J'ai un peu de mal à savoir combien de chapitres il me reste à écrire avant la fin de la première partie… Je pencherai peut-être pour une dizaine. Quoiqu'il en soit, j'espère que ça vous plaira jusqu'à la fin !

Je prends toujours autant de plaisir à écrire avec mes petits persos. D'ailleurs, maintenant que vous avez eu le temps de vous familiariser avec l'équipage des Noose, lequel des personnages préférez-vous ?

PS : J'espère que vous passerez tous d'excellentes fêtes de Noël ! Malgré les circonstances, profitez de vos proches et de délicieux repas pour vous ressourcer.


۩๑ ๑۩ XXXII. Par les yeux de l'innocent ۩๑ ๑۩


Le regard de Locke se balayait dans le décor, émerveillé par chaque détail, chaque bulle qui virevoltait tranquillement au-dessus de sa tête. Il ne pouvait s'empêcher d'admirer la beauté de la mangrove, et savourait pleinement sa balade dans les groves touristiques. Contrairement à certains de ses camarades, le jeune homme ne voulait pas s'égarer dans la zone de non-droit. L'adolescent comptait bien obéir aux ordres de sa Capitaine, et il évitait donc les groves 1 à 29 plus par obligation que par réelle crainte d'y être agressé.

Inconsciemment, le jeune homme porta sa main au manche de son sabre. Grâce au tireur d'élite des Chapeau de Paille, il se sentait plus confiant. Locke ne le remercierait jamais assez pour ses précieux conseils, il comptait bien payer sa dette en s'améliorant jour après jour. Il rendrait fier tous ceux qui croyaient en lui : sa Capitaine, l'équipage, Usopp, Ostane et…

— Excusez-moi, jeune homme ?

Le garçon fut arraché à ses pensées par un vieillard à la voix chevrotante. En posant son regard sur ce petit être au dos courbé et à l'allure fragile, Locke ressentit une vive compassion.

— Oui ?

Enfant, il s'occupait de sa grand-mère lorsque ses parents et son grand-frère ne pouvaient s'en charger. Elle lui faisait la lecture, lui arrosait ses plantes, l'aidait à entretenir la maison familiale. Lorsqu'elle avait commencé à perdre l'esprit, à ne plus se rappeler des visages de sa propre famille, Locke avait continué de la soutenir et de prendre soin d'elle. Il se souvenait encore de ses caresses tremblantes, de ses lèvres écorchées et sèches contre son front, et du parfum cannelé de sa chevelure blanchâtre.

Gagna avait été la première à croire en lui.

Sans elle, Locke n'aurait jamais suivi Dam et ses compagnons. Il serait resté à Alabasta, dans ce petit restaurant miteux, à servir la même bouillie infâme jusqu'à la fin de ses jours. Ou jusqu'à ce qu'un pirate ne décidât de l'occire dans la fleur de l'âge.

Le vieil homme posa sa main fripée contre le coude du garçon, un petit sourire gêné plaqué sur les lèvres.

— Je suis désolé de vous déranger, mais vous me semblez bien jeune et fort et j'aurais bien besoin de l'aide d'un gaillard comme vous !

— Bien sûr ! En quoi puis-je vous aider, monsieur ?

— Oh vous êtes bien aimable, jeune homme ! Suivez-moi.

Locke le suivit sans discuter, trop heureux de venir en aide à son prochain pour se méfier. Ils quittèrent l'avenue principale pour s'enfoncer entre de petits bâtiments. En dépit du soleil majestueux et de son vif éclat, les ruelles paraissaient de plus en plus sombres, toutes plongées dans une espèce d'obscurité menaçante.

— Vous n'êtes pas du coin, jeune homme, je me trompe ?

— Vous avez raison, je suis un… touriste. Je visite l'île avec quelques amis.

— C'est bien dommage que vous ne soyez pas avec eux…

Un horrible frémissement remonta l'échine du jeune garçon. Un étrange pressentiment l'envahit peu à peu, tandis que le vieil homme ralentissait l'allure. Locke fronça les sourcils, trop intelligent pour ignorer les signaux envoyés par son corps. Aussi discret qu'une brise, sa main glissa sur le manche de son sabre. L'instant d'après, le vieil homme se retourna pour lui faire face, un sourire goguenard étirant ses lèvres ridées.

— Oui, bien dommage, cela nous aurait fait plus d'esclaves à capturer.

Soudain, un sifflement métallique retentit dans l'air. Locke se jeta en avant dans réfléchir, esquivant de peu un homme gigantesque et son épais filet. Un autre homme bondit d'un bâtiment, un immense marteau en main. Tel un automate, le pirate tira son sabre de son fourreau. Le marteau rencontra la lame claire à deux centimètres de son visage. Malheureusement, son assaillant était trop fort pour lui. Il pesait de tout son poids sur son corps fin, les yeux injectés de sang. Si Locke relâchait la pression, il savait que l'homme fracasserait son crâne sans pitié.

La voix du vieillard retentit à leurs oreilles, tandis que le géant au filet se rapprochait dangereusement.

— Dépêchez-vous, bandes d'idiots ! Je ne veux pas attirer l'attention de la populace.

Cette méchante injonction donna une nouvelle vigueur à kidnappeur penché sur Locke. Il releva brusquement son marteau, puis l'abattit pour briser la résistance du jeune homme. Il frappait, encore et encore tandis que le pirate résistait à la force de ses bras. Il se sentait faiblir, mais il s'obstinait, barrait le chemin du marteau de son sabre avec la détermination du survivant. La sueur perlait sur son front, et sa lame ne tiendrait pas éternellement. Il devait agir, vite. L'homme leva à nouveau sa masse, mais cette fois, sa force joua en sa défaveur. Il fut légèrement déséquilibré et Locke lui asséna aussitôt un violent coup de genoux dans les parties intimes.

Tandis que l'assaillant tombait à la renverse, le petit brun se glissa hors de sa portée et bondit sur ses jambes. Ses bras tremblaient, il soufflait et pourtant il tenait bon. Il devait fuir, s'extirper de la ruelle qui le désavantageait et retrouver la lumière.

— Le filet, imbéciles !

Trop tard. Lorsque Locke redressa la tête, le piège se refermait sur lui. Il n'était pas assez rapide pour l'éviter.

— What's up, my bitches ?!

Une petite furie à la chevelure bleue fondit sur le filet. En un battement de cil, cette dernière le tailla en charpie et atterrit violemment au sol. Un monstrueux sourire déformait les traits de son visage adolescent, révélant des dents taillées en pointes. Des dents semblables à celles des requins.

— Are you seeking for troubles, misters ?

Le visage des trois kidnappeurs se décomposa.

— C… C'est…

— Bordel !

Avant d'avoir pu esquisser le moindre geste, le géant et l'assaillant au marteau se retrouvèrent cloués au sol. La petite furie bleue les tenait entre les fils aiguisés de deux yoyos. Elle resserra sa prise, sans se départir de son sourire tandis que ses victimes gémissaient de douleur.

— Well, you found me !

Le vieil homme voulut fuir, mal lui en prit. En une seconde, l'adolescente tira de nouveaux yoyos de ses poches et l'emprisonna dans une toile indestructible. Le dernier kidnappeur s'effondra à son tour, vaincu par la petite furie.

Quant à Locke, il dévisageait sa sauveuse avec effarement. Une inconnue, surgit de nulle part, venait de mettre ses trois assaillants en déroute. Et lorsqu'elle se retourna vers lui, souriante, le jeune garçon sentit son cœur battre la chamade. La jeune fille devait mesurer un mètre soixante, et sa longue chevelure bleue tombaient en forme de pics le long de son dos, le tout surmonté d'une casquette rabattue à l'arrière de son crâne. Ses traits fins et enfantins témoignaient de sa jeunesse, Locke ne lui donnait pas plus de dix-neuf ans.

— That was pretty close, right ?

Le pirate cligna des yeux, puis se contenta d'hocher la tête comme un benêt. Sa sauveuse ressemblait à une sorte de porc-épic charmant, et face à une telle assurance, Locke se sentit à nouveau comme un enfant. Il était ce petit bambin, accroché aux jupons de Gagna, trop timide pour aligner deux mots sans rougir.

— O… Oui… Merci…

— You're welcome, pretty boy !

Ils se dévisagèrent un instant, puis jeune fille pencha légèrement la tête sur le côté.

— Well, you should get out of here. I take care of those men ! Don't worry, they won't bother you again.

— Je m'appelle Locke !

La furie haussa un sourcil, les joues du pirate se couvrirent de rouge tandis qu'il maudissait sa nervosité enfantine. Il voulut se terrer dans la mangrove, disparaître et se fondre en elle jusqu'à ce que mort s'en suivît. Toutefois, le rire soudain de la bleue le statufia, tout comme l'œillade qu'elle lui adressa l'instant d'après :

— Well, it's a pleasure Locke pretty boy. I'm Scoop. Maybe we're gonna see each other again soon !

— Je… J'espère !

— So don't you forget to look in the dark corners of this city, I might be there to save your ass one more time.

— Peut… Peut-être… Hm… Merci beaucoup, mademoiselle Scoop.

En quelques secondes, Locke rengaina son arme, s'inclina pour remercier sa sauveuse, puis s'éclipsa hors de la ruelle. Son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine, la chevelure bleutée de la furie dansait dans son esprit, et son grand sourire noyait ses yeux dans un brouillard amouraché.

Locke tombait amoureux, une fois encore.

Mais dans sa précipitation, le jeune pirate n'avait pas remarqué l'uniforme blanc et bleu de sa bienfaitrice. Ni le petit écusson barrant l'un de ses seins, un petit écusson brodé sur lequel était inscrit le mot suivant : « Marine ».


Ah, peut-être une histoire compliquée pour Locke ?

Comme toujours, ses histoires de cœurs ne peuvent être simples. Ce serait bien trop facile sinon !

Je n'avais pas prévue de faire parler Scoop en anglais, au départ je lui cherchais seulement un dialecte particulier... Et finalement, l'anglais s'est imposé en écrivant !