I just followed your scent, you can just follow my smile
Irresistible
Un bruit strident tira Lily du sommeil du bienheureux. Elle se retourna en grognant, comme si ce simple mouvement pouvait éloigner cet horrible tintamarre. Puis, elle tenta d'ouvrir les paupières. Grand mal lui en prit. Une lumière aveuglante lui brula les rétines.
« Allo ? … Non, je dors. »
Malgré la douleur lancinante qui lui vrillait les yeux, Lily se força à les garder ouverts. Etait-ce réellement une voix d'homme qu'elle venait d'entendre à l'instant ? Une voix d'homme qui semblait toute proche d'elle. Prise d'un doute horrible, elle passa une main sur ses bras et son ventre. Nus. Tout était nu. Elle était nue. Elle était nue, qui plus est dans un lit qui ne semblait pas le sien. La lumière du jour qui filtrait à travers les épais double rideaux bleus montrait une chambre pas très spacieuse mais proprette, avec une plancher en parquet, bien loin de la moquette dégueulasse à la couleur inindentifiable qu'elle avait chez elle. L'homme remua à côté d'elle et glissa un bras autour de sa taille, par dessus la couette moelleuse.
« BON. PAS DE PANIQUE », hurla son cerveau, en proie à la panique.
Elle se retourna doucement pour essayer de comprendre de quoi il s'agissait. Du coin de l'œil, elle aperçut une touffe de cheveux noirs en bataille, le reste du visage étant blotti dans son cou. Et là, tout lui revint. James. La soirée. La vodka. La dernière clope. Le lit à la couette blanche, virginale. Les baisers dans le cou, les mains dans les cheveux, les fringues qui volent, les galipettes, le pied d'enfer, le sommeil trouvé blotti contre un corps qui irradiait une telle chaleur que cela en était presque insupportable. Lily se rappela de tout et se détendit, se laissant aller à l'étreinte de James, comme si c'était la dernière. Ce que c'était probablement.
Elle sentait le souffle lent et régulier de James contre sa nuque, signe qu'il s'était rendormi. Elle sourit. Bon sang, ce que c'était agréable de se réveiller aux côtés de quelqu'un qui vous câlinait. Ce qui l'était moins en revanche, c'était la gueule de bois. A contre-coeur mais par nécessité, Lily se dégagea des bras de James. Il lui fallait absolument de l'eau. Doucement, avec précaution, elle parvint à sortir du lit sans le réveiller. Elle trouva sa culotte qui pendait lamentablement à la poignée de la porte de la chambre ouverte et elle ramassa le pull qu'il portait hier soir pour l'enfiler. James avait certes le chauffage mais quitter le cocon douillé qu'était la couette était une épreuve. Les yeux plissés par la lumière qui entrait à flot par les fenêtres de la pièce principale, Lily se dirigea au radar vers la cuisine. Même la lumière du frigo l'agressa. Dedans, elle y trouva une bouteille d'eau gazeuse à peine entamée qu'elle vida à grande gorgée sans même remarquer les picotements créés par les bulles qui éclataient sur sa langue.
Une fois hydratée, elle se tourna d'instinct vers la machine à café. Trouver les filtres fût une épreuve mais une fois le breuvage en train de couler, elle se sentit mieux. Elle chercha une tasse et pour cela, elle fût contrainte d'ouvrir davantage les yeux. La cuisine était un champ de bataille et, à côté, le Mordor avait des airs de DinseyLand. Des verres partout, vides, pleins, renversés, avec de la pizza dedans. Par hasard, elle trouva une tasse dans l'évier. Elle la lava furieusement tout en luttant contre les hauts le cœur provoqués par les vapeurs d'alcool encore présent dans les gobelets.
Une fois qu'elle put remplir sa tasse et respirer l'arôme de la caféine, son esprit s'éclaircit un peu. Elle s'appuya contre un placard placé en face de l'évier et de la cafetière pour réfléchir à ce qu'il s'était passé en attendant que sa drogue refroidisse suffisamment pour être ingérée sans risquer une brûlure au quatrième degré de la langue. Déjà, elle était pieds nus dans ce bazar et, quand elle tentant de lever la jambe pour observer l'état de ses voutes plantaires, elle resta collée au sol. Bon. Première chose, elle se sentait sale. Ensuite, elle avait clairement couché avec James alors qu'elle l'avait à peine rencontré le matin même. En soi, ce n'était pas horrible puisqu'il lui avait tout de suite plu et qu'elle en avait envie. Non, ce qui la chagrinait, c'est que ce n'était clairement pas son genre. Elle fronça les sourcils à cette pensée et tenta d'avaler un peu de café. C'était quoi son genre, au juste ? Elle avait couché avec, quoi, deux trois mecs ? Et le nombre de fois où elle s'était retrouvée nue dans un lit aux côtés d'un homme se comptait sur les doigts des deux mains. Elle n'avait pas de genre. Et quand bien même ? Merde, elle faisait bien ce qu'elle voulait, elle n'avait personne pour la juger, personne à décevoir. Elle se brûla la langue en portant la tasse à ses lèvres. Donc, deuxièmement, d'aucun dira qu'elle était une trainée mais elle s'en fichait. Elle savait ce qu'elle voulait et elle l'avait eu. Que les autres aillent au diable. De plus, elle sentait qu'il fallait qu'elle se souvienne d'une chose en rapport avec Sirius. Sirius… Sirius… Le fantasque Sirius… l'exubérant avocat… Avocat ! C'était ça ! Il lui avait dit qu'il pourrait peut-être l'aider. Il fallait impérativement qu'elle pense à lui envoyer un message dans la journée pour savoir de quoi il retournait. Elle finit sa tasse d'une traite.
Elle se resservit en café et entreprit de ranger le carnage. Elle trouva sous l'évier des sacs poubelles qu'elle remplit méthodiquement mais le plus silencieusement possible. Elle ramena ensuite tous les verres en verre dans la cuisine pour les laver. Ce n'était que quand elle eut tout nettoyé qu'elle se rendit compte que James avait un lave-vaisselle. Ma foi. Elle passa même un coup grossier de serpillère avec le balai qui avait servi de partenaire de danse à Sirius dans la soirée.
Quand l'appartement fût à peu près propre (soit trois tasses de café plus tard), elle se laissa tomber sur le canapé et alluma la télévision (après avoir cherché la télécommande pendant une bonne dizaine de minutes pour finalement la trouver dans un tiroir dissimulé de la table basse), baissa le volume et zappa.
Lily habitait son appartement depuis deux ans maintenant et depuis autant de temps, elle n'avait pas eu le loisir de changer de chaînes sans but et de découvrir les nouveaux programmes diffusés. Elle jeta son dévolu sur une série américaine adolescente dont le fil conducteur semblait être de savoir qui colportait tous les ragots dont ils faisaient l'objet.
Avachie sur un coude, ses pieds sales par dessus l'accoudoir pour ne pas souiller le sofa de cuir, Lily savourait son café, sa télé et le soleil qui entrait par la fenêtre. Son appartement à elle était exposé plein ouest, elle n'avait donc de lumière naturelle que le soir, contrairement à James dont les fenêtres étaient orientées vers l'est.
Elle sombra peu à peu dans un demi sommeil. Elle en fût cependant tirée quand elle entendit la porte de la chambre couiner, signe qu'on l'ouvrait. Pour autant, elle ne prit pas la peine de se relever. Elle fit « coucou » du pied à James qui s'approcha d'elle. Il portait le même survêtement bordeaux que la veille et était torse nu. Les cheveux en bataille, les yeux collés par la fatigue, il se passa une main sur le visage, faisant crisser la petite barbe qui commençait à pointer le bout de son nez. Lily n'avait jamais rien vu de plus sexy de toute sa vie. A tâtons, il se laissa tomber à côté de sa tête, sur le canapé. Il bailla, s'étira et Lily ne pouvait détacher les yeux de ce spectacle malgré sa position peu confortable, la tête renversée en arrière, les yeux très haut dans leur orbite. James se laissa aller contre le dossier. Quand, enfin, il parvint à garder les yeux ouverts, il ne put que remarquer le ménage qu'avait fait Lily.
« Hé, t'avais pas à tout ranger, je l'aurais fait !
- Je m'ennuyais », lui répondit-elle en reportant son attention sur la télévision.
« Merci » souffla-t-il, la voix encore rauque à cause du sommeil.
Lily avait envie de poser sa tête sur ses genoux, de retrouver l'intimité qu'ils avaient hier soir mais elle n'osait pas le faire. A la lumière du jour, l'alcool ayant déserté son sang, elle ne se sentait plus aussi à l'aise. Et, de son côté, il n'avait fait aucun geste pour tenter de réinstaurer cette complicité.
« Je vais me chercher du café, tu en veux ? » lui proposa-t-elle, plus pour dire quelque chose, faire quelque chose que quoi que ce soit d'autre. Elle se leva et récupéra sa tasse sur la table basse sans attendre sa réponse.
Dans la cuisine, pendant qu'elle remplissait deux gobelets, elle réalisa à quel point sa tenue était indécente. Elle se demanda même si elle n'avait pas eu tort de rester chez James après s'être réveillée, si elle n'aurait pas du simplement rentrer chez elle. Pourtant, l'idée de cette « marche de la honte », aussi courte fût-elle (allez, un mètre cinquante, d'une porte à l'autre) l'insupportait. D'accord, elle avait couché le premier soir mais elle aurait eu du mal à encaisser de partir dès son réveil. Déjà parce qu'elle n'en avait pas envie. Ensuite parce que… Voilà.
Lily revint dans le salon et donna sa tasse à James avant de s'installer, de manière plus correcte cette fois, à côté de lui. Il grogna un « merci » et elle souffla doucement sur son café pour le refroidir. Dès qu'elle aurait fini, elle s'en irait. Cependant, elle ressentait le besoin de se justifier, pour ne pas qu'il croit qu'elle s'incrustait, que puisqu'ils avaient fricoté, elle était revenue sur ses paroles et qu'elle attendait désormais plus de lui.
« Je me suis permise de rester parce que tu avais la télé et le chauffage… ça fait mille ans que je n'avais pas regardé la télé », expliqua-t-elle à voix basse. Il semblait avoir mal aux cheveux lui aussi, à en juger la manière dont il plissait les yeux.
James posa sa tasse sur la table sans y avoir touché et se leva. Lily en fût vexée. Bon, d'accord, elle avait peut-être mal géré la situation mais ce n'était pas une raison pour se montrer froid et… il revint avec une bouteille d'eau et se laissa tomber dans le canapé, plus près d'elle, cette fois. Alors qu'il vidait l'eau sans reprendre son souffle, il la regardait. Elle ne détourna pas les yeux, essayant de déterminer ce qu'il pensait. Il reboucha la bouteille vide et l'envoya sur la table ; du fait d'un élan trop important, elle alla lamentablement s'échouer sur le tapis, de l'autre côté. Il rit doucement et passa un bras autour des épaules de Lily pour l'attirer à lui qui se laissa faire sans résistance.
Sans échanger un mot, ils regardèrent la télévision, collés l'un contre l'autre. Parfois, l'un ou l'autre remuait pour sa caler encore plus confortablement. La tête de Lily reposait sur l'épaule de James et elle lui caressait le bras qu'il avait passé autour d'elle du bout des doigts. La joue de l'homme reposait sur ses cheveux et dès qu'il respirait, il lui chatouillait le crâne.
Lily soupira de bien-être. Bon sang, tous les dimanches ne pouvaient-ils pas être comme ça ? Bien sûr, elle gardait à l'esprit les multiples mises en garde que lui avait donné James. De ne pas s'attacher, de ne pas espérer. Elle les avait assimilées. Mais pour une fois, pour une petite fois, elle ne voulait pas regarder la réalité en face et elle souhaitait se leurrer un peu. Alors, pour aujourd'hui, elle allait prétendre que c'était ça, sa vie. Se réveiller le matin aux côtés de ce magnifique homme, buller devant la télé avec lui et…
Elle fût interrompue dans son speech par son estomac qui gargouilla, auquel fît échos celui de James.
« Me disais bien qu'il me manquait un truc », déclara-t-il en se dégageant de Lily pour s'étirer encore une fois. « J'ai faim.
- Oui, moi aussi », approuva-t-elle, massant sa nuque endolorie. « Et j'ai envie d'une douche.
- Bonne idée la douche » fit-il en se levant, « tu m'accompagnes ? » lui proposa-t-il en lui tendant la main, une expression gourmande plissant sa bouche et ses yeux.
« Mais, j'ai pas d'affaires pour me changer », protesta mollement Lily, plus pour la forme, car elle était déjà conquise par la proposition.
« Est-ce vraiment important ? »
Etait-ce vraiment important ? Non. Clairement pas. L'important était de profiter du bonheur éphémère qui se présentait à elle, sans se soucier du reste. Et si elle devait aller chercher des sous-vêtements propres chez elle enroulée dans une serviette, alors elle le ferait. Cela ferait, au pire, une anecdote de plus à raconter à ses petits-enfants aux repas de Noël quand elle serait vieille et bien décidée à les mettre dans l'embarras.
Un sourire étira doucement mais sûrement les lèvres de Lily quand elle saisit la main de James qui mêla immédiatement ses doigts aux siens pour l'entrainer dans la salle de bains. Elle ne put retenir un petit gloussement devant son empressement de petit garçon.
oOo
« Un Mcdo, ça te dit ? Rien de tel après une cuite… » proposa la voix étouffée de James qui parvenait à Lily au travers de la serviette de toilette avec laquelle il se séchait les cheveux.
« Mmmh » marmonna Lily en guise de réponse. Elle essayait de trouver le sens du sweat-shirt gris que lui avait prêté James, en guise de vêtement propre, tout en essayant de garder sa serviette contre elle, afin qu'il ne la voie pas nue. C'était pas comme s'il ne l'avait pas déjà vue à poil, mais là, hors contexte du sexe, elle était gênée. Cherchez pas, logique féminine. Elle parvint à l'enfiler et repoussa la capuche qui lui tombait sur les yeux. Elle passa ensuite un survêtement doublé de polaire jaune moutarde (qui avait idée d'acheter des fringues de cette couleur–là ?!) et utilisa enfin sa serviette comme telle et non plus comme un bouclier.
La chaîne de fast food était hors budget. D'accord, elle avait dit qu'elle vivrait en dehors de la réalité tant qu'elle serait en présence de James mais quand même. Tromper ses sentiments étaient une chose, se moquer de son compte en banque en était une autre.
Comme s'il avait compris d'où provenaient ses hésitations, James ajouta :
« Allez, je t'invite ».
« Bon, d'accord » capitula Lily en démêlant ses cheveux humides avec ses doigts, « mais à une seule condition.
- Laquelle ?
- Tu laisses tomber ce jeans et tu enfiles un survet. Hors de question que je sois la seule à sortir dans cette tenue », claqua-t-elle d'une voix décidée en étendant les bras pour qu'il puisse juger de sa tenue.
Elle avait du retrousser les manches du pull pour dégager ses mains ainsi que la ceinture du pantalon pour que l'entrejambe tombe à peu près là où il était destiné à être et ne plus donner l'impression qu'elle avait fait caca dans ses brailles.
James éclata de rire et fit mine d'enfiler le jeans bleu foncé qu'il tenait dans ses mains. Lily contre-attaqua immédiatement en se jetant sur lui pour le lui arracher et l'envoyer dans un coin de la chambre. Le choc de la collision ainsi que la surprise de James (il ne s'était pas attendu à ce qu'elle réagisse si vite) les firent basculer sur le lits, bras et jambes emmêlés. Ils luttèrent l'un et l'autre pour prendre l'ascendant sur l'autre et Lily se retrouva contrainte de capituler quand James la cloua au matelas en s'asseyant sur son bassin et en maintenant ses deux bras. Tous deux cherchaient leur souffle après avoir autant ri pendant la bagarre.
James, toujours hilare, se penchant vers elle comme s'il allait l'embrasser. Les pupilles de Lily se dilatèrent. Comme conscient de son effet, son sourire s'agrandit et, pour déstabiliser l'adversaire, il préféra lui souffler dans l'oreille plutôt que de lui donner le baiser qu'elle réclamait. Ensuite, il se redressa et Lily put admirer son auguste fessier, moulé dans un boxer Hugo Boss noir pendant qu'il enfilait le survêtement gris Nike qu'elle lui avait déjà vu la première fois qu'ils s'étaient rencontrés – percutés serait plus juste. Puis il prit un T-shirt à manches longues rouges et l'enfila. Une fois habillé, il se retourna vers Lily et étendit les bras en croix, comme elle l'avait fait plus tôt.
« Satisfaite ?
- Très.
- Alors lève tes jolies fesses et partons en quête de nourriture. »
« Tes jolies fesses » releva Lily en s'extirpant du lit pour le suivre. Il saisit deux trousseaux de clés et ouvrit la porte d'entrée. Il avait dit qu'elle avait de jolies fesses. Elle n'était pas tout à fait, pas du tout même convaincue, par la véracité de ces propos parce que, de son point de vue, ses fesses étaient flasques et inexistantes, surtout dans ce type de pantalon. Puis, elle se rappela qu'elle avait décidé de se mentir aujourd'hui. Et elle en conclut qu'il s'agissait, en fait, d'un compliment tout ce qu'il y a de plus réaliste. Ce que c'était bon, le déni, parfois.
Dans la cage d'escaliers, Lily s'arrêta à nouveau et interpella James qui avait déjà commencé à dévaler les escaliers.
« James !
- Quoi encore ? J'ai faim, bordel ! ».
Lily aborda une moue de chien battu très exagérée qui fît rire le garçon affamé. Puis elle opta pour une posture de petite fille en balançant ses bras de droite à gauche pour accentuer l'effet. James éclata de rire plus fort encore.
« J'ai pas de chaussures » expliqua Lily en levant la jambe droite pour lui montrer son pied enveloppé d'une chaussette de tennis trois fois trop grandes pour elle.
« Et alors ? Moi non plus » objecta James en pliant le genou pour lui faire remarquer qu'il était aussi en chaussettes.
« Mais alors…
- La voiture est dans le garage, pas besoin de chauss… bon, pose pas de questions et suis-moi, sinon c'est toi que je dévore.
- En voilà une idée intéressante », murmura Lily, mezzo voce en le suivant enfin.
Elle ne savait même pas que l'immeuble avait un garage. En sous-sol probablement, si l'on pouvait y descendre en chaussettes. Pour autant, la cage d'escaliers n'était pas l'endroit le plus propre de la planète et elle s'employait activement à marcher sur la pointe des pieds pour que le moins possible n'entre en contact avec le sol.
Comme Lily s'en doutait, une fois dans le hall d'entrée, James ne prit pas la direction de la porte d'entrée mais d'une porte en fer qu'il déverrouilla avant de s'engager dans le couloir lugubre qu'elle avait révélé. Un peu inquiète, Lily le suivit néanmoins. Il s'agissait en fait d'un escalier encore plus oppressant que la cage d'escaliers taguée et décrépie. Lily se hâta de rattraper James qui descendait sans crainte. Elle s'accrocha à son pull, la chaleur qu'elle pouvait sentir irradier à travers le vêtement la rassura. Il actionna enfin un interrupteur qui révéla un petit parking sous-terrain, contenant à peine une dizaine de places pour les véhicules.
James marcha d'un air décidé vers une voiture à la couleur rouge cerise. Lily, qui était un peu une bille en matière d'automobile, dut attendre d'être devant l'engin pour en identifier la marque. Elle resta coite une seconde. Avant de le charrier.
« Audi. Je vois que Monsieur ne s'embête pas », le taquina-t-elle en grimpant dans la voiture dont James venait de déverrouiller les portières.
Elle se laissa couler dans le siège en cuir noir en retenant la petite exclamation appréciative qui luttait pour franchir ses lèvres.
« Le seul luxe que je me permette » lâcha-t-il en mettant la clé dans le contact pour faire démarrer la bête. Bête qui rugit de bonheur d'être enfin en route.
Lily boucla sa ceinture. Il venait encore de la citer. Elle lui avait fait la même réflexion hier, alors qu'il était chez elle, à propos du café. Bon, ils parlaient de café pas d'une voiture dont le prix lui aurait permis d'assurer quatre ans de loyer. Mais elle ne voulait pas juger.
Elle ne comprenait pourtant pas pourquoi, s'il avait les moyens de se payer une berline allemande haut de gamme, il continuait de vivre dans ce trou à rat. Bien que, quand on était chez lui, on pouvait oublier qu'il s'agissait d'un taudis, justement.
Lily avait très vite compris que certains naissaient avec de la chance et de l'argent et que d'autres devaient galérer et lutter davantage pour s'en sortir. Elle faisait partie de ces derniers mais ne jugeaient pas les premiers bien qu'elle ait des griefs à leur égard, considéré le fait qu'elle n'ait toujours pas trouvé de boulot alors que ces nantis oui. Mais là n'était pas la question. Il fallait qu'elle se replonge dans son déni. Si elle y mettait suffisamment de volonté, elle pourrait croire que James était son mec et que cette belle voiture était en fait la sienne et qu'ils aillaient au fast food simplement parce qu'ils en avaient envie, parce que l'un comme l'autre avait la flemme de cuisiner et que personne n'était capable de se souvenir au tour de qui était de se mettre derrière les fourneaux. Tandis que le portail automatique du garage s'ouvrait, Lily s'autorisa à poser sa main sur celle de James qui tenait le pommeau de vitesse. Pour l'heure, elle était la copine de ce beau mec et ils partaient chasser le gras, les calories et le cholestérol.
oOo
Lily était assise en tailleur, par terre, dos au canapé pour finir de manger son BigMac. Rien que le nom lui avait fait prendre trois kilos mais qui s'en souciait ? James était à côté d'elle, sur le canapé, les coudes posés sur les genoux afin de manger au dessus de la table basse. Parfois sa cuisse frôlait l'épaule de Lily. Ils regardaient une série diffusée à la télévision sur des petits génies de la physique, presque inadaptés socialement.
Pendant le trajet jusqu'au fastfood et sur le retour, ils n'avaient fait que plaisanter, se chamailler comme des gosses et échanger des anecdotes sur leur enfance et leur adolescence. Ils n'avaient pas grand chose en commun mais ils parvenaient à communiquer (tant que cela ne devenait pas personnel, du moins), en partie grâce à la complicité évidente qui s'était instaurée entre eux. Ce dont Lily se réjouissait même si elle craignait qu'elle ne soit la seule à voir la situation de ce point de vue.
Elle éclata de rire à cause d'une des répliques des acteurs et une goutte de sauce de son hamburger s'écrasa sur son survêtement.
« Merde » souffla-t-elle en attrapant précipitamment une serviette afin de limiter les dégâts. Naturellement, elle ne fit que les aggraver. Elle se leva alors brusquement pour aller rincer la tâche dans la cuisine. Du salon, elle entendit James lui dire :
« Laisse, on s'en fout. Ça partira à la machine. »
Oui, bon. Il n'avait pas exactement tort. Mais quand même. Elle en avait assez de passer pour la pouilleuse de service, celle qui ne savait pas se tenir, qui se tâchait ou filait ses collants. Devant lui, en plus ! Elle grogna en frottant énergiquement son pantalon et quand il fût plus mouillé que tâché, elle se décida à revenir.
Entre temps, James avait fini de manger et s'était vautré dans le canapé, sa boisson maxi format dans les mains. Elle l'étudia en retournant à sa place, en préférant toutefois s'asseoir elle aussi sur le canapé plutôt que sur le tapis. Cela semblait moins risqué. Elle finit ses frites sans parler, contrariée. Si jamais vous ne l'aviez pas remarqué, Lily était une personne assez lunatique. C'était le moins qu'on puisse dire.
Pour autant, sa mauvaise humeur passagère s'envola après un nouvel éclat de rire dû au show télévisé.
Après un temps, Lily sentit ses paupières s'alourdirent. Le dimanche après-midi avait toujours était propice à la sieste et dans de telles circonstances (la télévision, le MacDo, la présence de James, le canapé en cuir neuf odorant...), l'appel de la sieste était quasiment irrésistible. Elle ramena ses genoux contre la poitrine et posa la tête sur l'accoudoir. Elle luttait toutefois pour ne pas s'endormir car elle voulait profiter totalement de ce moment de bien-être. Elle luttait, elle luttait... et finalement, elle ferma les yeux.
« Hey, dors pas sans moi » protesta James en la bousculant pour qu'elle se redresse, ce qu'elle fit à contre-coeur, ne trouvant même pas la force de parler. À la place, elle le regarda donc s'allonger de tout son long sur le canapé en fronçant les sourcils.
« C'était mon idée, la sieste » lui fit-elle remarquer.
« Viens » lui proposa alors James pour couper court à ses protestations. Se disant, il se plaqua contre le dossier du canapé pour lui laisser une mince bande de banquette sur laquelle elle parvint à s'allonger tant bien que mal, ses genoux pliés la déséquilibrant pour l'attirer vers le vide. James enroula alors un bras autour de sa taille, l'autre passé sous sa nuque et vint l'emprisonner dans une étreinte sécurisante.
Lily, heureuse mais embarrassée, ne put se retenir de lui demander si elle ne le gênait pas pour regarder la télévision, ce à quoi il répondit non en plaquant avec sa joue les cheveux roux pour y voir clairement. Elle soupira d'aise et ferma les yeux. Le sommeil vint bien plus vite dans cette position-là et avant qu'elle n'ait eu le temps d'y songer, elle s'était endormie.
Elle fût réveillée plus tard (combien de temps plus tard, elle n'aurait su le dire mais une chose était sûre, la nuit était tombée et la seule lumière provenait de la télévision encore allumée) par un bruit de sonnerie. Encore ce maudit téléphone qui la sortait de sa torpeur. Elle tourna la tête pour voir si James réagissait mais il semblait dormir à point fermé, pas le moins incommodé par le bruit ni les vibrations que produisait son IPhone dans la poche de son pantalon. Lily sourit en étudiant ses traits endormis. Il avait l'air moins taciturne quand il dormait, comme s'il se détendait réellement et qu'il cessait de retenir tout ce qui se passait dans sa tête. Elle espérait avoir le même air. Elle détailla les cheveux en bataille, les sourcils épais mais bien dessinés, les longs cils de fille, le nez qui semblait avoir été cassé, les lèvres d'un joli rouge. Elle avait envie de tracer du doigt tous ces détails mais elle n'osa le faire, de crainte de le réveiller.
Quand le portable sonna à nouveau, James ouvrit finalement les yeux, l'air hagard, comme s'il se demandait ce qu'il faisait là. Puis son regard tomba sur Lily qui le fixait toujours et il eut un quasi imperceptible froncement des sourcils avant de se détendre et de sourire. Il ne devait pas avoir l'habitude de se réveiller aux côtés d'une fille à la chevelure de feu qui l'observait avec tant de concentration que ça lui donnait des airs de psychopathe. À cette pensée, Lily détourna les yeux pour les poser à nouveau sur la télé.
Comprenant ce qui l'avait réveillé, James se tortilla pour pécher son téléphone. Il décrocha avant la dernière sonnerie.
« Allo... Ouais, je dormais... Quand ? Maintenant ?... Ouais, bon, laisse moi le temps de prendre une douche... Je ne prendrai même pas la peine de répondre à ça... A plus. » et il coupa la conversation avant de soupirer.
Lily n'avait pas bougé. Elle pensait avoir entendu qu'il devait s'en aller. S'il partait, elle devrait rentrer chez elle, remettre pied dans la réalité et elle n'en avait pas la moindre envie. Tant que James ne lui dirait pas de partir, elle ferait semblant de n'avoir pas entendu.
Il soupira à nouveau et lâcha son téléphone qui tomba sur la hanche de Lily avant de se glisser entre eux. « Aie » s'exclama-t-elle, plus pour le principe que pour manifester une réelle douleur.
« Pardon » lui demanda-t-il en enfouissant le nez dans ses cheveux et en replaçant son bras autour d'elle pour la serrer davantage contre lui. Le cœur de Lily bondit dans sa poitrine, enfla, chantant des airs d'opéra lyrique en allemand, tant il était heureux. Lily passa ses bras par dessus les siens et ce ne fût plus qu'un amalgame de membres supérieurs et d'étreinte. Il la serra plus fort et, par réflexe, elle commença à lui grattouiller la main, seule bout de peau qu'elle avait à proximité des doigts.
« Je dois y aller » souffla-t-il, la voix étouffée par la masse de cheveux de Lily.
« Oh, déjà ? »
Parce que malgré ce qu'elle avait capté de la conversation, elle espérait que ses derniers gestes étaient une négation tacite de ce qu'elle avait entendu.
« Ouais... J'ai la flemme » murmura-t-il en libérant une main pour la faire courir sur la taille de la jeune fille et s'arrêter sur sa hanche meurtrie par la chute du portable.
« N'y vas pas alors », suggéra Lily en se blottissant davantage contre lui, dans une attitude pour le moins... explicite. Elle voulait le retenir, elle était prête à y mettre le prix. Coute que coute. Surtout quand cela ne lui coutait pas beaucoup justement et que cela lui rapportait pas mal.
James libéra son bras de dessous la nuque de Lily et prit appui dessus pour se redresser. Elle se retourna à moitié pour lui faire face bien que les manœuvres soient relativement limitées sur un canapé aussi étroit. Elle posa sa main dans son dos, à moitié pour continuer de le convaincre qu'il ferait mieux de rester avec elle, à moitié pour s'assurer qu'elle n'allait pas basculer en arrière. Leurs jambes s'emmêlèrent.
« J'aimerais bien » souffla-t-il en rapprochant son visage de celui de Lily qui n'attendait que cela désormais, « mais Ren risquerait de m'étriper si j'annulais sans raison valable alors qu'elle vient juste de m'inviter...
- Et ce serait quoi, une raison valable ? » flirta outrageusement Lily, oubliant désormais sa pudeur et sa peur du ridicule.
« Je ne sais pas exactement... Tu aurais une idée ? ».
Pour toute réponse et d'un même mouvement, leur bouche se rencontrèrent. D'abord de simples baisers, Lily ne put se retenir de sourire quand elle sentit la langue de James chercher la sienne. Elle ne se fit pas longtemps désirer.
James n'eut que très peu de retard ce soir-là mais c'est avec l'air d'un chat qui a de la crème sur les moustaches qu'il arriva chez Renata et Sirius.
Quant à Lily... elle ne savait pas trop. Déjà, elle ne savait pas comment interpréter ce moment gênant qui avait eu lieu après qu'ils se soient rhabillés et qu'elle ait roulé en boule ses fringues de la veille. James était passé après Lily pour fermer la porte de son appartement et, sur le pallier, ils s'étaient regardés en hésitant, cherchant à évaluer ce que l'autre voulait. Une bise ? Un baiser ? Une poignée de main, une tape sur la tête ? Finalement, après un instant de flottement, James s'était penché vers Lily et lui avait fait la bise (une sur chaque joue, quand même, hein, on déconnait pas avec l'avarice) avec un « rentre bien, à bientôt » avant d'emprunter les escaliers sans se retourner.
Elle en était restée interdite. Ils avaient échangé des fluides corporels à plusieurs reprises ces dernières vingt-quatre heures et elle n'avait le droit qu'à un « au revoir, à bientôt » ? Et pourquoi pas « merci » tant qu'on y était ?
Non, ça aurait été pire.
Lily rentra chez elle, d'un pas incertain, certaine pourtant d'être à deux doigts de se mettre à pleurer. Là, tout de suite, elle se sentait un peu conne. Elle savait que le retour à la réalité ferait mal mais à ce point-là ? Elle jeta la boule de fringues dans un coin de sa chambre. Elle se sentait conne de s'être laissée berner par ses propres rêves éveillés, d'avoir endossé le rôle de la fille facile qui acceptait de voir le loup le premier soir et surtout de s'être dit que tout cela n'était pas grave, qu'elle pouvait bien se bercer d'illusions le temps d'une journée.
NON, elle ne pouvait pas. Parce que la réalité était suffisamment dégueulasse pour ne pas avoir à se la prendre de plein fouet après un moment d'inattention. Laissant couler ses larmes mais refusant de céder au sanglot qui envahissait sa gorge, Lily se prépara une tasse de café. Elle portait toujours les vêtements que James lui avait prêté et elle se sentait vraiment idiote de ne pas les enlever. Mais elle ne le voulait pas. Déjà parce qu'ils étaient confortables et chauds et qu'après la journée dans le cocon douillé qu'était l'appartement et les bras de son voisin, revenir chez elle revenait à entrer dans la chambre froide d'une boucherie ; mais surtout, parce que, par un effort d'imagination débile et absurde, garder ses fringues, c'était un peu comme l'avoir encore à côté d'elle.
« Pauvre fille ! » ragea-t-elle en sortant la tasse du microonde. « Pauvre fille ! Pauvre fille ! Pauvre fille ! » hurla-t-elle ensuite avant de s'écrouler dans son canapé pourri et défoncé. « ça t'apprendra peut-être à croire que toi, tu puisses intéresser un homme comme lui ! Bien fait ! »
Parce que, oui, elle ne se sentait pas suffisamment minable, il fallait qu'elle en rajoute. Elle laissa tomber sa tête en arrière contre le dossier du canapé en soupirant. Elle savait que cela finirait comme cela. Et pourtant, elle avait foncé tête baissée, droit dans le mur. Elle grogna. Elle s'en voulait tellement.
D'autant plus que le silence de son appartement était assourdissant après le brouhaha ténu de la télévision et de la respiration de James. Elle se releva brusquement et, toujours accompagnée sa tasse qui lui brûlait la paume de la main, elle alla chercher ses écouteurs dans sa chambre. Elle revint dans le salon en jonglant entre son café et son téléphone portable pour y brancher le casque audio et quand se fût fait, elle mit au plus fort possible « Love Me » de The Cardigans. La chanson était on ne peut plus appropriée. Bien qu'elle ne voulait pas qu'il l'aime, ni même qu'il le prétende. Juste... simplement... que... qu'il lui accorde un peu de considération. Non, cette chanson de convenait pas. Elle fît défiler la playlist pour arrêter son choix sur « Somebody that I used to know » de Gotye. Ouais, là, on y était. C'était exactement ça qu'elle ressentait : « But you didn't have to cut me off / Make out like it never happened and that we were nothing / And I don't even need your love / But you treat me like a stranger and that feels so rough ». Elle vida son café et appuya sur replay avant même que le morceau ne se termine. Elle savait qu'elle se comportait comme une adolescente qui essuie son premier chagrin d'amour mais c'était plus fort qu'elle.
Le week-end avait été intense en émotion et subitement, sans transition, elle se retrouvait à nouveau chez elle, dans le monde réel, dans le noir (mais ça, c'était parce qu'elle n'avait pas allumé la lumière, elle ne pouvait s'en prendre qu'à elle-même), seule. Complètement et désespérément seule.
Elle en était à la septième écoute consécutive de cette chanson tout ce qu'il y a de plus joyeux, quand son téléphone plopa, lui signalant une notification issue de l'application Facebook. Intriguée, elle cliqua dessus. Facebook ne se manifestait jamais sur son portable pour la simple et bonne raison qu'elle n'y allait jamais. Il s'agissait d'une demande d'ajout à sa liste d'amis. Demande émanant de Sack Birius dont la petite photo de profil montrait un homme brun en train de loucher ostensiblement en tirant la langue. Lily éclata de rire en cliquant sur le profil. La photographie de taille plus grande permettait de distinguer les traits de Sirius, l'ami de James et, en arrière plan, Renata qui semblait rouler des yeux devant les gamineries de son conjoint. Elle accepta immédiatement la demande, ravie qu'il lui ait proposé. Vous prendrez bien une dose supplémentaire de lunatisme ?
Elle parcourut le profil virtuel de Sirius, en riant à certaines images publiées, en lisant parfois les articles juridiques qu'il avait partagé. Il lui semblait que ce profil ne devait pas être trouvé par son employeur et sa clientèle, d'où le pseudonyme et la photo, qui, s'y on n'y regardait pas bien, pouvait pousser à l'erreur sur la personne. Et vu les messages postés sur son mur, des messages personnels dans lesquels il avait été marqué, émanant notamment d'Alice (qui ne savait pas dire qu'elle avait mangé des pâtes sans indiquer publiquement où et avec qui), son impression était confirmée. Du coup, Lily était contente qui l'invite à entrer dans son petit monde. Elle se sentait un peu plus intégrée avec Sirius, avec lequel elle n'avait pourtant passé à peine quelques heures, qu'avec James qui l'avait vue nue plusieurs fois.
D'ailleurs, prise de curiosité, elle chercha le profil de son voisin. Elle fit défiler la liste longue comme un bras des amis de Sirius, ignorant le nom de famille de James, pour enfin le trouver. James Potter.
« Tiens, maintenant que j'ai ton nom, je vais pouvoir faire du vaudou sur toi. Connard ! » L'insulte était gratuite mais elle lui fît du bien (surtout qu'elle ne le pensait pas vraiment). La photo le montrait en train de se balancer sur une chaise en bois, les pieds posés sur une table, les bras croisés derrière la tête. Dans toute cette attitude désinvolte, ce qui capta le plus l'attention de Lily, c'était son sourire serein. Plus encore. Insouciant. Comme si la photo avait été prise en un temps révolu, à une époque bénie où son seul souci était de savoir quelle fille il lèverait le soir même (bon, elle était sous le charme, mais elle était encore en colère et ne voulait pas lui prêter d'intentions nobles et pures).
Elle cliqua sur le profil et n'eut accès à aucune information, même pas son amitié en commun avec Sirius. Tout était cadenassé afin de protéger sa vie privée. Par contre, ça, ça ressemblait davantage au James qu'elle connaissait. Enfin, qu'elle connaissait... si tant est qu'on puisse connaître quelqu'un en une journée. BON ! Puisque vous y tenez tellement : bla bla bla, au James qu'elle avait aperçu. Elle hésita à lui demander un ajout à sa liste d'amis et puis se ravisa. Déjà, c'était prématuré au vu de ce qu'il s'était passé entre eux, hier et aujourd'hui mais surtout parce qu'elle lui ferait ainsi comprendre qu'elle était réellement intéressée par lui, au point même de le traquer sur le net. Et ce n'était pas ce qu'elle voulait. Certes elle voulait qu'il comprenne qu'il lui plaisait, mais surtout pas qu'il pense qu'elle était revenue sur sa parole de sans engagement et qu'elle « était à fond sur lui » pour reprendre l'expression consacrée par les jeunes.
Lasse et quelque peu écoeurée par tout ce qui lui passait par la tête et par le cœur, elle jeta délicatement son téléphone entre ses jambes, arrachant par la même occasion ses écouteurs toujours ancrés dans ses oreilles.
« Aie, quelle conne » gémit-elle en se frottant les oreilles avant de se lever.
Il était quasiment vingt heure trente et il était temps de se faire à diner. Demain, elle faisait l'ouverture du magasin, ce qui signifiait qu'elle commençait à huit heures. Comme il fallait qu'elle y soit une demi heure avant, le temps de préparer sa caisse et de se préparer elle, et le temps d'aller au magasin, il fallait qu'elle se lève à six heures. Elle alluma enfin la lumière et soupira en se penchant pour attraper une casserole. Elle s'arrêta un instant pour réfléchir à ce qu'elle allait manger avant de se décider pour une soupe de pâtes. Elle versa un peu d'huile d'olive dans sa casserole et attendit qu'elle chauffe. Alors qu'elle faisait verser de l'eau bouillante dans un bol pour y ajouter le bouillon de poule afin qu'il se dissolve, son téléphone bipa, lui signalant l'arrivée d'un message. Décidément, elle avait la côte ce week-end ! En deux jours, son portable avait plus sonné qu'en une semaine (triste). Elle ajouta les pâtes crues dans la casserole en faisant attention de ne pas se brûler avec les projections d'huile bouillante et touilla énergiquement. Puis, sa cuillère toujours dans la main, elle récupéra son téléphone avant de revenir devant la plaque. D'une main, elle remuait les pâtes en train de brunir, de l'autre, elle déverrouilla son téléphone. Un SMS émanant d'un numéro non enregistré. Une fois, pas deux, elle comprit immédiatement qu'il s'agissait de Sirius. Quand bien même, elle n'aurait pas eu l'historique sous les yeux, le message ne permettait pas la confusion : « Ma biche, tu peux encore t'asseoir ? Haha. Bon, envoie moi un CV et une lettre de motivation à cette adresse mail ce soir. Genre maintenant. Je t'appelle demain. Tonton Sirsir est sur le coup. Bisouille léchouille love love ».
Pour être honnête, elle dût relire plusieurs fois le texto pour en saisir l'idée essentielle. Elle était tellement perplexe qu'elle ne prit pas la peine de relever sa remarque extrêmement déplacée sur sa capacité à s'asseoir.
Avant que les pâtes ne soient irrémédiablement cramées, Lily ajouta le bouillon. Elle attendit deux minutes histoire que l'ébullition se fasse et enleva la casserole de la plaque. Elle versa le tout dans un bol qu'elle posa précautionneusement sur sa table à manger bancale et récupéra son ordinateur. Le tout était d'être prudent, de veiller à ce que la table soit bien stable histoire que la soupe n'aille pas faire bisou bisou à son ordinateur à 1000 balles. Elle l'alluma et chercha en vain une connexion wifi. Visiblement, ce soir serait un jour sans (elle avait pourtant eu de la chance avec les plaques électriques... mais elle avait décidé d'ignorer ce fait, préférant rager que le destin s'acharnait contre elle). Dépitée, elle se résigna à répondre à « Tonton Sirsir » (d'ailleurs, elle allait mémoriser son numéro sous ce nom-là, tiens, ça lui apprendrait peut-être à dire des âneries) : « ça aurait été avec plaisir mais peux pas. Pas de connexion internet. Demain ? ». La réponse ne se fit pas attendre : « Non, ce doit être maintenant. Sinon, le char que je suis en train de monter ne sera plus crédible ». « Quel char ? » Pour toute réponse, elle reçut un SMS d'un numéro qu'elle ne connaissait pas. Il contenait simplement l'indication d'un nom de réseau et d'une clé Wifi. James à n'en pas douter. Connard. Gentil mais connard quand même. Elle répondit uniquement « :) » pour lui signifier qu'elle n'avait rien de plus à lui dire. Elle avait des tas de choses à lui dire mais elle ne voulait pas qu'il en prenne conscience comme ça. Elle voulait qu'il veuille entendre toutes ces choses. Bon sang, ça devenait compliqué...
Elle se connecta au réseau internet sans fil de James et envoya à Sirius son curriculum vitae et une lettre de motivation passe partout qu'elle tenait toujours prête à l'adresse qu'il avait indiqué en écrivant un bref message neutre, ne voulant pas prendre le risque de se compromettre s'il n'arrivait pas au destinataire prévu.
Puis profitant de cette connexion vitesse de la lumière inédite, elle ne se priva pas pour regarder toutes les vidéos qui l'inspiraient sur YouTube tout en mangeant sa soupe. D'ordinaire, elle sélectionnait celles qu'elle voulait absolument voir, le risque de voir la connexion rompue rendant le choix plus important encore. Là, c'était le luxe, l'opulence, la débauche de vidéos... Fallait vraiment qu'elle envisage d'arrêter de dire des conneries quand même, songea-t-elle, en se levant et en se dirigeant à reculons vers le réfrigérateur pour attraper une compote sans quitter des yeux la vidéo du raton laveur qui se déplaçait en faisant des roulades. Les éclats de rire que lui arrachèrent les maladresses de ces adorables boules de poil eurent raison de sa mauvaise humeur.
Enfin, jusqu'à ce qu'elle se glisse sous sa couette où elle se remit à ressasser ce qu'elle estimait être une humiliation.
Il était une heure du matin et elle ne dormait toujours pas. À quasiment deux heures, elle entendit le bruit d'une clé qu'on insère dans une serrure juste à côté de sa porte à elle. Elle soupira bruyamment en s'enroulant davantage dans sa couette pour lutter contre l'envie d'aller frapper chez lui.
Il devait être trois heures quand elle trouva le sommeil.
OOo
« Prends ta pause, Lily », suggéra Magalie alors qu'elle passait par là, pour aller aider une hôtesse de caisse qui rencontrait des difficultés avec une annulation d'article.
En guise de réponse, La jeune fille lui sourit. Elle aimait travailler le lundi matin. Le magasin était en cours de réapprovisionnement et beaucoup d'articles manquaient. Les habitués connaissaient ce fait et ne venaient pas dans ce créneau-là. Si bien qu'elle n'avait affaire qu'avec des gens de passages, souvent des touristes, qui, pour la plupart, lui faisaient simplement remarquer qu'il n'y avait plus de déodorants de telle marque ou ce type de café. Le lundi matin, c'était cool.
Elle fit passer à son dernier client la barre qui indiquait « caisse fermée » pour qu'il la pose derrière ses commissions et encaissa sereinement les deux personnes qui attendaient. Ensuite, elle boucla son poste et s'éloigna vers le local qui leur était réservé sans se presser.
Il fallait qu'elle le reconnaisse, elle était d'une humeur bizarre, pensa-t-elle en ouvrant son casier pour récupérer ses clopes, son téléphone et quelques pièces pour s'acheter un Coca Zéro et un KitKat (le café que la machine proposait était vraiment bien trop infâme pour être envisagé sérieusement). Elle se sentait légère mais pas de cette légèreté joyeuse qui l'habitait parfois, plutôt une légèreté vaporeuse, comme si elle évoluait dans du coton.
Pas une seule fois depuis que son réveil elle n'avait râlé. Ce qui était assez inédit pour le faire remarquer. Elle s'était préparée la tête vide, elle avait pris le bus surchauffé et surbondé dans un état second, elle avait été polie avec ses clients mais rien. Dans sa tête, il ne se passait rien. Elle qui réfléchissait toujours à dix mille à l'heure, à dix mille choses en même temps, cette fois rien. C'était presque agréable, d'avoir un calme aussi paisible là-haut mais aussi un peu effrayant. Pourtant, elle avait beau se secouer, se dire de se réveiller, rien n'y faisait.
Elle enfila son manteau et remit le cadenas à la porte de son casier puis elle se dirigea dehors, vers l'aire de déchargement, en théorie interdite mais qui servait de fumoir à tous les employés. Lentement, elle ouvrit sa canette de Coca et la pose par terre pour allumer une cigarette. Ensuite, elle sortit son téléphone portable pour... pour elle ne savait trop quoi mais c'était une habitude.
L'écran indiquait un appel manqué et un message vocal sur son répondeur. Lily fronça les sourcils. Qui pouvait bien l'appeler un lundi matin à huit heures trente ? Elle cliqua sur l'icône de la messagerie et porta le téléphone à son oreille.
« Bonjour, vous avez un nouveau message, reçu aujourd'hui à huit heures trente six : « Mademoiselle Evans, Elisabeth Haussmann, secrétaire du cabinet d'avocats Black & Decker. Si vous pouviez nous rappeler le plus vite possible au numéro suivant ... » Mais Lily n'écouta pas le numéro ni même la fin du message. Message qui avait réussi à l'exploit de la sortir de la torpeur dans laquelle elle se trouvait depuis ce matin six heures. Cabinet d'avocats ? La première chose à laquelle elle pensa c'était qu'un nouveau drame c'était produit. Sa sœur peut-être ? Ou alors que cela avait un rapport avec la liquidation de la succession (bien qu'inexistante, il fallait se le dire : au mieux, ses parents avaient souscrits un contrat d'assurance-vie dont le capital avait tout juste permis à couvrir les frais de funérailles). Ou alors...
La voix mécanique ramena Lily à la réalité : « si vous souhaitez rappeler votre correspondant, tapez cinq ». Lily pressa la touche de son pavé numérique avec une telle vigueur qu'elle crut un instant qu'elle allait tordre son téléphone. Puis, pendant que les tonalités de mise en relation s'égrainaient, elle tira furieusement sur sa cigarette qu'elle avait délaissé le temps du message. Quelqu'un décrocha au moment où Lily allait raccrocher. Elle tremblait.
« Cabinet d'avocats Black & Decker, Elisabeth Haussman, que puis-je pour vous ? »
Merde. Lily avait oublié comment se servir de sa langue. Elle n'arrivait plus à parler. Elle était en proie à une panique grandissante qui venait de nulle part.
« Allo ? »
L'autre personne insistait et Lily était toujours aussi immobile qu'une carpe qu'on aurait sorti de l'eau par surprise. Mécaniquement, elle amena sa cigarette à ses lèvres et aspira longuement dessus. Ce qui sembla lui rappeler comment on parlait.
« Allo ?
- Bonjour, Lily Evans. Vous m'avez laissé un message. »
La voix était relativement ferme, ce dont elle se félicita.
« Ah, mademoiselle Evans ! Oui, Maître Black voulait vous joindre à propos de... Ah, ne quittez pas, il passe à côté de moi. Maître Black ! ».
Visiblement, la secrétaire ne s'adressait plus à Lily : « Mademoiselle Evans au bout du fil, vous voulez la prendre ? - Passez-moi la. Mademoiselle Evans ? » Une voix d'homme cette fois, grave et calme, rassurante. Mais cela ne tranquillisa pas Lily pour autant.
« Maître Black, mon téléphone ! » protesta la secrétaire dans le fond.
« Bonjour, ici Maître Sirius Black, je souhaitais vous contacter par rapport à la candidature que vous m'avez envoyé... »
Lily comprit soudain ! Mais oui, bon sang, ce qu'elle pouvait être idiote par moment, à toujours songer au pire. C'était Sirius, Tonton Sirsir! Qui avait tenu parole et qui l'appelait pour lui donner un coup de main. Mon dieu, ce qu'elle pouvait être bête parfois.
Cependant, puisqu'il adoptait une manière de parler très solennelle, Lily décida de se calquer sur lui :
« Bonjour, Maître Black.
- Attendez, je ferme la porte de mon bureau. Voilà, enfin seuls. Alors, Jamie t'a cassé les pattes arrières hier ? Ça faisait tellement longtemps qu'il avait pas ken que ça m'étonnerait même pas que tu n'aies pas pu enfiler un pantalon ce matin ».
Lily resta interdite devant ce revirement opéré de manière si brusque qu'il en était imprévisible. Un moment, Sirius lui parlait poliment, sobrement et l'instant d'après il s'adressait à elle comme un copain de beuverie ?! Elle n'allait pas se laisser faire.
« Parle-moi encore une fois comme ça, Sirius et je te promets qu'il va t'arriver des bricoles.
- Oh, détends-toi, la tigresse. Je plaisantais. Faut que tu repasses dans les draps de James, toi ! Ça a pas suffit ce week-end !
- Je vais te raccrocher au nez ! » le menaça-t-elle en jetant son mégot et en en tirant une autre cigarette de son paquet. Tant pis si c'était clope sur clope, les trois dernières minutes avaient été un véritable ascenseur émotionnel qui l'avait laissé sur le carreau. Elle avait besoin d'une dose de nicotine.
« Relax. Sérieusement...
- J'attends que ça, que tu sois sérieux » objecta-t-elle, la voix étouffée par sa cigarette qu'elle tentait d'allumer. Son briquet fonctionnait mal et le petit air l'empêchait de maintenir la flamme. Elle cala son téléphone contre son épaule et enroula sa main pour faire un pare-vent. Quand enfin, le bout s'embrasa, elle ne pût retenir un sourire de victoire.
« Ca va, ça va. Bon, j'ai une offre à te faire. » La voix de Sirius était redevenue calme et posée. Cet homme était capable de faire des voltes face encore plus impressionnantes qu'elle.
« J'écoute.
- Si on reste un peu dans le vague, je t'embauche comme assistante juridique. C'est-à-dire que tu feras les recherches dont j'ai besoin et que tu dégrossiras les dossiers pour que je n'aies plus qu'à conclure. Tu me ferais gagner beaucoup de temps, en plus.
- Pourquoi « en restant dans le vague » ?
- Parce que nous ne prenons que des élèves avocat en stage et qu'en dehors d'Elisabeth, il n'y a pas de personnel administratif. Je vais dire que cette idée m'ait venu en voyant ta candidature spontanée, histoire que ça soit un peu crédible. Tu ne devras jamais dire qu'on se connait de manière privée, d'accord ?
- Evidemment.
- C'est indispensable Lily. Je sais pas si tu sais, mais le cabinet est en proie à des luttes de pouvoir internes. Mon oncle, Alphard Black a créé le cabinet avec Decker qui est mort maintenant. Et il est en train de prendre sa retraite bien méritée, à 80 balais. »
Lily écoutait l'histoire sans interrompre. Elle entendait des bruits en arrière plan, comme si, en même temps qu'il lui parlait, Sirius faisait mille autres choses.
« Il est également en train de me refiler la gestion du cabinet. Ce qui est mal vu par les collaborateurs les plus âgés parce que je suis le petit jeune pistonné par Tonton et surtout parce qu'ils ne m'aiment pas parce que je n'hésite pas à leur voler dans les plumes quand ça va pas. Avant que j'arrive, ils étaient plutôt dilettants et j'ai donné un bon coup de pied dans la fourmilière et ils n'ont pas apprécié. Ils m'accusent de n'en faire qu'à ma tête.
- Tu ne peux pas employer le mot « dilettante » dans ce contexte là.
- Lily, tu m'écoutes ? C'est vraiment important ce que je te dis. »
Bien sûr qu'elle l'écoutait, elle n'en perdait pas une miette. Mais si c'était si compliqué pour lui, si cela mettait en péril son autorité et sa position, pourquoi tenait-il à l'aider ? Oh, évidemment, elle appréciait le geste. Vraiment, sincèrement, de tout son cœur. Et elle lui était reconnaissante de prendre des risques pour elle. Mais, pourquoi ? La question l'envahit et elle ne put que penser à cela. Pourquoi ? N'y tenant plus, elle la lui posa :
« J'ai tout entendu Sirius et j'ai bien compris. Mais si ça te met dans une position si délicate, pourquoi tiens-tu tant à m'aider ? »
Sirius ne répondit pas tout de suite, comme s'il réfléchissait. Et au silence qui régnait dans le fond, Lily comprit qu'il avait même interrompu ce qu'il était en train de faire. Au bout de quelques longues secondes de silence, il lui dit à voix basse :
« Parce que tu m'as touché, Lily. »
Elle ne sut que répondre.
Dès le début, elle avait compris qu'ils s'entendraient bien, tous les deux. Ils avaient le même genre de caractère, exubérant et prompt à rire de tout. Elle l'appréciait grandement, bien qu'elle ne le connaisse que depuis très peu de temps, mais jamais elle n'avait pensé que la réciproque pouvait être vraie. Qu'il lui dise ce qu'il venait de lui dire lui réchauffait le cœur. Et lui faisait monter les larmes aux yeux. Elle se cacha le visage dans la main, même s'il ne pouvait pas le voir, pour masquer son émotion.
« Et aussi parce que je fais toujours ce que je veux. » termina-t-il.
Lily éclata de rire au téléphone. Certes, elle ne le connaissait pas beaucoup mais ce genre de répliques semblaient lui correspondre parfaitement.
« Merci, Sirius, vraiment. Plus que je ne saurais le dire.
- Me remercie pas encore. Tu es libre jeudi en fin d'après-midi ?
- Oui, je bosse le matin.
- Très bien, mon oncle va te recevoir en entretien, pour donner du crédit à la mascarade. Viens pour dix-sept heures.
- D'accord.
- Ensuite, tu viendras dîner à la maison.
- Euh...
- C'est pas négociable, c'est à la demande expresse de Renata. On pourra discuter des modalités de ton embauche à ce moment-là. C'est bon ?
- Euh, oui, je crois.
- Super. Si t'as des questions, tu peux m'appeler, t'as mon numéro. Mais plutôt le soir d'accord ? En attendant, je dois me remettre à bosser, j'ai perdu assez de temps. Ciao, Lily à jeudi. Bisous. »
Et il avait raccroché.
Lily fixa son téléphone d'un air étonné. C'était tout ? Enfin, tout... C'était énorme ! Elle avait un entretien pour un job ! Et dans le cabinet d'avocats Black & Decker. Parce que maintenant que son cerveau refonctionnait à régime normal, elle percutait qu'il s'agissait d'un des cabinets les plus réputés de la ville. Oh la la, oh la la. Bon, elle y entrerait au piston, mais elle y entrerait quand même ! C'était de la folie !
Elle ne résista pas à l'envie d'effectuer une petite danse, trop heureuse qu'elle était après ce coup de téléphone providentiel. Dire qu'elle avait flippé au départ ! Mais le mieux dans tout ça, c'est le fait que Sirius ait tenu parole, aussi promptement. Bon sang, elle l'avait rencontré samedi ! Y a deux jours ! Et en deux jours, il lui avait trouvé une solution pour l'aider à se sortir la tête de l'eau. C'était remarquable. Là, tout de suite, en cet instant, il avait, à ses yeux, l'aura d'un héros, d'une espèce de grand frère toujours présent pour la sortir des situations difficiles... Et c'était bon de se sentir soutenue et entourée pour une fois.
Bien sûr, elle n'allait pas s'emballer. Elle ne le connaissait pas vraiment et elle ne savait pas exactement si elle pouvait compter sur lui. Malgré ce qu'il venait de se passer et malgré la certitude qui s'ancrait de plus en plus profondément en elle qu'elle pourrait lui faire entièrement confiance.
Elle déballa son KitKat et croqua joyeusement dedans. Le soleil brillait et le fond de l'air était frais, comme il se devait pour avoir une parfaite journée d'automne. Prise d'une impulsion soudaine, guidée par son bonheur, elle déverrouilla son téléphone pour trouver le numéro de sa sœur. Elles n'étaient pas particulièrement en bon terme, mais elles arrivaient à se téléphoner une fois par mois pour discuter un peu. Lorsque l'appel bascula sur la messagerie, Lily se lança : « salut Pétunia, ça fait un bail. Ça va ? Dis, il se passe plein de trucs en ce moment dans ma vie dont j'aimerais te parler. Tu crois que je peux venir passer le week-end chez toi ? Ça fait longtemps qu'on s'est pas vue en plus. Appelle-moi pour me dire. Bonne journée. »
Bon, elle s'invitait carrément mais cela se faisait entre frères et sœurs, n'est-ce pas ? Elle raccrocha et rangea son portable dans la poche de sa veste. Avec tout cela, elle en avait oublié de boire son Coca. Elle ramassa la canette et retourna à l'intérieur. Sa pause était finie et elle devait retourner au boulot. Mais cette fois, elle y allait avec cette félicité légère qui lui mettait du baume au cœur.
oOo
Lily se tenait devant un vieux bâtiment haut de trois étages. Vieux mais majestueux dans son style haussmannien qui annonçait trois mètres sous plafond. La multitude de plaques accrochées à côté de la lourde porte en chêne lui indiquait qu'elle était au bon endroit. Cabinet d'avocats Black & Decker. La jeune fille serra son sac à main camel contre elle en soupirant. Elle était en avance, elle avait bien le droit de s'accorder une nouvelle pause clope. Ce n'était pas comme si elle était plantée devant la porte depuis vingt minutes et qu'elle en avait déjà fumé trois, non. (Si.)
Elle était nerveuse. Le mot était faible. En réalité, elle avait les nerfs à fleur de peau, une envie d'aller au renard qui lui donnait le vertige et elle suait abondamment. Pourtant, dans les messages qu'il lui avait envoyé au cours de la semaine, Sirius avait l'air de penser que c'était une affaire entendue. Pour autant, Lily n'en serait convaincue qu'après qu'elle ait signé son contrat. Elle avait vu trop d'application de la loi de Murphy pour ne pas y croire. « Si quelque chose peut mal tourner alors cette chose finira infailliblement par mal tourner. » Elle pouvait vomir sur les pompes de l'oncle de Sirius, dire une absurdité si énorme qu'il ne voudrait même pas envisager de l'engager ou même tout simplement se tromper d'étage. Ou encore défaillir dans la rue. Le potentiel catastrophique de cette situation était assez conséquent. Mais il fallait qu'elle y aille. Il lui restait cinq minutes avant l'heure du rendez-vous et elle voulait faire bonne impression.
Lily envoya son mégot dans le caniveau, se passa les mains au gel hydroalcoolique et prit une pastille a la menthe. Puis elle appuya sur le bouton de l'interphone, ce qui déverrouilla la porte. Elle la poussa tranquillement, surprise par son absence de lourdeur. Elle monta les deux étages à pas lent, pour ne pas arriver essoufflée. Toute cette stratégie commençait à l'épuiser. Déjà qu'elle avait passé presque deux heures à se préparer, se maquiller, cirer ses chaussures et son sac, se coiffer, se recoiffer parce que finalement elle avait changer d'avis sur le haut qu'elle allait porter... Puis les transports. Elle avait du rechercher sur internet (toujours sur la connexion de James hinhin) quel itinéraire suivre pour se rapprocher au plus du cabinet. Bref, avant même de partir de chez elle, elle était sur les rotules.
Devant la porte du deuxième étage sur laquelle était fixée une plaque en cuivre indiquant sobrement « Black & Deckers, avocats », Lily s'accorda une nouvelle pause. Elle en profita pour avaler son bonbon et inspirer profondément. Puis elle plaqua un sourire avenant sur ses lèvres et sonna et entra comme indiquait de le faire le petit papier au dessus de la sonnette.
La porte s'ouvrit sur une petite pièce très haute de plafond, au parquet sombre et au mur gris clair dans laquelle trônait un bureau de réception et quatre fauteuils en cuir noir rembourrés. Derrière le bureau, un adorable bout de femme la détaillait en souriant. Malgré sa permanente visiblement ratée car orange fluo et crépue, qui aurait pu lui donnait des airs de clown terrifiant, elle avait un sourire sympathique et des yeux pétillants qui tranquillisèrent Lily.
« Bonsoir, je m'appelle Lily Evans » parvint-elle a annoncer sans que sa voix ne tremble de trop. « J'ai un entretien avec Maître Black.
- Je le préviens immédiatement. »
Lily avait longtemps hésité quant à savoir si elle devait l'appeler « maître » ou « monsieur ». Elle avait finalement opté pour « maître », le titre honorifique accordé aux avocats car elle ne savait pas exactement si elle allait rencontrer Sirius lui-même ou son oncle. De toutes les manières, elle se voyait mal demander après « Sirius » ou pire « tonton Sirsir » (elle ne s'était toujours pas remise de cette blague).
La secrétaire décrocha son téléphone et parla à voix basse. Pendant ce temps, Lily détailla davantage le lieu. Une fenêtre sur le côté droit de la pièce semblait donner sur une cour intérieure grise et quelque peu lugubre. Mais au moins, la lumière naturelle rentrait dans la pièce. Heureusement pour l'adorable secrétaire parce que travailler jour après jour à la seule lueur des néons ? Ca avait de quoi filer le bourdon. Sur le comptoir de la réception, une énorme plante verte trônait, égayant complètement l'endroit. Et puis derrière le bureau se profilait un couloir.
Lily fit un pas vers la standardiste et le parquet craqua sous ses pieds. La petite femme raccrocha.
« Vous venez pour un entretien, c'est ça ?
- Oui.
- Parfait. Une paire de bras supplémentaire ne serait pas de trop. Je suis débordée avec tous ces papiers à rédiger et à envoyer.
- Oh... Je... Euh... Il me semblait que j'allais plutôt faire de la recherche juridique plutôt que...
- Je rêve ou vous essayez de refiler à cette jeune fille votre boulot, Elisabeth ? »
La voix de Sirius vint juste à temps pour sauver Lily de ses bafouillements sans queue ni tête. Elle venait de perdre ses moyens devant la secrétaire, nom d'un chien, qu'est ce que ça allait être devant le maître des lieux ?
Sirius adressa un sourire poli à Lily, parfait dans son rôle du patron qui laisse sa chance à l'étudiante qui sort de l'école. Lily ne pût s'empêcher de le trouver particulièrement impressionnant dans son costume noir ajusté avec sa chemise blanche immaculée et son étroite cravate noire. Très professionnel, très intimidant aussi. Surtout qu'il n'avait pas l'éclat malicieux qui brillait dans ses yeux la dernière fois qu'elle l'avait vu. C'est là qu'elle comprit. Au boulot, Sirius portait un masque de sérieux et de rigueur dont il semblait se séparer dès qu'il rentrait chez lui. Maître Black et Tonton Sirsir. Ceci dit, cela la mettait encore plus mal à l'aise, si c'était possible.
« Suivez-moi, Mademoiselle Evans ».
Alors mademoiselle Evans le suivit. Ils contournèrent le bureau de la réceptionniste et s'engagèrent dans un long couloir étroit, qui aurait été étouffant si la moquette rouge au sol et la lumière certes artificielle mais naturelle n'avait pas éclairées tout cela. Des tableaux et des photos étaient accrochés aux murs et, régulièrement, des portes en rompaient la monotonie. Sirius semblait la guider jusqu'au bout, là où le couloir formait un coude à quatre-vingt dix degrés. Finalement, Sirius poussa la porte la plus au fond, celle au bout du corridor et s'effaça pour inviter Lily à entrer la première. Quand elle passa devant lui, il lui pressa furtivement le coude en signe de réconfort et elle se détendit légèrement, soulagée. Bien qu'il donnait l'air de ne pas savoir qui elle était, ce simple geste la rassura.
Elle entra dans le spacieux bureau dont une grande fenêtre donnait la vue sur la rue principale où se trouvait l'entrée de l'immeuble. Un grand bureau en bois sombre occupait quasiment tout l'espace et derrière lui, une multitude d'étagères qui contenaient encore plus de dossiers. Et entre la bibliothèque et le bureau, assis sur un fauteuil en cuir noir, un homme âgé mais de grande prestance, les cheveux blancs, le costume impeccable, écrivait avec un stylo plume.
« J'arrive ! » annonça-t-il sans lever les yeux de sa feuille. Lily transféra son poids sur son pied gauche et attrapa les poignées de son sac à main pour le tenir devant elle, au niveau de ses genoux, lui donnant des allures de petite fille égarée.
« Alphard, on a pas que ça à faire » fit remarquer Sirius, agacé que quelqu'un ait l'audace de le faire attendre.
« Oui, voilà, j'ai fini. » Ce n'était pas vrai du tout car il continua d'écrire pendant une bonne minute avant d'apposer une grande signature en bas du document et de poser son stylo. Puis il posa ses coudes sur le bureau, croisa ses mains et posa son menton dedans, histoire d'être en confortable position pour détailler Lily par dessus ses petites lunettes rondes à fine monture.
« Je vous écoute. »
Cette phrase simple eût le don de désarçonner Lily. Je vous écoute. Je. Vous. Ecoute. Elle ne savait quoi dire. C'était toujours la même histoire. Dès qu'il fallait briller, elle perdait ses moyens et laissait transparaître son charisme de poulpe mort. Elle aurait largement préféré qu'il lui pose des questions. Elle avait toujours su répondre aux questions.
Mal à l'aise, elle se balançait d'un pied sur l'autre, jusqu'à ce qu'elle sente un léger coup derrière son épaule : Sirius venait de la taper pour qu'elle arrête son cirque. Elle le regarda en douce et il lui envoya le plus discret de tous les clins d'oeil pour lui donner du courage.
Loin d'être requinquée, elle se lança tout de même :
« Je suis une femme extrêmement organisée et dynamique. Je…
- Ça va, ça va, arrêtons là les frais », la coupa brusquement le vieux Black. Puis, se tournant vers Sirius : « tu crois vraiment qu'avoir ton assistante personnelle est essentiel, Sirius ?
- Oui, je le crois, les clients que tu cèdes ne veulent passer que par moi. Avec ma propre clientèle, j'en ai par dessus la tête. Une assistante me dégrossira les dossiers, archivera et fera le secrétariat.
- Que vont dire les collaborateurs ?
- Ça va jaser encore. Mais ça jase toujours quand il s'agit de moi. Je leur répondrai que s'ils abattaient autant de travail que moi et rapportaient autant, eux aussi y auraient le droit. Je travaille plus que les trois réunis !
- Je sais, je sais » soupira Alphard Black en se passant une main lasse sur le visage, visiblement éreinté par sa longue carrière jonchée d'incapables et de feignants.
Il se cala contre le dossier de son grand fauteuil en cuir et considéra attentivement Lily et Sirius.
« Mademoiselle, je sais qu'il y a un poste pour vous. Enfin, pas pour vous personnellement, soyons clair, parce que je ne connais pas vos compétences, mais un poste à pourvoir. Ceci dit, vous allez essuyer nombre de remarques acerbes et déplacées. Il vous faudra une carapace solide.
- J'ai un blindage en kevlar, Monsieur » le rassura Lily.
Il hocha la tête. L'entretient était en train de finir et Lily avait le job, elle le sentait. Oui, d'accord, ce rendez-vous n'était qu'une formalité, destinée à la galerie mais n'empêche qu'il fallait y passer. L'animosité qu'elle avait initialement ressenti en entrant dans ce bureau n'était pas dirigée contre elle, loin s'en faut, mais contre les collaborateurs du cabinet. Et pour que le grand patron la mette en garde contre ces tensions, c'est qu'elles devaient être conséquentes. Lily se promit d'en demander plus à Sirius.
D'ailleurs, celui-ci lui fit comprendre qu'il était temps qu'elle prenne congé. Non sans avoir remercié et souhaité une bonne soirée au vieux Maître Black, Lily se laissa entraîner vers la sortie. Sirius lui tînt la porte ouverte et, prenant garde à ce que la secrétaire ne l'entende pas, lui dit :
« Tu vois le parking près du fleuve ? Attends moi là-bas. Je te rejoins dans un quart d'heure. Je vais prendre ma soirée pour une fois ». Puis, il ajouta plus fort, à l'attention évidente de Elisabeth, cette fois : « nous vous appellerons, passez une très bonne soirée, Mademoiselle Evans. » Et il lui claqua la porte au nez.
Lily ne s'en formalisa pas. Elle n'avait qu'une idée en tête, regagner la rue et s'allumer une cigarette afin de repenser à ce qui venait de se passer. Tout en descendant les marches, elle fouilla son sac pour trouver son paquet et son briquet. A peine eut-elle le pied sur le bitume qu'elle l'alluma et exhala une longue colonne de fumée blanche avant d'éclater de rire.
Ouf, putain. Elle avait réussi. Elle avait enfin un job en rapport avec ses études. Elle sauta sur place telle une enfant avant de se rappeler qu'elle était en public. Elle retrouva une contenance et se dirigea vers le lieu de rendez-vous que lui avait indiqué Sirius.
oOo
« Tu sonnes pour rentrer chez toi ? » s'étonna Lily en observant Sirius appuyer sur le bouton.
« Ouais, Renata sait que c'est moi, elle viendra jamais ouvrir. James, en revanche, va bouger son cul.
- Ah, James sera là ? »
Lily ne savait pas trop si elle se réjouissait de cette nouvelle ou non. En parlant de nouvelles, elle n'en avait eu aucune depuis dimanche et la fameuse bise ultra vexante qu'ils avaient échangé. Elle ne l'avait pas croisé non plus.
« Ça te pose un problème ? » demanda Sirius en la regardant avec un air étonné. « J'avais cru comprendre que ça roulait entre vous.
- Moui, on a qu'à dire ça…
- Que pasa ?
- Plus tard » conclut Lily alors que la porte s'ouvrait effectivement sur James, en pull bleu marine, jeans noir et Stan Smith blanches. En une seconde, Lily le détailla des pieds à la tête et retint un soupire. Ouais, non, y avait pas à chier. Elle le trouvait vraiment beau.
Sirius lui sauta tout bonnement dessus. Oubliez l'avocat à la prestance écrasante et retrouvez avec bonheur l'enfant de dix ans. Grâce à une dextérité née de l'habitude, James écarta la main qui tenait une canette de bière et réceptionna son ami sans délicatesse, pressé de s'en dépêtrer.
« Sirius ! » appela James pour essayer de capter l'attention du koala humain qui s'évertuait à s'accrocher à lui en le ceinturant de ses bras et de ses jambes « tu devrais aller voir Ren, elle est pas dans son assiette.
- Qu'est-ce qu'elle a ? » demanda aussitôt ce dernier en reposant les pieds sur le sol, le visage tendu par l'inquiétude.
« Sais pas, elle m'a pas décroché un mot et elle s'est enfermée dans la cuisine ».
Sirius abandonna James et Lily dans l'entrée, sans se retourner. Il se dirigea vers la cuisine, ouvrit la porte à la volée et la referma avec autant de brusquerie. Lily espéra simplement que Renata n'ait pas succombé à une attaque cardiaque après la frayeur qu'il n'avait pas du manquer de lui causer.
James retourna dans le salon s'écrouler sur un canapé, devant la télé. Lily hésita à le suivre mais songea qu'elle ne pouvait pas rester plantée dans l'entrée. Surtout qu'un feu grondait dans la cheminée et qu'elle mourrait d'envie de s'en approcher pour lui réchauffer les mains. Elle fit donc quelques pas dans la direction de cette source de chaleur tant désirée tout en étudiant la décoration. La pièce, qui faisait office de salon salle à manger, était spacieuse et claire, décorée dans les tons gris et beige. Les trois canapés bleu roi, disposés en carré autour de la table basse et face à la cheminée, apportaient la seule touche de lumière, si on exceptait les plantes vertes. Pour autant, l'endroit était accueillant et chaleureux, comme s'il vous invitait à venir vous pelotonner sous les nombreux plaids qui jonchaient les dossiers par un froid dimanche d'hiver.
Lily posa son sac par terre et son manteau sur une des chaises de la table de la salle à manger et s'approcha du feu. James avait la tête en arrière et fermait les yeux, comme s'il était épuisé mais serein.
Elle ne put s'empêcher de remarquer qu'il ne lui avait pas dit bonjour. Il ne lui avait même pas dit bonjour. D'abord la bise après la baise et maintenant ça ? L'ignorance complète ? Un sourire mauvais étira les lèvres de la jeune femme. Oh que non, ça n'allait pas se passer comme ça.
Campée devant les flammes, elle lança :
« Ça va comme tu veux ? »
James ouvrit les yeux et regarda la pièce comme s'il essayait de comprendre où il était. Puis ses yeux se posèrent sur Lily et il sourit :
« Hey, salut. Je t'avais pas vu…
- Ah non ? »
James écarquilla les yeux, stupéfait par tant de froideur. Pour se donner contenance, il porta sa bière à ses lèvres et en but une longue gorgée. Lily ne se départissait pas de son sourire mutin.
« Je… euh… De quoi tu parles ?
- Non rien. Ça va toi ? T'as passé une bonne semaine ? »
Bon, c'était petit, elle voulait bien l'admettre. Le traquer par des sous-entendus sur le fait qu'il n'ait pas donné de nouvelles de la semaine, c'était petit. Surtout qu'elle non plus, elle ne l'avait ni appelé, ni envoyé de message. Mais au moins, ELLE, ne lui avait pas fait la bise quand ils s'étaient séparés. Ca allait être dur à digérer ça.
« Euh oui, j'ai pas fait grand chose. Dormi tout le jour, joué toute la nuit. La base quoi…
- Han, sûrement. »
Elle n'allait pas pouvoir tenir longtemps cette attitude passive agressive. Ce n'était vraiment pas son genre. Surtout qu'elle était curieuse de savoir à quoi il jouait… Sa douceur et sa gentillesse ne pouvaient pas être éclipsées très longtemps. Son sourire malin fût remplacé par un bien plus inoffensif.
« A quoi tu joues ? » reprit-elle.
James se passa la main dans les cheveux, visiblement dépassé par les changements d'attitude qu'opérait Lily. Elle aussi aurait été submergée si elle n'avait pas l'habitude. Quoi que, parfois encore, elle se fatiguait toute seule avec ce trait de caractère très contraignant. Elle aurait souhaité être placide, d'une humeur toujours égale. Cela lui aurait évité des mauvaises surprises. Comme de se mettre à pleurer ou à rire à des moments totalement inopportuns.
« LOL, ça s'appelle » répondit tout de même James, l'air légèrement sur ses gardes.
« League of Legend, c'est bien ça ?
- Tu connais ?
- J'en ai entendu parlé.
- Génial. En tous cas, j'y ai passé toutes mes nuits depuis quelques jours et je me suis tout décalé…
- Oh petit chat » se moqua gentiment Lily avant de rire devant la moue de bébé qu'arborait James, les yeux écarquillés, les lèvres en avant, hochant la tête.
Lily se frotta une dernière fois les mains et s'en alla prendre place sur le canapé voisin de celui de James, celui qui faisait face à la cheminée. Elle s'installa confortablement entre les coussins et poussa un soupire de satisfaction.
Certes, ils ne s'étaient pas parlé de la semaine. Mais au moins, la complicité qu'ils avaient ne s'était pas envolée. Mieux encore, elle ne l'avait pas imaginé, elle était bien réelle. Et le fait qu'elle se restaure aussi rapidement était prometteur. Parce que le simple fait d'entendre la voix de James avait provoqué des chatouilles dans le ventre de Lily. Pas que dans son ventre d'ailleurs, pour être tout à fait précise.
C'était fou l'effet qu'il lui faisait. Alors même qu'elle était en pétard contre lui parce qu'il s'était comporté comme un connard, elle ne pouvait s'empêcher de repenser à ses mains sur sa peau, aux frissons qu'il lui procurait quand il respirait contre son oreille, à la chaleur de ses étreintes. Elle était faible. Et vraiment très très attirée par lui.
Pire que tout, elle voulait à nouveau être avec lui. Et elle voulait qu'il la remarque, que lui aussi en ait envie. Mais elle ne savait pas comment attirer son attention sans paraître collante et envahissante. C'était un vrai casse-tête.
Pour rompre le silence qui s'était installé, sans pour autant être dérangeant, notez bien, Lily entama à nouveau la conversation.
« Je crois que j'ai eu le job ! » dit-elle, sans pouvoir cacher l'excitation qui perçait dans sa voix.
« Oh, sérieux ? C'est cool ça ! » la congratula-t-il en la regardant bien droit dans les yeux.
Le coeur de Lily fit un looping et elle se retint de glapir. Elle avait vraiment un problème.
« Oh que oui, je suis ravie. Sirius m'a expliquée que la semaine prochaine, j'irai signé mon contrat et que je commencerai dans dix jours. Ce qui lui laisserait le temps de libérer la pièce qui me servira de bureau et qui sert actuellement de dépotoir.
- La pièce qui jouxte son bureau ?
- Oui, tu vois de laquelle je parle ?
- Très bien ! J'y ai passé une fois plus d'une demi heure pour retrouver mon permis de conduire que Sirius avait « rangé » là-bas » raconta James, un éclat de rire dans la voix, en dessinant des guillemets avec ses doigts autour du mot « rangé ».
« Oh malheur, on est pas sorti des plantes » se lamenta Lily en se renfonçant dans les coussins moelleux du canapé.
Elle n'avait pas vu ce qui deviendrait son bureau mais Sirius lui avait dit que c'était un peu le bazar, ce que James venait de confirmer. Pour autant, elle pressentait qu'elle allait passer pas mal de temps à mettre de l'ordre dans l'endroit, ne serait-ce que pour prendre ses marques.
Un bruit de porte retentit derrière elle et elle se redressa pour tourner la tête et voir Renata et Sirius arriver. Renata tenait plusieurs canettes de bière dans les mains et Sirius la couvait du regard, comme s'il craignait qu'elle se disloque sous peu. Mais non, elle abordait un sourire radieux qui s'élargit encore en voyant Lily.
Laquelle Lily se redressa pour aller la saluer.
« Mais non, reste assise. Et prends ça. Je suis contente que tu aies fait comme chez toi. » Renata fourra entre les mains de Lily une bouteille et en tendit une à James qui la saisit prestement puis elle s'installa sur le troisième canapé avec Sirius.
« Lily ? » appela James, « tu as ton briquet ? »
La concernée lui tendit et il décapsula sa canette en un preste mouvement. « Quelqu'un d'autre ? » proposa-t-il.
« Moi » fit Lily en lui tendant sa bouteille. A la place, James lui donna celle qui venait d'ouvrir et répéta l'opération avec celle de Lily.
« Envoie » ordonna Sirius à James pour que celui-ci lui fasse passer le briquet qui s'était reconverti en décapsuleur.
« Il s'appelle Revient » prévint Lily en tendant la main pour qu'on lui rende ce qui lui appartenait.
« T'es vraiment un dragon quand il s'agit de tes briquets…
- Si tu crois ça, sache que tu ne m'as encore pas vu au boulot… »
Sirius éclata de rire avant de mimer le désespoir. Renata lui donna un petit coup sur l'épaule pour qu'il cesse ses âneries et ramena ses jambes sous elle. Elle était en survêtement et pull en laine qui avait connu de meilleurs jours il y a de ça fort longtemps, les cheveux relevés en un chignon sans queue ni tête. Elle ne semblait pas gênée de recevoir du monde dans cette tenue. Et rien que pour cela, Lily l'en apprécia d'autant plus. Elle aimait les gens qui savaient rester simples et visiblement, Renata en faisait partie.
« Ça va mieux ? » s'inquiéta tout-à-trac James en étudiant le visage de Renata.
Laquelle leva les yeux vers Sirius en souriant doucement.
« Oui, bien sûr que ça va mieux » dit-elle avec un sourire destiné à l'homme qui la couvait juste à côté d'elle. Sirius passa un bras autour de ses épaules et lui embrassa tendrement la tempe. Devant ce geste, Lily eut un pincement au coeur. Ce n'était pas la première fois qu'elle avait cette réaction en voyant Sirius et Renata. Elle n'était pas jalouse de Renata parce qu'aussi beau qu'elle trouve Sirius - et elle le trouvait tout à fait charmant (surtout maintenant qu'elle savait qu'il n'était pas gay) - il ne l'attirait pas du tout. Non, c'était leur relation qui lui faisait envie. La tendresse et l'amour qui les unissaient. Elle aussi, elle voulait ça.
Sans qu'elle s'en rende compte, ses yeux volèrent vers James qui s'était à nouveau laissé tomber dans le canapé. Il avait l'air vraiment serein, ici, dans cet espace, au milieu de ces gens. Son sourire paisible rappelait celui qu'elle avait vu sur sa photo de profil Facebook, loin du rictus qu'il affichait le reste du temps, dans lequel la tension était perceptible.
Elle se serait bien vue avec James. Elle ne le connaissait pas beaucoup mais le peu qu'elle avait aperçu de lui lui convenait. Mais elle lui avait aussi promis qu'elle ne ferait rien pour l'encombrer. Donc, elle attendrait qu'il veuille d'elle, qu'il vienne à elle si jamais il le faisait. En attendant, elle ne désespérerait pas et peut-être même chercherait-elle ailleurs, qui sait ?
Elle poussa un profond soupire.
« Qu'est-ce qu'il t'arrive, ma p'tite p'tite p'tite Lily ? » demanda Sirius.
« Je pensais seulement au bordel qui règne dans mon futur bureau. Ca me déprime d'avance. »
Tous éclatèrent de rire et la conversation embraya sur Sirius et son manque d'organisation.
oOo
« Ren, c'était vraiment super bon » complimenta Lily en s'affalant contre le dossier de la chaise de la cuisine après avoir fini son assiette de gratin dauphinois jusqu'à la dernière miette (et s'être resservie pas une mais deux fois).
« Merci » répondit l'intéressée, flattée. « Ça me fait plaisir de t'avoir à la maison. J'espère que c'est pas trop dur de suivre les conversations. J'ai capté que ces deux-là avaient tendance à oublier qu'on venait juste de te rencontrer et parlaient comme si on se connaissait depuis toujours et que tu comprenais tous les sous-entendus qu'ils faisaient…
- C'est rien. Je comprends les grandes lignes des histoires.
- Tant mieux alors. Café, quelqu'un ?
- Moi, évidemment.
- Moi aussi, je veux bien » fit James.
« Oh, déconne pas, la bouteille de rosé est pas encore vide » objecta Sirius, en désignant l'objet du délit.
« A ce propos » commença Lily, « bois pas trop, tu as promis que tu me ramènerais.
- Oh la la, je vais pas te ramener chez toi personnellement, alors qu'il y a James qui va au même en droit que toi.
- Mais… » pleurnicha Lily, abasourdie que Sirius refile le bébé à James sans lui demander son avis. Dans la voiture, en venant ici, il lui avait promis qu'elle n'aurait pas à prendre le bus pour rentrer et que… oh. C'était subtile, c'était mesquin. Sirius SAVAIT que James serait là ce soir. Et que puisqu'ils allaient au même endroit, il pourrait la ramener… Et que puisqu'ils s'étaient si bien entendus la dernière fois qu'ils s'étaient vus… Parce que James n'avait pas du parler de l'histoire de la bise. Il devait même plus s'en souvenir.
« J'avais pas l'intention de reprendre la voiture pour rentrer » dit James. « Mais si Lily conduit, y a pas de problème.
- Je peux pas conduire, j'ai trop bu pour conduire.
- T'as bu quoi ?
- Trois verres, plus une bière.
- Oh mais ça va, t'es large » rit-il en lui lançant les clés de l'Audi. « C'est rien du tout ça. Et puis, si par malheur, on devait avoir un problème, je connais un excellent avocat ».
A ces mots, Sirius se pencha vers Lily pour lui chuchoter « c'est moi l'excellent avocat » d'un air très sérieux, ce qui ne manqua pas de faire rire aux éclats Renata, qui n'avait pas perdu une miette de la scène tandis qu'elle débarrassait la table et faisait chauffer la machine à café.
Lily rendit les armes et pris les clés de la voiture. Elle les glissa dans sa poche et dit, sur le ton le plus tranquille qu'elle était capable d'user :
« De toutes les façons, je m'en fous : j'ai pas le permis » et elle finit son verre en une gorgée.
James faillit s'étouffer dans son vin et regarda Lily, un petit air effaré des plus satisfaisant sur le visage. « Sans sucre, mon café, s'il te plaît » demande Lily à Renata qui n'en pouvait plus de rire.
« Elle t'a tué, là, James. Tu t'es fait avoir comme un noob.
- Putain, je sais. En vrai, tu sais conduire ?
- Mmmh ? »
Lily fit semblant de ne pas avoir entendu la question pour pouvoir continuer sa mascarade. Bien sûr qu'elle savait conduire. Elle avait son permis aussi. Mais elle n'avait pas conduit depuis très longtemps. C'était sa soeur qui avait récupéré la voiture au décès de ses parents et elle n'avait jamais eu l'occasion de remonter derrière un volant. Cela faisait donc deux ans. Mais c'était comme le vélo, ça, n'est-ce pas ? Ça ne s'oubliait pas. Du moins, l'espérait-elle.
Un téléphone vibra sur la table et Lily, par un réflexe sorti d'on ne sait où, leva les yeux vers la pendule pour regarder l'heure. Qui pouvait bien écrire à 23h30 un soir de semaine ?
« Ah, tiens, y a le loup-garou qui a fini son service. Il demande si on dort ou s'il peut passer.
- Le loup-garou ? » releva Lily, dans l'incompréhension la plus totale.
« Bien sûr qu'il peut passer » décréta Renata en posant un expresso devant Lily.
« C'est Remus, le loup-garou » expliqua James, pour répondre à la question de Lily.
« Pourquoi loup-garou ?
- C'est une longue histoire…
- Raconte là, James » réclama Renata en lui tendant sa tasse.
« Oh mais c'est trop long » chouina alors Sirius en se cachant la tête sous la table, dans le style le plus extravagant qui soit.
« C'est vraiment une belle histoire. C'est en l'apprenant que je suis tombée amoureuse de toi. »
Les yeux de Sirius apparurent au dessus de la table, remplis d'étoiles. Il dédia à sa femme un sourire éblouissant et entama son récit avec tant d'enthousiasme que Lily faillit oublier qu'une seconde plus tôt, il s'était faxé SOUS la table pour y couper. Renata le menait vraiment par le bout du nez, pour le plus grand plaisir du concerné, visiblement.
« En gros, j'ai rencontré James au collège. Avec Rémus et Peter que tu n'as pas encore vu. On avait onze ans, du coup, on a pas tout de suite fait gaffe. Mais après quelques années, on s'est rendu compte que Remus s'absentait assez régulièrement. Enfin souvent et de manière régulière. Toutes les quatre semaines. On a eu du mal à comprendre pourquoi et en attendant de découvrir de quoi il s'agissait, on s'est mis à le surnommer le Loup-garou, parce que son cycle de disparition était calqué sur celui de la pleine lune. Du coup, c'est resté.
- Raconte lui l'autre partie de l'histoire… » réclama Renata en reprenant sa place.
« Bah, ça concerne la vie privée de Remus, tu crois pas qu'il faudrait lui demander son accord avant ? » objecta James qui souriait à l'évocation de leurs années collège/lycée.
« Oui, pardon, tu n'as pas tort » accepta Renata. « Quand je vois Remus, j'ai parfois tendance à oublier que ce qu'il a vécu n'était pas anodin… »
La curiosité de Lily était piquée au plus haut point. « Ce qu'il a vécu » et « pas anodin » laissaient sous-entendre quelque chose de grave. Elle n'avait cependant pas d'idée sur ce que cela pouvait être. Mais elle respectait leur volonté de ne pas en parler sans l'accord de Remus. Et elle appréciait que James l'ait fait remarquer. Elle aurait été mal à l'aise de connaître les détails de la vie privée de Remus alors qu'elle ne le connaissait qu'à peine.
Lily se leva en saisissant sa tasse.
« Je vais sortir fumer une cigarette » annonça-t-elle.
« Je t'accompagne » proposa Renata en se levant à son tour. « Les garçons, votre mission si vous l'acceptez, bien que vous n'ayez pas le choix en réalité, finir de débarrasser la table. »
Lily récupéra son paquet de cigarettes dans son sac à main et enfila son manteau en même temps que Renata s'enveloppait dans un grand plaid en polaire. Elles s'installèrent sur la terrasse où Lily trouva un pot de fleurs assez large pour y poser sa tasse afin de pouvoir allumer sa clope. Elle exhala la fumée avec une joie intense. Elle s'était retenue de fumer toute la soirée parce que ni Renata ni Sirius ne fumait et qu'elle ne voulait pas paraître impolie en sortant toutes les heures pour s'en griller une. Mais la clope d'après manger était particulièrement bonne.
« Je peux t'en taxer une ? » demanda Renata en la regardant avec curiosité.
« Bien sûr » accepta Lily.
Elle lui offrit son paquet en songeant qu'il était grand temps qu'elle gagne davantage d'argent si tous ses nouveaux copains se mettaient à piocher dans son paquet. Mais c'était de bon coeur qu'elle partageait. Au pire, elle fumerait un peu moins. Elle tendit également son briquet à Renata qui alluma sa cigarette d'un geste sûr.
« Je pensais que tu fumais pas.
- C'est le cas. Mais parfois j'aime bien.
- C'est comme ça que ça commence…
- Ah ah, exact. »
Les deux femmes fumèrent en silence. Lily observait la terrasse, le jardin et la piscine. Elle avait été impressionnée par cette maison de banlieue quand Sirius s'était garé dans la cours après avoir actionné le portail électrique. La baraque était cossue mais c'était l'immensité du jardin que Lily avait trouvé remarquable.
« Tu as vraiment une belle maison » fit-elle part à Renata qui s'agitait toute seule afin de rajuster son plaid sans le brûler sur la cigarette.
« Ah merci. On y habite depuis trois ans maintenant, on a fait pas mal de travaux mais ça commence à être pas mal.
- Pas mal ?! C'est parfait oui ! Je rêve d'avoir une maison comme ça. »
Et c'était vrai. Quand Lily se projetait dans le futur, elle y voyait une belle maison, pas forcément immense, mais confortable et accueillante, un beau jardin entretenu où les enfants pourraient s'amuser et plus tard, faire la fête. En réalité, une maison pareille, c'était tout ce à quoi elle aspirait. Une maison où elle pourrait recevoir ses amis, même les amis qui débarquaient à minuit.
Sirius ouvrit brusquement la porte et tendit le bras, un boitier électronique dans la main afin de commander l'ouverture au portail. « Remus est là » annonça-t-il sobrement avant de refermer la porte.
« Il est un peu dur à suivre, non ? » questionna Lily en observant la porte fermée d'un air hébété.
« Il se passe beaucoup de choses en même temps dans sa tête » expliqua Renata alors qu'elle écrasait sa cigarette dans un pot de fleur. « On s'y fait à la longue et même mieux, on arrive à suivre son cheminement de pensées.
- J'espère pour toi ! Sinon, c'est coton.
- Exact » approuva-t-elle en riant.
Une voiture entra dans la partie du jardin qui servait de parking et se gara. Remus, le conducteur, en sortit suivi d'un homme un peu plus petit et trapu. Les deux nouveaux arrivants s'approchèrent et embrassèrent Renata puis Lily.
« Lily, tu connais déjà Remus. Et voici Peter, le quatrième mousquetaire de la bande.
- Ch'uis pas le quatrième mousquetaire, il existe pas. Je suis leur chef, leur roi, leur dieu.
- Le dieu de la connerie, ouais » objecta Remus en se marrant. « On caille, Ren, on rentre.
- Faites comme chez vous. On arrive ».
Sentant qu'on attendait plus qu'elle, Lily finit sa cigarette et son café et suivit Renata dans la maison. Les quatre garçons s'étaient répartis sur deux des trois canapés et discutaient bruyamment sans qu'on ne puisse distinguer une logique dans leurs échanges. Mais ils avaient l'air de se comprendre. Ce qui, au fond, était l'essentiel.
Lily enleva son manteau et vint prendre place dans le canapé laissé libre. Renata s'installa en tailleur à côté d'elle. Remus demanda alors :
« Ren, je peux rouler ? Et fumer à l'intérieur ? »
Laquelle Renata fronça les sourcils et lui fit les gros yeux.
« Allez, dis oui, on caille dehors » supplia-t-il avec une moue de chien battu.
« Bon, mais je veux pas te voir t'éloigner de plus de vingt centimètres de la cheminée, elle devrait bien capter l'odeur.
- Ouaiiiiis » brailla-t-il de joie en sortant de sa poche un paquet de tabac à rouler, des longues feuilles et un petit sachet zippé rempli d'herbe.
Lily l'observa se confectionner un pétard, perdue.
« Mais t'es pas censé être flic toi ? » craqua-t-elle finalement, rongée par la curiosité.
« Je suis censé et je suis ! » rétorqua Remus sans lever les yeux du carton qui servirait de filtre qu'il était en train de courber.
« Mais alors…
- Je connais un très bon avocat. »
Cela semblait être leur réponse à toutes les situations tendancieuses auxquelles ils s'exposaient. « Je connais un très bon avocat ». Comme si Sirius avait le pouvoir de les sortir de tous les pétrins possibles et inimaginables.
D'ailleurs, Sirius, depuis son canapé, de l'autre côté de la table basse, se pencha vers Lily et lui dit à nouveau « C'est moi le très bon avocat.
- Sans déconner ? » fut la seule réponse de Lily.
Ce n'était pas l'herbe qui la dérangeait, même si elle n'en avait jamais fumé. C'était plus le fait qu'un membre des forces de l'ordre, dont la mission, normalement, était de réprimer la consommation de drogue, s'allume un joint en arrivant chez son pote. Cela l'a mettait mal à l'aise.
Mais après tout, si Renata et Sirius étaient d'accord, qui était-elle pour juger ? Elle décida de se détendre et de laisser faire. Ce n'était pas son problème.
Cependant, elle ne pouvait pas quitter des yeux Remus alors qu'il léchait la feuille de papier pour terminer sa cigarette d'un genre un peu particulier. Elle n'avait jamais fumé de weed et jusqu'à maintenant, elle n'en avait jamais ressenti l'envie, ni la curiosité. Mais en voyant la petite lueur de convoitise qui brillait dans le regard des trois autres hommes, elle se dit qu'elle passait peut-être à coté de quelque chose et qu'il faudrait bien qu'elle essaie un de ces quatre.
Remus alluma enfin son pétard avec un plaisir non dissimulé et Lily en fût sûre : il faudrait qu'elle essaie un jour, pour pas mourir con. il tira quelques lattes et le tendit à James qui, à la grande surprise de Lily, accepta avec un sourire. Et celui-là, il n'était pas censé être dans l'armée ? On ne contrôlait pas ce genre de choses là-bas ? Le joint passa ensuite entre les mains de Sirius puis celles de Peter qui finit par le proposer à Lily qui refusa.
« Tu fumes pas ? » s'étonna Remus en se penchant vers Peter pour le récupérer.
« Non, je conduis » expliqua-t-elle en essayant de durcir son ton et en foudroyant James du regard. Les yeux de Remus suivirent ceux de Lily et tombèrent sur James, tant et si bien affalé dans le canapé qu'il semblait qu'il avait fusionné avec les coussins.
« Il t'a fait le coup du j'ai trop bu c'est toi qui conduis ? » demanda Remus, comprenant dans quel traquenard était tombé Lily.
« Ouais.
- Technique jamesienne basique. Tu apprendras à ne plus te faire avoir.
- J'espère bien ! »
Elle espérait surtout avoir le temps pour apprendre quoi que ce soit de James.
« Putain ! » s'exclama Renata dans un sursaut, « ça pue la weed partout dans ma maison. Qu'est-ce que j'avais dit à propos de la cheminée ? » tempêta-t-elle en se levant pour aller ouvrir la fenêtre.
« C'est pas moi, moi j'ai fait comme t'as dit, je suis restée à côté de la cheminée. C'est James » dénonça Rémus en se calant dans le canapé. « C'est lui qui est hors périmètre.
- Vous êtes vraiment des gosses, parfois.
- Et toi, t'es notre petite maman » appuya Peter en formant un coeur avec ses doigts, au niveau de son coeur. « Et tu nous aimes comme ça, rappelle-toi.
- C'est ça. Vous voulez boire quelque chose ?
- Bière ! » s'enthousiasma Peter
« Bière ! » hurla presque Rémus.
« Bah, tu sais où est le frigo, tu te lèves et tu vas les chercher. » contra Renata en se couvrant avec un plaid pour bien montrer qu'elle ne bougerait pas.
« Mais, mais… » geignit Remus qui consentit malgré tout à se lever. « On est mal reçu dans cette maison, on reviendra plus. »
Les conversations reprirent. Lily apprit que Peter était informaticien et qu'il travaillait dans une grosse boite la nuit et que du jeudi au dimanche, il était en repos. De l'avis de Lily, Peter était un gars sympathique mais visiblement, il avait tendance à s'effacer dès qu'un de ses trois copains disaient quelque chose un peu plus fort que lui. En gros, il n'avait pas trop confiance en lui. Ce qu'elle trouvait dommage, car il était très drôle.
Vers une heure du matin, Renata annonça qu'elle allait se coucher. Sirius la suivit dans les cinq minutes en ordonnant à James de s'assurer que le portail était bien fermé en partant et de verrouiller la porte d'entrée. Il salua tout le monde de la main et emprunta le couloir qu'avait pris Renata un peu plus tôt.
Lily trouva étrange de rester dans la maison alors que les hôtes n'étaient plus là mais, en constatant qu'elle était la seule à être perturbée par cette idée, elle se détendit. Ils devaient tous être si proches que la maison de Sirius et Renata devait un peu être la leur aussi.
« On finit la bière et on y va ? » demanda Peter à Remus en buvant les quelques gorgés que contenait sa bouteille.
« C'est bon.
- Nous aussi, on va pas tarder » fit alors James à Lily.
Elle avait presque oublié son existence, tant il n'avait pas fait attention à elle ce soir. Tout d'un coup, le fait de se retrouver seule en voiture avec lui l'intimida.
« Ouuh, James et Lily rentrent ensemble ! C'est chauuuud » chantonna Peter, hilare.
« Mais t'as quel âge ? » se défendit Lily, peu habituée à ce qu'on fasse des allusions sur sa vie sexuelle.
Peter regarda son poing fermé, leva le pouce, l'index et le majeur. Il hésita sur l'annulaire, le baissa, le releva et montra finalement ses quatre doigts levés à Lily en répondant, avec une fausse voix de bébé « moi, j'ai quatre ans ». Ce qui, fatalement, fit rire Lily.
D'un accord tacite, ils débarrassèrent la table basse et nettoyèrent leurs miettes, le tout sans cesser de plaisanter. Lily, que personne ne connaissait depuis longtemps, fut intégrée dans toutes les blagues et elle avait même une private joke avec Remus : tous les deux se mettaient bêtement à rire chaque fois que le mot « bouteille » était prononcé à cause d'un quiproquo qu'ils avaient eu en discutant plus tôt dans la soirée quand Remus avait compris « poubelle » à la place, ce qui faussait complètement le sens de la phrase qu'avait prononcé Lily.
Quand tout fût rangé, ils enfilèrent leur manteau et quittèrent la maison. James fût le dernier à franchir la porte et, après avoir sorti son trousseau de clés de la poche de son pantalon, la verrouilla.
« T'as toujours les clés de ma caisse ? » demanda-t-il inutilement à Lily en se dirigeant vers ladite voiture.
« Évidemment » répondit-elle, légèrement vexée qu'il doute ainsi d'elle.
Enfin, pour être honnête, elle savait que ce n'était qu'une simple façon se s'assurer qu'elle n'avait rien oublié dans la maison. Mais elle ne savait tellement pas sur quel pied danser quand elle parlait avec lui (et elle était tellement nerveuse à l'idée de se retrouver seule avec lui dans l'espace confiné de l'habitacle de la voiture) qu'elle avait tendance à se mettre sur la défensive.
Elle appuya sur le bouton du boitier électronique pour ouvrir les portières et tandis qu'elle se glissait sur le siège conducteur, James attrapa une télécommande dans le vide poche pour actionner le portail.
« Tu es comme à la maison, ici » commenta-t-elle en réglant le siège puis les rétroviseurs. « Qu'est-ce que tu veux dire ? » demanda James en attachant sa ceinture de sécurité.
Lily mit le contact et savoura les vibrations que produisait le puissant moteur dans le volant. Les phares s'allumèrent automatiquement. Elle jeta un oeil dans le rétroviseur et constata que Remus était encore en train de manoeuvrer pour faire demi-tour et sortir du jardin, elle attendit patiemment.
« Tu as les clés de la maison, tu sais où les choses sont rangées mieux que Sirius… » développa-t-elle en faisant référence au grand moment de solitude qu'avait vécu Sirius en cherchant la pelle à gâteau dans le buffet. Qu'il n'avait pas trouvé. Alors que James oui (Sirius ne regardait pas dans le bon placard).
« Je passe beaucoup de temps ici… » expliqua James comme si cela justifiait tout.
Lily passa la marche arrière et manoeuvra à son tour. Quand la voiture fût dans l'impasse au bout de laquelle se trouvait la maison de Sirius et Renata, James lui demanda d'attendre que le portail soit complètement fermé pour prendre la route. Alors ils attendirent. Ce que cela pouvait être long, un portail électrique quand même. Pendant ce temps, James alluma l'autoradio et appuya sur un bouton pour que les musiques de son iPhone soient diffusées dans l'habitacle.
« Tu me guides ? » demanda Lily en sortant de l'impasse.
« A droite ».
Ils n'échangèrent pas un mot, si ce n'est James qui ouvrait la bouche pour lui indiquer la direction. Lily savourait la conduite et la sensation de liberté que cela produisait. Elle avait oublié comme elle aimait conduire la nuit, surtout en pleine campagne. De plus, la musique diffusée à ce moment là était parfaite. Avec ce fond sonore, le ronron du moteur, la pleine lune qui brillait sur les arbres, le ciel sans nuage et James qui regardait le paysage, la tête appuyée contre la vitre, elle eut un sentiment de plénitude, comme jamais elle n'en avait connu. En cet instant précis, tout était parfait et elle avait l'impression d'être à sa place.
« Je peux remettre cette chanson ? »
« Mmmmh » marmonna James. Ce que Lily prit pour un oui. Alors elle relança la chanson. Une fois, deux fois, à la troisième fois, elle ne demanda même plus son avis à James.
Quand ils arrivèrent à leur immeuble, tandis que Lily se garait dans le garage à l'emplacement réservé à James, elle se renseigna sur le morceau qu'elle venait d'écouter en boucle pendant vingt minutes.
« Fakear, la lune rousse » lui apprit James et Lily se promit de ne pas oublier ce titre. Elle était persuadée qu'elle se souviendrait de cette balade en voiture toute sa vie.
Alors qu'ils grimpaient à leur étage par les escaliers glauques qui effrayaient Lily, celle-ci se dit qu'il fallait qu'elle remercie James pour la balade en voiture.
« C'était chouette. Ça fait tellement longtemps que je n'avais pas conduit, j'avais oublié la sensation. Ca m'a manqué en fait » conclut-elle comme si cela l'étonnait. Mais n'était-ce pas un peu bizarre de dire que conduire lui manquait ?
« Quand tu veux. Tu veux entrer un moment ? »
Ils étaient arriver sur le pallier et chacun se tenait devant sa porte respective. Lily croisa les bras sur la poitrine, son sac qu'elle tenait au creux du coude vint se mettre devant elle, proposant un rempart supplémentaire.
« Tu plaisantes j'espère ?!
- Mais quoi ?
- Mais quoi, qu'il me dit ? » singea Lily en faisant un pas en arrière.
« Mais qu'est-ce que j'ai fait ? » demanda James, l'air sincèrement perdu.
« Tu m'as fait la bise, ma foi ! On a passé toute la nuit ensemble et en partant tu m'as collé les deux bises mécaniques…
- HA ! C'était ça qui t'a chagriné toute la soirée, je le savais ! Je savais que t'étais en colère contre moi.
- Tu savais ?
- Evidemment, tu m'as pas adressé la parole.
- Toi non plus, je te signale.
- Evidemment, tu étais en colère contre moi ».
Ils se regardèrent fixement. Lily ne voulait pas se départir de sa colère mais elle la sentait la quitter, fondant sous le petit sourire en coin que lui envoyait James. Comprenant qu'elle était en train de céder, elle termina de lui dire ce qu'elle avait sur le coeur :
« C'était très vexant, tu sais ?
- Ah bon ?
- Ouais, pourquoi pas un check la prochaine fois ? Une tape sur l'épaule ?
- Je m'étais pas rendu compte.
- Ben, je te le dis maintenant. Ça se fait pas.
- Si je promets de plus le refaire, tu entres ? »
Lily pesa le pour et le contre de cette proposition. Il était presque trois heures du matin. Elle se levait dans trois heures. Si elle entrait avec James, elle n'allait probablement pas dormir beaucoup et elle serait crevée demain. Cependant, si elle rentrait chez elle, il était certain qu'elle n'allait pas trouver le sommeil non plus. Alors quitte à passer une nuit blanche, autant prendre du bon temps n'est-ce pas ?
« T'as intérêt à te faire pardonner comme il se doit alors… » dit-elle, en guise d'acceptation.
« Compte sur moi. Et demain, quand tu partiras, je te mettrai une tape sur le cul…
- Essaie seulement de faire ça, chaton et tu vas voir ce que tu vas voir. » le menaça-t-elle en entrant dans son appartement après qu'il lui ait ouvert la porte.
Elle n'eut que le temps de poser son sac à main à côté du canapé avant que James ne l'attrapa par la nuque pour coller sa bouche contre la sienne…
oOo
C'est l'heure de mon blabla. Tout d'abord, merci pour vos reviews et vos follows, ça m'a fait chaud au coeur, vraiment.
Je voudrais vous demander pardon pour le retard dans la publication. J'avais pas prévu que ça prendrait autant de temps. J'avais pas prévu pas mal d'événements cet automne et j'ai du composer avec tant bien que mal. Les choses commencent à retrouver leur place, donc je devrais pouvoir écrire davantage.
Je ne sais pas encore combien de chapitres aura cette histoire mais je sais où elle va. Il ne me reste plus qu'à écrire la suite !
Dans un autre registre, comme vous avez pu le remarquer, j'aurais bien besoin d'un beta. J'essaie de me relire mais en général, je finis d'écrire tard dans la nuit (là, rien que pour l'exemple, il est 3h58...) et j'ai du mal à voir mes fautes, surtout les plus flagrantes, vous savez, celles qui font saigner des yeux, alors s'il y a des volontaires...
Dernière chose : j'ai changé le rating en M à cause du langage un peu gras de Tonton Sirsir, des sous-entendus pas toujours discrets et des passages sur la drogue... Vaut mieux pas prendre de risque. Mais je crois que M, c'est excessif, non ?
J'espère que ce chapitre vous a plu...
Je vous love (oui, même si on ne se connait pas depuis longtemps :)
