crispés autour de sa baguette. « Je vais te dire un petit secret » susurra-t-il à son oreille « Tout le monde se moque des sang-de-bourbe. »

« Tu te trompes » rétorqua Evans, grinçant des dents, des flammes s'étaient allumées dans ses yeux. Tom ne put s'empêcher de sourire.

« Le penses-tu vraiment, Evans ? » Evans n'était pas stupide, il savait que Tom ne s'était pas trompé à ce sujet. Si la victime était Malfoy alors l'école fermerait à coup sûr, alors que s'il s'agissait de Evans ou de Myrtle Warren, il y aurait quelques troubles, mais rien d'aussi radical que la fermeture de l'école.

« Oui, j'en suis sûr »

Et puis ils restèrent là, les yeux dans les yeux, attendant que l'autre fasse le premier pas. Evans semblait prêt à se battre en duel immédiatement, dans la salle commune des Serpentard. A quelques mètres à peine, leurs comparses dormaient profondément, n'ayant pas la moindre idée du drame qui se jouait.

Il était inquiet, oui, par le fait que Evans sache autant de de choses sur lui, mais il ressentait aussi d'autres émotions. Il était excité, plein d'anticipation, peut-être un peu nerveux mais pas à cause de la peur. Il voulait savoir comment tout ça allait se terminer.

Il n'était pas nécessaire de punir Evans pour avoir osé le questionner, non, une partie de lui voulait se battre avec Evans. Il avait attendu pour l'affronter. Voldemort ne pourrait être complété tant qu'ils ne se seraient pas battus en duel, car quel grand seigneur n'avait pas un rival, une Némésis ?

Evans serait sa Cassandre, criant des avertissements sur le siège de Troie, alors que le monde autour de lui brûlait.

« Bien, si c'est tout, je vais rejoindre mon dortoir ». D'un geste de baguette, Tom révoqua le sort qu'il avait lancé, laissant Evans, furieux, comme si d'un instant à l'autre, il allait s'embraser sous l'éclat de sa colère et de sa haine.

« Je t'arrêterai, Jedusor ».

Tom s'arrêta avant d'avoir grimper les marches de l'escalier, se retournant pour trouver Evans le toiser avec ce feu vert intense dans les yeux, ses mains tremblantes, mais son regard ne faillit pas.

« Tu crois pouvoir y arriver ? » le défia Tom.

« Sans le moindre doute »

« Je ne sais pas grand chose de toi, Evans, mais tu sembles me connaître un peu trop bien. Je te propose un marché. Je te laisse tranquille pour le reste de l'année et toi tu reviens sur cette décision terrible que tu viens de prendre. Nous étions parvenus à un accord, au cours de l'année, ignore-moi et je t'ignorerai, je ne vois pas pourquoi cela devrait cesser maintenant ».

Il ne laissa pas beaucoup de temps à Evans pour y réfléchir, il sortit avant que le garçon puisse dire quoique ce soit d'autre, et ce ne fut que lorsqu'il rejoignit son lit qu'une sensation de vertige le saisit brusquement.

Qui était Evans ?

OoOoOoO

Il y eut plusieurs élèves pétrifiés, et à chaque fois Tom attrapait le regard de Evans et lui adressait un sourire plein de sarcasmes.

Il ne savait pas pourquoi il agissait de cette façon, pourquoi il jouait avec Evans comme ça, mais quelque chose en lui le poussait à le faire. Il y avait quelque chose en lui qui devait faire ça, plus qu'il n'avait besoin de jouer le préfet concerné, plus que tout autre chose.

Il voulait que Evans soit énervé, à fleur de peau, conscient du danger auquel ils étaient tous confrontés, mais impuissants à l'arrêter. Il voulait regarder Evans se contracter, se tordre et essayer au-delà de tout effort raisonnable d'arrêter les choses avant qu'elles n'aillent trop loin.

Il voulait que Evans soit aussi mal à l'aise et aussi effrayé qu'il le prétendait, mais il voulait surtout qu'il soit mis à nu devant lui jusque ce que Tom puisse deviner ses moindres faits et gestes, ses moindres pensées. Ce n'était pas juste après tout que Evans détienne toutes les cartes.

Tom l'observa alors qu'il tentait désespérément d'entrer en contact avec Dumbledore et à chaque fois celui-ci lui conseillait d'aller en parler à Dippet. Il regarda Evans poser des miroirs sur toutes les surfaces inimaginables de l'école et être dévasté lorsque le directeur cassait ses sortilèges et les retirer comme s'il s'agissait d'une vilaine farce. Il regarda Evans se rendre compte que tout le monde remettait en doute sa parole, et qu'on le voyait comme l'héritier potentiel, après-tout il semblait venu de nulle part. Si quelqu'un voulait ouvrir la Chambre de secrets, cherchant à détruire Poudlard, ce serait Evans, car il n'avait aucune attaches.

Et Tom continuait d'observer et d'attendre.

Tom ignorait ce que comptait faire Evans à ce sujet, alors il attendait. Il attendait que quelqu'un meure, attendait que Evans agisse pour révéler ce qu'il était vraiment, pour une grande finale. L'apothéose.

Cela ne dura pas très longtemps avant que les choses ne lui échappent totalement.

Il pensait qu'il détenait un contrôle total, que le monde était dans la paume de sa main, car il était l'héritier, et plus encore encore, il était Lord Voldemort.

Il n'avait pas encore réalisé que son destin avait volé en éclats.

C'était une nuit. Une nuit un peu trop calme, où il ne perçut aucun sifflement du basilic dans les tuyaux, et pis encore où il n'avait aperçu Evans nulle part. Il sut, alors qu'il se tenait dans la salle commune silencieuse, que tout venait de s'effondrer.

Avant même de pouvoir comprendre ce qu'il se passait, il jeta un sort de désillusion sur lui et se dirigea vers la Chambre des secrets une dernière fois.

OoOoOoOo

Le basilic était mort, étendu sur les pierres froides de la pièce, des larmes de sang s'échappant de ses yeux crevés. Une flaque écarlate s'étendait tout autour de lui.

Tom sentit son souffle et son cœur s'arrêter. Il ne pouvait que rester là, marchant silencieusement, admirant le spectacle macabre, ce grand léviathan, cet être merveilleux, reflet de Tom et de tout son héritage.

Mort.

Ses yeux se posèrent à contrecœur sur la seule personne debout, Evans, couvert de sang, sa baguette à la main.

Probablement un sort offensif, se dit-il, un sort assez puissant pour trancher à travers les écailles du basilic. Un coq aurait été plus efficace, mais Tom les avait tous tués...

Il ressemblait à la figure d'un héros tirée d'une histoire. Une histoire que Tom n'avait jamais lu, qui parlait d'un chevalier, plus sinistre que charmant. Un chevalier qui avait déjà joué ce rôle auparavant et qui n'avait plus de jeunes filles à sauver pour obtenir quelque chose en retour.

Et puis il n'y eut plus que de la rage et du chagrin et il cria. Il n'y avait pas de mots, seulement une douleur horrifiée qui hurlait alors qu'il serrait sa tête dans ses mains et tombait à genoux. Et Evans resta là à l'observer, du mépris et peut-être même de la pitié dans l'expression de son visage.

Evans attendit jusqu'à ce que la voix de Tom soit trop enrouée pour continuer de hurler et qu'il s'agenouille pour prendre une respiration sifflante.

Tom se tourna pour le regarder, comment se faisait-il que Evans semble si grand et si sombre, alors que Tom savait qu'il était presque le plus petit des autres garçons de son année.

Tom serra les dents, essayant de se ressaisir pour trouver quelque chose à dire, mais il n'y avait rien. Il n'y avait que la mort et le basilic.

A sa grande horreur, des larmes obscurcirent sa vision. « Je voulais seulement... »

Evans l'interrompit. « Je sais déjà tout ça, Tom. »

Mais comment le pouvait-il alors que Tom ne savait plus ce qu'il était, ni où tout cela allait le conduire. Il se mit à rire parce que c'était aussi drôle que terrible et douloureux.

Evans était déconcerté, déstabilisé, et Tom se mit à rire plus fort. Parce que tout ce qui comptait, c'était son héritage, il s'était lui-même trompé dans cette bibliothèque.

Il avait pensé pouvoir échapper à Tom Jedusor, mais personne ne pouvait lui échapper. Il était enchaîné à lui-même, à son passé, et il ne pourrait jamais y échapper, peu importe le nombre de grands noms qu'il s'inventerait.

Et c'était absurdement drôle.

Il se redressa lentement, tremblant et il plongea directement ses yeux dans ceux de Evans. « Tu aurais dû venir plus tôt, tu sais, je m'ennuyais tellement. Alors, alors, Evans, que se passe-t-il ensuite ? »

Les doigts de Evans serrèrent plus fort sa baguette, au point que ses jointures blanchirent. Et Tom se mit à rire à nouveau parce qu'il l'avait vu arriver. Toujours en quête de sa baguette, d'un couteau, Evans voulait toujours se battre ou trouver une raison pour se battre.

« C'est toi qui détient les cartes, alors dis-moi, que se passe-t-il ensuite ? » La fureur suintait de ses mots, juste sous l'absurdité désespérée.

« Je ne te laisserais pas devenir Voldemort. Peu importe ce qui m'est arrivé ou ce qui arrivera à cette chronologie, c'est fini »

Tom tendit les bras, vraiment déconcerté et ne se souciant même pas du fait que Evans savait même cela et s'écria : « Mais tu vois, Evans, il n'y a plus de Voldemort. »

Evans ne semblait pas convaincu, et peut-être avait-il raison, alors Tom soupira et pointa sa baguette vers lui. Il avait toujours voulu se battre en duel avec ce garçon étrange et il n'avait jamais eu l'occasion de lui prouver qu'il était le meilleur.

N'avait-il pas attendu cela dans la salle commune lorsque Evans l'avait confronté pour la première fois, n'avait-il pas attendu ce moment avec impatience ?

« Jusqu'à la mort ? » fit Tom et Evans ne prit même pas la peine de hocher la tête. Tout était dans son regard. Il n'y avait pas la moindre hésitation.

« Ils t'enverront à Azkaban » fit remarquer Tom et Evans haussa les épaules, comme si c'était insignifiant, comme si cela importait peu. Comme s'il était parfaitement disposé à mourir, à laisser d'infâmes créatures sucer son âme, juste pour que Tom meure avec lui.

Qui savait que Evans avait été secrètement un Gryffondor pendant tout ce temps ? Pas étonnant que Tom l'ait toujours détesté.

« Dans ce cas » fit Tom d'un ton ferme et résolu, « je suppose que je n'ai pas le choix ».

Et il frappa, utilisant dès le départ ses sorts les plus puissants. Evans était doué, cependant, pas seulement pour lancer des boucliers mais aussi pour esquiver rapidement, une compétence que la plupart des sorciers n'avaient pas. Evans avait de l'expérience, d'où qu'il vienne, pas seulement en duel, mais dans les véritables combats. Ceux qui nécessitaient de connaître l'usage des sortilèges sombres pour survivre et Tom sentit un sourire sauvage se répandre sur son visage alors qu'il rentrait dans la danse.

C'était presque comme s'ils dansaient ou faisaient de l'escrime, leur jeu de jambes aussi complexe que leurs sorts, de sorte qu'ils traversèrent la Chambre des secrets et utilisèrent à plusieurs reprises le corps du basilic comme bouclier. Et leur duel s'éternisa longtemps, les minutes s'étirèrent, si bien que Tom ne sut combien de temps s'était écoulé.

Tom ne put s'empêcher de se demander s'ils combattraient toute la nuit ou plus longtemps encore. C'était peut-être ce que ressentait les joueurs de Quidditch, ne sachant jamais si cela se terminerait, mais continuant malgré tout dans l'espoir que le jeu tourne à leur avantage.

Evans n'utilisait pas de sorts sombres, mais il était créatif et imprévisible et Tom faillit se laisser piéger à un moment donné. Toutefois, il pouvait voir de la sueur perler sur le front de son adversaire et à ce rythme, celui-ci perdrait le combat, et serait revendiqué comme victime du basilic.

Ce serait sa première victime sang-de-bourbe.

Il marqua brusquement une pause, ses yeux attrapant le basilic à ce moment là alors qu'il se rendait compte de quelque chose.

En réalité Voldemort n'avait jamais existé.

« Expelliarmus ! »

Tom sentit sa baguette s'échapper de ses mains, heurtant la pierre quelque part derrière lui, et il se retrouva face à la baguette de Evans, contemplant amèrement le champs vide qu'était son existence.

Pourquoi avait-il fait cela ?

Pourquoi avait-il ouvert la chambre ?

Il avait été si désespéré, avait eu tellement besoin de voir que ce n'était pas une illusion de grandeur, que c'était possible, que Voldemort existait. Et à présent, il savait que ce n'était qu'une illusion, un château de carte qu'il s'était construit, puis qui avait été balayé, détruit par le vent de la folie et de l'orgueil.

Il tomba à genoux, il mourrait ici, sans même avoir créé un horcruxe pour se préserver.

C'était la fin.

Il écouta les pas de Evans résonner dans la pièce vide, refusant de le regarder, fixant un point devant lui.

Evans s'immobilisa quand le bout de sa baguette s'enfonça dans les omoplates de Tom, pressant trop fort contre ses vêtements.

« Vas-y, fais-le » fit distraitement Tom.

Finissons-en avec ça.

Cela ne se termina jamais. Au lieu de ça, la baguette s'écarta de son dos et il se redressa pour voir Evans le regarder avec une expression indéchiffrable et prononcer ensuite: « Allez, Tom, on devrait y aller. »

Et il tendit sa main droite à Tom, couverte de saleté, de sueur et de sang, et Tom finit par la prendre, et lentement mais sûrement se laissa conduire jusqu'au clair de lune.