Bonsoir,

Voici un nouveau texte qui, comme vous le verrez, est assez différent des précédents. J'espère que cette "diversité" ne vous déstabilisera pas trop…

Et encore une fois, un grand merci pour vos lectures et vos reviews qui me donnent envie de continuer à laisser mon esprit vagabonder sur les Premières fois entre Camus et Milo (et ciel, qu'il vagabonde !... mon esprit...).


Chapitre 4 : Trigger

Disclaimer: Tous les personnages cités et décrits dans cette histoire appartiennent à Masami Kurumada et à la Toei.

Rating : M

Repère chronologique: Un temps indéterminé avant la Bataille du Sanctuaire, Camus et Milo étant Chevaliers d'Or depuis quelques années déjà.

Repère géographique: Quelque part en Amérique du Sud.

Univers: Celui de l'anime original.

Genre: Romance / Angst

Warnings: Lemon / violence (oui, un peu de violence au début, mais rien de bien méchant non plus, je vous rassure…)

Note 1 : Le titre de cet OS "Trigger" signifie déclencheur / gâchette. Il m'a été inspiré par les paroles de la chanson "Bohemian Rhapsody" de Queen (l'une des plus belles chansons de l'Univers, non ?).

Note 2 : Et comme d'habitude, je remercie du fond du cœur Lily Aoraki, dont la relecture avisée s'est encore une fois révélée d'une absolue nécessité. Oui, merci ma chère Lily, pour ça et pour tout le reste !

8300 mots environ.

Je vous souhaite une bonne lecture. J'espère que cela vous plaira…


Trigger

Les yeux rivés sur le bitume craquelé de la rue crasseuse dans laquelle ils venaient de tourner, Camus marchait aussi vite que possible sans attirer l'attention. Il se devait de rester discret, comme toujours. Et c'était d'ailleurs pour sa discrétion, reconnue et appréciée, que le Grand Pope l'avait envoyé en mission ici. Mais pour une fois, il ne l'avait pas envoyé seul.

Milo marchait à ses côtés, d'un même pas rapide et décidé, mais tout dans son attitude traduisait l'excitation et la colère. Il n'avait pas prononcé un mot depuis leur départ de la maison où ils avaient côtoyé l'horreur. Comment des êtres humains pouvaient-ils infliger un tel châtiment à leurs semblables de leur propre volonté et sans la moindre incitation démoniaque ? Comment des hommes, peut-être eux-mêmes pères, fils, frères, avaient-ils pu arracher ainsi la vie à une famille toute entière ? Car ces monstres n'avaient épargné personne. Ils les avaient tous tués. Sans exception. Le père, l'unique fautif dans cette histoire, et encore… son seul crime ayant été d'avoir refusé de verser la somme qu'on lui demandait pour la sauvegarde de son petit restaurant. Le père donc… mais aussi la mère, leurs enfants, et même le vieux et la vieille qui vivaient avec eux. Et le chien. Par la Déesse ! Ces sauvages avaient même massacré leur putain de chien ! Non, vraiment, Milo ne comprenait pas.

Camus et lui s'étaient retrouvés là-bas presque par hasard, parce qu'ils avaient pris en filature l'un des hommes qu'on leur avait demandé de supprimer. Pour quelle raison déjà ? Un crime quelconque commis contre le Sanctuaire, sans réelle importance finalement et que le Scorpion avait déjà oublié. Mais les ordres étaient les ordres, et ceux-ci étaient clairs : les trois hommes dont on leur avait transmis les photographies devaient mourir. Discrètement si possible.

Et c'était donc en suivant l'un d'entre eux qu'ils étaient arrivés dans un quartier bien tranquille, devant une petite maison dont les murs au jaune éclatant étaient parés de jolis volets bleus. Maison de laquelle étaient sortis deux individus qui figuraient eux aussi sur leur liste. Milo en avait souri de satisfaction, ravi à l'idée de pouvoir terminer cette basse besogne le plus rapidement possible. Car il était si rare qu'on leur confiât une mission ensemble à Camus et à lui. En toutes leurs années de chevalerie dorée, cela ne s'était produit qu'une seule fois, et Milo comptait bien utiliser la deuxième pour profiter de quelques heures en tête à tête avec son camarade avant de retourner en Grèce.

Mais le Verseau avait tout de suite compris que quelque chose ne tournait pas rond. Une rage et une excitation démesurées émanaient des deux hommes qui s'éloignaient pour rejoindre leur complice, qui les attendait garé dans une veille Ford le long du trottoir. Et le Français avait réussi à convaincre son coéquipier de s'attarder un instant derrière les murs de cette maison, malgré le départ de ceux qu'ils étaient censés traquer. Et ce que les deux chevaliers avaient découvert en pénétrant à l'intérieur était inimaginable… Dès lors, ils avaient tous deux redéfini l'objectif de leur mission. Il ne s'agissait plus de punir quelques mafieux qui avaient nui au Sanctuaire pour une raison dont ils se moquaient royalement, mais de châtier des criminels sanguinaires. Et ils étaient ainsi repartis pour achever la tâche qu'on leur avait confiée, et poursuivre la nouvelle qu'ils s'étaient fixée.

Le Verseau releva soudain la tête et indiqua à son compagnon une large porte sur leur droite.

« C'est ici. Ils sont là-haut, au quatrième étage.

- Tu en es certain ?

- Sans le moindre doute ».

Le Scorpion ne prononça pas un mot supplémentaire et se contenta de défoncer la porte de l'immeuble d'une flambée de cosmos presque imperceptible. Les deux chevaliers s'engouffrèrent dans des escaliers lugubres, éclairés par des néons fatigués qui semblaient clignoter au rythme de leurs pas.

Parvenu au quatrième étage, le Français s'arrêta sur le palier et ferma les yeux.

« Qu'est-ce que tu fous Camus ?

- Ils sont là. Deuxième appartement sur la gauche.

- Parfait. Alors, allons faire payer ces ordures… »

Milo se rua vers la porte de l'appartement qui venait de lui être désignée, et l'ouvrit d'un léger coup d'épaule. Il se retrouva nez à nez avec les trois hommes qu'ils avaient laissé filer une trentaine de minutes auparavant, qui le regardèrent stupéfaits.

« Putain, mais t'es qui toi ? Et qu'est-ce que tu fous là ? s'écria l'un des malfrats en pointant son Aka-47 dans sa direction.

- Ne pose pas de questions auxquelles tu n'auras pas le temps d'entendre les réponses ! » souffla le Grec en expédiant le fusil dans les airs d'un simple mouvement de bras.

Il fonça alors sur lui et serra les doigts de sa main gauche autour de sa gorge.

« Tu as deux choix qui s'offrent à toi : la capitulation ou la mort.

- Quoi ? Mais qu'est-ce que c'est que cette connerie ?

- Mauvaise réponse... »

Les deux autres, qui n'avaient pas bougé un cil jusque-là, se jetèrent sur cet homme qu'ils ne connaissaient pas, avant d'être projetés contre le mur du salon.

« Vous deux, attendez gentiment votre tour. Je m'occuperai de vous juste après. »

Le gardien du Huitième Temple se concentra à nouveau sur celui dont il sentait les os craquer sous ses doigts, et leva son bras droit. L'ongle de son index s'allongea de quelques centimètres et il approcha la pointe écarlate du visage qui le fixait sans comprendre.

« Milo, mais qu'est-ce que tu fais ?

- J'inflige à ces criminels le châtiment qu'ils méritent.

- C'est-à-dire ?

- Ils ont torturé tout à l'heure, alors je me dois de leur réserver un sort identique.

- En es-tu certain ? Crois-tu qu'il soit juste et digne de te rabaisser à exercer ta fureur sur des hommes incapables de se défendre contre toi ?

- Ce ne sont pas des hommes, Camus ! Pas après ce qu'ils ont fait.

- Milo, écoute-moi. Contentons-nous de les mettre hors d'état de nuire « proprement ». Tu n'as pas à te comporter comme eux.

- Je ne me comporte pas comme eux ! Je ne suis pas comme eux ! Je veux juste leur rendre justice... »

Un claquement sourd attira soudain l'attention du Scorpion. Camus avait le canon d'un Beretta 92 braqué contre la tempe, et sans que le Verseau ne pût réagir, l'homme qui avait surgi derrière lui appuya sur la détente.

Milo bondit avant même que la balle ne s'engageât dans le canon, et écarta la tête de Camus de la trajectoire mortelle d'un mouvement précis et puissant. Ce dernier se trouva projeté avec violence contre la fenêtre.

Le Grec prit alors le crâne de celui qu'ils n'avaient pas senti arriver entre ses mains, celui qui avait voulu tuer son meilleur ami sous ses yeux. Et un hurlement insoutenable résonna dans l'appartement tandis que ses os se brisaient et que le sang coulait entre les doigts du Scorpion.

OoOoO

Camus ouvrit les yeux, étourdi et désorienté, une violente douleur irradiant sur toute la partie gauche de son visage. Il porta une main à son front et reconnut la chaleur caractéristique du sang sous la pulpe de ses doigts. Il se releva lentement, en reprenant peu à peu ses esprits, et l'odeur âcre de l'hémoglobine le prit à la gorge. Quatre cadavres jonchaient le sol, le corps parsemé d'une multitude de taches écarlates dont il n'eut aucun mal à reconnaître l'origine. Ils baignaient dans une mare de sang, et sur le visage de chacun d'eux, une souffrance sans nom possible pouvait se lire. Milo les avait torturés jusqu'à leur dernier souffle.

Camus scanna la pièce en détails, mais ne vit son ami nulle part. Il fouilla le reste de l'appartement dans lequel régnait un silence de mort ‒ évidemment, la mort était partout ‒ mais Milo restait introuvable. Un fracas de verre brisé attira alors l'attention du Verseau qui se dirigea sans la moindre hésitation vers la salle de bain.

Le Scorpion se tenait là, debout devant le lavabo dont il serrait le rebord entre les mains. Il scrutait le reflet de son visage déformé dans les restes du miroir qu'il venait de mettre en pièces. Il était couvert de sang, de la tête aux pieds, le liquide visqueux et pourpre maculant ses longs cheveux bleus. Et ses yeux… ses yeux n'étaient pas les siens, mais ceux de l'Assassin. Habités de la fureur meurtrière qui le possédait lorsque la rage et la colère prenaient le pas sur tout le reste dans son esprit. Son cosmos était sombre et brûlant, et sa raison… au bord de la rupture.

Camus partit dans la cuisine, saisit un torchon qu'il passa sous l'eau, et revint dans la salle de bain. Il commença à nettoyer le sang recouvrant le visage de Milo, mais celui-ci agrippa son bras pour l'en empêcher.

« Va-t'en. Laisse-moi, et retrouve-moi dans deux heures au bar situé au vingt-six de la Calle 12 ».

Le Verseau regarda son ami fermer les yeux et quitta l'appartement sans prononcer un mot.


Milo ne bougeait pas. Il ne parlait pas. Il ne voyait pas. Il se contentait de boire et d'écouter. La musique entraînante qui crachait des hauts-parleurs lui faisait du bien. Elle lui vidait la tête, et il en avait besoin. Il devait éliminer de son esprit les images de cet après-midi, étouffer les cris, effacer le sang. Oublier ce qu'il avait ressenti lorsqu'il avait vu Camus avec le canon de ce revolver braqué sur la tempe. Oublier la rage qui l'avait envahi à ce moment-là. Et oublier ce qui s'était produit après. Il devait oublier tout ça. Il le voulait.

Mais il en était incapable.

Il porta la bouteille à ses lèvres, la vida d'une seule traite et la reposa sur le comptoir.

« Une autre, s'il vous plaît. »

Il ne prononça pas un mot de plus, un exploit pour le bavard qu'il était, même si un quelconque bavardage ici et maintenant aurait dû impliquer un échange en espagnol dont il ne maîtrisait qu'un vocabulaire des plus sommaires.

Le barman décapsula une nouvelle bière sans le regarder, persuadé que croiser les yeux de ce genre de client ne pouvait rien apporter de bon à son business.

Milo prit la bouteille entre ses mains et commença à la faire tourner nerveusement entre ses doigts. Camus n'était toujours pas là et il ne viendrait plus, il en était convaincu.

Le Français le connaissait assez bien après tout, parfaitement bien même, peut-être mieux qu'il ne se connaissait lui-même d'ailleurs, et il savait que dans ce genre de moment, après ce genre de journée, il fallait mieux le laisser seul, au moins pour quelques heures. Mais le Grec avait besoin de la présence de son ami. Il avait toujours eu besoin de lui, car il était le seul à pouvoir le calmer et apaiser sa souffrance. Il l'avait compris dès leurs premiers jours au Sanctuaire, dès la première seconde où il avait posé ses yeux sur lui, dès le premier contact de ses doigts sur sa peau. Camus était son antidote contre la folie, dans laquelle il aurait sombré depuis longtemps, sans lui.

Mais le Verseau n'était pas que cela pour le Scorpion. Il était aussi sa raison de vivre, alors qu'il avait promis de vouer sa vie à sa Déesse. Et ce conflit intérieur le brisait chaque jour un peu plus, lui arrachant les cris d'une douleur silencieuse que seul son bourreau pouvait soulager. Car Milo aimait Camus, sans le moindre doute. Malgré la chevalerie, malgré leur amitié, malgré leur fonction et leur rôle. Il aimait cet homme, son ami, son frère d'armes. Il l'aimait à en crever, à en devenir fou, à vouloir tout oublier. Tout sauf leur Devoir et leur Amour pour Athéna. Car de cela, ils ne pourraient jamais se défaire, ni l'un ni l'autre. Dans quel fichu merdier il se trouvait !

Milo saisit le goulot encore frais et but une grande gorgée en fermant les yeux. C'est alors qu'il le sentit arriver dans son dos. Il maudissait vraiment les talents d'espion de son ami.

« Pourquoi m'as-tu demandé de te rejoindre dans cet endroit sordide ?

- Parce que c'est un bar discret et que je sais que tu apprécies la discrétion.

- J'aime aussi l'ordre et la propreté, et ce lieu ne respecte ni l'un ni l'autre.

- C'est quoi qui te gêne le plus Camus ? L'odeur du tabac et de l'alcool, ou celle de l'urine ?

- Les trois à la fois.

- Eh bien, va falloir que tu prennes sur toi si tu veux rester avec moi, parce que moi, je ne bougerai pas d'ici tant que je n'aurai pas atteint mon but.

- Qui est…

- De me défoncer la gueule.

- Comme c'est surprenant…

- Non, aucunement. Qu'est-ce que tu bois ? Et ne me réponds pas un jus d'orange. Ils n'en ont pas ici.

- La même chose que toi. »

Milo releva la tête pour enfin regarder son compagnon et lui adressa un sourire satisfait. Il interpella ensuite le barman qui arriva aussitôt.

« Vous pourrez mettre une deuxième bière et deux verres d'aguardiente, s'il vous plaît ?

- D'agua quoi ?!

- T'inquiète, tu vas aimer, je te promets. Ça a le goût de l'anis, un peu comme l'ouzo grec. En tout cas, c'est bien moins dégueu que ta satanée vodka.

- Si tu le dis… »

Le barman déposa la commande devant eux, et Milo saisit l'un des deux verres entre son pouce et son index.

« A la tienne, Camus ! »

Il le descendit d'un coup sec et essuya ses lèvres avec le dos de sa main.

« Et pardon pour la droite que je t'ai collée tout à l'heure, ajouta-t-il en approchant ses doigts du visage de son ami. Je t'ai quand même salement amoché... »

Le Français agrippa son poignet et lui lança un regard froid comme la glace.

« Non. Ce n'est qu'une égratignure. »

Le Grec libéra sa main et la reposa sur le bar devant lui.

« Tu ne bois pas ton verre ? »

Pour toute réponse, le Verseau porta ledit verre à ses lèvres, et réprima une grimace tandis que l'alcool glissait dans sa gorge.

« C'est infâme.

- C'est parce que tu n'y connais rien. Et tu n'as qu'à boire ta bière pour t'aider à encaisser. »

Ce que le Verseau fit sur le champ.

Un silence lourd s'installa alors entre les deux hommes, aucun d'eux ne semblant enclin à le briser. Milo n'ouvrit la bouche que pour passer deux nouvelles commandes.

Après deux bières et deux aguardientes supplémentaires, Camus se fit violence pour enfin prononcer un mot.

« Milo, nous devons parler de ce qui s'est passé tout à l'heure.

- Pourquoi ? Je me suis déjà excusé il me semble...

- Je ne fais pas référence à ça.

- Ah ouais ? Alors je n'ai rien à ajouter de plus.

- Enfin Milo, tu les as torturés !

- Et alors ? Ils le méritaient, non ?

- Peut-être, mais un tel acharnement n'était en rien nécessaire.

- Si, il l'était. Putain, Camus, ce type aurait pu te tuer !

- Il ne l'a pas fait...

- Et tu as vu comme moi ce qu'ils avaient fait subir à ces pauvres gens ! Ils devaient payer.

- Tu n'es ni un Juge ni un Dieu pour décider.

- Je me tape de ce que je suis et de ce que je suis censé faire ou pas. J'ai accompli mon devoir, et j'ai obéi aux ordres de notre Pope. Que vois-tu à redire à ça ?

- Je ne voudrais pas que tu regrettes tes actes, c'est tout.

- Je ne regrette rien, et j'ai la conscience tranquille.

- En es-tu sûr ?

- Pourquoi me demandes-tu ça ?

- Parce que je te connais Milo, et je sens que tu ne vas pas bien.

- Alors c'est que tu ne me connais pas aussi bien que tu le crois, car je vais très bien au contraire !

- Je ne pense pas...

- Fous-moi la paix Camus avec ta morale à deux balles ! Ah, et puis tu m'emmerdes à la fin ! »

Le Grec s'écarta subitement du comptoir et se dirigea vers les toilettes sans un regard pour son ami. Il en ressortit deux minutes plus tard, un peu calmé mais en colère contre lui-même et contre sa réaction exagérée. Il extirpa le paquet de cigarettes qu'il avait enfoui dans sa poche avant de quitter leur hôtel, et s'en alluma une. La nicotine qui pénétrait ses poumons l'aida à retrouver un certain degré de sérénité, et ses yeux se portèrent sur son ami.

Il n'avait pas bougé, toujours assis sur son tabouret, les coudes appuyés contre le bar. Il lui offrait son dos, masqué en grande partie par ses longs cheveux qui retombaient sur le haut de ses reins. Camus avait des cheveux sublimes, lisses et soyeux, tellement différents des siens. Et leur couleur... Il n'avait jamais vraiment su déterminer de quelle couleur ils étaient. Turquoise peut-être ? Oui, probablement turquoise. A cet instant, le Verseau les effleura de sa main, et ce mouvement permit de dégager son épaule gauche. L'épaule de Camus qu'il aurait tellement voulu sentir sous sa main... Son regard s'égara ensuite sur ses bras, à la fois fins et musclés, sur ses hanches, parfaites, ses fesses, divines, qu'il ne distinguait malheureusement pas vraiment dans cette position, ses jambes, magnifiques, ses chevilles… Car ses pieds reposant sur le barreau du tabouret, son jean remontait légèrement livrant ainsi à sa vue ce petit fragment de peau dénudée entre baskets et ourlets.

Milo soupira. Par la Déesse, combien il pouvait désirer cet homme !

Il resta encore plusieurs secondes comme ça, les doigts crispés sur sa cigarette et les yeux rivés sur le corps superbe de son meilleur ami. Il tira finalement deux dernières longues bouffées et balança son mégot sur le sol. Il l'écrasa du bout du pied avant de retourner vers le bar. Il était temps pour lui de revenir à la réalité. En arrivant à proximité du Français, il le trouva en train de converser avec un homme assis à sa droite.

« Alors, tu vas me répondre oui ou non ? Qu'est-ce que tu bois ?

- C'est aimable de votre part, mais je ne souhaite rien boire. J'ai tout ce qu'il me faut.

- Camus ? C'est qui cet abruti ?

- Personne, Milo. Juste un type qui s'ennuie.

- Qu'est-ce que tu viens de dire ? Vous pouvez pas parler en espagnol, comme tout le monde ?

- Si. Mais on n'en a pas envie. Alors ferme-là et fous-nous la paix !

- Oh mais t'as l'air d'avoir un sale caractère toi ! Cela dit, comme t'es aussi beau gosse que ton ami, je veux bien vous payer un verre à tous les deux.

- T'as pas compris ce que je viens de dire ? Je sais que mon accent est pourri, alors je te le répète lentement: fous-nous la paix et casse-toi avant que je te défonce la gueule !

- Milo ! Reste poli, s'il te plaît.

- Ouais, ton mec a raison. Tu pourrais rester correct. Je voulais juste vous payer un verre, c'est tout. Mais je vous laisse tranquilles tous les deux. Vous avez visiblement besoin d'être seuls. Salut et éclatez-vous bien ! Vous avez l'air d'en avoir très envie.»

Camus regarda l'importun s'éloigner tandis que Milo reprenait sa place sur le tabouret à sa gauche.

« Mais qu'est-ce qu'il a voulu dire ?

- Rien. Oublie-le. C'était qu'un sale con. Et excuse-moi pour tout à l'heure. Moi aussi j'ai été qu'un sale con...

- Non... pas un sale con. Tu as juste été égal à toi-même je dirais.

- Merci du compliment... et de ta sincérité. Je suis heureux de voir la haute estime que tu as de moi.

- Je crois que tu te méprends sur ce que j'ai voulu dire.

- Alors qu'est-ce que tu as voulu dire ?

- Écoute... j'en sais rien Milo. On ne pourrait pas parler d'autre chose ?

- Quoi ? Toi, tu ne sais pas ?! Mais alors on est dans la merde Camus ! Et je n'ai qu'un seul conseil à te donner. Enfile-toi la bière que tu as devant toi, ça ira mieux après. »

Le Français sourit à son ami et porta la bouteille à sa bouche. Le Grec se mit alors à fixer ses lèvres qui s'écartaient pour laisser passer le goulot tandis qu'une chaleur exquise lui brûlait les reins. Par tous les Dieux, comment pouvait-il endurer ça ?!

« Camus, je peux être honnête avec toi ? Finit-t-il par ajouter après plusieurs secondes de supplice.

- Oui, bien entendu.

- Je ne supporterais jamais s'il devait t'arriver quelque chose.

- Comment ça ?

- Je crois que je deviendrais fou si un jour tu devais ne plus faire partie de ma vie.

- Non, tu t'en remettrais parfaitement, j'en suis convaincu.

- Non Camus, tu ne comprends pas.

- Qu'est-ce que je ne comprends pas ? Tu penses cela aujourd'hui parce que nous sommes amis depuis nos six ans, et que nous avons passé beaucoup de temps tous les deux. Mais tu t'habituerais à mon absence. Je ne te suis en rien indispensable.

- Oh si tu l'es ! »

Le Verseau cligna lentement des paupières et passa nerveusement une main dans ses cheveux. Il avait chaud tout à coup. Lui qui était pourtant passé maître dans le contrôle absolu de ses émotions comme dans celui des températures.

Enfin non. Il savait que cette impression de maîtrise n'était que partielle, incomplète et illusoire. Indéniablement. Car Camus avait chaud, terriblement chaud même, à chaque fois que Milo le regardait avec ces yeux-là. Ces yeux à la profondeur insondable, au bleu sublime qui lui rappelait le ciel de sa chère Sibérie. Ou plutôt était-ce le ciel de Sibérie qui lui rappelait les yeux de Milo ? Car depuis le premier jour où il avait quitté le Sanctuaire pour cette contrée glacée dans laquelle il était amené à devenir celui qu'il devait être, il ne s'était pas passé un seul jour sans qu'il ne pensât à lui. Il devait se l'avouer : Milo occupait toutes ses pensées, le jour comme la nuit, et ce constat lui arracha un frisson. Un frisson délicieux qui descendit lentement le long de sa colonne pour se répandre dans ses reins et attiser un peu plus le feu qu'il voulait pourtant contenir et étouffer.

Car Camus savait. Il avait compris depuis longtemps. Depuis des années. Il aimait Milo. Il aimait son meilleur ami de tout son être. Malgré ce qu'ils étaient et ce qu'ils devaient accomplir. Malgré leurs armures et leur serment pour Athéna. Malgré les règles et leur Devoir. Malgré la honte et les remords. Et il ne pouvait donc pas supporter ce qu'il avait vu aujourd'hui. La mort et le sang qui avaient recouvert l'âme du Scorpion d'un couvercle implacable. Et surtout, la rage et la haine qui avaient envahi son cosmos tandis que la flamme de la colère effaçait l'azur de ses yeux.

« Camus... Tu n'as pas idée de ce que tu représentes pour moi. »

Par la Déesse ! Milo, tais-toi…

« Camus... Aujourd'hui, quand je t'ai vu avec ce pistolet plaqué sur la tempe, j'ai compris à quel point tu comptais pour moi. »

Par tous les Dieux, Milo, ne prononce pas un mot de plus !

« Camus... J'ai perdu la raison tout à l'heure, parce que j'ai cru que j'allais te perdre toi. »

S'il te plaît, Milo, au nom de notre amitié et de tout le reste, arrête de me regarder comme ça !

« Mais merde, Camus, tu vas dire quelque chose ?! »

Mais Camus ne dit rien et se contenta de se lever pour le quitter sans se retourner.

Milo courut derrière lui, après avoir balancé une liasse de billets sur le comptoir. Le barman le regarda s'en aller en bénissant la Sainte Vierge de lui avoir épargné la nécessité de réclamer le moindre peso à cet étranger au comportement de psychopathe.

Milo poussa la porte du bar et se jeta dans la ruelle.

« Camus, mais attends-moi ! Où est-ce que tu vas comme ça ? »

Le Français ralentit mais ne s'arrêta pas. Le Grec le rattrapa rapidement et lui agrippa le bras.

« Milo, lâche-moi ! Je te jure ! Oui, vraiment… lâche-moi !

- Non, je ne te lâcherai pas. Pas tant que tu ne m'auras pas répondu. Par Athéna, tu n'as pas entendu ce que je viens de te dire ?

- Si j'ai tout entendu, et justement ! Je pense qu'il vaut mieux pour nous deux que je m'en aille et que tu me laisses partir.

- Non ! Je n'en ai pas envie.

- Ce dont tu as envie ne compte pas. Pas plus que ce que je désire moi. Nous n'avons pas le droit de vouloir quoi que ce soit.

- Je ne suis pas d'accord !

- C'est ton avis, pas le mien.

- Tu mens !

- Ne prétends pas avoir la moindre idée de ce que je peux penser, Milo !

- Je ne prétends rien du tout. J'en suis certain. Je sais que tu mens, parce que je sais que tu me désires autant que je te désire toi. »

Le Scorpion fut lui-même surpris par les mots qui venaient de sortir de sa bouche. Si Camus le désirait ? Il n'en savait rien du tout. Oh bien sûr, il l'espérait du plus profond de son âme. C'était même l'une des rares choses qu'il attendait encore de la vie. Mais il n'en savait rien. Pourtant le regard au bleu éclatant qui se plongea dans le sien à l'instant où il prononça ces mots lui fit comprendre que finalement, il avait peut-être raison. Son ami semblait le désirer. Non, en réalité, il le désirait. C'était une évidence. Une évidence qui électrisa son corps tout entier d'un courant délicieux.

Et cet après-midi, il avait cru le perdre l'espace d'un instant, et cette simple idée avait suffi à faire de lui l'Assassin qu'il se refusait à être. Mais il ne voulait plus penser à cela. Non, il ne voulait plus penser qu'à une seule chose. Serrer Camus contre lui, l'embrasser, et lui faire comprendre à quel point il l'aimait. Depuis toujours.

Milo plaqua le Verseau contre le mur de la ruelle dans laquelle ils s'étaient engouffrés et colla ses lèvres contre son oreille.

« Camus, j'ai tellement envie de toi…

- Milo…

- Et je sais que tu en as envie toi aussi… murmura-t-il en glissant sa main entre ses jambes pour caresser le sexe du Français qu'il sentit durcir sous ses doigts.

- Mais nous ne pouvons pas…

- Je te l'ai déjà dit, je me fous de ce que nous pouvons faire ou pas. Personne ne nous voit ici. Personne ne peut percevoir nos cosmos. Nous ne sommes pas au Sanctuaire. Nous sommes libres, nous pouvons faire ce que nous voulons. Et moi, ce que je veux, c'est toi. J'ai envie de toi, depuis si longtemps. Chaque nuit je rêve que je te fais l'amour, et je ne veux plus rêver, je veux vivre. J'ai envie de t'aimer, de te sentir tout autour de moi, de te sentir en moi. Camus, rentre à l'hôtel avec moi. Viens avec moi. Ne me laisse pas comme ça. Je vais devenir fou, tu comprends ? Je le suis déjà d'ailleurs. Je suis fou… Camus…

- Oui, tu es fou…

- Oui, fou de toi ! Depuis toujours. Putain, Camus, laisse-toi aller. Personne ne le saura. Nous pourrons garder le secret, jouer la comédie.

- Je ne veux pas jouer Milo.

- Moi non plus Camus. Je ne veux rien, rien du tout. A part toi. Laisse-moi… »

Le reste de ses mots s'étouffèrent dans son souffle qu'il ne parvenait plus à maîtriser, ses lèvres se perdant dans le cou de l'homme qu'il serrait contre lui. Puis il les déplaça pour effleurer sa mâchoire, son menton, et enfin, caresser les siennes. Ces lèvres qu'il n'avait jamais pu oublier depuis le premier jour où elles s'étaient étirées pour lui offrir un sourire. Et il les embrassa doucement, pour être certain qu'elles ne le rejetteraient pas.

« Alors, c'est bon non ? Camus, dis-moi que tu n'aimes pas ça, et j'arrêterai à la seconde.

- Non… Continue.

- Dis-moi que tu ne veux pas que je te serre contre moi, et je te libérerai.

- Non, serre-moi encore plus fort…

- Dis-moi que tu veux que je retire ma main de ce que je caresse depuis tout à l'heure, et je la retirerai.

- Non, caresse-moi encore…

- Et dis-moi que tu ne veux pas de moi, et je ne t'entraînerai pas avec moi dans mon lit.

- Non, Milo… entraîne-moi…

- Alors viens. »

Les deux hommes se séparèrent l'un de l'autre et quittèrent ensemble la ruelle qui avait été le témoin de leur première étreinte pour rentrer à leur hôtel.


Milo ouvrit la porte de sa chambre sans se donner la peine de mettre la clef dans la serrure, la claqua violemment derrière lui, et une fois dans la pièce il se jeta sur Camus pour l'embrasser à nouveau. Il prit son visage entre ses mains, et le Verseau lui rendit son baiser sans plus rien garder de sa sempiternelle retenue.

Le Grec détacha alors ses lèvres pour saisir le T-shirt du Français et le faire passer par-dessus ses épaules. Il parcourut ensuite son torse de baisers et se mit à genoux devant lui. Il défit la fermeture éclair qui lui faisait face, et fit descendre son jean le long de ses jambes. Il se redressa en embrassant ses mollets, ses genoux, ses cuisses, et tandis qu'il les dévorait toujours de sa bouche, il fit glisser son boxer en s'attardant sur ses fesses.

Camus eut un réflexe de recul et fit quelques pas en arrière, jusqu'à se retrouver bloqué contre le petit bureau installé dans le coin de la chambre. Il serra le rebord de la planche de bois entre ses mains et tenta de reprendre son souffle.

« Milo, attends... »

Ce dernier releva la tête et plongea ses yeux dans les siens alors que sa langue se perdait sur la peau tremblante de l'aine du Français.

« Ne t'inquiète pas, je sais ce que je fais.

- Oui, ça a l'air...

- Disons que je n'ai pas eu la patience de t'attendre » murmura-t-il en approchant sa bouche du membre tendu devant lui.

Camus crut défaillir quand il sentit les lèvres du Grec effleurer sa peau pour lui offrir une fabuleuse caresse. Il crut perdre la raison quand il sentit sa main gauche s'égarer sur ses reins tandis que la droite s'animait avec douceur et précision entre ses jambes. Sa main droite qui entama ensuite un mouvement de va et vient familier qu'il n'avait jusque-là connu qu'en solitaire, même si à chaque fois, c'était au Scorpion qu'il pensait. A lui et à lui seul.

Il crut oublier son rang et son nom quand Milo le parcourut en entier avec sa langue, du bas vers le haut, puis du haut vers le bas. Et il crut mourir quand après plusieurs minutes de cette torture délicieuse, son meilleur ami le prit en entier dans sa bouche.

« Milo... »

Camus serra les cheveux du Grec entre ses doigts et bascula la tête en arrière. Comment pouvait-il ressentir une telle chose, lui qui n'était censé éprouver aucun sentiment ni aucune forme d'émotion ? Il était au bord de la rupture, au bord de l'explosion, et par tous les Dieux, combien il pouvait aimer ça ! Combien il pouvait aimer cet homme qui lui offrait cette caresse exquise dont la volupté irradiait d'un plaisir infini chaque parcelle de son corps. Combien il pouvait le désirer lui, ses mains, ses doigts, ses reins, ses lèvres, sa bouche... Ce fourreau tiède et doux dans lequel il s'était enfoui et qu'il ne voulait plus quitter. Et il ne put retenir un cri tandis qu'il se répandait en lui.

Milo se redressa lentement et vint déposer un baiser sur ses lèvres, avec son goût à lui encore sur les siennes.

« Alors, tu as aimé ? » murmura-t-il en souriant.

Pour toute réponse, le Verseau l'embrassa avec force et passion.

« Je crois que j'ai obtenu ma réponse. Et tu n'as encore rien vu... »

Le Grec retira son T-shirt et le jeta sur le côté. Il fut alors saisi par la façon avec laquelle son compagnon le regardait, les yeux mi-clos, encore voilés par le plaisir qu'il venait de lui donner. Et il ne put se retenir d'effleurer ses lèvres une nouvelle fois.

« Camus, tu es sublime... »

En prononçant ces mots, il le saisit par les hanches et le souleva pour l'asseoir sur le bureau. Il se plaça entre ses jambes qu'il prit le temps de caresser encore un peu avant de commencer à défaire la ceinture de son pantalon. Mais le Français, qui était revenu à lui, posa ses mains par-dessus les siennes pour l'arrêter dans son geste.

« Laisse-moi faire. »

Camus ouvrit la boucle en métal et dégagea la ceinture lentement. Il la lâcha sur le sol et porta ensuite son attention sur les boutons. Il les défit un à un, et baissa le jean sur les fesses de Milo. Ce dernier glissa alors avec agilité sa main droite dans la poche arrière pour récupérer un petit sachet qu'il posa sur le bureau, et aida son compagnon à le libérer de ses derniers vêtements. Le Grec se retrouva nu, enfin, entre les jambes du Français et le contact de son érection contre sa peau le foudroya et manqua de le faire exploser. Il prit une profonde inspiration et le regard vissé dans celui qui allait bientôt devenir son amant, il poursuivit ce qu'ils avaient initié.

Il souleva les cuisses musclées, pâles et parfaites comme il les avait toujours imaginées, et commença à caresser l'intimité qui semblait s'offrir à lui. Camus se mit à bouger imperceptiblement pour accompagner sa caresse, le souffle court et les lèvres légèrement entrouvertes.

Milo se sentit hypnotisé par ces lèvres et ne put s'empêcher de les embrasser encore une fois. Il avança sa langue pour rencontrer la sienne qui l'accueillit en l'effleurant doucement. Et après plusieurs secondes à se délecter de ce baiser, il s'adressa à lui d'une voix grave débordant de désir.

« Cela va probablement te faire mal au début, mais après, tu ne sentiras plus la douleur. Je te le promets. Il n'y aura plus que le plaisir.

- Je sais. J'ai confiance en toi. Continue... Ne t'arrête pas... »

Encouragé par les suppliques du Verseau, le Scorpion lécha ses doigts qui reprirent ensuite leur caresse, et en introduisit un, puis deux, lentement et avec délicatesse. Il savait ces gestes nécessaires, et il saurait les rendre indispensables et désirés. Camus bougeait toujours au-dessus de lui, les mains posées à plat sur le bureau et la tête légèrement rejetée en arrière. Milo se pencha contre lui, sans retirer ses doigts, et mordilla son cou. Ce rapprochement mit en contact le sexe à nouveau tendu de Camus contre le bas de ses abdominaux, et le Français étouffa un gémissement de plaisir.

« Milo...

- Quoi ?

- Je veux...

- Qu'est-ce que tu veux ?

- Je veux que tu me fasses l'amour. Je veux être à toi. Milo, je suis à toi. Je l'ai toujours été.

- Camuuus... »

Milo libéra sa main et saisit ce qu'il avait posé sur le bureau un instant auparavant. Il porta le sachet à sa bouche et l'ouvrit avec ses dents.

« Tu crois que c'est vraiment nécessaire ?

- Oh oui, ça l'est. Au moins aujourd'hui... »

Il sortit le préservatif de son étui et le déroula sur son sexe. Camus le regarda presque avec admiration effectuer ce geste si nouveau pour lui, et se sentit rougir lorsqu'il croisa le regard du Grec. Il cligna des paupières pour effacer sa gêne et avant que son compagnon ne puisse faire le moindre commentaire sur cette timidité incongrue, il s'adressa à lui doucement :

« Viens... »

Milo s'approcha de ce qu'il allait enfin pouvoir connaître, et malgré le désir violent qui lui brûlait les reins, il le pénétra avec une douceur dont il ne se serait jamais cru capable. Il marqua un temps d'arrêt, pour s'assurer d'atténuer la douleur, puis se mit à avancer au rythme de Camus, dont il sentait les muscles se relâcher peu à peu autour de lui. Il se concentrait sur son visage, si beau, qui après une légère crispation à la première intrusion, semblait maintenant parfaitement détendu. Et lorsqu'il vit apparaître un sourire sur ses lèvres sublimes, Milo s'enfonça entièrement en lui. Ils poussèrent tous les deux un cri, le même cri, avant de s'abandonner aux vagues délicieuses qui déjà embrasaient leurs corps avec enchantement et volupté.

Et soudain, Camus ouvrit grand les yeux, ses pupilles indiquant à Milo dans un aveu muet mais dépourvu de toute ambiguïté qu'il avait atteint son point le plus sensible. Le Français se mordit la lèvre inférieure et crocheta ses mains autour du cou du Grec, en enfonçant ses ongles dans la peau brûlante et mate.

« Milo ! Ahh... Ne t'arrête pas... Continue... »

Camus s'abandonnait, se livrait, sans masque et sans barrière à l'homme qu'il aimait et qui lui faisait l'amour pour la Première fois.

Milo donnait, sans chercher à prendre et sans attendre en retour. Il voulait simplement offrir à son ami, son compagnon, son Soleil, le plaisir absolu, entier et sans concession. Le bonheur sans question, sans doute et sans limite.

Et ainsi livrés à l'Amour qu'ils voulaient partager tous les deux depuis tant d'années, l'orgasme les foudroya en même temps.

OoOoO

Milo déposa un baiser sur la clavicule de Camus, et remonta sans détacher ses lèvres jusqu'à la base de son cou. Le Français étouffa un rire qu'il voulut discret, mais qui ne l'était pas.

« Qu'est-ce qu'il y a ? Ne me dis pas que tu es chatouilleux.

- Habituellement, je ne le suis pas. Mais il faut croire que sous tes doigts, je ne suis plus le même.

- Ça je viens de le remarquer ! Non mais sérieux Camus, t'es une bombe !

- Arrête, tu dis n'importe quoi !

- Non, et tu peux me faire confiance, je sais de quoi je parle...

- Merci de me le rappeler.

- Désolé, mais comme je te l'ai dit tout à l'heure, je n'ai pas eu la patience de t'attendre. Tu t'es fait désirer, tu sais. Vraiment désirer.

- Peut-être. Probablement… Et je peux savoir avec combien de personnes tu as comblé cette attente ?

- Un trop grand nombre.

- Et de quel genre ?

- De tous les genres. Disons que j'ai voulu me donner l'occasion d'explorer l'ensemble des possibilités qui pouvaient s'offrir à moi.

- Et qu'as-tu conclu de ces travaux d'étude ?

- Que tu serais celui qui satisferait toutes mes espérances.

- Et alors, ton analyse était-elle la bonne ?

- Sans le moindre doute. Cela dit…

- Oui ?

- Cela dit, je pense qu'il faudrait approfondir encore la question davantage. Et surtout…

- Surtout quoi ?

- Explorer les autres possibilités qui s'offrent à nous, justement. »

Convaincu du bien-fondé de sa proposition, le Grec inclina la tête sur le côté pour indiquer le lit derrière eux.

« Mais je crois que nous pourrions prendre le temps de nous mettre à notre aise. Ce bureau me plaît bien, mais il est tout de même assez inconfortable. Enfin surtout pour toi…

- En effet. »

Milo s'écarta enfin de la peau de Camus et recula pour lui permettre de poser les pieds sur le sol. Il se retourna pour fouiller dans son sac qui était posé au pied du lit et s'allongea ensuite sur celui-ci.

Camus le regardait, les sourcils froncés, un sourire curieux étirant ses lèvres encore rougies par les baisers.

« Je vois que tu es plutôt prévoyant quand tu pars en mission…

- Oui, extrêmement, toujours », approuva-il en brandissant devant lui le petit étui carré qu'il venait de tirer de son sac, avant de le glisser sous l'oreiller

Le Verseau fit un pas pour se rapprocher du lit, et le Scorpion lui saisit le bras pour le faire basculer contre lui. Ils restèrent de longues minutes, allongés l'un contre l'autre à se caresser sans parler, appréciant simplement la douceur de leurs doigts à la surface de leur peau. Puis les mains de Milo se firent plus entreprenantes et s'emparèrent à nouveau de ce qui avait attiré toute son attention à leur arrivée dans la chambre. Il reprit les mêmes mouvements lascifs et Camus se remit à trembler.

Le Français fit alors courir ses doigts sur les côtes du Grec, puis les égara sur son torse avant de les refermer sur son sexe pour délivrer une caresse en tout point identique. Et guidés par le ballet de leurs doigts agiles, les deux hommes s'abandonnèrent un peu plus l'un à autre.

Le souffle court et la peau brûlante, Milo déposa un baiser sur l'épaule de Camus avant de s'emparer une nouvelle fois de sa bouche.

« A ton tour… » murmura-t-il en faufilant sa main pour saisir ce qu'il avait placé sous l'oreiller.

Il s'assit sur le lit et le Verseau se mit à genoux en face de lui. Ses yeux ne quittaient pas les siens et semblaient l'interroger, incertains de la suite à donner à cette requête. Car pour une fois, le Maître de l'eau et de la glace n'avait pas la moindre idée de ce qu'il devait faire. Le Scorpion lui sourit tandis qu'il libérait l'accessoire nécessaire et se penchait à son oreille pour tenter de le rassurer.

« Ne t'en fais pas, je vais m'en occuper. »

Milo s'approcha du sexe de Camus pour le parcourir une nouvelle fois avec la pointe de sa langue, avant de mettre en place le préservatif. Puis il se laissa basculer sur le dos en l'attirant contre lui.

Il s'empara de sa main qu'il porta à sa bouche, et le Français ne vit bientôt plus rien d'autre que ses lèvres. Il en suivit le contour avec le pouce, tandis que Milo les entrouvrait légèrement dans une invitation muette. Camus glissa ses doigts pour entrer en contact avec la langue qui désirait les goûter. Et Milo les goûta, avec un appétit si grand qu'il aurait pu les mordre jusqu'au sang. Il saisit alors à nouveau sa main et l'entraîna plus bas, entre ses jambes, puis à l'entrée de ses reins, et il accompagna son geste pour guider ses doigts à l'intérieur de lui. Le Scorpion se mit à onduler sous sa main, et le Verseau approfondit son exploration tandis que des sursauts parcouraient le corps de son ami. De son amant….

« Oui… Comme ça… »

Bercé par les gémissements de Milo, le Onzième Gardien poursuivit sa caresse jusqu'à ce que ce dernier abandonnât dans un souffle :

« Prends-moi. Maintenant. Camus… Viens… »

Le Français libéra sa main, souleva les hanches du Grec et posa ses fesses sur le haut de ses cuisses. Il le regarda un instant, subjugué par ce corps qu'il allait bientôt connaître plus qu'il ne se connaîtrait jamais lui-même, et s'inclina vers l'avant. Il hésita encore un peu, puis les yeux rivés à ceux de Milo, il le pénétra doucement. Et le plaisir le submergea, l'emporta tel une vague gigantesque se brisant sur la roche. Il sentait Milo bouger sous lui et tout autour de lui, et il se mit à bouger à son tour en s'accordant à son rythme. Et dans chacun de ses mouvements, dans chacun de ses coups de reins, il découvrit une réalité qu'il n'avait jamais envisagée. Celle d'une jouissance infinie.

Le Scorpion crut mourir de bonheur quand il sentit l'homme qu'il aimait comme un fou s'animer en lui. Il se mordit l'intérieur des joues pour ne pas hurler son plaisir − pas encore − et il agrippa ses hanches pour le serrer plus fort. Sa respiration se perdait, il haletait à chacun des allers-retours du Verseau au plus profond de lui. Il vivait enfin ce qu'il avait rêvé de vivre depuis toujours. Son ami, son gardien, son rédempteur… lui faisait l'amour, et par tous les Dieux, il le faisait divinement.

« Camus, regarde-moi. Camus… je t'aime. Tu m'entends. Je t'aiiime. »

Milo gémit encore, les yeux plongés dans les siens, s'enivrant du parfum de sa peau habituellement si fraîche qui aujourd'hui se consumait sous ses doigts. Et Camus le regardait comme il était certain qu'il n'avait jamais regardé personne, en abandonnant sa réserve et toutes ses convictions. Milo se perdit dans la vision irréelle et pourtant si parfaite de cet homme qui lui cédait une partie de ce qu'il était et lui offrait un fragment de sa vie. Une vie qui ne serait plus jamais la même, ni pour l'un ni pour l'autre, car ils la partageraient en secret dans le silence de leurs nuits.

Le Grec sentit alors l'aura apaisante et douce du Français l'envelopper, et une sensation de bien-être absolu s'empara de lui. Le cosmos de Camus s'embrasait et venait à la rencontre du sien pour le réveiller et s'unir à lui. Il répondit à son appel et les deux chevaliers disparurent sous un voile de lumière aux couleurs éclatantes, dans une alliance d'argent, d'azur et de carmin.

Milo était au bord de la rupture, aux portes de l'extase, son sexe raidi qui frôlait par intermittence le ventre du Verseau devenant presque douloureux. Il prit alors la main du Français pour la rapprocher de lui et commença à se masturber à travers elle. Et le contact de ses doigts sur sa peau le fit basculer.

« Camuuus ! Tu es… un Dieu ! » (1)

Et le Scorpion cria, libérant ainsi la passion qu'il avait accumulée en lui pendant tant d'années. Sa passion pour Camus, son meilleur ami, son alter ego, son homme. Et il cria encore, tandis que Camus jouissait à son tour, emporté par le plaisir qu'il venait de lui donner. Et alors que les derniers courants de l'orgasme balayaient leurs corps enlacés, des larmes se mirent à couler sur ses joues. Milo pleurait, parce qu'il était heureux, parce qu'il ne rêvait plus, parce qu'il était amoureux. Et aussi, peut-être, parce que dans les bras de son homme, il pouvait enfin oublier la souffrance, la rage et la culpabilité. Car dans les bras de Camus, Milo n'était plus un Assassin. Il n'était plus que lui.

OoOoO

Camus ouvrit les yeux. L'Aurore était déjà là et baignait la chambre d'un halo cuivré et doux. Il sentit Milo s'animer entre ses bras et celui-ci ouvrit les yeux à son tour. Ils se regardèrent un long moment sans prononcer un mot, le regard accroché l'un à l'autre, suspendus au bonheur qu'ils savaient éphémère. Puis le Grec sourit et approcha ses lèvres de celles du Français pour les embrasser.

« Par la Déesse, Camus, comment peux-tu être aussi beau au réveil ?

- Je te retourne le compliment…

- Tu as bien dormi ?

- Oui. Quelle heure est-il ?

- Je n'en sais rien et à vrai dire je m'en tape. »

Le Verseau se redressa pour tenter d'apercevoir le réveil posé sur la table de nuit et reposa la tête sur l'oreiller.

« Il faut nous préparer, notre avion décolle dans trois heures.

- Je m'en fous. Je veux pas rentrer.

- Ne dis pas n'importe quoi ! Allez, un peu de nerf ! »

Milo obtempéra − après tout il n'avait pas le choix − et se mit debout. Ses longs cheveux, emmêlés mais superbes, retombèrent sur ses reins, et Camus ne put s'empêcher de les admirer. Eux, et tout le reste de son anatomie.

« Tu apprécies le spectacle ? » s'amusa le Scorpion.

Pour toute réponse, le Français se leva à son tour et déposa un baiser sur son épaule.

« Je vais prendre une douche. Seul… ajouta-t-il avant que son compagnon n'ait pu ouvrir la bouche.

- Tant pis pour toi… »

Une fois sous le jet qu'il gardait volontairement frais pour réveiller ses muscles et satisfaire ses goûts personnels, Camus repensa aux évènements des dernières heures. Et s'il en ressentit un bonheur certain et sans limite, il ne pouvait nier le sentiment douloureux qu'avait fait naître en lui la vision de son ami – de son amant – emporté par la haine et couvert du sang de ceux qu'il avait massacrés. Il devrait lui reparler de ça. Parce qu'il savait qu'au fond de lui, Milo en avait besoin, et parce qu'il ne pouvait pas laisser le Scorpion devenir le monstre qu'il ne voulait pas être. Oui, il lui semblait impensable de ne pas aborder ce sujet à nouveau avec lui. Mais son compagnon serait-il capable de l'écouter ?

Lorsque le Français ressortit de la cabine, le Grec l'attendait les bras croisés, adossé contre le chambranle de la porte de la salle de bain.

« Comment allons-nous faire ?

- A quel sujet ?

- Ne fais pas semblant de ne pas comprendre… Quand nous serons au Sanctuaire, comment est-ce que nous ferons toi et moi ?

- Je crois que c'est assez évident : nous agirons comme avant. Comme s'il ne s'était rien passé.

- Parce que tu considères qu'il ne s'est rien passé ?

- Non, évidemment. Le rien à présent, ce serait ma vie sans toi, mes nuits sans toi… Sans toi pour occuper mon lit ou embraser mes rêves.

- Camus… Viens là… »

- FIN -


Merci de m'avoir lue…

(1) Pardon pour le blasphème... Et comme me l'a si justement fait remarquer Lily... espérons que Milo n'aura pas ainsi déclenché une nouvelle Guerre Sainte ;-)