PEU DE PERSONNES

suite à l'annonce faite à la table des verts et argents ne parlaient. Non, ce fut le silence qui régnait bien plus que la suprématie à cet instant.

- Pardon ? articula Allanah, aussi doucement qu'elle put, contenant toute l'inquiétude du monde dans sa voix.

- Il a été retrouvé hier soir dans un couloir, salement amoché. Personne ne sait qui a fait ça, ajouta Vector, gardant une mine neutre face à la situation.

Mais tout le monde autour d'elle savait qui avait fait cela. L'organe creux de la jeune fille se mit à tambouriner vivement dans sa poitrine. Le'o était à l'infirmerie depuis hier soir et personne ne semblait s'en soucier plus que cela. Les couverts en argent qu'elle tenait pourtant si forts fracassèrent la table dans un odieux son. La blonde se redressa sans même faire attention au monde autour d'elle. Elle devait aller le voir, s'assurer qu'il aille bien. Simplement, être avec lui et que même si ces blessures ne guérissaient pas, elle était là.

Elle se fichait bien de son petit déjeuné ce dimanche matin, cela n'avait même pas d'importance. Elle courrait à travers le château en pestant contre le lointain de cette infirmerie mais remercia mentalement Lyssa d'avoir été malade récemment. Sans cela, elle poursuivrait l'inconnu.

Alors que ses pas martelaient le sol de Poudlard, elle se trouvait si stupide d'en avoir voulu à Le'o. Si bête de s'être dis la veille qu'il devait avoir mieux à faire finalement que de l'accompagner au bal de noël de Slughorn. Tandis qu'elle maugréait contre lui avec Martha Fawley lui ayant tenu compagnie toute la soirée, il souffrait. Elle s'était même peut être dis qu'il avait une meilleure personne à aller voir. Mais quelle idiote.

Lui en vouloir pour une raison aussi stupide était déjà trop, mais tout cela alors qu'il était blessé au même moment.

Allanah arriva finalement devant la grande porte de l'infirmerie, mais alors qu'elle souhaitait enfoncé brutalement le vieux bois. Elle se dit que cela ne servait à rien. Une tempête ne peut pas adoucir un garçon blessé. Elle respira, pas assez longtemps car la colère brûlait toujours son être mais bien trop pour attendre encore un peu. Elle devait simplement faire paraître au calme, peu importe si tout se déchaînait à l'intérieur d'elle.

Elle poussa l'entrée de l'endroit et fut directement confronté à un premier problème. La jeune fille avait beau cherché du regard son ami, tellement de lits étaient occupés que cela en devenait compliqué. Les températures hivernales avaient eu raison de beaucoup ici.

Mais vers le fond de la pièce, un gémissement plaintif l'interpella. Il n'y avait aucun doute que c'était bien le jeune Avery. Elle accourut alors, les yeux encore larmoyants du à la forte inquiétude. Ce qu'elle vit la conforta dans ses pensées.

Le châtain dormait encore mais rien ne l'empêchait de laisser échapper sa douleur. Que ce soit son visage dans des rictus affreux à observer ou le son de sa voix qui mourrait dans une plainte déchirante. L'infirmière n'avait sûrement pas encore pris le temps de le soigner correctement. C'est avec horreur qu'elle put voir son œil droit tuméfié et encore enseveli des traces de sang s'écoulant de son arcade. Sa lèvre inférieure était ouverte profondément et un hématome couvrait la majeure partie gauche de sa mâchoire. Elle ne préférait même pas savoir pourquoi un épais bandage recouvrait sa jambe, elle en avait assez vu. Car bien qu'elle ne voyait que les traces physique sur le corps de son ami, elle savait bien qu'il n'y avait pas que cela. Que le jeune Avery devait être rongé par des maux plus horribles encore.

Sa main recouvrait ses lèvres pour ne pas laisser voir son hoquet de terreur. Mais ses yeux laissaient pourtant comprendre tout ce qu'elle ressentait. Ses deux pupilles dont sortaient des larmes anodines. Qu'elle ne sentit pas mais qui portait toute la rancoeur et la haine qui grandissait en elle. Elle attrapa tout doucement la main droite de Le'o dans la sienne, se voulant rassurante. La serpentarde voulait qu'il sache qu'elle était là, même si Morphée prenait soin de lui. Et elle resta de longues minutes assise à son chevet, la tête reposant sur son torse. À ruminer, en se disant que c'était de sa faute. Que sans sa présence dans ce château il n'aurait jamais eu vivre cela. Mais c'était faux, et cela ne servait à rien de s'accabler. Ce n'était pas cela qui guérirait son camarade, qui le vengerait encore moins. Allanah se redressa alors, prête à aller affronter le diable une nouvelle fois depuis la semaine qui était passée.

S'il avait su, Le'o l'aurait retenu de toutes ses forces, car il avait le souvenir encore intact des derniers mots de Tom à son égard.

J'espère qu'elle me détestera. J'espère même profondément qu'elle viendra me détester en face pour que je m'amuse un peu avec elle aussi.

Mais la tempête se déchaînait bien trop fort, Allanah ne pouvait plus calmer la haine qui l'enveloppait et la guidait vers la vengeance. Et elle cherchait inlassablement, comme une bête bien trop affamée. Elle ne cachait ni ses larmes, ni sa colère. A quoi bon ? Elle cherchait Tom à travers tout Poudlard, sans même savoir où commencer. Le château était immense et elle ne marquait pas toutes les activités du dimanche du Jedusor sur un petit carnet. Alors elle marchait à travers chaque couloir en ne désespérant jamais.

Mais ce fut marrant pour le véritable maître du jeu de voir sa proie se croire le chasseur. D'autant plus lorsque brusquement devant elle, la porte de la salle sur demande s'ouvrît et qu'elle y fut projetée.

L'instinct de protection d'Allanah la fit sortir sa baguette à une vitesse ahurissante et la brandir vers son assaillant. Bien sûr que les cheveux corbeaux de son camarade ne la surprit pas, elle pesta tout de même contre son manque de prévision. La colère avait aveuglé ses idées.

Elle le faisait même toujours, car ses yeux lançaient milles éclairs au jeune homme devant elle. Si elle avait pu le tuer dans la seconde, elle l'aurait fait volontiers. Lui et son sourire goguenard, sa fierté et sa suffisance. La blonde savait bien qu'il avait apprécié chaque moment à blesser Le'o et rien que cela lui donnait envie de briser sa mâchoire. L'empêcher coûte que coûte de recommencer à nuire à ses proches. Elle remarqua qu'ils étaient à présent enfermés dans la même pièce qu'il y a deux mois, les mêmes fauteuils noirs. Et la même pénombre omniprésente, cela ne pouvait pas encore annoncer la victoire de Tom, pas cette fois.

- Tu n'avais pas à lui faire ça, c'est entre toi et moi, Jedusor ! clama l'américaine en gardant la baguette pointée vers lui.

Le serpentard avançait quant à lui tout autour de la jeune fille, il l'a traqué. Tout doucement, son arme également à sa main mais le long de son corps. Il ne craignait aucunement la défaite. Mais tout semblait différent pour son adversaire, elle voulait que ce soit différent.

- C'est justement parce que ce n'est qu'entre toi et moi que je l'ai écarté du jeu. Si j'avais voulu te faire mal, j'aurais écorché un peu la petite Wilzem, suggéra-t-il tout simplement alors que l'impatience grandissait en lui.

Allanah, elle, parvenait difficilement à se contenir à la mention de son amie. Pas elle, la sorcière se devait de la protéger de tout. Et les paroles de Tom perturbèrent un peu plus encore l'esprit de la jeune fille. Elle ne devait pourtant pas se laisser happer par la réflexion. Elle était là pour se venger.

- Nan, Allanah, c'est pour lui faire comprendre ce que cela faisait de toucher à ce qui m'appartenait que j'ai pris plaisir à l'entendre geindre comme un petit chien.

Elle ne se contrôla pas, un sort fusa à l'endroit exact où se trouvait Tom quelques secondes plus tôt. Mais il avait transplané. L'explosion heurta donc le mur où aurait dû se trouver la tête de son camarade. Allanah sentait les veines de tout son corps pulsés vers le même but, le réduire au silence. Sa baguette s'arma à nouveau et le maléfice fondit sur le sorcier. Il contraint avec facilité chacun de ses sorts ce qui fit grincé des dents son adversaire.

Il ne l'attaquait pourtant pas, l'américaine comprit rapidement qu'il voulait évaluer son potentiel magique durant ce combat.

C'est avec plaisir que la jeune fille lui montrerait de quoi elle était capable.

Soudainement, de la baguette sombre d'Allanah, fondit une liane aussi tranchante que sa haine. Tom y réchappa, mais pas sa cape. Quelques centimètres plus proches et cela aurait été sa gorge. Des sorts de plus en plus offensifs fusaient dans la salle sur demande, chaque souvenir de son enfance accompagnait l'énergie actuelle de la blonde. Elle ne voulait pas perdre, avec son savoir, elle n'en avait pas le droit. Mais le cerveau de la battante réfléchissait aussi, c'était son rôle d'élaborer des plans depuis toujours.

Un jet vert sortit alors de sa baguette pour fuser vers le jeune homme, trop surpris pour réagir. Mais rien ne se passa lorsqu'il frappa son torse, bien sûr elle ne le maîtrisait pas. Ce fut trop tard pour Tom lorsqu'il comprit son épaule gauche était déjà prit d'assaut par une profonde coupure et sa tête frappa le sol avec force.

Il n'entendit que l'essoufflement de la gamine qui avait osé le blesser non loin de lui. C'en était fini de jouer maintenant, il se releva subitement et lança son dernier coup à la serpentarde.

La baguette d'Allanah chuta de sa poigne pourtant féroce sous le choc du sortilège. Son dos frappa avec force le haut de la cheminée. Elle n'avait pas simplement été repoussé au plus loin par Tom. Autour de ses avants bras des épaisses chaînes s'attachèrent pour lui empêcher tout mouvement. Si seulement ce n'avait été que cela, la matière qui la tenait fermement près du feu semblait provenir directement de celui-ci. La blonde sentait le contact entre le maléfice et sa peau se confondre dans la douleur. Elle hurlait alors que des larmes au contraire si glacées franchir la barrière de ses yeux.

Le jeune homme devant elle s'était relevé depuis bien longtemps et il approchait maintenant sa proie avec une colère qu'elle n'aurait jamais voulu voir. Elle était sûre que le reflet rougeâtre de ses pupilles n'était pas le feu, c'était le diable qui la tenait captive. Elle craignait toute sentence supplémentaire.

Mais Tom s'arrêta non loin, soignant peu à peu ses blessures, pestant contre le sang qui ne partirait jamais de sa chemise. Et il réfléchissait. Elle était forte, bien plus forte qu'il ne l'aurait présagé. Cela ne serait pas spécialement un problème lorsqu'elle aurait cédé. Mais pour l'instant, il avait une ennemie puissante, intelligente et stratège. Cette histoire ne faisait alors que le dérangeait. Il ôta finalement sa stupide chemise inutilisable et son débardeur fut l'unique vêtement qu'il posséda.

Et l'héritier de Serpentard se plaça devant elle finalement, avec l'épaule ensanglantée et le visage profondément furieux. Mais Allanah n'avait pas peur, plus autant à présent. Elle se savait assez forte, ses espoirs étaient devenus certitudes. Elle ne resterait attachée que quelques temps. La sorcière n'avait pas fini de venger son ami.

Sa longue pensée fut coupé soudainement par le corps du serpentard qui se projeta contre elle, sa main autour de sa gorge et la folie dans ses yeux. Il serrait son pauvre petit cou entre ses grandes mains aussi facilement qu'il prendrait la main d'un enfant.

Elle manqua vite d'air et put voir toute la satisfaction de son tortionnaire devant sa cage thoracique se vidant peu à peu. Leurs deux corps étaient si proches que Allanah tentait tant bien que mal de reculer. Mais c'était le feu qui répondait à son appel si elle se détachait de Tom. Elle comprit que tout était prévu depuis le début. Depuis des jours sûrement. Et Tom la lâcha, s'éloigna enfin.

Elle put respirer, reprendre le contrôle de son corps et de tous ses esprits.

- Maintenant que tu es calme, nous pouvons discuté, souffla le jeune Jedusor en s'installant confortablement sur son fauteuil en velours.

Il faisait tourné doucement sa baguette entre ses mains. Comme une roulette russe, sur quel sort tomberait-elle ?

- Bien ! On va commencer par quelque chose de simple. Tu te montreras avec Avery uniquement comme un ami, plus de minauderies insupportables et de positions subjectives. Cette histoire a assez duré.

Allanah ne comprenait sincèrement pas ce que la relation ambiguë qu'elle possédait avec le jeune Avery avait un lien avec Tom. Elle haussa un sourcil, aussi insolente qu'elle l'avait toujours été.

- Et pourquoi ? protesta-t-elle, jugeant très peu longtemps que cette remarque était nécessaire.

En effet, d'un geste léger de sa baguette, le préfet en chef resserra les liens qui la maintenaient prisonnière d'un sourire satisfait. Il s'approcha à nouveau d'elle pour attraper cette fois-ci sa mâchoire.

- Ce n'est plus comme la dernière fois, petite fille. C'est moi qui pose les questions.

Un léger grognement répondit aux paroles de Tom, elle n'aimait sincèrement pas la manière dont il la réduisait au silence. Mais ses lèvres étaient toujours étirées pour montrer son contentement perpétuel.

- Rentrons dans le vif du sujet. Qui t'as appris tout cela ?

- Va te faire foutre, cracha-t-elle sans ménagement.

Un ricanement remplit la pièce déjà pourtant empli de la suffisance du serpentard. Il ne s'éloigna toujours pas de sa prisonnière et s'en rapprocha même encore un peu. Pour mieux observer la scène qui allait se dérouler sous ses yeux avides.

- Sais-tu à quel point tout n'est plus comme la dernière fois ? questionna le sorcier, en caressant délicatement la joue droite d'Allanah.

Le feu lui répondit plus que l'être humain pourtant devant lui. Grossière erreur, songea-t-il en soupirant.

- Réponds, ordonna Tom vivement.

- Nan.

Enfin un peu de soumission.

- Parce qu'à présent je veux prendre le temps de te faire comprendre le fossé entre toi et moi. Entre moi et le reste de l'humanité.

Elle fronça les sourcils, ne comprit pas où voulait en venir son tortionnaire. Mais il pointa sous ses yeux écarquillés sa baguette, à quelques centimètres de son visage. Sans qu'il ne prononce rien, une douleur agrippa encore plus le corps de la blonde. Une première coupure horizontale sur sa joue vint lui arracher un léger couinement de douleur. Mais l'horreur ne se compléta que lorsqu'une nouvelle coupure verticale prit sa place sur son visage.

La surprise fut plus forte que l'horreur de son acte. C'était la première lettre de son stupide prénom qu'il venait de marquer sur sa peau. Comme une trace, de son passage constant. De sa présence perpétuelle avec elle. Et il souriait encore.

De légères larmes coulèrent le long des joues de la victime, se mêlant alors au sang dans une jolie couleur rosâtre. Elle savait pourtant que ça guérirait simplement grâce à la magie. Mais l'acte en lui même était irrémédiable. La marque de son être sur elle ne partirait jamais. Elle en était sûre. L'index de Tom récupéra un peu de sang, ses sourcils se froncèrent à nouveau. Mais elle hoqueta de surprise quand il vint déposer le liquide rouge sur ses propres lèvres. Elle sentait le goût métallique de son sang sur sa bouche, celui salé de sa douleur. Et son camarade avait l'air d'apprécier cette vue.

- Continuons et j'attends une réponse cette fois-ci. Qui t'as appris tout ça ? insista-t-il en détachant chaque mots des autres.

- Plutôt crever !

Tom ria doucement, de moquerie mais sûrement un peu d'impatience. Il s'approcha au plus proche de la jeune fille, encore plus que lorsqu'il avait enserré sa gorge. Maintenant, ce fut son bras gauche qui encercla sa taille pour la garder au plus proche. Ses lèvres s'effleuraient à chaque respiration, du sang se déposait sur la bouche du garçon.

- Nan, Allanah, je compte bien te traîner avec moi jusqu'en enfer mais en te gardant belle et bien vivante.

Mais la blonde n'écoutait plus les paroles de Tom, son visage était bien trop proche. Leurs bouches se mouvaient automatiquement, partageant leurs airs. Une idée fondit comme bénie dans l'esprit du garçon. C'était sournois mais cela répondait à ses deux plus grandes envies à cet instant.

Il plaqua alors ses lèvres contre les siennes. Dans une explosion de saveur, le désir du serpentard se mêla au sang de l'américaine. Les chaînes bougeaient vivement derrière elle, elle ne savait plus. Voulait-elle que ses mains se libèrent pour lui asséner la plus grande des gifles ou passer sa faible main sur sa nuque ?

Elle était perdue, son cerveau ne réfléchissait plus et toutes ses barrières tombaient peu à peu. Et ce fut alors qu'elle pressait également sa bouche contre la sienne qu'il s'éloigna. Qu'il la laissa pantelante, plantant ses iris dans les siens et lui prit le plus grand secret de son existence.

Elle fut confrontée au visage de son mentor, à tous les instants. Leur rencontre, leurs jeux. Ses premières chutes à balai qu'il rattrapait toujours. Son premier transplanage, première potion, premier sort. Et tout ce qui suivit. Durant des années, la condition naïve d'enfant soldat. Sa croyance perpétuelle a créé un meilleur monde. Mais rien que le mensonge.

Elle sur le sol froid de sa chambre durant des nuits à pleurer. Allanah voulant revenir dans le mensonge, quittée cette désillusion. Les journals qui défilaient, toujours plus d'attaques et il échappait à tout le monde. Il échappait toujours au bas monde.

Le monde craint le chaos, Allanah, mais nous, toi et moi, nous subsistons après le chaos. Seulement nous.

Cette phrase marquait à jamais dans son esprit. Et défilait encore des milliers d'images. Les lettres récentes de sa mère, la sienne. Toujours des larmes.

Puis, Tom quitta enfin son esprit, alors qu'elle était trahie et que le torrent s'échappait de son cœur. Il avait la bouche entrouverte, toujours aussi proche de son ennemie. Celle-ci baissa la tête. De honte, ou de douleur. C'était si dur pour elle de revoir ses instants.

- Grindelwald.

Tom ne s'attendait pas à mieux, il était satisfait. Il avait devant lui une jeune fille ayant été l'élève favorite d'un des plus grands mages noirs du monde. Une petite enfant à qui il avait tout donné et considérait comme sa propre fille. Mais maintenant, ce cher petit soldat était à lui. Tom releva doucement la tête de sa prisonnière et sécha ses larmes avec sa paume sans aucune tendresse.

- Allanah, réfléchis bien à ton avenir. Tu n'as que deux choix. L'éternité à me suivre, ou l'éternité à regretter de ne pas l'avoir fait, murmura le sorcier en plantant ses yeux dans les siens, encore.

Et il la laissa là. Quitta la salle sur demande alors que les chaînes se défaisaient et que la cinquième année chutait sur le sol avec force et sans honneur.

Elle avait tout perdu à cet instant et son destin était scellé auprès d'un être qui allait mettre à feu et à sang le monde sorcier.

Allanah était profondément partagée de sa présence dans le Poudlard Express. Était-elle enfin ravie de quitter ce château qui avait vu sa torture ? Ou bien apeurée et inquiète de ce qui l'attendait dans sa propre demeure. Entre Tom et Grindelwald, de qui devait-elle véritablement le plus se méfier. Elle balaya cette pensée et observa ses amis autour d'elle. Lyssa se chamaillait encore avec Alphard pour des bonbons. Le'o était silencieux, comme il l'était depuis sa sortie de l'infirmerie. Il n'osait parler que lorsque Lyssa et Allanah étaient les seules paires d'oreilles à pouvoir l'entendre. Le châtain était devenu bien plus froid avec le reste du château, une copie de ses amis. Mais au grand bonheur de son amie, plus aucune trace de ses douleurs n'était visible. Il avait été remis sur pied de manière exceptionnelle.

Elle également ne gardait aucune marque des coupures infligées par Tom. Comme ses lèvres n'avaient plus le goût de son sang. Mais rien n'avait quitté sa bouche et sa joue. Encore une fois, c'était inscrit pour toujours. Elle secoua la tête et se concentra sur ce qui importait, ses derniers instants de joie avec ses camarades.

- Allanah, tu n'oublies pas de m'envoyer une photographie sulfureuse comme cadeau pour Noël, s'exclama soudainement Alphard comme un retour à la réalité.

Elle ria vivement à la remarque de son ami comme le reste de son comportement. Heureusement que ses camarades avaient un grand sens de l'humour, elle saurait comment elle aurait tenu toute la route sinon.

- On verra, je prendrais exemple sur l'album que Lyssa enverra à Abraxas pour cela, se permit-Elle, sachant la relation connu de tous entre ses vitres.

- Arrêtez de vous moquer !

Si le sujet n'était pas lié à la sexualité développée de la jeune rousse, son amie aurait juré avoir affaire à une petite fille. Elle continua alors de taquiner sa chère camarade avant que le sujet des vacances ne soient mis sur le tapis.

- Moi, je vais enfin retourner en Allemagne pour Noël. Nos sorts repousses moldus sont à nouveau au point et j'ai hâte de revoir toute ma famille !

- Tout cela a l'air bien gentil. Je n'aurais pas hésité à m'allier avec les nazis pour éviter un nouveau Noël avec Walburga et toute ma stupide famille, maugréa le Black sans ménagement.

Allanah plaqua sa main sur sa bouche d'une démarche exagérée et rétorqua vivement :

- Mais tu es fou de parler comme cela de la plus noble et ancienne famille de sangs-purs, les Black !

Elle ria un peu de sa blague et retrouva vite son sérieux pour raconter ses vacances en éliminant un détail crucial.

- Je vais devoir assister au grand gala de Noël avec toute mon immense famille dont je ne connais même pas tous les membres, soupira l'américaine. Mais après, je passerais la plupart du temps avec mes meilleurs amis, Andrew et Freya. J'irai même peut être à Ilvermorny au passage, je dois leur manquer.

- Super la copine, à peine était-elle partie de Poudlard qu'elle chercher à retourner vers le passé, s'écria Lyssa dans une immense fausse indignation.

Après un peu plus de remarques idiotes de ses camarades et de rires collectifs, le compartiment se retrouva plongé dans le silence. La respiration de la rousse s'était apaisée et elle était persuadée qu'elle dormait à present. Alphard était parti rejoindre les autres tandis que Le'o était plongé dans son livre. Allanah n'avait alors que le vide pour l'empêcher de trop songer. Ce ne fut pas suffisant.

Elle s'était pourtant interdit d'y penser depuis les quelques jours la séparant de cette matinée. S'occupant toujours pas à pleins de choses inutiles, se plongeant dans les cours bien plus que dans sa tête. Mais le paysage défilant devant les yeux de la blonde lui donnait envie de réfléchir.

Ses avant-bras la faisait encore souffrir mais ce n'était rien. En vérité, elle se fichait bien de toute la douleur physique qu'elle avait ressenti. C'était ce qu'il avait brisé à l'intérieur d'elle qui l'importait.

Le secret qui lui avait volé, le baiser lui ayant été arraché. Ces deux choses marquaient le cœur de la jeune fille d'une trop grande marque. Appuyant constamment sur les souvenirs de cette journée pour lui faire toujours mal. Mais elle s'efforçait toujours de laisser loin d'elle les sensations des lèvres du jeune homme sur les siennes. Elle s'appliquait à ignorer le souvenir de leurs deux corps collés. Se rappelant uniquement du mal qui lui avait fait. Pour son plus grand bien.

Et il y a avait l'ultimatum qu'il lui avait donné. Lui, ou une vie à souffrir de ne pas avoir opter pour le premier choix. Elle avait donc d'un côté la lâcheté de se livrer à lui sans même combattre. La déception, le manque d'honneur, de bataille. Ou lutter pour ses valeurs, encore un peu au moins. Peut être se battre jusqu'à la fin. Mais Allanah ne voulait pas abandonner sa fierté. Si Tom voulait son pouvoir, il allait devoir détruire la couche de haine qui s'était accumulée en son honneur.