Oui le titre est en franglais, c'est fait exprès. Je trouvais ça drôle !
Et non, Dam et son équipage ne rencontrent pas encore nos pirates préférés. Ne vous en faites pas, ça viendra au chapitre prochain.
۩๑ ๑۩ XV. Where the chèvres are ۩๑ ๑۩
Ostrad était une toute petite île d'East Blue. Composée en majeure partie de prairies, de champs et de minuscules concentrations humaines au bord de mer, la plupart des habitants ne vivaient guère d'évènements très surprenants. Leur existence se déroulait paisiblement, seulement rythmée par l'état de leurs bêtes ou de leurs récoltes. Une grande partie d'entre eux étaient des éleveurs, des fermiers, des agriculteurs ou des fromagers. Seule une petite poignée se démarquait, une minorité qui garnissait la ridicule portion de marines formés sur l'île. Ostrad était avant tout reconnue pour ses fromages d'une qualité exceptionnelle, une qualité qui lui permettait de briller par-delà les océans, et pour sa base marine, de laquelle quelques bons éléments sortaient d'une décennie à l'autre.
Cependant, en ce qui concernait de potentiels évènements palpitants, Ostrad était certainement l'une des îles qui s'en passait bien. Vous comprendrez donc pourquoi, lorsqu'un des Trois Amiraux de la Marine avait posé son pied, ou plutôt sa bicyclette, sur leurs côtes, les habitants s'étaient métamorphosés en commères de cinquante ans.
Tout le monde se doutait des raisons de sa visite, après tout les rumeurs allaient bon train sur ce petit lopin de terre. L'île possédait ses trois petites chèvres noires, et tous connaissaient leurs noms.
— Je suppose que l'Amiral Commandant en Chef ne t'envoie pas pour le plaisir d'acheter notre délicieux fromage de chèvre ?
Brynn, Commodore de la base d'Ostrad, avait accueilli Aokiji avec toute la tendresse dont elle était capable. Une tendresse qui s'exprimait à grands renforts d'ordres beuglés à ses sous-fifres, et de menaces fleuris dont elle avait le secret. Puis elle s'était enfermée dans sa maison pour plus de calme. Ainsi, elle comme s'assurait qu'aucun voisin curieux ne viendrait les espionner, les chèvres de son mari protégeaient l'habitation.
— J'ai cru comprendre que si… Peut-être, je n'ai pas vraiment écouté.
Confortablement allongé sur l'immense canapé aux couleurs citronnées, l'Amiral prenait ses aises, les yeux rivés sur la chèvre de compagnie de Brynn. Cette dernière le fixait avec un drôle d'air. Elle ressemblait à un chien de garde attentif. Ses yeux épiaient les moindres faits et gestes du grand homme, un inconnu qui osait entrer sur son territoire.
— Aussi attentif que Dam, tiens ! Je me demande de qui elle tient cette mauvaise manie, certainement de son père.
— J'ai pourtant le vague souvenir que tu n'as jamais été très attentive, dans ta jeunesse.
— Foutaises ! J'étais un véritable agneau, en comparaison des autres.
Vexée, mais loin de s'agacer, la femme s'assit sur son fauteuil sans grâce. Son âge avoisinait les cinquante-cinq ans. Elle possédait de longs cheveux ondulés, blancs pour la plupart, et des yeux sombres. Elle était assez grande, aux formes assez prononcées, ainsi qu'au visage touché par diverses rides et cernes. Aokiji devinait sans mal sa dureté et son sommeil déplorable. Autrefois, Brynn fut l'une des plus belles plantes de son île, toutefois la fatigue enlaidissait son vieillissement.
— Sengoku aimerait bien savoir comment son second a pu se procurer des balles en granit marin.
— Bob ? Que veux-tu que je te dise ? Il a toujours été très débrouillard. Avec Dam, ils sont comme des petits chevreaux découvrant de nouveaux pâturages, insaisissables et surprenants à en crever.
Aokiji sembla se satisfaire de cette explication, même s'il doutait fort que son supérieur en fît autant. Il soupirait déjà du nombre d'informations dont il devrait se souvenir, cela promettait d'être aussi épuisant que le regard très orienté de la chèvre. Elle avait visiblement une dent contre lui, à moins que Brynn ne l'eût dressé dans le but d'effrayer ses visiteurs malheureux.
— Je ne pense pas que cela suffira pour justifier cela auprès de Sengoku.
— Oh ! Par la chèvre sacrée, notre cher Amiral Commandant de mes chèvres n'a qu'à mieux protéger les convois.
Brynn se servit une tasse de thé, puis elle passa une main délicate sur la tête de son précieux animal de compagnie.
— D'ailleurs, je ne comprends même pas pourquoi il peut en ignorer les raisons, c'est pourtant aussi simple que chèvre qui pisse. Enfin, je me disais que bien que cette absence de nouvelle après deux ans et demi était bizarre.
La Commodore se voulait mystérieuse, toutefois elle préféra ne pas s'attarder sur le sujet. Trop de questions risquaient de l'agacer, et elle ne comptait pas renvoyer l'Amiral à coup de pieds dans les pattes de son supérieur. Elle se savait rebelle, mais Brynn n'oubliait pas la décence.
— Il faudrait que Sengoku interroge ceux qui se sont occupés du convoi des balles il y a… tiens, deux ans et demi. Une coïncidence digne d'un chevreau fluorescent !
— Tu ne veux pas plutôt m'expliquer comment ta fille s'est retrouvée avec ces provisions ?
— Non.
— Pourquoi ?
— Parce que, moi-même, je ne suis pas certaine de la réponse. Par la Chèvre Sacrée, j'ai d'autres préoccupations ! J'ai de jeunes chevreaux à former, contrairement à certains.
Elle grommela, puis délaissa son invité aux sabots de sa chèvre pour quelques instants. Cette dernière en profita pour se rapprocher d'Aokiji, le regard ancré dans celui de l'invité. Elle le dévisagea un temps, longtemps, puis passa sa langue contre sa joue. Ah, peut-être ne le détestait-elle pas finalement.
— Mais si tu veux une piste, tu diras à Sengoku qu'il se rendra ainsi compte de la réelle puissance des chèvres de notre île.
Brynn réapparut avec un épais sac rempli du fromage local. Elle eut un sourire amusé en constatant la facilité avec laquelle sa chèvre tombait sous le charme de ses hôtes. La pauvre bête était aussi mièvre que son mari.
— Peut être qu'ainsi, il se rendrait compte que sa chèvre peut faire bien plus que mâcher sa paperasse. Enfin, ça ne me concerne pas ! Bref, voudrais-tu un peu de fromage ?
Ainsi, l'interrogatoire d'Aokiji prit fin. Une fois encore, le pouvoir des chèvres d'Ostrad eut raison du reste.
Les chèvres domineront le monde, je l'ai toujours dis.
