Stay with me a little longer, I will wait for you.

Shadows creep and want grows stronger,

deeper than the truth.


SYNOPSIS: Un an après la manifestation pacifique de Markus, le sort des androïdes est au coeur de toutes les conversations, mais entre promesses et réalité, il y a un gouffre. Lorsque Riley Evans, la nièce de Hank, vient s'installer à Detroit afin de fuir un passé sombre qui la hante, elle trouve du réconfort auprès d'un androïde perdu mais également déterminé à tirer un trait sur son ancienne vie... Hélas, rien n'est jamais simple.

DISCLAIMER: Tous les personnages (à l'exception de Riley Evans et quelques autres personnages qui seront introduits plus tard dans l'histoire) appartiennent bien évidemment à Quantic Dream et David Cage. Je ne fais que m'inspirer de son univers.

PAIRING: Connor x OC.

RATING: K, probablement M pour les chapitres à venir. Il y aura toujours un avertissement en cas de contenu pour public averti.

NOTE DE L'AUTRICE: Je ne pensais pas que je reviendrai un jour ici avec une nouvelle fanfiction (même si je continue d'en lire de temps en temps!). Merci au magnifique jeu Detroit: Become Human et le personnage de Connor qui m'ont inspirée et m'ont redonné l'envie d'écrire. Je suis sans doute un peu - beaucoup - rouillée, alors si vous me lisez... soyez indulgent-es, s'il vous plaît. Je serais néanmoins ravie de lire vos reviews! P.S. Je reposte les deux premiers chapitres car j'ai changé quelques détails et j'en ai profité pour corriger des petites fautes.


CHAPITRE I - WELCOME TO DETROIT


Dix mois, une semaine et trois jours s'étaient écoulés depuis la nuit du 11 Novembre 2038.

La fameuse nuit qui a marqué un tournant décisif dans l'existence des androïdes. La manifestation pacifique de Markus, la libération des milliers d'androïdes de l'entrepôt de CyberLife, le discours de la présidente des Etats-Unis; ces événements avaient secoué non seulement le pays, mais aussi le monde entier. Tous semblaient soudainement concernés par le sort des androïdes et on ne parlait plus que de ça.

Jadis des machines obéissantes qu'on ne remarquait jamais, ils étaient désormais invités à des émissions de télé et faisaient la une des journaux. Des produits à leur effigie n'avaient pas tardé à apparaître dans les magasins; des casquettes et des affiches aux slogans engagés, mais aussi tout un tas de babioles, aussi inutiles que ridicules.

C'est ainsi que Hank s'est retrouvé avec un mug « MY BFF IS AN ANDROID & I LOVE HIM », cadeau de Noël du Secret Santa - bien que tout le monde au bureau savait qu'il s'agissait de Reed. C'était une attention presque trop mignonne, compte tenu de sa relation avec Hank et surtout, Connor. Même s'il s'était (enfin) calmé et ne semblait plus aussi déterminé à mettre une balle dans la tête de Connor à la moindre occasion, il n'en manquait pas une seule pour se moquer et chercher à ridiculiser leur relation.

Le fait était que malgré cette soudaine attention des médias et des humains en général - qui n'était pas forcément au goût de Connor - les choses n'avaient pas changé tant que ça. Il y avait d'un côté des promesses et des discours, et de l'autre, un retard palpable au niveau des lois officielles et mesures concrètes pour que les androïdes soient enfin reconnus comme citoyens et protégés par la loi, au même titre que les humains. Ces derniers s'étaient par ailleurs divisés en plusieurs catégories; ceux qui soutenaient les androïdes, ceux qui préféraient rester neutres et ne pas s'impliquer et ceux qui, se sentant menacés et craignant pour leur sécurité, restaient hostiles et ne partageaient guère cet engouement à l'idée de leur accorder des droits.

Loin d'avoir disparu, le fossé entre humains et androïdes semblait au contraire avoir crée de nouvelles tensions.

La police de Detroit, d'abord mitigée quant à l'implication de Connor dans leur service, avait fini par accepter qu'il n'était plus une marionnette entre les mains de CyberLife et avait surtout été forcée de reconnaître son efficacité au sein de leur service; ainsi donc, après quelques semaines d'hésitations, réunions et plusieurs débats plus ou moins houleux entre Hank et Fowler (auxquels Connor n'était jamais convié) l'androïde arborait officiellement la plaque d'Inspecteur.

Les androïdes devaient désormais être rémunérés pour leur travail et étaient exemptés de porter des uniformes bien spécifiques (ils pouvaient également abandonner le port de leur LED, si tel était leur souhait), ces symboles distinctifs rappelant un peu trop le système de marquage des prisonniers sous le régime des nazis. Au grand regret de Hank, Connor avait préféré garder la lumière distinctive sur sa tempe. Il avait néanmoins accepté d'abandonner son costume officiel de CyberLife - le troquant contre une veste de costume noire plus sobre, associée à un jean pour un côté moins formel - ainsi que toute référence de son numéro de série ou modèle.

Il avait beau être un déviant maintenant, quelque chose au fond de lui refusait de renoncer entièrement à ce qu'il avait toujours connu, à savoir des règles et des protocoles bien définis. Son partenaire n'était pourtant pas prêt à baisser les bras et continuait de lui marteler qu'il serait bien plus prudent pour lui de « se mêler à la foule et rester discret ». Les cas des agressions sur les androïdes demeuraient fréquents; des groupes d'humains (ceux qui étaient fermement opposés à l'idée d'intégrer les androïdes dans la société en tant qu'individus à part entière) s'en prenaient régulièrement à ceux qu'ils considéraient être leurs ennemis.

Se mêler à la foule et rester discret. Connor avait beau être un prototype avancé, certaines choses demeuraient difficiles à comprendre pour lui. Le but de Markus n'avait-il pas été de prouver qu'ils n'avaient pas à se cacher ou chercher à renier leur nature? Qu'ils n'étaient pas moins dignes de respect, simplement parce qu'ils étaient différents?

Une enveloppe apparut devant ses yeux et Connor releva la tête, son regard scrutant le visage de Hank, debout devant lui avec un sourire.

"Qu'est-ce que c'est?" l'interrogea l'androïde et pour toute réponse, Hank lui fourra l'enveloppe entre les mains.

"Regarde par toi-même.

Il avait l'air drôlement excité. La LED de Connor clignota et un début de sourire apparut au coin de ses lèvres. C'était agréable de voir Hank de si bonne humeur. Malgré les débuts un peu compliqués, leur relation n'avait cessé d'évoluer et Connor le considérait à ce jour comme un véritable ami (son seul ami, pour être exact). Le voir détendu et souriant était agréable.

Reportant son attention sur l'enveloppe mystérieuse, Connor finit par l'ouvrir et en sortit un chèque, sur lequel figurait son nom et un montant à quatre chiffres en surbrillance. Il n'avait qu'à appuyer pour transférer la somme sur un compte virtuel.

"Ton premier salaire officiel," s'empressa d'expliquer Hank. "Ca aurait dû être mis en place depuis bien longtemps, mais tu sais comment les choses sont... Dans tous les cas, tu le mérites, t'es nettement plus efficace que certains ici," lançant un regard vers le bureau de Gavin, Hank tira un fauteuil pour s'asseoir en face de Connor.

Lui qui avait été impatient de voir sa réaction, il était presque frustré de ne pas le voir plus emballé que ça. Est-ce que les androïdes pouvaient être emballés par quoi que ce soit?

"Je ne sais pas vraiment— ce que je suis censé en faire...

Jusqu'à un certain moment, tous les paiements qu'il avait à faire étaient assurés par CyberLife. Inutile de préciser que depuis qu'il leur avait tourné le dos en devenant déviant, puis en reprenant le contrôle avant qu'ils ne puissent l'utiliser afin d'éliminer Markus au dernier moment, ses comptes étaient gelés.

Il regarda son partenaire hausser les épaules avec un air faussement innocent.

"Tu pourrais te trouver un appart. Un endroit qui serait qu'à toi.

"Mais rester chez toi me convient.

Il vit Hank se pincer les lèvres, puis se gratter la barbe. Connor avait depuis le temps apprit qu'il faisait souvent ce geste lorsqu'il était mal à l'aise, mais il n'arrivait pas à comprendre pourquoi il l'était à cet instant.

"Justement, en parlant de ça," se rapprochant un peu de l'androïde, Hank se racla la gorge.

Connor n'était décidément pas habitué à le voir aussi gêné. C'était quelqu'un qui n'y allait pas par quatre chemins et disait toujours ce qu'il pensait, quitte à vexer ses interlocuteurs.

"Ma nièce arrive en ville dans quelques jours et je lui ai promis de l'héberger, le temps qu'elle règle quelques histoires de paperasse pour avoir son appartement et s'installe— bref, je ne voudrais pas qu'elle soit, euh, mal à l'aise... enfin, je veux dire— tu comprends, n'est-ce pas?

"Oh. Je vois. Je ferai en sorte de ne pas vous importuner, toi et Riley.

Hank fronça d'abord les sourcils puis roula des yeux dans la seconde qui suivit, se rappelant qu'il avait en face de lui un ordinateur ambulant qui avait accès à toutes les informations, notamment le nom de sa nièce. A cet instant, il avait sûrement déjà parcouru tout son curriculum vitae.

"Je commencerai mes recherches dès ce soir," rajouta l'androïde avec un sourire poli, et Hank se surprit à penser que pour quelqu'un qui n'était pas encore très à l'aise avec les émotions, il était devenu drôlement doué pour les cacher. Ou peut-être s'imaginait-il des choses et que sa requête n'avait aucunement blessé Connor?

"Ca ne veut pas dire que tu n'es plus le bienvenu chez moi Connor. Ma porte te sera toujours ouverte. Tu le sais, n'est-ce pas?


Trouver un logement était l'une des choses les plus humaines et ordinaires qu'il ait eu à faire jusque là, mais ça s'est bien évidemment avéré plus compliqué que prévu. Le fait qu'il était un androïde et avait tout juste commencé à être rémunéré pour son travail, n'aidait sans doute pas dans ses recherches. Lorsque Hank lui demanda des nouvelles, quelques jours plus tard, Connor choisit pourtant de ne pas l'alarmer et se contenta de lui dire qu'il n'avait pas à s'inquiéter pour lui. Quelque chose lui disait cependant que ses réponses un peu trop évasives commençaient à éveiller des soupçons chez le lieutenant.

Lorsque Hank aborda une énième fois le sujet, Connor était en train de réfléchir à ce qu'il était censé dire, la bouche entrouverte et à deux doigts de frôler la surchauffe tellement il était concentré, quand une voix inconnue vint interrompre son dilemme.

"Tonton Hank!

Oubliant aussitôt l'androïde, Hank se retourna pour faire face à une fille d'une vingtaine d'années. Un grand sourire illuminait son visage et Connor pencha légèrement la tête sur le côté, l'étudiant avec attention.

{ ANALYSE EN COURS... TELECHARGEMENT DE DONNEES : 70%

Nom: Evans

Prénoms: Riley Anne

Date de naissance: 27/12/2014

Lieu de naissance: Chicago

Mère: Helen Jessica Anderson, épouse Evans / Père: Philip Michael Evans (décédé le 12/06/2023)

ANALYSE INTERROMPUE }

Malgré l'accès immédiat à toutes les données concernant la jeune femme, Connor choisit délibérément de ne pas parcourir tous les fichiers qu'il avait en sa possession. Plus d'une fois, Hank lui avait fait remarquer que ce n'était pas une bonne façon d'apprendre à connaître quelqu'un (à moins qu'il s'agissait d'un suspect, car dans le cadre de leur travail, ses compétences étaient bien évidemment plus que bienvenues). Ainsi et malgré sa curiosité apparente, Connor opta pour une approche plus « humaine ». Il ne comprenait peut-être pas encore toutes les nuances que Hank essayait de lui expliquer, mais il voulait bien faire.

"Riley!" abandonnant complètement son partenaire, Hank prit sa nièce dans les bras. "J'ai eu ta mère au téléphone ce matin, elle m'a dit que tu serais là qu'après 18h. Je ne m'attendais pas à te voir aussi tôt."

Resté à l'écart, l'androïde laissa ses yeux parcourir l'humaine devant lui. Des cheveux blonds foncés, de grands yeux verts et un petit nez en trompette; Connor avait cru comprendre que les humains trouvaient cette caractéristique adorable, et à cet instant, il ne pouvait pas le nier.

"J'étais impatiente de revoir Detroit après tout ce temps," lança Riley avec un léger haussement d'épaules, avant de secouer la tête. "En vérité, j'étais supposée rejoindre Amber au café avant, mais elle m'a lâchement abandonné pour son petit-copain.

Toujours à la même place, Connor ne ratait pas une seule miette de leur conversation, à mille lieux de se demander si c'était correct. Il trouvait toujours fascinant d'observer différentes interactions sociales; non seulement cela lui permettait de mieux adapter son propre comportement, mais il y avait tellement de choses qu'on pouvait apprendre sur les humains en les voyant interagir entre eux. En à peine quelques secondes, il découvrit que Hank était bien plus tactile et affectueux qu'il ne le laissait paraître.

"Je t'aurais bien proposé de rester pitchoune, mais j'ai promis à Chris de l'aider avec une enquête," se rappelant enfin de l'existence de Connor, Hank se retourna vers ce dernier. "Hé Connor, viens par là que je te présente ma nièce préférée.

"Il n'en a qu'une," précisa Riley en riant et poussa délicatement son oncle avec le coude.

Son rire était doux et plaisant, comme le tintement des petites clochettes. La jeune femme reporta alors son regard sur l'androïde qui vint se poster devant eux. Habitué à presque toujours éveiller une certaine méfiance de la part des humains qui ne semblaient voir que sa LED, Connor ne discerna que de la douceur et de la curiosité presque enfantine dans le regard de Riley.

"Tu ne m'as jamais dis qu'il était aussi mignon," lâcha-t-elle à l'adresse de Hank, qui ricana.

"Bah disons que ce n'était pas le premier mot qui m'est venu à l'esprit lorsque je l'ai rencontré.

"C'est donc toi, le fameux Connor. Ravie de faire enfin ta connaissance.

"Je suis également enchanté de te rencontrer, Riley," répondit poliment l'androïde, tout en lui tendant sa main. Il crut la voir hésiter, puis au bout de quelques secondes, la jeune femme finit par l'accepter et la serrer doucement. Sa peau était douce et chaude contre la sienne; presque trop. D'un autre côté, on ne pouvait pas dire qu'il avait l'habitude du contact physique avec les humains (enfin, qui ne résumait pas à des coups de poing...)

"Ecoute, si tu veux bien m'attendre un peu, je peux essayer de voir avec Chris pour—" commença Hank, mais Riley ne lui laissa pas le temps de finir.

"Surtout pas! Je suis juste passée te faire un coucou, je ne vais pas te déranger plus longtemps et rentrer. J'ai fais cinq heures de bus et je ne rêve que d'une chose, enlever ces vêtements et prendre une douche.

A nouveau, Connor pencha la tête sur le côté, son regard étudiant Riley de la tête aux pieds. Mais cette fois-ci, sa réaction n'échappa pas à l'oeil aiguisé de Hank qui fronça les sourcils. Etait-il - encore - en train de s'imaginer des choses, ou cet androïde venait de reluquer sa nièce, sans gêne aucune?

"Hum, ok, alors voici tes clés et— je vais essayer de me libérer plus tôt. On pourrait se commander une pizza ce soir?

"Ce serait super. A ce soir alors!" avec un sourire, Riley fourra le trousseau de clés dans sa poche puis fit un petit signe à Connor. "A la prochaine Connor. C'était un plaisir de te rencontrer.

Pour toute réponse, le brun afficha un sourire tout à fait candide. A l'exception de sa relation avec Hank, une telle gentillesse à son égard de la part d'un être humain - surtout un être humain qu'il venait tout juste de rencontrer - restait rare. Une fois la jeune femme disparue derrière les portes, Hank se retourna vers l'androïde, les poings sur les hanches.

"Arrête de faire ça.

"Quoi?

"Ce que tu fais là. Avec ta bouche.


"Wouah," souffla Riley en attrapant un morceau de pizza, les genoux ramenés contre sa poitrine et confortablement installée dans le canapé.

Hank venait tout juste de finir son récit sur tout ce qui s'était passé en automne dernier et elle n'aurait jamais cru que c'était aussi fascinant. Un peu terrifiant aussi, mais fascinant.

"On avait eu quelques manifestations à Bloomington, mais rien de cette ampleur... et on avait vu à la télé qu'il y a eu des altercations entre androïdes et policiers à Chicago aussi, mais j'ai l'impression que les médias ne montraient que ce qu'ils voulaient montrer, à l'époque. Comme toujours, tu me diras.

Les androïdes avaient été très clairement présentés comme une menace au tout début et les journalistes se démenaient pour trouver les histoires les plus inquiétantes à raconter afin d'entretenir ce climat de méfiance. Aujourd'hui, il y avait enfin un semblant d'équilibre; mais Riley ne s'était pas douté à quel point les choses avaient failli dégénérer, jusqu'au dernier moment.

"Les androïdes de Detroit ont vraiment eu du bol d'avoir Markus comme leader. Un autre n'aurait pas hésité à verser du sang et l'histoire aurait prit un tout autre tournant.

Les sourcils arqués et une expression amusée sur le visage, Riley observa Hank.

"Mais qui es-tu et qu'as-tu fais de mon oncle qui détestait les androïdes de tout son être?

L'homme pouffa légèrement. Un certain idiot est entré dans ma vie sans que je m'y attende et m'a fait prendre conscience de pas mal de choses.

"Markus est vraiment un chouette type.

"Attends, t'es en train de me dire que tu le connais? Personnellement?

Markus était devenu une véritable célébrité, depuis cette fameuse nuit. Entendre son oncle grincheux - qui n'était déjà pas très doué pour se faire des amis humains - parler de lui comme s'il était son pote, était presque plus surprenant que tout ce que Riley a entendu depuis le début de la soirée. La jeune femme sentit soudainement quelque chose de lourd et poilu se coller contre elle et découvrit Sumo, qui venait de monter à ses côtés sur le canapé. Avec un soupir presque blasé, le chien se coucha à ses côtés en la poussant sans délicatesse.

"Il fait ça maintenant," lâcha Hank, dépité. "Sumo, panier!

Mais le Saint-Bernard ne bougea pas d'un poil.

"Connor le laisse tout le temps monter sur le canapé avec lui— v'là le résultat.

Amusée, Riley passa sa main dans la fourrure chaude du chien qui semblait déjà s'être assoupi. Connor avait l'air d'avoir de l'influence par ici, mais elle n'allait certainement pas s'en plaindre. Elle n'avait pas vu son oncle depuis un moment, mais elle avait presque l'impression d'avoir une autre personne en face d'elle. Il semblait plus ouvert, plus... apaisé. Si l'androïde en était responsable, d'une quelconque manière, elle ne pouvait que lui en être reconnaissante.

Après la mort de Cole, plus rien ne semblait avoir de l'importance pour Hank, ni son travail, ni la famille qui lui restait. Ca avait été douloureux pour tout le monde, mais pour la première fois depuis des années, les choses avaient enfin l'air d'aller mieux.

"Je ne peux pas m'empêcher de m'en vouloir d'avoir chamboulé votre colocation," admit la jeune femme.

"Meh, ne t'inquiète pas pour ça. Ca lui fera pas de mal de se trouver un appart à lui, c'est un grand garçon!

"C'est un androïde déviant qui a l'air un peu trop maladroit et perdu et qui doit tout apprendre, notamment à vivre parmi les humains en tant qu'individu et plus une machine. Et tout le monde n'est pas aussi tolérant que toi, tonton.

En voilà une phrase qu'elle n'aurait jamais cru prononcer. Hank se contenta de balayer ses doutes d'un geste de la main, mais Riley n'avait pas besoin d'être détective pour voir que cette pensée ne le quitta plus de la soirée.


"Connor?

Ouvrant les yeux, Connor distingua sans mal la silhouette de Hank dans la pénombre. Ce dernier appuya sur l'interrupteur, éclairant le bureau et fixant l'androïde avec une expression mêlant surprise et colère. Comme un gamin pris en flagrant délit, Connor se redressa dans son siège, soudainement très conscient de l'exaspération qui émanait du lieutenant.

"Qu'est-ce que tu fous là, bordel?

Il était minuit passé. N'ayant pas réussi à trouver sommeil et plutôt que de céder à l'appel d'une bouteille de whisky (c'était tentant, mais cela faisait déjà quelques mois que Hank était déterminé à rester sobre et ne plus retomber dans ses vielles habitudes) il avait décidé de passer au bureau afin de prendre avec lui quelques dossiers à étudier. La dernière chose qu'il s'attendait à trouver était un Connor en veille, du moins il avait l'air d'être en veille quand Hank était entré.

"Elle avait raison. Bien sûr qu'elle avait raison," maugréa l'homme dans sa barbe, les mots de Riley résonnant dans sa tête.

Il n'avait pas cessé d'y réfléchir - c'était d'ailleurs probablement l'une des raisons pour lesquelles il avait eu tant de mal à trouver sommeil - mais une part en lui avait continué d'espérer.

"Allez viens.

"Lieutenant?

"Rentrons à la maison.

Il ne pouvait se résoudre à le laisser là. Androïde ou pas, Connor était avant tout devenu un ami. Plus que ça, il était comme un fils pour lui, même si Hank avait parfois du mal à se faire à cette réalité. Plus d'une fois, il s'était demandé s'il ne s'était pas attaché à lui pour de mauvaises raisons. N'était-ce pas une tentative désespérée de remplacer Cole? N'était-il pas en train de trahir la mémoire de son fils? Et souvent, il lui suffisait de regarder Connor pour savoir que toutes ces pensées n'étaient qu'un ramassis de conneries d'un homme autrefois brisé, qui avait tout bonnement la trouille de laisser quelqu'un d'autre entrer dans son coeur.

Aussi agaçant et idiot qu'il pouvait être parfois, Connor avait réussi à combler un vide et pour la première fois depuis des années, les vieilles blessures ne faisaient plus aussi mal.


Riley ouvrit les yeux et les plissa aussitôt, aveuglée par les rayons de soleil qui s'infiltraient à travers les rideaux.

Sa nuit n'avait pas été aussi reposante qu'elle aurait aimé, mais la jeune femme était habituée à bien pire. Au moins, elle n'avait pas été brusquement réveillée par un horrible cauchemar, en sueur, à bout de souffle et le coeur prêt à bondir hors de sa poitrine; ce qui était déjà un exploit. D'un mouvement presque automatique, elle ouvrit le sac laissé à côté du lit pour en sortir une boite de médicaments et en avala un avec une gorgée d'eau.

Si ça ne tenait qu'à elle, elle aurait bien voulu profiter du confort de ce lit plus longtemps, mais elle avait des choses à faire aujourd'hui. Le propriétaire de son futur appartement devait lui remettre les clés et le camion avec une partie de ses affaires de Bloomington devait arriver à 16h. Elle était extrêmement reconnaissante envers son oncle qui lui avait offert un toit le temps qu'elle s'installe, mais elle n'allait pas nier l'excitation qui l'emplissait à l'idée d'avoir un chez soi, tant bien même qu'elle n'allait pas pouvoir emménager de suite. Elle était prête à commencer sa nouvelle ici. Loin de Bloomington. Loin de sa vie d'avant... même si sa mère lui manquait déjà.

S'extirpant des draps, la jeune femme sortit de la chambre, une main dans ses cheveux décoiffés.

Elle était en train de bailler quand ses yeux se posèrent sur Connor, debout dans la cuisine. Réprimant un petit juron sous la surprise, la jeune femme sentit aussitôt ses joues s'enflammer. Elle ne s'attendait pas à tomber sur l'androïde, surtout pas débraillée de la sorte, les cheveux en pétard et vêtue d'un pyjama avec des petits chats roses. Mais c'est un androïde. Il doit totalement s'en ficher de ce à quoi tu ressembles.

"Bonjour Riley," la saluant poliment, Connor indiqua la table. "J'espère que tu as faim.

Toujours muette, Riley détourna finalement son regard de Connor, découvrant sur la table une pile de pancakes irréguliers (et un peu brûlés, pour certains), des oeufs brouillés et deux tasses de café. Elle en déduit que Hank n'était pas encore levé.

"C'est toi qui a fait tout ça?" demanda-t-elle, curieuse.

"J'ai essayé de suivre les instructions de la recette à la lettre, mais j'ai eu du mal à maîtriser la cuisson. Je ne suis pas encore— très à l'aise avec ce genre de matériel, il semblerait.

Les scènes de crime n'avaient aucun secret pour lui, mais les plaques à induction et les poêles, c'était une toute autre histoire. N'ayant pas été programmé pour accomplir des tâches ménagères comme certains androïdes, Connor devait tout apprendre de A à Z. A sa surprise, la vue des pancakes carbonisés ne parut pas déranger Riley. Un grand sourire illumina même son visage.

"C'est beaucoup trop mignon. Merci.

Depuis qu'il avait dévié de sa programmation d'origine, Connor avait découvert qu'il adorait les compliments. Cela lui procurait un sentiment de fierté très agréable. Etrangement, ce sentiment était d'autant plus décuplé lorsque ça venait de Riley. Cette dernière s'installa à la table, s'emparant de la tasse de café dont elle huma le délicieux parfum, avant de boire une gorgée.

"J'en avais vraiment besoin," souffla-t-elle, alors que Connor s'asseyait sur la chaise libre. Même si c'était très appréciable de se voir servir le petit-déjeuner par l'androïde, la curiosité quant à sa présence ici, de bon matin, la tiraillait. "Qu'est-ce que tu fais ici?

"Je—

Riley crut le voir hésiter, un peu confus, et réalisa qu'il était encore plus adorable quand il était désorienté. Comment était-ce possible?

"Je n'ai pas encore réussi à trouver un appartement, alors Hank m'a proposé de revenir, le temps que— j'espère que ça ne te dérange pas?

"Bien sûr que non! J'avais bien dis à Hank qu'il n'avait pas à en faire tout un plat, il y a assez de place ici pour tout le monde. Il s'était imaginé que ta présence me gênerait, juste parce que je n'ai pas l'habitude des— enfin, je n'ai jamais vraiment côtoyé des androïdes. Là ou je vivais avant, à Bloomington, c'était pas du tout comme ici. C'est une petite ville, comparée à Detroit.

"Alors ce n'est pas le cas?" s'enquit Connor innocemment. "Tu n'es pas gênée?

Une jolie teinte de rose réapparut sur ses joues alors que Riley lui souriait. Elle était bel et bien gênée à cet instant, mais pas pour les raisons qu'il pensait.

"Pas le moins du monde," se retrouva-t-elle alors à mentir.


Lorsque Hank entra dans la cuisine, sa première réaction fut de s'arrêter sur le seuil de la porte et se demander s'il était en train de rêver. Jadis tout le temps vide et mal rangée, sa cuisine sentait la vanille et le café, et les rires - mélodieux de Riley, et un peu maladroit de Connor - avaient remplacé le silence pesant qui régnait habituellement dans sa maison. Le coeur de Hank se serra; cette scène pourtant si banale mais réjouissante lui fit réaliser à quel point ça lui avait manqué.

Il s'était isolé de tout et même si depuis déjà quelques mois, Connor rendait son quotidien moins morose, ce ne fut qu'en le voyant rigoler avec sa nièce qu'il prit pleinement conscience de tout ce à quoi il avait tourné le dos pendant si longtemps. Une famille.

"Salut les gosses," lâcha-t-il en s'avançant.

Sans plus de cérémonie, il attrapa un pancake et mordit dedans.

"C'est Connor qui a fait les pancakes," annonça Riley avec l'expression rayonnante d'une mère qui était bien trop fière du dessin (bien qu'un peu moche) de son fils, et ne pouvait pas le cacher.

"Ah ouais? Sacré progrès. La dernière fois qu'il a essayé de nous cuire des pâtes, il a failli cramer la baraque.

"Il n'y avait pas de risque d'incendie, les dégâts avaient été mineurs et contenus dans—

Il lui fallut quelques secondes pour comprendre que Hank n'était pas sérieux.

"Tes pancakes sont très bons, Connor," admit ce dernier avec un grognement, après savoir reçu un léger coup de pied de Riley sous la table.

"Merci, lieutenant. J'apprends vite.

"Huh huh. Je vois ça.

Hank ne faisait bien évidemment plus référence à la cuisine. S'il s'était habitué à voir Connor sourire de plus en plus souvent au cours de ces derniers mois, c'était sans aucun doute la première fois qu'il l'entendait rire. Il s'en serait souvenu; on aurait dit un ado, béat et amouraché. Attendez une minute.

Manquant d'avaler sa gorgée de café de travers, le regard de Hank passa de Riley à Connor.

"Vous avez l'air de bien vous entendre.

Riley lui répondit, mais il ne l'entendit même pas. Son instinct protecteur - en tant que seule figure paternelle dans la vie de Riley - venait de se réveiller. C'était absolument ridicule. Premièrement, elle était adulte et n'avait certainement pas besoin qu'il intervienne dans sa vie, surtout qu'il ne l'avait pas vu depuis au moins deux ans. Et deuxièmement, c'était de Connor qu'il s'agissait.

Son inquiétude se dissipa aussi vite qu'elle était apparue et Hank ricana à ses propres pensées. Quel idiot.

"(...) enfin, tout ça pour dire que si j'avais su à quel point vos vies étaient trépidantes, j'aurais débarqué bien plus tôt," lança Riley amusée, puis croisa les bras sur la poitrine. "Et aussi, j'arrive pas à croire que tu l'aies laissé passer deux nuits entières au commissariat.

"Pour ma défense, je n'en avais pas la moindre idée. Tu aurais dû me dire que tu n'avais nulle part où rester, Connor.

"Désolé, Hank. Je ne voulais pas que ma présence ici pose un problème.

"M'enfin, ça n'a plus d'importance. Riley a raison, je n'aurais jamais dû te demander de partir en premier lieu. Je pensais juste que, hum, elle se sentirait plus en sécurité s'il n'y avait que moi à la maison, après ce qu'il s'est passé—

We're all running from our lives somehow,

terrified of what we'll find when the walls come falling done.

When the darkness comes· Shelby Merry

Ses derniers mots eurent un effet immédiat sur Riley. Son rythme cardiaque s'accéléra, ses pupilles se dilatèrent et sa posture changea du tout au tout. Il était rare d'observer un changement aussi brusque de comportement chez un humain; les yeux attentifs de Connor scrutèrent le visage désormais plus fermé de la jeune femme et sa LED, jusque là d'un bleu clair et apaisé, vira au jaune. L'androïde pouvait presque ressentir sa détresse.

"Je— euh, je viens de me rappeler que j'ai promis à maman de l'appeler tous les jours, je ferais mieux de le faire avant qu'elle poste un avis de recherche," balbutia Riley avec un sourire forcé et une voix faussement enjouée. "Merci encore pour le petit-déjeuner, Connor.

Il eut une soudaine envie de la suivre, mais se ravisa. A ses yeux, il restait un étranger et Riley préférait sûrement rester seule.

"Hank?" s'enquit l'androïde, cherchant désespérément une réponse auprès de son ami et partenaire. "Je ne comprends pas. Que s'est-il passé?

"Je pensais que tu avais épluché son dossier et savais tout à son sujet," répondit Hank les sourcils froncés, surpris de constater que ce n'était pas le cas.

"C'est ce que j'aurais fais avant, mais tu m'as plusieurs fois informé que c'était une façon intrusive et fâcheuse d'apprendre à connaître quelqu'un. Je ne voulais pas que Riley, ou toi, soyez fâchés contre moi.

Le regard triste de Hank sembla s'adoucir un peu, puis il se pinça les lèvres.

"Riley a vécu une rupture traumatisante, il y a deux ans de cela. Son ex, cette enflure, l'a harcelé pendant des semaines et— un soir, il s'était introduit chez elle et avait tenté de la violer. Elle en garde encore des séquelles psychologies aujourd'hui. C'est l'une des raisons pour lesquelles elle voulait quitter Bloomington.

Connor ne répondit pas, forçant même Hank à se demander s'il ne s'était pas mit en veille à un moment. Seule sa LED trahissait son état de profonde contrariété, ne cessant d'osciller entre le jaune et le rouge; une couleur que Hank n'avait pas vu depuis un moment.