Hello les sorciers, ça faisait longtemps ! :)
Comme nous sommes en pleine période de confinement, j'ai décidé de terminer cette histoire pour m'occuper ^^
Merci à toutes celles et à tous ceux qui m'ont encouragé !
Bonne lecture !
Ils pouvaient entendre les rires des Allemands résonner en écho derrière eux alors qu'ils se faufilaient dans le passage et chaque fois qu'ils les entendaient, Evans et lui se raidissaient, le seul autre bruit était leur souffle anxieux dans l'obscurité.
Poudlard était si grand au début, pensa-t-il, on ne pouvait jamais savoir où l'on mettait les pieds. Si écrasant avec ces cages d'escaliers et ces portraits sans fin, mais plus tard… Plus tard, il s'était habitué à cette taille titanesque et à ce réseau de couloirs sans fin et ce n'est que maintenant qu'il se sentait à nouveau perdu.
Cette époque lui semblait tellement loin, il avait été si pitoyablement naïf.
Au cours de cette rencontre avec Dumbledore, il s'était senti comme si tout s'était mis en place, son destin étant assuré… Il n'avait pas réalisé que ce destin était un chemin sombre et étroit dont personne ne pouvait voir l'issue.
Personne dans son cours de divination n'avait prédit la chute de l'Angleterre et de Poudlard. Bien sûr, même si personne n'aurait cru à une chose pareille, la guerre des moldus faisait pourtant rage depuis des années, mais les sorciers n'étaient pas des moldus. Ils n'avaient pas à se préoccuper du Blitz, de la perte de la France, et de tout le reste. Et Tom avait vraiment cru cela, il s'était même dit que Dippet n'avait pas tout à fait tort quand il avait ignoré le désespoir de Tom d'être renvoyé dans un Londres moldu, car pour Tom, il n'y avait aucun espoir qu'ils comprennent.
Les sorciers étaient tellement au-dessus des moldus qu'un sorcier qui n'était pas un sang-de-bourbe ignorait complètement qu'une guerre mondiale était en train de se dérouler non loin de chez lui .
Du moins, c'est ce qu'il avait cru. Maintenant cependant, maintenant il préférerait presque être dans un Londres moldu plutôt que dans celui des sorciers. Parce qu'il ne pouvait qu'imaginer à quel point il était dangereux quand des sorciers avaient entrepris de se détruire les uns les autres. (Parce que quand Tom avait entrepris de détruire quelqu'un, même de manière abstraite, les résultats étaient vraiment horribles, trop pour y repenser.)
L'air commençait à être moins rance et le chemin à s'éclaircir. Bientôt, Tom put distinguer les contours du corps d'Evans, puis ses pieds tandis que le garçon rampait devant lui et il lui emboîta le pas.
Ils finirent par arriver à l'intérieur d'un magasin, ou du moins de ce qu'il en restait. Tom ignorait comment c'était encore possible, mais les murs tenaient toujours alors même que les piliers étaient complètement carbonisés et qu'une partie du toit s'était effondrée. De l'eau ruisselait des poutres et à certains endroits, des sortilèges, complètement inutiles désormais, crépitaient faiblement sur les murs. Lentement, Evans s'accroupit, toujours parfaitement silencieux, ajustant légèrement ses lunettes, puis il se leva de manière à se pencher au-dessus du comptoir.
Il fit signe à Tom de se lever.
L'endroit était vide.
Immédiatement, Tom commença à ouvrir les placards avec précaution, puis désespérément à mesure que la faim le rattrapait. Bientôt, il ne songea plus qu'à ça, à manger, à combler le trou béant qui lui tenait lieu de ventre.
"Tom!" murmura Evans d'une voix rauque, lui lançant un regard paniqué, puis il émit un sort de silence, mais Tom le remarqua à peine, continuant de chercher.
Finalement, il finit par trouver de la nourriture dans une armoire vide, il se jeta sur un pot de pêches conservées magiquement, sans se soucier de la façon dont le jus collant coulait sur ses mains et sur son visage. Evans le regardait, la bouche légèrement entrouverte, l'air abasourdi et presque hypnotisé.
Tom jeta le bocal vide sur le côté, le verre se brisant silencieusement dans la pièce et en attrapa un autre et encore un autre.
Evans marcha lentement vers lui, tenant sa baguette d'une main tremblante, il la rangea lentement dans sa poche et attrapa un pot de pêche tout en jetant un coup d'œil inquiet en direction de la porte, mais il finit par succomber lui aussi et engloutit le contenu du bocal en quelques secondes.
Quand ils eurent fini, ils s'assirent tous les deux, s'adossant au comptoir, observant le magasin qui avait tout d'un champ de bataille.
Tom se sentait plein, poisseux et horriblement vide.
"Être un sorcier devrait signifier ne jamais avoir à vivre comme un chien." fit doucement Tom, ne regardant même pas Evans qui levait la tête vers lui.
Entre eux, il y avait beaucoup trop de bocaux vides. Il n'en restait plus qu'un ou deux et cette pensée le rendait malade. Une semaine, il lui fallu seulement une semaine pour perdre toute sa maîtrise de soi et sa dignité.
Evans ne répondit pas.
Pour la première fois depuis très longtemps, peut-être toute sa vie, Tom avait honte. Il sentit son visage brûler sous cette horrible substance collante qu'il ne paraissait pas pouvoir essuyer de son visage. C'était pire que ce qu'il s'était passé dans la chambre des secrets, oui, d'une manière ou d'une autre, c'était infiniment pire.
Ce moment bref mais dégradant de se trouver à la merci de sa propre faim.
Tu dois dépasser tout ça, se dit-il, dépasser et avancer parce que sinon il n'y a que la mort qui te guette. Avance, Tom, tu dois continuer.
Il ne pouvait pas se lever.
"La dernière fois que j'ai tant mangé ..." commença Evans avec un sourire étrangement désespéré sur le visage, "La dernière fois que j'ai tant mangé, c'était lors de mon premier banquet à Poudlard."
Tom ne pouvait que le regarder, comme s'il s'agissait d'une autre conversation où Evans faisait une déclaration ridicule, et Evans lui souriait comme un idiot complet. C'était presque trop.
Il se mit à rire.
Pourquoi, quand il était dans la pire des situations, pourquoi pensait-il toujours que c'était drôle? Cela, en soi, était peut-être encore plus hilarant.
Et Evans le rejoignit très vite, c'était la première fois que Tom l''entendait rire vraiment. Et bientôt, la maison vide et misérable fut remplie du son de leurs rires sauvages et irrésistibles.
OoOoOoO
"Nous devrons partir bientôt."
L'aube avait révélé un Près-au-lard moins abandonné que la nuit précédente. Certes, la plupart des Allemands avaient envahi le château, mais quelques-uns campaient dans le village, errant ici et là en plein jour.
Ils s'en étaient donné à cœur joie. Le village était en ruine, chaque maison semblant tomber sur elle-même, comme si quelqu'un s'était amusé à les éventrer. Même l'âme du village était morte.
Ils ne prêtèrent aucune attention à Tom et Evans, cachés sous des sortilèges hâtivement préparés, mais cela ne voulait pas dire que Tom appréciait l'idée de rester sous le nez. Peut-être que quelqu'un d'un peu plus habile allait passer et remarquer que quelque chose n'allait pas. Tom n'était pas assez chanceux, ou assez arrogant pour prétendre le contraire.
Et il y avait toujours la question de ce qui s'était passé à Poudlard, ils ne savaient toujours pas jusqu'où les Allemands étaient allés.
Avaient-ils épargné les enfants des nobles au sang pur? Certains avaient quitté Poudlard avant la fin, Malfoy avait été convoqué avec la plupart des héritiers des familles nobles. Ceux qui restaient étaient les enfants les moins favorisés ou bien ceux qui n'avaient pas besoin d'être emmenés en Amérique dès les premiers signes de troubles. Pourtant, il y avait eu quelques étudiants de sang-pur…
Il y avait eu tellement de sang, tellement d'éclairs dans les couloirs, que Tom ne pouvait s'empêcher de penser que leurs ennemis ne s'étaient sans doute pas posés la question sur qui avait le sang pur ou pas. Et peut-être était-ce là le but, Poudlard était tellement plus qu'une école, elle existait même depuis plus longtemps que le ministère de la magie.
En conquérant Poudlard, en la prenant de la façon la plus brutale, Grindelwald avait détruit l'Angleterre d'un seul coup.
Tom n'avait jamais été la personne la plus patriote qui soit, mais même lui ne pouvait s'empêcher de ressentir une pointe de ressentiment à cette simple pensée.
Ces bâtards pensaient avoir gagné et cette victoire leur avait été si facile.
Regardant par-dessus ce qui restait de la fenêtre, Evans se pencha par-dessus son épaule pour regarder leurs ennemis en train de rire, Tom ne put s'empêcher de penser que l'un d'entre eux ferait un excellent sacrifice pour les nombreux horcruxes qu'il prévoyait de faire...
"Bien," fit Evans, interrompant les pensées de Tom. "Bien, nous devrions aller ... à Londres, tu ne trouves pas ?"
Tom se tourna pour regarder Evans, ses sourcils levés, se rappelant une fois de plus que malgré les expériences d'Evans, il était la personne la plus impénétrable que Tom n'ait jamais rencontrée, "Londres ? Evans, es-tu idiot ?"
Evans rougit, il était étonnant qu'il ait toujours la capacité de rougir avec si peu de nourriture dans son estomac alors qu'ils étaient en fuite à cause de ces bâtards Allemands: " Bien sûr que non! Mais où veux-tu aller ?"
"N'importe où", répondit sombrement Tom, les yeux rivés sur les Allemands, vêtus d'une robe simple et usée qui indiquaient qu'ils avaient clairement passé trop de temps sur le champ de bataille. "Evans, Londres est tombée il y a des mois, Près-au-lard au bout d'une semaine, et Poudlard au bout d'une nuit, et toi, tu veux te rendre à Londre ?"
"Mais les gens se trouvent à Londres!" insista Evans, et soudain Tom comprit exactement où Evans voulait en venir.
Evans voulait rejoindre un groupe de résistants, il souhaitait toujours faire ce qu'il avait essayé de faire la nuit du massacre. Il voulait se lancer dans une bataille glorieuse, libérer son pays et sa conscience, et se faire tuer à la fin. L'apothéose.
Evans, qu'il l'ait admis ou même réalisé lui-même, voulait mourir.
Pour la première fois, depuis que Evans lui avait parlé, Tom se retrouva vraiment en train de traiter ce que le garçon lui avait révélé. Qu'il n'était pas du tout Evans, mais bien un Potter qui avait vécu en 1995 et qui avait été transporté dans le passé. Dans son monde, Tom était Voldemort mais Tom n'avait pas fait ce que Grindelwald était en train de faire.
Voldemort...il était tellement tenté de poser des questions à ce sujet… S'il avait été celui qu'il aurait dû être, était-il tout ce qu'il imaginait? Mais c'était une question pour laquelle il n'aurait jamais de réponse directe, pas de la part de Evans, ce dernier le lui avait bien expliqué. Mais il y avait toujours eu un avenir où Voldemort avait existé…
Non, réussi...où il avait réussi. Et à présent, cet avenir était brisé définitivement. Emporté par ces fichus Allemands.
Il s'interrompit avant de pouvoir se laisser entraîner par des rêves qu'il valait mieux laisser ensevelis.
"Les gens se trouvent à Londres?" répéta Tom, bêtement, et Evans ne répondit rien, son visage s'assombrissant comme s'il défiait Tom d'oser dire le contraire. Non, comme s'il voulait que Tom dise non, parce que Voldemort aurait dit non.
Cette discussion allait se transformer en un discours moralisateur complètement ridicule où les paroles de Tom seraient automatiquement considéré comme fausses à cause d'actions qu'il n'avait pas prises... Cette seule pensée le fatiguait, si bien qu'il préféra abandonner, et de toute façon ce n'était pas comme s'il avait de meilleures idées.
"Nous allons devoir marcher, Evans, ils ont mis en place des barrières anti-transplanage après la chute du ministère." reprit Tom, non pas parce que ce n'était pas vrai, mais parce que s'ils marchaient, Evans réaliserait à quel point ils étaient vraiment loin de Londres.
Il se rendrait compte qu'ils pouvaient aller n'importe où dans le monde, n'importe où au-delà de la Grande-Bretagne, et qu'ils ne devaient rien à des gens qui les avaient toujours traités comme de la merde.
Evans se contenta de cligner des yeux, une expression de choc se peignant sur ses traits: "Vraiment ?"
"Cela ne signifie pas que je suis d'accord avec toi, n'importe quel endroit est mieux que Londres, mais nous ne pouvons pas rester ici non plus. Si tu insistes pour aller à Londres, alors par Salazar, nous irons à Londres."
C'était presque triste, pensa Tom, que la joie ridicule d'Evans à la perspective de se jeter sur les Allemands à Londres et de les faire tuer tous les deux, rende Tom également heureux.
OoOoOo
"Tu sais, tu peux m'appeler Potter."
Ils étaient toujours quelque part en Écosse, la nuit était tombée depuis longtemps et ils avaient installé leur camp sous des protections magiques dans la forêt. Ils avaient fait de leur mieux pour rester en dehors des sentiers battus. Il ne savait pas comment les sorciers combattaient mais l'atmosphère empestait la fumée et le charbon, comme si un village tout près était en train de brûler…
Tom regarda Evans qui le fixait avec une expression indéchiffrable.
"Harry Potter, c'est mon vrai nom." insista-t-il une fois qu'il eut attiré l'attention de Tom.
Tom haussa les sourcils. Evans avait évoqué cela plus d'une fois, comme pour rappeler ce fait à Tom, mais Potter ne convenait pas. Peut-être qu'il était têtu, mais Potter ne correspondait tout simplement pas. C'était trop net, trop rapide, alors qu'avec « Evans », on pouvait s'attarder sur les syllabes et laisser les choses s'envenimer.
Finalement, Evans sembla comprendre, son visage s'assombrit et, presque comme si les mots s'étaient éjectés de sa bouche, il cracha: " Est-ce vraiment si difficile de m'appeler par mon vrai nom ?"
"Qu'est-ce qu'un nom ? Ce n'est ni une main, ni un pied, ni un bras, ni un visage, ni rien qui fasse partie d'un homme... ..." commença sèchement Tom avant que Evans ne le coupe.
"Bon sang qu'est-ce que ça signifie ?"
"Cela signifie que tu n'as aucun appréciation pour Shakespeare."
Evans bouda un instant, ressemblant plus à un gamin casse-pied qu'à autre chose. C'était vraiment embarrassant que Tom ait perdu face à ça.
"Cela ne m'étonne pas que tu me dises ça, tu sais, surtout que tu en connais un rayon en matière de noms ..." murmura Evans, mais ses mots étaient suffisamment forts que Tom les entende clairement.
"Pour la dernière fois, Evans, je n'ai rien à dire à ce sujet." rétorqua Tom en réprimant un soupir irrité, ce n'était pas vraiment le bon moment pour se chamailler.
"Oh si !"objecta Evans en le pointant du doigt. " « Je suis Lord Voldemort » ! S'il te plaît, tu as toujours détesté ton nom !"
C'est parce que son nom était celui d'un bâtard de sang-de-bourbe qui pourrissait sur la terre qui lui appartenait. Chaque partie de son nom était liée à quelque chose de méprisable, que ce soit Jedusor ou bien Gaunt; aucune partie de son nom ne méritait d'être sauvée.
"Peut-être." admit-il, provoquant d'abord un air de triomphe sur le visage d'Evans, puis d'irritation, quand il comprit que ce bref instant de triomphe n'avait pas réussi à émouvoir Tom de quelque manière que ce soit.
Il y eut un moment de silence et Evans devint distant: "Tout est tellement confus."
Il ne le dit pas, pas à ce moment-là, mais à ce moment là, Tom ne représentait plus le mal qu'il fallait à tout prix anéantir. Tom ressentait plus ou moins la même chose, ils n'étaient pas censés voyager ensemble vers Londres. Ils avaient été unis ensemble,non par le destin, mais par quelque chose de bien plus sombre et de bien plus meurtrier.
"Que feras-tu quand nous serons à Londres?" s'enquit Tom.
Evans haussa les épaules, "Qu'est-ce que tu vas faire, Jedusor ?"
Créer des horcruxes avec des cadavres allemands et les cacher dans chaque brique jusqu'à ce que les rues même du chemin de traverse soient pavées dans l'âme de Tom. Il doutait qu'Evans apprécierait cela, il doutait même qu'il sache ce qu'était un horcruxe: "J'ai récemment appris qu'il vaut mieux ne pas regarder trop loin dans l'avenir. Toutes mes prédictions se sont avérées radicalement fausses. "
Evans éclata de rire: "Merlin, tu as raison. Je suppose que ce n'est pas si différent de mon époque après tout. Je n'ai jamais vraiment planifié à l'avance non plus, juste… anticiper à chaque fois tous les ans, tu sais."
Peut-être que c'est tout ce qu'ils ne pourraient jamais faire.
Avant qu'Evans ne puisse ajouter quoi que ce soit d'autre, quelque chose se déplaça dans le sous-bois, ils se turent tous les deux, Tom vérifia les protections et vit qu'elles étaient toujours stables. Elles devraient tenir…
Deux sorciers apparurent tout à coup, plus âgés que Evans et Tom, peut-être dans la vingtaine. Ces derniers ne ressemblaient pas à ceux de Pré-au-Lard, ils n'étaient pas enivrés par la victoire, ils semblaient parfaitement conscients de leur environnement. Et ils cherchaient quelque chose.
Leurs yeux se posèrent sur les protections.
"Merde." lâcha Evans, réalisant clairement ce que Tom venait lui-même de réaliser, à savoir qu'une semaine dans la Salle sur Demande n'avait pas été assez longue.
Evans lui jeta un coup d'œil, et il sembla que le temps ralentissait, puis il disparut dans un craquement sonore, réapparaissant de l'autre côté de la barrière, sa baguette en main.
Evans était doué mais…
Mais au final, Tom resta abasourdi, derrière leurs protections intactes pendant que Evans tombait dans l'herbe, inconscient, sa baguette récupérée par l'un des hommes. Et Tom se retrouva tout seul.
