Bonjour,
Me revoilà avec un nouveau texte pour compléter ce recueil sur les Premières fois de Camus et Milo. Comme souvent, ce que j'ai fait ici n'a strictement rien à voir avec le dernier chapitre. Je me suis aujourd'hui clairement laissée inspirer par une idée qui me trottait dans la tête depuis des mois, et… par l'anniversaire de Camus :D !
Je profite de cette introduction pour vous remercier encore une fois pour vos lectures et vos reviews sur mes précédents chapitres. Je sais que je ne suis pas très prolifique en ce qui concerne la publication de ce recueil, mais j'espère que vous prendrez plaisir à en poursuivre la lecture malgré tout.
Chapitre 5: La boîte
Disclaimer: Tous les personnages cités et décrits dans cette histoire appartiennent à Masami Kurumada et à la Toei.
Rating : T
Repère chronologique : Post-Hadès, quelques mois après la résurrection de tous les chevaliers (avec un petit passage quinze ans plus tôt au début).
Repère géographique : Sanctuaire d'Athéna, Grèce (ben oui…).
Univers : Celui de l'anime / manga original (encore un petit mix des deux pour les couleurs... désolée).
Genre : Romance (et guimauve).
Note 1 : Et comme toujours, un grand merci à ma chère amie Lily Aoraki, qui a eu la gentillesse et la bienveillance de relire ce texte et de corriger les vilaines fautes que mon esprit fatigué avait laissé traîner. Oui, merci Lily ! Tu sais à quel point tu m'es devenue indispensable… ;-)
Note 2 : Joyeux anniversaire Camus !
6800 mots environ
Je vous souhaite une bonne lecture. J'espère que cela vous plaira…
La boîte
« Allez Camus, viens ! C'est le moment !
- Milo, lâche-moi !
- Mais il faut le faire aujourd'hui, pour ton anniversaire ! Ce sera super, et comme ça, on risquera pas d'oublier qu'on a fait ça aujourd'hui ! Allez viens, s'il te plaît…
- Non Milo, je peux pas, mon maître va me chercher. Il m'a demandé de l'attendre ici.
- On s'en fiche ! Et puis, on n'en a pas pour longtemps ! ».
Milo regarda son meilleur ami avec la plus grande détermination, et Camus comprit que quoi qu'il dise ou quoi qu'il fasse, il n'aurait jamais le dernier mot. Pas lorsque Milo avait cet éclat indéfinissable imprégné dans l'azur de ses yeux.
« D'accord » finit par céder le futur Verseau en se laissant entraîner par la chevelure bleue qui courait déjà à toute allure devant lui, sans avoir lâché sa main.
OoOoO
« Milo, il est pas un peu trop profond ton trou ?
- Ben quoi ? Il faut bien ça pour s'assurer qu'aucun animal ne s'emparera de notre trésor !
- Tu n'as peut-être pas tort…
- Évidemment ! Y a pas que toi qui as de bonnes idées ! Et alors ça y est ? T'as mis tes trucs dans la boîte ?
- Oui.
- Fais voir ! s'exclama le petit Grec en dérobant le coffret des mains de son ami.
- Milo ! Tu n'as pas intérêt à ouvrir ! Tu as promis que tu ne ferais pas le curieux.
- Enfin Camus, pour qui tu me prends ? Je sais tenir une promesse ! Je veux pas regarder ce que tu as choisi. On a dit que c'était un secret, et un secret, c'est un secret. Je veux juste vérifier que tu n'as rien oublié…
- Non, je n'ai rien oublié ! Et toi d'abord ? Ils sont où tes souvenirs ?
- Ils sont là ! cria le futur Scorpion en brandissant trois petits tas informes tout droit sortis de sa poche.
- Tu aurais pu faire un effort ! On dirait que tu as pris des trucs directement dans ta poubelle...
- Ben, j'ai pas pris le temps de tout bien emballer. Mais je te ferais remarquer que je suis quand même allé chiper un peu de papier kraft à Shura pour protéger la chose la plus fragile.
- Oui, c'est vrai que c'est déjà pas mal…
- Et donc, voyons voir… Un souvenir agréable, un rêve inavouable, une vérité immuable. Un, deux, trois. Camus, le compte est bon !
- Je te l'avais bien dit, Milo ! Vraiment, qu'est-ce que tu peux être agaçant parfois…
- Ah, c'est bon ! Et puis d'abord, je sais que t'aimes bien ça.
- Quoi donc ?
- Mon côté agaçant. Avoue que tu serais malheureux si j'arrêtais de t'embêter ?
- Pas du tout ! Je serais plutôt bien tranquille…
- Menteur ! Mais je m'en fiche, parce que je sais bien que j'ai raison…
- Si tu le dis… »
Milo fit un clin d'œil à son ami − évidemment qu'il avait raison − et déposa à son tour ses objets dans la boîte. Il referma le couvercle avec précaution et releva la tête en adressant un sourire lumineux au regard carmin qui le dévisageait en silence.
« Bon… On l'enterre notre trésor ?!
- Oui. Mais attends une minute... »
Camus prit le petit coffre entre ses mains, ferma les yeux un instant, et quelques secondes plus tard, une jolie couche de glace recouvrait le précieux contenant.
« Comme ça, rien ne pourra abîmer nos souvenirs.
- Ouah, Camus, t'as mis notre jolie boîte dans un cercueil de glace !
- C'est une technique ancestrale que mon maître vient tout juste de m'enseigner. Il paraît que c'est indestructible. Je ne contrôle pas encore très bien l'ensemble de la manœuvre, mais pour quelque chose de cette taille, cela devrait suffire.
- Ben écoute, on verra bien ! Ça m'a l'air très solide en tout cas…
- Je pense que ça devrait l'être.
- Alors, vas-y. Pose la boîte au fond du trou. »
Le petit Français se pencha en avant et installa le précieux objet à sa place avec la plus grande application. Puis il se redressa pour attendre les instructions de son ami.
« On l'enterre tous les deux ?
- Entendu Milo. »
Les deux enfants ensevelirent la boîte sans prononcer un mot, et une fois la chose faite, ils reposèrent leurs mains salies et écorchées à plat sur leurs cuisses.
« Ben voilà. Personne ne devrait pouvoir la trouver, déclara Milo en s'essuyant le front avec le revers de sa main.
- Fais attention, tu as mis de la terre dans tes cheveux.
- Pas grave… Et alors, Camus… T'as mis quoi dans ces enveloppes ?
- Ça te regarde pas ! On a dit que c'était un secret !
- Je sais… Mais j'ai bien le droit de poser la question… Et du coup, je vais essayer de deviner. Voyons voir… Alors le gros paquet, je parie que c'est un livre !
- Quel esprit de déduction, Milo !
- Ouais, je te l'accorde, ça n'avait rien de très difficile. Et je crois même savoir lequel c'est !
- Vas-y, dis-le pour voir, Monsieur-je-sais-tout !
- Non ! Je verrai bien si j'avais raison quand on déballera tout ça…
- Et tu vas pouvoir attendre jusque là ?
- Ah mais je peux me montrer d'une patience à toute épreuve quand j'en ai envie, figure-toi !
- Je suis impressionné. Et toi, qu'est-ce que tu as mis dans tes boules de papier ?
- Ben je te dirai rien ! Tu me prends pour un idiot ?
- Bien sûr que non ! Mais je sais pas… Tu es tellement bavard… J'ai du mal à croire que tu sauras tenir ta langue pendant tout ce temps.
- Eh ben tu te trompes ! Je ne dirai pas un mot, ou je ne m'appelle plus Milo !
- Alors… on se retrouvera ici dans quinze ans ?
- Oui. Dans quinze ans au pied de ce chêne. Sous notre arbre à tous les deux. Quoi qu'il nous soit arrivé. Qu'on soit devenu chevalier ou pas. Qu'on soit encore amis ou pas. Mais bon, je suis sûr qu'on le sera toujours… Car comment est-ce qu'on pourrait ne plus être amis tous les deux ? On se retrouvera ici, pour déballer nos souvenirs et enfin s'avouer tous nos petits secrets ! »
A ces mots, Milo saisit la main de Camus et l'entraîna avec lui pour revenir vers le cœur du Sanctuaire. Camus le suivit sans pouvoir retenir le sourire radieux qui étirait ses lèvres, ni la chaleur gênée qui empourprait ses joues. Dans quinze ans… Qu'est-ce que le destin leur réserverait d'ici là ? Camus n'en savait rien, et ne préférait pas savoir. Mais ce dont il était certain lui aussi, c'est que Milo et lui seraient toujours amis. Parce que rien ne pourrait les séparer tous les deux. Absolument rien. Il en était certain plus que de tout autre chose.
Quinze ans plus tard… (quelques mois après la résurrection de tous les chevaliers)
Camus ne parvenait pas à se concentrer sur le rapport qu'il avait sous les yeux. Shion lui avait demandé de l'étudier en détail parce que, d'une part, il était le seul à comprendre la langue inintelligible dans lequel il était écrit. De l'islandais… Par tous les Dieux, pour quelles raisons Athéna pouvait-elle avoir besoin d'informations contenues dans un rapport rédigé en islandais ?! Et d'autre part, il était le seul à être assez fou pour accepter de dévouer son temps à une mission aussi ennuyeuse. Car depuis que leur vénérée Déesse avait eu la bonté de les ramener à la vie, les Chevaliers d'Or avaient du mal à contenir leur énergie et leur envie de vivre, comment dire ?... pleinement et sans contraintes. Et le Verseau était bien l'un des seuls à se porter volontaire dans l'exercice de son devoir sans entrer à reculons dans l'enceinte du Treizième Temple. A l'exception de Shura, peut-être. Mais ce dernier ne comptait pas, puisqu'il était Capricorne.
Presque un an qu'ils étaient revenus à la vie et qu'il avait retrouvé son armure. Camus avait un temps craint qu'elle se refuse à lui, car il pouvait encore sentir l'empreinte de son Surplis sur sa peau. Mais elle l'avait recouvert malgré tout, comme s'il ne l'avait jamais quittée. Comme s'il n'était jamais mort. Comme s'il n'avait jamais trahi.
La trahison… Personne au Sanctuaire ne les considérait plus comme des traîtres. Ils avaient tous fini par comprendre et reconnaître l'importance du rôle qu'ils avaient dû jouer. Même Shaka leur avait pardonné. Même Mû. Même Aiolia. Tous le regardaient de la même manière, lui parlaient comme avant. Ni plus, ni moins, ce qui signifiait que Camus pouvait continuer à bénéficier de la solitude qu'il avait toujours tellement appréciée.
Oui, tous se comportaient avec lui comme si la Guerre n'avait jamais eu lieu. Tous sauf Milo.
Son ami, s'il pouvait encore l'appeler ainsi, ne le regardait plus. Enfin si, il le regardait, mais ce que Camus pouvait lire dans ses yeux était plus douloureux que tous les supplices qu'il avait dû endurer lors de son passage aux Enfers. Milo était en colère, parce qu'il n'avait pas compris. Parce qu'il ne lui avait pas pardonné. Parce qu'il ne voulait pas oublier. Son sacrifice pour son disciple, sa traîtrise qui n'en était pas une. Et surtout… la blessure de ses silences.
Ils ne s'étaient pratiquement pas parlé depuis qu'ils avaient rouvert les yeux, à l'exception de quelques banalités polies et d'échanges rendus obligatoires par leurs fonctions respectives. Camus avait d'ailleurs du mal à croire que le Scorpion puisse à ce point garder ses distances avec lui. Il avait du mal à le croire, mais il le comprenait, parce que Camus savait que c'était à lui de faire le premier pas. Parce qu'il était le seul responsable de la situation dans laquelle ils se trouvaient aujourd'hui. S'il avait partagé ses intentions avec son meilleur ami le jour de l'arrivée de son disciple au Sanctuaire, tout aurait été différent. Mais il ne l'avait pas fait, et aujourd'hui, il payait le prix de ses non-dits bien au-delà de ce qu'il aurait pu imaginer.
Camus posa ses mains à plat sur l'ouvrage devant lui et ferma les yeux. Pourquoi ce retour à la vie lui était à ce point douloureux ? Pourquoi ne pouvait-il pas se contenter d'accepter le cadeau merveilleux qui lui avait été fait ? Celui d'une deuxième chance. Celui d'une autre voie. Il aurait dû être infiniment reconnaissant à sa Déesse et aux Dieux pour lui avoir accordé cette opportunité. Parce qu'aujourd'hui, il pouvait à nouveau admirer ses yeux. Les yeux de Milo. Même si ses yeux ne le regardaient plus. Parce qu'aujourd'hui, il pouvait à nouveau profiter de la chaleur de son Cosmos, même si Milo s'évertuait à lui en limiter l'accès. Parce qu'aujourd'hui, il pouvait continuer à l'aimer même si Milo, il en était à présent convaincu, ne l'aimait pas.
Alors peut-être que finalement, Camus était reconnaissant. Mais il ne pouvait pas être heureux. Parce qu'il l'avait perdu lui. Son meilleur ami et son éternel amour.
OoOoO
Milo scrutait le plafond de son temple sans bouger. Il ne voulait pas se lever, il voulait rester dans le fond de son lit, pour se rendormir et continuer à rêver. Parce que cette nuit, et pour la première fois depuis des mois, Milo avait rêvé. Une nuit entière sans cauchemars, sans se réveiller en hurlant, sans devoir retrouver le sommeil après avoir séché des larmes. Une nuit entière à sourire, à croire qu'il était heureux et que ce sentiment était réel. Une nuit entière passée avec lui. Avec Camus.
Camus qui dans son rêve acceptait de l'écouter, comprenait sa colère, recevait sa souffrance, et envisageait le pardon. Car même s'ils n'avaient pas vraiment parlé tous les deux depuis leur retour à la vie, Milo savait que son meilleur ami n'avait pas oublié la dernière chose qu'ils avaient partagée tous les deux. L'Aiguille Écarlate et la sensation de ses doigts sur son cou. Il était convaincu que Camus n'avait pas compris sa réaction cette nuit-là, son incapacité à lire en lui au-delà des apparences. Un véritable ami aurait dû comprendre malgré le silence et l'infamie d'un Surplis. Surtout un ami qui se croyait amoureux. Mais Milo en avait été incapable, et n'en avait pas trouvé la force. Parce que le souvenir de sa mort déchirait encore son âme, et parce que malgré tout ce qu'il connaissait de lui, il n'avait pas su lui faire confiance. Pourtant, comment avait-il pu douter de lui ? De son meilleur ami, de celui qu'il aimait plus que sa propre vie, de celui dont il n'avait pas supporté l'absence ? Et la colère qu'il avait ressentie ce jour-là, en voyant celui qu'il chérissait du plus profond de son âme revenu à la vie pour ce qu'il jugeait être une trahison, n'était aujourd'hui dirigée plus que contre lui-même.
Pourtant cette nuit, au milieu de son rêve, Camus avait accepté de l'écouter et lui avait pardonné. Ils s'étaient mutuellement accordé le pardon, et ils avaient choisi d'oublier. Comme ça. D'un simple mot. Oublier le souvenir de la mort, de la première à la dernière. Oublier le traumatisme de la Guerre. Et surtout, oublier la souffrance et la colère. Et après, ils avaient parlé, pendant des heures, assis au pied de ce chêne qu'ils aimaient tant lorsqu'ils étaient enfants. Et au pied de cet arbre, Camus lui avait offert le plus beau de ses sourires. Et auprès de ce sourire, Milo avait enfin retrouvé le désir de continuer à vivre.
Et puis, c'est vrai qu'il l'aimait bien cet arbre, et qu'ils en avaient passé des bons moments tous les deux à jouer dans ses racines…
Milo ouvrit soudain de grands yeux, s'assit dans son lit et bondit sur ses pieds. Il quitta sa chambre sans prendre le temps de s'habiller, et pourtant il ne faisait pas chaud en ce matin d'hiver, et se dirigea directement dans la cuisine.
« Par notre vénérée Déesse vêtue de sa plus belle armure, où est-ce que j'ai pu foutre ce satané machin ?! »
Milo cherchait en faisant preuve de la plus grande imagination pour formuler toutes sortes d'onomatopées hautement blasphématoires en plus d'être impolies, mais ne trouvait pas.
« En même temps, si j'étais pas aussi bordélique… Camus a bien raison, tiens, de critiquer mon sens aigu du rangement. Pourtant j'aurais juré en avoir posé un là, entre le frigo et la cafetière. Pas que ce genre d'accessoire me soit très utile à cet endroit… mais je suis sûr que je l'avais laissé là... »
Milo se pencha sous le plan de travail de la cuisine et aperçut l'objet convoité, qui avait glissé dans le petit interstice entre le meuble et ce maudit frigidaire. Décidément, il avait clairement un problème relationnel avec les générateurs de glaçons ces derniers temps…
Il souffla sur la planche cartonnée pour retirer la poussière et débusquer quelques-unes de ses colocataires à huit pattes, et posa sa trouvaille sur la table devant lui. Il croisa ses bras sur sa poitrine, ses longs cheveux retombant en cascade sur ses épaules et son dos nu, et scruta un instant le calendrier. Puis il posa son doigt sur le deuxième mois de l'année.
« Alors voyons… Vendredi nous étions le cinq. J'en suis absolument certain puisque c'est ce jour-là qu'Aiolia m'a traîné à Athènes pour l'aider à trouver la bague de fiançailles pour Marine. Aujourd'hui, nous somme dimanche, donc deux jours plus tard. Ce qui donne… le sept ! Dimanche sept février. Dimanche sept février 1988 ! Bordel ! »
Milo abandonna le calendrier sans lui prêter la moindre attention supplémentaire et retourna dans sa chambre. Il devait s'habiller, de toute urgence. Et ensuite, il devrait avaler un café, peut-être même manger une tartine, se brosser les dents, passer la tête sous le robinet, et se donner un coup de peigne. Non, pas le temps pour le coup de peigne... Et après, il se ruerait dans les marches de l'ancestral escalier, pour grimper sans traîner trois étages au-dessus.
Parce que tout lui paraissait subitement parfaitement évident. Il n'avait rien vu venir, mais il n'avait maintenant plus le moindre doute. Des mois qu'il n'avait plus rêvé et qu'il n'avait plus vu Camus lui accorder un sourire. Alors si cette nuit, Camus s'était invité dans son rêve avec un sourire magnifique sur les lèvres, cela ne pouvait pas être un hasard ! Pas lorsque cela faisait quinze ans jour pour jour qu'ils avaient enterré leur trésor… Et donc, il était absolument inconcevable que cela soit une simple coïncidence.
Il devait aller trouver Camus, le traîner de gré ou de force au pied de leur chêne, et ramener à la surface leurs souvenirs perdus. Et les rêves qui allaient avec.
OoOoO
Camus se pinçait l'arête du nez pour la onzième fois de la matinée, lorsque l'arrivée d'un cosmos infiniment familier le fit se redresser droit sur sa chaise. Il se mit debout aussitôt, abandonnant ainsi sa lecture, et quitta l'enceinte de son bureau pour gagner le salon. Il y pénétra tandis qu'un Milo visiblement décidé et sûr de lui tambourinait déjà à sa porte.
« Camus, ouvre-moi ! »
Le Verseau considéra un instant le battant de bois qui vibrait sous les coups dont il était la victime, et releva un sourcil. Quelle raison pouvait être à l'origine du subit regain d'intérêt de son ami pour sa modeste personne ? C'est alors que ses yeux se portèrent sur le calendrier accroché dans l'entrée, et un sourire lumineux anima sa bouche. Milo n'avait pas oublié…
Camus sentit son cœur s'emballer dans sa poitrine, emporté par un sentiment d'espoir qu'il était incapable de maîtriser. Pourtant il devait se ressaisir. Son meilleur ami, à qui il n'avait plus parlé sincèrement depuis des mois, attendait devant sa porte, et il ne pouvait pas ne pas ouvrir. Alors il ferma les yeux, serra les poings, prit une profonde inspiration et tendit la main vers la poignée pour la tirer vers lui.
« Bonjour Milo.
- Camus ! Joyeux anniversaire !
- Merci.
- T'es occupé là ?
- Oui.
- Ben arrête ce que tu faisais, parce que tu dois venir avec moi.
- Je ne dois rien du tout, et je n'ai pas le temps.
- Pourquoi ? Me dis-pas que tu prépares une fiesta pour ton anniv', je ne te croirai pas !
- Ce que je fais ne te regarde pas.
- Bien entendu que ça me regarde ! Enfin, tu ne sais donc pas quel jour on est ?
- Je sais parfaitement quel jour nous sommes, Milo. Mais j'ai une mission de la plus haute importance à accomplir pour notre vénéré Grand Pope, et je n'ai pas l'intention de laisser une quelconque distraction me détourner de ma tâche.
- Ah oui ? Quel genre de mission ? La lecture d'un gros rapport ennuyeux, écrit par des types ennuyeux, sur un sujet ennuyeux, dans une langue ennuyeuse ?
- Milo, je t'ai dit que je n'avais pas le temps.
- Camus ! S'il te plaît. Putain, t'as vingt-deux ans aujourd'hui !
- Je suis au courant.
- Et donc… Ça fait quinze ans !
- Je sais cela aussi.
- C'est vrai ? Alors t'as pas oublié ?!
- Bien sûr que non. Comment aurais-je pu ?
- Alors tu dois venir avec moi.
- A quoi bon, Milo ? Cette boîte aura probablement disparu de toute façon.
- Je ne crois pas ! On l'avait enterrée avec beaucoup de précautions, et tu l'avais recouverte d'une couche de glace éternelle, je te rappelle.
- Que j'avais créée du haut de mes sept ans. Donc tu permets que je doute de sa qualité à perdurer dans le temps.
- Ouais… c'est vrai que maintenant que tu le dis… Surtout lorsque l'on songe à la prétendue invulnérabilité de ta dernière conception… »
Un regard acéré comme la plus affutée des stalactites fit comprendre au Scorpion qu'il venait de faire une bourde monumentale.
« Pardon, je voulais pas dire ça…
- Oui, mais tu l'as dit.
- Oui, mais je me suis excusé. Allez, viens avec moi !
- Milo, tu crois vraiment que c'est une bonne idée ? Tu ne penses pas que nous devrions plutôt avoir une discussion tous les deux avant ? Enfin, nous ne nous sommes pratiquement pas adressé la parole depuis notre résurrection, et…
- Et alors quoi ? le coupa le Scorpion. On aura bien le temps de parler après ! Camus, s'il te plaît ! Après tout ce que nous avons vécu, tu crois pas qu'on a le droit de raviver un ou deux bons souvenirs ? »
Camus observa son ami, qui se tenait devant lui avec une volonté sincère d'arranger les choses entre eux, et il recula d'un pas.
« Entendu. Mais laisse-moi termin…
- Non ! Tu viens avec moi tout de suite ! »
Et Milo agrippa la main de Camus avant que celui-ci n'ait pu protester, pour l'entraîner avec lui dans les marches millénaires du Sanctuaire Sacré d'Athéna.
OoOoO
« Putain, c'est froid ! s'exclama le Scorpion.
- Donne-la-moi, je vais m'en occuper… »
Milo tendit devant lui la boîte aux contours rendus étincelants par un superbe soleil d'hiver, et Camus s'en saisit. Il passa sa main sur le couvercle, et la pellicule de glace disparut aussitôt. Puis il garda l'objet entre ses doigts, sans bouger et sans prononcer un mot.
« Alors, tu ne l'ouvres pas ?
- Si… enfin… Milo, tu es sûr que tu veux l'ouvrir ?
- Évidemment que je le veux ! Ça fait quinze ans que j'attends de connaître tes petits secrets !
- Mais… si tu… si nous… étions déçus ?
- Impossible.
- Écoute, finalement, et étant donné les circonstances, je ne crois pas que ce soit une bonne idée » asséna le Verseau en reposant la boîte sur la terre retournée devant eux.
« Bordel, Camus, t'es chiant ! » s'emporta le Scorpion en s'emparant de l'objet abandonné par son ami.
« Quinze ans à attendre ! T'as une idée du supplice que cela m'a fait endurer ?!
- Je dois reconnaître que ta patience et ta capacité à garder le silence m'ont surpris.
- Tu m'étonnes ! Et donc, fini l'attente et les questions ! » conclut le Grec en soulevant le couvercle.
« Eh bien, ta petite fabrication givrée a exercé son office. Rien n'a bougé. Pas le moindre grain de poussière ni la moindre petite araignée.
- Tu ne devrais pas sous-estimer nos capacités, à nous autres Saints de Glace…
- Loin de moi cette idée ! J'aurais bien trop peur de finir en esquimau glacé, avec un bâton enfoncé dans le… Mais pardon… je m'égare.
- Je le crois, en effet. Alors…
- Alors, comment tu veux faire ? On ouvre chacun nos machins ou on fait un petit échange ?
- Comme tu veux, Milo.
- Bon, voilà ce que je te propose. On reprend chacun nos souvenirs, on les ouvre en même temps, et on lira à voix haute nos petits bouts de papier.
- Cela me semble être une solution acceptable. Et puisqu'il le faut…
- Camus, une promesse est une promesse…
- Je sais. »
Milo sortit ses trésors de la boîte et la tendit à son vis-à-vis, qui reproduisit exactement les mêmes gestes. Et les deux hommes commencèrent à déballer leurs paquets respectifs.
« Un souvenir agréable… » murmura Camus en retirant l'emballage.
« Mais qu'est-ce que c'est que ça ?! » s'interrogea le Gardien de la Huitième Maison en tentant de décoller un petit objet sec, marron et informe, du papier dans lequel il avait été dissimulé.
« Ouah ! Un caramel ! Camus, j'avais oublié à quel point j'adorais les caramels ! »
Ledit Camus releva les yeux de son propre trésor pour considérer celui que son compagnon brandissait devant lui, puis un haussement de sourcils réprobateur anima ses traits.
« Milo ! Mais tu es dégoûtant ! Ce caramel est à moitié mâché !
- Ah… c'est vrai… Mais oui ! Ça y est… Je me souviens ! Je voulais absolument mettre ces fameux bonbons dans notre boîte, parce qu'ils étaient vraiment délicieux et que j'en étais dingue. Mais j'avais englouti tout le sac, et il ne m'en restait plus qu'un. Et en marchant pour venir te chercher ce matin-là, je n'ai pas pu résister à la tentation, et j'ai commencé à manger le dernier. Puis je me suis ravisé, parce que tu vois, en fait, je n'avais rien prévu d'autre, et je voulais pas te décevoir… Alors j'ai recraché le caramel, je l'ai essuyé avec le revers de ma tunique, et je l'ai fourré dans le papier kraft que j'avais piqué à Shura. Voilà… tu sais tout !
- Eh bien Milo… tu sais ce qu'on dit de la gourmandise ?
- Ouais, ben c'est pas le pire de mes défauts ! rétorqua le Scorpion en approchant le bonbon de ses lèvres.
- Milo ! Tu ne vas quand même pas le manger ?!
- Ben quoi ? Il était bien à l'abri dans ton petit congélateur maison. Je risque pas une intoxication ! précisa le Scorpion en fourrant le bonbon dans sa bouche. Hum… délicieux ! Bon, et toi alors ? T'es content d'avoir retrouvé ton bouquin ? C'est L' Île au trésor (1), pas vrai ?
- En effet… » acquiesça Camus en serrant le livre entre ses mains. Il caressa la couverture du bout des doigts, ouvrit l'ouvrage pour en parcourir quelques pages, puis le referma. Un léger sourire anima sa bouche, puis il poursuivit sur un ton un peu plus grave :
« J'étais vraiment un gamin ennuyeux…
- Mais pas du tout ! Camus, t'étais tout sauf ennuyeux ! Et tu peux me faire confiance… Je n'ai jamais supporté l'ennui, alors si tu avais été quelqu'un d'ennuyeux, tu ne serais jamais devenu mon meilleur ami. Et puis tu sais que je l'ai lu ?…
- Tu as lu L' Île au trésor?
- Oui.
- Mais pourquoi ?
- Ah parce que j'ai besoin d'une raison, moi, pour lire un bouquin ?
- Non. Bien sûr que non… Je suis un peu étonné, c'est tout. Pourquoi ne m'en as-tu jamais parlé ? On aurait pu discuter de l'histoire tous les deux, partager nos impressions, relire ensemble nos passages préférés…
- Ben j'aimais bien l'idée d'avoir une sorte de lien secret avec toi… Et puis je voulais te faire la surprise. Je m'étais dit que ça en jetterait que je te balance ça, aussi longtemps après. Genre que j'avais deviné le nom du bouquin, et qu'en plus, après, je l'avais lu. Et plusieurs fois ! Je pensais que tu serais vachement impressionné... Bon, mais je te rappelle que j'étais un gamin, hein. Alors à cet âge-là, je te croyais facilement impressionnable…
- Mais je suis impressionné, Milo ! Et surtout, tellement touché… Tu as lu mon livre préféré ! Et alors, tu l'as aimé ?
- Euh… alors à vrai dire, je ne me souviens plus trop… mais je crois que oui. Même si cette histoire de marque noire (2) m'avait bien foutu la trouille !
- Ah mais Milo, tes souvenirs ne me semblent en rien altérés ! Et nous pourrions donc peut-être l'avoir, notre soirée de lecture partagée ?
- Écoute, pourquoi pas ? Après tout, si ça peut nous permettre de passer du temps tous les deux, moi ça me va… »
Un silence s'installa entre les deux chevaliers, que le plus âgé des deux finit par rompre après un imperceptible pincement de lèvres.
« Milo, je peux te poser une question ?
- Oui.
- Pourquoi tu n'es pas venu me voir. Pour parler…
- Je te retourne la question.
- Tu sais comment je suis…
- Pas faux.
- Et toi, donc… Pourquoi ?
- Je ne m'en suis pas senti capable. Pas avant aujourd'hui. Camus, tu m'as haï, et je crois… enfin si je veux être honnête avec moi-même, et surtout avec toi… Je crois que je t'ai haï moi aussi. Je t'ai maudit pour m'avoir abandonné ce jour-là. Camus, comment as-tu pu partir comme ça, sans même m'avoir fait part de tes intentions avant ? Comment as-tu pu préférer ton disciple à… moi, ton meilleur ami ?
- Ce n'était pas une question de préférence. C'était une question de devoir. Je devais accomplir ma mission, et délivrer à Hyoga sa toute dernière leçon. La plus importante de toutes. Et non, je ne t'ai pas haï.
- Arrête de me raconter des conneries ! Et sois un peu honnête à ton tour. Putain, Camus, je t'ai soumis à l'Aiguille Écarlate ! J'ai serré mes doigts autour de ton cou !
- Ta réaction était somme toute légitime…
- Non, bordel ! J'aurais dû comprendre sans avoir besoin de mots. Camus, tu étais… tu es toujours… Ah merde ! Avoue que tu m'as détesté du plus profond de ton âme, que cette discussion soit close une bonne fois pour toutes !
- Je ne peux pas avouer ce qui n'est pas réel. Et Milo, je suis désolé. Pour tout.
- Tu n'as pas à l'être !
- Si. Ça me paraît évident.
- Bon, c'est vrai ! Et… je suis désolé moi aussi. T'as pas idée de combien je m'en veux pour ce jour-là. Mais il faut que tu comprennes… J'étais tellement en colère… Parce que… Camus, est-ce que tu sais à quel point ta mort m'a été insupportable ?
- Non, je ne le sais pas. Tu ne me l'as jamais dit.
- Eh bien il serait peut-être temps que je le fasse… Camus, j'ai cru que j'allais crever ! Et Athéna sait que je ne demandais rien de plus... Parce que lorsque je t'ai pris dans mes bras et que j'ai senti ton corps glacé sous mes doigts, mon âme s'est déchirée, et une partie de moi s'est éteinte avec toi. Alors quand je t'ai vu revenir, vêtu de ce Surplis au côté de Saga et de Shura, je n'ai pas pu le supporter. Tu étais là, à nouveau, en face de moi. Je pouvais te voir, admirer tes yeux et ton sourire, et toi, toi tu ne prononçais pas un mot.
- Shaka m'avait retiré l'usage de la parole, je te rappelle…
- Oui, mais c'était pas une raison ! Tu aurais pu communiquer avec moi autrement… Bordel, on avait pas assez discuté tous les deux pendant toutes ces années alors qu'on se voyait si peu ? Les portes de mon Cosmos t'étaient grandes ouvertes, et tu n'as pas souhaité les franchir. Alors, je sais que j'aurais dû deviner… que j'aurais dû lire en toi et comprendre par moi-même. Mais je n'ai pas su. C'est pour ça que je suis désolé. C'est pour ça que j'ai honte. Et c'est pour ça que je ne suis pas venu te parler depuis notre retour à la vie. »
Un nouveau silence s'installa au pied du chêne qui avait été le témoin de si nombreuses heures de jeu, et qui aujourd'hui, semblait être le témoin d'une toute autre chose. Puis après plusieurs longues minutes d'incertitude et de doute, le Scorpion finit par reprendre la parole d'une voix trahissant une profonde inquiétude :
« Camus, tu dis rien ?
- Milo, je crois que nous avons tous les deux fait des erreurs, et si tu le veux bien, je pense qu'il serait peut-être temps pour nous d'essayer d'oublier.
- Oui c'est ce que je veux. Et si c'est ce que tu veux toi aussi, alors je pourrais peut-être réussir à effacer tout ça de ma tête.
- Le temps nous y aidera. Il paraît qu'il vient à bout de tout.
- Je n'en suis pas si sûr… Mais quoi qu'il en soit, cette discussion me semblant arrivée à son terme… je crois qu'on pourrait enfin déballer nos petits bouts de papier ! »
Camus esquissa un sourire et commença à ouvrir sa première enveloppe. Ses doigts se glissèrent à l'intérieur et il dégagea un petit rectangle blanc parfaitement plié.
Milo quant à lui, tentait de déchiffrer ce qu'il avait écrit quinze ans auparavant, ce qui ne semblait pas être la plus aisée des tâches.
« Bordel… J'écrivais vraiment comme un pied !
- Mais tu ne te souviens pas de ce que tu as noté ?
- Ben c'est que des rêves inavouables, j'en avais des caisses, alors… J'ai bien une petite idée de ce que ça pourrait être, mais à vrai dire, j'hésite entre deux ou trois possibilités. Et toi ? C'était quoi ?
- Faire le tour du monde avec toi.
- C'est vrai ? Camus, t'avais vraiment écrit ça ?!
- Puisque je te le dis !
- Mais cela n'a rien d'inavouable…
- A l'époque, du haut de mes sept ans de petit apprenti Saint de Glace, je te jure que ça en avait tout l'air…
- En tout cas, pour moi, c'est quand tu veux ! Maintenant qu'Athéna n'a plus vraiment besoin de nous, on pourrait très bien prendre nos cliques et nos claques, et partir à l'aventure tous les deux.
- Ce serait tentant, en effet… Mais j'aurais tout de même une ou deux missions à terminer.
- Ah oui… Pardon ! La lecture de ces rapports super importants pour l'avenir de l'Humanité ! Allez, tu peux le dire que ce boulot, il est chiant à crever ! Et c'est en quelle langue, cette fois ? Fais-moi rêver… vu qu'on voudrait voyager, ça me paraît totalement approprié.
- Islandais.
- Bordel ! Mais pourquoi notre bien-aimée Déesse a-t-elle besoin d'informations contenues dans un rapport en islandais ?
- Je t'invite à lui poser la question toi-même… Bon, et toi ? Ce rêve inavouable ?
- Ben, je suis désolé… je jette l'éponge. J'arrive pas à déchiffrer mes hiéroglyphes !
- Ah mais c'est pas vrai ! Tu ne l'as tout de même pas écrit en Araméen non plus ! Allez, file-moi ça !
- Mais Camus… Tu t'agaces ? Tu t'impatientes ? Tes vingt-deux ans ne te réussissent pas on dirait…
- Arrête de dire n'importe quoi, et donne-moi ce bout de papier ! »
Le Scorpion déposa la petite note jaunie et froissée entre les doigts du Verseau, et ce dernier fronça les sourcils.
« C'est vrai que c'est assez mal écrit, mais je lis bien de l'islandais alors… Bon, voyons voir… Embrasser… »
Le Français stoppa net sa lecture tandis que la pâleur de ses joues virait au plus élégant des écarlates.
« Alors… Je croyais que tu étais capable de tout déchiffrer ?… » s'amusa le Grec, content de la réussite de sa petite machination Scorpiono-machiavélique.
Camus rendit le mot chiffonné à son vis-à-vis qui semblait beaucoup trop fier de lui pour être honnête, et posa ses mains à plat sur ses cuisses.
« Ah mais ça y est ! Je me rappelle ce que j'ai écrit ! C'est dingue la mémoire… ça va, ça vient… Embrasser Camus sur la bouche. Ça, c'était un rêve inavouable ! Non ?!
- En effet…
- Et alors ?
- Et alors quoi ?
- Ben t'en penses quoi ?
- Je viens de te répondre. Oui, il me semble que l'on peut qualifier un tel souhait d'inavouable.
- Non ! Pas ça ! Je parlais de l'idée de m'embrasser !
- J'en sais rien…
- Me dis pas que t'y as jamais pensé ? Vu ton subit changement de couleur, j'aurais du mal à le croire…
- Peut-être que j'ai pu y songer quelquefois, en effet...
- Ben c'est pas grave, hein ! Et respire… sinon tu vas faire un malaise.
- Milo !
- Pardon… Bon, on termine ? Il nous reste un trésor à dévoiler… Une vérité immuable.
- Oui, je sais.
- Alors, allons-y. »
Milo s'empara de sa deuxième boule de papier et la garda entre ses doigts sans la déplier, tandis que Camus déposait en silence sa deuxième enveloppe devant lui.
« Tu ne l'ouvres pas ?
- Je n'en ai pas besoin. Je sais parfaitement ce qu'elle contient. Et toi ?
- Idem. Ça, je ne l'ai jamais oublié…
- Alors, on le dit tous les deux en même temps ?
- Oui. »
…
« J'aimerai Milo pour toujours. »
« J'aimerai Camus pour toujours. »
Les deux amis se regardèrent avec un sourire extatique, et le plus jeune s'approcha du plus vieux pour enfin réaliser ce rêve inavouable qui au fond de lui ne l'avait jamais été.
Et ici, sous cet arbre centenaire aux racines abîmées dans lesquelles ils avaient tant joué, Camus et Milo échangèrent leur tout premier baiser. Quinze ans après s'être avoué leur amour dans le secret de deux petits bouts de papier. Leur amour qui était ainsi resté bien à l'abri, sous la protection de leur jolie boîte à trésors.
Milo s'écarta ensuite un instant, pris le visage de Camus entre ses mains et posa son front contre le sien. Et tandis qu'il plongeait ses yeux dans ceux de celui qu'il aimait depuis toujours, il murmura doucement :
« Joyeux anniversaire Camus. »
– Fin –
…
…
– Ah ben finalement non… –
Quelques heures plus tard, dans l'enceinte du Huitième Temple…
« Camus ! Je t'aime ! »
Le Scorpion laissa retomber sa tête sur l'épaule droite du Verseau et y déposa un baiser. Les deux chevaliers avaient le souffle coupé, comme s'ils venaient de mener le plus rude des combats. Sauf qu'aujourd'hui, il n'y aurait ni vainqueurs ni vaincus. Il n'y aurait que des frissons, des murmures et des caresses. Et deux corps nus et superbes qui se découvraient pour la première fois.
« Milo…
- Oui ?
- Je n'aurais jamais cru…
- Qu'une telle chose était possible ?
- Oui. Mais comment ?...
- C'est grâce à toi.
- Non, je ne crois pas. C'est plutôt grâce à toi. Ça me paraît évident…
- Alors disons que c'était un travail d'équipe. On a toujours fait une bonne équipe tous les deux, non ?
- C'est juste. »
Le Grec vint effleurer les lèvres du Français et s'abandonna au plaisir d'un nouveau baiser. Camus serra ses cheveux entre ses doigts, et Milo gronda de plaisir. Combien il pouvait aimer ça…
« Camus, je ne veux jamais plus quitter tes bras !
- Pourtant il le faudra. Je n'habite pas ici.
- Alors je t'invite à rester !
- Tu ne me supporterais pas.
- Dis plutôt que c'est toi qui ne me supporterais pas…
- Il faudrait probablement que tu fasses quelques efforts…
- De rangement ? De caractère ?
- Non ! Juste des efforts pour ne pas être à ce point désirable…
- Camus ! Mais que t'arrive-t-il ?! Si j'avais su, je t'aurais convaincu de la déterrer avant, notre petite boîte…
- Mais avant aurait été trop tôt. Je pense que j'avais besoin de temps.
- Je sais…
- Et toi aussi, non ?
- Probablement… Mais maintenant tu es là, avec moi, et le reste, je m'en tape ! Par contre, j'aimerais que tu me promettes une chose…
- Laquelle ?
- Essaie de ne pas mourir dans les cinquante prochaines années.
- Je m'y emploierai.
- Merci.
- Et maintenant ? Qu'est-ce que tu veux faire, Milo ?
- Pourquoi pas un peu de lecture, tiens ? T'as bien pris ton bouquin ?
- Oui, enfin j'ai dû le poser par-là en arrivant… » répondit le Verseau en tendant son bras vers la table de chevet. Mais il n'y trouva rien, et se pencha donc au bord du lit pour regarder sur le sol.
« Ah, je le vois. Il a glissé sous le lit.
- Camus ?
- Attends, je l'ai presque…
- Non mais en fait, là, j'ai plus du tout envie de lire…
- Voilà ! Tu veux commencer par le début ou tu as un passage préféré ? interrogea le Français en se redressant sur le matelas.
- Euh… Camus, franchement ? Je crois que maintenant, les pirates, ils peuvent bien rester dans leur galion... parce que moi, je voudrais pratiquer un tout autre type d'abordage… »
A ces mots, un sourire lumineux étira les traits du Gardien de la Onzième Maison, tandis qu'il abandonnait sans débattre son histoire de trésor. Et puis finalement, le plus beau des trésors avait maintenant été découvert, et il n'était nullement nécessaire de chercher à en mettre à jour de nouveaux. Alors Camus se jeta sur les lèvres de celui qu'il avait toujours aimé, dans le secret d'une petite boîte, bien à l'abri là-bas, sous leur grand chêne. Une petite boîte de rien du tout qui leur avait pourtant permis de ne jamais oublier leurs rêves de gosses.
– Fin –
(1) L' Île au trésor, de Robert Louis Stevenson. Pour ceux qui ne connaîtraient pas, il s'agit d'un roman d'aventure avec des pirates, une île et une histoire de trésor (bon… vous auriez pu deviner tout ça avec le titre, c'est vrai… sauf peut-être pour les pirates -).
(2) La 'marque noire' est annonciatrice de mort dans le monde de la piraterie.
Voilà c'est fini. J'espère que vous aurez apprécié ce petit cadeau d'anniversaire plein de guimauve pour Camus… En tout cas, je vous remercie pour votre lecture, et je vous dis à bientôt. Et surtout… portez-vous bien !
