Je vous poste exceptionnellement ce chapitre aujourd'hui car demain je serais dans les transports. Après avoir squatté deux mois la maison de ma belle-famille, il est temps de rentrer dans mon petit nid à Poitiers.
Sinon, est-ce que Dam est la seule à mériter les attentions de son aimée mystérieuse ? Je vous laisse deviner la réponse.
۩๑ ๑۩ XXXVII. Pomme d'Amour ۩๑ ๑۩
En dépit de ses habitudes, et de sa nonchalance usuelle, Bob trottinait d'un îlot à l'autre. Il ne s'était jamais aventuré dans Sabaody, pourtant il s'y déplaçait avec l'aisance d'un local. La chasse était lancée et Bob devait faire appel à toute sa concentration, toute son intelligence pour ne point décevoir l'auteure de cette missive codée. Il voulait faire bonne impression. Il refusait d'échouer alors que sa comparse lui lançait un défi des plus intrigants.
Par chance, la traque ne s'éternisa pas.
En une bonne heure et demie, Bob parvint à un entrepôt désaffecté, sa destination finale. Un hôtel l'aurait surpris, alarmé même car sa comparse détestait l'évidence. Etant donné son rang et sa position, elle ne pouvait décemment pas s'afficher avec un pirate de son acabit. Elle ne risquerait pas sa place pour lui, mais le brun en aurait fait tout autant. Tous d'eux s'entendaient à merveille sur ce délicat sujet.
Après une rapide inspection, Bob pénétra la bâtisse avec quiétude et décontraction. Les mains fourrées dans ses poches, l'homme sentait toutefois son cœur s'emballer. Dans sa poitrine, le rythme s'accélérait et le sang battait avec impatience. Il ne le montrait guère, par fierté mais également par habitude. Le navigateur ne s'épanchait pas comme sa Capitaine, il restait l'homme blasé, toujours calme, jamais contrarié.
L'entrepôt était plongé dans l'obscurité et le silence.
Quand apparaîtrait-elle ? Comment le surprendrait-elle cette fois-ci ? Bob sentait son odeur, mais pour l'heure, elle ne semblait guère décider à rencontrer.
Bien que le pirate n'eût plus vu son amie depuis des années, il se souvenait de sa prédisposition pour les pièges raffinés. En pénétrant cet entrepôt vide de toute vie, Bob savait à quoi s'attendre. La Compotière ne s'offrirait pas à son regard sans en jouer, semblable à un prédateur fondant sur une proie inconsciente. Toutefois, contrairement aux victimes des appétits de carnivore, il ne risquait rien. Ses mains restaient dans ses poches, il ne redoutait aucune attaque, aucun dénouement tragique à cette soirée. Bob repartirait vivant, seulement plus épuisé qu'à l'accoutumée. Strain et Dam ne poseraient aucune question, ils se douteraient de tout sans qu'aucun mot fût échangé. Les trois amis se connaissaient assez pour comprendre la moindre variation dans leur comportement.
Ils comprendraient, quant aux autres… Bob haussa les épaules pour lui-même, l'équipage n'avait pas besoin de connaître ses frasques amoureuses et sexuelles.
Un bruissement, comme un souffle dans sa nuque lui tira un léger sourire. Elle était là, la dernière de ses amies, la dernière brebis galeuse d'Ostrad. En une poignée de secondes, la marine glissa une lame contre son gorge, tout en l'immobilisant pour lui empêcher toute retraite. Aussi rapide qu'à l'époque, cela n'étonnait guère Bob. Son attitude féline, couplée à son venin lui plaisaient.
— S'aventurer ainsi dans un entrepôt désaffecté, voilà qui n'est guère prudent… Ton empressement te rendrait-il inconscient, mon cher Bob ?
Le pirate ne tenta pas de se dégager, il acceptait la lame tout comme la voix suave de sa partenaire avec un semblant d'enthousiasme. Sans sourire, le brun n'en restait pas moins heureux.
Fai lui manquait, parfois.
— Si tu avais voulu me tuer, tu n'aurais pas attendu ce jour.
Il n'ôta pas les mains de ses poches, aussi nonchalant qu'à son habitude. Si Fai conservait son insolence égocentrique ainsi que sa noble assurance, Bob restait l'homme blasé, trop détendu pour s'inquiéter ou s'insurger contre cette entrée en matière.
— Je croyais que tu n'avais pas le temps de nous honorer de ta présence…
Seule sa voix, d'habitude monocorde, témoignait sa joie de retrouver la Vice-Amiral aux nombreux secrets.
— Tu comptais venir depuis le début, ou c'est une surprise de dernière minute ?
Un ricanement gracieux lui répondit.
— La Compote à ses raisons que tu ne peux guère comprendre.
Les lèvres de Bob se déformèrent en un sourire amusé, elle trouvait toujours les mots justes. À l'abri des regards, il pouvait bien se permettre une petite excentricité.
Ainsi, après un court instant de silence, les mains du navigateur délaissèrent la chaleur des poches pour glisser contre la lame de la Compotière. Ils la caressèrent une seconde, puis ses lèvres embrassèrent l'acier froid.
— Tu m'as manqué.
— On devient sentimental avec les années, mon cher Bob ?
— Peut-être.
Il écarta la lame de sa gorge puis saisit la main de Fai avant de se retourner vers elle. Sa longue chevelure verte n'avait rien perdue de son éclat. Elle rayonnait, et le navigateur des Noose s'imaginait déjà glisser les doigts entre les fils doux. Les yeux de la marine capturèrent son regard, et il sut que les mots ne suffisaient plus. Avec une grande douceur, Bob passa son second bras autour des hanches de la Compotière, puis il se pencha sur elle et lui déroba l'objet de ses désirs, un tendre baiser.
La nuit s'annonçait intense, éreintante même, mais pour une fois Bob ne s'en plaignait pas.
En vérité, il n'attendait que cela.
Je vous laisse imaginer la suite, même si vous vous doutez qu'ils ne vont pas passer leur nuit à trier leurs chaussettes.
Nos deux amoureux ont leurs besoins après tout !
