PROLOGUE: Le cauchemar.
Des flammes .. des cris ... des larmes .. l'odeur du souffre souillant le salon ... La douleur de sa blessure au niveau de sa tête n'était rien en comparaison avec la douleur qu'elle éprouvait en voyant sa famille se faire torturer, brûler, tuer devant ses yeux.
Cachée derrière un rideau épais, la jeune fille ne tremblait pas. Ou en tout cas pas de peur ...
Depuis sa plus tendre enfance, on l'avait préparée à ce genre de situation. Bien sûr, tous les entraînements du monde n'auraient jamais pu la préparer à la douleur qu'elle éprouvait en ce moment mais elle savait ce qu'elle devait faire ..
Elle en avait déjà affronté .. torturé .. tué même! Elle en était très fière et sa famille aussi. Elle chassait, et plutôt bien d'ailleurs; elle sauvait des vies. Alors oui, elle avait du sacrifier bien des choses: son innocence, sa jeunesse, son insouciance mais cela avait servi à quelque chose. C'était en tout cas ce que lui disait son père.
A la pensée de ce dernier, son cœur rata un battement. Bien qu'autoritaire, exigeant, vindicatif et éternellement insatisfait, elle savait que son père avait toujours été dur avec elle dans le but de la protéger. Lui, le premier, aurait voulu arrêter la chasse, arrêter d'avoir peur dans le noir, arrêter d'être sur ses gardes, de soupçonner chaque voisins, amis, collègues .. vivre une vie normale en somme. Mais c'était impossible. Sa famille descendait d'une longue lignée de chasseurs. Son ancêtre, Samuel, était un industriel ayant fait fortune dans l'armement au 19ème siècle et avait permis à sa famille d'amasser une belle fortune et un manoir familial plus qu'imposant, manoir qui était entrain de brûler sous ses yeux. Il avait accompli ce qu'aucun autre chasseur n'avait réussi à faire, c'était une fierté d'être du même sang que lui.
Toute sa vie on le lui avait rabâchée. Le sang qui coulait dans ses veines était précieux, spécial, unique.
Quelle putain de connerie! Elle détestait chaque goutte de ce liquide rouge. C'était à cause de cela que son père venait de se tuer, de s'immoler devant ses yeux et que sa mère était entrain de se faire torturer. Ils la cherchaient elle désormais ...
Retenant difficilement une quinte de toux à cause de la fumée qui se faisait de plus en plus épaisse, elle essaya de chercher un moyen de s'enfuir. Elle le devait. En aucun cas elle ne pouvait se laisser attraper. Ce serait une catastrophe. Pour tous.
La jeune brune leva sa fine main ensanglantée vers le rideau afin de le décaler légèrement sur la gauche. Elle se força à ne pas regarder sa mère, hurlant à plein poumon, et les corps de son cousin et sa tante par terre, sans vie.
La porte était en face d'elle et, devant, se tenaient trois hommes et une femme.
« OU EST TON ENFANT?! »Entendit-elle crier.
Des bruits de coups et une mâchoire qui craque se firent entendre.
Elle voulait absolument l'aider, quitte à mourir mais elle ne pouvait pas: ils étaient trop nombreux .. Et même si elle pouvait les tuer désormais, les tuer définitivement, elle était seule, seule contre un trop grand nombre d'entre eux.
Elle reposa ses yeux sur la porte, tout en priant pour que quelqu'un l'aide. Des bruits de combats fusaient derrière cette dernière, des cris, des hurlements démoniaques. En fin de compte, elle était peut-être plus en sécurité ici, se dit-elle.
« MEGG ! Viens la! Hurla l'homme roux tenant sa mère. »
Elle entendit les pas précipités de la jeune femme blonde. Cependant, elle ne la regarda pas, gardant son regard fixé droit devant elle.
« Oui père ce sera fait ». Elle n'avait pas entendu ce qu'avait dit l'homme à la dénommé Meg, elle s'en fichait pour tout dire, mais elle entendit un cri inhumain et vit une épaisse fumée noire se dirigeant vers la fenêtre brisée derrière elle faisant voler le rideau où elle se cachait.
Se collant contre le vitrail en morceau, des bouts pénétraient sa chaire, lui arrachant une grimace de douleur.
Soudain, elle entendit la porte du salon explosée, des coups de feu et des cris se firent entendre. C'était une chance. Les quelques membres de sa famille qui étaient en vie avaient engagé le combat avec ceux qui se trouvaient dans le salon. Elle tira le rideau et évalua rapidement la situation: elle eut un haut le cœur en voyant sa mère étendue sur le sol, en sang, et vit les trois hommes qui gardaient la porte, en prise avec ses oncles et son cousin.
Elle récupéra un couteau qui était près du petit canapé, ce même canapé dans lequel elle était tranquillement assise il y a encore quelques heures.
Essayant de quitter rapidement la pièce, elle se sentit soulever en arrière par une main épaisse et rude.
Se cognant la tête contre le sol, elle reprit rapidement ses esprits et se releva afin de donner un coup à l'homme devant elle, ce même homme qui avait torturée sa mère et tué des membres de sa famille. Ayant perdu le couteau en cours de route, elle usa de ses différentes connaissances du combat pour mettre à terre l'assaillant devant elle: elle le frappa à la tête, esquiva une attaque de sa part, leva sa jambe vers le thorax de l'homme qui tomba à la renverse. En se relevant, l'homme devant elle, darda ses horribles yeux jaunes vers la jeune fille et eu un rictus cruel tout en léchant le sang qui coulait le long de ses lèvres.
« Alors c'est toi ma jolie! Tu es exquise, susurra t il, On va bien s'amuser ensemble ».
Empêchant toutes les parties de son être d'attaquer ce bâtard, elle s'enfuit vers la porte en morceau afin de se mettre en sécurité.
Des chaises jaillirent de tous les côtés. Putain de prince de l'enfer et leur pouvoir de merde.
Si son père l'entendait jurer comme cela, elle aurait eu le droit à une bonne correction.
Trébuchant à cause des morceaux de portes à ses pieds, une main la souleva. Son oncle, Ben, l'œil en sang la regarda gravement.
« Cours, ne te retourne pas. Elkins, il te cachera! Il est dehors, près de la clairière! Ne reviens plus jamais ici, fais toi oublier, est-ce que c'est clair ? … Analyssa! Est-ce que c'est clair?! »
Hochant la tête, elle ne pipa mot, prit le poignard que son oncle lui tendit et sans se retourner, courût vers la sortie alors que ce dernier se faisait éjecter contre le mur par le démon aux yeux jaunes qui ne la quitta pas des yeux.
Jonchant les corps et les débris, elle se dirigea vers l'escalier en colimaçon. Elle s'arrêta derechef et vit cinq démons devant la porte prêt à se jeter sur elle. Une détonation retentit vers l'arrière de la cour, forçant les démons à se retourner afin de guettant un éventuel danger. Elle espérait que des chasseurs avaient entendu l'appel de détresse de sa famille. Elkins était doué mais il était seul contre ces créatures abominables.
Courant dans les couloirs du vaste manoir, elle espérait pouvoir sortir par le sous sol, souhaitant de tout son cœur que personne ne l'attendait.
« Ma jolie petite fleur, où cours-tu comme ça? »Chantonna le démon en face d'elle, ce démon aux yeux jaunes pâle.
Elle ne savait pas comment il pouvait être devant elle, il ne connaissait pas le manoir. Elle si ... Son cœur battait à tout rompre, le sang pulsait en et hors d'elle. Elle le regarda droit dans les yeux sans lui montrer la peur qui commençait à l'envahir.
Elle n'avait aucun moyen de s'immoler comme son père l'avait fait ...
Ils se regardèrent, droit dans les yeux: verts contre jaunes. Il dardait vers la jeune fille un regard malsain, pervers, démoniaque. Elle, elle jaugeait l'adversaire. Elle savait qu'il était un démon supérieur, qu'il avait donc des pouvoirs que les démons de bas étage n'avaient pas. Elle régula sa respiration: le calme et la maîtrise de soi étaient la clef de tout combat. Tenant l'arme fermement dans sa main, elle attendait que le démon l'attaque. Dos à l'escalier, l'orpheline entendit cependant un démon s'approchait d'elle par derrière. Elle ne quitta pas le Prince de l'Enfer des yeux: il était l'adversaire le plus dangereux actuellement. Au moment où elle sentit, plus intensément, l'odeur de souffre, elle leva la main, main qui tenait le banal couteau de son oncle. Elle l'enfonça dans sa jugulaire et le ressortit à une vitesse étonnante. Le démon s'écroula en avant sans que la jeune brune ne lui accorde aucun un regard, seul un rictus moqueur apparu au coin ses lèvres. Cela sonna le début du combat avec le démon aux yeux jaunes. Il s'approcha d'elle à vive allure, leva son bras prêt à lui donner un coup dévastateur au niveau de la tempe. Elle para le coup et essaya de lui trancher la gorge avec le couteau taché de sang. Le démon recula. De la peur se lisait sur son visage déformé par la colère. Elle se rapprocha de lui alors que le monstre devant elle leva sa main vers elle. Il contracta ses doigts comme pour l'étrangler à distance..
La jeune brune s'est arrêtée, elle comprit qu'il essayait de l'attaquer grâce à ses pouvoirs princiers. Elle réfléchit à vive allure et décida de faire semblant de tomber son sous attaque psychique. Elle savait qu'elle perdra un gros avantage mais c'était ça ou mourir dans la seconde. Elle remercia Dieu intérieurement. Les caractéristiques de son sang n'étaient connues que de quelques personnes. Alors oui, ils savaient qu'il était spécial mais ils ne savaient pas exactement ce que tout cela impliquait.
« Tu es divertissante ma jolie, dit le démon en s'approchant, Il va beaucoup t'aimer »
Arrivé à son niveau, il s'accroupit face à elle et lui caressa la joue, se fichant éperdument de ses égratignures et blessures. Un frisson de dégoût la traversa. Elle bougea très lentement sa main vers les côtes de son agresseur. Faisant toujours semblant d'avoir du mal à respirer, elle planta l'arme blanche au niveau de sa hanche. Il la regarda surprise et cria de douleur. La jeune fille se leva et lui donna un coup de genoux sous la mâchoire de sorte qu'il tombe en arrière. Elle arracha le couteau de la chaire du démon, le regarda froidement et s'apprêta à l'enfoncer dans sa cage thoracique. Avant qu'elle ai pu toucher son cœur, une épaisse fumée noire sortie de la bouche de l'hôte. Il s'écroula alors que la fumée démoniaque se dirigeait vers la fenêtre la plus proche.
Reprenant sa respiration, elle ne baissa cependant pas sa garde. La brunette se dirigea vers le fond du couloir alors qu'elle entendait des démons s'approcher de l'escalier. Elle ne savait pas exactement comment sortir de sa maison. Elle était coincée.
La porte à sa gauche s'ouvrit brutalement. Elle leva son poignard prête à attaquer ces monstres.
« Ana! »
Elle souffla de soulagement lorsqu'elle reconnut sa cousine. Sa sœur de cœur.
« Meredith, Dieu merci, tu n'as rien ». Elle voulait presque pleurer de joie. Sa cousine prit son bras et la fit entrer dans la pièce, pièce qui fut la chambre de feue sa grand-mère paternelle.
Sa cousine avait le même âge qu'elle. Toute sa famille vivait dans le manoir familial. Ils étaient donc très proches mais elle avait une relation particulière avec Meredith. Elles avaient grandi ensemble, s'étaient entraînées ensemble, avaient combattu ensemble et aujourd'hui elles vivaient cette épreuve ensemble. Pendant 14 ans, c'est-à-dire depuis qu'elles étaient nées, elles ne s'étaient pas quittées un seul instant.
Quel soulagement de la savoir en vie.
« Quelques uns ont pu s'échapper? »Demanda Meredith après avoir bloqué la porte avec le bureau en bois de son aïeule.
« Meredith je suis désolée, ta mère et James .. ils .. Ana avait la gorge bloquée par un sanglot. Ma mère et Oncle Ben, ils n'ont pas survécu non plus. Je ne sais pas où sont ton père et ton frère ...»
Une larme coula sur la joue de sa cousine, larme qu'elle essuya très rapidement. Leur famille leur avait apprit à être fortes, réfléchies. Elles avaient un devoir, les sentiments devaient être mis au second plan.
« Ton père a pu s'échapper ? »
« Il s'est immolé » dit Ana d'un ton qui se voulait assuré. Malgré tout, son cœur se serra. Cependant, elle fera son deuil plus tard, si elle en réchappait.
Meredith regarde sa cousine dans les yeux et serra ses poignets.
« C'est en toi maintenant? »
« Oui. J'en ai tué un tout à l'heure ... Il y a un prince de l'Enfer, Meredith. Il est puissant, très puissant. Il me veut »
« Ana, il ne faut pas qu'ils t'attrapent. Nous devons partir, partir loin »
Alors que dans le couloir, des bruits de portes défoncées se faisaient entendre, les deux jeunes filles regardèrent autours d'elle en espérant trouver une échappatoire. Ils se rapprochaient, elles les entendaient. Il fallait vite partir. Seule Ana pouvait les tuer mais sans eau bénite, fer ou sel, elle ne pouvait les combattre seule, ils étaient trop. Elles étaient démunies.
« Ana! Le monte-charge! ! chuchota Meredith, faisant sortir de ses pensées sa cousine. On peut accéder à la buanderie qui se trouve au sous-sol. On aura qu'à sortir par la porte du garage . »
Les deux jeunes filles se dirigèrent vers le monte-charge. Ce dernier était très petit, il servait surtout à faire passer les produits ménagers. Elles se serraient toutes deux alors qu'Ana entendait les démons défoncer les portes une par une. Elle avait tellement de colère, à tel point que ce sentiment pris la place de la tristesse. La colère était, à ce moment là, son carburant. Sa famille décimée, sa maison violée. Elle voulait tous les tuer, les détruire. Elle voulait mourir et emporter le plus de monstres avec elle. Seulement voilà, ils ne la tueraient pas. Ils avaient besoin d'elle vivante. Ils avaient besoin de son sang. En outre, ces monstres n'hésiteraient pas à la torturer pour qu'elle accepte d'être un réceptacle, un hôte pour l'un d'eux. Contrairement aux êtres lambda, son sang faisait qu'elle ne pouvait, si ce n'est en donnant son autorisation, se faire posséder par une quelconque créature.
Sa cousine faisait descendre le monte-charge grâce à la corde. Il traversait de bas en haut la maison, de ce fait elles ne devait faire aucun bruit, sans quoi elles se feraient prendre. Ana regarda sa cousine. De la sueur perlait sur ses tempes. De la douleur se voyait sur son beau visage. La douleur d'avoir perdu sa famille, la douleur de ne pouvoir rien faire. Cette nuit, toute leur vie changea irrémédiablement. Elle continua de la détailler. Toute sa vie, on leur avait dit, rabâchée même, à quel point elles se ressemblaient. Physiquement, elles étaient toutes deux brunes, les cheveux longs ondulés. Elles avaient la même taille élancée pour des jeunes filles de 14 ans. La poitrine de Meredith était un peu plus grosse que la sienne et, là où elle avait des yeux marrons, Ana avait des beaux yeux verts entourés de longs cils épais. Toutes deux étaient très belles. De plus, outre la ressemblance physique, et à force de passer du temps ensemble, elles avaient les mêmes mimiques, les mêmes expressions, les mêmes réactions. C'est pourquoi Ana arrivait aussi bien à déchiffrer le visage de sa sœur de cœur. Les mêmes sentiments la traversaient…
Elles arrivèrent enfin en bas. La buanderie était séparée du garage par une petite porte en bois, rongé par les mites et le temps. Le garage, qui servait autrefois d'enclos, étaient très grand et donnait sur une petite étendue d'arbres qui cachait une clairière. Si elles arrivaient à cet endroit-là, Elkins pourra les secourir, elles pourront s'enfuir.
Après avoir ouvert la porte, Meredith chercha de quoi se protéger dans le cas où elles tomberaient sur des démons. Même si elle n'était pas l'héritière du don contrairement à sa cousine, elle savait se battre, elle connaissait les faiblesses de ces créatures. Elle prit donc une barre de fer, détériorée par la rouille, qui, fût-un temps, avait très sûrement servi à la cheminée.
« Suis moi. Je passe en premier au cas où. Toi, assure nos arrières, chuchota Meredith. »
Elles avancèrent doucement, l'obscurité les entourait. Elles firent attention à ne pas trébucher sur les objets entassés dans la buanderie, évitant ainsi de faire du bruit. Meredith s'avançait vers la porte en bois, pas à pas, son arme de fortune fermement tenue.
Elles s'arrêtèrent en entendant un bruit près de la porte. Ce bruit ressemblait à un gémissement, un gémissement de douleur. Sur leur garde, elles continuèrent de s'approcher, jusqu'à distinguer une masse sur sol.
Meredith reconnu aussitôt la personne mortellement blessée. Son père, Nicolas, avait un morceau de bois enfoncé prés de sa cage thoracique. Du sang sortait de sa bouche en petit jet à chaque fois qu'il respirait. Son poumon était donc touché.
« Mer ... Meredith , Ana ... dit-il très difficilement.
« Papa , sanglota la belle brune»
« Oncle Nik, je suis ... je suis désolée. Il faut te sortir de là! »
Ana déchira un morceau de tissu de sa robe afin d'arrêter le sang qui s'écoulait de sa plaie. Une petite voix au fond d'elle lui murmurait vicieusement qu'il était condamné, mais elle ne pouvait se résoudre à le perdre. Ana avait, en l'espace de quelques heures perdu toute sa famille excepté Meredith et son père. Nicolas était plus que son oncle, c'était ce qui se rapprochait le plus d'un confiant. Il était son parrain, celui qui la soignait lorsqu'elle était blessée, qui la soutenait. Le frère cadet de son père avait toujours été contre leur mode de vie de guerrier, il avait tant perdu dans cette guerre ancestrale contre les forces du mal.
« Non, non, toussa Nicolas, c'est fini pour moi, partez. Ana, prends ça. »
« Papa , sanglota sa fille, Non, tu n'as pas le droit de nous laisser. Papa ... »
Nicolas ouvrit la bouche, comme pour dire une dernière chose aux deux brunes, mais aucun son ne sortit si ce n'est un râle de douleur. Ses yeux se fermèrent alors que sa cage thoracique se soulevait une toute dernière fois.
Ana lâcha une larme alors qu'elle enlevait délicatement sa main de celle son oncle. Elle le contourna et alla prendre sa cousine dans ses bras.
« Meredith, chuchota Ana, il faut y aller. On ne peut pas se laisser prendre »
« Non, non, non! On ne peut pas le laisser, sanglota Meredith »
« Je suis désolée, il faut partir »
Ana avait tellement de peine qu'elle pensait à ce moment-là que jamais elle ne pourra retrouver le sourire. Il ne lui restait que sa cousine et elles n'étaient même pas encore tirées d'affaire.
Meredith se leva. Son regard s'arrête au niveau de la main d'Ana. Trop préoccupée par l'état de son père, elle n'avait pas fait attention à ce qu'il avait donné à Ana. Dans sa main se trouvaient juste de quoi immoler une personne ...
Comme toute sa famille, le père de Meredith savait que l'Héritier ne devait jamais être attrapé. Aucune goutte de sang ne devait être utilisée par une quelconque créature. L'immolation était le seul moyen d'éviter cela. Elle avait perdu toute sa famille, elle ne pouvait survivre à la mort de sa cousine. C'était égoïste mais étant devenue, après la mort de son père et ses grands frères, la deuxième dans l'ordre de succession, elle savait que si sa cousine mourrait, elle hériterait du don, qu'elle voyait plutôt comme une malédiction. Elle devrait vivre une vie de peur et de doute. Elle devrait faire attention toute sa vie, elle devrait fuir. Elle serait traquée comme toute les personnes de sa famille depuis que son ancêtre Samuel avait transmis le don.
Sortant de ses pensées, Meredith suivit sa cousine, en jetant un dernier regard au corps sans vie de son père. Elles traversèrent le garage sans encombre. Le silence régnait dans la maison. Un silence si angoissant que leur sang se glaça, leur cœur battait la chamade et leurs membres étaient engourdis par la peur.
Se forçant à avancer, Ana ouvrit la porte du garage. L'air d'hiver lui griffa le visage autant qu'il lui fit du bien. La petite forêt était plus rassurante que ce qu'il y avait derrière elle, c'est pour cela qu'elle ne se retourna pas un seul instant. Elle n'avait pas le temps d'être sentimentale.
Meredith la suivait de près, elle sentait sa présence derrière elle qui la couvait d'une aura rassurante. Elles y étaient presque ... Si elles dépassaient la forêt sans se faire prendre, elle pourrait rejoindre la clairière où se trouve, normalement Elkins.
Elles avancèrent droit devant quand soudain elles entendirent des cris. Meredith se cachait derrière un buisson alors qu'Ana ne trouva qu'un arbre au plus proche d'elle. Trois hommes et une femme sortirent de la maison. Elles tendirent l'oreille tout en espérant qu'ils ne s'approchent pas d'elles.
« Allez voir dans le garage! Toi, dit-il à la démone, suis-moi, elle n'a pas pu quitter la résidence. »
Meredith se leva doucement afin de rejoindre sa cousine qui était plus proche de la clairière qu'elle. Cependant, au moment où elle entreprit de sortir du buisson, elle marcha sur une branche qui se craqua sous son poids. Elle se remit derechef accroupie, malheureusement la démone avait entendu le bruit. Cette dernière tourna son regard vers l'endroit où elle se trouvait et en clin d'œil elle se téléporta près du buisson, laissant son homologue masculin au niveau du garage.
Ana vit la créature démoniaque à quelques mètres de sa cousine. Elle avançait vers celle qui était à présent sa seule famille. Encore quelques pas et elle verrait Meredith. Elle ne pouvait pas laisser faire une telle chose.
La démone savait que la fille était là, elle pouvait le sentir. La récompense pour la capture de l'Héritière sera exceptionnelle. Son père lui sera à tout jamais reconnaissant, Il la ferait monter en grade. Tout excitée, elle augmente sa vigilance et continue à marcher en direction de la clairière.
Ana se décida lorsque la démone était à moins d'un mètre de Meredith: elle sortit.
« Hey le monstre! Dit la jeune fille de quatorze à la créature en face d'elle »
« Sale petite peste, tu es là , rétorqua la démone avec un sourire déformant son visage , rend-toi docilement, tu ne fais pas le poids »
« Ah oui ? Je pourrais te faire mordre la poussière et faire mes ongles en même temps, répondre-elle tout en s'avançant, le poignard caché derrière son dos. »
« Stupide humaine, aussi arrogante que ta famille. Quel plaisir de les avoir torturés. Ils n'ont arrêté de crier que lorsque j'ai arraché leur trachée avec mes doigts , cracha la démone.
Ana, emplie de colère savait que si elle attaquait sans réfléchir, elle n'aurait aucune chance d'y réchapper. Elle ne devait pas céder à ce sentiment. Alors laissant de coté la haine qu'elle éprouvait envers elle et son espèce, Ana fit semblant d'attaquer tout en laissant exposé sa cage thoracique afin de piéger la démone qui s'empressera de l'attaquer à ce niveau là. Elle pourra planter son poignard dans son ventre. L'attaque se déroula très rapidement et, comme l'avait prévue Anna, la démone tomba dans le piège. Elle planta son couteau au niveau de sa poitrine droite. La démone cria, alertant très certainement les autres démons. La créature continua cependant à parer les coups d'Ana. Elle attrapa sa veste qui se déchira. Une partie resta dans la main du monstre alors qu 'Ana donna un dernier coup fatal,
« Ana, je suis désolée! Tu n'as rien?! s'inquiéta Meredith »
« Non, allons-y avant que les autres n'arrivent, je les entends ! Dit Ana.
Meredith vit que sa sœur de cœur avait du mal à courir: dans l'attaque, le démon lui avait donné un coup dans les côtes, cassant sûrement l'une d'elles. Sa cousine s'était mise en danger à cause d'elle. Si elle avait fait plus attention, les démons n'auraient pas remarqué leur présence, elles auraient pu fuir tranquillement. Elle se sentait coupable alors qu'encore plus de démons courraient derrière elles.
« Ana donne moi le bidon d'essence, je vais le porter, souffla Meredith»
Sa cousine hésita mais lui donna, elle avait vraiment du mal à courir ou même à respirer normalement. Son souffle était court : elle avait peur, peur de se faire prendre, peur de perdre sa cousine.
La clairière n'était plus sur leur chemin. En effet, en voulant fuir les démons, elles avaient du changer de cap et se dirigeaient maintenant vers les petites falaises qui bordaient la propriété de leur famille.
« Ana, attends, s'il te plaît , j'en peux plus, murmura Meredith alors qu'elles arrivaient au niveau d'une descente de rochers. »
« On doit continuer, on doit partir. On peut arriver au niveau de la ville si on suit ce chemin. Meredith s'il te plaît , continue , supplia doucement Ana. Sa voix transpirait le désespoir et la peur. Elles avaient réussi à semer les démons mais ils ne tarderaient pas à retrouver leurs traces.
Meredith savait ce qu'elle avait à faire, elle l'avait su à partir du moment où sa cousine l'avait sauvée de la démone. Elle était désolée pour Ana, mais elle ne voyait aucun autre moyen. Elle avait un plan et le suivrait ..
« Ana, tu peux me donner ta veste d'abord? Je suis glacée. Meredith vit qu'Ana était étonnée de sa demande, elles étaient en sueur malgré le froid. Elle lui donna malgré tout, voulant à tout prix continuer à courir.
Meredith prit le vêtement d'Ana, le mit et, étonnant de ce fait Ana, la prit dans ses bras.
« Je t'aime Ana. Je suis désolée... Vis pour nous. »
Et avant qu'Ana n'ait pu faire le moindre geste, Meredith lui donna un coup dans son ventre et la poussa droit vers la petite falaise. La jeune fille ne put crier du à l'attaque de sa cousine qui lui avait coupée la respiration. Elle se vit tomber au ralenti. La dernière chose qu'elle perçut avant de tomber dans l'eau glacée fut une énorme fumée venant de l'endroit où était sa cousine et ses cris de douleur. Ana comprit rapidement que Meredith avait fait ça pour la sauver. Les démons penseraient que l'Héritière s'était immolée .. Pour eux, il n'y avait qu'une seule jeune fille .. Pour eux, Analyssa Colt était morte cette nuit-là.
La jeune femme de 24 ans se réveilla en sursaut. Elle était en sueur et son cœur battait la chamade. Cela faisait 10 ans qu'elle revivait cette soirée-là dans ses rêves et à chaque fois elle se réveillait au moment où, dans ses songes, elle touchait l'eau glacée.
Analyssa avait complètement changé de vie. Après le sacrifice de sa cousine, la jeune femme s'était réveillée au bord de l'eau, frigorifiée, blessée, détruite.
Elle pleura. Elle ne savait pas combien de temps elle était restée à pleurer dans le froid hivernal. La seule chose dont elle se souvient c'est qu'elle s'était retrouvée dans un lit d'hôpital, ses blessures et ses côtes bandés et soignés. On lui avait dit que des gardes côtes l'avaient retrouvées le matin même dans un état critique.
Après cet événement, elle avait suivi le plan que sa famille avait prévu dans ce genre de cas. Elle avait vécu de motels en motels en prenant à chaque fois des noms d'emprunt. Jamais deux fois le même endroit ou la même identité. Elle ne s'était plus jamais remise à chasser. Elle n'avait pas repris contact avec des chasseurs ou anciennes connaissances. Pour le monde entier, la famille Colt avait péri cette nuit du 15 décembre.
Au bout de cinq ans, elle n'en pouvait plus: elle n'avait pas d'amis, pas d'endroit qu'elle pouvait considérer comme sa maison, pas de famille. Elle avait donc décidé de s'établir dans une petite ville du Kansas, Lawrence. Grace à son oncle Nik, elle avait des connaissances solides dans la mécanique. Il était un véritable fanatique des voitures. Il lui avait appris, à elle et ses cousins, tout ce qu'il savait. Cela changeait des entraînements intensifs et de la chasse. Elle avait donc trouvé du travail dans un garage. Grace à l'argent que sa famille lui avait laissé dans un compte en banque qui n'avait aucun lien avec la famille Colt, Analyssa avait pu s'acheter une maison dans un très bon quartier résidentiel. Elle avait fait des connaissances et essayait du mieux qu'elle pouvait d'avancer. Au début cela s'était avéré très difficile. Elle avait certes des amis, mais elle ne pouvait se permettre de s'attacher, de baisser sa garde .. Plusieurs fois, elle avait pensé à mettre fin à ses jours, rejoindre sa famille où qu'il soit. Tout était mieux que cette vie-là.
Cela fut ainsi jusqu'à ses 20 ans. Le 2 novembre 2005, elle rencontra un homme, beau, musclé, les yeux verts-marrons. Ils s'étaient rencontrés alors qu'il n'était que de passage dans sa ville natale. Accompagné de son frère, il avait emmené sa Chevrolet Impala au garage alors qu'elle faisait un bruit sourd lors du freinage. Il avait tout de suite flirté avec elle. Ils s'étaient vu, avaient parlé pendant des heures. Elle avait étrangement baissé sa garde en sa présence, chose qu'elle n'avait jamais fait en 20 ans d'existence. La jeune femme fût étonnamment réceptive et avait accepté de passer la nuit avec lui. Cette nuit là fut très différente des autres fois. Des aventures, elle en avait eu mais avec lui c'était plus intense. Pour la première fois depuis longtemps, elle ne pensa qu'à leur deux corps se touchant, le plaisir qu'il lui procurait. Elle oublia le drame qu'avait vécu sa famille. Une seule nuit, qui lui sauva la vie.
Le lendemain, il disparut. Il repartit sur les routes avec son frère sans savoir qu'Analyssa était tombée enceinte.
Quelques semaines plus tard, elle découvrit qu'elle attendait un enfant. Au début, elle pensa à avorter: elle était seule, sans famille, détruite mentalement et par dessus tout, elle ne voulait pas transmettre le don. Cependant, au moment où elle se décida à le faire, elle se rétracta. Elle fût incapable de passer à l'acte, décision qu'elle savait, allait, regretter un jour ou l'autre. Son fils était né neuf mois plus tard et grâce à lui, elle put revivre, elle put honorer la dernière volonté de sa cousine. Grâce à lui, elle avait pu retrouver une famille, un but. La jeune femme ne pu jamais prévenir le père, elle n'avait aucun moyen de communiquer avec lui, ni nom de famille, ni numéro de téléphone ou adresse mais elle s'en fichait. Elle avait son fils, qu'elle décida d'appeler Nick à la mémoire de son oncle et parrain. La voilà donc, elle, Alyssa James mère célibataire, vivant la vie la plus normale possible. Son fils était magnifique, bon, gentil, joyeux, insouciant des dangers de ce monde. Peu en peu en 4 ans, elle put presque oublier son ancienne vie d'Héritière et de chasseuse. Seuls ses cauchemars lui rappelaient sa tragédie.
Décidant de ne plus penser à cela, elle regarde son réveil. Il était encore tôt, à peine 7h du matin. Aujourd'hui était une journée chargée, son fils et elle étaient invités à l'anniversaire de la fille de son voisin et ami, Marc, veuf depuis quelques années. Elle sortit de son lit et entreprit de débuter une énième journée aussi normale que possible sans savoir à quel point son monde allait changer aujourd'hui…
