La suite directe du chapitre précédent.

Je n'ai rien posté pendant un moment parce que... Comme je vous l'ai déjà dit, l'humour ce n'est pas ma tasse de thé. Alors ça me vient ou non, ce n'est pas aussi régulier que mes envies de fictions tragiques. Donc, c'est certain que ce genre de petits drabbles, je ne les posterai pas de façon annuelle. Ce sera une sorte de petite surprise de l'instant ! Qu'y a-t-il de mieux hein ? Rien.

J'espère qu'au moins à défaut de vous faire mourir de rire, ça vous fait sourire.


۩๑ ๑۩ V. Un manque cruel d'originalité – part 2 ۩๑ ๑۩


Bob était ce genre de type nonchalant que rien ne pouvait plus étonner. Peu importe le temps, ou les circonstances, il conservait toujours cette expression de profond désintérêt. Elle lui collait au visage, semblable à une seconde peau. Les membres de l'équipage Noose n'avait aucun souvenir du second en train de sourire, ni même de s'énerver. Depuis qu'ils le connaissaient, le brun restait à cette simple station d'homme éternellement blasé. Ils en venaient parfois à se demander comment lui et Dam avaient pu monter cette équipage ensemble. Ils étaient si différents, de véritables opposés.

Ils ignoraient que leur Bob, désabusé qui leur servait de navigateur, fût autrefois un petit garçon plein d'entrain et de joie. Comme les autres, il avait couru tel un petit fou dans les pâturages et les champs, avait ri avec ses amis des bêtises faites et avait même eu sa première copine à l'âge de 5 ans.

Ce ne fût qu'avec l'enfance s'évaporant, qu'il questionna le monde autour de lui. Une irrépressible curiosité avait alors prit le dessus, et lui octroya sa toute première déception. Ce fût son premier pas dans la tombe du désabusement, qui deviendrait la sienne :

— Maman, Papa… Pourquoi vous m'avez appelé Bob ? Ça vient d'un grand marine ? Ou… Ou alors ça vient d'un grand homme qui a fait de grandes choses ?! Hein ?

Il se souvenait encore de l'expression consternée et gênée de son père, puis du regard plat de sa mère. Les deux adultes s'étaient regardés quelques instants, puis sa génitrice enfonça froidement un pieu dans son cœur innocent :

— Non, c'était le nom de la boucherie du village.

Pour la première fois de sa vie, le petit Bob avait vécu cette situation qu'aucun enfant ne souhaitait affronter, la déception d'être un gamin banal… Sans aucune originalité.

Sa mère avait déclamé cela sans comprendre, sans saisir la puissance dévastatrice de ses mots. Son nom banal n'était qu'une chose normale, commune, sans la moindre trace d'émerveillement ou de fierté.

À partir de cet instant fatidique, la vie de Bob avait pris un tournant bien moins enjoué.

Plus tard, sa copine, répondant au doux nom de Lotte, l'avait finalement abandonné pour un autre garçon de leur groupe d'ami. Alors qu'elle s'était ruée sur la main de son nouveau petit-ami, elle avait fixé le brun, et l'avait achevé de sa verve insolente:

— C'est trop banal de sortir avec toi ! Et puis en plus, ton nom c'est celui de la boucherie, c'est naze.

Petit à petit, Bob avait appris quelque chose de primordial sur lui-même, il était un garçon sans authenticité.

Et sa vie s'était poursuivie avec cette même litanie.

Sa coupe de cheveux était d'une banalité sans nom. Son corps était le plus simple qui soit et même sa famille n'avait rien de très intéressant. Il n'était qu'un adolescent parmi tant d'autres. Même lors de sa crise d'adolescence, la même fatalité l'écrasa sous son poids.

— Tu es comme les autres, ne t'en fais pas, ça passera.

Alors qu'il souhaitait se rebeller contre les adultes, contre le monde entier, il ne restait qu'une brebis dans l'immense troupeau.

Lorsqu'il avait voulu devenir marine, Bob avait essayé de s'illustrer avec d'autres armes que celles habituellement utilisées. Il avait tenté un peu tout, avant de revenir aux pistolets.

Un soldat parmi tant d'autres, c'était à devenir timbré.

C'était à la même époque qu'il avait rencontré Dam, une trouble-faite dans leur village qui comprit immédiatement tout ce qu'il y avait à savoir sur lui. Au départ, il n'avait pas pensé la suivre dans ses aventures, mais lorsqu'elle était un jour venu le voir pendant son service afin de l'arracher à sa monotonie… Bob avait accepté, sans grande surprise.

Tandis qu'il organisait quelques entrainements sur le navire, ordres donnés par sa Capitaine, le brun presque trentenaire songea qu'à défaut d'être original, il avait suivi la plus authentique des jeunes femmes.

Oui, s'il manquait cruellement d'originalité, Dam elle s'en composait parfaitement.

Un sourire éclaira son visage, tiré par la fatigue. De toute manière, à force de chercher à s'extirper des carcans de la société, il se serait enfermé dans une case. Il aurait fini dans une autre case, et il aurait à nouveau été une brebis perdue dans un autre troupeau.

Il valait mieux être passablement banal. C'était bien moins épuisant, surtout si l'on choisissait de suivre une excentrique dans ses périlleuses pérégrinations.


J'adore Bob.

Mais il est vrai que ses parents ne devaient pas trop l'aimer pour lui donner ce nom-là.