Hello nouveau fandom !
Me voilà avec un one-shot sur LE ship, le seul l'unique, le satosugu. Tout est entièrement de la faute de CATHARSIS qui m'a embarquée dans ce fandom et de liuanne qui a ruiné ma vie en m'embarquant dans ce ship qui, soyons honnêtes, nous brisera tous le coeur. Pas de spoilers ici parce que c'est un univers alternatif université ! Ma nouvelle devise est ignore canon embrace delusion, je recommande vivement cette technique.
Cet Os a été écrit dans le cadre d'une nuit de l'os où Liuanne, eating-flowers, CATHARSIS et moi même avons écrit des os en une heure en se basant sur des thèmes. Le thème de cet OS était "Rêve". Il est entièrement dédié à my best girl liuanne parce que notre vie se résume à s'envoyer des tweets qui parlent de satosugu et des chansons tristes qui leur vont bien, ainsi qu'à lire des fics à deux heures du matin quand on a cours a 8h. Bye.
Un immense merci à ma beta, eating-flowers, qui m'a aidée à faire de cet OS quelque chose que j'aurai probablement plaisir à relire.
Je vous souhaite une bonne lecture en espérant que vous apprécierez cet OS !
Le titre est tiré de la chanson I'm Not Mad de Halsey (qui est a peu près ma seule référence musicale).
I HEAR THE WICKED GET NO REST
" I hear the wicked get no rest
But when you do
I hope you dream of me"
I'm Not Mad, Halsey
Lorsque Suguru se réveille en sursaut, il a la marque du banc de l'amphithéâtre en plein milieu du visage. À côté de lui, Satoru semble se réjouir de voir qu'il a finalement rejoint le monde des vivants. Suguru grimace et se relève en se demandant comment il a pu s'endormir aussi profondément.
Satoru lui sourit, le menton posé dans la paume de sa main.
— Eh ben, sacrée sieste. J'espère que t'as rêvé de moi.
Il ne croit pas si bien dire.
Suguru n'a pas fait une nuit complète de sommeil depuis des jours parce qu'en effet, il rêve de Satoru dès qu'il a l'audace de fermer ses yeux plus de cinq minutes.
— Le jour où ça m'arrivera, rappelle-moi de me flinguer, rétorque-t-il en buvant son soixante-douzième café, qui est froid depuis des heures.
Quelques instants plus tôt, il était perdu dans un rêve qui semblait aussi réel que la salle qui l'entoure. Sauf qu'au lieu de tous ces étudiants prenant des notes ou consultant leur fil d'actualité Twitter, il n'y avait personne d'autre que son meilleur ami. Son sourire était le même, dans son rêve. C'est sans doute pour ça qu'il est incapable de faire la différence.
Même s'il est très facile de penser le contraire, Satoru n'a pas que des défauts. Il a eu la présence d'esprit de prendre des notes pendant que Suguru dormait, ce qui signifie qu'il n'aura pas à payer les prix exorbitants auxquels Nanami facture sa version parfaitement écrite et mise en page de ses notes parce qu'il ne se « tue pas à les recopier pour les filer gratos à tout l'amphi ».
Suguru ne le lui dira jamais, mais Satoru est adorable d'avoir fait une chose pareille alors qu'il se fiche complètement de ce que dit le professeur, qu'il n'a jamais besoin de réviser, et que si l'envie lui prenait, il pourrait sans doute prendre la place de leur enseignant.
Tout ça fait partie du charme insupportable et irrésistible de Satoru : il ne rate jamais rien.
Seulement voilà, Suguru préfèrerait crever – oui, crever, ce qui va lui arriver s'il ne finit pas par réussir à se reposer – plutôt que de l'admettre. Suguru n'a aucune envie de crever, cependant. Tuer Satoru paraît être la solution la plus logique à son problème. Plus de Satoru, plus de rêves, plus d'insomnies. C'est sa faute, pas la sienne.
Parce qu'il réussit à être la personne à la fois la plus exaspérante que Suguru ait jamais rencontrée, tout en étant la seule avec qui il a envie de passer tout son temps.
Mais Satoru échappe à la mort pour cette fois, parce qu'il a été gentil pour prendre le cours pendant que Suguru essayait vainement de ne pas mourir d'épuisement.
Le plus ridicule est que la moitié des rêves de Suguru sont parfaitement normaux. Aussi normaux que des scénarios de rêves peuvent l'être, évidemment. Trois jours plus tôt, il a rêvé que Satoru lui brossait les cheveux en lui murmurant de temps en temps à l'oreille qu'il fallait absolument qu'il s'achète de nouvelles chaussettes. Suguru s'est réveillé en essayant de l'étrangler, après s'être rendu compte qu'il se servait d'une brosse à dents pour le coiffer.
Quant aux autres, comme celui qui l'a réveillé la veille en sursaut, le cœur battant et la rage au ventre, il préfère ne pas y penser. Satoru occupe suffisamment son esprit pendant qu'il dort.
S'il ne voyait pas la sale – belle – tête de Satoru toute la journée, il parviendrait peut-être à régler son problème. Mais étant donné qu'il a eu la merveilleuse idée d'accepter de s'installer en collocation avec lui au début de leur seconde année de fac, il ne peut même pas lui échapper en rentrant chez lui.
Habite avec moi, Suguru ! Ça sera fun, Suguru !
Il annonce à Satoru qu'il se couchera tôt ce soir lorsque ce dernier lui propose de regarder une énième fois le même film – qu'il adore également, ce n'est pas la question. Satoru le traite de grand-père, Suguru met de l'huile pimentée dans son verre lorsqu'il a le dos tourné. Le repas est animé.
Lorsqu'il se couche, il hésite à prier n'importe quel dieu, le premier qui lui viendra à l'esprit, pour une seule nuit reposante. À ce stade, il rejoindrait la première secte venue si elle lui promettait huit heures de sommeil.
Il devrait parvenir à s'endormir. Epuisé comme il est, il lâche son téléphone après dix minutes passées à lire des histoires débiles sur Reddit. Et comme prévu, Suguru s'endort.
Lorsqu'il ouvre les yeux, une, deux ou trois heures plus tard – il n'arrive pas vraiment à lire les chiffres sur son réveil - il soupire d'agacement. Résigné, il se lève pour se faire une tisane. Il n'en a jamais apprécié le goût, mais c'est la seule chose qui fonctionne à peu près.
Satoru ne dort pas quand Suguru sort de sa chambre. Il est allongé sur leur canapé, un livre dans les mains. Suguru n'arrive pas à lire le titre. Il doit avoir besoin de lunettes.
— Tu veux une tisane ? lui propose Satoru. J'allais me faire un thé, je peux faire d'une pierre deux coups.
Suguru acquiesce et s'assoit à la table de leur cuisine en se frottant les yeux. Il doit avoir l'air d'un drogué avec des cernes pareils.
Il observe Satoru remplir la bouilloire et sortir une des cinquante boîtes de thé qu'ils entassent dans le tiroir dédié. Suguru ne se demande plus pourquoi Satoru est assez cinglé pour boire du thé alors qu'il est trois heures du matin. Il se contente de le regarder ouvrir délicatement le sachet de fleurs de camomille que Suguru paie une fortune dans le magasin bio en bas de la rue – un truc pour les grand-pères, comme Satoru aime le lui rappeler à chaque fois que ce dernier en boit. Ça ne l'empêche pas d'en racheter lorsqu'il remarque que la boîte se vide, ni d'ajouter quelques feuilles de menthe dans la tasse de Suguru parce que de cette façon, l'infusion a meilleur goût. Il prétend toujours que cette menthe est réservée à ses mojitos lorsqu'ils font les courses, mais Suguru ne l'a pas vu en boire depuis des semaines.
Satoru fredonne une chanson à voix basse, probablement sans s'en rendre compte. Il ne connait pas une seule des paroles correctement, ce qui a tendance à énerver Suguru – ce n'est pas bien compliqué de les retenir quand on chante la même chanson toute la sainte journée. Il les connaît, lui. Mais il est hors de question qu'il fasse la remarque à Satoru, il ne manquerait plus qu'il s'imagine qu'il aime cette chanson.
Suguru a horreur de cette chanson. Mais à cet instant précis, alors que c'est Satoru qui la fredonne en préparant sa tisane, il la déteste un tout petit peu moins.
Il se dit que le manque de sommeil lui fait penser n'importe quoi. Et ressentir n'importe quoi.
Parce que dans la faible lumière de leur cuisine, au beau milieu de la nuit, il a presque l'impression que Satoru n'est pas réel et qu'il s'agit d'une des version de lui qu'il voit en rêve. Peut-être parce qu'il ne porte pas ses lunettes et que par conséquent, Suguru ne peut pas ignorer la façon dont ses yeux se posent sur lui lorsqu'il se retourne en attendant que l'eau soit suffisamment chaude. Le regard de Satoru l'éblouit encore plus que son plafonnier un matin d'hiver et Suguru lutte contre l'envie de plisser les yeux pour s'en protéger.
C'est inutile. Personne n'y est insensible. Et quelque chose dans la façon dont Satoru le regarde fait penser à Suguru qu'il s'en doute probablement.
C'est sans doute aussi le manque de sommeil qui fait légèrement trembler ses mains, si bien qu'il finit par les poser sur ses genoux. Ses pieds nus sont posés contre le carrelage gelé, mais il le sent à peine tant l'air lui semble suffocant, d'un seul coup. Tout son corps semble attendre quelque-chose. Peut-être qu'il va s'évanouir d'épuisement et tomber de sa chaise, ou peut-être qu'il va se lever pour faire quelque chose de vraiment, vraiment stupide. Juste avant qu'il ne décide entre les deux, la bouilloire se met à siffler.
Satoru verse l'eau bouillante dans les deux tasses et Suguru observe la vapeur monter vers le plafond et disparaître. Ça ne le distrait pas bien longtemps. Ses mains brûlent d'attraper le bras de Satoru pour qu'il se retourne, simplement pour voir ses yeux s'arrondir de surprise, et par-dessus tout, Suguru rêve de le réduire au silence sans avoir besoin de dire quoi que ce soit.
Perdrait-il son sourire, pour une fois ? Est-ce que Gojo Satoru, qui a parfaitement conscience que la moitié de la fac a envie de l'embrasser, en resterait bouche-bée ?
Quand il se retourne, Suguru a envie de lui dire « sors de ma tête », « c'est de ta faute si je n'ai pas dormi normalement depuis une semaine » et « tu vas me le payer ».
Au lieu de ça, Suguru évite son regard comme un cambrioleur éviterait le faisceau d'une lampe torche et murmure :
— Merci.
Satoru lui sourit et s'assoit en face de lui. Suguru est tellement fatigué que s'il lui souriait une deuxième fois, il pourrait être tenté de l'embrasser. Il réfléchit de moins en moins. C'est mauvais signe.
— Mais de rien, répond Satoru. T'as l'air vachement stressé en ce moment, qu'est-ce qui va pas ?
Satoru n'a pas demandé si Suguru va bien, il sait que quelque chose cloche et il ne demandera pas gentiment la vérité. Il finira par la découvrir si Suguru refuse de répondre. Ce n'est pas pour ça qu'il obtiendra une réponse de sa part. Suguru peut-être têtu, lui aussi.
— J'ai du mal à dormir, élude Suguru. Je fais des cauchemars.
Il n'a pas vraiment menti. Rêver que Satoru lui brosse les cheveux avec une brosse à dents ne peut être considéré que comme un cauchemar – n'est-ce pas ?
En temps normal, son meilleur ami se serait penché vers lui et aurait fait quelque chose d'agaçant comme lui toucher les cheveux ou lui pincer la joue en piaillant « Raconte tout à ton pote Satoru, plus vite que ça ». Suguru regrette presque sa réponse lorsque Satoru pose sur lui un regard sincèrement inquiet.
— Et tu sais d'où ça vient ?
Bien sûr que Suguru le sait. Il est également hors de question qu'il lui dise quoi que ce soit. Que dirait-il, de toute façon ? Que deux fois sur trois, il rêve que Satoru l'embrasse contre ce même plan de travail sur lequel il vient de préparer du thé ?
Comment pourrait-il lui parler de ces innombrables rêves, qui lui rappellent chaque nuit que même dans une pièce ravagée par les flammes, il rechercherait toujours la chaleur de son étreinte ?
Suguru est presque certain que Satoru serait ravi de l'entendre prononcer ces mots et qu'il s'empresserait de lui répondre une phrase ridicule du style « C'est ton jour de chance, je vais réaliser ton rêve » et Suguru a beau essayer de s'auto-convaincre qu'il lui mettrait une baffe, il sait très bien qu'il le laisserait faire.
Alors il boit une gorgée de sa tisane brûlante et il sourit à Satoru avant de répondre :
— Aucune idée.
Suguru préfère encore se brûler la langue plutôt que de s'en servir pour dire la vérité. C'est bien dommage, ce sont des véritables fleurs de camomille et il n'en appréciera nullement le goût ce soir.
Tant qu'il continuera de traiter les symptômes plutôt que la cause, avaler toutes ces fleurs ne lui servira à rien.
Le lendemain – ou plus précisément une poignée d'heures après la tisane — le réveil de Suguru sonne.
Son corps tout entier est comme paralysé. Il n'a aucune envie de bouger – et même si c'était le cas, il lui faudrait mobiliser une quantité phénoménale d'énergie pour se lever. Tant pis pour ses cours de la matinée, Suguru décide de se rendormir. Il éteint son réveil avec une pointe de culpabilité qui est vite remplacée par une vague écrasante de soulagement. Il paiera pour les notes de Nanami, tant pis pour son portefeuille.
Quelques minutes plus tard, son réveil sonne encore une fois. Agacé, Suguru l'éteint à nouveau. Il s'est presque rendormi lorsque quelqu'un le secoue.
— Suguru, murmure une voix qu'il connaît bien.
Suguru sait très bien qu'il rêve. Les rêves qu'il fait lorsqu'il dort toute la matinée sont souvent les plus intenses, ceux qui lui donnent l'impression qu'il a vécu une journée entière au lieu de se reposer. Et entendre la voix de Satoru le lui confirme.
— Va-t-en, soupire Suguru.
Le Satoru de son rêve, comme celui qu'il connaît, refuse de le laisser tranquille.
— Suguru, répète-t-il, en le secouant un tout petit peu plus fort.
Cette fois, Suguru sent son rêve lui échapper et finit par ouvrir les yeux. Satoru – le vrai— est penché au-dessus de lui, une main posée sur son épaule. Il a ses lunettes. Suguru a envie de les lui enlever. Son réveil n'a jamais cessé de sonner.
— Ben alors, commente Satoru en s'asseyant au bord de son lit. Tu te lèves pas ?
Suguru se contente de tourner sa tête vers le mur, avec un peu de chance Satoru ira voir ailleurs s'il y est.
— Trop fatigué. J'irai cet aprem.
— Allez, c'est pas sérieux ça.
— J'en reviens pas d'entendre ces paroles sortir de ta bouche, on croit rêver.
— C'est vrai. Mais je serai trop triste sans toi, tu dois venir.
Satoru lui sourit. Suguru hésite à lui proposer de se rendormir à côté de lui. Il accepterait probablement.
— T'as gagné, je me lève, grommelle-t-il. Je te hais.
— Moi aussi je t'aime, ricane Satoru. Dépêche-toi ou on va être en retard.
— Encore une fois, on croit rêver, maugrée Suguru.
Il s'exécute et fait ce qu'il sait faire de mieux : il emboîte le pas à Satoru.
La journée passe à une lenteur insupportable. Malgré tous les cafés que Suguru ingurgite et toutes les fois où Satoru le pique avec la mine de son critérium pour s'assurer qu'il ne dort pas, il peine à garder les yeux ouverts.
Lorsqu'il s'effondre enfin sur le canapé de leur appartement à la fin de la journée, Suguru se dit que s'il n'arrive pas à dormir paisiblement cette nuit, il se jettera par la fenêtre.
Suguru connait son colocataire depuis maintenant deux ans. Il est parfaitement au courant que Satoru a un grain et par conséquent, aucune de ses idées ne parvient à l'étonner au-delà d'un haussement de sourcils dubitatif. Jusqu'à ce soir, où Satoru le rejoint dans sa chambre à vingt heures et lui propose de lui lire une histoire pour l'aider à s'endormir.
— C'est une blague ? bâille Suguru. Je sais que tu cherches désespérément à venir dans mon lit, mais là, c'est tout sauf subtil.
Un autre symptôme du manque de sommeil : il se met à raconter n'importe quoi. Satoru lui répond par un haussement de sourcils suggestif et Suguru lui balance un de ses oreillers à la figure.
— Allez, sans rire. Tu me fais de la peine avec ta tête de zombie. Je suis sûre que ma voix suave va te bercer. Tu me remercieras demain.
Suguru se contente de le regarder fixement en espérant qu'il parte. Manque de bol, Satoru prend son silence pour une approbation et s'installe tranquillement à côté de lui. Trop fatigué pour se disputer avec lui, Suguru ferme les yeux et marmonne :
— J'espère que c'est pas un livre à la con.
— C'est le livre parfait pour s'endormir, je te le garantis.
Suguru préfère ne pas lui demander ce qu'il entend par là et ferme les yeux. Il entend Satoru ouvrir son livre et en tourner les pages. Quelques secondes plus tard, il se met à lire.
— « Je grimace dans le miroir, exaspérée. Ma saleté de tignasse refuse de coopérer. Merci, Katherine Kavanagh, d'être tombée malade et de m'imposer ce supplice ! Il faut que je révise, j'ai mes examens de fin d'année la semaine prochaine, et, au lieu de ça, me voilà en train d'essayer de soumettre ma crinière à coups de brosse. Je ne dois pas me coucher avec les cheveux mouillés. Je ne dois pas me coucher avec les cheveux mouillés. Tout en me répétant cette litanie, je tente une nouvelle fois de mater la rébellion capillaire. » Tiens, c'est un personnage à qui tu peux t'identifier.
Suguru ouvre les yeux et lui arrache le livre des mains.
— Qu'est-ce que c'est que cette merde ?
Il parvient à déchiffrer le titre avant que Satoru ne lui réponde. Cinquante Nuances de Grey. Ses yeux passent de la couverture à Satoru, qui est à deux doigts d'exploser de rire.
Lentement, Suguru dépose le livre sur sa table de chevet et déclare :
— T'es un homme mort.
Suguru ne sait pas vraiment à quoi il pense lorsqu'il se jette sur lui pour l'étrangler. Il n'a pas vraiment l'intention de le tuer. Ce qu'il faut, c'est que Satoru comprenne que lorsqu'il se moque de lui, il y a des conséquences.
Satoru n'a pas l'air d'en avoir grand-chose à faire, car il se débat à peine et en un rien de temps, Suguru est au-dessus de lui et si l'envie lui prenait, il l'achèverait ici et maintenant. Mais Satoru n'est pas inquiet le moins du monde – même s'il n'a pas dormi depuis une semaine et qu'il ressemble à un zombie, Suguru ne lui fait toujours pas peur.
— Je t'avais dit que c'était le livre parfait pour s'endormir, commente-t-il. Je l'ai volé à Shoko.
L'une de ses mains se pose sur celles de Suguru, toujours enroulées autour de son cou. Ses yeux rencontrent les siens. Suguru desserre sa prise sans vraiment le vouloir.
— Dis-moi, Suguru, il se passe quoi, dans tes cauchemars ? lance finalement Satoru.
Suguru caresse l'idée de l'étrangler une nouvelle fois.
— Je vois pas pourquoi je te le dirais.
— Oh, tu voudrais même pas en parler à ton meilleur ami ? Je suis vexé.
Suguru laisse échapper un ricanement.
— Toi, mon meilleur ami ? T'es mon pire cauchemar, ouais.
Un sourire qu'il connaît bien étire les lèvres de Satoru. Il a compris.
Une fois de plus, il s'est montré plus malin que Suguru parce que ce dernier était trop occupé à le prendre pour un imbécile.
— Voyez-vous ça.
Il pense tout savoir, une fois de plus. Suguru est forcé de reconnaître qu'il l'a piégé, mais il est loin de se douter de l'exacte nature de ses cauchemars.
Il cherche une issue à cette conversation mais ne trouve rien d'autre que les yeux de Satoru, qui refusent de le lâcher. C'est pourtant lui qui est au-dessus de Satoru, c'est pourtant lui qui a encore les mains autour de son cou comme un espèce de psychopathe, mais Suguru a l'impression que c'est lui qui est coincé. Son cœur bat aussi fort que s'il avait la mort aux trousses et il est cette fois certain que les frissons qui le parcourent n'ont pas grand-chose à voir avec le manque de sommeil.
— Ça te tuerait, de l'admettre ? lui demande Satoru.
— Probablement, rétorque Suguru. Vaux-mieux pas prendre le risque.
Satoru éclate de rire, comme s'il était absolument ravi de la tournure que les choses ont prise, comme s'il n'avait envie d'être nulle part ailleurs qu'à cet endroit précis à deux doigts de mourir étranglé par Geto Suguru. L'instant d'après, Suguru décide de l'embrasser. Peut-être qu'il regrettera cette décision pour le restant de ses jours, mais pour l'instant, rien ne le préoccupe plus que de savoir si Satoru va continuer à se foutre de sa gueule une fois qu'il l'aura embrassé comme il en rêve – littéralement – depuis une bonne semaine.
La réponse à cette question est oui.
Embrasser Satoru a le goût d'un combat qu'il est soulagé d'avoir perdu. Suguru s'est résolu à abandonner l'idée de résister à la force invisible qui l'a toujours poussé vers lui. Pourtant c'est encore Satoru qui ferme les yeux comme s'il avait compris depuis toujours que se laisser tomber vaudra toujours mieux que de passer le restant de ses jours à observer le précipice en se demandant ce qui l'attend en bas. Suguru n'a jamais réfléchi à la façon dont il allait s'y prendre, mais maintenant qu'il est trop tard, il se laisse aller quand Satoru répond à son baiser et soupire malgré lui quand ce dernier passe une main dans ses cheveux, d'un geste délibéré qui a exactement l'effet escompté.
Être embrassé par Satoru a un goût encore plus doux qu'une infusion rendue meilleure par des choses aussi simples que des fleurs séchées ou de la menthe. D'une certaine façon, ça n'a rien d'étonnant. Personne ne lui fait oublier le goût des choses désagréables comme Satoru. Perdre ce combat idiot contre lui-même ne fait pas exception.
— Alors, à propos de ces cauchemars…, lance Satoru, juste avant que Suguru ne l'embrasse à nouveau.
Le sourire que Suguru est en train d'embrasser lui fait comprendre qu'il a encore laissé Satoru l'amener exactement où il voulait, mais il n'aura jamais le cœur de le maudire pour ça.
Et voilààà j'espère que ça vous a plu. Evidemment le passage en italique lors de la lecture de Satoru n'est pas de moi mais de E.L James, dans Cinquante Nuances de Grey. Je précise également que je n'ai jamais lu ce livre, mon humour d'une qualité douteuse m'a soufflé cette idée et j'ai dû aller chercher l'extrait sur internet.
Le Satosugu est un ship de qualité supérieure et même si je suis triste h24 en pensant à eux je vais sans aucun doute écrire d'autres fics sur eux. Et sur ce fandom aussi d'ailleurs, probablement de l'Itafushi et du Nanagojo 8)
Merci d'avoir lu ! Hésitez pas à me laisser une review pour me dire ce que vous en avez pensé, même en une ligne ça me ferait très plaisir.
Bisou !
Aeli
