Chap 4 : Long ago and far away

"Votre épouse est vraiment très belle"

Le Docteur hocha la tête distraitement, sans cesser d'observer celle qui attirait tous les regards de la soirée, sa femme, River Song.

Tout le gratin d''Hollywood était pourtant assemblé lors de cette soirée caritative Greta Garbo, Judy Garland, Rita Johnson, Bette Davis, et tant d'autres dont le Docteur ne se souciait même pas. Et pourtant c'était River, la nouvelle étoile montante des studios de la 20th Century Studios, qui était définitivement la star de la soirée.

Pas que cela étonna le Docteur, car elle avait passé sa vie à charmer tous ceux qui l'approchaient. La faute à ses foutus cheveux de l'espace, sans nul doute.

Errol Flynn et Humphrey Bogart se querellaient depuis une heure pour attirer ses faveurs. C'était à qui lui apporterait du champagne en premier, à qui la ferait rire, à qui garderait son attention.

Et, quelque part, ça agaçait le Gallifreyen – bien qu'il n'aurait jamais admis pouvoir ressentir de la jalousie.

"Ça ne vous a jamais dérangé qu'il y ait un tel écart d'âge entre vous ?"

Humphrey avait du avoir un trait d'esprit particulièrement réussi car River éclata de rire, rejetant en arrière son admirable gorge ornée de diamants, et le Docteur n'y tint plus. Il jeta un rapide regard à Melvyn Douglas sans percevoir le fiel contenu dans sa voix – il avait pourtant appris plus tôt dans la soirée que ce dernier avait subit un camouflet de la part de sa femme – et lui fourra son verre à demi-vide dans les mains.

Puis, tout en rajustant son nœud papillon, il lui répondit sans la moindre ironie :

"Parfois, si, mais je l'ai attendue tellement longtemps que je lui pardonne bien volontiers l'inexpérience due à sa jeunesse."

Puis il planta là l'acteur et fendit la foule pour rejoindre sa femme.

Sans même jeter un regard aux deux soupirants de River il lui tendit la paume de sa main, l'invitant à la prendre.

"Veuillez m'excuser si je vous enlève mon épouse, mais je crois avoir reconnu les premiers accords d'une chanson que je lui ai un jour promis de toujours danser avec elle."

Il ne la quitta pas des yeux un instant et il vit ses lèvres frémir avant même qu'elle ne se mette à sourire. Un instant plus tard il sentit la douceur fraîche de la main de River dans la sienne et il l'attira à lui, puis sur la piste de danse.

La voix de Bing Crosby s'éleva alors que le Docteur posait sa main bien a plat au creux des reins de sa cavalière. Du bout des doigts il effleura la peau nue qui s'offrait à lui et il la sentit frissonner sous la caresse.

Long ago and far away

I dreamed a dream one day

And now that dream is here beside me

Long the skies were overcast

But now the clouds have passed

You're here at last

"C'est étrange, je ne me souviens pas de cette promesse, Sweety"

La voix chaude, un brin rauque, le fit vibrer de plaisir et il imprima les premiers mouvements de danse à leurs corps enlacés avant de répondre :

"Sans doute parce que je ne l'ai pas encore faite. Spoilers Professeur Song."

Chills run up and down my spine

Aladdin's lamp is mine

The dream I dreamed was not denied me

Just one look and then I knew

That all I longed for long ago was you

Pendant quelques instants il n'y eu plus qu'eux sur la piste de danse. La longue robe de River volait autour d'eux, épousant les gestes de sa propriétaire et bruissant doucement à chacun de ses pas.

Ils auraient aussi bien pu être seuls dans l'univers, perdus qu'ils étaient dans le regard de l'autre.

Comment ne pas tomber éperdument amoureux de cette femme ? Comment ne pas s'égarer dans ces yeux aux profondeurs insondables, comment ne pas vouloir embrasser à perdre haleine ces lèvres parfaitement peintes en rouge ?

Le Docteur n'en voulait pas à ces hommes de la désirer pour eux. Mais il voulait qu'ils sachent que c'était lui qu'elle avait choisi. C'était lui qu'elle avait choisi depuis la première fois, c'était lui qu'elle choisissait toujours. Il avait cette chance, bien qu'il ne sache pas vraiment ce qu'il avait fait pour mériter ça.

Il l'avait épousée. Encore. Pour faire taire les rumeurs, et parce qu'il était mal vu dans ces années là de vivre sous le même toit qu'une femme sans avoir les papiers prouvant la légitimité de leur union, il l'avait épousée aux yeux de tous.

Elle portait depuis ce jour là l'alliance qui l'unissait à lui et il avait accepté – pour elle – d'en porter une lui aussi. Cette coutume humaine lui avait toujours parue vide de sens, mais ce n'était plus le cas à présent. Ça ne pouvait pas l'être quand, à l'intérieur de leurs anneaux, était gravé en Gallifreyen circulaire "Ensemble ou pas du tout".

Certes, il savait qu'elle n'y croyait pas encore. Pas toujours, pas tout à fait. Il pouvait parfois percevoir le doute en elle, la crainte de le voir s'ennuyer des étoiles. Bien entendu River ne s'ouvrait pas à lui de ses insécurités, préférant rapidement masquer les dégâts plutôt que de lui parler. Heureusement il lui restait encore plus de 70 ans pour effacer toutes les ombres et les non dit entre eux.

Car si ces dernières années le Docteur avait parfois regretté d'être englué dans le temps, jamais il n'avait regretté d'être là, avec elle.

Just one look and then I knew

That all I longed for long ago was you

La chanson se termina trop vite au goût du Gallifreyn mais il vola encore quelques secondes au temps en dansant malgré le silence, la tête aux boucles sagement ordonnées de River reposant sur son épaule.

La soirée reprit ensuite ses droits, et Hollywood lui vola à nouveau sa femme.

Il parvinrent à s'échapper tard dans la nuit et un chauffeur les ramena à l'appartement cossu qu'ils partageaient depuis deux ans en ville.

C'était là, assis en bras de chemise sur le bord de leur lit, que le Docteur regardait la magnifique actrice se démaquiller devant sa coiffeuse et redevenir petit à petit sa River. Leurs regards se croisaient souvent dans le miroir et il ne pouvait empêcher ses jambes de rebondir un peu plus nerveusement sur le sol à chaque fois. Il devait lui parler, mais il ne parvenait pas à le faire.

"Docteur ?"

Sa voix le fit sursauter, il lâcha le tournevis sonique qu'il faisait tourner entre ses doigts - tournevis qu'il avait retrouvé dans sa poche à la sortie du cimetière. Rassilon soit loué, il avait du le fourrer là-dedans sans s'en rendre compte avant de quitter le Tardis – et celui-ci tomba sur le parquet avec un bruit mat qui le fit grimacer.

River soupira :

"Sweetie, il faut qu'on parle"

Le Docteur dégluti, hocha la tête et commença à tirer sur ses bretelles pour les retirer.

"Dans moins de trois semaines la guerre va éclater en Europe, nous ne pouvons pas rester ici."

A chaque fois qu'il pensait ne pas pouvoir aimer sa femme d'avantage, River parvenait à le détromper. Cela faisait des semaines qu'il repoussait cette discussion, qu'il n'osait pas lui demander de quitter ce qu'elle était parvenue à construire depuis trois ans. Elle semblait heureuse dans cette vie, comment pouvait-il lui demander de tout quitter ?

Mais bien entendu River était River. Elle était aventurière, archéologue, et savait très bien ce qui allait se passer le 3 Septembre 1939. Ailleurs on avait besoin d'eux. Ailleurs, de l'autre côté de l'océan, ils pourraient peut-être sauver des vies.

Le Docteur fut debout en un bond, et il lui fallu encore moins de temps pour traverser la pièce et venir embrasser avec ferveur la joue de River.

"Tu as déjà rencontré Turing ? Je me disais justement qu'on pourrait aller l'aider à créer sa Bombe. Tu sais, la manière dont Enigma chiffrait les informations et proprement fascinante et ça fait longtemps que je voulais aller étudier ça de plus près"

Il était à présent volubile, ses mains battant autour de lui avec animation, alors que River le regardait à travers le miroir, un sourcil haussé et un sourire narquois aux lèvres. Son idiot de mari avait-il vraiment cru qu'elle pouvait vouloir rester aux États-Unis alors que l'Histoire s'écrivait en Europe ?

Tout en l'écoutant bavarder, elle commença à retirer les premières épingles qui peinaient à retenir la masse de sa chevelure. Le Docteur prit ses doigts et les écarta avec douceur des boucles blondes, se mettant lui même à la tâche. Alors River posa ses mains à plat sur ses jambes, se contentant de le voir œuvrer à travers l'image reflétée.

Il déployait un véritable délicatesse dans son ouvrage, ses doigts agiles libérant ses cheveux des épingles métalliques sans jamais lui causer la moindre douleur. Et, tout en travaillant avec minutie, il continua son monologue volubile.

"Je pense qu'il vaut mieux attendre le début de l'année prochaine. Si nous commençons à prendre des cours de vol dès à présent – enfin surtout toi, moi je sais tout faire voler – nous pourrions traverser l'atlantique par nos propres moyens. J'ai pensé au North America T6 Texan, au Piper Club, ou même au Cessna AT-17 Bobcat. Tu as un préférence entre ces trois ?"

Sans même attendre sa réponse, il poursuivit :

"Si je ne me trompe pas Churchill m'aura déjà rencontré. Bon, il ne sera pas encore premier ministre, mais je crois qu'il pourra tout de même nous présenter Turing. Tu as déjà visité Bletchley ? Il sera sans doute plus sage de ne pas quitter l'Angleterre avant la fin de la guerre, on ne devrait pas encore trop se poser de question sur le fait qu'on ne vieillisse pas. De toute manière c'est là que nous pourrons le mieux combattre le Nazisme, qu'en penses tu ?"

Il croisa le regard vert, pétillant de malice, et secoua vivement la tête en passant ses doigts dans les boucles libérées.

"Non non non, River, ce n'était VRAIMENT pas un bonne idée ! Mels était bien trop impulsive, que serait-il arrivé si tu avais vraiment tué Hitler ? L'Allemagne aurait peut-être eu un chancelier plus retord et moins frontal. Tu est archéologue." - Il grimaça à ce mot – "tu SAIS que l'Allemagne rêvait d'une revanche suite à la première guerre mondiale".

Tout en parlant le Docteur massait le cuir chevelu de son épouse, profitant en catimini de la douceur incroyable des cheveux de l'espace.

River le laissa faire un moment puis se releva d'un mouvement souple, seulement vêtue de son déshabillé de soie noir. D'un même mouvement elle dégagea le visage de son mari de la mèche qui était une nouvelle fois venue lui barrer les yeux, puis l'attira à elle et posa un baiser sur ses lèvres pour enfin le faire taire.

"Oui."

Le Gallifreyen la ramena instinctivement contre lui, et se mordit la lèvre quand il vit la fine bretelle glisser de l'épaule dorée de River.

"Oui quoi ?"

Ses pensées étaient à présent accaparées par tout autre chose, si bien qu'il en avait oublié les trois quart de sa précédente tirade.

"Oui, tout."

Chuchota-t-elle dans un sourire pécheur, le regard braqué sur lui alors que ses doigts agiles commençaient à dénouer son nœud papillon. Il n'en fallu pas plus au Docteur pour fondre sur les lèvres tentatrices tout en entraînant son épouse vers leur couche.

notes : watch?v=2_uJOX4xe4E chanson sur laquelle ils dansent

. robe et coiffure portées par River