Bonsoir,

Me revoici avec un nouveau texte pour compléter ce recueil dédié à Camus et Milo. Il s'agit d'un petit OS sans prétention aucune, qui dormait depuis un certain temps dans les tréfonds de mon ordi, et que je me suis finalement décidée à publier. J'ai conscience qu'il ne vaut probablement pas grand-chose, mais j'espère qu'il pourra quand même vous changer un peu les idées en ces jours de rentrée plutôt gris.

Je profite aussi de cette note introductive pour vous remercier une nouvelle fois pour vos lectures et vos reviews sur mes deux premiers textes. J'espère que ce que je propose aujourd'hui ne vous décevra pas trop.


Chapitre 3 : Échec et mat

Disclaimer : Tous les personnages cités et décrits dans cette histoire appartiennent à Masami Kurumada.

Repère chronologique : Plusieurs années avant la Bataille du Sanctuaire, juste avant que Camus ne parte en Sibérie pour commencer l'apprentissage d'Isaak.

Univers : Celui du Manga original, sauf pour les âges. Car pour un besoin scénaristique me semblant essentiel, j'ai choisi d'imaginer Camus et Milo un peu plus âgés que ce qu'ils sont en réalité dans le canon. Je m'excuse auprès des puristes… Cela dit, cet artéfact temporel pourra se reproduire à plusieurs reprises dans ce recueil.

Genre : Romance et jeu de société

Rating: T

1500 mots environ (oui, aujourd'hui, c'est très court).

Et encore une fois, je remercie Lily Aoraki qui a relu ce texte, il y a longtemps déjà. Oui, ma chère Lily, merci pour ton soutien. Vraiment.

Je vous souhaite une bonne lecture, en espérant que cela vous plaira, au moins un peu…


Échec et mat

« Milo, tu triches !

- Pas du tout, je n'oserais jamais !

- Ton Fou n'était pas là tout à l'heure ! Je m'absente deux minutes pour aller chercher le thé que TU m'as demandé, et tu ne peux pas t'empêcher de tricher !

- Camus, tu me déçois d'avoir une telle opinion de moi…

- Alors explique-moi comment ton Fou se retrouve en position de prendre ma Tour ?

- Ah oui… Effectivement, c'est étrange… Il y a probablement eu un coup de vent. Ton temple est bourré de courants d'air.

- Tu te moques de moi !

- Oui, un peu… »

Le Grec sourit et saisit la tasse de thé que le Français venait de poser sur la table. Il souffla innocemment dessus et en but une gorgée avant d'affronter les yeux de son accusateur. Ces yeux d'ambre dans lesquels il voulait se perdre pour ne plus penser à rien, et surtout, pour ne plus penser à son Fou en e5 et à la Tour de Camus en b8.

« Bon, je l'avoue, oui, j'ai triché ! Voilà, tu es content ?! Mais par Athéna, arrête de me regarder comme ça !

- Et pourrais-je savoir pourquoi tu t'es rabaissé à commettre une action aussi vile ?

- Parce que j'en ai marre que tu gagnes à chaque fois ! Tu pourrais quand même me laisser remporter une partie de temps en temps…

- Absolument pas. Le jeu en perdrait tout son intérêt et tout son attrait.

- Mais pourquoi dois-tu être toujours tellement parfait et aussi droit ?

- Parce que je suis le chevalier d'Or du Verseau, et que je n'ai pas d'autre choix que de suivre la voie qui m'a été enseignée, et dont je ne voudrais de toute façon aucunement m'écarter.

- Et c'est ce que tu comptes transmettre à tes futurs élèves ?

- Bien entendu, c'est une évidence !

- Alors je les plains ! Pauvres gamins…

- Ne t'inquiète pas pour eux, et je te rappelle que pour l'instant, on ne m'en a confiés aucun.

- Mais cela ne saurait tarder. Je n'ai aucun doute à ce sujet, même si je sais que je le regretterais... »

Camus préféra ignorer la dernière remarque formulée par son ami, et but à son tour une gorgée de thé. Il reposa la tasse sur la table et approcha sa main de l'échiquier dans le but de reprendre la partie.

« Bon, alors je te rends ton Fou. Merci de le remettre à la place qui est la sienne, s'il te plaît. »

Milo regarda la pièce de bois tendue par son compagnon, et la saisit entre son pouce et son index avant de lever les yeux vers lui.

« Merci, mais c'est toi qui me rends fou, Camus… »

Le Verseau ne réagit pas et resta silencieux. Comme souvent. Comme toujours…

« Camus ! Tu as entendu ce que je viens de dire ?!

- Oui.

- Et alors ?

- Et alors quoi ?

- Je ne sais pas… Déjà, qu'en penses-tu ?

- Eh bien, si tu crains pour ta santé mentale, alors tu devrais consulter.

- Tu te fiches de moi ?

- Oui.

- Mais encore ?

- Rien.

- Putain, Camus, tu m'emmerdes ! Tu pourrais pas faire des phrases avec un sujet, un verbe et un complément ?

- Eh ! Reste poli, je t'en prie ! Et je n'ai pas besoin de leçon de grammaire, je me débrouille très bien de ce côté-là !

- Alors, utilise-la ta fichue grammaire pour exprimer ce que tu ressens !

- Je ne peux pas.

- Pourquoi ?

- Parce que.

- Bon, allez, tu ne changeras jamais ! s'exclama le Scorpion en se levant brusquement de sa chaise. Je te laisse avec tes principes et ton silence, et je retourne dans mon temple. Et toi, repars donc dans ta maudite Sibérie, et la prochaine fois que tu reviens au Sanctuaire, s'il te plaît, ne passe pas me chercher pour jouer avec toi. Car j'en ai ma claque de notre petit jeu, justement !

- Milo, attends !...

- Non ! Fous-moi la paix ! Je ne sais même pas pourquoi tu t'acharnes à vouloir me faire croire que tu es mon ami. T'en as rien à foutre de ma gueule, et tu penses qu'à la tienne. Alors oublie-moi ! Tu t'en porteras mieux, j'en suis sûr, et moi, je pourrai peut-être enfin passer à autre chose. »

Le Scorpion hésita un instant, puis reprit en regardant le Verseau droit dans les yeux. Dans ces yeux impénétrables qu'il ne pourrait jamais s'empêcher de trouver magnifiques, et dont il craignait de ne pouvoir supporter l'absence.

« Camus, je t'aime. »

Et il lui tourna le dos sans attendre de réponse. Il traversa le salon aussi vite qu'il put et se rua vers la porte pour l'ouvrir. Il savait qu'il devait partir, tout de suite et sans tarder. Il n'avait plus rien à faire ici, cela ne servait plus à rien. Il lui avait enfin balancé tout ce qu'il avait sur le cœur, et il n'avait rien d'autre à ajouter. Il savait juste qu'il devait l'oublier. En réalité, il le savait depuis longtemps. Et tant pis si ça faisait mal. Terriblement mal.

Il saisit la poignée avec rage et tira la porte vers lui, mais un mouvement sec en sens inverse en bloqua l'ouverture. Il vit alors la main de Camus se plaquer contre le battant, et il sentit le bras de ce dernier frôler son épaule. Un frisson délicieux se répandit dans son dos et un courant exquis envahit ses reins. Par la Déesse, pourquoi le moindre contact de sa peau contre la sienne avait-t-il toujours eu un tel effet sur lui ?

Puis, il sentit les lèvres du Français approcher de son oreille.

« Milo, ne pars pas… »

Ses lèvres qui déposèrent ensuite un baiser dans son cou.

« Milo, reste avec moi… »

Ses lèvres qui s'ouvrirent légèrement pour laisser sa langue effleurer la surface tremblante de sa peau.

« Milo, regarde-moi… »

Ses doigts qui agrippèrent ses hanches pour le forcer à se retourner.

Et ses yeux volcaniques qui se plongèrent dans les siens… juste avant de l'embrasser.

Leur premier baiser. Enfin. Ici. Dans le temple de la Onzième Maison.

Le Scorpion prit alors le visage du Verseau entre ses mains et approfondit leur baiser. Milo libérait le désir qu'il retenait en lui depuis tant d'années, pour le lui offrir, à lui. Son meilleur ami, qu'il avait toujours aimé en secret, malgré lui, malgré leur Déesse, et malgré tout.

Il l'entraîna vers le salon, sans détacher sa bouche de la sienne, et le poussa contre la table où ils disputaient encore leur partie d'échecs seulement quelques minutes auparavant. Il balaya les pièces d'un revers de main, et il assit Camus sur l'échiquier tandis que le Fou et la Tour tombaient sur le sol. Eux et toutes les autres pièces.

Camus s'étendit sur le dos et saisit le T-shirt de Milo pour l'attirer contre lui. Ce dernier abandonna alors ses lèvres pour explorer son cou et parcourir ensuite la peau fraîche et délicate de son torse.

Le Français ferma les yeux et serra les cheveux du Grec entre ses doigts. Ces cheveux qu'il avait regardés tant de fois se soulever quand le vent avait l'infinie bonté de les frôler d'une caresse. Ces cheveux qu'il avait parfois eu la chance de sentir contre sa peau, lorsque le hasard lui permettait de les effleurer du bout des doigts. Ces cheveux qu'il avait pu contempler si souvent, trop souvent, lorsque Milo lui tournait le dos après un ultime au revoir. Et il s'abandonnait enfin au plaisir de les toucher. Il se laissait submerger par le désir que ces cheveux, les cheveux de Milo, avait toujours éveillé en lui. Un désir presque viscéral, qui le hantait depuis aussi longtemps qu'il s'en souvienne.

Comment Milo avait-t-il pu croire qu'il ne voulait pas de lui ? Comment avait-t-il pu croire qu'il ne l'aimait pas ? Car malgré son silence et ses non-dits, Camus l'aimait. De toute son âme. Et aujourd'hui, il voulait que Milo le comprenne enfin et qu'il ne l'oublie pas. Jamais.

Camus lui releva la tête et plongea une nouvelle fois ses yeux dans les siens. Il voulait le regarder et lui dire ce qu'il gardait enfoui en lui depuis trop longtemps. Car à cet instant, il sentait qu'il en était capable et il voulait en profiter. Il voulait profiter de lui et de tout ce qu'ils s'apprêtaient à partager tous les deux.

« Milo, fais-moi l'amour.

- Quoi ? Camus… Tu es sûr ?

- Oui… Fais-moi l'amour pour que je sois à toi, et que tu sois à moi. »

Le Scorpion regagna la bouche du Verseau et l'embrassa encore une fois. Il comprit alors qu'il avait enfin trouvé la faille pour percer l'écrin de glace dans lequel l'homme qu'il avait toujours aimé s'était enfermé, par pudeur, et aussi, probablement, pour se protéger. Mais aujourd'hui, il avait accepté de s'en écarter, de le mettre de côté, pour lui permettre de l'approcher et de l'aimer enfin.

Et ils s'aimèrent ici, contre l'échiquier.

Le Fou prit finalement la Tour, et pour la Première fois, Milo remporta une partie d'échecs. Enfin une victoire contre Camus et pour Camus. A ce jeu, leur jeu, comme pour le reste…


Merci de m'avoir lue…