Désolée pour mercredi, j'étais complètement déphasée et j'ai oublié que j'étais censée poster un chapitre.
Ne me jugez pas trop durement… Je sais que je suis une petite nullasse !
۩๑ ๑۩ XLI. La fête est finie ۩๑ ๑۩
— On va jamais s'en sortir !
— Fuyez ! Fuyez tant qu'ils n'en ont pas après vous !
— Dam est tombée ! C'est fini pour nous !
— Fuyez !
— J'ai pas rejoint l'équipage pour ça ! Je refuse de mourir pour quelqu'un d'autre !
— Restez-là bandes de lâches !
La voix de Doc se perdit dans la cohue. Au milieu des ombres et de la brume qui s'épaississait, il protégeait trois corps, trois camarades abandonnés par leurs compagnons. À la vue des blessures infligées par deux marines, les pirates perdaient leur courage. Cinq s'enfuyaient déjà, deux autres hésitaient, quant aux autres, ils demeuraient immobiles saisis par l'horreur de la situation. Le sang rougissait la mangrove, Locke ne bougeait plus et Capitaine comme cuisinier ne répondaient pas aux appels désespérés du médecin.
Les hommes s'agitaient, la peur s'engouffrait tel un invisible poison en leur cœur.
— Quel genre de monstre a bien pu leur infliger ça… ?
— Strain et Dam… C'est pas possible !
— Personne n'a jamais réussi à les mettre à terre tous les deux…
— C'est la fin ! On est foutus !
Les dents du Doc grincèrent, tandis que ses mains moites se crispaient sur les corps de ses compagnons. Il devait agir au plus vite. S'il ne soignait pas leurs blessures rapidement…
— You won't go anywhere !
Un fil traversa la brume, à son bout un yoyo hérissé qui coupa la route aux fuyards. En un instant, une furie à la chevelure bleutée émergea, un sourire dément plaqué sur le visage. Son ventre saignait abondamment et pourtant elle se mouvait sans difficulté, à croire qu'aucun coup ne lui fût porté. À son approche, les pirates reculèrent, hurlèrent, implorèrent pour certains tandis que Doc avisait la situation. Au loin, le bruit des pistolets et des canons retentissait, les trois derniers meilleurs combattants de l'équipage se battaient de toute leur force.
Un fou rire soudain de la furie bleutée glaça le sang des pirates.
— Give up ! Give up, you idiots ! Give up or I will make you pay ! Give up and give me your foolish Captain. Give me the one I'm here for !
Le Doc ne comprenait pas un traitre mot de sa mélodie macabre, mais il refusait de s'attarder là, avec trois blessés sur les bras. Il fallait bouger, profiter de la brume pour rejoindre le navire et fuir sans se retourner.
Autour de lui, les pirates abandonnaient déjà leurs armes, il était seul à résister.
— Ressaisissez-vous, hurla-t-il en vain, votre Capitaine a besoin de vous !
Mais l'angoisse surpassait ses mots, aucun de ses compagnons ne bougeât. Doc devait s'interposer, repousser la marine qui se rapprochait à pas de loup. Elle riait, se moquait de ses ennemis paralysait et le médecin de l'équipage ne pouvait rien faire. Il ferma les yeux, tenta de se concentrer, visualisa son corps changeant et son pouvoir mais rien. Seul le silence lui répondait. Il n'y arrivait pas, même maintenant, il était incapable de recouvrer son courage et sa force d'antan.
La main de la furie se pencha sur lui, prête à le repousser sans douceur, lorsqu'une balle fendit la brume pour se ficher dans la paume ennemie. Puis deux hommes se jetèrent sur la gamine aux cheveux bleus, leurs poings frappèrent la mâchoire et la poitrine de la marine. Un cri déchira l'air, et la furie valdingua au loin.
Kostas et Rica se tenaient là, deux piliers indestructibles au cœur de la tempête.
— T'avise pas de toucher à notre Capitaine !
— Doc, commença Rica en saisissant Locke, il faut qu'on dégage au plus vite.
Le médecin hocha la tête, tandis que Kostas attrapait Dam et Strain pour les soulever.
— Barrons-nous avant qu'elle ne revienne !
— Et… Bob ?
Kostas et Rica échangèrent un regard entendu, Doc n'aimait pas la lueur qui brillait dans leurs yeux. Ses lèvres s'entrouvrirent, puis il remarqua le Log Pose du navigateur entre les doigts de Rica.
— Ne me dites pas que…
— DOC ! On bouge !
Le ton sans appel du canonnier glaça le sang du médecin. La main de Rica se referma contre son épaule, et le força à se redresser. En une faction de secondes, les jambes de Doc se mirent en mouvement tandis que la plupart de leurs camarades désertaient l'avenue embrumée. Le médecin jeta un regard en arrière, serra les dents puis accéléra l'allure.
« Montre-lui Bob. Montre-lui et reviens nous. »
۩๑ ๑۩
— Tu penses que tes balles m'arrêteront ?
Bob ne regrettait jamais rien.
— Tu as tort, et je te ferai payer ton audace.
Il ne regrettait ni son enfance banale, ni ses espoirs brisés par des paroles insensibles. Il ne regrettait pas ses années d'ennui, de lassitude à se chercher un but en vain.
— Abandonne et livre-moi ta Capitaine.
Il ne regrettait pas les caresses peu nombreuses et les baisers manqués, pas plus que son départ d'Ostrad sous les insultes de ses anciens camarades marines.
— Tu vas mourir pour rien, je la retrouverais et je remplirais ma mission.
Il ne regrettait pas cette aventure aussi folle qu'incroyable, ni les étranges compagnons qui les avaient rejoints en chemin.
— Tu seras mort en vain, petit pirate.
Un sourire éclaira son visage, l'ultime insulte qu'il arborait face au marine chauve.
Bob ne regrettait rien.
— Si tu l'dis, le vieux.
Il lâcha prise et tira de ses poches une dizaine de grenades armées. Ses mains les jetèrent de part et d'autres de l'avenue, puis le pirate bondit sur son adversaire. Malgré la force du marine, Bob le projeta au sol tandis qu'il brandissait une dernière grenade.
— De toute façon, j'ai jamais été doué pour satisfaire les attentes de mes proches.
Il retira la goupille, tout en immobilisant l'homme.
— Eux, en revanche vont t'en faire baver si tu survis à ça.
Bob ne regrettait rien, surtout pas avec la conclusion explosive qui arracherait sa vie.
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Absorbés par la déflagration, les yeux de Kostas et Rica s'humidifiaient au fil des secondes.
Leurs poings se serraient d'un accord silencieux, tandis qu'au derrière d'eux, Doc s'agitait au milieu d'une poignée de pirates livides.
Les cris se perdaient dans les flammes de l'incendie, les ordres dans la paralysie du corps et l'espoir entre les crocs acérés du brasier indifférent.
Le sang noircissait les planches du navire, et les larmes se mêlaient à l'amertume de la mer. Le bateau pleurait, saignait sous le poids des corps et des pertes.
Entre deux sanglots, la voix de Rica retentit.
— Kostas… ?
Les lèvres du canonnier tremblaient, mais aucune force ne leur permit de répondre.
— On va s'en sortir, hein ?
— Honnêtement, Rica ?
Le vent apporta dans son sillage l'odeur de la chair brûlée.
— … J'en sais rien.
La semaine prochaine, la conclusion de cette première partie !
