– Alors, avec Scorpius?lança Audrey au détour d'un couloir.

– Quoi, avec Scorpius? Il n'y a même pas de « avec Scorpius ».

Rose était catégorique.

– Tu rigoles?s'exclama Bruna. Il te dévore des yeux à chaque seconde qui passe. On dirait presque qu'il veut te bouffer!

Rose secoua la tête avec désespoir. Cela faisait trop longtemps maintenant que ses deux amies lui parlait de Scorpius dès que l'occasion se présentait.

– Et, en toute franchise... Sa présence dans ta vie n'a pas l'air de te déranger tant que ça, ajouta Bruna.

– Quand même, répondit Audrey, tu te souviens de la tronche qu'elle a tirée quand Scorpius lui a demandé de sortir avec lui l'année dernière? On aurait dit qu'elle avait vu un détraqueur!

Rose leva les yeux au ciel. Elles avaient beau être ses meilleures amies, il y avait des jours où elle paierait pour un peu de tranquillité. Mais, malgré ces pensées, Rose ne pu s'empêcher de se rappeler tous ces bons moments passés ensemble. Et elle ne regretta en rien de passer toutes ses journées avec ces deux-là.

Et, soudainement, alors qu'elles continuaient leur marche jusqu'au terrain de Quidditch et qu'Audrey et Bruna continuaient de parler de ce qu'elles appelaient «Scorose» sans se soucier de la présence de leur amie, l'image de Scorpius venant parler à Rose en quatrième année commença à hanter l'esprit de celle-ci.

Audrey et Bruna étaient posées dans un couloir de Poudlard. Elles attendaient que le cours de métamorphose commence, accompagnées de leur meilleure amie. Rose, elle, était adossée au mur. Elle s'était redressée en entendant de grands pas se diriger dans sa direction. C'était Scorpius. Il arrivait à grandes enjambées, les poings contractés et une détermination furieuse dans le regard. Albus le suivait de près.

– Rose!avait-il crié.

Celle-ci avait eu un léger sursaut. Cette voix dure et assurée n'appartenait pas au Scorpius habituel qu'elle connaissait. Lorsqu'il se planta devant Rose, son visage n'avait plus l'air tiré à quatre épingles. L'expression rude qu'il abordait à peine quelques instants auparavant avait complètement disparue. Et quand il avait de nouveau ouvert la bouche, tous avaient remarqué que sa voix s'était radoucie.

– On peut parler?

La mine de Rose, elle, était sévère;elle l'était tout le temps avec Scorpius.

– Je t'écoute, avait-t-elle articulé.

D'un geste gêné de la tête, le beau blond lui avait monté l'assemblée qui les assistait. En plus de leurs meilleurs amis respectifs, les élèves de cinquième année des maisons de Gryffondor et Serpentard, qui attendaient patiemment eux aussi le cours de métamorphose à l'étage inférieur, avaient tendu l'oreille lorsque Scorpius avait bruyamment fait son entrée.

Rose avait lâché un soupir digne de scènes des plus dramatiques en se redressant. Elle l'avait entraîné dans la salle de classe la plus proche et s'était de nouveau appuyée contre le mur

– Je t'écoute, avait-elle répété.

Le jeune homme avait tout de suite l'air moins confiant.

– Je...

Rose se souvint qu'il avait inspiré un coup.

– Tu...

Il s'était humidifié les lèvres, puis avait retenté.

– Tu...

– Je, quoi, Scorpius?

La Gryffondor à la crinière flamboyante avait commencé à perdre patience à cet instant précis.

– Tu aimerais... Hum... Aller boire une bière au beurre avec moi au Chaudron Baveur? Une bière au beurre ou autre chose, d'ailleurs! Je-je t'offre ce que tu veux. Ce dont tu as envie, je te l'offre.

– Scorpius, tu es en train de m'inviter à sortir?

Rose avait eu un sourire. Elle ne savait pas trop pourquoi, mais elle avait souri. Si on lui demandait, elle nierait. Mais un rictus avait traversé son visage, ce jour-là. Sur le moment, elle l'avait trouvé adorable. Ça aussi, elle contesterait.

Scorpius avait froncé le nez en faisant une grimace.

– C'est non, c'est ça?

Rose avait penché la tête. Son sourire avait diminué. Mais il était toujours présent. Scorpius l'avait aperçu, et avait cru un instant qu'elle se moquait de lui. Mais elle lui avait offert au moins un minimum de considération. C'était le plus important. Et son sourire... Moqueur ou non, il l'adorait.

– C'est non, avait-elle dit doucement.

Scorpius, lui, avait hoché la tête, le regard pointant vers le sol.

– Okay..., avait-il chuchoté.

Rose avait fait quelque chose dont le jeune Serpentard était convaincu qu'il se souviendra toute sa vie (et toute sa mort). Elle avait posé sa main sur sa joue. Et avait délicatement relevé sa tête pour que leurs deux paires d'yeux se jaugent l'une l'autre.

– Scorpius... Je ne suis sûrement pas la femme de ta vie.

Dans toute la tête du jeune homme, une pensée résonnait. Qui essayait-elle de convaincre au juste?

Il était resté silencieux un instant. Presque pour chercher la façon la plus convaincante de lui faire croire le contraire.

– Si. Tu l'es. Je t'assure que tu l'es.

Dans son regard flamboyait à la fois une détermination courageuse et une tristesse infinie. La jolie rousse en était déboussolée, mais était restée impassible. Elle avait penché encore plus son visage.

– Scorpius..., avait-elle répété.

Lui, avait secoué vivement la tête. Rose avait maintenant une main postée de chaque côté de sa mâchoire. Il avait saisi ses deux poignets. Et avait collé son front au sien.

– Rose...

C'était à elle de secouer la tête. Elle savait ce qui allait se passer. Et elle ne voulait pas tomber ainsi.

Finalement, c'était arrivé.

Leurs lèvres avaient passé un moment à s'effleurer, à se chercher. Et quelque part, Rose se demandait si c'était leurs lèvres, ou eux, qui s'étaient courus après. Et, quoiqu'il en soit, elle savait déjà ce qui allait se passer avant la fin de l'histoire. Leurs bouches s'étaient trouvées, mais il n'en était pas autant d'eux deux. D'ailleurs, Rose ne pu s'empêcher de s'interroger en repensant à cet événement: se trouveraient-ils un jour?

Sortant peu à peu de ses pensées, la Gryffondor se retrouva aux côtés de Bruna et Audrey, avec qui elle se dirigeait toujours vers l'extérieur: elle avait un match à gagner.