Un genre de cadeau de Noël...
It's just a little crush, not like I faint every time we touch
Crush
« Bobo tête » marmonna Lily en souleva une pile de dossier pour la ranger dans le placard des archives. « Bobo tête, bobo tête, bobo tête… Plus jamais, jamais, jamais… » se dit-elle en sachant pertinemment qu'au prochain sms de Renata, du style « un verre ce soir ? », elle ne saurait pas dire non. Mais autant ? Au point d'avoir une gueule de bois carabinée au bureau, non, non, non, plus jamais.
Elle passa par le bureau de Sirius en essayant de faire bonne figure. Elle s'apprêtait à lui dédier son sourire le plus éblouissant et le plus artificiel mais il ne la regarda même pas. Il était concentré sur la conversation téléphonique qu'il était en train d'avoir et Lily pouvait dire qu'il était contrarié rien qu'à le voir taper nerveusement son stylo contre son bureau. « Tac, tac, tac ! » qui résonnait comme un « BOOM ! BOOM ! BOOM ! » dans l'esprit meurtri de Lily. Elle profita de la distraction de Sirius pour s'échapper vers le placard où le cabinet rangeait ses archives sans demander son reste.
Lorsqu'elle revint dans son bureau, Sirius était debout en train d'enfiler son manteau.
« Ah tiens, parfait ! J'ai un imprévu, je dois aller à l'aéroport. Ça te dérange pas de m'accompagner ? Je dois rappeler des clients et j'aurais besoin de prendre des notes… »
Lily soupira en secouant la tête. Qu'est-ce qui était le pire ? Prendre la route avec un Sirius énervé ou subir sa matinée au boulot en faisant semblant devant tous ses collègues ? Na, quelques virages laborieux valaient mieux.
Elle retourna dans son bureau, attrapa l'ordinateur portable qui servait à Sirius quand il était en déplacement, son manteau et surtout ses lunettes de soleil. Une fois dans la rue, elle suivit sans bruit un Sirius furax. Elle marchait discrètement un pas derrière lui pour éviter de s'attirer ses foudres. Jonglant avec son sac à mains, son ordinateur et ses cheveux que le vent prenait un malin plaisir à tourmenter, elle tenta d'extraire son paquet de cigarettes de son sac. Elle s'arrêta finalement et, levant une jambe pour supporter son sac à mains afin de mieux y voir, pêcha enfin son briquet. Sirius, l'entendant farfouiller, se retourna.
« Donne-moi une clope !
- Non, tu fumes pas.
- Donne-moi une clope, je suis énervé.
- C'est mort.
- Donne-moi une clope ou je te vire.
- Vire-moi et je le dis à ta femme !
- Ma femme t'aime pas beaucoup aujourd'hui… Elle a une gueule de bois incommensurable et elle dit que c'est de ta faute.
- J'ai rien fait ! » se défendit Lily en allumant sa clope avant de cracher sa fumée au visage de Sirius, à titre de provocation. Pour la soulager, il la débarrassa du sac qui contenait l'ordinateur.
« N'empêche que j'ai tenu les cheveux de Ren à quatre heures du matin, pendant qu'elle dégobillait tripes et boyaux… Moi non plus, je t'aime pas beaucoup aujourd'hui.
- Tu dis ça parce que tu es en colère ! » fit-elle remarquer en le bousculant gentiment d'un coup d'épaule.
Ils se remirent en route, marchant tous les deux de front, cette fois-ci. Lily se demandait ce qui pouvait bien mettre en rogne le joyeux Sirius mais elle ne lui posa pas la question. C'était pour le boulot et il lui dirait en temps voulu… s'il le voulait…
Arrivés sur le parking près du fleuve, Lily se glissa sur le siège passager de la BMW flambant neuve de Sirius. Elle enleva son manteau tandis qu'il mettait le contact et le ronron du moteur fût le seul bruit qu'ils entendirent en sortant du l'aire de stationnement.
« Ça va pas ? » se résigna à demander Lily. Elle n'aimait pas voir Sirius aussi grognon, cela ne lui ressemblait pas.
« Je ne vois pas ce qui te fait dire ça » ronchonna-t-il en s'insérant dans le trafic.
Back off… Lily comprit le message cinq sur cinq. Sirius n'était pas d'humeur à discuter. Soit. Bien. Parfait même. Elle pourrait décuver sans plus souffrir. Tandis qu'ils attendaient que le feu passe au vert, Lily se repassa la soirée d'hier dans la tête. Elle avait été pour le moins… enrichissante. Déconcertante, même, le terme serait plus approprié. Renata avait été loquace et s'était livrée comme jamais. Vraiment comme jamais. Peut-être même trop. Lily ne pouvait s'empêcher de dévisager Sirius et de le découvrir à la lumière de toutes les révélations que Renata lui avait fait. Sous ce nouvel angle, elle le trouvait encore plus grand. Au sens noble du terme, plus fort, plus beau, plus gentil, plus attentionné.
La sonnerie du téléphone professionnel de Sirius, amplifiée par les haut-parleurs de la voiture, se répercuta dans l'habitacle. Alors qu'il tendait le doigt pour prendre la communication en appuyant sur le petit téléphone vert du tableau de bord tactile de la voiture, il jeta un regard d'avertissement à Lily. « Silence, conversation professionnelle ». Lily se renfrogna dans son fauteuil. Comme si elle ne connaissait pas la procédure.
« Maître Black, bonjour.
- Bonjour, je m'appelle Alastor Maugrey. Je me permets de vous appeler aujourd'hui car j'ai rencontré un petit problème avec la police et on m'a envoyé vers vous… »
D'ordinaire, Lily ne perdait pas une miette de ces entretiens, apprenant tout ce qu'elle pouvait apprendre de la façon qu'avait Sirius de mener la conversation, de poser les bonnes questions, de rentrer dans les détails qui semblaient insignifiants en apparence mais qui avaient toute leur importance au moment de rédiger les conclusions. Mais aujourd'hui, elle n'avait pas la tête à cet exercice. Il y avait des jours comme ça, où on n'avait pas envie de travailler, trop préoccupée que l'on était par sa petite vie personnelle. Aujourd'hui était un de ces jours-là.
oOo
Elle se repassait encore et encore la soirée d'hier soir. Cela avait commencé innocemment, Renata proposant un verre alors que Sirius travaillait tard. En arrivant au pub toutefois, Lily avait de suite vu que Ren n'était pas dans son état normal. Elle semblait agitée, contrariée et prête à fondre en larme au premier mouvement brusque. Alors, sans poser de questions, Lily avait fait de son mieux pour la distraire. Mais au quatrième mojito (le troisième avait déjà été une erreur), l'humeur de Ren avait changé. Elle s'était reprise, était redevenue la guillerette petite Ren que l'on connaissait tous et que l'on aimait. A un détail près. Elle n'avait plus aucune retenue et disait tout ce qui lui passait par la tête. Quand elle proposa d'en commander un cinquième, Lily sut qu'elle avançait en terrain miné. Ren ne buvait pas autant d'ordinaire. Et les révélations avaient commencé par une phrase toute simple, lâchée du bout des lèvres :
« Tu sais, je suis un peu triste en ce moment. »
Lily avait sauté sur l'occasion pour la faire parler. Renata n'était pas du genre à se livrer aussi facilement, il ne fallait pas laisser filer cette opportunité.
« Pourquoi ?
- Je sais plus si je te l'ai déjà dit mais Sirius et moi, on essaie d'avoir un bébé. »
Lily avait manqué de tomber du tabouret sur lequel elle était assise. Euh, non. Elle ne lui avait jamais dit. Ren maman, ça tombait sous le sens, Sirius en revanche ? Bon, après tout pourquoi pas. Il était mature et responsable dans son boulot. Un peu moins dans sa vie privée, trop occupé à déconner et à redevenir l'enfant qu'il n'avait jamais cessé d'être - ou jamais été. Mais il aimait tellement Renata que, finalement, ce n'était pas si surprenant. Juste qu'imaginer le Sirius qui avait placé un coussin péteur sur sa chaise de bureau, pour rire, comme ça, comme s'il avait encore quatorze ans, s'activer à créer la vie, il y avait de quoi être déstabiliser.
« J'imagine ce que tu dois te dire » continua Ren en portant la paille de son nième mojito à ses lèvres « Sirius papa, c'est risible. Mais si tu savais Lily, l'envie qu'il a de fonder une famille, SA famille… Il a été tellement malheureux dans la sienne, il n'a pas reçu assez d'amour et d'attention. Et il en a tellement à donner. Il fera un papa génial.
- Je veux bien te croire. -
Sa mère, ma belle-mère est la plus grosse connasse que la Terre n'ait jamais porté. Tu sais qu'elle n'a jamais eu le moindre geste d'affection pour Sirius ? En plus, comme il n'a pas voulu reprendre l'empire familial… Tu sais qu'ils sont dans l'import-export depuis des générations ? Ils ont accumulé une telle fortune que les trois prochaines générations pourront vivre la grande vie sans souci. Bref, Sirius, ça l'intéressait pas de marcher dans les pas de ses parents. Il voulait avoir sa propre vie, sa propre réussite. Et il a réussi, il est devenu avocat, un brillant avocat même et on a une belle vie. Mais ça suffit pas à la très noble et très décérébrée famille Black. Il a été renié, tu savais ? Parce qu'il voulait suivre sa propre voie. Alors que merde quoi, il a bien réussi. Bref, il a été la déception de la famille, tout le monde l'a renié et au final, il ne parle plus qu'à Androméda, je crois que tu l'as rencontrée ? (Renata n'attendit pas la réponse de Lily, elle était lancée, et elle avait visiblement très envie de vider son sac) Parce qu'elle aussi a été reniée. Elle voulait faire des trucs d'artistes, dans l'art ou je sais pas quoi. Pas tout à fait le profil type de la famille Black. Et… Qu'est-ce que je disais ?
- Qu'il ferait un papa génial parce que sa famille est pourrie » aida Lily en regardant Renata, légèrement effarée. Elle n'aurait jamais pu imaginé que ce petit bout de femme puisse contenir autant de haine et de rancœur en elle. Et plus elle déversait son venin, plus elle levait son verre. Lily lui prédit une gueule de bois monumentale pour demain. Mais cela ne l'arrêta pas, et Ren commanda un nouveau verre. Lily, elle, avait ralenti la cadence.
« Ren, tu penses que c'est bien raisonnable de recommander ? Tu tiens déjà presque plus debout.
- Ta gueule. J'ai le droit, de temps en temps, de péter un plomb moi aussi.
- Très bien, je t'en prie, pète ton plomb. »
Lily n'allait pas s'opposer à cela. Elle en avait tout à fait le droit. Elle aurait juste préféré qu'elle ne le fasse pas en semaine et qu'il y ait Sirius dans le coin pour pouvoir la canaliser. Mais d'un autre côté, si Sirius avait été dans le coin justement, Ren ne se serait certainement pas lâchée comme elle était en train de le faire. Sirius était certainement au courant des sentiments de Renata envers la famille Black mais que cette dernière évitait de trop s'étaler dessus pour éviter de blesser davantage Sirius.
« Ouais, donc. Euh. Ah oui, on veut un bébé, mais ça marche pas fort.
- Comment ça ?
- Comment ça quoi ?
- Comment ça, ça marche pas fort ? » répéta Lily pour orienter la conversation. Renata clignait de plus en plus vite les paupières et son regard était clairement flou.
« On a fait des conneries, quand on était jeune, tous les six. Je sais pas si je t'ai déjà raconté. Ah, on s'est bien amusé. Les nuits blanches et les journées de boulot derrière, les cuites la veille d'examen. Tu savais que Sirius avait était à son grand oral en puant de manière très certaine le whisky ? Je sais même pas comment il a fait pour impressionner le jury ce jour-là. Toujours est-il qu'il ne peut plus boire de whisky depuis. On a fait des virées sans but, on a roulé jusqu'à des endroits perdus au milieu de nul part pour regarder les étoiles et fumer. On a fait des soirées qui ont duré plus de vingt-quatre heures, des festoches, on a bu, on a mangé, on a chanté, on a forniqué et on a pris pas mal de drogue. »
Ah ben tiens, celle-là, Lily ne s'y attendait pas. De la drogue ? Il y avait « fumer », fumer de l'herbe donc, et prendre de la drogue. Visiblement, ce dont était en train de parler Ren relevait de la seconde catégorie. Drôlement épatant de la part d'une responsable RH, d'un avocat, d'un militaire, d'un policier, d'une journaliste internationale et d'un informaticien… Mais Lily n'eut pas le temps de digérer sa surprise que Renata continuait :
« On a passé de tellement bons moments. On se sentait invincible à cette époque. On s'en mettait plein la tête, on passait des soirées énormes. On avait une préférence pour l'ecstasy mais on crachait pas sur la coke ou le speed, tu vois. Le lendemain, on était teeeeeellement mal, on avait l'impression que le bonheur n'existerait plus jamais, qu'on serait malheureux et triste pour toujours. Tellement qu'on appelait ça le « détraqueur » entre nous, mais la perche était tellement fantastique et on avait tellement de problèmes à fuir qu'on a pris de plus en plus souvent. T'es tellement bien dans ta peau quand t'es perché, t'es plein d'amour et tu penses à rien. Mais à rien, si ce n'est aux personnes qui sont avec toi, que tu aimes. Tu veux leur faire des câlins, leur dire tout ton amour. Et puis, un jour, on s'est rendu compte qu'on savait plus s'amuser sans se défoncer. Et c'est flippant. On se faisait chier ensemble sans rien pour nous embrumer le cerveau. Ce qui nous a vraiment fait prendre conscience qu'il fallait se calmer, avec Sirius, c'est la fois où on était que tous les deux et qu'on a voulu en prendre. On s'aimait à la folie mais sans la drogue, on arrivait plus à se le dire et à se le montrer. On ne parlait que ça, de la dernière perche, de la perche suivante… Du coup, on a dit stop. C'est super compliqué de renoncer à quelque chose qui, tu le sais, te fera autant de bien. Mais ça nous a fait flipper. Je voulais pas que Sirius pense que je ne l'aimais que sous l'emprise de stupéfiants, je voulais qu'il sache que sobre, la chose la plus importante de mon univers, c'était lui. Alors on a arrêté. James avait déjà commencé à lâcher l'affaire, déjà parce qu'il est plus fort que nous et qu'en plus, il comptait rentrer dans l'armée, avec analyse de sang tout ça. Et les autres ont suivi le mouvement quand ils se sont rendus compte qu'effectivement, on faisait n'importe quoi et qu'il était temps de calmer un peu le jeu. Peter a eu du mal à lâcher, il trouvait vraiment son salut là-dedans. Mais je pense qu'il se contente de weed maintenant. Je pense qu'il prend sans nous, en scrud, ceci dit mais il a vraiment vraiment une vie de merde. Ça ne justifie rien mais disons que ça explique. »
Lily se taisait. Elle écoutait avec attention tout ce que Ren avait à lui dire, sans l'interrompre.
Renata finit son verre et en commanda un autre. Tandis que le serveur lui apportait sa commande, elle se remit debout (tant bien que mal, soyons honnête) et proposa à Lily d'aller fumer une cigarette. Cette dernière ne se fit pas prier. Et tandis qu'elle se faufilait à la suite de Renata qui levait haut son verre pour éviter qu'il soit bousculé dans la foule, Lily se rendit compte que toute cette histoire l'avait fait dessoûler. Elle n'arrivait pas à trouver de mots pour définir son trouble. Elle ne s'attendait vraiment pas à tout ceci. Et pour preuve qu'ils avaient bien tiré une croix dessus, c'est qu'ils n'en parlaient jamais, ils reparlaient de cette période, de ces soirées mais sans jamais mentionner la drogue. Comme si le simple fait de l'évoquer, à l'instar de Beetlejuice, allait la ramener dans leur vie.
Dehors, Lily fouilla les poches de son manteau pour trouver son paquet de cigarette. Elle en prit une et le tendit à Renata. Elle avait embarqué leurs sacs à main aussi, dans l'espoir qu'elle arriverait à convaincre Ren de rentrer après cela. Renata alluma sa cigarette et s'installa sur une table de la terrasse, oubliée à cause du froid hivernal. Lily la rejoint, toujours silencieuse. Tenant sa clope entre ses lèvres, elle s'attacha les cheveux en une couette haute sans se préoccuper de savoir si une mèche dépassait ou s'il y avait une bosse. Elle ramena la capuche de sa parka contre son cou afin de bloquer un maximum le passage de l'air froid.
Renata, quant à elle, était avachie contre le dossier de la chaise, les yeux fermés et tirait paresseusement sur sa cigarette, insensible au froid. Lily observa les branches mortes déployées par l'arbre au dessus d'elles. Que de révélations. Elle-même avait toujours été d'une sagesse irréprochable, s'encanaillant que récemment, depuis qu'elle avait intégré leur groupe. Et encore, bonjour la canaille (en comparaison de ce qu'elle venait d'apprendre). Fumer un peu d'herbe de temps à autre, se mettre une caisse tous les week-ends… Pour elle, c'était de la folie, pour eux… cela devait sembler terne à côté de ce qu'ils avaient vécu, les festivals, les campings improvisés au milieu de nulle part… Elle avait toujours été envieuse de leurs histoires, si drôles et rocambolesques. Elle se sentirait toujours à part alors. Toutes ces nouvelles aventures qu'elle vivait, pour eux, ce n'était que du réchauffé. Et elle ne partagerait plus le même genre d'expériences avec eux que celles qu'ils avaient pu faire quand ils étaient plus jeunes. Elle les avait rencontré trop tard, alors qu'ils avaient fini d'expérimenter, qu'ils voulaient se poser, qu'ils était prêts à s'empâter. Et elle ne serait jamais complètement unie à eux en vivant ce type d'aventures qui vous liaient pour la vie. Elle soupira profondément en jetant son mégot sur la chaussée. Tant pis pour l'écologie ce soir. Elle s'alluma une autre cigarette dans la foulée. Ren se redressa. Elle avait du sentir le malaise de Lily, sa mélancolie plutôt qui faisait écho à la sienne, et continua son histoire.
« Si je te raconte tout ça, c'est juste pour t'expliquer certaines de mes réactions. Je sais que tu observes beaucoup, je sais que tu me connais et que tu vois qu'à certaines périodes, ça va pas. Je sais que tu dis rien par discrétion, pour respecter ma vie privée. Ce que tu ne sais pas en revanche, c'est que ce n'est pas de la défiance envers toi. Si je te dis pas, c'est que c'est parce que c'est dur pour moi à encaisser. Tout ce que je viens de te raconter, la drogue, dans le nez, en bonbon, ça a des conséquences. Le médecin pense que si j'ai du mal à concevoir, c'est à cause de cette connerie. Que j'ai du plusieurs fois prendre de la came coupée avec un truc pas net, ce qui m'a rendu partiellement stérile. Et tu peux savoir comme je m'en veux d'avoir été aussi conne, de pas avoir pensé à toutes les conséquences de mes actes quand j'étais plus jeune. De pas pouvoir donner à Sirius ce qu'il désire le plus au monde. De faire des fausses-couches et des fausses joies… »
Renata se mit à pleurer, doucement, discrètement, à son image. Et le coeur de Lily se brisa. Elle ne pouvait qu'imaginer sa douleur, elle si dévouée à Sirius, de ne pas pouvoir lui donner ce qu'elle, ce qu'il, ce qu'ils voulaient le plus : une famille. Elle jeta sa clope à côté de la première et se leva pour faire le tour de la table, afin d'aller enlacer Ren. Le froid condensait son haleine et ses mains étaient gelées mais elle parvint toutefois à appeler Sirius. Vu l'heure, se dit-elle en consultant sa montre, il allait répondre immédiatement, inquiet d'entendre son téléphone sonner au milieu de la nuit. Et ça ne manqua pas.
« Allo ?
- Sirius ? C'est Lily. Je suis au pub avec Renata. Elle a beaucoup bu et elle pleure, là.
- J'arrive. »
Il fallait un quart d'heure pour aller de chez eux au centre ville où était le pub. Lily se doutait que Sirius allait griller tous les feux rouges et prendre tous les raccourcis du monde pour arriver en un temps record. Il ne tolérerait pas de savoir Renata pleurer, sachant surtout qu'il était probablement la seule personne à pouvoir la consoler. En caressant les cheveux de son amie qui continuait de verser ses larmes sur son nouveau manteau, Lily songea qu'elle tuerait pour avoir quelqu'un d'aussi attaché à elle. Moins de dix minutes plus tard (mettons ça sur le compte de l'absence de circulation à une heure du matin), le bar était en train de fermer, les derniers clients fumaient une dernière cigarette avant de rentrer chez eux. Personne ne prêtait attention à ses deux femmes, accrochées l'une à l'autre comme si leur vie en dépendait. Personne jusqu'à un crissement de frein retentissant fasse tourner les regards vers la voiture noire qui venait de s'arrêter devant les deux femmes invisibles et qu'un homme à tomber à la renverse en sorte. Sirius, en pull et survêtement, prit délicatement Renata dans ses bras et l'accompagna jusqu'au siège passager. Voyant qu'il n'en tirerait rien, il lui ouvrit la portière, l'installa sur le siège, l'attacha et claqua la porte une fois sûr qu'un pied ne trainasse pas par terre. Il revint vers Lily.
« Je te ramène ?
- Si ça ne t'ennuie pas.
- Monte. »
Pas un mot ne fût échangé dans la voiture. Seuls les bruits de reniflement troublait le silence. Lily se sentit morveuse de ne pas avoir plus insisté pour que Renata cesse de boire. Mais d'un autre côté, ça lui avait probablement fait du bien de se lâcher. Elle s'en souviendrait probablement pas demain, mais avec un peu de chance, elle se sentirait plus légère. Quand Sirius s'arrêta devant l'immeuble délabré de Lily, celle-ci défit sa ceinture mais ne quitta pas tout de suite l'habitacle. Elle se pencha légèrement vers le fauteuil conducteur et posa sa main sur l'épaule de Sirius. Il se crispa une seconde avant de soupirer et de poser sa main par dessus.
« Elle t'a raconté ?
- Les grandes lignes, j'imagine.
- Bon. » Il hésita un peu, pesa le pour et le contre de cette information et finalement, trancha : « tant mieux. Ca lui fera quelqu'un d'extérieur pour en parler un peu. En dehors de moi, elle n'a rien dit à personne. Elle porte ça toute seule. C'est trop lourd pour ses petites épaules. »
Lily serra plus fort l'épaule de Sirius et, avant de sortir de la voiture, l'embrassa sur la joue en lui souhaitant bonne nuit. Elle n'avait pas trouvé de mot à la hauteur de ce qu'elle ressentait mais elle espérait que Sirius la connaisse assez pour savoir que cela voulait dire qu'ils pouvaient compter sur elle.
Ensuite, elle était rentrée chez elle, avait foncé sous la douche juste pour dire qu'elle avait pris une douche et s'était endormie comme une patate, sans même prendre la peine de quitter sa serviette de bain humide pour enfiler un pyjama sec.
oOo
Tiens, maintenant qu'elle y pensait, c'était peut-être pour ça que Sirius avait une allure d'ours réveillé par surprise avant la fin de son hibernation. Parce que Lily avait été intégrée, sans qu'il ne puisse dire son mot, dans ses histoires personnelles. Lorsqu'il raccrocha après avoir promis de rappeler ce nouveau client pour lui donner rendez-vous au cabinet, elle se décida à prendre la parole. Elle tira sur le bas de sa robe pour qu'elle couvre davantage ses cuisses gelées sur le cuir encore froid de la voiture et se lança :
« Sirius, à propos d'hier… »
Elle s'attendait à une réaction, il n'en fût rien. Il fixait obstinément la route. A court de mots encore une fois, elle tendit la main et pressa celle de Sirius qui reposait négligemment sur le pommeau de vitesse. Il resta impassible un instant et puis attrapa ses doigts pour les porter à sa bouche et y déposer un petit baiser. Le geste était infiniment tendre mais ne portait pas à confusion. C'était de l'amour certes, mais dans sa plus belle forme platonique. Lily eut un petit rire de petite fille.
« Pardon de m'être comporté comme un connard. J'étais inquiet. La période n'est pas facile à passer et Ren se met une pression de dingue pour ça.
- J'ai pu comprendre.
- Mais comme je t'ai dit » reprit-il en entrelaçant ses doigts aux siens « c'est une bonne chose au final. Moi seul étais au courant et je suis trop impliqué pour lui apporter le soutien dont elle a besoin.
- Tu peux, vous pouvez compter sur moi.
- Évidemment, je compte sur ta discrétion absolue. Personne ne sait.
- Même pas James ? »
Lily avait hésité à poser cette question mais il le fallait. Sirius, Ren et James formaient un groupe à l'intérieur du groupe, tellement proches qu'il était impensable que James ne sache pas les moindres détails de leur vie la plus intime.
« Non, on ne lui a rien dit, on voulait pas qu'il s'inquiète alors qu'il était là-bas. »
Là-bas… Encore ces mystères autour des déplacements de James. Il faudrait qu'elle éclaircisse ce point aussi. Bientôt.
« Prends ton après-midi, petite Biche. T'as une sale gueule.
- Ça va, je suis en forme » mentit-elle sans vergogne mais en n'y croyant pas elle même.
« Si, je te jure. Tu vas faire peur aux clients. En plus, tu l'as bien mérité…
- Puisque tu insistes. »
Elle n'allait pas se faire prier après tout.
Puis ils se turent. Lily regarda le paysage défiler par la fenêtre alors que Sirius déboitait et doublait les véhicules plus lents sur l'autoroute. Quand les premiers panneaux indiquant l'aéroport firent leur apparition, Sirius lâcha la main de Lily pour rétrograder et emprunter la bretelle de sortie. Alors qu'ils arrivaient au rond-point qui dispatchait les voies menant aux différents terminales, le téléphone professionnel de Sirius sonna de nouveau. Avant de décrocher, Sirius expliqua :
« Cet appel est la raison pour laquelle je t'ai demandé de venir et de prendre l'ordinateur. Je devais la rencontrer en personne ce matin mais elle a accepté de tout faire par téléphone. Je voudrais que tu enregistres la conversation et que tu retranscrives autant que possible ce qu'il se dit. Je sais que c'est pas ton taf mais…
- Pas de problème, décroche et fais la conversation le temps que je mette en route l'ordi. »
Elle détacha sa ceinture pour attraper l'ordinateur qui trônait, dans sa housse, sur la banquette arrière. Sans s'offusquer que Sirius puisse voir sa culotte sous sa robe qui remontait alors qu'elle se mettait à genoux sur son siège pour saisir la anse de la sacoche, elle l'entendit prendre l'appel :
« Maître Black, bonjour.
- Sirius, bonjour. Minerva McGonagall à l'appareil.
- Oui, Minerva, j'attendais votre appel » confirma-t-il en mettant son clignotant pour tourner sur le parking de l'aéroport. « Je suis avec mon assistante, Lily Evans, vous…
- Vous avez une assistante maintenant ? On ne se refuse rien !
- J'avais beaucoup de boulot, vous savez…
- Vous ? Tire-aux-flans comme vous l'êtes ? »
Alors qu'elle se réinstallait, Lily fronça les sourcils. Le nom de Minerva McGonagall lui était vaguement familier… Elle prit l'ordinateur dans sa housse et ouvrir le capot. Alors qu'il sortait de sa veille, elle se concentra sur la conversation téléphonique.
« Au lieu d'insulter votre sauveur, écoutez-moi. Lily travaille désormais avec moi, que vous adhériez au concept ou pas » claqua-t-il en souriant alors qu'il garait la voiture sur le dépose-minute. « Elle était une de vos élèves également. »
Haaaaaaan. C'était donc pour ça que le nom lui évoquait des choses. Maintenant que Sirius en parlait, elle remettait. Minerva McGonagall était la proviseur adjointe de Poudlard, le collège-lycée où elle avait fait sa scolarité.
« Eh bien, elle devait être moins turbulente que vous car je n'ai pas souvenir d'elle.
- Vous savez très bien que vous m'adoriez, Minerva. »
Tandis qu'elle lançait le logiciel de traitement de texte, Lily se surprit une fois de plus à admirer le bagou de Sirius. Faire du gringue, comme ça, à son ancienne proviseur qui, visiblement, avait eu plus que son compte de la tornade Black et l'entendre rire à cette réplique… Voilà tout ce à quoi elle aspirait. Elle aussi voulait être capable de séduire ses interlocuteurs. Sirius coupa le moteur et reprit.
« Trêve de bavardages, mon temps est précieux. Lily va prendre en note tout ce que nous nous dirons et je commencerai à bosser dessus dès que je retourne au bureau. Je vous écoute.
- Vous avez bien changé, Maître Black. Bon, je vous explique. »
A partir de là, Lily commença à retranscrire tout ce qu'il se disait. Cela lui rappela la fac, quand elle prenait mot pour mot tout ce qui sortait de la bouche de ses professeurs. Ses « amis » de l'époque adoraient récupérer ses cours lorsqu'ils étaient absents - ce qui arrivait souvent - car ils étaient la copie conforme de ce qui se disait en amphi. Lily avait toujours été véloce quand il s'agissait de taper sur un clavier, le fruit de longues soirées d'adolescence à discuter sur les chats et MSN.
Minerva soupira un bon coup, comme si ne serait-ce que raconter l'affaire qui nécessitait l'aide de Sirius était au dessus de ses forces.
« J'ai embauché un nouveau professeur à la rentrée, Monsieur Gilderoy Lockhart, à la rentrée. Un fanfaron prétentieux, incompétent et imbuvable mais Poudlard ayant été classé en ZEP à cause des ses élèves difficiles, j'ai pris ce que j'avais sous la main. Ça ne se passait pas très bien avec les élèves, nombreux étaient à venir se plaindre de ses cours lacunaires et qu'ils auraient pas le bac et bla bla bla, je vous épargne les jérémiades des pré-adolescents, vous n'êtes pas sans avoir oublié les vôtres. Toujours est-il qu'un jour, j'ai reçu une élève, Hermione Granger, pour la citer, puisqu'il va falloir parler d'elle, qui m'a rapporté que ce très gentil monsieur avait un comportement plus que déplacé avec les jeunes filles. Que c'était intolérable et qu'en plus, elle ne se sentait pas en sécurité ni dans son cours, ni dans les couloirs, ni quand elle le croisait à l'arrêt de bus. Jusqu'au jour où ce que je ne croyais pas possible dans mon établissement advint. Ce cher monsieur a été mis en examen pour viol sur mineur. »
Sirius manqua de s'étouffer. Lily cessa de taper. Ils se regardèrent. Le cabinet Black & Decker était plutôt orienté affaire, droit des sociétés, fusion-acquisition, droit du travail. Le droit pénal n'était la tasse de thé d'aucun des collaborateurs. Du viol sur mineur en plus ? Lily frissonna.
Minerva McGonagall était dans de beaux draps. Consciente de la bombe qu'elle venait de lâcher, elle leur laisse le temps de reprendre leurs esprits. Sirius se racla la gorge et Lily retranscrit son « mmmh » gêné. Pour rire, pour alléger l'atmosphère. Puis Minerva reprit.
« La question étant : est-ce que je risque d'être inquiétée, en tant que proviseur de l'établissement qui a embauché ce suppôt de Satan et en tant que personne ? Je ne connaissais pas du tout cet aspect de sa personne si peu ragoûtante. Vous pensez bien ! Sinon je ne l'aurais jamais pris. J'aurais préféré me coller moi-même à ces cours.
- Vous me prenez un peu de court, là. Ce n'est pas ma spécialité, vous savez. Dès que je rentre au bureau, je vérifie.
- Mmmh.
- Si mes souvenirs sont bons, et ils le sont certainement, vous ne serez pas impliqué dans le procès. Cependant, on va se préparer une défense, juste au cas où.
- Mmmmh. »
Sirius chercha du soutien dans les yeux de Lily. Il ne rencontra que désarroi. Elle continuait de tout prendre en note mais mécaniquement, sans réfléchir. Tout son être refusait ces faits et elle était comme éteinte.
« Minerva ? Je dois prendre un autre client. J'ai tout ce qui m'intéresse pour le moment, je vais vérifier si vous pouvez être recherchée. Je vous envoie un mail ce soir pour vous dire ce qu'il en est. Le cas échéant, nous allons nous préparer. Ce n'est pas mon domaine mais je ne vous laisserai pas tomber. »
Le défenseur de la veuve et de l'orphelin était de retour. Sirius ne refusait jamais une bataille, surtout quand des êtres comptaient sur lui. Ses yeux brillaient d'une nouvelle hargne et Lily revint à elle. Elle allait soutenir Sirius dans ce combat, coûte que coûte. Révoltée, ça, on pouvait dire qu'elle l'était. Elle ne pouvait pas comprendre, elle ne pouvait pas concevoir qu'on fasse du mal à une enfant de la sorte. Si elle le pouvait, elle ferait tout, elle mettrait toutes ses forces pour faire tomber ce salopard. C'était immoral, inhumain et atroce.
« D'accord. Bon. Tenez-moi au courant. Je ne suis pas tout à fait inquiète mais pas loin.
- A vos ordres, Minerva.
- Cessez ça, Sirius, vous n'avez plus quinze ans. -
Oui M'dame. »
Sur ce, il raccrocha en appuyant une fois de plus sur l'écran tactile du tableau de bord de la voiture. Ils restèrent silencieux encore quelques secondes après avoir coupé la communication. Puis Sirius détacha sa ceinture et ouvrit sa portière, comme s'il avait besoin de prendre l'air.
« Bon. Bon. Bon… » répéta-t-il, comme s'il cherchait ses mots, ne sachant pas par où commencer. « On peut dire que je ne m'attendais pas à ça. C'est chaud. »
Et Lily de rester silencieuse. C'était une chose d'entendre ce genre d'informations à la radio. Cela en était une autre d'être directement impliquée. Elle ne savait que dire, que faire, que ressentir. Alors elle se détacha les cheveux et attacha sa ceinture. Enfin, dans l'autre sens. Elle détacha sa ceinture de sécurité et s'attacha les cheveux. Enfin, elle regarda Sirius qui regardait droit devant lui. Celui-ci finit par secouer la tête comme pour chasser un mauvais rêve et sortit de la voiture.
« Bon, je vais chercher James. Bouge pas.
- D'accord. »
Pas bougé. Faisable.
Hé mais attends.
Quoi ? QUOI ?
« Sirius, qu'est-ce que tu viens de dire ? »
Il ne répondit pas, ce contentant de claquer la porte du véhicule. Elle sortit comme une furie de la voiture et hurla :
« SIRIUS ! QU'EST-CE QUE TU AS DIT ? »
Mais celui-ci lui répondit d'un simple mouvement de bras, sans même se retourner, l'air de dire « ça attendra ».
NON, ça ne pouvait pas attendre. Avait-elle bien compris ? James ? JAMES RENTRAIT ? C'était James qu'on était venu chercher ? C'est dingue comme une bonne nouvelle a le pouvoir de dissimuler un nuage de tempête, hein ? Ou alors était-elle à ce point centrée sur sa petite vie privée qu'elle pouvait sentir son cœur bondir de joie l'instant après avoir manqué de fondre en larmes de dégout ? Sirius continuait de s'éloigner en sautillant, fier de son effet. Lily songea à la rejoindre mais après rapide coup d'œil au tableau de bord, elle s'aperçut qu'il avait embarqué les clefs. Sans verrouillé la voiture. Elle fût donc contrainte de rester là, en guise de chien de garde. Sauf qu'il avait oublié de lui laisser sa gamelle d'eau…
Tremblante, le cœur prêt à exploser, elle fouilla les poches de son manteau, resté sur le sol de la voiture pour pécher ses cigarettes. Elle en alluma une avec difficulté, la légère brise qui soufflait sur le parking et sa panique-joie-anxiété-satisfaction-intense-on-ne-savait-pas-exactement-ce-que-c'était ne l'aidant pas.
BON ! CALMONS-NOUS, ordonna son cerveau alors que son cœur battait la chamade et que ses cheveux s'échappaient de son chignon sous l'effet du vent. Non mais sérieusement, comme veux-tu que je me calme ? James était là, James était rentré et elle avait chaud et froid en même temps. Elle claqua la porte de la voiture, jusque là restée ouverte, avec une violence due à son enthousiasme et s'appuya dessus. Elle inspira profondément et tourna le visage vers le soleil. Là. Là, ça commençait à aller mieux. Elle retrouvait son empire sur elle-même. Bon, James était là et alors ? Pas de quoi paniquer.
« Tu parles ! » lâcha-t-elle tout haut, certaine d'être seule.
Elle s'affala contre le voiture dans une pose sans grâce, jambes croisées, fesses sur la poignée de porte, la tête reposant sur le toit sale. Elle resta ainsi un instant, ignorant sa robe qui se soulevait au gré des rafales. Puis elle se redressa pour prendre une bouffée de cigarette. Et éclata de rire. Rire qui mourut sur ses lèvres quand, prise d'une intuition, elle se retourna. Et ce qu'elle vit la laissa de marbre. Mais pas dans le sens où on l'entend d'ordinaire. Non de marbre, stupéfiée telle une statue, immobile, incapable de bouger.
Sirius revenait vers la voiture, à n'en pas douter accompagné de James. Un James plus beau que jamais dans le soleil de mars, pantalon noir, T-shirt blanc et lunettes de soleil sur le nez. Les cheveux en bataille, naturellement, sa marque de fabrique. Il riait, probablement à une remarque que venait de faire Sirius, lui aussi rayonnant parce qu'il avait retrouvé son meilleur ami. Ils marchaient tous les deux d'un pas joyeux mais déterminés, prêts à conquérir le monde. Et Lily reprit vie. Encore. Et, alors qu'elle inspirait comme si elle venait de naître, elle se sentit tellement plus légère, soudainement. Comme si l'absence de James pesait lourd sur ses épaules et que maintenant, puisqu'il était là, ce poids n'avait plus de raison d'être et c'était envolé.
Il y avait un peu de ça.
Alors qu'ils approchaient de la voiture, Lily se félicita, pour la première fois de la journée, d'avoir mis cette si jolie robe, de s'être maquillée ce matin (certes, fondamentalement, c'était pour cacher sa gueule de bois).
Les deux garçons lui sourirent et Lily sentit une vague de chaleur déferler en elle quand elle réalisa que le sourire de James lui était dédié. Oh mon dieu. Elle avait oublié qu'elle le trouvait aussi beau, comment était-ce possible ? Elle trouvait Sirius à tomber à la renverse, mais James la mettait dans tous ses états. Elle manqua presque de défaillir quand il contourna la voiture pour venir lui faire une bise. Bise qui n'en était pas une, précisons. Il l'enlaça doucement et la serra contre lui alors qu'il posait ses lèvres sur sa joue. Suivant le mouvement, elle passa son bras atour de lui et l'attira vers lui. Elle retint de justesse le « tu m'as manqué » qui lui brûlait les lèvres. Elle répondit tout juste à son « Salut, toi », pas vraiment capable d'articuler une pensée cohérente. Elle avait toujours été mauvaise pour réagir sur le coup de la surprise. Encore plus quand elle était inattendue comme celle-ci. Quand James la lâcha, elle revînt à elle.
Tandis qu'ils se glissaient tous dans la voiture, James sur le siège arrière, juste derrière Lily, cette dernière ne pouvais s'empêcher de sourire. Mon Dieu, James était là ! Alors que Sirius sortait du parking, Lily se tourna à moitié sur son siège pour pouvoir voir James. Non, elle ne rêvait pas, il était bien là, sur la banquette, là, juste derrière là. Elle pouvait le voir, le sentir aussi. Une vague odeur résiduelle de parfum, une senteur suave de sueur. Pourtant, loin d'être dégoutée, elle se surpris à serrer les cuisses, comme par réflexe, pour lutter contre la boule de chaleur qui se formait dans son ventre. Mon Dieu, James était là ! D'ailleurs, ce dernier prit ses aises. Il s'affala contre son dossier en soupirant profondément, un sourire ravi accroché aux lèvres. On n'aurait presque pu le confondre avec un chat qui a de la crème sur les moustaches. Des millions de pensées se bousculaient dans la tête de Lily, qui ne savait pas laquelle formuler. James la libéra de son calvaire en se redressant pour passer la tête entre les deux fauteuils avant, si près de Lily qu'elle pouvait voir les fins cheveux blancs qui se faufilaient dans sa chevelure de jais.
« Siriuuuuuuuus » scanda James sans se départir de son sourire, « tu as mon téléphone ?
- Non. »
La réponse était claire, sans appel, presque froide. Lily leva ses yeux de la tête de James et les posa sur Sirius. Celui-ci faisait mine de se concentrer sur la route mais elle pouvait voir le coin de sa bouche, celui qui n'était pas visible du point de vue de James, se relevait en un sourire dissimulé.
« Mes clefs de maison ?
- Non plus.
- P'tain, tu fais chier. On peut pas compter sur toi » bougonna James en se laissant tomber en arrière.
« T'avais qu'à me prévenir plus tôt.
- Si tu crois que je le pouvais… J'ai emprunté le téléphone d'un mec croisé au terminal pour te prévenir. Ils nous ont évacué en urgence, un truc a mal tourné… ça fait trente-huit heures que je suis dans l'avion. On a fait le tour du monde, littéralement, pour brouiller les pistes. Je suis claqué. »
Son explication laissa les deux juristes pensifs. Encore que Sirius, dans le secret, en savait plus que Lily. Elle était complètement perdue. « Brouiller les pistes » ? « Évacuer en urgence » ? Des questions lui brûlaient la langue mais elle savait que, même si elle les posait, elle n'obtiendrait aucune réponse. Seulement un malaise palpable. Mais le mystère s'épaississait et bientôt, elle n'y tiendrait plus.
« Je vois » finit par dire Sirius. « Ren va péter un plomb quand elle va savoir que tu es rentré et qu'elle a rien eu le temps de préparer…
- Elle est pas obligée de faire tout ça de toute façon, ça me met mal à l'aise.
- De quoi il retourne ? » s'enquit Lily, contente de pouvoir enfin ouvrir la bouche.
« Ren, en grande folle timbrée mère couveuse à moitié juive, fait toujours, avant que je rentre, le ménage chez moi. Elle remet les radiateurs en route, change les draps, me fait des courses. Je précise que je n'ai jamais demandé à ce qu'elle fasse tout ça !
- Elle fait ça pour que tu te sentes accueilli chez toi, comme si t'étais pas parti depuis trois mois.
- Non mais j'apprécie. Mais je pourrais très bien le faire tout seul.
- Je sais. J'ai essayé de lui expliquer. Mais j'ai écopé d'un regard noir et d'un 'occupe-toi de tes affaires'. J'ai laissé tomber.
- Sage petit… » commenta mezzo voce Lily.
Cela ne l'étonnait même pas. James était le meilleur ami de Renata et elle se mettait toujours en quatre pour que ses amis se sentent le plus à l'aise possible. Et puis, avec tout ce qu'elle lui avait expliqué hier, Lily comprenait aussi que c'était une façon d'exprimer son instinct maternel, à défaut de le faire avec son propre enfant. Elle réalisait aussi que toutes les attentions qu'elle avait envers elle provenaient de la même impulsion. Foncièrement gentilles, foncièrement attentionnées mais trahissant un grand besoin de pouvoir reporter son amour sur quelqu'un. Elle avait le cœur si grand, si plein que même Sirius, toujours en demande d'attention, ne suffisait pas à le vider. Lily détourna les yeux, soudain gênée de regarder Sirius. Le chemin du retour se fit paisiblement. Sirius répondait de temps en temps à son téléphone, Lily cuvait à nouveau sa gueule de bois et James somnolait à l'arrière. Cependant, quand ils arrivèrent en ville, Sirius annonça qu'il allait les déposer, qu'il ne pouvait pas déjeuner avec eux car il était déjà à la bourre pour un rendez-vous important. Ils arrivaient alors devant l'immeuble que partageaient Lily et James.
« A peine arrivé, tu m'abandonnes déjà ? Tu m'aimes plus, c'est ça ?
- Papa doit aller travailler si tu veux continuer à jouer avec tes jouets très chers » expliqua Sirius en tirant le frein à main après avoir actionné les feux de détresse. Ils étaient garés en double file mais Sirius ne fît que peu de cas des coups de klaxon qu'il reçut pour son acte incivil. « Tiens » fît-il en tendant à James deux billets de cinquante gallions à James après les avoir pêché dans son portefeuille. « Allez manger un truc sans moi, je passe vous récupérer quand je sors de mon entretien ».
James prit les billets comme s'il était tout à fait normal que son meilleur ami lui tende cent balles. Lily fronça les sourcils. Il lui semblait qu'un tas de choses s'étaient décidées sans elle. Des choses qui lui plaisaient sur le fond (déjeuner en tête à tête avec James, passer l'après-midi avec lui, passer la soirée avec lui, Sirius et Ren…) mais la forme, que l'on décide sans elle, la contrariait.
« J'ai pas mon mot à dire ? » s'enquit-elle, malgré tout, pour la forme.
Le regard que lui décocha Sirius lui fît comprendre que non. Elle soupira en se détachant tandis que James attrapait son gros sac couleur kaki posé à côté de lui sur la banquette.
« Bouge, je suis déjà à la bourre » ordonna Sirius en s'impatientant alors qu'ils sortaient de la voiture.
« Ca va, ça va » temporisa James. « A plus » lança-t-il alors qu'il claquait la porte. Il n'eut pas le temps de s'écarter que la berline démarrait en trombe.
« Il est bien mal luné aujourd'hui, non ? » demanda-t-il à personne en particulier.
Lily haussa les épaules. Sirius était préoccupé. Par son boulot, par Ren et la « dépression » alcoolisée qu'elle avait fait hier, par James, aussi, sûrement et son « on a dû évacuer en urgence ». Comme il avait réponse à tout, ne pas trouver de solutions à ces problèmes-là devait le miner. Elle changea de sujet.
« On mange ensemble ?
- Grave » répondit James.
« Tu veux aller où ? »
Elle regarda autour d'elle, à la recherche de l'inspiration. Leur quartier n'était pas exactement the place to be pour trouver de quoi se nourrir. Pas de restaurant, pas de supermarché dans un périmètre proche. Juste des snacks à l'hygiène douteuse.
« On commande ?
- Bonne idée, je rêve de m'écrouler dans un canapé.
- J'ai besoin d'un café.
- C'est bon de voir que certaines choses ne changent pas » répondit-il en lui dédiant un sourire éblouissant.« On squatte chez toi ? Ou on peut prendre un taxi pour aller jusqu'à chez Ren et Sirius, si tu préfères…
- On peut aller chez moi, si ça te va. Ren n'a pas donné signe de vie, elle doit encore pioncer.
- Oh ? Elle est malade ?
- En quelque sorte. »
Sans rentrer dans les détails, Lily expliqua les grandes lignes de leur soirée entre filles de la veille - elle parla surtout des verres de mojitos qui ne cessaient de se remplir, comme s'ils étaient étaient un tonneau des Danaïdes - alors qu'ils montaient les escaliers. Elle observait en même temps le visage ravi de James. Il était heureux de rentrer chez lui, de retrouver la cage d'escalier odeur pipi-de-chat, la lumière absente du premier pallier.
Elle s'interrogea une fois de plus sur son quotidien au travail pour qu'il se réjouisse de retrouver cette crasse. Lorsqu'ils arrivèrent à leur étage, James lâcha spontanément son sac devant sa porte avant de se souvenir qu'il n'avait pas les clefs de chez lui. Il donna donc un coup de pied dans la pauvre valise innocente pour la pousser du côté de la porte de Lily. Celle-ci sortit les clefs, déverrouilla sa porte et s'écarta pour laisser entrer James. Qui ne se fît pas prier.
Quand ils entrèrent, James ne put que constater les améliorations qu'avaient effectué Lily. Les tapis étaient neufs et de couleur vive, pour égayer la pièce. La table et les chaises branlantes avaient été changées pour mieux, pour stable. Les rideaux aussi avaient fait peau neuve. Il y avait encore le même vieux canapé mais il était rendu complètement invisible par les plaids et les coussins. Lily avait consacré, tous les mois qui venaient de s'écouler, une bonne partie de son salaire à rendre son appartement confortable. A en faire « une maison », cet endroit où elle avait envie de rentrer après une longue journée de boulot.
« Eh beh » s'exclama James, impressionné, « t'as pas chômé !
- Merci ! Je trouve ça bien moins miteux maintenant.
- Tu peux le dire.
- Hé ! » s'insurgea-t-elle.
Elle avait le droit de dire que son appartement était moisi, pas les autres. Pour toute riposte, il éclata de rire et Lily décida d'en faire autant. Cela lui permit de réfréner l'envie subite qui avait surgi en elle d'aller le prendre dans ses bras et de se coller contre lui. Ce n'était pas forcément la réaction adaptée à la situation.
« Tu veux manger quoi alors ?
- Peu importe, tant que ça vient jusqu'ici, je suis crevé.
- Ça ne répond pas tout à fait à ma question ça…
- Sushi, pizza, entrecôte bleue avec des haricots verts, crêpes, ce que tu veux » énuméra James en se laissant tomber dans le canapé. Sous son poids, les coussins se plièrent vers lui, donnant l'impression qu'ils voulaient l'engloutir. Il soupira d'aise.
« Va pour sushis, ça fait longtemps que j'en ai pas mangé ».
Le fait est que cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas fait d'heures supplémentaires et, d'ailleurs, son salaire s'en faisait sentir. Mais même Sirius avait un peu moins de boulot. Il ne semblait pas s'inquiéter de cette baisse de charge alors Lily avait décidé d'en faire autant. Pour le moment du moins. Sans demandé son avis à James, elle fit réchauffer de tasses de café et elle les posa sur la table basse avant de se saisir de son ordinateur et de s'installer - avec plus de délicatesse - aux côtés de James.
« Ah génial, merci… » murmura-t-il en se saisissant du mug et en le reniflant.
Ils commandèrent leurs makis sur internet et, tout en finalisant la commanda, James indiqua que c'était lui qui régalait. Enfin… c'était plutôt Sirius qui régalait, avec l'argent qu'il avait donné à James. P'pa s'occupe de tout. Ils discutèrent de la pluie et du beau temps, en attendant que leur déjeuner sonne à la porte. Ils reprirent une tasse de café. Lily n'avait plus la gueule de bois mais elle avait toujours mal au ventre. L'overcaféinisation ou la joie de retrouver James ? Elle n'aurait pu en déterminer la raison.
Quand le livreur l'appela à l'interphone, elle indiqua à James de rester vautré dans le canapé tel une loutre enragée et qu'elle partait à la chasse aux sushis. James lui tendit un billet de cinquante gallions. Elle dévala les escaliers, les talons de ses boots noirs claquant bruyamment sur le carrelage gris et sale. Une fois la commande récupérée, elle remonta à toute allure. Mais c'était trop tard. Son périple avait duré trois minutes, à tout casser, et pourtant James s'était endormi, en position assise, sa tasse encore dans la main. Lily eut un sourire attendri en posant le sac apporté par le livreur sur sa toute nouvelle table abordant déjà une jolie trace bien nette de couteau. Merci Remus d'avoir pris la peine de couper le saucisson sans planche à dé , délicatement, elle retira le mug des mains de James, pour éviter qu'il ne tombe sur son tapis vert clair mais aussi pour ne pas le réveiller. Elle estimait qu'il avait bien le droit à une petite sieste. Elle jeta sur lui le plus doux de ses plaids et s'éloigna sans bruit pour quitter ses chaussures, se laver les mains et se mettre à table.
Étrangement, son mal de ventre ne lui avait pas coupé l'appétit. Bien au contraire, elle mourait de faim…
oOo
Lily profite d'être chez elle en pleine journée pour trier ses papiers. Tous les jours, elle ouvrait sa boîte aux lettres, récupérait son courrier, arrachait l'enveloppe, lisait le papier en montant l'escalier et, une fois arrivée chez elle, le posait sur une étagère de la bibliothèque. Sans le ranger évidemment, si bien qu'elle perdait un temps fou quand il fallait retrouver un document en particulier. Alors il y a quelques semaines, elle avait récupéré des fournitures de bureau au cabinet, dans l'intention bien marquée de mettre un peu d'ordre dans ce fatras mais… elle n'avait jamais trouvé le temps. Quand elle rentrait du boulot, elle n'avait généralement qu'une envie : prendre une douche (chaude de préférence) et se rouler en boule sur le canapé pour regarder une série. Elle qui lisait tant par le passé n'en trouvait plus vraiment le courage aujourd'hui. Elle passait quotidienne huit à dix heures à lire des documents en tout genre, ses yeux ne voulaient pas recommencer en rentrant. Lily trouvait cet état de fait terrible, elle qui avait tant lu, qui avait trouvé refuge dans les bouquins, mais c'était comme ça.
Alors Lily tria ses papiers. Elle s'assit avec la pile de documents sur le tapis et commença à faire des tas. Electricité, eau, impôts, téléphone… Ensuite, elle les classa par ordre chronologique. Travail fastidieux et chronophage, mais, musique sur les oreilles, cela lui permit de ne pas trop réfléchir. Les tâches mécaniques, à l'instar de la vaisselle et du ménage, avaient toujours eu le don de lui vider la tête. Pour Lily qui pensait toujours trop, ce répit était le bienvenu.
Quand elle eut fini, il était quinze heures passées. Autant dire que ce rangement n'était pas du luxe. Satisfaite, elle prit dans ses mains ses tous nouveaux dossiers de grande personne responsable et se releva. Bon d'accord mais où allait-t-elle entreposer tout cela ? Elle considéra sa bibliothèque, avisa un petit espace d'une vingtaine de centimètres dans le bas et l'envisagea. Mais est-ce que ce n'était pas un péché que de mettre ses papiers administratifs dans une bibliothèque ? Après tout, c'était sacrée, une bibliothèque. Elle considéra le reste de son appartement. Elle avait également acheté un meuble de rangement au cours de sa folie d'embellissement de son appartement, couleur bois, mais il avait vite servi de buffet. Désormais, il contenait bien trop de tasses, d'assiettes et de verres pour lui attribuer une autre fonction.
Mmmh. Et puis l'idée lui vint. Les bras chargés, elle ouvrit la porte de sa chambre, son téléphone glissant dans un sens ou dans l'autre sur la pile de dossiers qu'elle tenait contre elle et elle posa le tout « délicatement » - disons qu'elle aurait préféré tout poser délicatement mais que ça lui échappa des mains et que la pile atterrit dans sa table de nuit avec un « bong » assez bruyant. Finalement, le petit meuble qui servait de chevet, du côté du lit où elle ne dormait pas ferait parfaitement l'affaire. Que d'aventures et de réflexion pour ranger trois (d'accord, trente) papiers.
Et tiens, d'ailleurs, maintenant qu'elle voyait l'état de sa chambre, cela ne serait pas du luxe non plus.
Lily était plutôt quelqu'un d'ordonné. Mais c'est vrai que la chambre apparaissait vite en bazar. Il suffisait que le coussin décoratif qui devait reposer normalement sur le lit soit par terre, que le pyjama qu'elle avait quitté le matin même soit par terre et que toute une pile de vêtements, qui étaient initialement dans l'armoire, mais qui avait dégringolé quand elle fouillait pour trouver une paire de collant le matin même, soit également par terre pour donner l'impression qu'un foutoir monstre régnait dans la pièce. Pas qu'une impression, si on voulait être honnête. Elle refit donc le lit (ce qu'elle ne faisait jamais, préférant avoir sa couette en boule pour mieux s'y enrouler le soir venu), remit les fringues dans le placard. Elle s'occupa ensuite de la salle de bains, ramassa les cheveux dans le siphon de la douche à grand renfort de petits couinements dégoutés, mis les bouteilles de shampoing vides qui traînaient depuis une éternité dans le bac de douche à la poubelle. Cet élan de motivation n'avait évidemment rien à voir avec le jeune homme qui dormait sur le canapé dans la pièce à côté. E - VI - DE - MENT. Une heureuse coïncidence tout au plus. Ce n'était évidemment pas avec un appartement bien rangé qu'elle allait l'impressionner, évidemment que non.
N'avait-elle rien d'autre dans son vocabulaire que le mot « évidemment » ?
Épuisée par sa propre bêtise, elle revint dans le salon/salle à manger/cuisine/bureau pour prendre un café. Pendant qu'il tournait paisiblement dans le micro-onde, elle se rapprocha à pas de loup du canapé. James dormait profondément. Elle étudia son visage et ses cheveux toujours en bataille. Rien n'avait changé si ce n'est des cernes un peu plus marquées et un bronzage un peu plus visible. Etait-il au soleil ? Elle aurait aimé deviner ce qu'il se tramait devant ses yeux. Cependant, James prenait tant de précautions pour préserver son secret qu'elle ne voulait pas creuser et essayer de découvrir par elle-même de quoi il s'agissait. Il ne voulait pas lui dire, n'avait pas suffisamment confiance en elle pour lui confier ? Hé, tant pis. Le « ding » du micro-onde la sortit de la spirale dans laquelle elle était en train de s'engouffrer.
Elle récupéra sa tasse à café et son paquet de cigarettes qui trainait au fond de son sac. La fenêtre qu'elle venait d'ouvrir pour fumer au grand air (de la ville) laissait entrer une brise à l'odeur de printemps, un peu humide. Elle inspira un grand coup avant d'allumer sa clope. Si James ne la considérait pas comme son amie, que pouvait-elle bien y faire ? Elle ne pouvait pas lutter. Le pire dans cette histoire, c'est qu'elle se sentait tellement plus sereine quand il était là, ne serait-ce que dans la même pièce, que cela lui faisait mal au coeur que ce ne soit pas le cas en retour. C'était du gâchis, voilà tout. Malgré le mystère qui l'entourait et qu'elle se promit de percer bientôt - ah ben, non, je suis bête, j'ai dit que je laissais le soin à James de me le dire si l'envie l'en prenait - elle avait l'intuition que ça pourrait le faire pour eux. Bon, bon, bon, reprenons-nous en main.
Lily sentait son humeur glisser sur une pente descendante, tout droit vers la morosité et le cafard, et il ne fallait pas se laisser enfermée là-dedans. Après, elle était plus bonne à rien pour le reste de la journée. A la place, elle referma la fenêtre et récupéra son ordinateur. Elle s'installa à la table à manger. Elle ouvrit sa boîte mails, se désabonna de plusieurs newsletters auxquelles elle n'avait jamais demandé son inscription, rangea les fichiers téléchargés dans les bons dossiers, vida ses historiques de navigation… Clairement, elle s'ennuyait. Elle jeta un coup d'œil au canapé. Elle aurait adoré avoir le courage de réveiller James en s'allongea sur lui, en lui faisant un câlin. Mais elle n'osait pas. Déjà parce qu'il était bien trop épuisé pour qu'elle puisse songer sérieusement à le sortir de son sommeil mais aussi car elle avait bien trop peur qu'il la repousse. Bien que son comportement à l'aéroport laisse entendre le contraire. D'accord… sous-entendre.
Avec un geste brusque, elle se saisit de son téléphone. « Je m'ennuie » envoya-t-elle à Sirius. Elle n'attendait pas de réponse dans l'immédiat. Il s'agit là plus d'une introduction. Cependant, son téléphone vibra dans les minutes qui suivirent. « Fini, les galipettes ? ». Lily leva les yeux au ciel avant de se tourner vers le canapé dont elle ne voyait que le dossier. Aucun geste n'avait été une invitation aux galipettes. A part peut-être ce salut à l'aéroport mais plus le temps passait, plus Lily pensait qu'elle avait exagéré ce bonjour-câlin. Cela avait probablement été qu'une accolade de salutations et pas le salut plus intime qu'elle imaginait. « Y a pas eu de galipettes… ». « C'est pour ça que tu t'ennuies. Fais des galipettes ». « Tu veux bien arrêter avec ce mot ?! ». La réponse ne tarda pas : « galipettes, galipettes, galipettes ! ». Lily eut un petit rire.
Elle reposa son téléphone et continua de surfer sur internet, comme on aurait dit il y a dix ans, en se disant que si James n'était pas réveillé à dix-sept heures, elle s'en chargerait elle-même, car, dans le cas contraire, il ne dormirait pas ce soir. Rassérénée par ce plan, elle ouvrit youtube et cliqua sur la première vidéo de chaton mignon qui croisa sa souris.
oOo
Lily n'eut pas à mettre sa menace à exécution : à seize heures trente, quelqu'un frappa à sa porte dans l'intention manifeste de la faire exploser sous ses coups. Sirius, à n'en pas douter. Elle se précipita pour ouvrir. Elle n'eut que le temps de défaire le verrou que déjà, Sirius pénétra dans l'appartement comme s'il était chez lui, un sac de courses plein à craquer au bout du bras. Il ébouriffa les cheveux de Lily en guise de salutations et lui demanda :
« Il est où, James ?
- Il dort… »
Sur le palier, se tenait une Renata au teint vaguement verdâtre qui salua Lily alors que celle-ci l'invitait à entrer. Ren avait un peu plus le sens des convenances que Sirius. La presque Madame Black se faufila chez Lily et alla droit vers le frigo qu'elle entreprit de remplir avec le sac de courses qu'elle avait amené. Lily ne s'en formalisa pas. Ils étaient ici chez eux, comme elle était chez elle chez eux. Qu'ils amènent du ravitaillement n'était pas surprenant. Mais en voyant Ren essayer de caser dans le tout petit frigo de Lily un pack de bières, deux bouteilles de vin et une de champagne, Lily se dit que demain matin serait probablement pire que ce matin.
Une soirée improvisée se dessinait discrètement. Aussi discrètement que possible quand Sirius est dans les parages. Ce dernier ne prenait pas la peine de chuchoter, sans se soucier du repos de son meilleur ami.
« J'ai décidé d'abréger ma journée également.
- C'est toi qui m'as dit de prendre mon après-midi » rappela Lily, piquée au vif de se faire accuser de flemmardise. Ou pire, de gueule-de-boisise au bureau.
« Non, non, non. »
Lily le laissa délirer tout seul. Visiblement, il était en forme, reboosté par le retour de James. Qui dormait toujours malgré les cris de Sirius, le bruit des bouteilles qui s'entrechoquent, celui de la boîte de conserve qui échappa aux mains de Renata et qui s'écrasa dans la vaisselle qui séchait sur le bord de l'évier et brisa une assiette.
« Oops » fût la réaction de Ren. « Pardon Lily.
- C'est pas grave, ça arrive » fît remarquer celle-ci en s'approchant de l'évier pour commencer à ramasser les morceaux.
« De toute façon, elles étaient moches tes assiettes » renchérit Sirius qui s'était assis sur une chaise, sans faire mine de venir aider.
« Qu'est-ce que tu leur reproches à mes assiettes ?
- D'être moches. »
Lily ne put que rire.
Ses assiettes n'étaient pas moches. Elles étaient blanches, tout ce qu'il y a de plus basiques. Mais Sirius avait décidé de sortir le grand jeu, elle ne pouvait pas lutter (elle l'avait appris à ses dépens). Ren et elle ramassèrent tant bien que mal tous les bris. Quand ce fût fait, que tout ce qui devait aller au frais fût au frais, Renata se précipita vers le canapé, s'allongea sur le dossier et se laissa tout simplement rouler pour tomber comme une masse sur James, qui étouffa un cri de surprise (et peut-être, aussi, un peu de douleur). Quand il comprit ce qu'il venait de se passer, il éclata de rire et se dégagea de la couverture pour prendre Ren dans ses bras. Ils parlaient tous les deux en même temps, dans une cacophonie infinie, chacun se taisant au même moment pour laisser la parole à l'autre et reprenant en même temps après avoir constaté que l'autre n'ouvrait plus la bouche. Quand Sirius demanda à la cantonade « qui veut bière ? », Ren se redressa. Du point de vue de Lily, elle semblait être à califourchon sur James, qui avait posé ses mains sur ses hanches, tous les deux dans une position des plus suggestives. Lily eut un pincement au cœur, bien qu'elle sache pertinemment que rien ne s'était jamais et ne se passerait jamais entre les deux. Elle était juste un peu jalouse que Ren ait le droit à ce genre d'attention alors qu'elle, non. Elle secoua la tête et répondit par l'affirmative à Sirius, qui attendait toujours la réponse, en fixant sa femme dans sa position toujours tendancieuse.
« Moi » finit par dire Ren avec un sourire qui faisait trois fois le tour de sa tête.
« Moi aussi » répondit James après s'être redressé sur les coudes, les cheveux plus en bataille que jamais et une jolie trace d'oreiller sur la joue, que Ren ne manqua pas de suivre du bout du doigt.
Lily rouvrit la fenêtre pour s'allumer une clope. L'arrivée des deux zoives avait réchauffé l'atmosphère. Et l'attitude de Ren lui donnait envie de grincer des dents. Elle prit la bière que Sirius lui tendit, cala sa clope encore éteinte entre ses lèvres, ouvrit la canette avec son briquet (geste qu'elle avait eu des difficultés à maîtriser mais qui était devenu tout à fait mécanique aujourd'hui), alluma sa cigarette et exhala la fumée odorante par la fenêtre. Elle n'était pas jalouse de Renata. Pas dans ce sens-là, en tout cas. Elle-même s'était retrouvée plusieurs fois dans ce genre de position avec Sirius (des bagarres qui avaient dégénéré), elle était juste envieuse du droit qu'avait Ren de pouvoir adopter ce genre de comportement avec James. Elle retint un grognement.
Renata était en train de demander à James comment il allait, s'il avait toujours dix doigts, dix orteils, trente-deux dents.
« T'as pas un peu plus de cheveux blancs ? » lui demanda-t-elle en se penchant de manière exagérée vers James pour étudier ses tempes.
« Allez, file. Ouste. » fit-il en la bousculant comme si elle ne pesait rien pour se dégager du canapé et se remettre debout.
Renata éclata de rire et se releva également. Elle replia le plaid, remit les coussins en place et s'installa sur la chaise en face de laquelle sa bière l'attendait.
« J'ai faim » dit James.
« Y a les sushis que tu n'as pas mangé à midi dans le frigo si tu veux. » indiqua Lily en se tournant vers lui.
« J'ai besoin d'un café aussi.
- Sers-toi. »
Tandis qu'elle le regardait se préparait son « goûter », elle ne pût que remarquer ses gestes précis, nets. Militaires. Sa posture aussi, droite, les épaules bien en arrière. Quand il vint s'installer en face de Sirius, entre Ren et Lily, Sirius étudia son repas.
« Bière, café, sushis ? Tu me dégoutes, mec !
- Tu sais pas ce qui est bon.
- Il est pas un peu tôt pour attaquer l'apéro ? » demanda Lily en consultant son téléphone. Il indiquait dix-sept heures trois.
« L'happy hour a commencé il y a trois minutes » objecta Sirius, « et puis, on a des circonstances particulières… Et si on mettait de la musique ? »
Ils reprirent les conversations là où ils les avaient laissées, racontèrent les derniers ragots dans les détails, pour que James puisse rattraper son retard de trois mois dans leurs vies. Des que les verres étaient vides, quelqu'un proposait de les remplir. Il était à peine dix-neuf heures quand Lily se demanda si elle ne commençait pas être quelque peu éméchée. En règle générale, quand tu te poses la question, c'est qu'il est déjà trop tard, mais passons. Renata, guère plus fraîche que Lily suite à la cuite monumentale de la veille, se leva pour aller préparer à manger. Lily la suivit, laissant les garçons entre eux. Renata se baissa pour regarder dans le frigo qui débordait littéralement.
« C'est pour quoi d'ailleurs, toutes ces courses ? » demanda Lily alors que Ren essayait de libérer un paquet de lardons sans tout dévider.
« Pour James. Trois mois qu'il est parti, il doit plus rien avoir à manger.
- T'es vraiment une maman pour ce type » sourit Lily en cassant trois œufs dans un bol. Elle cessa tout mouvement quand elle réalisa ce qu'elle venait de dire.
« Oh pardon, Ren. Je voulais pas mettre les pieds dans le plat…
- T'en fais pas Lily, tu m'as fait ce genre de commentaires un milliard de fois, ça ne m'a jamais blessée. Sirius m'a fait un compte-rendu de ce que j'avais pu te dire hier soir… » Renata avait baissé la voix et s'était rapprochée de Lily qui battait furieusement ses oeufs en omelette. « C'est pas plus mal que tu saches. Mais s'il te plaît, n'en parle pas et ne change rien.
- Bien sûr que non ! » objecta vigoureusement Lily. « Evidement que je ne dirais rien.
- T'es dans la confidence maintenant. Tu seras donc la première à savoir quand y aura un polichinelle dans le tiroir.
- Quelle formulation élégante… »
Elles préparèrent deux quiches lorraines et des tartinades en parlant de tout autre chose. Quand le premier plat fût dans le minuscule four de Lily, elles revinrent s'asseoir. Renata était en train de boire une gorgée de bière quand elle agita la main de droite à gauche, signe quasi international qu'elle avait une chose à dire mais la bouche occupée et qu'il lui fallait l'attention de la tablée.
« Vous ne devinerez jamais qui on a croisé hier soir au bar ?
- Ah tiens, j'avais presque oublié » commenta Lily en se laissant aller contre le dossier de sa chaise.
« Qui ? » demanda James.
« Mais devine !
- Ch'ais pas, le pape ?
- T'es naze. Severus Snape !
- Oh » fit Sirius.
James, de manière visible, se raidit. Lily se dit qu'elle allait apprendre du nouveau potin.
« Qu'est-ce qu'il voulait ? » demanda Sirius.
« Ben rien, il prenait un verre avec ses copains, il a reconnu Lily, il est venu dire bonjour. Il a eu un peu de mal à me remettre…
- Tu le connais, ce type ? » demanda James en se tournant vers Lily. Son regard avait changé. De chaleureux et un peu instable sous l'effet de l'alcool, il était devenu distant et froid.
« C'était mon voisin. Il habitait à côté de chez mes parents. Je l'ai quasiment toujours connu…
- Mmmh » fût la seule réponse de James. Lily fronça les sourcils.
« Dans tous les cas » poursuivit Renata, « je lui ai dit que la prochaine fois qu'on faisait une soirée, je lui proposerai de passer.
- Non. » Objection sans appel de James.
« Quoi non ?
- On ne peut pas fréquenter ce type.
- Et pourquoi pas ?
- Parce que.
- Parce que quoi ?
- Parce que, c'est tout. »
Renata et James se jaugèrent du regard pendant quelques secondes. Puis un éclair de compréhension passa dans les yeux de Ren et elle laissa tomber.
« Oh, bon d'accord. Mais tu promets que c'est justifié ?
- Oui. »
Et l'affaire fût close.
James se détendit visiblement et Renata embraya sur autre chose. Sirius n'avait pas ouvert la bouche et Renata avait abandonné facilement. James n'avait pas donné d'explications. Tout pointait du droit le secret mystérieux de James qui rendait folle Lily, malgré ses belles promesses de ne pas se poser la question. Elle se pencha vers la table, interrompant Renata qui pérorait sur les aventures amoureuses d'Alice.
« Je peux savoir ? »
Sa question jeta un léger froid.
« Savoir quoi ? » demanda James calmement en plantant ses yeux dans ceux de Lily. Elle fût légèrement déstabilisée par la détermination qui emplissait ses pupilles.
« Pourquoi je ne pourrais pas prendre un verre avec mon ancien voisin ! »
James se frotta les paupières pour gagner du temps, cherchant visiblement comment donner une explication satisfaisante à une Lily qui ne se contenterait pas d'un discours langue-de-bois.
« Il n'est pas… recommandable » commença James prudemment.
« A quel égard ?
- Lily, s'il te plait, lâche l'affaire.
- Non mais c'est vrai quoi. Je pense que ça a un rapport avec ton boulot mais comment pourrais-je en être sûre puisque tu m'as jamais rien expliqué ! T'es un espion ou quoi ? »
James ne répondit tout simplement pas, baladant les yeux dans toutes la pièces, avec un sourire mutin. Puis, il lui lança un clin d'œil avant de se pencher pour récupérer sa bière.
Dans le même mouvement, à l'insu de tous, il pose sa main sur le genou bien caché sous la table de Lily. Qui fronça les sourcils. Il tentait de la prendre pour un lapin de trois semaines là, non ? Non ? Elle ne parvenait pas à déterminer si c'était du lard ou du cochon. Oh et puis ces doigts qu'elle pouvait sentir à travers son collant et qui la distrayait. Elle était sûre que c'était calculé. C'était rusé. Attaque cent pour cent efficace sur Lily le chiot.
« Oh et puis j'abandonne » finit-elle par dire en se laissant aller contre le dossier de sa chaise. Elle vida le fond de sa canette en deux gorgées.
« Sage petite » approuva Sirius, qui ouvrait la bouche depuis un bon moment.
« Toi, tais-toi et va me chercher une bière. »
C'est surtout qu'elle ne voulait pas bouger parce que James avait toujours sa main sur elle. Et ça, mes amis, ça suffisait à bloquer son cerveau sur ce qu'elle venait de découvrir. Car elle était sûre d'avoir mis le doigt sur la vérité. Et c'était quand même un peu flippant.
oOo
Quand Renata et Sirius s'en allèrent, la nuit était déjà bien avancée. Sirius ne retint aucun de ses sous-entendus licencieux voire même ses remarques grivoises sur ce qu'allaient faire James et Lily une fois seule. A chaque fois, Lily levait les yeux au ciel, comme si elle avait aucun intérêt pour le programme que leur concoctait Sirius. Il était bien ivre. Sa langue était pâteuse et il avait du mal à former ses mots. C'était assez drôle à voir. Chacun son tour après tout. Lily finit par les laisser partir après avoir arraché la promesse à Renata qu'elle n'avait pas assez bu pour être positive à un test d'alcoolémie si elle devait en passer un. Quand elle lui assura qu'elle n'avait bu que quatre verres depuis qu'ils étaient arrivés, Lily n'avait pu s'empêcher de balader son regard sur le comptoir de la cuisine, recouvert de cadavres de bouteille. Ne buvaient-ils pas un peu trop malgré tout ?
Renata et Sirius étant partis, ne restait que James dans l'appartement de Lily. Il avait récupéré ses clefs et son portable, il pouvait tout à fait rentrer chez lui. Pour autant, il ne donnait pas l'impression d'en avoir envie, cherchant des prétextes pour s'attarder chez Lily. Avec Lily ..? Tous les espoirs étaient permis.
James faisait la vaisselle pendant que Lily l'essuyait. Lights On se faisait entendre en sourdine. Ils ne parlèrent pas jusqu'à ce que James ouvre la bouche :
« Ça va comme tu veux, Lily ?
- Oui, pourquoi ?
- Tu as été pensive toute la soirée… Tout va bien ? »
Lily ne répondit pas, le regardant nettoyer méticuleusement les fourchettes au fond de l'évier plein d'eau. Est-ce que tout allait bien ? Oui, évidemment. Non, pas du tout. Peut-être. Joker. Repose la question demain. Que répondre ? Elle était heureuse, si c'était la question. Elle se sentait enfin à sa place quelque part. Mais elle n'était toutefois pas capable d'écrire un livre sur le bonheur. C'était quoi, la question déjà ?
Histoire de ne pas gâcher la soirée, elle éclata de rire en répondant que oui, ça pouvait aller. Elle ne prenait pas trop de risques avec une formule comme celle-ci. James venait de finir de laver tout ce qui avait besoin de l'être et Lily était en train de ranger la dernière assiette dans le placard juste au dessus de leur tête.
« Je peux te piquer une clope ?
- Bien sûr, prends, elles sont à côté de la fenêtre. »
Immédiatement après, elle le rejoint pour l'accompagner. Constatant que la brise ramenait systématiquement la fumée vers l'intérieur de l'appartement, Lily tendit sa cigarette à James pour qu'il la lui tienne et se glissa vers la table basse pour allumer une bougie odorante sur le plateau qui trônait. Elle revint à la fenêtre en souriant à James. Il lui rendit sa clope sans un mot. Le silence n'était pas gênant. Toujours un peu embarrassant, pour Lily, surtout en présence de James. Mais pas gênant.
« Tu sais, si je t'ai demandé ça, tout à l'heure, c'était pas pour te mettre mal à l'aise.
- Oui, je sais, ne t'inquiète pas.
- Non mais si, je m'inquiète. Parce que je me disais… Si t'étais triste, peut-être que je pourrais rester dormir avec toi… »
Le sourire espiègle qu'il essayait de retenir acheva de convaincre Lily, qu'effectivement, elle avait un peu le moral dans les chaussettes et qu'un peu de compagnie ne lui ferait que du bien.
« Je pense que tu as raison, c'est plus sage. »
Et puis, après tout, s'il voulait se chercher des excuses pour rester en présence de Lily, cela n'avait guère d'importance. Le résultat était le même. Quand James se pencha au dessus du pot de confiture plein à craquer pour éteindre sa cigarette, Lily ne pût s'empêcher de lâcher un petit sourire de triomphe. Elle faillit presque faire une petite danse de la victoire. Lorsqu'il releva la tête, Lily lui adressa un sourire éblouissant avant de se plaquer la main sur la bouche et d'essayer de se recomposer un visage de circonstance :
« Ah non, merde, pardon, c'est vrai. Je suis triste. »
James éclata de rire et la prit dans ses bras pour enfouir son nez dans ses cheveux. Pour une fois, elle lâcha sans scrupule son mégot de cigarette par la fenêtre et referma les siens autour de lui. Et dans l'étreinte de James, son cerveau se mit en pause. Et ça, c'était probablement ce qu'elle préférait chez lui.
C'est pas que j'ai honte, non. C'est justifiable. Explicable à tout le moins (je bosse (enfin !) et je bosse plus de 45 heures par semaine, j'ai pas mal de trajet et je me lève tôt, et je me couche tôt, et je vois les copains, et je fais du sport et bla bla bla...). C'est plus que je suis gênée.
Et que je vous présente toutes mes excuses les plus sincères pour ce délai improbable de quasiment deux ans (depuis que j'habite dans cette niche, je n'ai rien posté).
Comme quoi, les miracles de Noël existent...
C'est pas faute d'avoir eu vos encouragements, malgré la date de la dernière publication. Et - Ô merci ! - c'est grâce à vous : Calladan, Aywen, Looklikeagrffdr, Seestuna évidement et pour ne citer que ces téméraires qui m'ont laissé une review malgré tout.
Sérieusement, merci ! Mais merci à vous tous, parce que ça réchauffe mon petit coeur en ces froids moments d'automne.
J'espère que ce chapitre vous a plu. Il aura été difficile à écrire et je me suis longuement posée la question de savoir si je devais le poster. Mais l'histoire le veut.
Tout l'amour du monde sur vous en cette fin d'année et j'espère que lorsque l'heure de l'inventaire sera venue, vous sourirez (oui, j'ai osé, et même que j'ai pas honte).
Amour pour toujours, mes petites loutres célestes.
