Résumé : Les juges de l'Enfer sont morts avant la fin de la Guerre Sainte. L'histoire aurait très bien pu s'arrêter là pour eux, sauf que...

Disclaimer : les personnages et l'univers de Saint Seiya appartiennent à Masami Kurumada.

(Pardonnez-moi pour les éventuelles fautes qui auraient échappé à ma vigilance.)

Note : Un petit détour à Elysion, ça vous tente ?

Elysion

Une brise, douce comme une caresse, agita les mèches de cheveux sur son visage et l'éveilla.

Il ouvrit ses paupières, les clignant plusieurs fois pour effacer la vision flou de son réveil. Devant lui, l'herbe et les fleurs s'agitèrent. Il était allongé sur le sol, face contre terre.

Dans un gémissement, il pivota sur lui-même pour voir les alentours.

Il était dans un champ. Un champ magnifique qui s'étendait à perte de vue. Quelques ruines de temples anciens jonchaient le sol, mais elles ne gâchaient pas le paysage, leurs présences apportaient une touche bucolique à ce paysage déjà idyllique.

Au-dessus de lui, le ciel était sans le moindre nuage et un soleil de midi enveloppait sa vision.

Comment avait-il atterri ici ?

La dernière chose dont il se rappelait était son combat contre un jeune garçon. Hyoga. Oui, c'était ça, Hyoga du cygne. Ce sacré chevalier d'Athéna lui avait donné du fil à retordre en retournant son attaque contre lui et en essayant de l'enfermer dans une prison de glace, mais il en fallait bien plus pour venir à bout d'un juge des Enfers.

Il revit mentalement l'affrontement, la résistance de ce jeune adolescent face à ses attaques et sa propre résistance face aux siennes. Comme un film, tout s'enchaînait et s'articulait parfaitement et...

Le trou noir. Le néant.

Il ne se rappelait plus de rien.

Etait-il retourné à la surface, sur la Terre?

D'un geste, il se releva sans effort. Il fit un examen complet de lui-même. Son surplis était vraiment abîmé et la plus grande partie de ses ailes était manquante. Cependant, malgré son combat, il se sentait en pleine forme. Mieux que ça, il ne s'était jamais senti aussi bien de toute sa vie.

Ce détail fit retentir une sonnette d'alarme dans sa tête.

Quelque chose ne collait pas.

Il se frappa le ventre.

Rien. Pas la moindre douleur.

Il recommença avec plus d'ardeur, mais quelle que soit la force qu'il exerçait contre lui-même, il n'y avait pas la moindre souffrance et son corps restait immaculé.

La vérité le frappa de plein fouet.

Il était mort.

Il était dans cet endroit merveilleux dans lequel il n'envoyait qu'une proportion infime d'âmes exceptionnelles et que seul les dieux pouvaient atteindre sans risque.

Un endroit aussi mystérieux que rêvé par les spectres. Les Champs-Élysées. Elysion.

Il se rappelait tout à présent. Le trou noir dans son esprit s'était dissipé. C'était à cause de lui, à cause de ce maudit chevalier de bronze qui l'avait attiré à l'extérieur du tunnel et qui avait précipité son corps dans le chaos de l'hyperdimension. Cette incompréhension et cette douleur qui avaient suivit... Comment avait-il pu les oublier ? Et comment avait-il pu perdre contre un jeune adolescent, lui, un juge des Enfers ? Un être supérieur et invincible.

Il avait envie de hurler. De refuser de toutes ses forces cette réalité cruelle.

Pourquoi se retenir d'ailleurs ?

Son cri de rage retentit dans les champs déserts.

Il se laissa tomber à genou.

Sa vie avait donc prit fin de cette manière absurde. Il n'avait pas réussi à défendre le royaume souterrain de son maître et n'avait même pas anéanti un seul de ces misérables envahisseurs.

Il avait été inutile au Seigneur Hadès. Il était un incapable, un moins que rien...

Sa vision se brouilla et il aperçut un point foncé dans son champ de vision. Il crut au départ que c'était des larmes traîtresses qui envahissaient ses yeux, mais il se rendit vite compte que cela ne venait pas de lui.

Une silhouette surgit de nulle part et celle-ci marcha tranquillement dans sa direction.

- Eh bien, ta douce voix a fait frémir les tréfonds même d'Elysion.

Une peau mâte, des cheveux violets en bataille, un sourire charmeur et un ton sarcastique.

Minos l'aurait reconnu entre mille et lâcha une exclamation de surprise.

« Eaque. »

Il se précipita à la rencontre de son ami.

Celui-ci l'accueillit en le prenant dans ses bras.

« Minos, te voilà enfin ! Je ne devrais pas me réjouir de ta présence ici, car cela signifie que tu es mort, mais au risque de passer pour un monstre d'égoïsme, je m'en réjouis quand même.

Il ria, ne semblant pas avoir le moindre remords sur la gravité de ses paroles. Aucun tact, comme à son habitude. Minos soupira de dépit.

-Même mort, tu es irrécupérable, Eaque.

À cette remarque, ce dernier ria plus fort.

- Ah ça, tu m'as manqué, Minos, dit-il en soulevant les mêches tombantes sur son visage. Même dans ce paradis, passez l'éternité sans toi aurait été un véritable enfer.

Minos leva les yeux au ciel, mais souriait à son tour devant cette déclaration grandiloquente et se sentit revigoré de retrouver cet être si cher à ses yeux. Il avait toujours adoré leurs échanges décomplexés. Contrairement aux autres spectres qui se contentaient d'obéir aveuglément et de courber l'échine sur son passage, Eaque offrait à lui seul un véritable challenge. Bien sûr, il avait eu des accrochages et même de véritables frictions au début, mais une fois familiarisés, ils étaient devenus inséparables. Leur relation était à la fois simple et complexe et il y avait tellement plus que cela entre eux...

- J'ai ...j'ai échoué, admit Minos à contrecoeur. Je n'ai pas réussi à éliminer nos ennemis. Je n'ai pas réussi à te venger, toi et les autres.

Le népalais balaya cette remarque d'un geste nonchalant de la main.

- Oui, mais tu n'as pas à t'en vouloir, nous avons tous échoué. »

Cette légèreté apparente surprit le norvégien.

- Je constate que tu n'as pas l'air affligé par cette situation.

- Détrompe-toi, je l'ai mal vécu, même très mal vécu. Rappelle-toi que j'ai été le premier de nous trois à mourir et cela, très rapidement et par la main d'un chevalier de bronze. Qu'importe qu'il soit ou non le frère de notre Seigneur Hadès, il fait partie des plus faibles des chevaliers d'Athéna. Ma colère et ma honte étaient sans limite, mais ….. j'ai fini par me calmer. Vois-tu, c'est peut-être grâce à ma culture d'origine, mais je sais qu'on ne peut pas changer le passé, alors j'ai appris à relativiser les événements et accepter cette défaite et mon funeste destin. Cela m'a ôté un poids terrible sur ma conscience.

- Je suis encore loin d'être arrivé à ce stade.

Il sentit une petite tape sur son épaule.

-C'est trop tôt, mais cela viendra, ne t'en fais pas.

- Je l'espère. Dis-moi, est-ce que les chevaliers d'Athéna ont également réussi à atteindre ce lieu ?

- Qui sait ?... Mais à dire vrai, cela ne nous concerne plus.

- Comment peux-tu dire ça ? Notre mission...

- ...est terminée ! finit pour lui Eaque. Quelle importance désormais ? Quoi qu'il arrive, nous ne pouvons plus intervenir. Nous avons fait notre devoir. Nous avons combattu pour le Seigneur Hadès et nous avons donné nos vies pour ses desseins. Crois-moi, n'avons rien à nous reprocher, ce qui explique notre présence ici, dans ce paradis. »

Eaque écarta les bras pour lui montrer la magnifique étendue fleurie.

- Nous sommes donc vraiment à Elysion.

- Évidemment. Viens, marchons un peu ! Après ces émotions, cela te fera du bien de voir notre nouvel environnement.


La superficie d'Elysion était telle qu'on pouvait aisément ne rencontrer personne pendant une éternité, mais certains secteurs étaient plus fréquentés que d'autres. Aussi, sur leur passage, ils croisèrent la route de quelques spectres. Certains formaient des groupes, d'autres, au contraire, recherchaient la solitude. Ils virent même des spectres appartenant aux générations précédentes, les anciens porteurs des surplis. Plus rare encore, quelques âmes dont la pureté exceptionnelle leur avaient permis de venir là sillonnaient ces champs infinis.

- C'est un endroit magnifique, admira Minos.

- …

- Tu n'es pas d'accord ?

Eaque fit une moue sceptique.

-Il est vrai que cet endroit est magnifique, approuva-t-il, mais c'est un peu monotone. Ce que tu vois là se répète en continu. Crois-moi, j'ai essayé de voir s'il y avait autre chose, mais non, ce n'est qu'un vaste champ de fleurs avec des ruines et un endroit qui nous est interdit. Je crois que c'est là que réside les Dieux.

- Et cela ne te convient pas.

Le népalais parut embarrassé.

- Je me sens un peu à l'étroit. Il n'y a pas grand-chose à faire ici, ni grand-chose à voir. C'est...une cage dorée.

Minos contempla cette ''cage''.

- C'est paisible, c'est vrai.

- Trop.

- Et magnifique, ajouta le norvégien.

- Une beauté illusoire.

Ce dernier mot fit sursauter le juge.

- Attends, tu penses que c'est une illusion ? Tout cela est bien réel, n'est-ce pas ?

L'ancien spectre du Garuda pencha la tête sur le côté, pensif.

- Je ne sais pas. Je suppose que cet endroit est aussi réel que les Enfers, mais le concept de la réalité devient vague lorsque l'on meurt. Nous ne sommes plus que de simples projections de nos esprits et notre perception de la réalité n'est plus soumis par nos cinq sens.

Minos y réfléchit et ne sut que répondre à cela. Visiblement, Eaque s'était aussi penché sur la question depuis son arrivée ici.

Il y avait autre chose qui le dérangeait, une petite voix dans sa tête qui lui intimait de poser cette redoutable question.

- Alors tout ce qui se trouve ici pourrait très bien n'être qu'une illusion ?

- Oui.

- Même toi, Eaque ?

- … ?

- Qu'est-ce que me prouve que tu n'es pas une simple projection de mon esprit ? Peut-être que je t'imagine et que tout cela est faux. Tu n'es peut-être même pas là, à mes côtés.

Il fit un effort pour garder une voix stable, mais un soupçon de panique s'y décelait aisément.

La remarque sembla surprendre Eaque. Il croisa les bras, songeur, cherchant la meilleure réponse à lui donner.

- Touche-moi !

- Quoi ?

- Touche-moi, répéta-t-il d'un ton impérieux.

Dubitatif, le norvégien approcha sa main de son interlocuteur et la posa sur son torse.

- Que ressens-tu ?

Il ne sentait pas battre son cœur, parce qu'il savait qu'il n'en avait plus, à proprement parlé. À la place, il ressentait autre chose, une vibration ou plutôt un rayonnement.

- Une sorte de … résonance.

Eaque approuva en souriant.

- Oui. Les illusions ne génèrent pas de source d'énergie. Tu peux donc être rassuré sur ce point : je suis bien là.

L'ancien spectre du Griffon poussa un soupir de soulagement.

Il prêta alors attention sur les vêtements de son compagnon. Celui-ci portait un tee-shirt et un sarouel.

Suivant son regard, Eaque répondit à sa question muette.

- Je suis plus à l'aise dans cette tenue.

-Mais... ces vêtements... ce sarouel...

Eaque eu un regard nostalgique, presque triste.

-Tu les as reconnus ?

-Comment les oublier ? Ce sont ceux que tu portais lors de notre rencontre et de notre intronisation en tant que juges des Enfers. Je me souviens les avoir trouvé exotiques...pour ne pas dire bizarres et totalement décalés dans le domaine de Dame Pandore, tout comme maintenant d'ailleurs.

Eaque éclata de rire. Il aimait la franchise mordante de Minos.

- Où les as-tu trouvé ? demanda ce dernier.

- Nulle part.

- Comment ça ?

- Il n'y a pas de vestiaires pour les anciens spectres. Nous parlions d'illusions avant et bien, en voilà un exemple concret. C'est moi qui ai crée ces vêtements. D'ailleurs, ce que tu portes actuellement sur toi n'est pas le surplis du Griffon, car il est resté avec ton corps physique.

- Quoi ?

- Oui, tu sais, nous sommes des projections de nos esprits. Tu penses que tu portes ce surplis, alors tu portes ce surplis. À présent, je suis familiarisé avec le fonctionnement de ce monde, mais au départ, j'avais un vêtement en lambeaux. Attends, je vais te montrer comment cela marche !

Il saisit son propre tee-shirt et le retira, laissant son torse nu devant le regard appréciateur de Minos. Il jeta ensuite son vêtement par terre.

Quelques secondes plus tard, ce même vêtement disparut sous ses yeux.

- Qu'est-ce que... ?

- Je crois que ce lieu fait en sorte d'exaucer certains de nos désirs pour que nous ne manquions de rien, mais c'est nous qui leur donnons une sorte de consistance. Comme je me suis séparé de cet élément, il n'existe plus.

- Fascinant ! Donc mon surplis n'existe pas, du moins, ce n'est pas le vrai, mais celui que ma conscience a crée, constata Minos en touchant le métal dont était fait son armure.

- Oui, car à moins d'une intervention divine, je ne pense pas que nos surplis puissent nous suivre jusqu'ici.

Eaque se concentra et comme par enchantement, un nouveau tee-shirt apparut sur lui, le même que celui qui avait disparu quelques instants plus tôt.

- Tu devrais essayer, c'est assez faci...

Il s'arrêta net dans sa phrase en voyant la nudité complète de l'ancien spectre du Griffon. Celui-ci ne semblait pas s'en être rendu compte et admirait le nouveau vêtement très coloré de son compagnon.

- Hé...euh...Minos ? Il te manque quelque chose là. » fit-il en désignant l'absence d'habit chez son interlocuteur.

Ce dernier poussa un cri de surprise en constatant qu'il était à présent aussi nu qu'un nouveau-né.

- Pas de panique, ce n'est rien et ce n'est pas comme si je ne t'avais jamais vu nu avant. Pense simplement que tu portes un vêtement ! Vas-y, visualises-le bien et laisse-le te recouvrir !

Réfléchissant à toute vitesse, il ne fallut pas attendre longtemps avant qu'une tunique blanche bien ajustée apparaisse sur lui.

- Une tunique de la Grèce antique ? Bon choix, cela cadre bien avec le décor, approuva Eaque.

- Je m'habille toujours en fonction de l'environnement.

- Pas moi. Ce n'est pas à l'envionnement de me dicter ma façon de m'habiller.

- Je sais, s'esclaffa Minos. C'est pour cela que tu contrastes tant avec les autres spectres.

Bien que toujours abasourdi par sa mort et par son nouvel environnement, Minos fut ragaillardi par cet échange avec Eaque.

Ils marchèrent un long moment et malgré les dires de son compagnon, l'ancien spectre du Griffon appréciait ce somptueux écrin de verdure.

- Au fait, je n'ai pas encore vu Rhadamanthe, Rune et la majorité des autres spectres ? Que font-ils à présent ?

- Comme Rune était l'un des premiers arrivés à Elysion, il m'a donné quelques détails très intéressants sur ce lieu, même si, à la base, il n'y avait pas beaucoup d'informations inscrit dans les archives des Enfers. J'ai cru comprendre qu'il s'est mis en quête de retrouver les anciens porteurs de surplis pour complèter ses connaissances.

- C'est bien son style, remarqua l'ancien juge avec un soupçon d'amusement.

Eaque approuva d'un signe de tête.

-Si tu veux tout savoir, je crois même que Pharaon l'accompagne, mais je ne sais pas s'il voulait aussi rencontrer nos prédécesseurs ou simplement rester en compagnie de notre juge remplaçant.

Les deux hommes ricanèrent de concert.

-Et Rhadamanthe ? Questionna Minos.

- Je l'ai aussi vu. Il tente de retrouver chacun de ses hommes de mains. Le connaissant, j'imagine qu'il veut leur remonter le moral …

- Il est toujours aussi prévenant.

- Toujours.

- Je vois. Et toi, Eaque, que veux-tu faire ?

- Moi, je veux juste être là, avec toi. Evidemment, j'aurai pu faire comme Rhadamanthe, mais je ne rappelle plus du nom de la moitié de mes effectifs et puis surtout...à quoi bon ?

- …

- Nous ne sommes plus en guerre, Minos. À quoi cela sert-il de rester encore en contact avec tous nos anciens compagnons d'armes ?

- Je te signale que tu me dis ça, alors que tu es justement avec moi en ce moment.

- C'est différent. Tu sais parfaitement ce que tu représentes pour moi, Minos. Je voulais te revoir.

- Et ensuite, tu vas partir ?

La voix d'Eaque se fit plus basse.

- Seulement si tu le souhaites.

- Non, j'apprécie beaucoup d'être avec toi.

Minos tendit la main pour toucher l'épaule nue de son ami et compagnon. Il eut la surprise de constater que la texture de sa peau était différente. Il prolongea l'expérience en palpant sans pudeur le corps d'Eaque avec ses deux mains

Ce dernier se laissa faire, comprenant son étonnement.

- Oui, notre perception du toucher est différente.

- Différente dans quel sens ?

- Eh bien, ici, on ne peut pas se faire mal, il n'y a plus de douleur et j'ai l'impression qu'on ressent plutôt qu'on sent. D'ailleurs, laisse-moi à mon tour essayer quelque chose !

Il saisit les mains baladeuses de son compagnon et l'attira à lui pour l'embrasser.

Ce baiser était étrange et procurait une sensation inédite. Minos ne sentait pas réellement le contact de sa peau, mais la chaleur et la vibration de l'âme d'Eaque contre la sienne. Loin d'être désagréable, cela lui procurait même une autre forme de plaisir. Privé de leurs enveloppes charnelles, ce contact était plus intime, plus intense. L'énergie des deux âmes à vif circulait librement entre eux.

- Whaou.

Brisant le baiser, Eaque et Minos furent presque gênés de ressentir autant de choses différentes en si peu de temps.

- Eh bien, quelle surprise. C'est encore plus fort que ce que j'imaginais. Il faudrait poursuivre l'expérience.

- C'est vrai. Exulta Minos.

- En fait je pense qu'il faudrait même la pousser un peu plus loin, tu ne crois pas ?

Minos ne put que hocher la tête face au sourire séducteur d'Eaque.

- Si, mais tu n'as pas l'impression d'aller un peu vite ? Je viens de mourir et de m'éveiller ici et toi, tu veux déjà qu'on passe à l'étape supérieure ?

- Oui ! Je n'ai jamais eu le sentiment d'être aussi vivant qu'en cet instant, alors profitons des bienfaits de notre mort !

- Gros bêta ! Pouffa Minos.

Il termina à peine sa phrase qu'Eaque plongea pour embrasser la base de son cou, voulant ressentir à nouveau ces sensations singulièrement fortes.

Leurs âmes à nues réagissaient de manière exponentielle l'une contre l'autre.


Sans crier garde, le ciel devint noir d'encre.

Les trois anciens juges stoppèrent net leur conversation et lancèrent des regards chargés d'inquiétude autour d'eux.

Quelque chose dans l'ordre du divin était en train de se produire.

Minos, Eaque et Rhadamanthe cherchaient une explication rationnelle dans un monde où la rationalité différait de celle de leur ancienne vie.

- Ce n'est pas normal, n'est-ce pas ?

- En effet, vous croyez qu'il se passe quelque chose de grave ?

- Oui.

- Je le ressens aussi.

- L'équilibre de ce monde a changé.

- Et si c'était les chevaliers d'Athéna qui avaient corrompu Elysion ? s'enquérit Rhadamanthe.

- C'est possible. Je me rappelle les avoir vus errer dans l'hyperdimension. Ils ont peut-être réussi à atteindre ce paradis. Cela ne présage rien de bon, répondit Minos d'un ton grave.


La couleur s'évanouit à son tour. Tout n'était plus que monochrome et Elysion avait perdu l'essence vitale qui la caractérisait tant.

- Le Seigneur Hades est … mort.

Cette sombre vérité qui les avait frappés de plein fouet les remplit d'effroi.

- C'est impossible, rétorqua Rhadamanthe en criant. Le Seigneur Hadès est un Dieu, il ne peut pas mourir.

Pourtant, les anciens spectres l'avaient ressenti au plus profond de leurs âmes. La dernière connexion qu'ils avaient encore avec leur Dieu avait disparu et il n'y avait plus aucun doute possible à ce sujet.

- Je crains que les choses n'empirent davantage. C'est le Seigneur Hades qui avait créé ce monde et qui maintenait l'équilibre, mais lui mort, tout va disparaître. Oui, ce lieu tout entier va disparaître. Constata Minos, alarmé.

-Je vais aller prévenir les autres. Ils doivent se mettre à l'abri.

- Où vois-tu un abri, Rhadamanthe ? Elysion est condamné !

L'ancien spectre de la Wyvern serra les dents. Effectivement, Eaque avait raison, il n'y avait pas d'abri qui les protègerait de la chute de ce monde.

-Qu'importe. Je vais les prévenir. Je ne veux pas qu'ils se sentent abandonnés.

Sitôt dit, l'ancien juge s'éloigna rapidement, ne laissant plus la moindre trace de sa présence.

Un grondement du sol fit presque tomber par terre Minos et Eaque. La terre hurlait et s'ouvrait par différents endroits. Elle agonisait. Les édifices en ruine furent engloutis les uns après les autres, comme aspirés par le fond.

Minos essayait d'esquiver les crevasses qui apparaissaient une à une sous ses pieds.

Eaque le regarda faire avec un visage énigmatique. Il ne semblait pas réellement inquiet, mais était plutôt concentré sur la situation.

Le sol finit par céder et Minos chuta avant qu'une main le rattrape et le ramène à sa hauteur.

- Pourquoi veux-tu accompagner les débris de ce monde dans leur chute ?

- Eaque ? Mais que...

Eaque était suspendu dans le vide, ne semblant pas trouver cela extraordinaire.

- Je sais que c'est encore un peu tôt pour toi, mais nous sommes des âmes, Minos, nous ne risquons rien. Ce n'est pas parce que ce monde s'effondre que nous nous effondrerons avec lui. Maintenant qu'Elysion et les Enfers n'existent plus, nous sommes libres d'aller où nous le souhaitons.

Cette nouvelle rassura profondément Minos qui se voyait déjà être aspiré dans le néant. Il se concentra pour rester de lui-même à la même hauteur que son compagnon. Tout était si différent depuis qu'il était une âme.

- Tu vois, ce n'est pas difficile.

- C'est vrai. Et maintenant ?

- Eh bien, vu qu'Elysion et les Enfers n'existent plus, nous sommes libres d'aller où nous le souhaitons

-Nous pouvons aller partout ?

- Bien sûr, l'univers est très vaste et il existe sûrement beaucoup de refuges pour les âmes.

Un noir abyssal les entourait à présent de part et d'autre. La seule lumière visible était celle qui émanait d'eux-mêmes et qui trahissaient leur nature composée de pure énergie.

- Et les autres... , commença Minos.

- Ne t'inquiète pas pour eux, ils sont aussi libres que nous de choisir leur destin.

- Mais moi, je ne sais pas quoi faire….c'est trop soudain. Je n'ai même pas eu le temps de profiter d'Elysion.

- À part marcher dans d'interminables prairies, il n'y avait pas grand-chose à y faire. Ce qui vient de se produire est peut-être une chance pour nous.

- Vraiment ? Que proposes-tu de faire dans ce cas ?

Le sourire d'Eaque le rendit encore plus lumineux, comme si la clarté qu'il dégageait dépendait beaucoup de son humeur.

- Si nous allions visiter les étoiles ?

-Nous pouvons le faire ?

Il proposait cette destination comme s'il proposait de partir en vacances.

-Bien sûr ! Désormais, il n'y a plus de barrière physique pour nous, ni de barrière générée par Elysion ou les Enfers. Nous pouvons aller où nous le souhaitons.

- J'ai du mal à y croire, c'est aussi simple que ça ?

- Vérifions ! Pense à un endroit que tu aimerais visiter. N'importe lequel. Fais comme lorsque tu as choisi cette tunique.

-Je vais essayer.

Minos se concentra un instant et une lumière finit par jaillir du néant, laissant entrevoir un passage.

-Très bien, allons-y ! Se réjouit Eaque.

- Oui.

Leurs mains se joignirent fermement et ils s'y engouffrèrent.


Fin