Hello les sorciers, j'espère que vous allez bien ! :)
Merci pour vos reviews, follows et favoris. (Orcinus Orca L, comme je ne peux pas t'envoyer un mp je te dis un gros merci !)
La relation commence à évoluer pour nos deux sorciers préférés.
Bonne lecture !
Les choses changèrent après l'incident du basilic.
Tom était perdu ou plutôt il se sentait perdu.
Il erra dans les mêmes salles qu'il avait toujours connues, s'asseyant dans les mêmes classes, et pourtant c'était comme s'il avait perdu quelque chose de vital dans la Chambre des secrets, quelque chose d'inhérent et d'innommable.
Entre temps, les attaques avaient brusquement cessé, et pour l'école, il semblait que ces mois de terreur étaient enfin finis. Les professeurs et le directeur cherchaient toujours l'auteur de ces agressions, mais les recherches s'atténuèrent et cessèrent définitivement, comme s'il s'agissait d'un mystère qui ne serait jamais résolu.
Comme si cela n'avait jamais vraiment compté.
Tu vois ce que représentait vraiment Lord Voldemort, Tom ?
Evans était trop souvent dans les parages et, au début, sa présence était étouffante, car Evans s'était retranché dans un silence à la fois inquiétant mais aussi distant. Il en savait trop, voyait trop, et il était toujours là, par-dessus son épaule, prêt à le tuer, mais renonçant à son geste à chaque fois.
Chaque nuit, dès que Tom s'endormait, il était de retour dans la chambre avec Evans debout derrière son dos et il n'y avait que leur souffle combiné et l'idée terrifiante que tout était fini. Qu'il n'était plus rien. Ce moment unique, silencieux, où son cœur battait frénétiquement dans sa poitrine.
Dans ses rêves, Evans réussissait toujours à le tuer.
Il lui fallut une semaine pour lui poser la question. Tous deux se trouvaient dans la salle commune, fixant silencieusement les flammes de la cheminée alors que la nuit était tombée depuis longtemps. Cela s'était produit plusieurs fois depuis l'incident, mais les actions de Evans n'avaient pas remédié à son insomnie, bien au contraire, elles le hantaient, parce qu'à chaque fois que Tom fermait les yeux, il mourait.
Ils ne disaient jamais rien dans ces moments-là, ne se regardaient jamais, ils fixaient plutôt la cheminée, chacun plongeait dans ses ténèbres et ses flammes intérieures. Parfois, Tom se demandait si Evans n'était pas une sorte de fantôme, un cauchemar, une apparition dont le seul but était de le hanter avec des yeux trop verts.
Sinon comment expliquer qu'un simple être humain puisse lui causer une pareille douleur et une pareille terreur ?
Mais peu importe qu'ils soient à nouveau là, ensemble, les mots franchirent ses lèvres bien plus facilement qu'il ne l'aurait pensé. « Pourquoi ne m'as-tu pas tué ? »
Evans leva la tête vers lui, les sourcils levés en une expression confuse, et Tom répéta : « Tu allais le faire, mais tu ne l'as pas fait, et je veux savoir pourquoi. »
Si Evans répondait qu'il ne savait pas, qu'il avait eu pitié de Tom, qu'il n'avait tout simplement pas pu le faire, alors Tom crierait et finirait ce qu'ils avaient commencé cette nuit et toutes les autres qui avaient suivi. Il tremblait, il n'arrivait plus à se contrôler, mais il avait tout perdu et il ne pouvait plus se permettre de perdre à nouveau.
Pendant quelques instants, Evans le scruta, incrédule, puis cette expression familière de mépris revint sur son visage.
C'était presque triste que Tom trouve ça réconfortant parce qu'au moins c'était quelque chose de connu et de prévisible. Quelque chose venant de Evans, à laquelle il s'attendait totalement.
« J'ai essayé de te haïr quand je suis arrivé ici pour la première fois et je l'ai fait. Je te hais. Je te haïrais toujours parce que tu n'es qu'un monstre, mais tu aurais été tellement plus si je t'avais laissé faire. » Comment se faisait-il que le mépris sied si bien à ces yeux verts ? Plus que le bonheur, plus que le chagrin, c'était le mépris et la colère qui leur allaient si bien.
« Tu es brillant, Jedusor. Tu es vraiment un génie...Et je n'avais pas réalisé que tu n'étais pas encore Voldemort, que Malfoy, les Black et tous les autres te haïssaient autant qu'ils ont haï Hermione. Tu es mauvais...Mais tu n'es pas Voldemort. Pas encore. »
« J'aurais pu l'être » répliqua-t-il d'un ton amer, parce qu'il l'avait presque goûté, cette gloire éphémère, qui s'était éteinte aussi brusquement qu'elle avait commencé. Il aurait pu tout obtenir avec le basilic.
Evans fronça les sourcils, ses yeux flamboyant, et durant un instant il sembla vouloir le maudire pour avoir osé prononcer ces mots. Pour avoir voulu insinuer que Voldemort était toujours une voie appropriée. Tom était trop fatigué, trop fatigué pour essayer de savoir pourquoi Evans avait des sentiments aussi forts. Tous deux étaient assis là, au même endroit, dans la même posture, tous deux étaient des sorciers redoutables et pourtant aucun d'eux n'arrivait à comprendre l'autre. Peut-être qu'un jour ils s'entretueraient alors qu'ils avaient déjà essayé et échoué auparavant.
Après un moment de silence, Evans sembla traversé par la même idée puis il secoua la tête. « Ce serait du gâchis, Jedusor, et même toi, tu le sais. Je ne t'aime pas, et si je devais le faire, je te tuerais, mais je veux croire que tu peux être meilleur que tu ne l'es maintenant. Je dois croire que les choses peuvent changer...Et je refuse d'être comme toi. » Les derniers mots furent prononcés d'une voix forte, pleine de volonté et de colère, comme si Evans voulait les imprimer dans sa chair et dans son esprit. Comme si Evans avait peur de ressembler à Tom Jedusor et qu'il voulait s'assurer à tout prix que Tom et lui étaient différents.
Evans parut considérer cette réflexion suffisante, car il n'ajouta rien de plus, attendant que Tom dise quelque chose en retour. Mais il n'y avait rien à dire, car à sa manière, Evans avait donné à Tom ce dont il avait besoin pour le moment : un motif qui n'était pas basé sur la pitié.
Il n'avait jamais rencontré quelqu'un d'aussi foncièrement et terriblement honnête que Evans.
C'est à ce moment là qu'il réalisa, à sa grande surprise, qu'il ne détestait pas Evans. Il ne le haïssait pas pour avoir trop regardé et vu ce que personne d'autre n'avait pris la peine de chercher, il ne le haïssait pas pour avoir des convictions aussi inébranlables et il ne le haïssait pas pour cette nuit là à la chambre. D'une certaine façon, Evans était à part, exclu de tout ça, alors Tom ne le détestait pas comme il l'avait fait avec Mme Cole, Dumbledore et tous les autres. Il ne savait pas ce qu'il ressentait en réalité, une sorte de vide intérieur, forcé, comme découpé à l'intérieur de lui-même, mais en même temps...
En même temps, entre Evans et lui, il y avait une sorte de lien inexplicable.
Evans était celui qui avait approché son âme au plus près, il aurait pu la réduire en miette. Mais Evans avait vu son potentiel, au-delà de la surface ténébreuse et néfaste, il avait trouvé quelque chose qui méritait d'être gardé en vie.
Cette nuit-là, dans son cauchemar, au moment où la baguette de Evans se posait entre ses omoplates, son adversaire renonça à prononcer les mots fatals.
OoOoOoO
Evans avait de multiples facettes, bien plus que Tom ne le lui avait accordé au début. Le jeune garçon qui l'avait vaincu dans la Chambre des secrets était bien plus qu'un élève.
Les mois passèrent et étrangement, inexplicablement, ils se rapprochèrent l'un de l'autre.
Il n'y avait pas vraiment d'explication. Evans, comme il le rappelait à Tom de temps à autre, ne l'aimait pas beaucoup. Il détestait Tom. Il détestait son charme, son génie, son arrogance, presque tous les aspects de sa personnalité que Evans énumérait et détestait avec passion.
Être détesté, c'était sans doute semblable à être aimé, n'est-ce pas ? Tom ne le savait pas vraiment. Il était difficile d'imaginer quelque chose de plus puissant que cette passion, cette intensité, la façon dont ces yeux verts insufflaient leur colère dans votre âme.
La haine était une passion. C'était ce que Evans lui avait appris.
Malgré sa haine, ils laissèrent en quelque sorte la Chambre des secrets derrière eux. Cela restait dans l'ombre de leurs conversations, mais ce n'était pas un obstacle pour autant, et bientôt ils s'assirent ensemble dans les classes et parfois Evans parlait.
Il était très bon en Défense Contre les Forces du Mal, plus en pratique qu'en théorie. Il avait avoué à un moment donné à Tom qu'il avait eu des cours un peu inégaux et qu'il n'avait eu qu'un bon professeur, voire même deux, mais le cas du deuxième était assez complexe. Mais malgré tous ces problème, il avait progressé. Peut-être parce qu'il prenait cela au sérieux, Evans, plus qu'aucun autre élève, voyait le besoin réel de la Défense Contre les Forces du Mal.
La plupart des élèves n'utilisaient jamais ces sorts, ne se retrouvaient jamais face à des mages noirs, passant leur vie dans un bureau. Ils considéraient ces cours utiles et un peu plus intéressants que d'autres plus théoriques, mais finalement sans importance. Evans tenait de tout son cœur à se défendre contre les forces du mal.
« Pourquoi la détestes-tu autant ? » voulut savoir un jour Tom alors qu'ils s'étaient installés à une table de la bibliothèque, Evans feuilletant à nouveau ces livres étranges. Il semblait pourtant distrait, désespéré, comme s'il était sur le point de laisser tomber quelque chose d'important. Non pas qu'il ait dit à Tom ce qu'il recherchait précisément.
Tom l'avait questionné à ce sujet une fois et Evans avait refusé de répondre, se braquant et le menaçant de lui lancer un sortilège ou deux de son cru. L'héritier de Serpentard avait jugé bon de le laisser tranquille, pour le moment.
« Quoi ? » demanda Evans, le regardant d'un air confus, alors qu'il s'arrachait des pages du livre.
« La magie noire » clarifia Tom et une ombre tomba sur les traits de Evans.
Il avait l'air tellement plus âgé qu'un adolescent de quinze ans à ce moment-là, un adulte pris au piège dans le corps d'un enfant, avec des yeux trop vieux emplis d'ombres et de fantômes. Un adulte qui avait perdu depuis longtemps son innocence.
« Parce que c'est quelque chose de mauvais. »
« C'est de la magie » répliqua Tom. « Ce n'est ni bon, ni mauvais, la magie n'a que la moralité que lui a prescrit le jeteur de sorts ».
Evans lâcha un rire moqueur, comme si Tom avait fait une mauvaise blague. « Pas étonnant que tu dises ça...C'est toujours l'excuse que se trouvent les mages noires pour justifier leurs actions. Le bien et le mal n'existent pas. » Une expression sombre et amère passa sur le visage de Evans. « Tu ne sais rien au fond... »
Tom l'observa, il avait l'air si convaincu, si convaincu de ses convictions. Il en était venu à apprécier Evans, celui-ci était si sûr de lui, si noble. On se moquait des Serpentard à ce sujet, mais peu de Gryffondor avaient de noblesse d'esprit. La véritable noblesse, la bravoure, l'honneur, peu de personne avaient ces qualités, sauf Evans. Lorsque vous écoutiez ou regardiez Evans, vous ne pouviez pas vous empêcher de croire à ces choses là vous aussi.
Néanmoins, Tom en savait bien plus sur le sujet que Harry Evans. Tom avait lu beaucoup de livres à sur les arts sombres, des plus sommaires au plus raffinés. Il connaissait la magie noire sur le bout des doigts, et plus encore encore il connaissait les Impardonnables.
L'Endoloris avait été inventé par un fou et un sadique qui avait multiplié les expériences pour tester la limite de la tolérance à la souffrance de l'être humain. L'Impero par un mage noir qui recherchait des serviteurs plus malléables et voulait un moyen de maîtriser ses ennemis sans avoir à lever le petit doigt. En ce qui concernait l'Avada Kedavra, c'était une toute autre histoire.
Ce sort avait été créé ni par un fou, ni par un mage noir, mais par un jeune universitaire horrifié par le monde dans lequel il vivait. A cette époque, les États étaient en guerre alors que les frontières de l'Europe n'étaient pas totalement définies et que les sorciers se retrouvaient cernés par la menace moldu.
Les cadavres de sorciers jonchaient les rues, leurs corps mutilés peignant les rues de leur sang. Il n'y avait aucun moyen de tuer un sorcier rapidement, efficacement et sans douleur. Qui plus est, la tradition voulait que les prisonniers britanniques soient conduits sur une île et enchaînés à un rocher afin que les détraqueurs puissent dévorer leur âme.
L'universitaire avait créé ce sortilège qui, selon lui, mettrait fin à l'horreur de la guerre, le cas échéant à la mort.
Désirer tuer son ennemi, c'était ce qui déclenchait le sort. Donc cela nécessitait une volonté implacable et une prononciation impeccable. C'était rapide, efficace, mortel et pour la population sorcière, c'était une abomination.
Le sortilège avait pour unique but que de tuer, tous les autres sorts de combat utilisés avaient d'autres fonctions et leur efficacité se retrouvait amoindrie.
Pour l'utiliser, le sorcier doit admettre qu'il est un meurtrier et qu'il n'a d'autre intention que la mort. Il doit mettre de côté tout ce qu'il est, seul la mort est son but.
Et ainsi, il devient impardonnable, tout comme le sortilège qui conduit à la folie par la douleur ou celui qui transforme les gens en marionnette vivante.
Il est étrange d'ailleurs que le sortilège d'amnésie ne fasse pas partie de la liste des Impardonnables parce qu'après-tout, il arrache la mémoire, l'identité même de la victime. En cela, il est bien plus effroyable que le sortilège de la mort.
Mais évidemment, ce serait trop pratique.
Tom avait le sentiment que c'était une histoire que Evans ne voudrait pas entendre et qu'il n'avait jamais entendue auparavant.
Assis dans la bibliothèque, Tom se rendit compte qu'il était content que Evans garde ses illusions. Au moins l'un d'entre eux avait encore foi dans ce monde.
OoOoOoO
Evans était franchement moyen en potions.
Dès le début de leur partenariat, Tom avait appris que Evans pouvait aller chercher les ingrédients et suivre sans problème ses directives mais qu'il ne valait mieux pas qu'il intervienne directement sur la potion. Tous deux savaient que c'était préférable.
Les potions de Evans frôlaient parfois la dangerosité immédiate et le garçon gardait toujours scrupuleusement un œil sur l'avancée de ses créations.
« Vu que tu es bon en Défense Contre les Forces du Mal, je pensais qu'au moins tu serais au-dessus d'un Piètre en potions» commenta Tom alors qu'ils révisaient leurs examens à la bibliothèque. Il avait terminé ses révisions depuis longtemps, mais il aimait regarder les misères du garçon. Il y avait quelque chose de profondément surréaliste et satisfaisant à le voir aussi frustré.
Evans avait tué le basilic et manquait de le tuer, mais Tom restait le meilleur élève de l'école qu'il n'y ai jamais eu.
« Ouais, eh bien, j'avais un horrible professeur qui me détestait...et je le lui rendais bien d'ailleurs » rétorqua Evans, sa plume tapotant contre ses notes, formant des petites bosses dans le parchemin.
« Tu me détestes et pourtant nous nous entendons très bien » souligna Tom. Evans le fixa du regard, semblant peser ses mots.
« Ce n'est pas faux...Je n'arrive pas à croire que je vais dire ça mais ce professeur était bien pire que toi. » Evans sembla choqué par ses paroles comme s'il ne pouvait vraiment pas croire ce qu'il avait dit, comme s'il n'y avait rien de plus terrible et de plus abominable que Tom. Et pourtant, Tom ne put s'empêcher de se sentir un peu flatté, parce que c'était la chose qui ressemblait le plus à un compliment qu'il n'ait jamais reçu de la part de Evans.
« Oh, alors il devait vraiment être terrible » se moqua Tom, ce qui provoqua une légère rougeur de colère et de gêne chez Evans.
Perplexe, Tom se demanda s'il avait déjà vu Evans énervé. Celui-ci était toujours solitaire, et tellement isolé qu'il était difficile de dire ce qu'il pensait, seuls le mépris et la détermination s'affichaient sur son visage. C'était un peu étrange de le voir exprimer des émotions aussi...normales.
« Tais-toi, Jedusor ! » cracha-t-il, mais sans véritable venin.
« Heureusement pour toi, Slughorn est différent, il a ses favoris mais il ne s'en prend pas aux élèves qui ont plus de difficultés. Il ne les considère pas non plus comme de la mauvaise graine. Ça, c'est plus du style de Dumbledore. Slughorn t'ignorera, mais c'est tout. » fit Tom, haussant les épaules. Ce qui était vrai, dans le monde de Slughorn, soit tu étais apte à recevoir une de ses invitations, soit non. Tom ne l'avait jamais vu s'en prendre à un élève, il était bien trop occupé avec ses chouchous pour ça.
« Hey, Dumbledore est un grand sorcier ! » protesta Evans, et Tom leva la tête, clignant des yeux, ignorant qu'il venait de toucher un sujet sensible.
Maintenant qu'il y pensait, Evans essayait toujours de parler à Dumbledore, mais sans avoir trouvé l'occasion de dire ce qu'il voulait. Tom, quant à lui, se faisait toujours congédier quand il essayait de discuter avec le professeur de métamorphose. Si Dumbledore était particulièrement méfiant vis à vis de lui, il était également assez froid avec Evans.
Alors pourquoi ce dernier ressentait-il le besoin de le défendre ?
« Je n'ai jamais dit qu'il n'était pas un grand sorcier » répondit calmement Tom et il le pensait vraiment. Dumbledore était un professeur intelligent et très érudit et un maître en métamorphose. Tom ne l'avait jamais sous-estimé ou minimisé ses talents, même s'il ne l'aimait guère.
Evans cligna des yeux, confus, comme s'il avait voulu que Tom se moque et crache sa haine à l'égard de Dumbledore.
« C'est un homme mesquin, qui a de ridicules convictions mais il est talentueux. Ce n'est pas parce que je ne l'aime pas que je vais l'ignorer » fit Tom avec un haussement d'épaules, Dumbledore semblait ne plus avoir d'importance, à présent que Voldemort n'était plus réalisable.
Evans fronça légèrement les sourcils puis avoua presque à contrecœur. « J'ai essayé de lui parler, et c'est comme s'il ne voulait pas écouter. Il doit le faire, c'est sacrément important. »
C'était personnel alors. Tom se dit qu'il s'agissait sûrement des affaires mystérieuses de Evans, des choses qu'il ne lui avait jamais dites, le laissant simplement deviner.
« Dumbledore se rapproche rarement des élèves. Il choisit ses favoris dès le début et ne s'en écarte pas. Ce doit être un trait propre à Gryffondor. » fit remarquer Tom et il put voir la moue dubitative de Evans même si tout était vrai.
Dumbledore avait la mauvaise habitude de rejeter les choses les plus importantes soit parce qu'il se sentait au-dessus de tout, soit parce qu'il ne se sentait pas concerné. Il n'avait presque pas changé depuis que Tom l'avait rencontré cinq ans plus tôt.
« Mais c'est vraiment important ! » insista Evans, son poing frappant la table comme pour accentuer ses mots.
« Il s'en fiche. »
Apparemment Evans ne le croyait pas ou plutôt il semblait déterminé à lui prouver le contraire, car bientôt à chaque moment de libre, Evans guettait devant le bureau de Dumbledore ou cherchait à lui parler dans les couloirs ou durant les cours. Il s'était presque métamorphosé en harceleur et des rumeurs commencèrent à circuler, comme quoi Evans était tombé amoureux de Dumbledore. Malgré cela, Evans ne renonça jamais.
Durant des semaines, il persista, jusqu'à la fin de l'année avant qu'ils ne rentrent tous chez eux pour l'été.
C'était leur dernier jour de métamorphose, et Dumbledore venait juste de finir de rendre leur dernier devoir. Il adressa un sourire à Minerva McGonagall, son élève préféré et attendit que les élèves s'en aillent.
L'homme semblait fatigué, comme si la guerre avait aspiré toute son énergie, mais il n'en restait pas moins qu'il se tenait toujours droit et fier devant sa classe, comme s'il était meilleur qu'eux. Tom s'était toujours demandé s'il aurait conservé ce maintien s'il avait vécu comme lui dans un orphelinat.
Evans patienta jusqu'à ce qu'il n'y ait plus que Tom et lui dans la pièce. Un instant, il resta immobile, nerveusement, presque maladroitement, la bouche à moitié ouverte comme s'il cherchait les mots parfaits. Finalement, il prononça quelque chose de très étrange : « Il y a des jours où nous devons choisir entre le bien et la facilité, et c'est toujours le premier choix qui nous parait le plus difficile... »
Dumbledore se figea brusquement et regarda Evans comme s'il le voyait pour la première fois. Evans garda le silence, se contentant de soutenir le regard perçant du professeur de métamorphose. Et puis il se retourna lentement, laissant Tom le rattraper.
« Qu'est-ce que c'est supposé vouloir dire ? » voulut aussitôt savoir celui-ci.
« Il sait qu'il doit me parler, et peut-être qu'il est trop occupé pour d'autres choses, mais il le sait maintenant. Et à la rentrée, il écoutera ce que j'ai à dire » répondit simplement Evans, souriant comme s'il venait de remporter une bataille.
« J'applaudis ta subtilité, Evans, mais je pense que tu aurais dû aller droit au but » fit remarquer Tom. « Tu aurais juste dû lui dire ce que tu voulais »
« J'ai déjà essayé, ça n'a pas marché, il fallait que je tente quelque chose de nouveau. Au pire, il m'ignorera et alors j'essaierai une nouvelle méthode »
« Serais-tu un poufsouffle finalement ? » persifla Tom, parce que le garçon était tenace, mais inutilement tenace et parfois il se disait que Evans ne savait tout simplement pas quand il fallait abandonner et passer à autre chose.
« Hé, je te l'ai dit, c'est vraiment important ! » s'irrita Evans, l'air un peu offensé.
Tom n'en doutait pas, mais pourquoi Dumbledore, pourquoi seulement Dumbledore ? Pourquoi pas Tom ? Tom qui était plus disposé à écouter ? Pourquoi cela ne lui plaisait-il pas que Evans le congédie de cette façon ?
Il se demanda combien de temps persévérerait Evans si jamais Dumbledore l'ignorait l'année prochaine, car le professeur de métamorphose avait sûrement déjà pris sa décision, même s'il n'avait pas encore écouté ce que Evans avait à lui dire.
OoOoOoO
Le train quitta Près-au-lard, prenant le chemin de l'enfer qu'était Londres, et Tom se sentit brusquement vide à cette perspective.
Bien sûr, il pourrait toujours quitter cet endroit quand il aurait obtenu son diplôme, perdre Voldemort ne signifiait pas non plus perdre tout espoir pour son avenir...
Pourtant la guerre sorcière qui n'avait été alors qu'une rumeur se concrétisait. Le mage noir qui était à l'œuvre avait repris le ministère allemand et les sang-de-bourbe étaient purgés les uns après les autres, du moins c'est que l'on racontait. Il était difficile de dire ce qui était vrai et ce qui ne l'était pas. Tout le monde savait en revanche qu'en Europe, les choses devenaient de plus en plus incontrôlables et il était préférable que Tom ne soit pas vu comme un sang-de-bourbe. Bien sûr, c'était en Allemagne, l'Angleterre restait éloignée, alors peut-être que cela s'arrangerait.
En face de lui, Evans lâcha un soupir, détournant Tom de ses pensées, il semblait également abattu à la perspective de retourner à Londres.
« Je suppose que tu me dirais où tu habites si je te le demandais ? » s'enquit Tom, faisant lever les yeux de Evans.
« Je...je ne vis nulle part en ce moment » répondit ce dernier, le regard incertain, plongé dans ses pensées.
Tom cligna des yeux, dévisageant attentivement le garçon, et se demandant combien de mystères il allait encore lui cacher. « Ne me dis pas que tu es orphelin ? »
« Eh bien, d'une certaine façon, oui, je suppose que je le suis » répondit Evans comme cela n'avait aucune importance qu'il soit orphelin en plus d'être sans abri.
Les yeux perçant de Tom le fixèrent. Evans se retrouvait à nouveau dans la peau de l'élève transféré qui ne savait pas où aller. Il était difficile de le voir comme un élève parfois, avec ses lunettes épaisses, sa robe de seconde main, et ses yeux trop vieux...Pourtant, à ce moment précis, il ressemblait juste à un enfant perdu, comme nombre de ses semblables.
« Je suis orphelin moi aussi. Je vis dans un orphelinat. Mme Cole n'apprécierait évidemment pas un nouveau pensionnaire mais je ne pense pas qu'elle te jetterait à la rue. »
« Je... » Evans avait l'air de ne plus trop savoir quoi dire.
Tom était beaucoup trop généreux, si tant est que offrir une place dans un orphelinat était considéré comme généreux.
« Là, tu dois me dire merci normalement » lâcha Tom, sarcastique comme le silence s'éternisait.
« Merci... » répondit doucement Evans, et dans ses yeux, il n'y eut plus de mépris, juste de la curiosité et de l'incertitude comme s'il n'arrivait pas à croire ce qui se passait. Mais c'était suffisant.
C'était suffisant.
Alors tous les deux se tournèrent vers la fenêtre pour observer la campagne écossaise défiler devant eux.
