Auteure : Tch0upi

Disclamer : Les persos appartiennent à Masashi Kishimoto.

Pairing : NaruSasu

Rating : T (Pour de possibles futurs lemon)


Chapitre 15 : Mises au point

Sasuke inspira profondément et laissa échapper un long souffle. Le ciel était magnifique. Il adorait sortir et courir le matin, quand il pouvait admirer un soleil levant derrière les collines, ce spectacle incroyable de lumières et de nuances de rose sur fond bleu. Le jeune homme tourna sur un sentier, appréciant l'air frais, mais qui laissait soupçonner le début d'une journée qui serait chaude et ensoleillée. Ce serait une très belle journée de début d'été.

De la sueur coulait le long de ses tempes. Sa musique était à fond dans ses écouteurs. Il était très tôt quand il était parti de chez lui ce matin. Il n'avait pas voulu réveiller son frère ou ses parents, ceux-ci auraient bien entendu interdit à Sasuke de courir dans son état, mais Sasuke était confiant. Sa jambe allait beaucoup mieux, maintenant. Il avait encore mal de temps en temps, mais il prenait son temps, il s'était remis à l'entraînement de façon graduelle. Il se remettait tranquillement.

Alors que Don't Stop Me Now détonnait dans ses oreilles, Sasuke se sentait plus fort et résistant que jamais. Au début de sa course, avant que le soleil ne se lève, il avait un rythme lent. Maintenant, il allait à toute allure au milieu du sentier qui passait à travers quelques arbres.

I'm a shooting star, leaping through the sky
Like a tiger defying the laws of gravity

L'adolescent murmura ces paroles alors qu'il détalait. Son cœur battait follement, ses muscles lui brûlaient. Il adorait cette sensation, ce sentiment de liberté qu'il n'avait plus ressenti depuis son accident. Depuis qu'il avait atterri comme un météorite sur le plancher du gymnase de son école. Depuis que son corps s'y était brisé.

Il se sentait revivre.

I'm burnin' through the sky, yeah
Two hundred degrees
That's why they call me Mister Fahrenheit
I'm traveling at the speed of light

There's no stopping me, no!

Un jeune homme apparut au prochain virage, prenant Sasuke par surprise. Il joggait lui aussi et Sasuke le croisa alors qu'il ralentissait la cadence pour se mettre à côté de lui. Un coup d'œil et Sasuke leva une main pour retirer un écouteur de son oreille.

Naruto lui souriait.

- Salut !

- Hey, marmonna Sasuke, confus et haletant.

- T'as l'air en forme !

Sasuke ralentit encore un peu. Naruto le suivit.

- Qu'est-ce que tu fais ? demanda-t-il. Tu me suis ?

Naruto esquissa un rictus. Sasuke l'observa et sentit son estomac se retourner. Il ignorait si c'était plutôt du genre « Je n'ai pas pris de petit-déjeuner » ou du genre « Il est tellement beau, pourquoi est-il si beau ? ». Il n'avait pas l'habitude d'avoir des papillons dans le ventre, mais les cheveux blonds en bataille, ce beau visage un peu rougi par l'effort et ce tee-shirt blanc qui moulait ce torse parfait. Sasuke n'avait jamais pris la peine de s'y attarder, mais…Naruto était diablement bien foutu !

- Pas du tout, répondit-il. Je faisais mon jogging, c'est tout. On habite à deux rues, c'est normal qu'on se croise…

- Je ne t'ai jamais croisé avant. Enfin…

- On s'ignorait royalement aussi.

- Mouais, t'as peut-être raison.

- Comment va ta jambe ?

Sasuke hésita.

- Pas trop mal. J'arrive à courir, comme tu vois…

- N'en fais pas trop, quand même.

Les deux garçons poursuivirent leur course, et Sasuke ne sut quoi penser. Il avait mis sa musique sur pause, et maintenant que l'adrénaline était à son point culminant, il se sentait encore mieux. Il se sentait invincible, comme s'il avait réellement le pouvoir de bondir et voyager jusqu'à l'espace. Il contempla le paysage autour de lui, la beauté du petit matin, de la rosée sur les voitures et les pelouses, des lumières douces du ciel. Naruto était à côté de lui, et bon sang qu'il était beau… Comment avait-il pu, comme celui-ci le disait, l'ignorer toute sa vie jusqu'à maintenant ? En fait, non. Sasuke ne l'avait jamais vraiment ignoré.

- J'ai fait comme tu m'as suggéré, reprit-il.

Naruto le regarda, levant un sourcil interrogateur. Sasuke ravala sa salive, forçant ses yeux à ne pas rester sur ses lèvres trop longtemps.

- Mes entraînements. J'y vais doucement… graduellement.

Peut-être… que c'était bien lui, qu'il avait embrassé. Une partie de lui était excitée à cette idée. Une autre était complètement affolée et ne savait où se mettre. Embrasser Naruto. Comment cela avait-il pu arriver ? Avait-il envie de recommencer ? Que ressentait-il pour le blond ? Était-ce la faute de l'alcool ?

Et si c'était lui, ce garçon mystère, pourquoi Naruto ne lui avait rien dit ? Se rappelait-il de l'événement ? Peut-être que Naruto était dégoûté d'avoir été embrassé par lui. Cette pensée lui tordit le ventre douloureusement.

- J'en suis ravi, s'exclama Naruto. Mais tu devrais quand même faire attention.

Sasuke s'arrêta brusquement – une vague de douleur s'était mise à élancer dans sa jambe. Naruto s'immobilisa et s'approcha, soucieux.

- Ça va ? Tu as mal ?

Le jeune brun ferma les yeux, pliant le genou et le dépliant. Il rouvrit les paupières après avoir pris une grande inspiration.

- Ouais, c'est juste… Je veux vraiment entrer dans cette école, tu sais, et je sais que je le peux. Je peux y arriver.

Il plongea dans le regard bleu de son ami.

- Je sais que tu peux aussi, avoua Naruto.

- Quoi ? Mais tu disais que c'était de la folie, que je… « jouais avec le feu ».

Naruto soupira, posant les mains sur ses hanches. Il était essoufflé de la course, et Sasuke, pour une raison bien obscure, le trouva infiniment séduisant dans cet accoutrement et cet état. Son tee-shirt arborait un demi-cercle humide au torse, et son short… il était ajusté à ses jambes musclées sans pourtant les serrer. Il n'avait jamais été attiré par les garçons – mais il aimait étrangement tout de Naruto. Sa personnalité, sa voix, son corps, sa gentillesse, sa compassion. Tout lui semblait attirant.

Son cœur chavira.

Il releva les yeux vers les prunelles bleutées.

- J'ai dit des tas de choses, Sasuke, soupira le garçon. Mais j'ai toujours cru en toi. Même quand je t'ai dit cette chose horrible le jour de ton accident.

Sasuke fronça les sourcils.

- Qu'est-ce que tu avais dit ?

Naruto parut chagriné. Il se gratta les cheveux avant de répondre, visiblement mal à l'aise. Sasuke avait oublié, visiblement, et il aurait préféré que ça reste ainsi.

- Que je souhaitais que tu te casses la gueule. Que tu te blesses gravement, que tu restes à l'hôpital pour un long moment… tu sais.

Sasuke acquiesça lentement.

- Ah ouais, je… je me souviens maintenant.

- J'ai été stupide, en fait et je ne pensais pas ce que j'ai dit. J'ai toujours cru en toi. Je sais que tu es exceptionnel, Sasuke. Tu es fait pour briller, pour ne connaître que du succès. Putain, tu as fait une chute de dix mètres et tu es debout à côté de moi en ce moment, à peine quelques semaines plus tard ! Tu cours.

Incapable de dire quoique ce soit après cette belle déclaration (sûrement la plus belle chose qu'un ami ait pu lui dire de toute sa vie), Sasuke demeura muet et immobile. L'émotion était là, au milieu de sa gorge, et l'empêchait de placer un seul mot. Il fixa Naruto avec un mixte de gêne, d'émotion et d'affection.

Oh oui. Ce qui se passait dans son estomac, c'était définitivement des papillons. Et ils se faisaient aller les ailes comme de vrais petits démons !

- Euh… m-merci, balbutia-t-il au bout d'un moment.

Maladroitement, l'adolescent reprit son chemin, à la marche cette fois. Naruto le suivit et les deux garçons marchèrent quelques instants dans le silence, côte à côte. Le soleil s'élevait peu à peu, jetant un peu plus de lumière plus les minutes passaient.

- Au fait, commença Naruto après un moment. Tu es prêt pour aujourd'hui ?

- Il y a quoi, aujourd'hui ? s'étonna Sasuke.

- Sakura ne t'en a pas parlé ? Elle veut qu'on aille faire les boutiques pour leurs robes de bal. Avec Hinata, toi et moi. Un genre de sortie à quatre…

- Ah, c'est vrai… Elle m'en a parlé, mais j'avais oublié.

- Le bal est dans trois jours.

- Tu es toujours puni, toi ?

- Ma mère me laisse sortir maintenant, mais j'ai plus le droit de prendre la voiture, ni ma moto d'ailleurs, jusqu'à nouvel ordre. C'est mérité, j'imagine.

Sasuke hocha la tête sans répondre.

- Et toi ?

- Je suis autorisé à sortir aussi… mais ils sont encore fâchés, j'crois.

- Pareil, soupira le blond.

Un autre silence prit place entre eux deux. Sasuke continuait de réfléchir – ces temps-ci, ses nombreuses pensées (toutes dirigées vers le blond) lui avaient permis d'oublier ses angoisses, du moins pour un moment. Après sa blessure et tout ce qui en avait découlé, toutes les questions qui s'étaient imposées à propos de son avenir, ses relations qui en avaient souffert, penser à ce qui avait éclot entre Naruto et lui était quelque chose comme réconfortant. Il avait réfléchi si longuement sur le fait que le blond et lui s'étaient détesté depuis l'école primaire. Et pourquoi, au fait ? Depuis son accident, il découvrait un être humain étonnant. Et il en avait appris largement sur lui-même, sur ce qu'il pouvait faire, ce qu'il pouvait devenir…

- J'suis désolé, Naruto.

Le blond tourna vers lui une expression remplie de surprise.

- Pourquoi ?

- C'est moi qui ai été stupide. J'ai été un trou de cul. Avec toi, avec les autres…

Sasuke s'interrompit – il se sentait à bout de souffle, soudainement. Il inspira profondément. Comment un truc aussi simple, aussi vrai pouvait-il être si difficile à dire ? Il n'avait jamais été timide avant. Il n'avait jamais hésité à dire le fond de sa pensée. Alors pourquoi aucun mot ne voulait sortir ? Ces fichues papillons dans son ventre ne lui rendaient pas la tâche plus facile, et ces yeux bleus en face de lui, aussi…

Il baissa la tête. Bon sang, il sentait ses joues s'échauffer. Il n'arrivait pas à croire qu'il était en train de rougir. Il était reconnaissant que l'exercice physique ait coloré son visage au préalable, de cette façon il pouvait un peu mieux cacher sa gêne.

Il ne comprenait pas, d'ailleurs. C'était Naruto. Juste Naruto. Le ringard du lycée. L'intello. Il n'était pas censé être aussi intimidant…

- Tu as dit que tu avais voulu que mon accident me replace les esprits. Tu espérais que je change, que je comprenne ton point de vue.

Il releva la tête et regarda Naruto au fond des yeux. Son cœur loupa un battement.

- Que je sois… reconnaissant.

Sasuke sut que Naruto avait compris de quel jour il lui parlait. Le jour où Naruto lui avait proposé de le ramener chez lui en voiture. Ils s'étaient engueulés et Naruto lui avait balancé ces paroles criantes de vérité – certes cruelles – en pleine tête. Sasuke y avait réfléchi pendant des jours. Peut-être même que ce discours avait été le point tournant… le moment où il avait véritablement frappé un mur.

- Je comprends, maintenant, murmura-t-il finalement. Je comprends ce que tu as essayé de me dire. Et je suis reconnaissant, Naruto.


La scène était vive dans ma mémoire, comme si c'était hier. Je me souvenais de Sasuke, tenant difficilement debout avec ses béquilles. Il téléphonait à sa mère, et je me rappelais avoir pensé avec tristesse que, malgré tous ses défauts, personne ne méritait d'être obligé de marcher une si longue distance avec une jambe dans cet état. Mais notre balade en voiture ne s'était pas très bien déroulée.

Je n'arrivais pas à croire à ce que j'entendais. Sasuke… Il fallait que je sois honnête, et que j'admette que je ne l'avais pas cru capable de reconnaître ses fautes. Et constater à l'instant que Sasuke était en train de m'avouer qu'il comprenait, c'était…

Wow.

Je poussai un soupir.

- Je suis content de te l'entendre dire.

Il continuait à me regarder, les joues rouges par l'effort de sa course. Je m'inquiétais encore un peu à propos de sa jambe – même si Sasuke prouvait sans cesse qu'il était plus fort que ça.

Il était mignon comme ça, ses cheveux ébouriffés, relevés vers l'arrière par un bandeau qui dégageait son front. Je ne l'avais jamais vu sous cet angle, mais il avait vraiment un visage magnifique. Ses yeux étaient intenses et profonds… si sombres et mystérieux. Enfin, plus très mystérieux, je commençais à mieux le cerner, mais ils étaient tout de même grouillants de secrets…

Et mon cœur battait plus vite à l'idée de découvrir ces fameux secrets.

Je laissai mon regard dériver quelques secondes vers son corps. Je savais que Sasuke était un athlète. Étant un gymnaste si doué, j'étais au courant qu'il avait un corps musclé et travaillé, mais dans ses vêtements mous de jogging, il paraissait presque fin et délicat. Pourtant, je voyais d'ici les lignes tracées de ses biceps et c'était sans parler de ses jambes.

Des images de cette nuit-là dans ma chambre me revinrent brusquement et une bouffée de chaleur monta au fond de ma poitrine. Sasuke m'avait embrassé. Comme s'il n'y avait pas de lendemain. Comme si nous étions deux amants fou amoureux. Sa bouche avait touché la mienne avec tant d'habitude, comme si elle avait fait ça depuis des années. Ses mains sur mon torse, les miennes sur son corps bouillant…

Je secouai la tête.

- Je peux te demander un truc ?

Je regardai Sasuke.

- Ouais, bien sûr, dis-je.

- Ce soir-là, tu sais, le soir où on était complètement ivres…

Oh merde.

Sasuke me sondait du regard.

- J'étais vraiment bourré, non ? demanda-t-il.

- Pour ça ouais. Tu m'as presque dégobillé dessus.

- Désolé, ricana-t-il, baissant la tête pour rire un peu.

J'appréciai cette vue – son sourire, son rire me faisaient autant d'effet que les souvenirs de nous deux affalés sur mon lit à se rouler la pelle du siècle.

- Je me demandais si j'avais dit ou fait quelque chose de bizarre…

Je fronçai les sourcils. Mon cœur s'emballa.

- Pourquoi tu me demandes ça ?

- J'ai l'impression que t'es distant depuis ce jour-là, avoua finalement Sasuke.

Je ne pus empêcher un sourire de s'agrandir sur mon visage.

- Toi, tu me dis ça ?

Il tourna la tête, un rictus aux coins des lèvres.

- J'aime bien qu'on soit amis, OK ?

Il était visiblement embarrassé. Moi, je n'arrivais pas à y croire. Une grande vague de bonheur me terrassa les entrailles. Je ne pouvais plus arrêter de sourire.

- Attends, dis-je, amusé. Tu peux répéter, s'il te plaît ? Je suis pas sûr d'avoir bien compris…

La réaction – celle que j'avais espérée – ne se fit pas attendre. Sasuke se retourna vers moi et me bouscula. Malgré son air embêté et agacé, un sourire, vrai et sincère, illumina son visage. Il était si différent de celui qu'il était à peine quelques semaines plus tôt… Mon cœur redoubla de vitesse.

- 'spèce d'idiot ! maugréa-t-il. T'es sourd ou quoi ? C'est assez gênant, j'vais pas le répéter !

Je m'esclaffai.

- Oh t'en fais pas, j'ai très bien compris !

- Tu le fais exprès, ma parole !

Nous nous bagarrâmes quelques instants comme deux gamins. Nos rires se mêlèrent et il me fallut un bon moment pour reprendre le fil de notre conversation.

- Et non, t'as rien fait de bizarre. T'as rigolé comme un imbécile, puis t'as été malade comme un chien.

- Oh, grimaça-t-il. De ça, je me souviens…

- C'était plutôt drôle, en fait, m'exclamai-je. J'ai finalement découvert que Sasuke Uchiwa était bel et bien un être humain !

- Ha ha, très drôle.

Je soupirai.

- Je n'ai pas vraiment été distant tu sais. On a été punis chacun de notre côté et après y a eu les examens…

Sasuke hocha la tête lentement, presque rassuré. C'était si adorable que je me surpris à sourire de nouveau.

- Moi aussi, je suis content qu'on soit amis, Sasuke.

Il me fixa longuement. Si intensément, avec ses deux yeux noirs comme du charbon, que je me mis à croire que j'avais imaginé ce qui venait de se passer, et que Sasuke se mettrait à m'asperger d'insultes comme avant. Mais Sasuke m'adressa alors un sourire renversant.

Époustouflant.

Bon sang, j'étais irrévocablement amoureux.

Si ce n'était pas déjà fait, s'il y avait le moindre doute dans mon esprit, il n'y en avait plus, maintenant. Je tombai amoureux à cet instant précis. Purement et simplement. Brutalement. Cette constatation me fit l'effet d'un torrent. D'un ouragan de force maximale qui me traversa le corps. D'un volcan qui explosa. C'était tout ça à la fois.

S'il n'arrêtait pas de me regarder comme ça, et si ça ne dépendait que de moi…

…j'attraperais son visage et l'embrasserais passionnément.

Soudain, une sonnerie retentit. Pendant une seconde, nous fûmes confus et surpris. Sasuke pencha la tête et réalisa en même temps que moi que c'était son portable qui sonnait.

Il décrocha et porta l'appareil à son oreille. Je lui laissai un peu d'espace et fis quelques pas vers le bord de la route.

- Ah salut, Sakura, fit Sasuke sur un ton monotone.

Je me tournai vers lui.

- Ouais, je sais, j'ai pas oublié.

Menteur ! pensai-je avec amusement.

- Je serai prêt disons… (Il consulta sa montre) vers 14 heures ?

Il me lança un regard interrogateur et je compris après quelques secondes qu'il discutait avec Sakura au sujet de notre sortie à quatre et que, de ce fait, la question me concernait aussi.

J'acquiesçai en haussant les épaules.

- OK. À tout à l'heure, dans ce cas. Bye.

Il raccrocha et glissa son téléphone dans sa poche.

- Je devrais y aller, lança-t-il.

- Ouais.

- On se revoit plus tard, j'imagine ?

Je souris. Pour une raison nébuleuse, la distance qui nous séparait m'était presque douloureuse. Sasuke remettait ses écouteurs dans ses oreilles, prêt à repartir de son côté.

- Sans faute.


Sasuke était fin prêt, mais un peu en retard. Sakura venait tout juste de lui dire via Facebook qu'elle partait de chez elle avec la voiture de ses parents – ceux-ci avaient gracieusement accepté de la lui prêter – elle serait ici dans quelques minutes. Il avait passé trop de temps à rêvasser, depuis qu'il était rentré de sa course de ce matin. Il avait tourné et retourné dans sa tête ce qu'il avait dit à Naruto, ce que Naruto lui avait dit en retour.

Puis l'heure était venue de se préparer. Il avait sauté dans la douche, s'était habillé rapidement.

Et maintenant il dévalait les escaliers pour aller attendre dehors, sur le porche.

Il n'avait cependant pas prévu de trouver son père au pied de l'escalier.

- On peut discuter ?

- J'suis un peu pressé, papa.

- Sasuke, c'est important.

Son père avait un ton ferme, et son visage était… très sérieux. Pratiquement inquiet. Sasuke ne s'y attarda que de brèves secondes. Sakura n'allait pas tarder à arriver, elle n'habitait pas très loin.

- Ça peut vraiment pas attendre ?

- Contrairement à toutes les autres fois où tu te défiles, j'aimerais cette fois que tu restes une minute. S'il te plaît.

Son père qui le suppliait. Il avait rarement entendu ça. Pour cette raison, Sasuke descendit les dernières marches et s'approcha de son père.

- Bon, mais je n'ai que dix minutes…

- Ça suffira. Suis-moi.

Sasuke suivit son père jusqu'au salon, où il s'installa sur le canapé. Il tapota la place à côté et l'adolescent soupira avant de venir s'assoir. Fugaku ne commença pas tout de suite, il fit planer un bref silence, durant lequel Sasuke se sentit de plus en plus angoissé. Pourquoi son père était-il si sérieux ? Il ne lui avait pas adressé la parole depuis le soir où il avait été bourré.

- Je voulais te parler au sujet de… commença-t-il.

Sasuke se mordilla les lèvres…

- Au sujet de mon comportement envers toi.

…et fronça les sourcils.

Quoi ?

Sasuke écarquilla les yeux. Il oublia Sakura et la sortie avec Naruto et Hinata, et fixa son père.

- Tu m'en veux depuis des années. Je me suis demandé longuement ce que j'avais pu faire pour te décevoir à ce point. Je me suis demandé où j'avais commis la faute, pourquoi notre relation en avait autant souffert.

Le jeune homme ne dit rien, incapable d'aucune parole. Le plus vieux poursuivit.

- Je me suis dit exactement la même chose que tous les autres parents d'adolescents. Ce que même ta mère m'a dit. « Il vieillit, il change, il a besoin de plus d'espace, de plus de distance. Laisse-le tranquille. Laisse-lui le temps de s'adapter à sa vie qui change si vite. Laisse-le venir vers toi. »

- Papa, je…

- Puis, j'ai compris.

Sasuke s'interrompit. Il ne comprenait pas où son père voulait en venir. Et ça l'angoissait à un point inimaginable.

Fugaku posa son regard dans celui de son fils cadet.

- Le jour de ton accident, Sasuke, j'ai enfin compris.

- Je sais que tu n'as jamais voulu que je devienne gymnaste. Tu crois que ce n'est pas un vrai métier, et tu es inquiet pour mon avenir. Je sais tout ça, papa, je comprends.

- Sais-tu pourquoi je n'ai jamais aimé te voir grimper sur ces trapèzes ?

Une nouvelle fois, Sasuke ne trouva pas ses mots. La question que son père venait de lui poser était pour le moins inattendue. En effet : pourquoi ? Il ne s'était jamais arrêté pour se le demander. Fugaku afficha un mince sourire face à la réaction de son fils.

- Tu as toujours adoré grimper. Tu montais dans les arbres aussitôt que tu as su marcher. Même mes épaules étaient un lieu où tu aimais venir te percher. C'était naturel pour toi. Quand tu étais petit, je t'appelais mon petit singe pour rigoler…

Sasuke agrandit les yeux. Il n'avait jamais entendu, ni vu son père être aussi expressif, aussi léger et affectueux. Encore moins envers lui.

Leur relation s'était effectivement dégradée avec les années… Il fit ce constat avec une lourde tristesse au fond de la poitrine.

- Tu faisais des figures en hauteur. Tu étais comme un poisson dans l'eau. Puis, un jour, alors que tu avais 4 ans, tu as fait une vilaine chute.

- Quoi ? souffla Sasuke tout bas, choqué.

- Tu nous as fait une frayeur pas possible. Tu as passé 14 jours à l'hôpital. Tu t'étais cassé un bras. Mais tu es revenu à la maison, et tu t'es remis à grimper comme si rien ne s'était passé. Mais moi, je…

Son père baissa la tête. Sasuke l'écoutait attentivement.

- Ce jour-là, je savais que tu avais une audition très importante au lycée. Quand on m'a téléphoné au travail pour m'annoncer que tu avais chuté… C'est comme si je revivais ce cauchemar. C'est pour ça que j'ai été sévère, que j'en ai profité pour te dissuader de choisir cette vocation. Je t'ai encouragé à t'inscrire dans un programme différent. Je sais que je t'ai déçu, Sasuke. Et j'en suis désolé.

Il avait cru que son père n'avait jamais rien compris. Qu'il ne savait pas à quel point la gymnastique était importante à ses yeux.

Mais les révélations de son père changeaient tout. Maintenant, il avait son point de vue, et les choses étaient beaucoup plus claires.

Il ne se rappelait pas de cet autre accident qu'il avait eu à 4 ans. Quoique… Maintenant que son père lui en parlait, il avait de vagues souvenirs d'un de ses bras dans un plâtre. Ça remontait à si loin qu'il n'en avait jamais porté d'attention.

Ce qui le chamboulait plus que tout, c'était ce que son père venait de lui déclarer. En réalité, il ne détestait pas sa passion. Il ne la reniait pas, ne l'ignorait pas. Il ne faisait pas ça parce qu'il trouvait ça idiot, ou stupide, ou parce qu'il croyait que Sasuke n'avait pas de talent, ou parce qu'il croyait que ce n'était pas un vrai métier. Non.

Il avait peur. Son père, Fugaku Uchiwa, cet homme si stoïque, venait de lui dire que son accident avait été pour lui un cauchemar.

Doucement, Sasuke esquissa un sourire. Eh bien, c'était une journée étonnante jusqu'ici, et fortes en émotions… Son cœur n'avait jamais été gonflé d'autant de bonheur et de sensations aussi agréables.

- Je n'étais pas d'accord, reprit son père. Parce que j'étais terrifié à l'idée que le prochain accident… soit plus grave, ou pire encore, que le prochain accident soit le dernier. Mais rien de tout cela ne t'a jamais arrêté, n'est-ce pas ? À l'âge de 4 ans, tu t'es remis sur pieds. Aujourd'hui, tu continues à poursuivre ton but, même avec cette blessure à la jambe, même contre moi, contre tous les obstacles. Bien sûr, il y aura encore des risques. Mais chaque fois que tu tombes, tu te relèves aussitôt, tu m'en as du moins donné la preuve. Je suis profondément fier de toi. Et je voulais que tu saches que… tu as tout ce qu'il faut pour réaliser tes rêves, fiston.

Sasuke était sans mots, et l'émotion était vive et brûlante dans sa gorge.

Pendant de longues minutes, il ne sut quoi dire, ni comment réagir. Il se sentait à la fois terriblement heureux d'avoir entendu ces choses, de savoir que son père était fier de lui et que la vraie raison de ses réticences était son bien-être. Mais il était aussi un peu triste, et honteux, d'avoir pensé en mal de lui. D'avoir cru qu'il était égoïste et froid, d'avoir cru qu'il était incapable de comprendre, alors que c'était en réalité complètement faux…

En fait, son père croyait en lui.

Et ça suffisait à lui donner des ailes.


À Suivre…

.

Bonjour à tous! Je m'excuse une nouvelle fois de l'attente, mais avec mes romans personnels que je suis en train d'écrire, parfois je néglige un peu cette fanfic. Mais me revoici avec un nouveau chapitre! Cette histoire ne tardera pas à se terminer, et en plus, j'ai quelques idées pour une autre fan fiction NaruSasu. Alors voilà... Contente de vous retrouver et j'attends vos avis sur ce chapitre =)

Bisous xx