Je suis soulagée de ne point avoir été oubliée par certains d'entre vous. Savoir que le retour de Dam, Bob et de leur joyeuse bande vous émeut me réchauffe le cœur en ces temps difficiles.

J'espère que vous vous portez bien, pour ma part, tout va bien. J'ai eu quelques soucis de santé en début de semaine, mais rien de grave et cela s'est, d'ailleurs, très vite arrangé. Maintenant que j'ai repris du poil de la bête, je me consacre pleinement à mes projets personnels ! J'oscille entre cette fiction et une future chaîne youtube que je conçois petit à petit. Tout cela me prend un temps fou, toutefois je m'amuse vraiment et je profite pleinement de ce temps offert.

Sur ce, profitez bien des aventures extraordinaires de nos amis pirates. Cette fois, je reviens sur l'un des personnages les plus appréciés : Bob. Vous aussi, vous lui avez manqué, même s'il est trop fier pour le montrer.


۩๑ ๑۩ XXVI. La saveur dévouée de la compote ۩๑ ๑۩


La meilleure productrice de compotes du Nouveau Monde vous écoute, de quoi avez-vous besoin ?

— D'une livraison, rapide comme toujours.

Une belle compote de pomme, je suppose ?

— Tout juste.

Et pour la livraison, très cher client ?

— Au Fil Rouge, sur l'îlot 22 de Sabaody, est-ce possible ?

Naturellement, les Compotiers assurent les meilleures livraisons possibles ! Vous pourrez récupérer votre compote de pomme d'ici la fin de la semaine.

— C'est parfait.

Ce sera tout, mon cher client ?

— À moins que vous n'ayez l'occasion de venir à notre rencontre, oui, ce sera tout.

À l'autre bout du téléphone, la voix féminine se para d'un rire vraisemblablement amusé.

Les affaires sont chronophages, vous savez ce que c'est, et la compote tout particulièrement. Surtout d'une pareille qualité.

— C'est ce que je pensais.

Serait-ce une pointe de déception dans votre voix ?

— Non, je me doutais déjà de votre réponse.

Navrée, mais votre bouille d'ange ne me fera pas abandonner mes chaudrons. Quelle Compotière serais-je autrement ?

— C'est la Capitaine qui sera déçue.

Dois-je en déduire que ma présence ne vous manque point ?

Bob haussa les épaules, conscient que son interlocutrice cherchait à susciter une réaction de sa part. Il s'appuya contre le bureau, recouvert de papiers en tout genre et d'objets plus ou moins insolites, d'humeur soudain paresseuse. L'escargophone, au diapason de son possesseur à l'attitude blasé, subissait le même sort que le malheureux cabinet. Enfouit sous divers dossiers, il semblait prêt à s'écrouler, malmené malgré son utilité pour le second des Noose. Et pourtant, son sombre sort n'importait guère à ce dernier, puisqu'il reprit aussitôt sa conversation d'un ton toujours aussi monocorde.

— Ce n'est pas dans mon genre.

J'ai souvenir d'un pirate qui se languissait sous les cerisiers… Mais peut-être me suis-je trompée ? Ma mémoire n'est plus ce qu'elle était, il faut croire. Mais soit, je ne me vexerai pour cette indifférence.

— Ce n'est pas dans votre genre.

La femme gloussa à nouveau, tandis que Bob roulait les yeux d'un air entendu.

Et qu'en est-il de votre Capitaine, cher client ? A-t-elle déniché sa perle rare ? Elle me bassinait dernièrement avec de la compote de fraise – quand bien même aies-je beau lui répéter que ce n'est pas la saison.

— Oui, elle ne peut déjà plus s'en passer.

Ça ne m'étonne pas. Ses choix sont toujours aussi passionnés, cela ne risquait pas de changer. J'espère seulement qu'elle n'épuisera pas trop vite sa compote de fraise.

Un silence s'en suivit, la conversation venait à son terme mais le second n'osait pas raccrocher. Il se découvrait, au fil de leurs appels, l'envie irrépressible d'éterniser leurs échanges. Jamais il ne l'avouerait, toutefois forcé de reconnaître que cette femme lui faisait toujours autant d'effet, et ce en dépit des années passées. Comme toujours, il fallût qu'elle se chargeât de mettre fin à ses vaines tentatives. Elle soupira, sans doute lassée par son attitude capricieuse, puis le sortit brusquement de ses pensées :

Non que je m'ennuie, mais d'autres clients m'attendent. La Compote a toujours eu la côte, et les affaires n'attendent pas. J'ai une compote de pêche à livrer avant de m'occuper de vous.

— Bien sûr, je comprends.

N'oubliez pas de récupérer votre commande, cher client. Quel sacrilège cela serait de laisser une aussi délicieuse compote pourrir. Ou pire, être volée. J'ai bien peur que ma renommée attire les convoitises.

— Ne vous en faites pas pour ça, madame. En arrivant sur Sabaody, elle sera ma priorité absolue.

Bob sentit, plus qu'il n'entendit, le sourire complaisant de sa comparse.

Dans ce cas, cher client, je vous souhaite une excellente fin de journée, en attendant avec impatience votre prochaine commande. L'Ordre des Compotiers vous remercie pour votre confiance.

Le pirate n'eût pas même le temps de saluer, la mystérieuse femme avait déjà raccroché. Comme à son habitude, elle ne s'autorisait aucune tergiversions et une fois son affaire conclue, retournait à ses affaires sans regret.

À l'époque, Bob fût séduit par cette attitude nonchalante, à la limite de l'insolence par moments. Aujourd'hui, il la comprenait et ne pouvait tout simplement pas lui en tenir rigueur. Cela ne l'empêcha cependant pas de rester fermement accroché à son escargophone, ce pour une bonne dizaine de secondes. N'importe quelle autre conversation téléphonique l'aurait ennuyé, mais cette femme éveillait plutôt son intérêt, pour son plus grand malheur. Leurs courtes discussions le ramenait des années auparavant, à une époque lointaine, une époque plus…

La porte de son cabinet s'ouvrit dans un grincement désagréable. Ainsi tiré de sa nostalgie, Bob retint un soupir tandis qu'il reposait le combiné sur le malheureux escargophone. Une masse sombre, à la chevelure courte violacée et mal-organisée se glissa jusqu'à lui. Elle s'affaissa contre lui sans un mot, et Bob comprit. Les mots étaient superflus entre eux. Il ne chercha pas à l'interroger, pas plus qu'il ne lui offrit son habituelle indifférence. Avec la douceur d'un grand-frère, le second referma ses bras autour des épaules de sa cadette, puis passa une main réconfortante dans ses mèches folles.

— Je suis nulle, Bob. Vraiment nulle.

Il ne rétorqua rien, sachant que cela ne serait qu'une horrible perte de temps. Dam n'entendait aucun compliment, aucune vérité quant à ses nombreuses qualités lorsqu'elle se retrouvait dans ce pitoyable état. Alors il fallait ruser, se contenter de caresser sa tête et d'apaiser ses maux sans parler. Pour cela, Bob était le plus doué de leur petite bande.

Une heure durant, dans le plus grand secret de la nuit, il réconforta sa fidèle amie, celle sans qui cette folle aventure n'aurait aucune saveur. Bob aimait sa femme mystérieuse, mais Dam resterait, à jamais, la plus importante à ses yeux.

Ce serait à elle, et à elle seule, que sa dévotion irait, jusqu'à sa mort.


Prochain chapitre : Ce qu'enseignent les aînés.

Le retour en force de Locke !