Vous qui êtes là, qui lisez ces mots, sachez que vous êtes des anges de patience, les êtres les plus adorables de la Terre, devant les pandas roux et les loutres.
Je vais pas m'éterniser plus longtemps, car vous avez suffisamment attendu mais si je peux me permettre, à un moment, je parle d'un morceau, peu avant la fin : "...Lily ralentit le rythme (**)". C'est qu'une suggestion mais si vous êtes chaud, allez sur youtube à ce moment là, tapez "popof do you want me" et sélectionnez la première vidéo, celle avec un fond vert et un éléphant et lisez la fin en écoutant, vous comprendrez peut-être mieux ce que j'essaie de vous dire…
It wasn't until sunrise that you remembered to look at the stars
Do u want me
Lily cessa de fixer son écran d'ordinateur pour soupirer. Cela faisait presque deux heures qu'elle faisait des recherches pour Sirius et ne trouvait pas l'argument précis qui leur fallait pour terminer les conclusions avec brio. Elle savait que cela existait pourtant. Elle en avait déjà attendu parler. Ou alors inventait-elle ? Pas impossible non plus.
Elle soupira et s'étira en parcourant des yeux son bureau. Après presque un mois et demi d'acharnement, il était enfin rangé. Tous les dossiers étaient classés par ordre alphabétique, toutes les affaires, les dates avaient été référencées dans un document excel qui était devenu une base de données. Désormais, quand Sirius lui posait une question sur un cas qu'il avait eu à traiter pour savoir une date d'appel, l'avocat de la partie adversaire ou n'importe quoi d'autre, la réponse venait dans la minute qui suivait.
En investissant les lieux, Lily avait fait un travail de titan, ne comptant pas ses heures. Et entre ça, son boulot au supermarché qu'elle avait fini par lâcher au bout d'un mois exténuant, ses soirées avec ses nouveaux amis et ses nuits avec James, Lily arrivait à la fin de l'année sur les rotules. Les dimanches étaient consacrés à rattraper son sommeil en retard et elle dormait quasiment toute la journée. On ne pouvait pas faire des journées de dix-huit heures impunément.
Le mois de novembre avait été pure folie mais maintenant que James était reparti en mission et qu'elle n'avait plus qu'un job, certes à temps plein, mais qu'un seul travail, Lily se retrouvait avec pas mal de temps libre. Et elle ne savait pas si cela lui convenait ou non.
C'était l'inconvénient d'avoir une vie bien remplie : on y prenait très vite goût et plus on en faisait, plus on avait envie d'en faire. Elle avait l'impression de se retrouver désoeuvrée, même si elle passait trois soirs par semaine avec Sirius, Renata, Remus ou Peter. Et Alice, quand elle était là.
En parlant de folie, ça aussi, ça en était. La façon dont elle s'était attachée à ces gens en si peu de temps… C'était presque effrayant. Mais pour la première fois de sa vie, Lily avait la sensation de faire partie d'un groupe et d'être appréciée et reconnue à sa juste valeur. Et mon Dieu, que c'était bon. Chacun d'entre eux lui proposait de passer du temps ensemble et avait l'air de sincèrement aimer sa compagnie.
Lily se leva et se rendit dans le bureau de Sirius qui jouxtait le sien. Pour accéder à son bureau, elle devait fatalement passer par celui de Sirius car, à la base, ce n'était pas un bureau mais un débarras où Sirius entassait ses dossiers.
« Bon, je trouve pas » lui annonça t-elle, le faisant lever les yeux de la montagne de papier qu'il était en train d'étudier. « Je m'y remettrai cet après-midi, après manger, peut-être que j'aurais des idées nouvelles de mots clé.
- Bonne idée. Tu vas manger là ? Tu peux me ramener un truc ? » continua-t-il alors que Lily hochait la tête pour confirmer. « Je vais pas avoir le temps.
- Bien sûr. Une envie particulière ?
- Non, prends-moi comme toi. Mais prends ton temps, je suis pas aux pièces et je ne suis pas encore affamé.
- Comme tu voudras. » sourit-elle avant de retourner dans son bureau récupérer son manteau et son sac à main.
Elle quitta le cabinet et s'alluma une cigarette dès qu'elle fût dans la rue. Sirius ne lui avait à aucun moment interdit de faire une pause clope. Mais comme il ne s'arrêtait jamais de bosser, même pas pour se faire un café, Lily culpabilisait à l'idée de prendre dix minutes pour aller s'en griller une.
On aurait pu croire qu'elle avait ralenti sa consommation. Mais non. C'était même pire. Dès qu'elle se retrouvait à l'air libre, elle fumait clope sur clope. Surtout depuis qu'elle avait les moyens d'acheter des paquets sans vraiment compter.
Lily se mit en marche, direction la boulangerie, un peu plus loin dans la rue qui faisait des sandwichs du tonnerre quand quelqu'un derrière elle l'interpella.
« Lily ! »
La concernée se retourna pour voir qui était le malotru qui osait la contrarier dans sa mission ravitaillement et ne put retenir un sourire quand elle se rendit compte qu'il s'agissait d'Andromeda Tonks, une cousine de Sirius qu'elle avait eu l'occasion de rencontrer alors qu'il travaillait sur une affaire pour elle. Les deux femmes avaient d'ailleurs sympathisé et il leur arrivait régulièrement de discuter sur la messagerie instantanée de Facebook et de se marquer l'une et l'autre sur des articles. Une relation numérique forte qui se concrétisait rarement dans la vie réelle, ceci dit.
Andromeda arriva à la hauteur de Lily et lui claqua trois bises sur les joues en guise de bonjour avec l'énergie d'un troupeau de bisons en train de charger.
« Qu'est-ce que tu fais ? » lui demanda l'arrivante en remontant son sac sur son épaule.
Andromeda était un drôle de personnage, haut en couleur. Au sens littéral. Les trois fois où Lily l'avait vue, celle-ci comprise, la cousine de Sirius portait pas loin de cinq couleurs différentes sur sa tenue. Pas du gris, du marron, du noir ou du bleu marine, non, pas des couleurs sobres. Mais du rouge, du vert, du jaune, du rose. De quoi vous faire saigner les yeux. Pour autant, elle portait bien son arc-en-ciel et parvenait même l'exploit de dégager une certaine élégance. Lily était très admirative.
« Manger. Faim.
- Oh, j'y allais justement. Tu veux m'accompagner ? Je dois rejoindre ma soeur. »
Lily n'hésita qu'une demi seconde avant d'accepter et de suivre Andromeda. D'ordinaire, elle prenait un sandwich qu'elle dévorait dans le parc non loin du bureau avant de faire un peu les magasins pour tuer le temps de sa pause déjeuner et s'aérer l'esprit. Déjeuner dans un vrai restaurant changerait agréablement. De plus, elle allait rencontrer une autre cousine de Sirius. Et si celle-ci était du même acabit que lui ou qu'Andromeda, le repas risquait de ne pas être triste.
Le temps d'arriver à la brasserie où Andromeda avait son rendez-vous, Lily avait pu la briefer sur l'avancement de son affaire (qui consistait au rachat d'une entreprise de fabrication de poupées…), ce qui satisfit Andromeda.
Elles pénétrèrent dans un restaurant dont le style se voulait baroque mais qui évoquait plus l'horreur du vide, tout en surcharge et en surabondance. Andromeda salua l'un des serveur et se dirigea vers le fond de la salle où une grande femme blonde semblait attendre. En se rapprochant de la table, Lily étudia celle qu'elle devinait être la soeur d'Andromeda et en conclut qu'elle en était tout l'opposé. Là où Andromeda était excentrique et voyante, sa soeur était élégante et discrète. Son tailleur gris, visiblement de très bonne facture, lui allait à merveille et ses cheveux étaient tirés en un chignon strict. Elle ne semblait pas sa marrer tous les jours. Arrivée à son niveau, Andromeda invita Lily à s'asseoir et fit les présentations :
« Narcissa, voici Lily, qui travaille pour Sirius. Lily, Narcissa, ma soeur. Elle aussi avocate.
Enchantée » fit Lily, plus pour répondre aux diktats de la politesse que par sincérité car le visage fermé et l'air peu avenant de Narcissa l'intimidaient. D'ailleurs, celle-ci traina un peu pour répondre :
« Moi de même » puis, en ignorant délibérément Lily pour s'adresser qu'à Andromeda : « ça fait dix minutes que je t'attends.
Oh la la, je suis désolée, la babysitter de ma fille était en retard. »
Lily écoutait sans dire un mot. Parfois, il arrivait qu'on rencontre des gens et qu'on ne les sentent pas. Narcissa faisait partie de ces gens, de ceux qui laissent une mauvaise première impression. Peut-être était-ce simplement le fait que la cousine de Sirius ne prêtait aucune attention à son existence : elle discutait tranquillement avec Andromeda, ignorant superbement Lily qui, pour se donner une contenance, consulter le menu avec la plus grande des attentions. Elle regrettait déjà d'être venue.
Le serveur vint prendre leur commande et Narcissa lui parla comme si elle l'honorait en lui adressant la parole, le nez en l'air, sans même le regarder. Lily la trouva détestable. Contrairement à Andromeda, qui percevait clairement le malaise de Lily et qui essayait de l'inclure dans la conversation. Mais, systématiquement, Narcissa l'en excluait.
Quand leur plat arrivèrent, Narcissa consultait son téléphone portable en tapant frénétiquement sur l'écran. Puis, subitement, alors qu'Andromeda la questionnait sur l'avancée des travaux de sa maison, Narcissa se décida à remarquer la présence de Lily.
« Alors, comme ça, tu travailles avec Sirius ?
- Oui, je… »
Elle hésita à dire qu'elle était son assistante. Quelque chose lui disait que cette information permettrait à Narcissa de la tourner en ridicule. Cependant, Andromeda, ne voyant pas le mal à révéler son statut, finit la phrase de Lily :
« Lily est l'assistante de Sirius. »
Narcissa eut un reniflement de mépris prévisible en dardant sur Lily un regard perçant, qui semblait dire « toi, la petite chose ignare et inculte, tu es assistante ? des gens comptent sur toi ? ». Ou alors Lily était parano.
« Sirius est un âne qui a besoin d'une assistante pour lui faire tout le boulot et dissimuler sa médiocrité.
- Oh, Nars, cesse donc. Sirius est un brave gars et un bon avocat.
- Non, c'est simplement parce qu'il a Oncle Alphard pour lui couvrir ses arrières. »
Lily serra les dents et se retint de poignarder la petite tartine sur laquelle un morceau de fromage fondait joyeusement. Sirius ? Un avocat médiocre ?
« Tu sais bien que ce n'est pas vrai, sinon, je ne lui aurais pas confié mes intérêts » objecta mollement Andromeda en coupant délicatement une morceau de son entrecôte.
« Non, ça, c'est parce que tu es bête. Et Lucius t'en veut encore d'ailleurs.
- Tu es médisante. Et si Lucius était aussi bon que Sirius, je me serai tournée vers lui.
- C'est tout là ton problème, Andro, tu crois tout ce qu'on te raconte. Sirius a déjà prouvé par A + B qu'il n'était pas fiable.
- Il ne m'a jamais fait défaut, à moi », claqua sèchement Andromeda, qui commençait visiblement à en avoir ras le bol de cette conversation. « Changeons de sujet.
- Avec plaisir, je n'ai pas envie de parler de ce clébard galeux tout le repas », accepta Narcissa en portant une fourchette de haricots verts imprégnés du jus de confit de canard à sa bouche.
« Bon » fit Lily.
Il était clair qu'au sein de la famille Black, il y avait des dissidences. Mais que Narcissa parle de Sirius de cette manière devant Lily, elle avait du mal à l'encaisser.
De ce qu'elle avait vu, Sirius était un excellent avocat. D'accord, peut-être qu'il ne se vantait pas de ses défaites mais cela ne devait pas être si dramatique que cela. Elle ne comprenait pourquoi Narcissa était si virulente à son égard. Cependant, elle avait raison, se dit Lily. Sirius était un chien. Mais pas au sens où elle l'entendait, elle. Sirius était un chien dans le sens noble du terme : il était d'une loyauté et d'une fidélité indescriptible. Quand il prenait un dossier, il s'y vouait corps et âme et se battait bec et ongles pour défendre les intérêts de son client. Et, par dessus tout, il ne s'avouait jamais vaincu. Lily l'admirait pour cela. Et elle ne supportait pas qu'on en dise du mal.
Elle se leva bien que son assiette soit à moitié vide. Andromeda la regarda en écarquillant les yeux. Narcissa ne lui prêta qu'une attention ennuyée. Décidément, Lily n'avait que peu d'estime pour elle.
« Tu ne finis pas de manger ? » demanda Andromeda, étonnée.
« Je dois retourner bosser. Mon boss ne peut pas se passer de mon aide » ironisa Lily à l'attention de Narcissa.
Elle enfila son manteau et remercia Andromeda pour son invitation. Alors qu'elle hissait son sac à main sur son épaule après y avoir récupéré son portefeuille, Narcissa lui demanda :
« Il te baise ? »
Lily fût tellement choquée par son outrecuidance qu'elle ne pensa même pas à répondre. Elle se contenta de lui lancer un regard écoeuré avant de rejeter ses longs cheveux couleur cuivre par dessus son épaule et de se diriger vers le comptoir pour payer sa salade.
Une fois dehors, elle alluma une cigarette, les mains tremblant légèrement. Pour qui cette femme se prenait-elle ? Lui demander si elle couchait avec son patron, non mais c'était scandaleux.
Elle redescendait la rue principale quand elle se rendit compte que, dans sa colère, elle avait oublié de ramener à manger à Sirius. Elle revint sur ses pas et s'arrêta devant l'échoppe qui vendait des plats chinois à emporter. Sans hésiter, elle commanda un porc au caramel avec du riz blanc. Cela conviendrait parfaitement.
Devant le cabinet, elle se ralluma une clope et inspira si profondément que l'âcre fumée lui brûla la gorge et les poumons. Mais au moins, ça faisait du bien. Encore un peu et elle serait à nouveau calme. Ce que pouvait bien penser cette Narcissa de malheur lui importait peu. A ses yeux, Sirius n'avait rien de l'avocat incompétent et dalleux que cette mégère avait décrit. Et son avis et ses commentaires ? Elle pouvait se les carrer au cul pour en faire des plumes.
Lily regrettait simplement de ne pas avoir eu assez de courage (ou de présence d'esprit) de lui faire la remarque quand elle était en face d'elle.
Elle écrasa rageusement son mégot sur la poubelle municipale qui trônait devant la porte du cabinet et rentra. Elle grimpa les escaliers quatre à quatre et pénétra dans les locaux silencieux, tous les associés étant sortis déjeuner. Elle se dirigea vers la kitchenette qui se trouvait à côté des sanitaires. Là, elle renversa le plat à emporter dans une assiette, attrapa un couteau et une fourchette dans un tiroir, remplit un grand verre d'eau et apporta le tout à Sirius. Elle entra dans son bureau sans frapper, le faisant légèrement sursauter.
« Je voulais pas te faire peur » s'excusa Lily en posant l'assiette et les couverts sur le seul bout de bureau qui n'était pas couvert de papier, quasiment derrière l'écran d'ordinateur. « Porc au caramel.
T'assures, je crevais de faim. T'as bien mangé ? » demanda Sirius en se faisant craquer la nuque.
« Oui, je retourne bosser » souffla-t-elle en commençant à déboutonner son manteau.
« Ca va pas ? »
Lily se retourna vers lui et lui dédia un sourire éblouissant.
« Bien sûr que si ».
Elle s'assit sur sa chaise roulante et reprit ses recherches là où elle les avait laissées. Elle tenta de se concentrer pendant plusieurs longues minutes mais en vain. Bon, d'accord, personne n'est jamais vraiment productif le vendredi après-midi, surtout après avoir déjeuné. Mais là, elle était particulièrement distraite. Et elle mit un moment à comprendre d'où cela venait.
« Il te baise ? » avait demandé Narcissa. La question avait semblait si saugrenue à Lily qu'elle n'avait pas jugé bon d'y répondre. Pourtant, perfidement, le doute s'insérait en elle. C'était ce qu'il voulait ? La baiser, je veux dire. Etait-ce pour cela qu'il était si gentil et compréhensif à son égard ? Qu'il lui avait trouvé du boulot ? Pour qu'elle se sente obligée ?
Bof. Lily lâcha un rire faiblard, honteuse de s'être laissée aller à ce genre de considérations. Il était tout simplement et foncièrement gentil, voilà tout. Et puis, comme si un homme comme Sirius pouvait avoir envie d'une fille comme Lily alors qu'une femme comme Renata l'attendait chez lui ! Cela n'avait tout bonnement aucun sens. Elle se gifla le front et laissa sa main glisser sur ses yeux en soupirant. Ce qu'elle pouvait être pathétique parfois.
Elle reposa sa main sur le clavier et réfléchit à un mot clef à taper. En même temps, elle avait passé beaucoup de temps avec Sirius et Renata depuis que James était reparti en mission et elle avait déjà établi qu'elle était jalouse de leur relation et de leur complicité. Peut-être que c'était la raison qui la faisait délirer ? La frustration et la solitude… Parce qu'elle aussi souhaitait trouver quelqu'un pour former ce genre de couple. Pourquoi en était-elle arrivée à se faire cette réflexion déjà ? Oh et oops. Elle venait de penser à James. Ce qu'elle évitait de faire (sans succès naturellement) quand elle était au travail, son esprit ayant tendance à battre la campagne quand elle y songeait.
Cela faisait trois semaines qu'elle n'avait pas eu de nouvelles de lui. Sirius disait que c'était normal, que quand il partait, il ne devait pas prendre contact avec son entourage et qu'il ne fallait pas qu'elle s'inquiète. Ce n'était pas le cas… Bon, si d'accord, un peu, parce que bon, il était on ne savait où à faire on ne savait quoi. Mais, en réalité, il lui manquait. Et ça, c'était horrible. Parce qu'il ne fallait pas qu'elle s'attache et parce qu'il ne s'attacherait pas. Sauf que, soyons honnête, le mal était déjà fait. Elle y était déjà attachée. Accrochée même. Merde.
Lily se laissa tomber contre le dossier de son fauteuil à roulette et se balança de droite à gauche, comme pour se bercer. Elle soupira profondément. Elle entendait le bruit caractéristique des feuilles de papier qu'on tourne et retourne en espérant que la solution apparaisse comme par miracle en provenance du bureau de Sirius. Aussi déterminé qu'il était, lui non plus ne semblait pas trouver de solution à son problème.
Elle culpabilisa légèrement en se disant que lui, au moins, essayait d'être productif alors qu'elle ne pensait qu'à sa vie sentimentale. Mais la Narcissa lui avait mis les nerfs en hyper boule et elle était à fleur de peau. Et si elle lui envoyait un message ? Peut-être que cela calmerait son petit coeur ?
Elle se pencha vers son ordinateur, ouvrit un nouvel onglet à côté de celui de la page de la Cour de cassation et entra URL de Facebook. Utiliser Facebook au boulot, bouh que c'était laid. Un petit 1 rouge apparut immédiatement sur la rubrique des messages et elle fût prise d'un espoir fou, bien vite déçu lorsqu'elle cliqua dessus : il s'agissait d'un message d'Andromeda Black (c'était son nom de jeune fille qui apparaissait sur le réseau social) qui commençait ainsi : « Lily, je te prie d'accepter mes excuses pour ce mi… ». Elle ne put lire la suite, se refusant à l'ouvrir pour ne pas que la notification « vu » apparaisse. Elle n'avait pas l'envie de repenser à ce midi tout de suite. Elle décolérait à peine.
James Potter n'était pas son ami virtuel. Elle accéda donc au profil de Sirius et chercha dans sa liste d'amis celui de James. Putain, il était vraiment beau sur sa photo de profil… Elle cliqua sur le petit encart « message » et une boite de dialogue s'ouvrit. Elle marqua une pause comme pour réfléchir à tout ce qu'elle allait lui dire puis commença à taper :
« Salut James, comment vas-tu ? Je voulais prendre un peu de tes nouvelles, savoir comment ça se passait pour toi… Tu sais quand tu rentres ? Bon, je sais que ce n'est pas évident pour toi de répondre mais si tu pouvais adresser un petit signe de vie, ça serait chouette, haha. Bisous bisous à bientôt ». Ridicule. Elle hésita à cliquer sur « envoyer » comme elle hésita à rajouter « je t'aime à la folie, tu me manques à mort, reviens, je peux pas me vivre sans toi ». Bon, cette dernière partie était tout à fait excessive et inappropriée. Après quelques instants passés à fixer son écran, elle murmura « et puis merde » et envoya le message.
Lily posa son coude sur le bouquin ouvert devant elle et cala son menton dans sa main, tout en continuant de regarder son ordinateur comme si ses yeux avaient le pouvoir de passer au travers, de remonter les câbles électriques et d'arriver là où était James. Elle soupira une nouvelle fois. Elle ramena ses cheveux en une queue de cheval haute et consulta sa montre. 16h05. Oh misère, cela faisait plus de deux heures qu'elle était revenue et qu'elle n'avait rien foutu. Pour autant, vu l'heure, elle savait qu'elle n'arriverait définitivement pas à se concentrer. Elle n'avait plus qu'à tuer le temps, en se rendant un minimum efficace, jusqu'à ce que Sirius lui dise de rentrer chez elle. Elle se leva donc pour classer les quelques dossiers qu'elle avait sorti dans la journée à la demande de son patron ou de sa secrétaire, rangea les codes juridiques à leur place avec beaucoup, beaucoup, beaucoup de précaution (pas tant parce qu'ils étaient fragiles que parce qu'elle essayait de faire trainer cette tâche le plus longtemps possible). Elle rangea ensuite son bureau, archiva quelques mails, imprima deux trois documents. Et lorsqu'elle eut accompli toutes les actions qui ne demandaient aucun investissement intellectuel, elle se retrouva à nouveau désoeuvrée. Il était 16h27.
A contrecoeur, elle se leva pour aller voir Sirius. Elle le trouva avachi dans son fauteuil, les bras croisés derrière sa tête renversée, les yeux fermés.
« Ca va pas ? » s'inquiéta Lily en s'appuyant contre le chambranle de la porte.
« Non, ça me gonfle sévère. J'y arrive pas » soupira Sirius sans même ouvrir les yeux.
« Fais une pause, range ce dossier, tu le reprendras lundi, à tête reposée » suggéra Lily doctement, avec l'air de celle qui sait de quoi elle parle.
« T'as raison. Viens on se casse ?
- On se casse ?
- Ouais, on se déclare en week-end, on va faire un tour et on rentre.
- On rentre où ?
- Bah, tu viens pas à la maison ce soir ? »
Evidemment que si, elle allait « à la maison » tous les vendredis soir depuis qu'elle avait commencé à bosser. Mais c'était bien la première fois qu'il lui proposait de sortir du cabinet avant que le soleil ne soit couché. Pour dire vrai, le plus souvent, il venait dans son bureau vers dix-huit heures et lui disait simplement « sushis ce soir ? », ce qui s'avérait être un nom de code pour traduire le fait qu'il allait bosser tard et que, par conséquent, elle aussi.
« Ouais, allons-y. »
De toutes façons, elle n'arrivait pas à se concentrer.
oOo
« Ren n'est pas là ? » demanda Lily en découvrant la maison de Sirius plongée dans l'obscurité. D'ordinaire, sa femme rentrait vers dix-neuf heures trente et essayait de rivaliser avec le palais de Versailles.
« Non, elle est partie chez sa mère pour aider à préparer les vingt-cinq ans de sa soeur. Tu te rappelles, elle en a parlé hier. » lui demanda Sirius en sortant de sa voiture. Lily l'imita en réfléchissant. Renata en avait-elle parlé ? Si oui, pourquoi ne s'en souvenait-elle pas ?
Ah… cela lui revenait. Elle était en train de s'engueuler avec Pétunia par SMS et elle était plus focalisée sur son téléphone que sur les conversations réelles.
Sirius déverrouilla la porte d'entrée et laissa entrer Lily d'abord. C'était étrange de se retrouver dans la maison de Ren et Sirius sans Ren. Cela semblait presque… contre-nature. Lily enleva son manteau et le posa sur une chaise de la salle à manger comme elle avait l'habitude de le faire désormais puis elle quitta ses chaussures. Elle se sentait chez elle ici et agissait comme tel.
« Lily ! » appela Sirius depuis la cuisine, « on commande des sushis ? Y a rien à bouffer !
- NON ! hurla Lily en se rapprochant avant de rire de sa propre réaction, « les sushis, » expliqua-t-elle pour justifier sa véhémence, « c'est quand on bosse tard au cabinet. Si on commande des sushis, j'aurais l'impression d'être encore au boulot alors qu'on a séché cet après-midi…
- T'as raison. Pizza ?
- Vendu. »
Après avoir brièvement débattu pour savoir quelles garnitures choisir, Sirius décapsula deux bières et ils se vautrèrent dans un canapé et Lily alluma la télé. Quand la pizza arriva, ils étaient tous les deux dans un état semi-comateux.
Au risque de se répéter, songea Lily, c'était étrange de se retrouver dans cette maison qu'avec Sirius. Il y avait toujours du monde d'ordinaire. Être en tête avec Sirius, loin d'être désagréable, était complètement inhabituel.
« Tu restes à la bière ou tu veux du vin avec la pizza ? » demanda Sirius alors qu'il revenait avec deux assiettes.
« Vin, ça changera » décida Lily.
Ils mangèrent en silence, devant NCIS, sans que cela soit gênant. Ils avaient passé la fin de l'après-midi en ville, à faire les magasins avant de prendre un café en terrasse pour profiter des décorations de Noël et ils n'avaient eu de cesse de discuter de tout et de rien. Ils se connaissaient désormais suffisamment pour pouvoir rester tranquilles sans se mettre mal à l'aise.
C'était rigolo d'ailleurs de faire les magasins avec un homme, une première pour Lily. Surtout avec Sirius, qui avait un goût très sûr autant en matière de mode masculine que féminine. Sur ses conseils, Lily avait acheté une petite robe noire qui pouvait se révéler assez sexy et qu'elle n'aurait certainement pas considéré si elle avait été seule. Toujours bon d'avoir un deuxième avis.
Lily s'était blottie contre l'accoudoir et après avoir subrepticement grappillé du canapé pour étendre ses jambes sur Sirius, elle s'endormit, étendue de tout son long.
Elle se réveilla plus tard. La télévision était éteinte et une couverture la recouvrait jusqu'au menton. Mais le détail le plus surprenant, c'était Sirius, avachi sur elle. A la lumière des guirlandes qui ornaient le sapin de Noël, il semblait si bien dormir qu'elle n'osa pas le déranger bien qu'il semble dans une position des plus inconfortables. Elle sourit en rejoignant Moprhée.
oOo
Lily émergea difficilement. Tous ses muscles étaient raides et elle était frigorifiée. Elle était toujours allongée mais, Sirius, dans son sommeil, s'était faufilé dans son dos, entre elle et le dossier du canapé et avait même passé un bras autour de sa taille. Mmh, délicate situation. Tendancieuse même. Gênante et inappropriée aussi. Merde. Ses doutes de la veille lui revinrent en mémoire et elle se maudit de ne pas être rentrée chez elle. Que dirait Renata si elle les voyait tous les deux dans cette position ? Lily était mortifiée.
Elle essaya de s'extraire du canapé sans réveiller Sirius mais celui-ci, la sentant bouger, resserra son étreinte sur elle pour la maintenir immobile en grognant. Merde, merde, merde. Comment allait-elle faire ?
Au bout d'un moment, la chanson kitsch qui servait de sonnerie au téléphone de Sirius retentit. « You are the Dancing Queen, young and sweet, only seventeen… ». La sonnerie de Renata. Les notes s'égrainaient dans le salon encore obscur et Sirius ne bronchait pas. Le téléphone se tut et le silence fût assourdissant. Puis ABBA redonna de la voix. Lily se contorsionna alors pour secouer Sirius.
« Sirius ! Ton téléphone ! »
Le concerné marmonna encore, mécontent d'être tiré de son sommeil. Puis, il sembla percuter. Il tendit le bras pour attraper son iPhone, resté sur la table basse, à des kilomètres de lui, libérant enfin Lily. Il parvint à décrocher juste avant la dernière tonalité et s'éloigna autant que faire se peut de Lily pour prendre la conversation avec la voix rauque de celui qui se réveille.
« Allo ? … Mmmh, à l'instant… moui, d'accord… (petit rire endormi) Oui, elle est là. Non, on s'est endormi comme des patates sur le canapé. » Il tâta grossièrement la cuisse de Lily à travers le plaid. « Non, elle est toujours habillée. Et moi, mon caleçon… ». Il éclata de rire qui ressemblait, à s'y méprendre à un aboiement de chien, le rire caractéristique de Sirius. « Banane ! C'est bon… Le temps d'émerger, de déjeuner, de me préparer, de ramener Lily et de prendre la route… M'attendez pas avant treize heures… A tout à l'heure. » Et il raccrocha.
Aussitôt, il revint se lover contre Lily. Pas sereine, elle se laisse pourtant faire. Parce que, si elle était tout à fait honnête, c'était très agréable, les câlins, au réveil. De plus, elle avait toujours voulu ce genre d'amitié avec un garçon, de celle où l'on peut avoir des démonstrations d'affection de ce type sans qu'il y ait de quiproquo. Et la conversation qu'elle avait capté entre Sirius et Renata laissait à penser qu'il n'y avait aucun problème. N'est-ce pas ?
« T'as bien dormi ? » s'enquit Lily au bout d'un moment.
« Comme un bébé. Et toi ?
- J'aurais pu si un ours ne m'avait pas ronflé dans les oreilles toute la nuit.
- Qui a ronflé ?
- Toi !
- Moi ? Impossible. Je ne ronfle jamais. »
Elle ne savait pas s'il avait ronflé ou non étant donné qu'elle avait dormi comme un loir. Mais visiblement, qu'elle le lui dise l'ennuyait. Et rien de tel que de taquiner un petit chat mal réveillé pour commencer la journée.
Ils finirent par émerger, se lever, déjeuner, se préparer, ramener Lily et prendre la route.
Avant onze heures, Lily fût chez elle. Et pour la première fois depuis un moment, elle allait passer le week-end toute seule, les trois garçons et Renata étant conviés dans la famille de Ren pour les vingt-cinq ans de sa petite soeur. Pour la première fois depuis un moment, Lily se retrouve dépourvue. Et un peu triste, il fallait l'admettre…
oOo
« Bon. Que font les gens le samedi ? » se demanda Lily à haute voix alors qu'elle était plantée au milieu de son appartement, sans savoir quoi faire. « Ménage ? » Elle regarda autour d'elle, avisa la vaisselle sale dans l'évier, le tapis qui aurait bien eu besoin d'un bon coup d'aspirateur, la poussière sur ses bibliothèques… « Mouais, ménage ce sera. »
Elle se pencha sur son ordinateur, qui trônait fièrement sur la table basse devant le canapé et ouvrit Itunes. Elle sélectionna un morceau de musique un peu dynamique et entreprit de ranger. Elle y passa un bon moment, une sorte de grand ménage de printemps… mais en hiver.
Alors qu'elle vaporisait du shampoing à tapis sur son canapé, elle songea que les fêtes de fin d'année étaient toutes proches. C'était toujours une période délicate à passer pour Lily car elle renvoyait fatalement à une idée de la famille et que sa seule famille se constituait de Pétunia… Qui ne prendrait jamais le risque de l'inviter puisqu'elle préférait convier la famille de son mari et que Lily n'était pas assez bien pour eux…
En réalité, depuis le décès de ses parents, Lily passait les fêtes seules et s'arrangeait généralement pour travailler le 24 et le 31 décembre afin de libérer ceux qui avaient des obligations sociales. Puis elle rentrait chez elle pour se pelotonner sur son canapé, regarder un film et aller se coucher à minuit. C'était triste mais c'était aussi la réalité.
Lily fit une pause café/clope. Cette année serait différente, songea-t-elle avec délectation.
Renata l'avait d'ores et déjà conviée à fêter Noël chez elle, alors qu'elle invitait sa famille. « Une famille turbulente et bruyante mais adorable » avait-elle jugé bon d'ajouter. Lily s'était sentie gênée par cette invitation, elle ne voulait surtout pas abuser de la générosité et de la gentillesse de son amie mais quand celle-ci lui avait dit que la famille de Sirius refusait systématiquement ses invitations et que Remus prenait toujours part au repas, elle n'avait plus eu l'impression de s'incruster à un repas de famille. « Puis, de toute façon, tu es de la famille maintenant » avait conclu Ren en lui tendant trois kilos de pommes de terre à éplucher. Lily avait eu le coeur gonflé d'amour.
Pour le Nouvel an aussi, elle avait des projets, une première. Rien de très original : elle allait passer la soirée avec le groupe. Mais le fait qu'elle ait une soirée prévue pour le 31 décembre, c'était ça l'innovation. Et apparemment, de ce qu'elle avait glané, les soirées du nouvel an étaient toujours fantastiques. De la folie furieuse. Elle avait hâte. Mais alors vraiment hâte. Et pour la première fois depuis longtemps, elle attendait fin décembre avec impatience (aussi, un peu, parce que le cabinet fermait entre Noël et Nouvel an et qu'elle allait pouvoir avoir des vacances).
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Lily enfila un gros pull en laine qui en avait vu d'autres et dégagea ses cheveux encore mouillés par sa douche du col. Puis elle se vautra dans son canapé qui sentait le propre et le frais après sa frénésie ménagère. Elle attrapa son ordinateur pour lancer la musique et vagabonder un peu sur internet.
Elle s'ennuyait ferme en ce samedi soir et elle avait oublié comment elle occupait ses soirées avant.
« Tu te faisais aussi chier, ma fille, mais tu t'en rendais pas compte » se morigéna-t-elle en ouvrant Youtube. Des vidéos de chats, deux trois nouveaux morceaux, quelques informations et il fut l'heure de songer à manger. Tandis qu'elle sortait une casserole, son téléphone sonna, signalant un message. Elle se rua dessus.
« Pauvre et pathétique fille ».
C'était un message de Renata, une photo très exactement qui montrait Sirius, Remus et une jeune fille qui ressemblait trop à Ren pour ne pas en déduire qu'il s'agissait de sa soeur, de la chantilly et des tranches de clémentine plein le visages, complètement hilares, suivie d'un commentaire de Ren : « ILS VONT ME TUER (de rire) ! ». Lily sourit franchement en étudiant la photo et réprima un élan de jalousie. Elle aurait adoré être avec eux pour faire une bataille de nourriture. « Tu dois pas t'ennuyer » répondit-elle. « Jamais avec tous ceux là ».
Puis elle envoya une nouvelle photo sur laquelle figurait une dame d'un âge certain, deux jeunes filles brunes et un homme de belle stature s'enlaçant les uns les autres en riant « ma mère, mes deux soeurs et mon frère » puis « il aime les rousses, si jamais t'en as marre du petit Jamie ». « Trêve de conneries, on passe à table, bisous d'amour ».
Les messages s'étaient enchaînés les uns à la suite des autres sans que Lily puisse vraiment les analyser. Après observation attentive de la photo, elle parvint à la conclusion que le frère de Ren était plutôt bel homme dans un genre qui n'avait rien à voir avec James. Oui, cela faisait au moins un quart d'heure qu'elle n'avait pas pensé à lui.
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Noël était venu et parti sans heurt, si ce n'est les maux de ventre à cause de toute la nourriture ingérée et les fous rires. Jamais Lily n'avait passé un réveillon aussi joyeux.
Toutefois, Noël ou non, ce qui était vraiment le plus attendu, c'était le réveillon du Nouvel An.
Lily et Renata avaient passé le 31 décembre dans la cuisine, à préparer toutes sortes d'amuse-bouches et de verrines, pour la soirée. Les garçons avaient été mis en contribution à grand renfort de « SIRIUS ! J'AI OUBLIE LA FARINE, VA M'EN ACHETER IMMEDIATEMENT ! » et au diable les règles élémentaires de politesse. Les filles étaient dans l'urgence, tout se devait d'être parfait.
Et ça en avait tout l'air : les garçons avaient repoussé la grande table de la salle à manger contre un mur et garni d'une belle nappe blanche. Des orchidées roses en pot servaient de décoration au milieu de la dizaine d'assiettes qui contenaient des mets différents. Les canapés avaient été déplacés afin de former un grand espace convivial autour de la cheminée, l'ordinateur était branché aux enceintes, tout ce qui était susceptible d'être brisé dans une maladresse avait été caché et Sirius et Remus avaient revêtu leurs plus beaux atours. Il était 20h, il ne restait plus beaucoup de temps aux filles pour se préparer avant l'arrivée des premiers invités.
Lily et Renata étaient en train de se maquiller dans la salle de bains de Renata quand Sirius déboula comme un jeune chien fou. Lily ne put retenir un sourire devant sa mine enchantée ; on avait vraiment l'impression que le Père Noël venait de passer en retard ! Elle se retourna vers le miroir pour terminer d'appliquer du mascara sur son oeil droit.
« Poooooh, comme vous êtes bonnes, les filles ! » s'exclama Sirius et Lily pouvait voir dans le reflet du miroir qu'il était en train de les détailler des pieds à la tête avec un regard appréciateur. Il alla même jusqu'à palper le derrière de Renata, sans vergogne, sans pudeur. Elle lui donna une petite tape sur la main, sa répulsion démentit par son rire joyeux et attendri.
Sirius enserra la taille de Renata et lui déposa un baiser dans le cou. Lily brancha son fer à lisser pour masquer son embarras. Elle adorait l'intimité qu'ils avaient mais elle était toujours gênée d'en être le seul témoin direct.
« Tu sais ce que Peter m'a dit ? » demanda ensuite Sirius à Renata, tentant de chuchoter mais bien incapable de le faire tant il était surexcité.
« Non, quoi ? » répondit simplement Renata, avec la patience d'une mère devant son enfant hyperactif.
« Il a chopé des Détraqueurs, il a dit qu'il pourrait en apporter ce soir, si ça nous disait… »
Au contraire de Sirius, trop agité, Lily perçut immédiatement le changement chez Renata. La jeune femme se raidit de manière bien visible, son sourire disparut en un battement de cil et les traits de son visage se durcirent. Elle foudroya Sirius à travers le reflet mais ce dernier rata aussi ce second avertissement. Lily entreprit de fouiller sa trousse à maquillage, bien qu'elle ait fini de se pomponner, pour se donner une contenance. Elle eut l'impression qu'un ange passait dans la salle de bains, tant le silence de Renata devenait pesant.
Au bout de ce qui sembla une éternité, Renata inspira profondément à travers ses dents et lâcha, d'un ton rien moins qu'agressif :
« Tu plaisantes j'espère ?! »
Ce coup-ci, Sirius comprit que quelque chose clochait. Il arrêta de mordiller la nuque de sa compagne et releva la tête. Il eut l'air étonné par le changement d'attitude de la jeune fille.
« Ben quoi ? » demanda-t-il avec toute la naïveté dont il était capable.
Erreur fatale, analysa Lily alors que les yeux de Renata jetaient des éclairs. Elle envisagea un instant de s'esquiver mais Sirius, toujours accroché aux hanches de Renata bloquait le passage. Elle s'empara de ses plaques alors même qu'elles n'étaient pas chaudes et entreprit de se lisser furieusement les cheveux avec toute la concentration donc elle était capable. C'est alors que Renata explosa (et confirma ainsi une des première intuition de Lily : Renata était la fille la plus gentille du monde mais il fallait clairement pas lui chier dans les bottes).
« Est-ce que tu te fous de ma gueule ? » brailla-t-elle en se libérant de l'étreinte de Sirius pour lui faire face. « Avec tout ce qu'on endure en ce moment, tu veux vraiment qu'on reprenne de la drogue ? »
Sirius tenta de baragouiner une défense mais elle ne lui en laissa pas le temps, préférant enchainer directement : « Ecoute-moi bien, parce que je ne le dirai qu'une fois : si tu t'avises de dire à Peter de ramener de l'ecstasy dans cette maison, je me barre sur le champs et tu ne me reverras plus jamais. »
Elle ne hurlait même pas et c'était encore plus effrayant. Elle était d'une froideur polaire qui ne laissait aucune place à la confusion : elle pensait exactement ce qu'elle venait de dire. Sur ces mots, elle bouscula Sirius pour sortir de la salle de bains, un oeil toujours en l'attente d'être maquillé et se dirigea vers son lit où elle avait déposé la jolie robe bleue qu'elle comptait porter ce soir. Elle dénoua son peignoir et le laissa tomber à ses pieds sans se soucier de la présence de Sirius et de Lily pour se glisser dans la robe. Elle tenta tant bien que mal de remonter toute seule sa fermeture éclair mais en vain. Sirius fit alors un pas dans la chambre, dans une proposition tacite de l'aider mais Renata, d'un oeil noir, le coupa dans son élan. Sans un mot supplémentaire, il leva les mains et bâtit en retraite vers le salon.
Renata revint dans la salle de bains, se planta devant le miroir et respira un grand coup. Puis elle retint son souffle. Longtemps. Très longtemps. Lily commença à s'inquiéter quand son amie se décida enfin à exhaler. Renata se regarda dans le miroir et finit par se décocher un doux sourire, qui ne laissait rien paraître de l'état de fureur dans lequel elle était trente secondes auparavant.
« Tu peux m'aider à fermer ma robe, s'il te plait ? » demanda Renata à Lily de sa voix chaleureuse habituelle.
« Bien sûr ».
Après ça, elles continuèrent à se préparer dans la joie et la bonne humeur, comme s'il ne s'était rien passé. Mais Lily venait de découvrir une chose importante sur son amie : elle savait encore mieux cacher ses sentiments qu'elle. Et c'était dérangeant, songea-t-elle en terminant de se lisser les mèches de devant, car cela voulait dire que, très probablement, elle ne la connaissait pas aussi bien que ce qu'elle croyait, malgré les soirées passées à se raconter leur vie, leur passé, leurs espoirs et leurs rêves.
Mais pire que tout, Maman et Papa s'étaient disputés. Et ça, ça n'augurait rien de bon pour la nouvelle année à venir.
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« 10 ! 9 ! 8 ! 7 ! … »
Le décompte venait de commencer. La plupart des invités étaient arrivés et la maison grouillait de monde, résonnait de rire et embaumait le champagne. Le buffet que les deux filles avaient eu tant de mal à préparer n'était plus qu'un vague souvenir et on avait arrêter la musique pour mieux pouvoir compter les secondes jusqu'à la nouvelle année.
Lily était accrochée au bras de Remus et Alice, tant pour garder l'équilibre que pour les avoir sous la mains pour pouvoir les embrasser en premier à minuit. Cependant, elle ne put s'empêcher de remarquer le rapprochement de Sirius vers Renata : il avait l'air déterminé à être le premier à lui souhaiter la bonne année.
« 3 ! 2 ! 1 ! BONNE ANNEE ! »
Les cris résonnèrent de tous les côtés et Lily agrippa le cou de Remus pour planter sur sa joue le plus gros baiser de toute l'histoire des gros baisers. Elle lui hurla « Bonne année » et réserva le même sort à Alice. Puis ce fût le tour de Peter. Elle n'attendait plus qu'une chose, c'était que Sirius et Renata se décollent l'un de l'autre pour leur donner tous ses voeux mais elle prenait son mal en patience car les voir se réconcilier était bien plus important encore que de leur faire savoir à quel point ils comptaient pour elle et combien elle était heureuse de les avoir trouver, à ce moment de sa vie où elle en avait tant besoin.
Dès qu'ils donnèrent l'illusion de s'éloigner un peu l'un de l'autre, elle se jeta sur eux, passa ses bras autour de leur cou et embrassa Renata puis Sirius, puis Renata puis Sirius.
« Bonne année, mes chatons. Je vous souhaite le plus grand bonheur de la Terre !
« A toi aussi, ma biche, tout le bonheur du monde » retourna Sirius en l'enlaçant.
« Si vous saviez comme je vous aime !
« J'en connais une qui commence à être pompette » remarqua Renata avec un sourire en serrant Lily contre elle.
« Un peu… Mais surtout, Bébé est content que Papa et Maman se soient réconciliés ».
Sirius et Renata échangèrent un regard complice puis se tournèrent vers Lily, qui ne les avait pas lâché.
« Bébé peut être tranquille, Maman et Papa s'aiment de tout leur coeur. Et ce n'est pas une petite dispute qui va changer ça. »
Lily éclata de rire, complètement rassurée par ces mots cette fois, et se décida à les libérer. Ils échangèrent encore des voeux de bonne année avec les personnes qu'ils croisaient puis Sirius déboucha une bouteille de champagne dans un « PLOP ! » retentissant. Les coupes tintèrent et on remonta la musique. Lily se surpris à se dandiner sur l'air que crachaient les enceintes.
Après cela, quelqu'un éteignit les lumières et on poussa le volume encore plus fort. Une fois que sa coupe de champagne fût une nouvelle fois remplie, Lily s'esquiva dehors, désirant prendre l'air et fumer une clope.
Minuit étant passé, elle se décida à quitter ses talons hauts pour enfiler ses baskets blanches. Avec sa petite robe noire et ses collants noirs, cela lui donnait ce côté décalé à la mode en ce moment. Et c'était carrément plus confortable.
Dehors, il ne faisait pas si froid. Tous les fumeurs semblaient s'être donnés le mot pour se retrouver à ce moment précis dehors et le bruit des bavardages était assourdissant.
Lily s'alluma une clope et s'éloigna dans le jardin pour trouver un peu de calme. Enfin ! 2016 était là et cette année s'annonçait belle. Elle laissait derrière elle les malheurs et les galères de 2015 et décida de profiter à fond de cette nouvelle année. Elle tira sur sa cigarette et leva les yeux au ciel obstrué par les nuages. Ce n'était pas la nuit radieuse, pleine d'étoiles qu'elle souhaitait mais cela n'avait pas d'importance. C'était la première nuit de l'année, la première nuit du reste de sa vie, comme le voulait la formule. Et elle avait bien l'intention de vivre 2016 comme un nouveau départ : nouveau boulot, nouveaux amis… Manquait plus que quelqu'un pour faire battre son coeur et cela serait enfin la perfection !
« Ah, tu es là ! Ren te cherche partout ! »
Lily se retourna immédiatement vers la personne qui venait de parler. Il s'agissait de Roy, le frère ainé de Renata, assez charmant avec sa chemise blanche et son jeans brute, malgré l'aspect un peu débraillé qu'il avait désormais (et qu'il n'avait pas en arrivant). Lily lui offrit un doux sourire, ravie de le voir là. Elle finit sa flûte de champagne.
« Trouvée ! Allons-y ».
Elle fit un pas en direction de la maison, sa clope pas encore finie, lorsque Roy l'intercepta en posant sa main sur son bras. Lily le regarda, songeuse. Mais qu'est-ce que c'était que t-il que cette histoire ? Car, à la lumière des réverbères, elle pouvait voir ses yeux briller et son sourire s'élargir davantage. Elle savait donc ce qui allait se passer. Il allait l'embrasser. Après tout, à aucun moment, il ne lui avait caché qu'elle lui plaisait. Il allait l'embrasser et elle disposait d'une seconde pour déterminer si elle voulait qu'il le fasse ou non. D'un côté non, elle ne voulait pas. Parce qu'il avait l'air d'un mec bien, que c'était le frère de Renata, qu'il avait l'air de l'apprécier et parce qu'elle, elle ne voulait embrasser que James. Mais d'un autre côté… La dernière personne qu'elle avait embrassé, c'était James justement, qu'elle voulait recommencer pour toute sa vie mais qu'elle savait pertinemment qu'aucune relation pourrait être possible avec lui. Alors peut-être qu'embrasser un autre homme pourrait lui permettre de se le sortir de la tête ? Le jeu en valait la chandelle, décida Lily en se penchant imperceptiblement vers Roy, dans une invitation tacite à accomplir ce pour quoi il était venu la chercher.
Et le brave garçon ne se fit pas prier. Ni une ni deux, il passa son bras autour de la taille de Lily, l'autre autour de son cou et colla sa bouche contre la sienne. Lily, sans faire gaffe à sa clope allumée ou à sa flûte de champagne lui rendit son étreinte et fût la première à darder la langue entre ses lèvres pour approfondir le baiser.
Baiser qui dura un moment et qui, bien que sans être aussi transcendant que les baisers qu'elle avait pu échanger avec James, fût fort agréable.
Ils se séparèrent après quelques baisers plus légers et Roy escorta Lily vers la maison sans enlever son bras d'autour d'elle. Quand ils parvinrent à la terrasse, personne ne fit attention à eux, sauf Remus, installé seul sur un banc, qui, à en juger l'odeur, fumait une cigarette qui faisait rire. Il haussa les sourcils deux fois de manière suggestive avant d'éclater de rire. Lily s'excusa rapidement auprès de Roy avec un « je te retrouve plus tard » et fila vers Remus avant qu'il n'ait eu le temps d'ajouter quoi que ce soit.
Elle se laissa tomber sans grâce aux cotés de Remus, plus sur lui d'ailleurs que sur le banc, une jambe reposant sur ses genoux. La position n'avait rien de classe mais elle ne s'était pas posée depuis qu'elle s'était réveillée et elle commençait à être épuisée. Elle voulut boire une gorgée de champagne mais son verre se révéla vide. Et l'idée même de se trainer jusqu'à l'intérieur de la maison pour recharger lui était insupportable. Elle s'enfonça davantage dans le Remusbanc.
« Alors, alors, petite coquine, ça chasse ? » chuchota Remus en tendant à Lily son verre. Elle le renifla, détermina qu'il s'agissait de vodka tonic et en but une grande rasade, manquant ainsi de s'étouffer tant la boisson était corsée.
« T'es un grand malade, tu sais » crachouilla-t-elle en tentant de retrouver son souffle.
« Ren sait que tu courtises son frère ?
- C'est lui qui me courtise. Et elle cherche à me pousser dans ses bras depuis Noël…
- Bah c'est cool, c'est un chouette gars.
- Mmh, peut-être. »
Elle leva la main pour tirer une dernière taffe sur sa cigarette mais se rendit compte que le mégot avait disparu. Elle fonça les sourcils : elle avait du le laisser tomber par mégarde dans le jardin. Elle fit donc comprendre à Remus qu'elle voulait la sienne en tendant la main vers lui. Il lui fit donc passer son joint, non sans la prévenir :
« Attention, il est bien chargé. »
Faisant fi de son avertissement, Lily tira longuement sur la cigarette d'un genre un peu spéciale et manqua une fois de plus de décéder à cause d'une quinte de toux.
« T'es excessif, comme mec, un peu » remarqua Lily en reprenant une latte.
« Qu'est ce que tu veux dire ?
- Tes boissons, tes joints, tout est ultra chargé.
- C'est que t'es une petite nature, voilà tout » rit-il et elle pouvait sentir toutes les vibrations provoquées par son rire se répercuter dans son corps.
Elle n'avait pas l'habitude du canabis, elle n'aimait même pas le goût que cela laissait dans la bouche. Mais cela n'avait pas d'importance ce soir. Car elle était bien décidée à s'amuser et à lâcher prise. Elle prit une dernière bouffée et rendit le joint à Remus.
« Alors, toi et Roy, hein… » reprit Remus en tirant sur ce qu'il restait de sa cigarette.
« Ouais, non, je sais pas.
- Pourquoi pas ?
- C'est pas lui qui m'intéresse, tu sais… » confessa-t-elle à voix basse, avec le secret espoir qu'il ne l'ait pas entendu. Mais c'était sans compter l'ouïe fine, digne d'un loup, de Remus.
- James.
- Encore et toujours » souffla Lily en laissant sa tête aller en arrière. Elle soupira un grand coup.
Si elle devait être honnête, elle devait admettre qu'il lui manquait et qu'elle avait hâte qu'il rentre pour qu'ils reprennent les choses là où elles s'étaient arrêtées. Tout en ayant conscience que ça n'irait jamais bien loin.
« Tu sais, Lily, j'adore James et j'admets sans problème que tu lui conviendrais parfaitement, tu saurais canaliser ses excès et le poser un peu. Mais ça ne marchera pas…
- Gné… Je sais. »
Ils restèrent encore quelques instants comme ça avant que Lily ne commence à se trémousser sur l'air du morceau qui filtrait à travers la porte ouverte. Elle ne parvenait pas à identifier la chanson bien qu'elle en raffole. Quand soudain, la lumière se fit. Elle se redressa brutalement, bourlinguant au passage le verre que tenait Remus. Un peu de vodka se renversa sur sa robe. Elle l'essuya d'un geste distrait de la main en se remettant debout.
« Viens danser avec moi » ordonna Lily en tendant sa main à Remus qui la regarda comme si elle était folle.
« Je ne danse pas.
- Et moi j'adore cette chanson et tu vas danser avec moi. » objecta-t-elle en le saisissant par le bras pour l'inciter à se lever.
Remus éclata de rire et s'enfonça davantage dans son siège. Lily lutta en vain avant de renoncer.
« Si tu bouge pas, je boude pour toujours !
- Pour toujours, vraiment ?
- Pour l'éternité.
- Devant une telle menace, je ne peux que m'incliner » capitula Remus en se relevant.
Ils entrèrent ensemble dans la maison obscure. Des gens discutaient sur les canapés, d'autres rodaient autour du buffet en deuil et la majeure partie des gens dansaient. Lily, entrainant Remus par la main, se faufila au milieu des danseurs et commença à agiter les hanches.
« Ce morceau me donne toujours une envie monstre de danser ! » expliqua-t-elle à Remus qui se balançait vaguement d'un pied sur l'autre, sans suivre le rythme de la musique.
« C'est quoi ? je reconnais pas ! » brailla-t-il à son oreille pour essayer de couvrir le bruit de la musique.
« Hey boy, hey girl de Chemical Borthers » hurla-t-elle en retour avec un accent anglais ridicule. Elle éclata de rire et accéléra le mouvement.
Elle était bien là, à sa place. Encore un de ces instants parfaits, bénis par l'Univers, un de ces instants où tout semble être comme il se doit. Elle savoura le moment et son sourire radieux faisait trois fois le tour de sa tête. Remus, attendri, ne put s'empêcher de lui déposer un gros baiser sur la joue.
« T'es géniale, Lily !
- Toi aussi ! »
La chanson changea et l'ambiance aussi. Le morceau qui passait désormais instaurait une ambiance un peu plus profonde, presque délétère et Lily ralentit le rythme (**). Elle regarda Remus, qui avait fermé les yeux, portait son verre à ses lèvres, ses petits balancements enfin raccord avec le rythme.
« Hé, Remus, je peux te poser une question ? » demanda Lily dans l'oreille de son partenaire de danse.
« Ouais, quoi ? »
« Pourquoi ils t'appellent le loup-garou ? »
Remus ouvrit les yeux et les planta dans ceux de Lily et malgré la chiche lumière, elle eut la sensation qu'il la jaugeait, comme pour déterminer si elle était digne d'entendre son secret. Il hocha finalement la tête.
« Viens, on va remplir les verres et on se trouve un endroit plus calme pour discuter. »
Ils se dirigèrent vers la table. Lily prit un autre gobelet ayant égaré sa flûte à champagne. Remus leur servit deux vodkas bien corsées et avant de s'éclipser dehors, Lily pécha son paquet de cigarettes et son briquet dans son sac à main, commodément caché sous le buffet.
Alors qu'elle allait franchir la porte pour rejoindre Remus, Roy l'intercepta. Une fois de plus.
« Tu danses avec moi ? » lui proposa-t-il au creux de l'oreille.
« Après, je vais discuter un peu avec Remus, là et je viens après. »
Elle ne lui laissa pas le temps de répondre et s'esquiva. Remus s'était retranché sur les transats au bord de la piscine, et en grimpant les quelques marches pour le rejoindre, Lily ne put que constater qu'elle n'était plus « un peu pompette » mais « carrément bourrée ». Constat qui la fit rire, naturellement. Elle chancela plus qu'elle ne marcha vers Remus et s'installa à côté de lui, en tailleur, sans se soucier de sa tenue.
« J'écoute » affirma-t-elle en sortant une cigarette du paquet qu'elle tenait à la main, en offrant une à Remus au passage. Il secoua la tête et fouilla dans ses poches pour extraire un paquet de tabac à rouler, des feuilles slim et un petit sachet zippé contenant de la weed.
Hypnotisée par les mouvements nets et précis qu'il effectuait malgré son taux d'alcoolisation évident, Lily rata le début de sa phrase.
« … pas dit les autres ?
- Ils ont pas voulu, disant que c'était ta vie privée. Et je suis d'accord, je préfère que ce soit toi qui me racontes si tu en as envie.
- Y a pas de quoi faire des mystères en fait, c'est juste que j'aime pas en parler parce que les gens ont tendance à me regarder d'une manière différente ensuite, quand ils savent.
- Savent quoi ?
- En gros » commença Remus en effritant une tête de marijuana au dessus du tabac qu'il venait d'installer sur une feuille à cigarette, « quand j'étais gamin, à l'école où j'ai rencontré James, Sirius et Peter, j'étais malade. Je voulais pas le dire parce que les gamins sont méchants et que je voulais pas être considéré comme un pestiféré. Les profs étaient au courant, mais pas mes copains de classe. Et comme j'étais un gamin effacé… » il roula entre ses doigts le tabac et l'herbe et forma un cône dont il lécha l'extrémité pour le sceller. Il prit une cigarette dans le paquet de Lily pour tasser le tout, la remit à sa place et emprunta son briquet pour l'allumer. Il exhala une longue bouffée avant de continuer : « personne n'avait remarqué mes absences régulières. Sauf les trois zygotos là.
- Et j'imagine qu'ils ont commencé à te traquer pour savoir où tu disparaissais.
- Exactement. Je leur ai rien dit mais on a commencé à passer du temps ensemble et on s'asseyait de plus en plus fréquemment ensemble en cours. Et plus j'apprenais à les connaître, plus j'avais peur que mes premiers vrais copains fondent comme neige au soleil quand ils apprendraient.
- Pourquoi ? T'avais quoi ? C'était contagieux ?
- Non, c'était un cancer, je t'épargne les détails. J'étais bête, surtout que ça allait pas t'attarder à se voir puisque je commençais à perdre mes cheveux à cause de la chimio que je subissais tous les vingt-huis jours…
- Haaaan, un cycle lunaire. D'où le loup-garou.
- Voilà. T'as tout compris. Mais c'est bête comme histoire » souffla-t-il en lui proposant le joint.
« C'est pas bête du tout, c'est une chouette histoire » objecta-t-elle. « Je peux te faire un câlin ? Je suis triste pour toi…
Bien sûr » accepta Remus en lui ouvrant les bras. Lily se blottit contre lui comme un petit mammifère apeuré. « Mais pas de raison d'être triste, je suis guéri maintenant et j'ai des copains en béton qui m'ont soutenu quand ils ont découvert ce qui m'arrivait, qui ont cassé la gueule à ceux qui se moquaient de ma boule à zéro, et tout. »
Ils se séparèrent et Lily rendit son joint à Remus puis elle s'agenouilla pour lui faire face. Sa vision était trouble et elle ne parvenait pas à se focaliser sur l'un des quatre yeux de Remus. En désespoir de cause, elle plaqua une main sur son oeil gauche et sa vision, bien qu'encore un peu hasardeuse, s'en trouva déjà plus claire.
« Je vais te dire… » commença-t-elle, la voix pâteuse, en tanguant comme si elle était en mer alors qu'elle était bien campée sur ses deux genoux, « je trouve que t'es quelqu'un d'extraordinaire, de très fort, et je suis contente de t'avoir rencontré. Tu fais vraiment partie intégrante de ma vie et je voulais que tu sase… que tu sase… que tu SA - CHE - EUH que tu pouvais toujours compter sur moi » parvint-elle à finir avec quelques difficultés.
« Cela vaut pour toi aussi ma petite biche » retourna-t-il en la broyant contre lui dans une étreinte qui se voulait affectueuse.
« AAAAAAAAH MAIS TU ES LA ! » hurla une voix perçante dans le tympan de Lily avant qu'on ne se jette sur elle.
C'était Sirius, à n'en pas douter. Personne d'autre n'était assez sauvage pour se ruer sur des gens sans prendre garde aux cigarettes, aux verres et même aux personnes elles-mêmes. Quand Lily parvint à s'extraire de dessous Sirius, elle put remarquer qu'il était venu accompagner de Renata naturellement, Peter, Roy et Malory, la plus âgée des petites soeurs de Ren. Eux plus une bouteille de vodka entière, du diluant et une de champagne. C'est ainsi que leur petit groupe entamèrent, comme à leur habitude, une contre soirée. De leur propre soirée. Appréciez l'ironie de la situation.
Le frère de Renata s'était installé derrière Lily, une jambe de chaque coté d'elle et lui entourait la taille d'un bras tandis que de l'autre, il tenait son verre. Lily trouvait son attention envers elle agréable et elle appréciait ses efforts mais elle se sentait aussi envahie. Mitigée, elle ne fit donc rien pour l'encourager ou le repousser. Il lui caressait le ventre et les hanches sans vraiment lui provoquer les frissons qui la parcouraient généralement quand elle recevait ce genre de gestes. Mais il lui tenait chaud et c'était, somme toute, plaisant si bien qu'elle n'y trouvait rien à redire. Elle ne protestait même pas quand il la sortait de la conversation en lui tournant la tête pour l'embrasser. Elle se laissait faire (sans être pour autant passive) et dès qu'il la lâchait, elle retournait à ses moutons, en ignorant les oeillades et les commentaires de ses topains. Topains. TOH - PAINS !
Comprendre : copains.
Quand il fit vraiment trop froid, ils se décidèrent, d'un commun accord, à rentrer. Lily se précipita vers la maison en hurlant qu'elle n'avait plus rien à boire. Certes, il s'agissait de la vérité mais c'était aussi et surtout pour échapper à l'étreinte de Roy.
A l'intérieur, les gens commençaient à faiblir. Le sol était noir d'alcool renversé et piétiné sans avoir été essuyé, les canapés et les chaises avaient été bousculés et plusieurs personnes comataient dans les fauteuils. Quand ils entrèrent en fanfare (à croire que seuls eux avaient encore de l'énergie), ils semblèrent réveiller la foule. Les dormeurs se levèrent et remirent leur manteau, remerciant chaleureusement Renata et Sirius pour l'invitation.
Alice baissa la musique et alluma une lampe qui sembla diffuser une vive lumière après la quasi-obscurité dans laquelle était plongée la pièce. C'était le signal du départ pour les trainards. Après tout, il était presque sept heures du matin, c'était une heure tout à fait décente (ou indécente, selon le point de vue) pour aller se coucher.
Pendant que les invités disaient au revoir à Renata et Sirius, Lily commença à ranger. Elle ramena tous les cadavres de bouteilles dans la cuisine et les disposa en ligne sur la table de la cuisine pour pouvoir avoir une vue d'ensemble du carnage quand elle aurait tout ramené.
Elle chancelait mais elle était encore dans cet état d'euphorie bien sympathique qui ne rendait rien grave ou important. Pour autant, toutes les lumières ainsi rallumées et les gens qui partaient signalaient que la mélancolie allait s'installer, vous savez, cette étrange nostalgie à la fin d'une excellente soirée, quand vous comprenez que c'est fini et que même s'il y aura à nouveau des soirées avec les mêmes personnes, elles ne seront jamais aussi parfaites que celle-ci ?
Lily laissa tomber son rangement pour aller fumer une dernière clope. Elle sortit sur la terrasse par la porte vitrée et se déroba ainsi de tous ceux restés dans la maison. En ouvrant son paquet, elle se retrouva face à face avec la dernière cigarette. Du deuxième paquet. Elle avait fumé comme un pompier. Elle l'alluma tout de même, sans sentir la fumée descendre dans sa gorge. Elle savait qu'elle n'en avait pas envie mais elle ne voulait pas aller se coucher encore. Elle voulait juste cinq minutes de rab.
Cependant, quand la lumière de la cuisine s'éteignit, indiquant que tout le monde allait dormir, elle se sentit seule et perdue et elle n'eut plus qu'une envie : rentrer. Elle jeta sa cigarette dans une canette de bière abandonnée sans même la finir et se rua à l'intérieur. Heureusement qu'elle connaissait désormais la maison par coeur car elle trouva ainsi le couloir qui menait aux chambres sans heurt. Elle entra dans la « sienne » sans se soucier de savoir si quelqu'un y dormait déjà ou non et fonça vers la salle de bains où l'attendait son pyjama et sa brosse à dents. Ensuite, elle se démaquilla sans douceur et quand elle fût prête pour la nuit, elle revint vers « son » lit. Sauf que. Quelqu'un y dormait déjà. Trois personnes à vrai dire y dormaient déjà : Remus, Peter et Alice y étaient serrés.
Elle bâtit en retraite et tenta sa chance vers la troisième chambre, celle au fond du couloir. Mais dès l'ouverture de la porte, elle comprit que ce ne serait pas possible : trois personnes semblaient être installées dans le lit, une supplémentaire à la perpendiculaire au pied et deux par terre. Il s'agissait du groupe d'amis d'enfance des garçons mais Lily ne leur avait pas adressé la parole de la soirée. Et eux non plus d'ailleurs. Elle referma la porte en soupirant.
Dépitée, et pas du tout décidée à aller dormir dans le froid et le bazar sur un canapé, elle poussa la porte du bureau où dormait traditionnellement Remus et Peter quand ils restaient ici. Elle se trouva nez à nez avec Malory, la soeur de Ren, qui était en train d'enfiler un survêtement pour se coucher à côté de son frère.
« Qu'est-ce qu'il se passe ? » demanda ce dernier en se relevant sur le coude pour observer Lily.
Elle aurait du être gênée qu'il la voie comme ça, sans maquillage, dans le sac à patate qui lui servait de pyjama, après avoir passé la soirée à la pourchasser. Mais elle n'en avait cure. Elle cherchait désormais un coin où dormir. Et il pouvait lui en fournir un parfait.
« Je cherche un endroit où dormir ! » expliqua-t-elle d'une petite voix. « Toutes les chambres sont complètes voir même plus… »
« Viens dormir avec moi » proposa-t-il alors en soulevant la couverture de son côté alors que sa soeur s'installait de l'autre en riant.
« Merci » fit Lily en s'avançant pour découvrir que le garçon dormait en boxer. Bon, elle ne courrait pas beaucoup de risque avec Malo à côté mais quand même, cela la mettait un peu mal à l'aise. Elle s'installa dans le lit, le plus près possible du bord, le plus loin possible de Roy. Enfin, c'était le plan initial, son plan initial. C'était sans compter celui du garçon qui, à peine installée, vient se caler derrière elle en l'entourant d'un bras.
« Pas de cochonneries devant les enfants » ordonna Malo en éteignant la lumière. Lily ne put retenir un rire avant de répondre :
« Aucun risque ».
Une fois dans l'obscurité, elle sentit Roy lui embrassait la nuque et se lovait davantage contre elle. Elle s'endormit quasiment instantanément, l'alcool et la fatigue aidant, mais pas sans songer que les étreintes de James étaient mieux, qu'elles étaient plus fermes et qu'on s'y sentait bien plus à l'abris.
Le chapitre trois est enfin en ligne et je vous prierai de faire une standing ovation à Aliete qui a su me rappeler qu'il était temps que je publie. Je vous aime tous d'amour et vous êtes tellement patients avec moi et encourageants... Je vous aime !
Certains d'entre vous savent que ce chapitre m'a donné du fil à retordre, que je l'ai écrit et réécrit. Voici finalement la version que j'ai choisi de poster même si elle aurait mérité encore quelques arrangements... Mais dans ce cas, il aurait fallu attendre encore mille ans, je pense. Alors cela sera ça, ou rien. J'espère toutefois ne pas trop vous décevoir (d'ailleurs, pardon pour les quelques fautes que je n'ai pas su corriger).
J'avais plein de choses à vous dire, après tout ce temps, mais j'ai oublié, alors je vais en rester là.
Paix et amour sur vous pour toujours ! et à très vite pour un nouveau chapitre, j'espère...
