[Hello hello. Petite nouvelle ici en tant qu'autrice, je vous demande juste un peu de sympathie dans vos commentaires si jamais vous avez des remarques à me faire =)
Bonne lecture à tous et à toutes.
(Pour info, en italique c'est Draco ; en normal, c'est Harry)]
Depuis le premier jour à Poudlard, tu le hais.
Au début, tu le méprisais. Et avec le temps, tu en es venu à le haïr.
Tu es tout le contraire de lui.
Tu es brun, il est blond.
Tu es un lion, c'est un serpent.
Pourtant, la nuit, tu rêves de lui, agenouillé devant toi, nu, en train de te supplier de continuer ce que tu lui fais.
Tu te dégoûtes de ne pas réussir à te détourner de lui quand il te provoque.
Tu te dégoûtes de ne pas réussir à ne pas lui répondre.
Pourtant, au fond de toi, tu crèves de lui.
C'est plus fort que toi, il faut que tu le cherches.
Tout vous oppose : ton histoire familiale, le destin qu'on t'a imposé, la guerre qui vient, les relations que vous entretenez avec vos camarades …
Tu es un sang-pur, c'est un sang-mêlé.
Tu es sournois, il est courageux.
Pourtant, la nuit, tu rêves de sentir sa peau contre la tienne, de goûter à ses lèvres.
Tu te dégoûtes de ne pas réussir à te retenir de le provoquer.
Tu te dégoûtes de ne pas réussir à ignorer sa présence.
Pourtant, au fond de toi, il y a cette envie brûlante de lui.
Les années passent, et tu continues de le détester.
Tu voudrais pouvoir lui faire mal comme il te fait mal lorsqu'il s'attaque à tes parents.
Tu voudrais pouvoir l'écraser sous ton mépris quand il t'humilie devant tout le monde.
Les années passent et tu continues de le chercher.
Tu voudrais que le sol s'ouvre sous toi quand tu le blesses en insultant ses parents.
Tu voudrais que son regard te foudroie sur place quand tu le livres aux moqueries de tes camarades.
La guerre est venue, et avec elle, son lot de changements.
Tu es plus que jamais le Survivant, il n'est plus ton ennemi.
Tu as incarné la Résistance ouvertement, il a été agent double.
Pour autant, votre relation n'a pas vraiment évolué.
Tu as toujours l'impression qu'un fossé vous sépare.
Alors, quand tu le vois, tu te contentes d'un froid « Malefoy » pour le saluer.
Un simple hochement de tête te répond, te persuadant davantage qu'il ne veut rien avoir avec toi.
Tu ne sais pas comment lui parler, même maintenant.
C'est encore plus le Survivant, désormais. Et toi, tu es toujours « Malefoy ».
Alors, quand il emploie ton nom en guise de salutation, tu te contentes d'un petit hochement de tête.
Tu l'observes, de loin.
Quand vous étiez à Poudlard, tu étais maladivement jaloux de l'attention qu'on lui portait.
Désormais, tu as ton lot d'attention, toi aussi, et tu comprends à quel point c'est insupportable.
Son regard te picote la nuque, mais tu n'oses pas regarder dans sa direction.
Tu attends, près de Shacklebot, que les interminables discours des officiels se terminent enfin.
Tu es perturbé. Ce sentiment que jamais ses yeux ne te lâchent t'embrouille et t'empêche d'être attentif à ce qu'il se passe.
Les murmures se sont brusquement éteints. Tu jettes un œil vers Kingsley et t'aperçoit qu'il est déjà tourné vers la stèle.
Embarrassé, tu rougis et tire brusquement sur le cordon qui retient le tissu qui protège cette fameuse stèle.
De là où tu es, tu as vu toute la scène.
Tu esquisses un sourire, mais bien vite, tu reprends ton sérieux.
Harry n'a jamais aimé être au centre de l'attention, mais tu te demandes ce qui a bien pu se passer cette fois-ci.
Quelqu'un te pose une question, et tu détournes le regard de Harry pour répondre.
Oui, Harry. A force de penser et de rêver de lui, tu as fini par t'habituer à l'appeler par son prénom.
Si seulement tu y arrivais à voix haute, songes-tu sans vraiment prêter attention à ton interlocuteur.
Ce dernier ayant fini de pontifier, tu diriges à nouveau ton regard vers l'endroit où est supposé se tenir Harry.
Ton cœur manque un battement, il n'est plus là.
Tu as fini par fuir, comme à ton habitude.
Depuis la fin de la guerre, il ne se passe pas une semaine sans célébration du même genre. Ça devient de plus en plus difficile à gérer pour toi.
Le poids des morts de tous ceux que tu aimais, cette culpabilité qui te ronge, le vide soudain de ta vie maintenant que Voldemort a disparu, tout ça t'éloigne de tes proches.
Tu es sûr qu'il comprendrait, lui. Mais une petite voix ne cesse de te murmurer que tu finiras seul, avec ton mal être pour seule compagnie.
Haussant les épaules, tu enfouis tes mains dans les poches de ton jean. Amer, tu songes à ces rêves que tu avais et qui ne se réaliseront jamais.
Soudain, tu t'arrêtes de marcher. Tu sens une présence derrière toi. Ton cœur se met à battre la chamade.
Sans même te retourner, tu sais déjà qu'il est là.
Affolé par sa disparition soudaine, tu n'as pas réfléchi. Tu t'es lancé à sa poursuite comme un loup à la suite d'un cerf.
Tu le vois en train de marcher devant toi, les mains enfoncées dans son jean, les épaules voûtées et la tête basse.
Tu as entendu dire qu'il n'avait pratiquement plus de contacts avec les Weasley, ni même avec vos anciens condisciples de Poudlard. Il souffre, lui aussi, tu le sens.
La guerre a planté ses griffes en vous et vous a dépouillés de tout ce en quoi vous croyiez. Vous êtes, l'un et l'autre, perdus en marge de ce monde qui se reconstruit.
Soudain, tu le vois s'arrêter et se redresser. Ton cœur manque à nouveau un battement. Tu ne sais plus comment on respire.
Va-t-il se retourner ? Va-t-il te parler ?
Tu te décides finalement à lui faire face. Il est encore plus beau que dans tes rêves les plus fous.
Ses yeux semblent d'argent liquide et ses cheveux blonds presque blancs en plein soleil.
Tu remarques qu'il a l'air légèrement essoufflé. Aurait-il couru pour te retrouver ? Tu n'oses y croire.
Il te faut trouver d'urgence quelque chose à dire. Ton cerveau panique, s'emmêle les pinceaux, et tu baisses les yeux, redoutant de trahir ton trouble.
Machinalement, tu constates qu'un de ses lacets est défait. Il pourrait trébucher dessus et tomber, songes-tu.
Visiblement, tu l'as dit à voix haute puisqu'il hausse un sourcil ironique. Tu te raidis, prêt à entendre la remarque qui va habituellement de pair avec cet air moqueur, mais il murmure timidement « Merci » avant de s'accroupir et de refaire son lacet.
Après ce qui te paraît une éternité, il s'est enfin retourné. Le peu d'air qu'il te restait dans les poumons s'est évaporé.
Tu le dévores des yeux. C'est la première fois depuis des mois que tu le vois vraiment.
Son beau regard émeraude qui hante tes nuits est voilé, comme hanté par des souvenirs douloureux. Ses cheveux sont plus en bataille que jamais, et des cernes démontrent que le repos et Harry ont une relation mouvementée.
Sa remarque sur tes lacets t'amuse. C'est donc là tout ce qu'il a trouvé à te dire alors que des milliers de possibilités s'ouvraient devant lui ? Tu t'apprêtes à en plaisanter, mais tu le vois se raidir.
Tu comprends à temps qu'il va te falloir prendre le temps de l'apprivoiser. De le convaincre que tu as changé.
Alors, après l'avoir remercié timidement, tu poses un genou dans la poussière et refais ton lacet avant de te relever et d'épousseter ton pantalon.
Tu n'en crois pas tes yeux.
Draco Malefoy, toujours tiré à quatre épingles, vient de s'agenouiller par terre sans craindre de salir son pantalon.
Et il t'a remercié. Timidement.
L'image que tu avais de lui vient de vaciller sur son socle.
Tu fermes les yeux un bref instant, juste le temps de reprendre un peu tes esprits. Quand tu les rouvres, il est juste devant toi.
Sa main esquisse le geste de caresser ta joue, mais retombe, inerte, le long de sa cuisse. Tu es curieusement frustré qu'il ne soit pas allé jusqu'au bout.
Finalement, il se penche légèrement vers toi, tirant avantage de ces quelques centimètres qui vous sépare, et murmure à ton oreille avant de transplaner : « A bientôt, Harry. »
Tu restes figé un moment, craignant d'avoir imaginé ce qu'il s'est passé, avant de te ressaisir et de transplaner à ton tour.
C'est au moment où tu murmures le nom de Harry que tu te réveilles. Tu soupires et passes ta main sur ton visage, tentant de reprendre pied dans la réalité.
Ta dernière rencontre avec lui ne cesse de te tourmenter. C'était plus fort que toi, il fallait que tu t'approches de lui, que tu sois tout près de lui.
C'est pour ça que tu as profité de ce bref laps de temps où il a fermé les yeux.
Quant à expliquer quelle mouche t'a piqué pour te pousser à te pencher vers lui et effleurer son oreille avec tes lèvres, tu laisses ça à d'autres.
Tu secoues la tête comme pour te débarrasser de ces idées et te lève pour démarrer la journée.
Tu sens encore son souffle près de ton oreille. Tu entends encore son « A bientôt, Harry. »
Et plus les jours passent, plus tu désespères d'arriver à comprendre ce qu'il s'est passé.
Au fond, tout ce qui t'importe, c'est qu'il ait failli caresser ta joue.
Tu poses une main sur cette joue, tentant de t'imaginer à quoi aurait ressemblé la sensation de la main de Draco sur ta peau.
Tu abandonnes, n'y arrivant pas.
Tu espères juste que le « bientôt » évoqué par Draco arrivera rapidement.
Tu es obsédé par cet homme à qui tu as fait tant de mal.
Tu l'as dans la peau et si ça continue, tu vas en devenir fou.
Il ne se passe pas une seule journée, ni même une seule nuit, sans que son image ne soit présente dans ta tête.
Tu décides brusquement d'aller prendre un peu l'air. Tu espères que ça te changera les idées.
Son « A bientôt » est toujours là, tapi quelque part dans ta mémoire.
Dans tes rêves, il est là.
Dans les moments où tu ne fais rien, il est là.
Toujours, partout, il est là.
C'est une idée fixe.
Tu décides d'aller prendre un verre. Tu seras seul au milieu d'étrangers, mais qu'importe, du moment que tu réussis à l'oublier un peu.
Cela fait un long moment que tu marches dans les rues de Londres, désormais.
Tu es seul, loin de cet appartement dans lequel, pour la première fois depuis toujours, tu te sens chez toi.
Tu as préféré te séparer du Manoir Malefoy après la guerre. L'idée de vivre avec les souvenirs de ce qu'il s'y était passé n'était pas tellement à ton goût.
Tu marches, et malgré toi, te voilà de nouveau en train de penser à Harry, à sa réaction, l'autre jour, quand tu as failli lui caresser la joue.
Est-ce bien de la déception que tu as lu dans son regard ? Toi qui es si sûr de toi d'habitude, tu passes ton temps à douter désormais.
Un bruit interrompt tes pensées.
Tu lèves les yeux et il est là, devant toi.
Tu as bu juste un verre avant de changer d'avis.
Tu sais que tant que rien ne viendra de sa part, tu y penseras sans cesse. Voilà pourquoi tu es si loin de chez toi, à cette heure si tardive.
Instinctivement, tu as pris le chemin de chez lui. Tu sais qu'il a déménagé il y a quelques années, la Gazette en avait fait ses choux gras.
Tu comprends d'autant mieux ce qu'il pouvait ressentir à l'idée de vivre au Manoir Malefoy que tu ressens un peu la même chose envers le Square Grimmaurd.
Quelqu'un vient sur le trottoir, en face de toi.
Ces cheveux blonds que la lune éclaire, tu pourrais les reconnaître entre mille.
Tu t'arrêtes brusquement et le bruit que tu fais lui fait redresser la tête.
Vous vous observez mutuellement, ne sachant que dire ni que faire.
Tu as le cœur au bord des lèvres.
Tu voudrais t'excuser pour tout ce que tu lui as fait subir.
Tu voudrais l'implorer de te pardonner, même si ça doit prendre l'éternité.
Tu te consumes sous son regard et tu es incapable de prononcer la moindre parole.
Fébrilement, tu cherches tes mots.
Comment lui demander les raisons de son geste inachevé alors qu'au fond de toi, tu les as devinées depuis bien longtemps ?
Comment le supplier de te toucher alors qu'il ne l'a jamais fait ?
Tout ton être est à la torture devant lui, quelques mètres plus loin.
Tu décides de t'approcher prudemment.
Il ne semble pas vouloir bouger, ce que tu prends pour un signe encourageant.
Tu n'es plus qu'à un mètre de lui. Tu fais une pause pour reprendre ton souffle.
Tu t'avances à ton tour, redoutant qu'il ne change d'avis.
Ses yeux épient le moindre mouvement de ta part.
De proie, tu es devenu chasseur.
De chasseur, il est devenu proie.
Il s'arrête juste devant toi.
Tu ne sais plus qui tu es, ni pourquoi tu es là.
Tout ce qui compte, c'est lui.
Sa main se lève, tu trembles.
Une mèche rebelle glisse le long de sa mâchoire.
Il a coupé ses cheveux, mais il reste assez de longueur pour te permettre de remettre la mèche de cheveux derrière son oreille.
Le temps suspend son vol, tu retiens ton souffle.
Tu fermes les yeux.
Tu sens sa main qui glisse de tes cheveux sur ta joue.
Sa main. Sur ta joue.
C'est presque trop pour toi.
Une larme s'échappe de ses paupières fermées.
Du pouce, tu l'essuies.
Tu le sens frissonner sous ta caresse.
Sa peau est si douce. Bien plus douce que ce que tu imaginais.
Un million de pensées se bousculent dans ta tête.
Tu n'arrives pas à trouver les mots pour exprimer ce qu'il se passe en toi.
Tu ouvres la bouche pour lui dire, mais il pose son index sur tes lèvres.
Tu comprends qu'il ne veut pas que tu parles.
Tu obéis.
Qu'importe ce qu'il peut exiger de toi tant qu'il ne retire pas sa main.
Tu le sens consentir silencieusement à ta demande implicite.
Ses yeux s'ouvrent enfin. Et tu te noies dans ces deux lacs argentés, embrumés comme à l'aube d'une journée d'automne.
Tu n'en as pas conscience mais ton autre main s'est saisie de celle de Draco, comme pour prévenir une fuite éventuelle.
Tout ce dont tu rêvais s'est évaporé pour ne laisser place qu'à ce moment.
Fuir ? Il n'en a jamais été question.
Encore moins depuis qu'il a pris ta main dans la sienne.
Il est tout ce dont tu rêvais et plus encore.
Il est le soleil qui réchauffe tes journées.
Tu abandonnes à ses pieds ta fierté.
A regret, tu ôtes lentement ta main de sa joue.
A regret, tu t'arraches à ce regard qui t'hypnotise.
A regret, tu lâches sa main.
Et à regret, tu te détournes de lui pour transplaner jusqu'à chez toi.
Il t'a laissé là, sans mot dire.
Tu manques défaillir devant le manque soudain que crée son absence.
Tu aurais aimé que ce moment dure l'éternité et au-delà.
Pourquoi t'a-t-il abandonné ? Lancinante question sans réponse.
Adossé à ta porte, tu sens tes jambes faiblir et tu te retrouves par terre.
Sans que tu ne saches trop pourquoi, ta vue se brouille.
Tu comprends rapidement que tu pleures.
Tu pleures sur toutes ces années perdues.
Tu pleures pour les disparus.
Tu pleures parce que Draco représente tout ce contre quoi tu as lutté toute ta vie.
Tu pleures parce que Draco représente tout ce que tu veux aujourd'hui.
Déchirant paradoxe contre lequel tu ne peux rien faire.
Les semaines ont passé.
Tu n'as aucunes nouvelles de lui.
Tu ne comprends pas et cette incompréhension te détruit plus sûrement que ton obsession pour Harry.
Tu vis reclus, n'ouvrant ta porte à personne.
De toute façon, qui pourrait encore s'inquiéter pour toi ?
Tu as fait le vide autour de toi il y a longtemps.
Tu as choisi la solitude, tu l'as recherchée, et pourtant, aujourd'hui, tu le regrettes presque.
Il n'y a personne. Rien que toi et tes pensées.
Et tu sombres, petit à petit.
Il te faut en avoir le cœur net.
Tu n'es pas un lion, mais aujourd'hui tu t'en sens le courage.
Aujourd'hui, tu veux des réponses.
Aujourd'hui, tu es devant la porte de Harry.
Tu attendras le temps qu'il faudra mais il devra bien te faire face.
De loin, tu as entendu frapper à ta porte.
Incapable de lutter contre tes démons, tu n'as pas répondu, espérant que l'intrus s'en irait.
Les jours passent et se suivent.
Les jours passent et l'intrus revient. A chaque fois.
Son entêtement t'irrite. Qu'il aille donc au diable ce maudit visiteur, et qu'il te laisse te morfondre en paix.
Tu avais pensé à une dispute mémorable.
Tu avais pensé à un échange glacial.
Mais tu n'avais pas prévu qu'il t'ignorerait.
Les jours passent et tu reviens. A chaque fois.
Son silence t'inquiète. Qu'arrive-t-il à Harry ?
C'est en observant l'étoile Sirius que tu réalises.
La guerre est finie. Draco a fait ses choix. Toi aussi.
Vous êtes deux adultes à présent.
Il te faut aller de l'avant.
Il te faut affronter la vie.
Et avec elle, Draco et les promesses de ce qui pourrait être.
Tu entends du bruit derrière la porte.
Tu te redresses, espérant le voir apparaître.
La porte s'ouvre.
Il sort mais ne te vois pas tout de suite.
Tu te fais la réflexion qu'il a mauvaise mine.
Ton inquiétude augmente. Que lui est-il arrivé ?
Une ombre se détache du mur.
Tu sursautes, ne t'attendant pas à avoir de la visite.
La lumière s'allume brusquement, et tu t'aperçois que c'est Draco.
Tu as honte de ton attitude.
Tu ne sais pas comment lui expliquer ce qu'il s'est produit.
Il baisse les yeux, comme honteux.
Tu es perdu.
Tu ne comprends pas.
Tu ne sais pas si tu as le droit d'exiger des explications.
Tu le regardes, et ses yeux te fuient.
Tu n'oses pas le regarder.
Tu es sûr que si tu croises ses yeux, tu vas fuir, à nouveau.
Que faire ? Que dire ?
Tu enfouis tes mains dans tes poches, comme toujours lorsque tu es embarrassé.
Puisqu'il ne veut pas te parler, alors ce sera toi.
Tu hésites un peu.
Tu préfères te rapprocher avant de demander quoique ce soit.
Doucement, tu poses un doigt sous son menton afin de lui faire relever la tête.
De près, il a encore plus mauvaise mine.
Ton inquiétude ne connaît plus de limite.
Alors, tu oublies tes questions et tes angoisses.
Tu le prends dans tes bras.
Tu sursautes lorsqu'il t'attire contre lui.
Tu finis par te laisser aller et tu soupires en te détendant.
Il te frotte le dos, dans un rythme tranquille.
Tu pourrais presque ronronner d'aise s'il ne restait pas un fond de culpabilité en toi.
Tu l'entends te murmurer de lâcher prise.
Tu ne comprends pas comment il peut être aussi désintéressé.
Ça ne ressemble pas à ce que tu connaissais de lui.
Tu sens qu'il se détend un peu, mais ça ne te suffit pas.
Tu pourrais presque voir les rouages tourner dans sa tête.
Tu t'écartes un peu et du bout des doigts, tu enlèves les mèches qui lui tombent dans les yeux.
Il frissonne.
Tu voudrais pouvoir partager ses soucis.
Mais il est encore bien trop tôt.
Tu sais qu'il va d'abord te falloir partager les changements qui se sont produits en toi.
Tout ce que tu veux, c'est sa confiance.
Il effleure ton visage, cherchant à te libérer de tes cheveux indomptables.
Tu le laisses faires et tu frissonnes sous son toucher.
Tu voudrais pouvoir lui partager tes dilemmes.
Mais tu ne le connais pas. Ou plus.
Il faut crever l'abcès.
Il faut que tu saches, que tu comprennes.
Que se cache-t-il derrière ces beaux yeux verts ?
Tu lui poses la question tout bas, espérant ne pas le brusquer.
Il se raidit contre toi, esquisse le geste de reculer, de rentrer s'enfermer chez lui.
Tu le retiens. Tu ne veux pas. Tu ne peux pas le laisser tout seul.
Lorsqu'il t'interroge sur ce qu'il s'est produit, ton seul réflexe est de retourner t'enfermer chez toi.
Mais il te retient contre lui.
Tu voudrais te débattre.
Tu voudrais crier.
Mais à peine as-tu posé la main sur sa poitrine que ta volonté faiblit.
Tu lèves les yeux vers lui. Il te semble si grand, et toi si petit.
Depuis quand a-t-il ce pouvoir sur toi ?
Tu attends. Patiemment. En silence.
Tu attends qu'il soit prêt.
Prêt à te répondre.
Prêt à s'ouvrir un peu à toi.
Prêt à essayer d'échanger avec toi.
Au bout d'un temps de réflexion, tu finis par lui avouer tes doutes. Tes dilemmes.
Il t'écoute, sans rien dire.
Il n'a pas l'air de te juger, ni de t'en vouloir.
Tu sens un poids s'envoler de tes épaules.
Tu lui es reconnaissant de ne pas faire de commentaire.
Enfin.
Il te parle.
Il te raconte son errance, la culpabilité qui l'a rongé.
Tu songes qu'il ne doit pas être simple tous les jours d'être le Survivant.
Lorsque tu as fini de te confesser, tu oses enfin croiser son regard.
Sa compréhension à ton égard fait naître un nœud dans ta gorge.
Tu sais que Draco n'est plus le même.
Mais tu ne savais pas à quel point. Jusqu'à aujourd'hui, où tu en as un aperçu.
Après une dernière ébauche de caresse sur ses cheveux, tu t'éloignes lentement de lui.
Tu voudrais le tenir contre toi pour toujours.
Tu voudrais le rassurer, le protéger.
Mais c'est à lui de prendre confiance.
A lui d'assumer qui il est. Avec ses failles et ses faiblesses.
Alors tu te contentes de lui demander timidement s'il veut bien que vous vous voyiez de temps en temps.
Il s'est éloigné de toi.
Tu t'étais rapidement habitué à être dans ses bras.
Tu regrettes un peu qu'il ait remis de l'espace entre vous deux.
Mais tu sais qu'avant de pouvoir retrouver cette place, il vous faut vous connaître.
Alors quand il te demande si tu veux bien que vous passiez un peu de temps ensemble, tu sautes sur l'occasion.
Oui. Oui, tu veux le voir. Oui, tu veux passer du temps avec lui.
Oui.
Oui, vous allez enfin prendre le temps.
Oui, tes espoirs vont enfin prendre corps.
Tu as envie de rire et de pleurer en même temps.
Tu affiches probablement un grand sourire ravi, mais qu'importe.
Son sourire t'indique l'état d'esprit dans lequel il est.
Et toi, de ton côté, tu souris aussi.
Tes rêves se réalisent.
Peut-être seront-ils dépassés ?
Tu es probablement le reflet de son large sourire, mais qu'importe.
Vous avez convenu de vous retrouver côté moldu.
Vous ne savez que trop bien, chacun de votre côté, combien les journalistes seraient à vos trousses s'ils vous voyaient ensemble.
Tu attends donc Harry dans ce petit café moldu.
Ta jambe s'agite nerveusement sous la table.
Tes doigts pianotent impatiemment sur la table.
L'appréhension t'assèche la gorge.
Tu es devant le café où vous avez rendez-vous.
Tu tires nerveusement sur ta chemise pour la remettre en place.
Tu passes une main tremblante dans tes cheveux, les ébouriffant encore plus qu'habituellement.
Tu prends une profonde inspiration, tu souffles et tu ouvres la porte.
Draco est déjà là, installé à une table tout au fond.
Tu entends la porte s'ouvrir.
Ton cœur manque un battement en voyant Harry.
Merlin, que cet homme est beau, soupires-tu intérieurement.
Tu le regardes s'avancer vers toi.
Il s'éclaircit la gorge sans grand succès avant de te dire bonjour.
Il t'invite à t'asseoir, ce que tu t'empresses de faire.
Une fois assis, tu ne sais pas trop quoi faire de tes mains.
Tu les poses à plat sur la table, le faisant rire.
Ce son te fascine.
Tu réalises que c'est la première fois que tu l'entends rire.
Comme si ton rire avait libéré quelque chose, il se met à t'assaillir de questions sur ta vie.
Tu réponds du mieux que tu peux, ne lui cachant rien.
Tu te mets littéralement à nu, pour la première fois de ta vie.
Lorsqu'il se tait pour boire son thé, tu en profites pour lui retourner la pareille.
Tu veux tout savoir de lui.
Il a répondu honnêtement à toutes tes questions.
Tu es content qu'il te confie tout ce qu'il a traversé.
Tu l'es beaucoup moins lorsque c'est à ton tour.
Tu lui dois d'être aussi honnête.
Alors tu lui expliques ta vie chez les Dursley.
Tu vois ses yeux s'assombrir.
Il te raconte sa vie avec son oncle et sa tante, ainsi que son cousin.
Avec des mots tout simples, il te retranscrit l'atmosphère dans laquelle il a grandi.
Tu comprends à quel point tu as été stupide d'être jaloux de lui à l'époque.
Tu voudrais leur faire payer toutes les humiliations qu'ils ont fait subir à Harry.
Tu voudrais surtout qu'ils s'excusent sincèrement auprès de lui, effaçant ainsi des années de souffrance.
Il ne semble pas leur en tenir rigueur, et cela te surprend.
Il ne comprend pas que tu puisses être passé à autre chose.
Tu souris. C'est normal qu'il ne comprenne pas, au vu de l'éducation qu'il a reçue.
Il semble désorienté.
Tu lui expliques que tu as fait ta paix avec cette partie de ta vie il y a longtemps.
Il se mordille la lèvre, pensif.
Tu en profites pour le contempler.
Ses yeux ne te quittent pas un seul instant.
Tu as soudain très chaud sous le feu de ces émeraudes.
Tu le vois sourire, te crucifiant sur ta chaise.
Son innocence sera ta perte.
Il s'agite nerveusement sur sa chaise.
Ton sourire s'élargit.
Tu aimes avoir cet effet sur lui.
Sa main se pose sur la tienne, effaçant brusquement ton sourire.
Cette fois, c'est lui qui sourit.
Tel est pris qui croyait prendre, penses-tu, satisfait.
Il retourne sa main et vos paumes reposent l'une contre l'autre.
Ce n'est probablement pas grand-chose pour un observateur extérieur, mais pour toi, pour lui, c'est quelque chose de nouveau.
Soudain, son pouce commence à tracer des cercles à l'intérieur de ta main.
Son regard se trouble lorsque tu te mets à lui caresser la paume de la main avec ton pouce.
Tu meurs d'envie de porter sa main à tes lèvres, mais tu te retiens.
Vous êtes en public, et les manifestations d'affection entre hommes ne sont guère appréciées.
Tu jettes un œil à ta montre et te rends compte qu'une heure a déjà passé.
Tu t'attends à ce que ta culpabilité se manifeste, maintenant que la réalité s'est rappelée à toi.
Il s'est soudain tendu.
Peut-être s'attend-il à de l'incompréhension de ta part ?
Toujours est-il que son regard recommence à te fuir.
Lassé, tu poses deux doigts sous son menton et lui fais redresser la tête avant de lui dire de lire en toi.
Tu écarquilles les yeux, stupéfait devant sa demande.
Tu n'es pas certain qu'il comprenne bien la portée de ce qu'il vient de te dire.
Alors tu lui fais répéter. Deux fois.
Cette fois-ci, le doute n'est plus permis.
Il a l'air sûr de lui. De ce que tu vas trouver.
Tu sais que tu vas probablement lui rappeler de mauvais souvenirs, mais il doit aller au-delà.
Il faut qu'il vainque ses démons.
Et si, pour ça, il doit avoir un libre accès à toutes tes pensées, ainsi soit-il.
Tu prends sa main entre les tiennes et lui renouvelle ta confiance, serein.
Tu n'es guère rassuré et renâcle un peu devant tout ce qui remonte à la surface.
Tu n'as pas gardé de très bons souvenirs des leçons d'Occlumancie avec Rogue, pour dire le moins.
Il t'assure qu'il te fait confiance, calmement.
Tu le vois te regarder droit dans les yeux, à la recherche de tu ne sais quoi.
Tu soutiens son regard et il se détend à nouveau, ayant visiblement trouvé ce qu'il cherchait.
Il prend une profonde inspiration et murmure le sortilège lui permettant de lire en toi.
Sa présence est discrète en toi. Tu la sens à peine.
Tu n'es pas très à l'aise à l'idée de fouiller l'esprit de Draco.
Alors, tu préfères rester dans un coin et observer.
Il n'a pas l'air d'être d'accord, poussant vers toi plusieurs pensées, comme s'il s'agissait de souvenirs dans une Pensine.
Tu plisses le nez intérieurement.
Il insiste.
Tu ne cesses de pousser vers lui tout ce que tu éprouves en ce moment même.
Tu veux qu'il comprenne que jamais tu ne le jugeras.
Tu veux qu'il s'habitue à l'idée que tu n'es plus Draco Malefoy, fils de Lucius Malefoy, mais Draco, tout simplement.
Il finit par céder et bascule dans tes pensées.
Tu es aussitôt assailli par une vague de … tendresse ? D'affection ?
Tu ne sais pas exactement mais c'est agréable.
Au bout de quelques instants, tu murmures le sortilège pour revenir à toi.
Tu ne veux pas rester plus longtemps, tu as peur de devenir trop intrusif.
Cette expédition semble l'avoir convaincu.
Il pose sa main libre dessus les tiennes, qui tiennent toujours son autre main.
Il te remercie.
Tu ne t'y attendais pas.
Il semble désarçonné par tes remerciements.
Tu lui précises que tu as senti sa sincérité.
Et là, tu cèdes à l'envie que tu as depuis le début et porte ses mains à tes lèvres pour y déposer discrètement un bref baiser.
Tes yeux sont probablement ronds comme des soucoupes, mais cet homme ne cesse de te déstabiliser.
Tu ne peux jamais prédire quelle sera sa réaction.
Une minute, il est innocent comme un agneau et l'autre, tu meurs devant son sourire charmeur.
Comment fait-il pour être aussi imprévisible ?
Tu consultes à nouveau ta montre et soupire.
Le temps que tu pouvais consacrer à Draco aujourd'hui arrive déjà à sa fin.
Il va te falloir repartir vers des tâches moins agréables.
Ses yeux sont tristes et tu comprends qu'il est malheureusement temps de vous séparer.
Sans dire un mot, tu payes l'addition et vous sortez l'un après l'autre.
Une fois dehors, tu t'apprêtes à proposer à Harry un prochain rendez-vous, mais il te surprend à nouveau.
Tu jettes un œil autour de vous, préférant qu'il n'y ait pas trop de monde pour attester de ce qui va suivre.
Tu enlaces Draco. Son cœur bat la chamade, à l'unisson avec le tien.
Tu aimerais enfouir ton visage dans son cou, respirer son odeur, mais il te faut réfréner tes ardeurs.
Tu te contentes de poser tes lèvres sur les siennes. Un bref instant.
Il t'a enlacé et sans attendre une éventuelle réaction de ta part, il t'a embrassé.
Tu t'accroches à ses épaules comme si tu craignais que tes jambes cessent de te porter.
Le baiser s'achève bien trop tôt à ton goût.
Tu pourchasses ses lèvres pour un autre baiser.
Tu l'entends rire tout bas avant qu'il n'accède à ton vœu et t'embrasse à nouveau.
Tu ne peux pas lui résister.
Tu l'embrasses comme si vos vies allaient s'achever là, sur ce trottoir, en cette fin d'après-midi.
Lorsque le baiser se termine, vous êtes hors d'haleine tous les deux.
Tu t'accordes quelques instants pour reprendre ton souffle, ton front posé contre le sien.
Tes yeux se perdent dans les siens, et la réciproque est tout aussi vraie.
C'est officiel, ses baisers ont signé ta fin.
Tu savais que tu n'avais guère d'espoir une fois que Harry eût accepté un rendez-vous.
Tu ne t'étais pas rendu compte d'à quel point tu étais déjà accro à lui.
L'instant que vous venez de partager vient juste de jeter un nouvel éclairage sur tes sentiments pour lui.
Tu n'aimerais rien tant que rester là, près de Draco, et continuer de l'embrasser.
Mais la vie reprend ses droits et tu as des obligations auxquelles tu dois faire face.
Alors, après une dernière caresse sur sa joue, tu murmures « A bientôt … Draco » avant de te diriger vers un coin où tu pourras transplaner discrètement.
Il est parti, te laissant seul sur ce bout de trottoir.
Mais contrairement à la dernière fois, tu sais que vous allez vous revoir très bientôt.
Un sourire sur les lèvres, tu t'éloignes pour à ton tour transplaner discrètement.
Vous vous êtes revus souvent.
Et à chaque fois, cette sensation d'être en terrain familier.
Draco est tout ce que tu voulais.
Draco est tout ce que tu veux.
Les choses n'ont guère changé entre vous deux, malgré de fréquents rendez-vous.
Tu commences à t'impatienter, mais tu ne veux pas presser Harry.
Tu es dans une impasse et tu ne sais que faire pour en sortir.
Quand donc serez-vous ensemble ?
Tu sais qu'il aimerait davantage.
Tu le sens s'attarder sur tes lèvres dans l'espoir que tes barrières tombent.
Tu voudrais pouvoir le laisser t'aimer comme il le souhaite.
Mais une partie de toi craint qu'il ne se lasse dès que tu seras à lui.
Tu comprends son inquiétude.
Tu ne le montres pas, mais tu ressens la même.
Alors, pour vous rassurer mutuellement, tu l'invites à dîner chez toi.
La soirée chez Draco s'est bien passée.
Vous avez beaucoup parlé et beaucoup ri.
Il n'a eu de cesse de tenir ta main ou de t'enlacer.
Tu as senti son cœur battre contre toi.
Pas une seule fois, un nuage n'a brouillé ses beaux yeux.
Pas une seule fois, l'inquiétude n'a eu raison de lui.
Tu l'as senti apaisé.
Tu en es heureux.
Après cette soirée, tes dernières hésitations n'ont plus lieu d'être.
Tu acceptes enfin tes sentiments envers Draco.
Pour lui faire comprendre, tu lui prends la main et lui fait poser sur ton cœur.
Quand son regard intrigué rencontre le tien, tu lui souris, tendrement.
Devant son sourire, tu vacilles.
Sous sa main, ton cœur manque un battement.
Tu as compris.
Harry dépose enfin les armes.
Tu as fini de te battre.
Tu n'aspires plus qu'à une chose : le bonheur.
Et tu sais que c'est avec Draco que tu le partageras.
Vos lèvres se trouvent, et vos mains s'entremêlent.
Quelque part sur Terre, deux cœurs supplémentaires battent à l'unisson.
