Auteure: Tch0upi

Disclamer: Les personnages appartiennent à Masashi Kishimoto.

Pairing: NaruSasu

Rating: T (pour possibles futurs lemons)


Chapitre 7 : Aller de l'avant

Sasuke

Je mis à peine un pied chez moi, ce soir-là, que mon père apparut dans le couloir, venant de la cuisine. J'entendais les bruits distincts de ma mère qui préparait le souper. Je regardai le visage fermé de mon père en retirant mes chaussures un pied après l'autre sans prendre la peine de me pencher – l'opération me provoquerait des douleurs inutiles.

J'attendis qu'il prenne la parole. Il se tenait droit comme un piquet et me fixait, l'air sévère et les bras croisés, il avait forcément quelque chose à me dire, non ? Mais il restait là, si bien qu'après un trop long moment, je perdis patience.

- …Oui ?

- Est-ce que ça va ? demanda-t-il en louchant sur ma jambe.

Je baissai la tête un instant, puis haussai les épaules. Cette réponse sembla ne pas satisfaire mon père. Je m'en fichais, c'était tout ce qu'il allait avoir de toute façon. Son soupire sonore ne me dérangea pas. Je me tournai vers l'escalier et m'en approchai, prêt à monter. Mais mon père reprit la parole :

- Une minute, jeune homme.

Je m'arrêtai, une main sur la rampe, puis me tournai.

- Quoi ?

- As-tu beaucoup de devoirs et d'études ce soir ?

Je fronçai les sourcils, étonné de la question. Ce n'était pas dans les habitudes de mon père de me demander ça. Je n'avais plus sept ans. Pourquoi, soudainement, tenait-il à s'assurer que je ferais mes devoirs ?

- Un peu, marmonnai-je. Pourquoi ?

- Il faut qu'on discute. Ce soir. Toi, ta mère et moi.

- Pourquoi ? réitérai-je. De quoi ?

- Ton avenir. Les dates limites d'inscription à l'université approchent.

Ses paroles s'ancrèrent en moi comme du poison. Mon dos se raidit et mon sang se glaça dans mes veines. Mon visage dût se fondre en une grimace, puisque mon père soupira une nouvelle fois.

- On doit vraiment faire ça ce soir ? Je suis fatigué.

- Si. Je refuse de prendre ce dossier à la légère. Sasuke, c'est de ton avenir dont il…

- Je sais, je sais !

Ce fut à mon tour de soupirer. J'étais sur la deuxième marche, donc de quelques centimètres plus grand que mon père. Je posai mon regard sur lui.

- Peu importe ce que toi et maman allez me dire… bougonnai-je. Ça ne va pas me faire changer d'avis.

- Pourquoi n'essaierais-tu pas de nous écouter avant de décider sur le coup de la colère ?

- Je ne suis pas en colère.

Mon père inclina légèrement la tête sur le côté, comme pour me faire comprendre qu'il ne me croyait pas du tout. Bon, d'accord, j'étais en colère. Mais ma décision était réfléchie. Ma décision était prise. Ma décision était prise depuis des années. Il était hors de question que je fasse autre chose de ma vie.

- Sasuke, c'est normal d'être en colère, continua mon père.

Sa voix était plus douce. Il avait décroisé les bras, qu'il gardait de chaque côté de son corps. L'une de ses mains s'éleva pour venir s'appuyer sur la rampe de l'escalier, non loin de la mienne.

- C'est normal d'être bouleversé après ce qui t'est arrivé. C'est normal que tu sois une boule de nerfs et que tu en veuilles au monde entier. Je comprends, fiston. Je comprends vraiment, contrairement à ce que tu dois t'imaginer.

La réaction que j'aurais dû avoir : m'énerver, faire une scène, monter en furie et claquer la porte de ma chambre assez fort pour faire tomber les cadres accrochés au mur du couloir. Mais, pour commencer, ma jambe ne me permettrait pas de m'empresser de cette façon, et puis, mon père était rarement d'une telle tendresse envers moi. Ses mots, sortis de la bouche de n'importe qui d'autre (Naruto, par exemple), m'auraient fâché. Mais c'était mon père. Même si j'avais envie de rester énervé, il m'apportait un peu de réconfort.

Je baissai la tête vers sa main qui était près de la mienne. Je la retirai puis gardai mes yeux fixés sur mes pieds.

- OK, ça va, on discutera.

Mon père s'approcha sans un mot, monta deux marches et me tapota l'épaule gentiment. Puis, il continua son chemin et monta à l'étage.

Je demeurai quelques instants sur place, immobile, avant de finir par l'imiter. Je me rendis à ma chambre et balançai mon sac sur mon lit après avoir fermé la porte. Je me dirigeai vers mon bureau, tirai la chaise sur roue et m'assis en faisant attention à ma jambe. J'allumai mon ordinateur portable et, le temps qu'il s'ouvre, m'appuyai sur mes coudes et me pris la tête entre les mains.

J'avais envie de silence. D'oublier que j'étais, effectivement, en colère. La colère irradiait sous ma peau, envahissait mon corps tout entier, et tout ce que j'avais envie de faire, c'était de hurler. Hurler parce que tous mes rêves s'étaient brisés en mille morceaux le jour où je m'étais emmêlé les pieds sur mon trapèze et où je m'étais écrasé sur le sol du gymnase devant mon lycée tout entier. C'était une défaite amère. Une humiliation comme jamais je n'en avais vécu dans ma vie. Ma jambe me faisait mal. Une douleur constante qui me rappelait jour après jour qu'elle ne guérirait pas de si tôt. Je m'étais toujours vu gymnaste. Je n'étais pas autre chose. Je n'étais pas quelqu'un d'autre. Qu'allais-je faire désormais ?

Je laissai mon poing tomber brusquement sur mon bureau. Je dirigeai ma main vers le premier tiroir du haut, l'ouvris et en ressortis ma lettre d'admission. La lettre qui m'apprenait que j'étais accepté à l'École de cirque. L'ultime coup que j'avais reçu quand j'étais encore par terre.

Un petit son m'apprit que mon ordinateur était allumé. J'entrai le mot de passe et décidai d'aller me changer les idées sur Facebook. J'avais mieux à faire, mais c'était plus un réflexe qu'autre chose. Peut-être que si je traînais à faire mes devoirs, mes parents me laisseraient tranquille avec cette foutue conversation que je n'avais pas du tout envie d'avoir.

Naruto était là. Sa photo, qui le montrait de profil, penché sur un livre, assis contre un arbre dans un décor qui ressemblait à la cour d'école au lycée, était accompagnée sur ma liste d'amis du petit cercle vert qui indiquait qu'il était branché. Pourquoi étais-je ami avec lui encore ? Je soupirai.

Kiba Inuzuka : Hey.

La soudaine bulle de conversation me fit presque sursauter. Avant que j'aie pu décider si j'allais l'ignorer ou lui répondre, Kiba ajouta :

Kiba Inuzuka : Mec.

Je me rongeai inconsciemment un ongle, réfléchissant à plusieurs choses à la fois.

« Tu joues à la victime alors que ton accident aurait pu être cent fois pire, tu fous le blâme sur le monde entier, tu repousses tes amis et t'es incapable de voir le bon côté des choses. Alors ouais, j'aurais préféré que tu sois plus amoché, que tu te sois cogné la tête au point d'en devenir quelqu'un d'autre. »

Pourquoi ? Pourquoi avais-je cessé de parler à mes amis ?

La colère, l'humiliation, l'envie qu'on me foute la paix. J'avais envie de me morfondre, peut-être. De me remettre à mon rythme de mes blessures. D'être tout seul.

En réalité, j'avais aucune idée de la raison pour laquelle j'avais coupé mes liens avec mes potes. C'était un peu comme si j'étais devenu quelqu'un d'autre, et que je n'avais plus rien à leur dire.

Je dirigeai mes yeux vers la photo de Naruto. Le petit cercle vert était toujours présent. J'amenai la souris vers son nom, prêt à cliquer dessus, mais revins aussitôt sur terre. Qu'allais-je faire, au juste ? Si je n'avais rien à dire à mes propres amis, ceux aux côtés de qui j'avais passé le lycée depuis le premier jour, que pouvais-je bien dire à Naruto Uzumaki ?

Un nouveau message apparut.

Kiba Inuzuka : Sas'ke, je sais que t'es là, réponds stp.

Je me mordillai la lèvre du bas.

Puis posai mes doigts sur mon clavier.

Sasuke Uchiwa : Salut

Son prochain message mit à peine une seconde à apparaître.

Kiba Inuzuka : Jcroyais que t'allais nous ignorer a tout jamais, mon vieux

Sasuke Uchiwa : J'avais juste besoin de temps

J'hésitai avant de taper sur « Envoyer », mais finis par le faire. Quelques minutes s'écoulèrent, cette fois-ci. Durant celles-ci, j'eus le temps de me perdre de nouveau dans mes pensées, la tête penchée vers le bas et les mains plongées dans mes cheveux. Le petit son me fit relever le menton lorsque Kiba me répondit.

Kiba Inuzuka : Ça va mon vieux, je comprends

Et presque aussitôt après :

Kiba Inuzuka : Et là ? Comment tu te porte ?

Sasuke Uchiwa : Ça peut aller

Kiba Inuzuka : Cool alors.

Kiba Inuzuka : Tu viens ce weekend ? Karin fait une grosse fête. Y aura pas d'adultes ! :D

Sasuke Uchiwa : Je suis au courant

Kiba Inuzuka : Donc tu viens ? Vieux, une fête n'en est pas vraiment une sans le grand Sasuke Uchiwa !

Je roulai des yeux.

Sasuke Uchiwa : Je peux amener quelqu'un ?

J'envoyai le message sans même réaliser ce que je venais de faire. Aussitôt, mes joues devinrent cramoisies. Heureusement que personne n'était là pour me voir. Ironiquement, j'avais l'impression que Naruto pouvait me voir, à travers sa toute petite photo de profil sur le côté de mon écran. Le petit rond vert était toujours là, d'ailleurs…

Kiba Inuzuka : Une fille, par hasard ?

Kiba Inuzuka : ;)

Kiba Inuzuka : Tu te remets assez vite, dis moi

Kiba Inuzuka : Je ne savais pas que c'était fini avec Karin ?! :o

Je réprimai un soupir.

Sasuke Uchiwa : Je pensais a quelqu'un d'autre, un ami…

Kiba Inuzuka : pas l'autre intello ? Je t'ai vu avec lui aujourd'hui à la bibliothèque !

Sans savoir ce qui me prit tout d'un coup, je tapai ma réponse.

Le cœur qui battait la chamade. Et ça aussi, j'ignorais pourquoi…

Sasuke Uchiwa : Il n'est pas si mal. Il est cool

La réponse de Kiba mit cent ans à venir.

Kiba Inuzuka : Ouais ok, peu importe

Kiba Inuzuka : Faut que j'y aille mon vieux.

Kiba Inuzuka : A plus

Quelques minutes s'écoulèrent ensuite. Naruto était toujours connecté. J'observai l'heure. Plus qu'une heure avant le souper. Après quoi, mes parents allaient me forcer à m'assoir avec eux pour décider de mon avenir. Et si j'avais un invité ?

Satisfait de ce soudain éclair de génie, je commençai à écrire à Kiba – et ce même si j'ignorais ce que nous allions nous dire s'il était là dans ma chambre toute la soirée – mais me ravisai. Il était parti. Il ne verrait pas mon message avant des heures et ça ne vaudrait donc pas la peine. J'effaçai et soupirai.

Peut-être que Naruto…

Je sentis mon cœur se remettre à battre de cette manière étrange. Mes doigts tremblaient tandis que je cliquais sur son nom.

Au moment où j'allais lui écrire (mon dieu, mais qu'est-ce qui m'arrivait ?), une vibration se fit ressentir contre ma cuisse. Je sursautai légèrement, plongeant ma main dans ma poche pour en ressortir mon portable.

C'était un texto.

De Sakura.

En lisant son nom, je faillis ne pas la reconnaître. Un soupir m'échappa et mes souvenirs me revinrent.

Ma cavalière pour le bal.

Sakura : Salut

Sasuke : Hey

Sakura : Je me disais… si tu veux… on pourrait se voir ? Je n'ai rien ce soir, c'est un peu ennuyant chez moi

Sasuke : OK

Je n'avais pas spécialement envie de la voir, mais elle allait peut-être pouvoir annuler le « Il faut qu'on parle » que mon père avait prévu pour ce soir. Alors, je lui demandai directement :

Sasuke : J'allais me lancer dans le devoir de maths… tu veux venir ?

La réponse de Sakura ne se fit pas attendre.

Sakura : Texte moi ton adresse ! :)


La tête que mon père fit quand il ouvrit la porte à Sakura fut très divertissante. J'eus le temps de me rendre au haut de l'escalier quand il se rendit à l'entrée. Étonné, il se tourna vers moi.

- J'ignorais que tu attendais quelqu'un, Sasuke.

Sakura rougit tandis que j'entrepris de descendre les marches, en essayant de ne pas grimacer de douleur.

- Ouais, c'est… Elle est venue m'aider pour mes devoirs. Cette fille est un génie, papa.

- Je vois. Si c'est pour travailler sur vos devoirs, ça va. Mais la prochaine fois, j'aimerais être au courant avant.

- Oui, oui.

- Je m'appelle Sakura, enchantée Monsieur.

- Bonsoir, fit mon père, beaucoup plus aimable. Sasuke, laisse la porte de ta chambre ouverte.

Puis, il se retira dans le salon. Pendant un instant, je me demandai pourquoi il me dirait un truc pareil, puis rappelai de ce que Naruto avait balancé à table l'autre soir. Je me mis à rougir moi aussi en me demandant à quoi mon père était en train de penser en ce moment. Secouant ensuite la tête, je souris à mon invitée.

Elle s'approcha timidement et se pencha vers moi.

- Pourquoi ton père veut qu'on laisse la porte de ta chambre ouverte ?

- Longue histoire, marmonnai-je. Viens, c'est par là.

Nous nous installâmes dans ma chambre, laissant la porte ouverte pour éviter à mon père de s'imaginer des trucs. En attendant son arrivée, j'avais étalé mes livres de maths sur mon lit.

- Je ne suis pas ce qu'on appelle un génie, tu sais, dit-elle en sortant ses propres cahiers.

- Je voulais juste convaincre mon père.

Je m'agenouillai contre mon lit et sortis un stylo. Sakura était dans la même position, de l'autre côté de mon lit.

- Le convaincre de quoi ? demanda-t-elle d'une petite voix timide.

- De rien.

J'ouvris mon livre à la page indiquée par le prof. J'avais à peine commencé mes exercices.

Écoutant le silence, je me rendis compte que quelque chose clochait. Je levai les yeux et vis que Sakura me fixait avec de grands yeux.

- Quoi ?

- Sasuke… pourquoi m'as-tu invitée ?

- Pour faire nos devoirs. C'est toi qui m'as écrit la première…

- Est-ce que ça t'embête ?

Je fronçai les sourcils.

- Non.

- Je voulais juste… Le bal est dans quelques semaines. Je voulais juste qu'on soit… qu'on apprenne à se connaître un peu plus. Pour ne pas que ce soit bizarre entre nous.

- Ouais, c'est bon, approuvai-je. C'est ce qu'on fait là, non ?

Sakura dût trouver que j'étais sincère, puisqu'elle eut un petit sourire et se pencha sur ses devoirs.

Mais je n'étais pas sincère. Comment pouvais-je l'être quand, tandis que je regardais la fille qui était dans ma chambre, je n'arrivais qu'à voir dans ma tête Naruto et Hinata qui s'embrassaient ?


Ma mère nous apporta le souper dans ma chambre, plus tard dans la soirée. Je levai un œil curieux vers elle, mais elle ne fit que me sourire.

- On parlera plus tard ce soir, me chuchota-t-elle en se penchant.

Elle récupéra un sachet de biscuits qui devait trainer par terre depuis des jours. En se levant, elle échangea avec Sakura des banalités puis s'éclipsa, laissant la porte entre ouverte. Sakura me sourit.

- Ta mère est gentille.

Nous mangeâmes, terminâmes nos devoirs, passâmes une heure par la suite à jouer à des jeux sur mon portable, puis Sakura annonça qu'elle devait partir avant que ses parents s'inquiètent. Étonnamment, j'avais passé une soirée agréable, même si j'étais incapable de ressentir quoique ce soit d'autre pour Sakura qu'une amitié naissante. Elle était simple et amusante. Mais c'était tout.

Je me levai et nous nous dirigeâmes vers l'escalier, que je descendis avec peine et misère. Sakura parut s'inquiéter et posa une main contre mon dos pour m'aider. Une fois en bas, mes parents vinrent nous rejoindre.

- Merci beaucoup pour le repas, déclara Sakura poliment.

- J'espère que vous avez bien travaillé, répondit ma mère.

- Oui. Je dois dire que de nous deux, Sasuke est bien meilleur en mathématiques.

Ma mère sourit aimablement.

- Je te ramène chez toi, s'enquit alors mon père.

- Oh, c'est gentil, mais…

- On ne te laissera pas marcher toute seule dans le noir, ma chérie, l'interrompit ma mère.

- O-OK, dans ce cas.

J'allais pivoter sur mes talons afin de remonter à ma chambre, mais je reçus au même instant une veste droit sur la tête.

- Allez, habille-toi ! lança mon père.

Sakura poussa un petit rire.

- Je dois vraiment venir ?

- Ton amie risque d'être un peu gênée, on ne se connait pas beaucoup.

Je regardai Sakura et elle semblait me supplier silencieusement de les accompagner. Je devais admettre que mon père, bien que poli et aimable, était intimidant. Je soupirai et enfilai ma veste.

- Bon. OK.

Ma mère vint m'embrasser sur la tempe, mon père déjà sorti.

- Soyez prudents.

Le trajet se fit dans le silence presque complet. De temps en temps, Sakura lançait un petit commentaire sur des sujets divers, concernant ses amis ou l'école. Elle apprit à mon père que nous allions au bal ensemble. Assis à l'avant à ses côtés, je sentis son regard se tourner brièvement vers moi. Je l'ignorai.

Quand Sakura fut enfin chez elle, mon père reprit la route et quelques secondes s'écoulèrent à peine avant qu'il prenne la parole.

- Tu es un petit malin, n'est-ce pas ?

- Quoi ?

- Tu invites une amie pour éviter la discussion que nous étions censés avoir.

- Je t'ai dit que j'avais pas envie de discuter.

- Sasuke, quand est-ce que tu réaliseras qu'on ne souhaite que ton bonheur ?

- Mon bonheur n'est pas de votre ressort, marmonnai-je, le front contre la vitre, regardant passer les pâtés de maisons dans l'obscurité de la soirée.

- Peut-être, mais…

Il s'interrompit, comme s'il était à court de mots. Étonné, je me retournai vers lui.

- Sasuke, lâcha-t-il. Je sais que tu avais un but. Que tu rêvais de devenir un athlète professionnel. Mais…

- Rien de tout ça n'est terminé, papa.

- On ne sait pas encore si tu pourras recommencer à faire de la gymnastique.

- Alors ne m'oblige pas à m'inscrire n'importe où.

- Rester à la maison et te morfondre ne t'aidera pas à aller mieux. Fiston, ton accident est autant physique que psychologique. Il faut que tu aille de l'avant sur les deux plans. Inscris-toi à l'université. N'importe où. Choisis un domaine. Vas étudier. Laisse-le temps à ton corps de guérir. Amuse-toi. Un jour, je suis certain que tu remonteras sur un trapèze.

J'avais une centaine de choses à lui dire. Mon venin était au bord de mes lèvres. Mais j'avais aussi des larmes au bord des yeux. Et pour éviter la tempête, je me tus. Je refusais d'ouvrir la bouche et ne dis plus un mot. Mon père s'en rendit compte, et son soupir profond m'annonça qu'il avait abandonné la partie pour ce soir.

Quand nous rentrâmes, je décidai de me foutre de ma jambe qui me faisait mal. Je montai les escaliers comme s'il s'agissait d'une montagne, arrivai à l'étage en sueur et le souffle court.

Je claquai la porte de ma chambre.


À Suivre...