Hello les gens ! :)
Me voici de retour avec un nouveau chapitre !
Je suis contente que vous aimiez toujours cette histoire, malgré l'atmosphère plutôt lugubre.
Bonne lecture !
Quand Tom coupa son âme en deux, Evans ne dormait même pas.
OoOoOoO
Le journal, posé sur le côté, s'ouvrit nonchalamment quelque part entre les pages du milieu, tel un objet inoffensif. Le bruit et l'odeur de la mer, la marée entrant et sortant à intervalles constants refroidissait l'air de la grotte. Evans, était allongé non loin de là, le sac de Tom comme oreiller de fortune, ressemblant à la mort elle-même.
Cela avait été difficile auparavant, dans le feu et dans l'obscurité, mais maintenant que l'adrénaline avait disparu et que les cris des Allemands brûlés vifs s'étaient évanouis, il avait eu le temps de regarder correctement Evans. Cela pourrait être pire, supposait-il, Evans pourrait à nouveau saigner, comme cela avait été le cas lorsqu'ils avaient trouvé refuge ici la première fois. Après ce que les Allemands lui avaient fait, son sang ne pouvait plus coaguler, et ces petites éraflures sur tout son corps auraient pu causer sa mort si Tom n'avait pas réussi à inverser les effets.
Compte tenu de tout ce qu'il avait subi, Evans se débrouillait plutôt bien. Après tout, cela aurait pu être bien pire.
Les protections que Tom avait créé brillaient doucement, et le petit feu continuait à brûler, alimenté par la magie plutôt que par le bois.
Et comme Tom l'avait prédit, l'adrénaline avait disparu mais au lieu de retourner à cet état d'épuisement et de terreur, il se sentait… Pas vide mais dans un état proche, presque serein, comme si rien ne semblait l'atteindre et que tout n'était qu'une ombre qui passait.
Il ne se sentait pas…
Eh bien, ce n'était tout simplement pas ce à quoi il s'attendait. Tom n'avait jamais eu beaucoup de respect pour son âme, pour lui c'était une sorte d'annexe, quelque chose qui était là mais qui ne servait pratiquement à rien. Malgré le peu de respect que Tom ressentait envers les moldus, il admettait que c'était le cerveau, comme le croyaient les moldus, qui faisait de vous ce que vous êtes. L'âme… Eh bien, qu'est-ce qu'une âme de toute façon ?
Il ne croyait pas en Dieu, il n'y avait jamais cru, et s'il avait eu le moindre doute, ce doute aurait été éteint il y a longtemps par le pasteur local et la protestante Mme Cole et tous ses propos d'enfants diaboliques.
Quelle était la valeur d'une âme s'il n'y avait pas d'au-delà ?
Il prit le journal, entre ses mains, il pouvait le sentir gémir, frissonner, vibrer, sous les protections de la magie noire, et de la propre âme de Tom piégée à l'intérieur. Et pourtant,il était juste en train de feuilleter… un cahier. La seule chose qui avait changé était que les mots de Tom avaient disparu, les pages étaient désormais totalement vierges.
Evans battit des paupières pour la première fois en deux jours, et il tressaillit. Tom remit soigneusement le journal sous la couche de ses vêtements, le sentant contre sa peau, à la fois glacial et brûlant.
Il faudrait qu'il sache quoi en faire, trouver un endroit où il pourrait être dissimulé en toute sécurité, jusque-là, il n'aurait qu'à le garder avec lui.
"Evans ?" appela-t-il et Evans grogna, essayant de s'asseoir, puis échouant lamentablement. Il était pâle, les ecchymoses sur son visage et son corps étaient maintenant d'un vert maladif au lieu de noir, et il avait l'air complètement désorienté.
"... Je ne vois rien." Sa voix était petite, incertaine.
"Il fait sombre, et ils ont pris tes lunettes ... On devrait soigner tes yeux." L'éclairage n'était pas génial, l'ombre à peine dissipée par les flammes et les quelques sorts que Tom avait lancés. Tom augmenta l'intensité de la lumière mais à en juger par la façon dont Evans clignait des yeux, cela n'aida guère.
"Oh ... Tu peux faire ça ?"
"Ne t'es-tu jamais demandé pourquoi tu étais le seul élève myope de l'école?" Et à en juger 'expression d'Evans, parce qu'il n'avait jamais été du genre à s'asseoir et à penser logiquement comme ça, non il se s'était jamais demandé pour quelle raison il y avait si peu de sorciers myopes.
"Ouais...eh bien, je suppose que nous devrions faire ça ... Ce sera juste bizarre de ne pas avoir de lunettes."
"Tu auras meilleure allure, ces choses pour personne âgée sont hideuses" se moqua Tom, presque par réflexe, et il le regretta immédiatement quand le silence envahit la caverne.
Parce que les lunettes n'étaient pas seulement des lunettes, à certains égards, elles rappelaient davantage qui était Evans que sa baguette désormais perdue, perdre ces lunettes et la nécessité de ces lunettes admettaient qu'ils ne pourraient jamais revenir à ce qu'ils avaient été.
Mais, ils ne pouvaient pas, et il n'y avait aucune utilité à faire semblant.
Pendant un moment, il regarda simplement Evans tandis qu'Evans regardait dans la direction de Tom et leur regard parla pour eux. Tom lui raconta ce que cela faisait que de tuer des gens, pas seulement un homme, mais des dizaines, et à quel point cela n'avait fait aucune différence. Evans lui demanda pourquoi il était revenu pour lui et peut-être même le remercia. Tom lui dit ensuite qu'il avait choisi une victime pour son horcruxe puis réussi à diviser son âme en deux et qu'il ne se sentait pas différent, ni plus ni moins mortel ou humain qu'auparavant. Evans murmura…
"Il fait froid."
Tom sortit brutalement de ses pensées, cligna des yeux, se recentra sur Evans, "Quoi ?"
"Il fait froid, est-ce juste moi ou…" Evans se cramponna aux vêtements que Tom lui avait jetés, des robes de Poudlard tachées et pratiquement ruinées, et Tom avait été trop las pour lui jeter un sort de réchauffement.
Avec un coup de baguette et des syllabes murmurées, Tom corrigea cette erreur et regarda Evans se détendre légèrement sous le tissu. Puis il fit de même pour lui, il n'avait même pas réalisé à quel point il faisait froid avant, même avec le feu.
"Nous sommes à l'intérieur d'une grotte près de l'océan, il fait assez froid, mais au moins nous sommes cachés" C'était le premier endroit auquel Tom avait pensé, boitillant loin des incendies et Evans s'effondrant presque sur lui, un endroit qu'aucun sorcier ne penserait jamais à fouiller.
"Oh ..." murmura Evans, l'air de se demander pourquoi Tom choisirait de venir dans un endroit pareil.
"Lorsque j'étais plus jeune, avec les autres enfants de l'orphelinat, nous faisions des excursions à la plage, si tu fais attention et que tu cherches au bon endroit, tu peux franchir l'entrée de cette grotte sans être submergé par les marées." C'était avant qu'il rencontre Albus Dumbledore, avant même que l'incident avec Dennis et Amy ne se soit produit, avant qu'il ne sache ce qu'il était.
Evans le regardait, une nouvelle expression sur son visage, une que Tom n'avait jamais vue de lui. Ce n'était pas de la colère, du défi, ou de la haine mais plutôt quelque chose de fragile et d'incertain.
"Tu n'arrives pas à m'imaginer à la plage?" devina Tom non sans ironie, mais Evans ne rougit pas et ne protesta pas, au lieu de cela il continua juste à le regarder.
"Non." répondit finalement Evans, secouant légèrement la tête. " Je ne peux pas ... je ne peux pas t'imaginer à la plage et je ne peux pas ... je ne peux pas non plus t'imaginer revenir pour moi. C'est comme si je rêvais à nouveau… ou c'est comme s'ils m'avaient finalement tué. »
Tom se leva, essayant d'ignorer la façon dont Evans tressaillit au son, et se dirigea vers le garçon, s'asseyant non loin de lui. " Je suis un être humain, Evans. Je vais à la plage, j'étudie, je meurs de faim, je tue des Allemands et je reviens pour toi. "
Et voilà, finalement, la question que Tom s'attendait à entendre: "Pourquoi ? Pourquoi reviendrais-tu? Tu ne te soucies que de toi, de ta propre survie, pourquoi mettrais-tu tout cela en danger juste pour revenir pour moi ? "
Lentement, avec une légère hésitation alors qu'il se demandait ce qu'il faisait, Tom saisit la main de Evans, entrelaçant ses doigts ave les siens: "J'ai réalisé que ma vie n'avait pas de sens si je me concentrais uniquement sur la survie. D'une certaine manière, il ne s'agissait pas de toi, mais de moi."
Il marqua une pause, serra doucement la main d'Evans et lui offrit un sourire sombre et ironique, "Nos destins sont liés ensemble, Harry Evans, tu es le seul maintenant qui sait ce que j'aurais pu être ... En te sauvant, je me sauve moi-même. "
"... Ce sont des conneries." Et l'atmosphère se refroidit considérablement, Tom laissa rapidement tomber la main d'Evans et lâcha un soupir, même après avoir été sauvé des mains des des Allemands, Evans insistait toujours pour se chamailler.
"Mais elles sont pleines de poésie." fit Tom en se mettant debout, sentant son dos craquer et se demandant s'il ne devrait pas commencer à chercher de la nourriture, peut-être même essayer de pêcher. Merlin, un sorcier pêcheur, c'était presque embarrassant…
"Et c'est Potter, bon sang !"
Tom préféra ne pas relever, Evans avait la fichue habitude de se lancer dans des conversations désagréables. Il avait espéré que le garçon se soit calmé après sa capture par les Allemands mais ce n'était pas gagné. Alors au lieu de s'engager dans une énième dispute avec Evans, il se demanda ce qu'il allait faire avec l'horcruxe et s'il allait vraiment ravaler sa fierté et essayer de pêcher.
Peut-être qu'il ne s'agissait pas de ravaler sa fierté, il s'en sortait aussi bien qu'on pouvait s'y attendre compte tenu des circonstances, dans un sens cela serait pire s'il refusait de subvenir à ses besoins. Après tout, quelqu'un qui préférait mourir de faim que de se nourrir était bien plus pathétique qu'un sorcier qui pêchait.
"Alors, qu'allons-nous faire maintenant ?"
Tom s'arrêta, toisant Evans qui le fixait, les yeux plissés et le visage déterminé.
"J'imagine que tu resteras un peu ici pour récupérer. J'ai beaucoup lu dans la Salle sur demande, mais cela ne fait pas vraiment de moi un guérisseur." fit remarquer Tom, bien qu'il soit assez fier de son travail, il ne savait pas exactement ce qu'ils avaient fait à Evans.
"Non, je sais que je veux dire ... Après, qu'allons-nous faire après ?"
Cacher l'horcruxe de Tom quelque part, peut-être qu'il pourrait l'enterrer, peut-être qu'il pourrait simplement le laisser dans la grotte ... sans moyen de protections ... Mais Evans était la dernière personne à avoir besoin de tout savoir.
"N'avais-tu pas un plan suicidaire qui consistait à te faufiler à Londres et à assassiner Grindelwald ?" railla Tom et, à sa surprise, Evans tressaillit à sa remarque, il n'avait jamais bronché à quoi que ce soit que Tom ait dit auparavant, c'était énervant.
"... Tu n'as jamais aimé ce plan."
Et depuis quand Evans se souciait des opinions de Tom ? Selon Evans, Tom était soit un lâche, soit le mal incarné. Evans ne s'autorisait pas à distinguer les zones sombres des zones grises, cela le séparait trop du Voldemort qu'Evans avait connu.
Il l'avait toujours trouvé éprouvant, frustrant, et dans la chambre des secrets, quand il s'était effondré, c'était angoissant. Ce Harry Evans lui avait imposé sa vision qu'il avait eu vis à vis de lui, refusant même que Tom ne devienne autre chose. Mais en lui refusant cela, Evans resterait toujours dans l'ombre de Voldemort.
Pourtant maintenant, Evans le regardait, le voyant à la fois comme une chose sans morale et pourtant avec quelque chose avec lequel il n'était pas familier, Tom faillit presque manquer cette insistance obstinée.
"Non, en effet" avoua Tom, puis il soupira en sentant tout cet épuisement qu'il avait tenu à distance ramper vers lui, "Mais je n'ai pas non plus de meilleure idée."
"Cela ne veut pas dire que tu n'avais pas ... raison." observa Evans avec une grimace avant de continuer: "Si je me précipite à Londres sans réfléchir, sans baguette ... je pourrais tout aussi bien mourir dans cette ville."
Avec un soupir, Tom se rassit, se résignant à ne rien faire, du moins pendant un petit moment:" Cela dit, je me suis rendu compte que je n'appréciais pas vraiment marcher sans direction et loin de tout. C'est particulièrement démoralisant."
Il considérait Evans, pratiquement aveugle, sans baguette, malade et complètement découragé et lui-même était plus maigre, un peu plus pragmatique, et bien moins inquiet que l'autre fois.
Après tout, il détenait un horcruxe à présent, juste un mais… c'était tout ce dont il avait besoin pour un court laps de temps.
"Peut-être, Evans, qu'il y a un entre-deux"
"L'Écosse?"
"Pas géographiquement", coupa Tom avec froideur, "Aller à Londres est toujours suicidaire, en particulier dans ton état, mais incendier des villes est ... amusant."
"... Sérieusement ?" fit Evans, qui n'avait pas l'air particulièrement impressionné par la jubilation de Tom, et pourtant Evans n'avait rien à dire à ce sujet. Le garçon vivait pour ce genre de chose, peut-être pas pour incendier des villes, mais pour se lancer dans des batailles héroïques et glorieuses.
"Je ne suis pas opposé au massacre des Allemands et à la libération de ma patrie. " Cela faciliterait certainement la création d'horcruxes, quand il aurait le temps et l'envie d'en créer un second.
"Nous ne faisons pas de publicité comme ça." rétorqua Evans, se redressant pour regarder Tom,"Mais tes habitudes psychopathiques mises à part… Essayes-tu de me dire que nous devrions commencer une révolution? En attaquant simplement les villes que les Allemands ont déjà prises ?"
"Eh bien, il y a ça aussi mais on pourrait aussi détruire les voies d'approvisionnement en abattant leurs protections ..."
Les yeux d'Evans s'écarquillèrent, il dévisagea Tom, et articula lentement et avec incertitude, "Tu sais, nous pourrions mourir en faisant cela ... Nous sommes vraiment susceptibles de mourir en faisant cela."
Pas si tu possédais un horcruxe, mais il comprit tout de même le sens de ses paroles, et il offrit à Evans l'un de ses rares sourires authentiques, "Qu'est-ce que la vie si tu ne la vis pas ?"
"… C'est l'expression la plus effrayante que j'ai jamais vue. Et j'ai vu… peu importe."s'interrompit Evans, se forçant à sourire à Tom, "Je suis de la partie. Allons donner un coup de pied au cul à ces sorciers nazis !"
Ce fut un moment vraiment magnifique, que Tom ruina complètement en soulignant que Grindelwald et ses partisans, bien que venant d'Allemagne, n'étaient pas du tout des nazis en fait.
OoOoOoOoO
Ils incendièrent à nouveau la première garnison, des feudeymon déchaînés s'engouffrant dans les rues et, à travers les flammes, Evans se précipita à la recherche de prisonniers, de baguettes et de tout objet utile. Tom avait conjuré un couteau pour lui, afin de remplacer sa baguette manquante, et alors que Tom le couvrait, un Allemand se jeta sur lui.
Evans, sans hésitation, lui trancha la gorge. Lorsque le corps tomba, il se tint au-dessus de lui, abasourdi, fixant l'homme qui tressaillait et giclait du sang avant de s'écrouler. Puis, comme Tom tirait sur son bras, il se força à bouger, sans même prendre la peine d'essuyer sa lame.
Des deux garçons, Tom fut celui qui tua le plus de sorciers allemands, Evans, dont le visage était maculé de sang et dont la main tremblait, observait la caserne (qui à un moment donné avait sans doute été une petite ville pittoresque) d'un air hagard comme s'il venait juste de réaliser qu'il était plongé dans les entrailles de l'enfer.
" Evans !" , cria Tom, Evans ne se retourna pas, ne semblant même pas l'avoir entendu.
"Evans!" répéta Tom assez fort pour que le garçon sorte de ses pensées, il avait l'air si pâle, ses yeux semblaient presque brûler sur son visage, "Nous devrions y aller, j'ai récupéré quelques baguettes que tu pourras essayer."
"…D'accord."
Evans ne demanda jamais s'il était encore une bonne personne même après avoir tué cet homme, même après avoir transplané dans la grotte et vomi dans la mer pour étouffer le bruit, refusant que Tom l'entende.
Il ne prononça pas un mot, penché sur son propre reflet, scrutant les vagues d'un air vide alors que sa bile se mélangeait à l'eau salée. Comme s'il n'avait jamais été malade.
Comme si rien ne s'était passé.
OoOoOoO
Bois de chêne, vingt-deux centimètres, mince et filiforme. Un murmure, un éclair, rien.
"Suivante."
Tom tendit la main vers la suivante, la jetant en direction de la main ouverte d'Evans qui l'attrapa au vol sans même regarder.
Bois d'aubépine, vingt-cinq centimètres, plus épaisse avec une poignée ouvragée. Un murmure, un éclair, rien.
"Suivante."
Tom attrapa une nouvelle baguette.
OoOOoO
Les civils, lentement mais sûrement, émergèrent de leurs cachettes, rejoignant en catimini dans ce qui restait de villages sorciers du pays, et Tom et Evans se joignirent bientôt à eux. Assis dans des pubs et tendant l'oreille, à la recherche de la moindre information qui pourrait les intéresser.
En fait, si tu sais parler aux bonnes personnes, tu peux récolter tout ce que tu veux.
"Pourquoi flirtes-tu toujours comme ça avec les serveuses?" demanda Evans qui sirotait une pinte de bière au beurre, ses yeux verts traversant la foule jusqu'à l'endroit où une serveuse blonde discutait avec un Allemand.
Il n'était sans doute pas beaucoup plus âgé que Tom et Evans, à peine diplômé de Durmstang, il aurait pu être comme eux, sauf qu'il était de l'autre côté.
"Parfois, les serveuses entendent des choses intéressantes. Les soldats aiment se vanter lorsqu'ils sont ivres. " répondit Tom "À moins que tu ne préfères flirter avec les serveuses ?"
"Je n'aime pas jouer avec des gens de cette façon."
Pour toute réponse, Tom esquissa un sourire froid, prenant son verre, saluant Evans dans un toast silencieux.
À la guerre, à la mort et à la collecte de renseignements.
Evans ne serait jamais doué pour recueillir des informations. Il était beaucoup trop noble pour ce genre d'activité propre à la maison Serpentard, il resterait à l'avant, dans la bataille, l'arrière garde appartenait à Tom et à Tom seul.
Cela fonctionnait mieux de cette façon.
OoOoOoO
Evans réussissait à chaque fois à recueillir plus de blessures que Tom, à force de participer à n'importe quel combat. Pourtant, c'était probablement mieux comme ça, chaque fois que Tom était celui qui était touché par un mauvais sort, c'était Evans qui le soignait.
Et Tom commençait à se lasser des sorts de guérisons et du fait qu'il commençait à être doué dans ce domaine.
OoOoOoO
Les lignes de ravitaillement dans les guerres sorcières étaient des choses délicates, elles dépendaient des portoloins et du transplanage. Pour détruire une ligne de ravitaillement sorcière, tu dois détruire les provisions.
Dans la grotte, alignés contre un mur, sur une étagère de fortune qu'Evans avait érigée pendant que Tom rassemblait des informations et décidait de la prochaine cible, il n'y avait pas moins de cinq portoloins volés dont tous les codes d'accès avaient été presque trop facilement piratés.
Bois de cèdre, vingt-deux centimètres, gravée de runes pour acquérir la puissance et la vitalité. Rien.
"Suivante."
OoOoOoO
"Pourquoi ton affiche de recherche est-elle plus terrifiante que la mienne ?"
Trois garnisons, deux avant-postes et trois mois plus tard, Tom et Evans avaient réussi à être assez gênants pour attirer l'attention du gouvernement occupé. Il s'avéra que Grindelwald n'avait pas massacré toute l'Angleterre, juste la majeure partie, et après quelques mois de viol et de pillage, le pays se reconstituait.
Assez pour que Poudlard ait ouvert à nouveau ses portes (avec des classes plus petites et un programme moins intensif), les rues n'étaient plus parsemées de cadavres (bien que certaines gouttières étaient encore rouge de sang si vous regardiez attentivement), et la vie semblait reprendre normalement son cours lorsque les rues ne grouillaient pas de sorciers allemands.
Quoi qu'il en soit, le pays s'était suffisamment remis debout pour placarder des affiches de recherche un peu partout dans les rues, et ils étaient là, tous les deux sans nom, avec des pseudonymes bon marchés mais avec des portraits suffisamment précis.
Les portraits n'étaient pas mauvais, Tom avait l'air assez intimidant, ses yeux pâles et plissés et perçants comme le tranchant d'une lame. Mais, Evans, lui… il ressemblait à un démon.
"Ne devrais-tu pas t'inquiéter du fait que nous soyons sur des affiches de recherche ?" demanda Evans, en regardant sa tête affichée sur le mur.
"Il n'y a pas de mauvaise publicité dans un mouvement révolutionnaire de guérilla " plaisanta Tom avant de retourner son attention sur l'affiche d'Evans, "Ils t'ont dessiné couvert de sang ... Ta tête pourrait facilement causer une crise cardiaque à une innocente jeune femme." ajouta-t-il avec cynisme.
"Pour être honnête, je finis généralement couvert de sang."fit Evans, ce qui était vrai, mais cela ne signifiait pas pour autant qu'il voulait tuer leurs ennemis. Le fait qu'Evans ait souvent eu recours au sortilège de découpe, plutôt que celui du sortilège de la mort le faisait, en fait, paraître plus doux. Après tout, seul les sorciers les plus sombres, les plus impitoyables utilisaient les impardonnables.
À cela s'ajoutait le fait que ses baguettes empruntées fonctionnaient mal au moins une fois par jour, au point qu'il dut souvent utiliser des armes moldues comme des tuyaux en acier et des couteaux de boucher.
Tom se détourna, arrachant sa propre affiche du mur, la fixant avec irritation, "Ils ne m'appellent même pas Voldemort !"
"... Je n'ai rien à dire à ce sujet." fit Evans, avec une sérénité qu'il ne méritait pas, surtout quand quelques mois auparavant il aurait probablement tué Tom pour avoir dit ça.
"..La prochaine fois, je vais la peindre avec leur sang, comme ça ils verront à quel point je suis sanguinaire… " marmonna Tom en s'éloignant, l'affiche froissée dans son poing.
OoOoOoO
"Abraxas?"
Tom s'était fait un devoir de ne jamais procéder à des interrogatoires dans la grotte, leur quartier général officieux, à la place, il avait opté pour un autre endroit dont Evans et lui se servaient comme quartier général officiel, bien qu'ils n'étaient que deux à l'occuper...L'important était que les Allemands croient qu'ils étaient nombreux et organisés, plutôt que deux pauvres malheureux rebelles.
De toute façon, il serait difficile pour eux de croire que c'était deux Sang-de-Bourbe qui causaient tous ces ravages.
Tom se servit d'une des pièces sombres et oubliées des garnisons comme salle d'interrogatoire, lui et Harry avaient déjà récupéré des objets brûlés qui possédaient des lumières électriques nouvellement installées et qu'ils avaient suspendues à des cordes métalliques. Alors que la guerre avançait, Tom fut forcé de se mettre dans la peau d'un moldu dès qu'il s'agissait de ces choses.
Il y avait quelque chose de si satisfaisant cependant, dans cette chaise en métal, ces cordes, cette lumière artificielle qui projetait des hales blanchâtres dans une petite pièce sombre, que Tom ne pouvait tout simplement pas nier son goût pour ces choses là.
Tom avait choisi un jeune homme au hasard, un qui s'était un peu trop éloigné de sa patrouille, avec un peu trop de prudence. Une personne, qui n'aurait surement manqué à personne. Il était douteux qu'il savait quoi que ce soit d'intéressant mais Tom disposait de plusieurs moyens pour rentabiliser ces excursions.
Ce n'est qu'une fois plus près de l'homme, que Tom reconnut les longs cheveux argentés et les traits fins et aristocratiques, "Abraxas Malfoy ?"
Abraxas Malfoy cligna des yeux, les yeux assombris par la peur, les mains tremblantes et vides de la baguette que Tom lui avait enlevée quelques instants plus tôt (une autre qu'Evans essaierait plus tard), mais ce n'était pas vraiment important puisque Malfoy avait été attaché à une chaise.
"Je croyais que tu étais en Amérique."observa Tom qui n'était pas sûr de ce qu'il ressentait, même si cela aurait pu être du plaisir. Il aurait pu être heureux de revoir un visage familier, sauf qu'il portait des vêtements ennemis.
Il n'avait jamais aimé Abraxas, Abraxas l'avait toujours dédaigné, maintenant il serait bien de rappeler à Malfoy que les tables avaient tourné et que rien ne fonctionnait comme avant.
Malfoy cligna des yeux, finissant par le reconnaître, "Jedusor ?"
"Je préfère Voldemort" rétorqua Tom, ce qui était vrai, et irritait d'ailleurs profondément Evans, mais les pseudonymes étaient pratiques dans le secteur révolutionnaire des justiciers. "Mais oui, comme tu peux le constater, je n'ai pas eu la possibilité de m'enfuir en Amérique."
"Qu'est-ce que tu ..." Tom pressa sa baguette sous le menton de Malfoy, dans les muscles tendus de son cou.
" C'est moi qui pose les questions, Malfoy "
Malfoy déglutit silencieusement.
"Maintenant, je vais reprendre le cheminement de ta pensée, qu'est-ce qu'un homme aristocratique comme toi fabriques dans un endroit lugubre comme celui-ci ?" enchaîna Tom avec un sourire froid, appréciant particulièrement la façon dont Malfoy tremblait de terreur.
Il n'avait jamais eu peur de Tom Jedusor, mais comme Tom l'avait prédit, il était absolument terrifié par le seigneur des ténèbres : Voldemort.
"Je ... après Poudlard, je ... je me suis enrôlé et ... et pourquoi n'utilises pas de veritaserum ? "
Les sourcils de Tom se soulevèrent, "Penses-tu vraiment que quelqu'un comme toi vaut un sérum de vérité ?"
Ils demandaient tous ça, même le plus humble des soldats, comme si les ingrédients poussaient à côté et que la potion était la chose la plus facile et la moins longue au monde à préparer.
Malfoy ouvrit la bouche pour répondre mais Tom l'interrompit, "Ne répond pas, c'était une question rhétorique."
Tom pressa la baguette un peu plus fort dans sa gorge, Malfoy resta silencieux et ferma la bouche.
"Je suppose que je vais en venir au fait. Je cherche des camps de prisonniers de guerre. J'ai entendu dire que Grindelwald avait sommairement exécuté tous les aurors mais… Cela représente beaucoup de personnes tuées, beaucoup de talents gaspillés si tu vois où je veux en venir, alors je parie qu'il y a une prison quelque part. Peut-être Azkaban, pour pouvoir garder toutes ces sources d'irritation"
"Pourquoi aurais-je…"
"Je pose les questions."
Les yeux de Malfoy ne quittèrent jamais la baguette de Tom, "Ils les emmènent à Azkaban… mais parfois, ils les détiennent dans d'autres villes, quand Azkaban est plein ou lorsqu'ils veulent d'abord les interroger "
Pendant que Malfoy parlait, Tom regarda dans ses yeux, au-delà de la couleur grise et plus profondément, fouillant dans l'esprit de Malfoy à la recherche de tous ces détails qu'il semblait si hésitant à dire. Le nom des lieux, des personnes devint plus claire et avant que Malfoy ne puisse protester, Tom se retira de son esprit.
Evans serait heureux, l'une des premières choses qu'il avait voulu faire, à part chasser les Allemands, était de libérer les prisonniers anglais et de recruter de futures rebelles. Toutes les tueries, les destructions, les embuscades, ce n'était pas le style d'Evans mais bien celui de Tom.
"Est-ce que ... c'est tout ?"
Tom leva les yeux pour regarder Malfoy. Il avait l'air si pitoyablement plein d'espoir, ses yeux brillants dans la lumière, n'osant guère respirer…
"J'ai bien peur que la nuit ne fasse que commencer, Abraxas."
(Plus tard, quand il retourna dans la grotte, attrapant Evans en train de s'entrainer avec un couteau volé, dansant dans la lueur des flammes, il lui lança la baguette de Malfoy. Il n'y eut aucune explication sur sa provenance, ni sur celles des informations de Tom, juste un murmure, un éclair, et puis c'est tout.)
OoOoOoO
Ce fut au début de l'automne qu'ils agirent, suite aux informations fournies par Malfoy.
Comme prévu, Azkaban, était bâtie comme une forteresse et dépendait beaucoup de la défense des détraqueurs, ce qui en faisait son point faible. Empruntant la baguette de Tom, Evans invoqua un cerf qui fondit sur les ombres, lesquels se dispersèrent dans le ciel.
Plus tard, lorsque les détenus sortirent en trébuchant, ils pleurèrent en voyant leurs sauveurs, y compris en voyant Tom.
Une habitude avec laquelle Evans ne se familiarisa jamais.
Bien que, par la suite, le recrutement devint beaucoup plus facile, surtout lorsque l'on est guidé par un sauveur que le monde n'a pas connu depuis Jeanne d'Arc.
OoOoOoO
"Nous garderons la grotte, pour nous, elle n'est pas assez grande pour tout le monde maintenant." décréta Evans, sans mentionner que c'était d'abord la grotte de Tom et qu'elle n'était donc pas vraiment destinée aux autres.
Il y avait trop de signes de vie, de petites choses privées recueillies au cours de l'année qui montraient qu'ils y vivaient depuis très longtemps. Et les nouvelles recrues avaient montré, dans la façon dont elles traitaient Evans et même dans la façon dont elles traitaient Tom, que leurs sauveurs n'étaient pas autorisées à être humains.
Ils doivent être des symboles, des leaders, avant de pouvoir être humains.
"Parfois, je regrette ces périodes où ma plus grande préoccupation était l'obtention de mes ASPIC ." déclara Tom avec un soupir.
"Menteur, tu n'as jamais été concerné par ça." se moqua Evans, et comme tant de choses, c'était une conversation qu'ils garderaient pour eux, à l'abri des oreilles des révolutionnaires vagabonds qu'ils avaient recueillis en chemin.
OoOoOoO
Une année passa, ils récupérèrent un quart de l'île, et aucun visage familier ne se montra.
Jusqu'au jour où une nouvelle recrue se pointa, bouleversant la tranquillité de Tom.
"Minerva!" cria Evans, enroulant ses bras autour de la jeune fille et la faisant tournoyer dans les airs.
Les cheveux sombres, les yeux sauvages, plus mince qu'elle ne l'avait été à Poudlard mais toujours aussi grande, Minerva McGonagall se tenait comme une héroïne fière et courageuse et il n'y avait absolument rien que Tom puisse dire à ce sujet.
