Auteure: Tch0upi
Disclamer: Les personnages appartiennent à Masashi Kishimoto.
Pairing: NaruSasu
Rating: T (pour possibles futurs lemons)
Chapitre 3 : Animosité
Le bal. Danser. C'était pas trop mon truc. Sakura m'avait demandé si j'avais l'intention d'inviter Hinata et je n'avais pas encore répondu à cette question. Hinata et moi étions sortis ce weekend. Nous étions allés nous balader pendant un après-midi complet puis nous avions fait nos devoirs dans ma chambre. Je devais admettre que ça avait été agréable... et je préférais que les choses continuent à évoluer doucement.
Sakura, de son côté, continuait à chercher par tous les moyens comment aborder Sasuke afin de l'inviter au bal. Elle était certaine que c'était une bonne façon de se rapprocher de lui, et que ça passerait mieux que de carrément lui demander en face de sortir avec elle. J'étais bien d'accord avec elle.
Mais Sasuke, il... il vivait reclus et était presque devenu invisible — si autrefois il avait été la brute attitrée du lycée, parlant fort et marchant sur les pieds des autres, aujourd'hui il était discret et arrivait à se faire oublier. Ses amis étaient encore aussi bruyants et envahissants, par contre. Ils prenaient toute la place à la cafète, et ils s'étaient trouvés d'autres victimes à harceler — sans m'oublier, surtout. J'étais toujours leur proie préférée après tout.
Derrière le bâtiment du lycée — qui était une architecture si vieille et si hideuse qu'elle ressemblait plutôt à une ancienne prison — il y avait un terrain de foot, entouré d'un parc d'un côté et de l'autre du campus qui était vaste et couvert de pelouse. J'y avais mon petit coin tranquille, assez reculé et loin du terrain, où la plupart des « populaires » y avaient élu leur quartier général. Ici, dos contre mon arbre préféré, j'avais la paix.
J'étais en train d'étudier là, appréciant la brise matinale douce et fraîche, lorsque Hinata apparut soudainement. Je levai ma tête tandis qu'elle s'approchait, haletante et rouge au visage, comme si elle avait couru jusqu'ici. Je fronçai les sourcils en la voyant, son expression inquiète et paniquée. J'allais lui demander ce qui se passait, quand elle lâcha d'un souffle :
-Naruto, viens vite, c'est Lee !
Je m'empressai de ranger mes cahiers. Hinata était déjà repartie à la course. Je la suivis, et nous entrâmes dans le bâtiment du lycée par les portes arrières. Je la suivis dans les couloirs, parmi tout le monde, poussant sans le faire exprès quelques personnes ici et là et marmottant des excuses. Elle s'arrêta dans un couloir où je pus voir un rassemblement, si nombreux que je ne pouvais pas voir ce qui se passait au centre. Hinata s'arrêta et me lança un regard peiné.
-Ils s'en sont pris à Lee, et ils l'ont même cogné... Il a juste voulu se défendre, et...
J'acquiesçai. Sakura était là, et lorsqu'elle me vit, elle me rendit mon expression exaspérée. Je me faufilai parmi les gens, les repoussant, Hinata et Sakura à ma suite.
Puis je vis un garçon par terre, qui essayait de se relever, mais les deux brutes l'obligeaient à rester au sol. Le garçon s'appelait Rock Lee. Je ne le connaissais pas très bien, mais je savais qu'il n'était pas le garçon le plus socialement accepté ici. Et les deux brutes ? Un blond, qui s'appelait Deidara, et un roux, qui se nommait Sasori. C'étaient les deux chiens de garde de Sasuke, qui avaient comme occupation principale à l'école de répandre le chaos dans les couloirs. Les deux mêmes idiots qui avaient fait tomber Hinata quelques semaines plus tôt, le jour de l'accident de Sasuke.
-OK, il n'y a rien à voir, le spectacle est terminé ! criai-je en me retournant vers tous les curieux qui s'étaient rassemblés. Foutez-moi le camp ! Merci beaucoup !
Deidara leva la tête vers moi, et un rictus carnassier se dessina sur ses lèvres. Sasori m'aperçut à son tour et poussa un rire.
-Tiens, l'autre intello du bahut ! lança-t-il. T'es venu prendre sa place ?
-Laissez-le tranquille, grondai-je.
-Sinon quoi ?
Un autre garçon se faufila parmi la foule qui se dispersait lentement. Un garçon aux longs cheveux bruns qui me rappela subitement Hinata, un garçon que j'avais déjà croisé auparavant sans vraiment connaître.
-Neji, fit cette dernière dans mon dos.
Il marcha d'un pas assuré et confiant vers le garçon par terre qui avait commencé à se dresser sur ses coudes. Son regard pâle lançait des couteaux.
-Ça suffit ces plaisanteries, cracha-t-il. Laissez-le tranquille.
Une fille brune le suivait à la trace, ses cheveux remontés. Je les regardai sans dire un mot. Ils aidèrent tous deux Lee à se relever pendant que Deidara et Sasori restaient là, moqueurs et hautains.
-Vous trouvez ça amusant de vous attaquer à des gens qui n'ont rien fait de mal ? s'emporta la jeune fille.
-Tenten, ça va, c'est pas la peine, marmonna Lee.
Le sourire de Sasori s'agrandit tandis que Deidara étouffait un petit rire.
-C'est ta maman ? s'esclaffa le blond. Elle est venue te chercher ? Tu vas aller pleurer sur son épaule dis ? Et elle va te donner ta suce ?
Mes poings étaient devenus serrés de chaque côté de mon corps. L'autre jeune homme, Neji, posa une main sur l'épaule de Lee.
-Allons-y, laissons ces crétins continuer leur délire tous seuls.
Tenten l'encouragea aussi, et Lee se détourna, m'apercevant au passage. Et ce que je vis dans son regard m'obligea à réagir, à ne pas rester là sans rien faire. Dans ses yeux, il y avait cette étincelle, camouflée, cachée, étouffée. L'envie de se lever debout, de se retourner, de leur mettre à tous les deux une bonne droite directement sur la mâchoire, mais pour une raison ou une autre, il décidait de ne rien faire.
Et je me souvins, comme dans un flash soudain, de mon enfance. De mes années au collège, de quand j'étais petit et frêle et que les plus grands s'amusaient à me brutaliser. À me pousser dans la boue dehors, les jours de pluie. À me mettre la tête dans les toilettes. Cette façon qu'ils avaient de me faire sentir petit et misérable, faible, insignifiant, à me faire me sentir comme si personne dans ce monde ne me voulait. Et ils avaient réussi. Pendant si longtemps, ils avaient réussi à me faire croire que je ne méritais pas d'être parmi les autres, à me faire croire que j'étais inférieur. Que je ne méritais pas d'avoir des amis ou même d'être un homme. Et je ne pouvais pas accepter ça.
La colère explosa en moi. Sans plus, je fis un pas puis deux et plaquai violemment Deidara sur le mur. Son rictus de merde s'effaça aussitôt, remplacée par une expression de surprise, alors qu'il s'étranglait presque sous ma poigne.
-T'as pas fini de jouer aux durs et faire comme si t'étais le roi de ce putain de lycée ? sifflai-je. Toi et les gens dans ton genre vous me sortez vraiment par les yeux !
Quelqu'un me poussa tout aussi violemment, m'obligeant à lâcher le blond. Celui-ci faillit s'écrouler sous le choc, et moi je fus propulsé au sol. C'était Sasori. Je me redressai en moins de deux et envoyai mon poing sur sa mâchoire. Il ne le vit pas venir : il bascula à son tour, lâchant un cri de douleur.
-Naruto, arrête ! s'exclama Sakura.
Tout le monde s'était mis à gueuler. J'entendis Sakura essayer de me convaincre que ça ne valait pas la peine de me battre avec eux. Mais ce fut quelqu'un d'autre qui parvint à me sortir dans ma transe. Un toussotement, et je me tournai, jambes écartées et légèrement incliné devant Sasori qui était par terre, mon poing levé, prêt à lui en foutre un deuxième.
Sasuke était là, appuyé sur ses béquilles, l'expression ennuyée et impassible, froide. Ses yeux noirs, rivés directement sur moi. Sa jambe toujours droite et rigide, enveloppée dans un plâtre épais. Le côté de son visage violacé, faisant ressortir le blanc de ses yeux. On aurait cru qu'il était maquillé.
Je ne bougeai pas pendant un moment qui me parut très long. Personne ne bougea, d'ailleurs. Tout le monde s'était figé à son arrivée, à croire que sa présence nous rendait tous mal à l'aise. Je crois que personne ne s'était remis du choc, personne ne s'était remis d'avoir cru pendant de longs jours qu'il serait peut-être handicapé à vie ou peut-être même mort.
-Vous êtes sur mon chemin, lâcha simplement Sasuke.
Incrédule, je tournai la tête de l'autre côté pour voir les portes de la bibliothèque. C'était sûrement là que Lee avait eu l'intention de se rendre également un peu plus tôt. Je ravalai ma salive, et au même moment, des pas précipités se firent entendre.
Génial. Le principal ainsi qu'un prof apparurent derrière Neji et Tenten. Jiraiya : le pervers qui nous servait de directeur et Kakashi : le prof de gym. J'abaissai mon bras. Sasori, par terre, essuya le sang qui coulait sur sa lèvre et se redressa. Deidara, à côté de moi, restait silencieux, sonné par mon intervention.
-Hé oh ! Les jeunes, qu'est-ce qu'il se passe ici au juste ? demanda Jiraiya.
-C'est rien, un malentendu, marmonnai-je, le premier.
-Ce malade m'a sauté dessus comme un chien enragé, se plaignit Sasori.
-Quoi ? ne pus-je m'empêcher de rajouter.
-OK, OK, fit Kakashi en levant les mains.
-Vous trois, à mon bureau immédiatement, ordonna Jiraiya en élevant la voix.
Sur ce, il pivota et partit sans plus. Kakashi nous lança un dernier regard avant de repartir, non sans hocher la tête en direction de Sasuke — il était son entraîneur de gymnastique. Neji et Tenten firent signe à Lee qu'il était temps d'aller en cours avant d'être en retard. Lee me regarda sans rien dire, s'attardant un instant, puis disparut avec ses amis.
Sasori se releva à mes côtés. Il irradiait de colère.
-Toi t'es vraiment dans de sales draps, Uzumaki !
J'allais répliquer, mais Sasuke nous interrompit :
-Bon vous avez fini vos mélodrames ?
Sasori et moi tournâmes la tête de concert vers lui.
-Et ton problème c'est quoi, Uchiwa ? grogna Sasori.
-Mon problème c'est une bande de singes bruyants qui me bloquent le passage, rétorqua-t-il sans même hésiter, d'une voix si glaciale que le changement de température fut presque palpable autour de nous.
Sa voix grave parvint même à faire retrousser les poils sur mes bras. Sasori le reluqua de haut en bas.
-Tu te crois vraiment au-dessus de tout le monde, hein ? Je te rappelle que c'est fini le temps où tu t'amusais sur ta branche d'arbre ! Tu t'es ramassé la gueule alors descends de ton piédestal une bonne fois pour toutes, t'es au même niveau que nous tous maintenant !
Sasuke ne broncha pas. Moi qui croyais qu'ils étaient amis. Avais-je manqué quelque chose ? À part le fait que Sasuke ne mangeait plus avec eux à la cafète le midi, et qu'il se terrait toujours dans son coin... J'aurais cru que ce n'était qu'une passe, qu'il n'était pas d'humeur et qu'il se remettait doucement de son accident. Là, c'était carrément autre chose. C'était la guerre.
-Laissez-moi passer, répéta-t-il lentement.
-Ouais ça va, ça va ! s'énerva Sasori en faisant signe au blond de le suivre. À vos ordres, votre Seigneurie !
Il mima une inclination devant Sasuke, avec du dégoût et du sarcasme dans chacun de ses mouvements, puis il partit, le blond à ses trousses.
Je me décalai légèrement sur le côté. Sasuke entreprit de s'avancer vers les portes de la bibliothèque, mais je l'interceptai lorsqu'il passa devant moi.
-C'était quoi, cette scène ? Je croyais que vous étiez amis.
-Et ça te regarde, peut-être, Uzumaki ?
-Ils ont beau être des crétins finis, toi aussi d'ailleurs, mais ce sont tout de même tes amis.
-Ça va la leçon de morale, je ne suis pas d'humeur.
-T'es jamais d'humeur, enfoiré.
Sur ce, je le contournai et passai en coup de vent, prenant la direction du bureau du principal.
Ça allait être une journée de merde.
-Alors tu comprends que je vais devoir appeler tes parents.
J'acquiesçai vaguement au ton réprobateur de Jiraiya. C'était un homme dans la cinquantaine, les cheveux déjà tout blancs et longs. Il était très large et grand, et je ne l'avais jamais vu habillé proprement. Comme un directeur d'école, je veux dire. Il portait toujours un jean décontracté et des tee-shirt de vieux groupes de musique. Il avait l'air d'un vieil ado. Et sur son bureau, traînaient de vieux magazines PlayBoy ouverts, à la vue de tous.
Sasori et Deidara avaient eu chacun leur tour, et maintenant c'était le mien. Voilà maintenant dix minutes qu'il me rabattait les oreilles, me disant que se bagarrer n'était pas la solution idéale.
-Bon, j'imagine que tu as compris, tu es un garçon intelligent. Je ne te donnerai pas de sanction. La punition que tes parents te donneront sera bien suffisante.
-Trop gentil, soupirai-je.
-Tu peux y aller, continua-t-il. Voici ton motif de retard.
Je me levai après avoir attrapé d'une poigne brusque le bout de papier.
-Et j'ai entendu ! lança-t-il.
Je lui tournai le dos en levant les yeux au ciel.
Je crus que la journée ne se terminerait jamais. Lorsque enfin la dernière cloche retentit, je poussai un soupir de soulagement. Je pris mes affaires et sortis de la classe sans tarder.
Mais dans le couloir, je tombai sur Lee. Je fus si surpris de le voir apparaître soudainement que je faillis lui foncer dessus. Il sourit en me voyant.
-Salut Naruto !
-Hey, fis-je simplement.
-Je voulais juste te remercier, c'était cool ce que t'as fait ce matin.
-Je les ai juste remis à leur place.
Lee perdit lentement son sourire. C'était un garçon vraiment étrange : à commencer par son look vestimentaire. Il était habillé de vert des pieds à la tête. Et c'était sans parler de sa coupe de cheveux, une coupe au bol, et de ses sourcils épais. Il n'était pas doué pour se mettre en valeur, ça c'était évident. Mais il paraissait sympa.
-J'aimerais avoir autant de courage que toi. Enfin... Merci !
-Pas de quoi Lee.
Il sourit puis continua son chemin. Je restai un instant immobile, prenant doucement conscience de la sensation de chaleur dans mon ventre. Quand avait été la dernière fois que quelqu'un, autre que Sakura, était venu vers moi ? J'étais si habitué de repousser les gens comme la peste...
Je mis mon sac sur mon épaule et passai à mon casier prendre ma veste et y laisser quelques bouquins, ceux dont je n'aurais pas besoin aujourd'hui pour mes devoirs. Après quoi je pris le chemin vers la sortie du lycée. Je marchai vers les grilles, vers le trottoir en direction de l'emplacement où j'avais garé la voiture de mon père.
Sauf que, au tournant des grilles, je vis Sasuke, appuyé contre celles-ci et tenant son téléphone contre son oreille avec une expression... que je n'avais jamais vu sur son visage autrefois. Même dans mes rêves, ce visage là, ces traits n'avaient jamais pris cette expression si vulnérable, si...
Il paraissait choqué, triste même. Appuyé sur ses béquilles, une main tenant son téléphone, son sac par terre à ses côtés. Son visage amoché. Je ne sus pas vraiment pourquoi, mais je ne bougeai plus, et le regardai. Je le regardai en me demandant comment c'était possible d'être aussi physiquement parfait. Même après être tombé de dix mètres, même avec une jambe cassée, même avec un hématome affreux qui lui couvrait la moitié du visage, Sasuke était magnifique.
Et bien malgré moi, j'entendis tout ce qu'il disait à son interlocuteur :
-Salut m'man, je... c'était juste pour savoir si tu pouvais venir me chercher, hum... Itachi a laissé un message, il est pris à son travail, alors... c'est ça, bye.
Mon coeur se serra. Il ne parlait à personne. Il était en train de laisser un message. Sa main s'abaissa et il rangea son téléphone dans sa poche, tandis que moi je compris ce qui se passait.
-Qu'est-ce que tu regardes, enfoiré ? grogna-t-il lorsqu'il me remarqua.
Il portait une casquette, ses longues mèches rangées de chaque côté de son visage. Le soleil de fin d'après-midi le faisait paraître un peu moins pâle que d'ordinaire, mais je pouvais voir que ça n'allait pas.
-Est-ce que quelqu'un va venir te chercher ? demandai-je plus doucement que d'habitude.
Il parut surpris de nouveau. Se renfrognant, il détourna la tête.
-C'est pas de tes oignons.
-J'ai pas pu m'empêcher d'entendre, pardon pour ça. Je t'emmène si tu veux.
J'ignorais quelle mouche m'avait piqué. Mais même si je ne pouvais pas le supporter, je n'étais pas non plus un salaud fini. Sasuke avait la jambe cassée. Et je ne pouvais pas le laisser rentrer chez lui à pieds. Il habitait à quelques maisons de chez moi, c'était impossible de marcher jusque là dans son état.
Les bras croisés, il regarda droit devant lui.
-Je ne sais pas si tu l'as remarqué, mais monter sur une moto n'est pas l'idée du siècle.
-Eh bien t'as de la chance, j'ai la voiture de mon père aujourd'hui.
Curieux, Sasuke me regarda.
-T'as détruit ta moto ?
-Non, y'avait un petit pépin avec le moteur, c'est tout, elle est en réparation. Bon, t'arrête de faire ton sale type et tu viens ?
-Je n'ai jamais dit oui.
Je poussai un profond soupir.
-Tu fais comme tu veux, hein. En attendant, t'as la jambe dans le plâtre et personne pour ramener tes fesses chez toi.
Je le vis faire la moue, ses yeux meurtriers se posant sur moi et je pouvais presque entendre ses pensées toutes aussi agréables.
Après plusieurs secondes, planté là comme un crétin à attendre que le mec le plus perfide et méchant du lycée prenne sa décision, je me mis à me demander ce qui pouvait bien me prendre à l'idée d'être gentil. Il fallait bien que mon ennemi ait une jambe cassée pour que je lui offre ma courtoisie.
Mais le crétin me fit attendre. Si longtemps que je finis par perdre patience.
-Bon alors, princesse, tu décides ?
-Je ne ne veux pas de ta pitié.
J'allais me retourner quand il ajouta :
-Mais j'imagine que je n'ai pas le choix.
Sasuke Uchiwa était vraiment devenu humain. Pour la deuxième fois depuis son accident, il marcha sur son orgueil et accepta mon aide. Et d'ailleurs, pourquoi fallait-il encore une fois que ce soit moi qui soit sur son chemin en un tel moment ? Ça aurait pu être n'importe qui.
Il se décolla des grilles et fit mine de se pencher pour récupérer son sac, mais je m'avançai et le pris à sa place. Pourquoi étais-je si gentil ? Sasuke avait passé sa vie toute entière à faire de la mienne un enfer. Je marchai jusqu'à la voiture de mon père qui était stationnée à quelques pas de là. Je balançai son sac sur la banquette arrière et l'aidai à monter.
Tout ce fit dans un silence inconfortable. C'était bizarre. Et étrange. Sasuke se laissa faire, et attacha sa ceinture quand j'eus terminé de l'installer. Je me demandai en contournant la voiture et en m'asseyant à mon tour s'il aurait fait la même chose pour moi. Si les rôles avaient été échangés. Quelque peu gêné, je me plaçai derrière le volant et lançai un regard au garçon assis à côté de moi.
Le même garçon que je détestais le plus au monde. Le même qui avait hanté mes cauchemars quand nous étions tout petits. Je mis le contact et pris le chemin de ma rue, qui était aussi la sienne...
Et aucun de nous deux ne dit un mot. C'était si étrange, qu'il soit assis là, dans la voiture de mon père. Pendant que je conduisais sur la route tranquille et paisible, un million de questions me venaient en tête. Que m'avait-il pris ? Sasuke n'avait jamais une seule fois dans sa vie été gentil avec moi. Il ne méritait aucunement mes bonnes intentions. Mais je n'aurais pas pu le laisser là sur le trottoir, c'était cruel, qui sait à quelle heure sa mère aurait retourner son appel ?
Et lorsque le silence se fit insupportable, je me raclai la gorge.
-Alors ? Qu'est-ce qui s'est passé avec tes potes ?
De côté, je vis Sasuke se tourner brusquement vers moi.
-Je t'ai dit que ça te regardait pas.
-Je veux juste savoir ce qui te prend. T'as un tas d'amis et tu les repousses. Je pige pas.
-C'est ça, tu pige pas. Tu peux pas comprendre alors laisse-moi.
-Tu sais que tu pourrais au moins être reconnaissant ?
-Ah oui et de quoi ? répliqua-t-il, le sarcasme et la cruauté suintant de sa voix grave.
-De moi qui te ramène chez toi, premièrement. Et d'être en vie.
Je n'eus pas besoin de me retourner pour savoir qu'il avait agrandi les yeux et qu'il me fixait encore.
-D'être en vie, répéta-t-il dans un souffle qui sonna presque douloureux, mais surtout dégoûté, comme si ce que je disais n'avait absolument aucun sens.
-Tu aurais pu te casser la nuque ou pire encore, la colonne. Tu aurais pu ne jamais remarcher, et être paralysé pour le restant de tes jours.
-Pourquoi tu n'avouerais pas simplement que t'es déçu ? s'écria-t-il.
Me figeant d'un coup, je me tournai. Mes mains étaient devenues moites sur le volant.
-Quoi ?
-Tu aurais préféré que je reste plus longtemps à l'hôpital. Que j'y reste même pour toute l'année scolaire.
Ses paroles firent écho aux miennes, et ce fut un choc si soudain et si inattendu, que je me sentis perdre pied un moment. Sasuke me fixait avec du feu dans les yeux. De la haine. De la vulnérabilité.
-Et si c'était vrai ? dis-je sans me contrôler.
-T'es vraiment un putain de trou de cul.
-Et toi t'es un saint peut-être ?
J'avais élevé la voix. Je devais rêver, ma parole. Non mais pour qui se prenait-il, celui-là?
-Tu veux que je l'admette ? Parfait alors écoute-moi bien. Oui, oui je suis déçu. Parce que ton accident t'a peut-être casser la jambe, mais ça ne t'a pas replacé les esprits, t'es toujours un sale con. Un enfoiré. Tu joues à la victime alors que ton accident aurait pu être cent fois pire, tu fous le blâme sur le monde entier, tu repousses tes amis et t'es incapable de voir le bon côté des choses. Alors ouais, j'aurais préféré que tu sois plus amoché, que tu te sois cogné la tête au point d'en devenir quelqu'un d'autre. Quelqu'un que je pourrais peut-être supporter !
J'étais en train de crier. Le silence qui suivit mon discours fut si profond et si... lourd, que je me sentis terriblement mal pendant un petit moment. Je m'étais laissé emporter, et... peut-être que j'y étais allé un peu fort. La culpabilité me prit et me tordit l'estomac.
Sasuke ne rajouta rien à mes mots. Un rapide coup d'oeil m'apprit qu'il avait détourné la tête de l'autre côté.
Cinq minutes plus tard, j'arrêtai la voiture en face de sa maison. J'attendis quelques secondes avant de réaliser qu'il ne serait pas capable de sortir tout seul. Je débouclai ma ceinture avec des doigts tremblants et sortis pour aller le rejoindre. Je l'aidai à sortir et récupérai ses béquilles que j'avais laissés sur la banquette arrière avec son sac. Je lui remis le tout, puis me raclai la gorge maladroitement.
Sasuke commençait déjà à s'éloigner, mais je lui attrapai le coude brusquement. Mais qu'est-ce que je faisais ?
Il se débattit, mais il n'était pas en position pour me résister. Son regard féroce se posa sur moi et je continuai, dicté par l'instinct.
-Je... je n'ai pas souhaité sincèrement... ce qui t'es arrivé. Et j'espère que tu me crois.
Il ne dit rien. Il ne fit que me fixer ainsi, les yeux durs et froids, longtemps, jusqu'à ce qu'il fasse un mouvement sec du bras pour que je le lâche. Ma main se détacha aussi rapidement. Et sans plus, il me tourna le dos et se dirigea vers l'escalier menant à sa porte.
Je rentrai chez moi par la suite, ayant l'impression désagréable d'avoir fait quelque chose de mal.
Naruto Uzumaki était probablement né dans le mauvais corps. Vous n'aviez qu'à le regarder dans les couloirs, marchant tête baissée, plongé dans ses livres. Beaucoup plus large que la plupart des gars de son niveau, il portait des vêtements ringards, serrés, des vêtements qui ne cachaient rien de sa carrure. Lunettes sur le nez. Sac à dos sur les deux épaules, il ressemblait à un mec de vingt-cinq ans au milieu d'une classe de maternelle.
Il traînait avec des intellos. Il les défendait. J'ignorais pourquoi il n'était pas plus apprécié, pourquoi c'était moi qui avais toute l'attention. Avant mon accident, j'adorais cette vie. Mais maintenant, j'avais envie de disparaître.
J'entrai chez moi et claquai la porte, essayant de faire taire la voix de Naruto, et toutes ces choses qu'il venait de me dire. Le fait qu'il avait eu raison. Le fait qu'il aurait préféré que je me réveille avec une nouvelle personnalité. Pourquoi est-ce que ça m'affectait autant ?
Un bout de papier avait été laissé sur la table de l'entrée.
Je suis allée faire des courses. Je serai de retour avant le dîner. N'essayez pas de me rejoindre, j'ai laissé mon portable à la maison, la pile est morte. Bisous mes poussins.
-Maman
P.s. Sasuke, tu as reçu du courrier. Je l'ai déposé juste à côté.
Je posai mes yeux sur l'enveloppe blanche juste à côté. Lorsque je vis l'en tête familière, mon coeur dégringola au fond de mon estomac. Je me sentis pâlir. J'aurais préféré monter à ma chambre pour la lire mais monter l'escalier était chose improbable, tout seul. Itachi était censé me ramener, mais il avait eu un empêchement au boulot. Mon père travaillait également, et ma mère était sortie. J'étais tout seul.
Je retournai l'enveloppe et la décachetai.
Mes mains tremblaient.
Il me sembla ressentir encore le choc de ma chute. Je n'avais pas beaucoup de souvenirs du moment où je m'étais étalé la figure au sol, mais je me rappelais de la sensation du vide qui m'avait accueilli, et la panique qui m'avait pris entre ses griffes quand j'avais perdu pied là-haut.
Mon estomac se tordit douloureusement tandis que je retirai d'un mouvement sec la lettre.
La lettre de l'École de cirque, à laquelle je m'étais inscrit quelques mois avant ma performance. Une École professionnelle qui me faisait rêver depuis que j'étais enfant.
Mes yeux se remplirent de larmes tandis qu'ils balayaient les premières lignes de la lettre, qui disaient que j'avais été admis.
Et j'éclatai en sanglots.
À suivre...
