Plus le temps passe, plus je rêve de créer un animé avec mes petits personnages. J'imagine déjà l'opening, leurs aventures rendues réelles par l'écran et des hordes de fans qui shiperaient les personnages avec tout et n'importe quoi. Ce serait drôle, très étrange, mais si marrant.

Meh. Je n'ai pas les connaissances pour rendre cela possible. Restons donc à l'état d'histoire écrite, c'est tout aussi bien !


۩๑ ๑۩ XL. What the chèvres taught me ۩๑ ๑۩


Des gouttes salées souillaient le visage de la jeune Capitaine. Ses muscles tremblaient, tressautaient sous le coup des émotions qui l'accablaient. Elle surplombait le corps de son ami, Strain, le deuxième homme à qui elle confierait sa vie sans crainte. Son regard fixe transperçait son ennemi, et pourtant il ne pouvait omettre le sang et les entailles profondes de son compagnon cuisinier. Son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine, cherchait à bondir hors de a cage thoracique pour mordre le marine au physique monstrueux. Il fulminait, il ne pardonnerait ni la fourberie, ni la vilénie de cet inconnu détenteur d'un Fruit du Démon.

Face à cet homme, les mots ne suffisaient plus. Il se voulait imperturbable, un cœur de pierre dans une armure de glace. Dam savait au plus profond d'elle que sa langue bien pendue ne sauverait personne. Ses yeux tombèrent sur le cadavre déchiqueté de son fusil, lui non plus ne lui serait d'aucun secours. Elle devrait puiser sa force ailleurs, s'adapter à la situation et battre ce marine à son propre jeu.

Le son tranchant de l'air glissant sur un fil la tira subitement de ses pensées. Elle saisit le corps de Strain, puis se jeta sur sa gauche pour éviter le yoyo de la seconde marine. Aussitôt, l'inconnu au fruit du démon fondit sur elle.

« — Dis, papa ? Pourquoi tu n'as pas de chien pour surveiller les chèvres ? »

Les griffes acérées effleurèrent ses joues tandis que les corps entremêlés des deux pirates roulaient sur la mangrove.

« — C'est une très bonne question, laisse-moi y répondre par une autre. »

Un yoyo percuta l'abdomen de la pirate aux cheveux violets. La force de l'impact lui arracha un gémissement plaintif, mais ses mains refusaient de lâcher Strain.

« — Sais-tu pourquoi notre île est très reconnu, même si nous n'avons aucune grande caserne, aucun grand nom et que nous sommes sur le plus faible des quatre océans ? »

Dam se hissa sur ses jambes et tira un couteau des poches de son camarade évanoui. Au même instant, Scoop bondissait sur elle avec un sourire dément.

« — Parce que nos chèvres sont aussi redoutables que les lions d'ailleurs. Méfie-toi des chèvres d'Ostrad, disait toujours ma grand-mère, car en leur poitrine bat le cœur d'une armée déterminée à l'emporter. »

Soudain, la pirate relâcha la prise sur son ami et tomba au sol. Tandis que son ennemie arrivait sur elle, Dam projeta ses pieds dans son ventre avec la fureur d'une bête acculée. Un craquement sinistre et un cri de douleur lui répondirent, puis Scoop s'effondra quelques mètres plus loin, le ventre ensanglanté.

Le marine au fruit du démon en profita pour abattre ses pattes sur la violette. Il l'écrasa au sol sans pitié, le regard ancré dans celui de sa victime aux muscles tremblants.

— Tu ne fais pas le poids, accepte-le.

Une phrase, un ordre grondé entre des dents acérées. Dam tenta de se dégager de sa prise, mais la puissance de l'homme la surpassait. Il usait de ses pattes gigantesques pour broyer son cou, peu à peu la jeune femme se sentait suffoquer. Sa gorge la brûlait, son cœur s'emballait et le sang pulsait dans ses veines avec le désespoir d'un mourant. Sa conscience lui échappait, bientôt elle s'évanouirait, mourait sans doute mais elle refusait d'abandonner.

D'un coup, elle planta le couteau subtilisé à Strain dans la peau poilu de son adversaire. Elle s'accrocha au manche et glissa la lame le long du bras massif, la fureur de vivre illumina ses yeux argentés. Un cri dévastateur s'échappa d'entre ses lèvres, une impulsion soudaine qui déstabilisa le marine blessé. La jeune femme contorsionna son corps dans un effroyable bruit et enfonça le talon de sa botte dans fosse cubitale de l'homme, il fut obligé de la lâcher.

Dam recula, le souffle court, le sang au bord des lèvres. Cela fut insuffisant pour la sauver. En un instant, le marine abattit sa deuxième patte griffue sur son visage, le lacérant dans un grognement mécontent. Le corps de la pirate fut projeté deux mètres plus loin, un liquide rouge s'écoulait de gigantesques plaies, une terrible douleur l'empêchait d'ouvrir son œil droit. Son corps tremblait, des cris de souffrance voulaient s'enfuir de sa gorge, elle les retenait en mordant ses lèvres.

Le marine l'observait avec indifférence.

— Abandonne.

La pirate se hissa sur ses genoux, trébucha puis se redressa encore une fois. Sa tête lui tournait, le sang la rendait presque aveugle et pourtant elle se tenait là, droite et digne.

— « Méfie… Méfie-toi des chèvres d'Ostrad… »

Ses jambes se dérobèrent sous elle, elle se sentit tomber mais des bras salvateurs l'empêchèrent de toucher terre. Une voix familière, empreinte de neutralité, ajouta avec conviction :

— « Car en leur poitrine bat le cœur d'une armée déterminée à l'emporter. »

De nouvelles larmes s'écoulèrent de l'œil gauche de la jeune pirate, elle ne put retenir un sanglot tandis qu'une main lui offrait une caresse sur la chevelure.

— Bo… Bob…

— Désolé pour le retard, Capitaine. Ça ne se reproduira plus.

Il souriait, ce pirate à l'air toujours si blasé et indifférent lui souriait. Et par ce geste, que d'autres auraient considérés comme anodin, Dam comprit que la situation était pire que prévu. Une froide douleur se propageait sur son visage, dans son corps, au creux de ses veines. Bob retira ses doigts de sa chevelure courte pour faire face à son adversaire. Le marine au physique d'ours ne semblait ni blessé, ni ému par leur échange.

— Hm… Alors c'est toi qui dérobe des balles en granit marin ?

Le navigateur du Noose se contenta d'un haussement d'épaules, aussi nonchalant qu'à son habitude.

— Ça t'intéresse, vieillard ?

— Tu me livreras tes secrets, je peux te l'assurer.

— Tu ne m'as pas écouté, vieillard ? « Méfie-toi des chèvres d'Ostrad », en particulier lorsque tout le troupeau te prend en grippe.

Des hauteurs de la mangrove, un boulet de canon fusa sur le marine. À l'opposée, des balles tombèrent en rafale, telle une pluie diluvienne, sur lui. De par sa violence soudaine, l'équipage du Noose secouait la mangrove, dévastait Sabaody et ne se souciait guère plus de la discrétion. Kostas et Rica surgirent aux côtés de Bob, le premier tenait un canon et le second une arbalète modifiée.

— Laisse nos amis tranquille, l'empafé !

— Je dirais même plus, dégage si tu ne veux pas tâter de nos armes.

Non loin, Doc profitait de l'agitation et de la brume pour tirer Strain et Locke hors de portée. Quelques pirates l'aidaient dans sa tâche, tandis que Bob, Kostas et Rica faisaient face au monstre de la marine. Ce dernier était intact, à croire qu'aucune balle, aucun boulet ne l'avait effleuré. Seul un grognement, plus profond que les précédents, témoignait de son agacement grandissant.

— Vous commencez sérieusement à m'énerver…

Sous le regard médusé des pirates, le corps du marine se métamorphosa. Son costume vola en éclats, se déchira, tout comme ses bottes. Sa mâchoire se changea en une gueule massive, destructrice dont les dents faisaient la taille d'une main. Après quelques secondes, un ours au pelage blanc imposant fit face aux pirates.

— … Fini de jouer.


Le dénouement approche, j'espère que vous êtes prêt.e.s !