Écoutons le carillon
Qui tout là-haut nous appelle,
Écoutons le carillon
Puis nous ferons réveillon.

Hermione ferma les yeux, s'autorisant encore une minute, une petite parcelle d'éternité, avant de repartir au Bal de Noël. La jeune sorcière ne comprenait pas pourquoi McGonagall avait accepté d'organiser un bal de Noël, ici à Poudlard, pour tous les survivants de la Seconde Guerre des sorciers. Elle pouvait encore voir les cadavres de ses amis allongés sur les pierres froides du sol que leurs sangs avaient rougies. Partout où ses yeux noisette se posaient, elle se rappelait, ses souvenirs de leurs rires et insouciance se mêlant à leurs cris d'agonie. Elle avait eu l'impression de suffoquer dans sa longue robe blanche que Ginny l'avait forcée à porter, des centaines de personnes qui semblaient ne pas avoir de visages l'entourant, riant et buvant comme si la Mort elle-même n'avait pas pris possession de ces lieux quelques mois plus tôt. Hermione n'aurait jamais dû accepter de venir à ce bal.

Elle avait l'impression d'être de nouveau dans la barque qui l'avait emmenée pour la première fois à Poudlard, sauf que cette fois, le petit canot était bondé de tous ses amis défunts, elle au milieu, seul cœur encore vivant. L'eau noire du lac semblait déchaînée, l'école des sorciers, seule lueur d'espoir dans cette nuit sans lune, étant leur unique destination, à jamais hors de portée. Au loin, la tempête se faisait entendre, le grondement de l'orage semblant répondre au battement rapide du cœur de la jeune sorcière, chaque mort aux yeux vides se battant, poussant afin d'être le seul survivant à atteindre leur destination. Nulle part où se cacher, les plus faibles devant partir en premier. Et Hermione était faible. Elle ne le montrait pas, à jamais le pilier du Trio d'Or. C'était épuisant mais hélas la seule solution. Elle devait être forte pour eux, même si cela signifiait mourir à petit feu dans les méandres de son âme.

Une larme coula le long de sa joue alors qu'elle ouvrait les yeux, la lumière de la pleine lune éclairant de toute sa beauté le lac et la forêt interdite. Elle ne savait pas vraiment pourquoi ses jambes avaient choisi de l'emmener jusqu'à la tour d'Astronomie mais elle en était reconnaissante. Depuis la mort de Dumbledore, Harry n'y avait plus mis un pied et Ron ne penserait jamais à la chercher ici.

Ron. Son cœur se serra mais elle refusa de laisser ses émotions la submerger. Il serait mieux sans elle, même s'il ne le savait pas encore. Leur rupture avait été brutale mais nécessaire. Hermione ne pouvait tout simplement pas être ce qu'il voulait qu'elle soit. Elle était en train de se noyer et elle ne voulait pas l'entraîner avec elle.

Prenant une grande inspiration, elle se retourna, essayant de trouver le courage de retourner à la fête. Un cri de surprise mourut dans sa gorge lorsque qu'elle aperçut Harry, accoudé contre la porte, un sourire amusé aux lèvres. Sa chemise s'était ouverte pendant la bal, montrant aux yeux de tous que le Survivant n'était plus un enfant mais bel et bien un homme, un Auror en devenir. Il portait un ridicule bonnet de Père Noël qui était sur le point de tomber. Peu étaient les personnes qui avaient compris la signification de son chapeau, les sorciers célébrant Yule et non Noël comme les Moldus.

« Mione, qu'est-ce que tu fais ici ? » demanda le sorcier, ses yeux verts semblant noirs avec la lumière de la lune. « Ron te cherche partout… Il faudrait vraiment que tu lui parles. Je crois que le whisky pur-feu lui monte à la tête, il a l'espoir de te reconquérir ce soir. » En parlant, il avait avancé vers elle, ses pas fluides et rapides. Se positionnant à côté d'elle, à l'endroit exact où Dumbledore était tombé, il ferma les yeux, appréciant l'air glacial.

« Qu'est-ce que je dois faire, Harry ? » soupira Hermione, rattrapant le bonnet de justesse avant qu'il ne tombe de la tête du Survivant. La sorcière commença à jouer avec la fourrure blanche du chapeau, essayant de ravaler les larmes traîtresses qui menaçaient de couler. « Il est trop tard maintenant… Ma fin heureuse ne verra jamais le jour. Tous mes rêves ont été réduits à néant avec cette guerre et… Si je pouvais, je remonterais le temps pour mettre fin à tout avant que cette histoire ne commence, mais c'est bien trop tard… Il est trop tard… »

« Waouh, je croyais qu'on était ici pour s'amuser, pas pour philosopher… » plaisanta Harry, arrachant le bonnet des mains de la jeune femme avant de le lui mettre sur la tête. Les yeux remplis de larmes, elle l'enleva d'un revers de la main, le sorcier le rattrapant au vol. « Je ne vois pas pourquoi tu ne veux pas le porter, c'est Noël ! »

« Parce que j'ai l'air d'une idiote, voilà pourquoi. » répondit-elle, son rire étouffé par un sanglot alors qu'elle versait de nouvelles larmes.

« Pas plus que d'habitude, je t'assure… » dit Harry en haussant les épaules avant de poser son bras autour de ses épaules. « Ecoute, on pourra parler de tout ça demain, promis. Mais, s'il te plaît, ne ruine pas Noël ! On est en vie et le grand méchant est six pieds sous terre ! Viens faire la fête ! J'ai une surprise pour tout le monde et il faut que tu sois là ! »

« Je n'y arrive plus, Harry… » soupira la jeune femme. « Que dirais-tu si je te disais que j'étais prête à sauter quand tu es arrivé ? Je n'arrête pas de revoir Fred, Remus, Tonks, Colin… même Rogue… Ils ne sont peut-être pas devenus des fantômes mais, partout où je vais, je… »

« Oh, mais tu vas arrêter tes pleurnicheries à la fin, vieille chouette rabougrie ? » l'interrompit le Survivant, sa main devenue aussi froide que de la glace resserrant son emprise sur Hermione. « Quand la potion est tirée, il faut la boire ! Tu t'es toujours apitoyée sur ton sort : pauvre petite Sang-de-Bourbe qui sait toutes les réponses à toutes les questions ! » La jeune sorcière resta bouche-bée, incapable de répliquer quoi que ce soit, les mots de son meilleur ami plus affûtés que la lame de l'épée de Gryffondor. « Tu patauges dans le chaudron depuis l'enterrement de Fred. Par la barbe de Merlin, Hermione, il est temps de prendre l'hippogriffe par le bec ! Ce sont dans les moments comme celui-là que je me demande pourquoi je suis encore ami avec toi… » Harry était maintenant derrière elle, ses mains comme des griffes acérées meurtrissant les épaules nues de la sorcière. « C'est à cause de gens comme toi que les Sang-de-Bourbe ont une mauvaise réputation ! Pas étonnant que Voldy ait voulu vous exterminer… »

Un sanglot mourut sur les lèvres d'Hermione alors que le sorcier enserra sa gorge, juste assez pour laisser une marque mais pas assez pour lui couper la respiration. « Harry… Qu'est-ce qu'il t'arrive ? » demanda-t-elle, essayant de reculer du bord où Harry les avait positionnés, maudissant Ginny qui avait retiré sa baguette de sa robe, lui assurant qu'elle n'en aurait pas besoin pour un simple bal.

« Ce qui m'arrive ? » ria-t-il, son souffle aussi glacé que la Mort venant caresser sa nuque. « Je suis enfin libre, Mione ! Je n'ai plus à cacher qui je suis vraiment. Tu sais, un homme sage m'a dit un jour qu'il n'y a pas de bien ni de mal, il n'y a que le pouvoir, et ceux qui sont trop faibles pour le rechercher… Bien sûr, je n'ai compris ses mots que bien après, quand j'ai eu son journal entre les mains… Son journal où se cachaient toutes ses pensées, ses secrets, ses aspirations… C'est à ce moment-là que j'ai su, Hermione. C'est à ce moment-là que j'ai commencé à cacher mes véritables intentions. Pour tout le monde, j'étais le pauvre Harry Potter dont seule la chance lui permettait de s'en sortir… le pauvre Harry Potter se battant pour le bien de tous… Mais tu sais, tuer des Sang-de-Bourbe n'était pas le but premier de Tom. Il voulait juste faire en sorte que le monde des sorciers soit reconnu à sa juste valeur. Sa haine a trouvé naissance après qu'il ait appris que son père était un moldu… son père absent, sans-cœur, qui a laissé mourir sa mère dans la misère et la douleur… Tu comprends, Hermione ?... Il y a une ressemblance entre nous. Même toi, tu as dû le remarquer. Nous avons tous les deux du sang moldu, nous sommes tous deux orphelins, élevés par des Moldus. Et probablement les deux seuls élèves de Poudlard qui aient jamais parlé Fourchelang depuis le temps du grand Serpentard lui-même. Même physiquement, nous nous ressemblons… C'est pour cela que j'ai dû le tuer ! Il ne peut y avoir qu'un seul leader… un seul sorcier assez puissant pour placer le monde magique à sa vraie place, au sommet de la chaîne alimentaire, au-dessus des Moldus qui nous ont toujours rabaissés ! Te souviens-tu comment les autres Modlus te brutalisaient parce que tu étais différente ? Il est temps de changer la donne… Voldemort est mort, longue vie à Harry Potter ! »

« Harry, tu es malade… Tu ne penses pas ça sérieusement… L'alcool et la peine doivent… » murmura Hermione, sa voix trahissant sa peur.

« Oh, le chat est entré dans la cage aux lutins à présent » susurra-t-il en resserrant ses doigts, lui coupant pratiquement la respiration. « Je dois admettre que je n'aurais pas pu réussir sans toi, Mione. Arrête de combattre le pouvoir et aide-moi à conquérir le Monde des Sorciers… Pour le plus grand bien ! »

N'ayant pas d'autre choix que de se rapprocher du vide pour se dégager de son emprise, Hermione ferma les yeux, avançant d'un pas en donnant un violent coup de coude à Harry qui la lâcha par surprise. Massant sa gorge endolorie, la sorcière regarda son meilleur ami, la terreur se reflétant sur son visage alors qu'elle vit le sorcier se transformer, ses cheveux noir ébène s'éclaircissant rapidement pour se confondre avec son teint maintenant aussi pâle que la Mort elle-même, ses yeux émeraudes devenant rouge sang, une dangereuse lueur meurtrière y dansant alors qu'il enlevait ses lunettes. Sa cicatrice en forme d'éclair brilla d'un éclat jade avant de s'effacer.

« Tu as perdu ta langue ? » ricana Harry en se redressant, ses yeux promettant à la jeune sorcière un futur sanglant. « La prophétie ne disait-elle pas « l'un ne peut vivre tant que l'autre survit » ? Voldemort est mort, Hermione. C'est à mon tour d'être immortel ! »

« Tu as besoin d'aide » murmura Hermione, essayant de s'éloigner du bord, mais Harry lui bloquait le chemin. « Je vois qui tu es maintenant, Harry, mais je ne peux pas être celle que tu veux que je sois ! » Le sorcier ouvrit la bouche, prêt à répliquer mais la sorcière l'interrompit, un feu nouveau brûlant dans son âme. « Ne dis pas un mot ! Tu vas encore déformer la vérité… Je ne tomberai pas dans ton piège. J'ai cru en toi, Harry ! J'ai cru en toi mais tout n'était que mensonges ! Je t'interdis d'utiliser mon passé pour justifier les horreurs que tu planifies ! Reproche ton malheur à ton oncle, à ta tante et même à ton cousin… Blâme la vie que tu n'as jamais eue mais ne t'en prends pas aux innocents ! Blesser les gens, c'est ton propre choix !… L'amour gagnera toujours. La haine ne t'apportera rien ! Alors, non, Harry, je… »

« A ce que je vois, la potion est faite… » murmura le Survivant, soupirant alors qu'il avançait vers elle comme un prédateur s'approchant de sa proie, ses pas masqués par l'horloge sonnant minuit.

Au douzième coup, alors que des feux d'artifices déchiraient le ciel en milliers d'étincelles multicolores, Harry Potter embrassa tendrement le front de sa meilleure amie avant de la pousser du haut de la tour d'Astronomie. Le temps se suspendit alors, sa chute durant une éternité… Une éternité pour dire au revoir… Une éternité pour dire pardon à toutes les prochaines victimes de son meilleur ami… La robe d'Hermione vola autour d'elle, tel un papillon ouvrant ses ailes, ses long cheveux auburn formant un halo foncé autour de son visage. Elle ferma les yeux, empêchant Harry de voir l'étincelle de vie les quitter.

Souriant face à ce spectacle morbide, le Survivant remit son bonnet festif, murmurant : « Joyeux Noël, Mione ! » avant de sauter la rejoindre, le corps sans vie de la jeune femme l'attendant en bas. Néanmoins, la chute ne fut pas meurtrière pour le jeune sorcier, Harry atterrissant sur ses pieds avec grâce tel un chat. Il regarda furtivement autour de lui, rassuré de n'avoir été vu de personne. Au loin, le vent amenait les rires joyeux venant du bal, malsain contraste de ce qui se passait à quelques mètres de là. Secouant la tête, le sorcier étouffa un rire alors qu'il observait son œuvre avec fascination. S'agenouillant près du cadavre encore chaud d'Hermione, Harry la prit dans ses bras, souillant sa chemise de son sang impur. La neige commença alors à tomber sur la robe de la jeune sorcière, flocon après flocon. Chaque cristal glacé but le sang, étincelant comme des rubis. Ce spectacle était aussi envoûtant qu'horrible. « Le dernier ennemi qui sera détruit est la mort » murmura le Survivant « J'espère que tu apprécieras ton cadeau… »

Prenant sa baguette, il enleva le haut gant d'Hermione avant d'inciser avec précision son avant-bras droit, découpant avec des gestes vifs la peau qui avait été meurtrie il y a quelques mois de cela. En quelques gestes du poignet, l'insulte « Sang-de-bourbe » fut recouverte du symbole des Reliques de la Mort, différentes runes formant un cercle parfait tout autour. Satisfait de son travail, Harry laissa tomber sa baguette dans la neige, prenant un instant pour admirer son chef-d'œuvre. Se léchant les lèvres du bout de sa langue maintenant fourchue, il se pencha, écrasant sans ménagement sa bouche sur celle d'Hermione. Les lèvres de la jeune femme étaient froides, elles avaient le goût de la neige, du sang et de la mort avec néanmoins un soupçon d'espoir.

Harry sourit en se reculant, les yeux de la sorcière s'ouvrant alors qu'elle prenait une grande inspiration, la scène rappelant étrangement au Survivant le réveil de Blanche-Neige. « Joyeux Noël à toi aussi, Harry ! » lui dit-elle d'une voix enjouée, se relevant comme si rien ne s'était passé. Elle épousseta sa robe tandis que le sorcier faisait disparaître le sang de leurs vêtements, enfouissant sa baguette dans la poche de son pantalon.

Il ébouriffa ensuite ses cheveux, reprenant son apparence habituelle avant de tendre le bras à Hermione. « Tout commence et se termine ce soir… » annonça-t-il, observant la jeune femme qui continuait à lui sourire. « Nous brûlerons ce monde pour le reconstruire. D'abord le bureau des Aurors, puis le Ministère… J'ai besoin de toi, Mione ! »

« Tu es la seule chose de vraie dans ce monde brisé. » dit-elle comme un pantin dont il tenait les ficelles. Harry eut du mal à contenir un sourire satisfait d'apparaître sur son visage alors qu'il l'emmenait à l'intérieur.

« Allons convaincre Ron de se rallier à nous… Ma véritable histoire ne fait que commencer ! » jubila-t-il, entrant dans la Grande Salle en Conquérant.