Chapitre Cinq
Adossé à l'une des colonnes du premier étage, Drago tapait du pied nerveusement.
Jusqu'ici, son instinct ne l'avait jamais trompé. Et visiblement, il ne lui faisait toujours pas défaut:
ce McLaggen ne lui revenait pas.
Déjà lorsqu'il avait passé les portes de l'établissement trois jours plus tôt, il avait eu le sentiment qu'entre cet homme et lui, ça n'allait pas être la plus grande amitié du monde.
Mais il s'était lourdement fourvoyé: maintenant, il avait envie de lui refaire le portrait avec ses poings.
Au grand dam du blond, Harry avait accepté la proposition de McLaggen même si, à ce qu'il avait entendu, ce dernier avait du se plier aux conditions du brun.
Un léger sourire réapparut sur le visage de Drago. Il aurait bien aimé être présent dans le bureau pour voir l'expression certainement scandalisée de McLaggen lorsque le patron s'était montré inflexible.
Et à présent, trois jours plus tard, une multitude de personnes avait passé l'entrée de la maison close pour installer le studio photo éphémère. En moins d'une heure, des dizaines et des dizaines de mains s'étaient activées pour transformer le rez-de-chaussée: projecteurs, tapis, rideaux, ... tout avait été monté avec précision et maîtrise, sous les yeux ébahis des ouvriers au travail et des employées de l'établissement.
Bientôt, McLaggen fit son entrée, toujours aussi extravagant et énervant.
Drago sentit monter sa colère rien qu'à la vue du personnage.
L'homme regarda autour de lui, le visage froid et ne tarda pas à s'exclamer bruyamment sur tous les détails qui, selon lui, n'allaient pas du tout.
Sans un mot de protestation, les assistants se pliaient à ses quatre volontés et caprices.
Drago renifla de dégoût. Travailler pour cet homme devait être un calvaire permanent!
Les mannequins ne tardèrent pas à arriver à leur tour, faisant brusquement lever les yeux des ouvriers de restauration.
Les jeunes femmes disparurent bientôt derrière un long rideau, leurs permettant de se changer à l'abri des regards.
L'un des barmans de la maison close, occupé à préparer la prochaine ouverture, fronça les sourcils.
Un coup d'œil vers sa droite lui confirma que son collègue s'était lui aussi arrêté de travailler, perplexe.
Le fait que le grand patron avait exigé que les filles de la maison close posent en tant que mannequin pour les photos du magazine avait fait le tour de l'établissement en un rien de temps. Tout le monde était ravi, les principales concernées en premier.
Harry était déjà idolâtré par toutes avant cela, alors depuis cette annonce...
Mais il semblerait que maintenant que le moment était venu, il y ait un bémol .
En effet, les mannequins étaient en train de se préparer depuis un moment déjà et les filles de l'établissement, elles, étaient toujours au premier étage, à regarder par-dessus la rambarde incertaines sur si elles devaient descendre ou non.
Et ce McLaggen n'avait pas l'air pressé d'aller les chercher.
Le barman sentit son sang bouillir.
Depuis le début, l'attitude de cet individu montrait clairement ce qu'il pensait des employées de la maison et il se permettait de leurs manquer de respect en l'absence d'Harry.
D'un geste rageur, le barman posa la bouteille sur le bar et se dirigea fermement vers McLaggen.
Avec un petit temps de retard, son collègue le suivit.
- Excusez-moi! s'exclama le jeune homme.
Monsieur McLaggen se retourna, interrogatif mais son visage exprima le mépris lorsqu'il reconnut la personne devant lui.
- Je n'ai pas de temps à vous accorder, déclara-t-il avec dédain. J'ai beaucoup à faire moi!
Et il tourna la tête, ignorant le barman, dans le but de crier contre un de ses assistants qui passait.
Ne se laissant pas démonter, le jeune homme lui attrapa le bras et s'écria avec humeur:
- Et bien le temps vous allez le trouver!
Monsieur McLaggen dégagea son bras, une expression mécontente sur le visage.
- Ecoutez jeune homme...commença-t-il.
- Non, c'est vous qui allez m'écouter! Pourquoi personne ne prend les filles en charge? Elles doivent poser avec vos mannequins! Alors comment se fait-il qu'elles soient encore là haut alors que vos mannequins, elles, sont déjà prêtes?
McLaggen lui sourit moqueusement.
- Nos modèles sont maquillés et habillés par nos soins, répondit-il. Mais vos...filles, comme vous les appelez, poseront comme elles sont naturellement.
- Ce n'est pas ce qui était convenu! s'exclama le deuxième barman.
- Je n'ai pas de temps à perdre à écouter les pleurnicheries des employés de bas étage! soupira McLaggen, hautain.
- Vous avez signé un contrat très clair et vous devez le respecter!
D'un même mouvement, les deux barmans et McLaggen se tournèrent vers Drago.
Ce dernier se plaça aux côtés des deux employés, les bras croisés, ses yeux gris fusillant l'homme devant lui.
- Monsieur , reprit McLaggen d'une voix doucereuse, les détails du contrat ne vous regardent ni vous, ni les... employés de cet établissement. Alors, laissez les grandes personnes travailler en paix!
- Harry ne vous laissera pas faire! enchaîna rageusement le premier barman.
Le sourire de McLaggen s'agrandit.
- Mr Potter n'est pas présent mon cher et les absents ont toujours tort comme on dit!
L'homme leurs tourna le dos, fier de son effet, lorsqu'une voix glaciale retentit:
- Voyez-vous cela?
McLaggen se figea sur place et Drago sentit un agréable frisson lui parcourir le dos.
Il n'avait pas besoin de regarder pour savoir qui avait parlé, il reconnaîtrait cette voix entre mille.
Lentement, McLaggen fit face au nouveau venu, son visage ayant perdu toute son arrogance.
- Mr Potter, commença-t-il. Je ne m'attendais pas à vous voir si tôt!
- J'avais cru comprendre ça, en effet!
Les yeux toujours braqués sur McLaggen, Drago vit Harry approcher du coin de l'œil et s'arrêter à quelques pas.
- Alors, reprit le brun d'une voix dure, comme l'ont si bien dit les trois jeunes hommes ici présents, comment se fait-il que vous ne respectiez pas les termes du contrat que vous avez signé?
- Eu ...je...
McLaggen déglutit, visiblement très mal à l'aise.
Drago sentit un immense sourire fendre son visage. C'était jouissif!
L'homme semblait littéralement se ratatiner sous le regard froid d'Harry.
Ce dernier leva bientôt les yeux vers le premier étage et toute trace de colère disparut brusquement de son expression lorsqu'il demanda aux filles de les rejoindre.
Elles s'exécutèrent en silence et se rassemblèrent autour du brun.
Il stoppa alors un des nombreux assistants qui passaient à côté d'eux et lui demanda d'escorter ses employées vers l'endroit où elles pourraient se préparer.
Clairement surpris par le ton calme et poli de la demande, l'assistant cligna des yeux, jeta un coup d'œil apeuré vers McLaggen puis se tourna vers les demoiselles en leurs demandant de le suivre, les joues brusquement rouges.
Lorsqu'il fut sûr qu'elles étaient bien traitées, le regard d'Harry se refixa sur McLaggen.
Il s'avança de nouveau, jusqu'à se retrouver pratiquement nez- à- nez avec l'homme et murmura:
- Je vous laisse une dernière chance. Il est dans votre intérêt de respecter le contrat à la lettre dorénavant. Le moindre écart et vous regretterez de m'avoir rencontré!
La mâchoire serrée, McLaggen ne répondit rien et préféra battre en retraite.
Le brun se retourna vers ses deux barmans et les félicita pour leur intervention. Les deux hommes, tout sourire, repartirent vers leur travail.
Harry pivota alors vers le blond. Pendant quelques secondes, ils ne firent que se regarder puis le brun chuchota:
- Merci d'avoir défendu mes employées Drago.
Puis, sans attendre de réponse, Harry s'en alla.
Abasourdi, le blond resta sur place.
Il rêvait ou bien il l'avait appelé par son prénom?
Son regard gris tomba sur Ginny, à quelques mètres devant lui. Cette dernière avait passé la tête derrière l'immense rideau et le fixait, grand sourire aux lèvres. Lorsque leurs yeux s'accrochèrent, elle leva le pouce en l'air et disparut aussitôt.
Amusé, Drago éclata de rire.
...
La séance photo avait commencé depuis quelques minutes maintenant et Drago était exaspéré.
Le photographe, un certain Colin Crivey, était, à ses yeux, aussi énervant que McLaggen.
Petit et habillé de vêtements sombres et classiques, il passait son temps à jacasser tout en prenant ses photos.
Sautillant dans tous les sens, il tournait autour des mannequins avec son appareil, tout en commentant joyeusement leur allure et leur pose.
Drago allait craquer!
La prise fut bientôt terminée et Crivey remercia les deux filles qui venaient de poser.
Ce fut alors au tour de deux employées de la maison close de s'avancer sur le tapis.
Un peu en retrait, McLaggen cachait mal son mécontentement mais Crivey lui semblait ravi.
- Venez, venez! s'écria-t-il avec de grand geste. Installez-vous là. Oui, comme ça!
Avec patience, il leur fit prendre la pose souhaitée, prit quelques clichés puis se recula, visiblement en pleine réflexion.
Il se tourna alors vers l'assemblée derrière lui, balaya les gens du regard puis s'élança vers McLaggen.
Pendant un instant, les deux hommes parlèrent à voix basse puis Crivey, tout sourire, pivota vers Harry.
- Mr Potter! Venez, venez! Je souhaiterais vous inclure dans les photos!
Un sourcils haussé, Harry ne bougea pas d'un pouce.
- Comment ça?
- Eh bien, nous sommes dans votre établissement, avec vos propres employées qui posent, superbement d'ailleurs, pour nos clichés. Je me suis dit que ça rajouterait du caractère si on y mettait en plus un élément masculin. Et qui de mieux que le patron des lieux? En plus vous êtes magnifique, c'est un régal pour les yeux de vous regarder!
A quelques mètres de là, Drago se redressa, sourcils froncés.
Non mais il se prenait pour qui ce petit photographe de mes deux!?
Harry ouvrit la bouche, certainement pour refuser mais les filles se mirent à l'encourager.
Le brun les regarda avec un sourire et capitula devant leur mine réjouie.
- Merveilleux! s'écria Crivey. Je vous laisse vous préparer avec notre personnel alors!
Il sautilla de nouveau vers son appareil pour faire de nouveaux réglages en attendant.
Il ne fallut guère de temps au brun pour revenir et lorsqu'il passa le rideau, Drago sentit sa mâchoire se décrocher.
Vêtu uniquement d'un pantalon en cuir noir moulant et de bracelets également en cuir aux poignets, les cheveux encore plus décoiffés que d'habitude, il était à tomber.
Lorsqu'il passa à ses côtés, Crivey le déshabilla du regard, sourire aux lèvres.
Suivant les instructions, le brun se cala entre les deux jeunes femmes et la séance photo put reprendre.
Drago ne quitta pas Harry des yeux une seule seconde. Il n'y avait pas besoin de venir du milieu pour voir qu'il était fait pour être devant un objectif.
Les femmes à ses côtés avaient beau être superbes, on ne voyait que ses splendides yeux verts, son air de mauvais garçon et ses cheveux noirs dans lesquels on rêvait de passer ses mains.
Et au grand mécontentement du blond, il n'était pas le seul à l'avoir remarqué: Crivey ne loupait pas une occasion pour toucher le jeune homme. Il le faisait changer de poses à chaque photo, s'avançant pour lui montrer ce qu'il voulait à grand renfort de mains posées sur les hanches ou sur les bras.
Si Drago ne savait pas se contenir, il lui aurait fait manger son appareil photo depuis longtemps!
Les clichés se succédèrent et les heures passèrent puis il fut l'heure de tout ranger.
Les filles, surexcitées par cette première expérience, remontèrent dans leurs chambres en discutant et en rigolant, impatientes d'être le lendemain pour recommencer.
D'un pas lent, Harry s'avança dans une cabine de fortune pour se changer.
Il n'en pouvait plus de ce pantalon! Il n'avait jamais mis de vêtement en cuir jusqu'ici et il n'était pas prêt de recommencer.
La matière le collait comme une seconde peau et la transpiration n'aidait en rien.
Il attrapa une serviette posée là et s'épongea le visage avec un soupir.
- Rebonjour!
Sursautant violemment, Harry se retourna.
Colin Crivey se tenait derrière lui, un léger sourire sur les lèvres.
Pris au dépourvu, le brun mit un instant avant de dire:
- Monsieur Crivey, je souhaiterais me changer si cela ne vous dérange pas.
Le sourire de l'homme s'agrandit.
- Et je peux certainement vous y aider, répondit-il d'une voix grave.
Harry allait vertement répliquer mais quelqu'un d'autre le devança.
Le rideau s'écarta brusquement et un Drago furieux rentra dans le petit espace.
Il cracha au visage de Crivey:
- Vous ne l'aiderez pas non et vous allez me faire le plaisir de dégager votre carcasse ailleurs!
Comprenant la menace, Crivey se recula puis, avant de sortir, se tourna de nouveau vers Harry pour dire sensuellement:
- Vous savez où me trouver!
Seuls tous les deux, le silence s'abattit brusquement dans la cabine.
- Je peux savoir ce qu'il vous a pris?
Drago se tourna vers Harry. Ce dernier le fixait, visiblement mécontent.
- Ce qu'il m'a pris! s'écria le blond. Parce que vous auriez voulu que je le laisse vous "donner un coup de main" peut-être!?
- Je n'ai pas dit ça! retourna le brun. Mais je suis capable de me défendre tout seul!
Avec un sourire, Drago répliqua:
- Oui, ça je suis bien placé pour le savoir mais il fallait qu'il sache ce qu'il risque s'il s'approche trop prêt de ce que je convoite.
Harry le fusilla du regard.
- Je ne vous appartiens pas! Mettez-vous ça dans le crâne!
Le sourire de Drago s'agrandit.
- En effet, chuchota-t-il. Pas encore.
Le brun explosa.
- Jamais! cracha-t-il, tremblant de rage contenue. Jamais, vous entendez! Je vous l'ai déjà dit, vous n'obtiendrez rien de moi! Arrêtez de me...
Drago se jeta sur ses lèvres, le coupant net au milieu de sa phrase.
Totalement pris au dépourvu, le brun n'eut aucune réaction.
Profitant de son effet de surprise, Drago approfondit le baiser, sa langue allant caresser les lèvres tant désirées.
Mais Harry retrouva rapidement ses esprits. D'un mouvement brusque, il s'arracha de l'étreinte du blond et le gifla de toutes ses forces.
Drago manqua de s'écrouler au sol.
- Je ne le redirais pas Monsieur Malefoy! Essayez de me toucher encore une fois et vous le regretterez!
Harry s'élança hors de la cabine d'un pas rageur.
A suivre...
