Merci de vos reviews ! Contente que cela vous plaise. Voilà l'avant dernière partie de ce "premier chapitre" (je pense que vous vous rappelez que j'ai dit que mes chapitres étaient séparés en blocs mais restaient dans le même). Bonne lecture.
Et effectivement, dès le lendemain ils étaient sur les chapeaux de roue. Jo avait fait un effort considérable pour se réveiller assez tôt et aller récupérer le mandat que le juge leur avait dit de passer prendre pour aller sonner chez ce client avec son sale caractère. Ils n'allaient pas être tendres et allaient le traîner de force au poste, parce qu'il n'était pas question qu'il se terre dans son appartement.
Jo se pensait lève-tôt, mais déchanta vite quand elle vit Henry déjà à la morgue, ou du moins dans son bureau, en train de faire de la paperasse. Elle secoua la tête. Cet homme n'était pas capable de s'arrêter.
Elle s'appuya dans l'embrasure de la porte en tapotant délicatement sur la vitre. Henry releva rapidement la tête et manqua de se tordre la mâchoire avec le sourire éclatant avec lequel il l'accueillit.
- Jo ! Content de te voir ! Tu es bien matinale.
Elle pouffa
- C'est le mec qui est déjà là qui me dit ça
Elle rentra dans le bureau et prit place sur une des chaises en face de lui. Ils se regardèrent et détournèrent presque aussitôt rapidement le regard.
- Je devais aller récupérer le mandat ! Le juge nous avait dit de passer pour 9h. Donc on ne tarde pas avant d'aller rendre visite à ce cher Garett Powell. J'ai promis à Mike qu'il serait de la partie et il ne devrait pas tarder. On l'attend et on y va.
Henry acquiesça. Jo lui demanda alors.
- As-tu du nouveau depuis hier ? Avec le corps je veux dire.
Henry bafouilla deux trois mots
- Je… Je n'ai pas encore regardé le corps ce matin, je dois te l'avouer. Je devais remplir quelques papiers d'abord. Je ne sais pas s'il est encore assez solide pour que je puisse analyser en profondeur. Quoi qu'il en soit, en ramenant monsieur Powell ici tout à l'heure, cela me donnera certainement l'occasion de voir s'il faut le rentrer dans la catégorie suspecte ou pas… Même s'il n'a pas l'air très innocent.
Jo lui donna raison
- Je suis tout à fait d'accord ! Son sale comportement d'hier nous a pas mal confirmé tout ça.
Henry se frotta le menton
- Et pour la maîtresse ? On a réussi à avoir des nouvelles ?
Jo secoua la tête
- Pas encore ! J'ai fait quelques recherches vite fait ce matin, elle travaille en tant que styliste dans une petite boîte de Manhattan. Elle est à son compte et comme on l'a appris hier, elle a pris des congés jusqu'à demain donc c'est à ce moment-là qu'on va devoir aller l'interroger.
- On sait vers quelle heure elle revient ?
Jo n'avait pas pensé à se renseigner dessus. Apparemment, la jeune femme était partie avec son petit garçon à Philadelphie, rendre visite à sa famille.
- J'avoue ne pas avoir pris le renseignement, parce qu'on était trop occupé avec le reste. Si j'ai le temps aujourd'hui, j'essaie de regarder ça parce qu'on a pas mal de choses à faire.
- Bien vrai !
Henry se frotta le crâne intensément. Jo l'observa toujours en sentant ces papillons en elle. Elle ravala sa salive et rapprocha légèrement sa chaise. Seul le bureau les séparait.
- Est-ce que tu vas bien ?
Comme souvent, Henry n'avait pas énormément dormi. Mais cela était dans ses habitudes.
- Ça va ! Je m'inquiète un peu pour Abe. Il m'a dit avoir aidé une femme à mettre une malle dans son coffre. Une malle qui est en trois, et qui a un certain poids. Il boitait un peu hier soir et il m'a assuré que ça allait, mais bon.
Jo sourit. Son inquiétude était particulièrement touchante. C'était ce qui faisait qu'Henry était probablement, l'être humain le plus extraordinaire qui lui avait été donné de rencontrer.
- Tu sais, je ne me ferais pas trop de soucis pour lui. Abe est certainement plus en forme que toi et moi réuni et si jamais on lui fait une remarque, il va finir par nous botter le train arrière. Personnellement, je n'aimerais pas mettre une personne âgée en colère.
Henry rigola. Elle n'avait pas tort. Abe en avait assez que son père le couve comme s'il n'était qu'un enfant sans défense alors que dans le fond, c'était plutôt lui qui remettait l'immortel à l'ordre, les trois quarts du temps.
Henry regarda la jeune femme longuement. Il repensa à sa conversation avec Abe, la veille. Lucas n'était pas encore arrivé. Il n'y avait pas beaucoup de monde dans la morgue. Peut-être pouvait-il prendre quelques minutes pour lui raconter.
Mais en même temps, s'il lui disait de suite, la jeune femme ne pourrait pas passer le reste de la journée sans être perturbée. Sauf si elle y restait indifférente, mais cela n'était pas sûr. Voire quasiment pas. N'importe quelle personne saine d'esprit ne prendrait pas ce genre de révélation à la légère.
Jo sentait bien qu'il avait besoin de se confier. Il avait forcément un poids en lui depuis qu'elle avait débarqué avec cette photo.
Elle se leva et fit le tour du bureau et s'assit à moitié dessus. Henry la regarda en se redressant nerveusement sur sa chaise. Il avait l'impression que jamais ils n'avaient été aussi prêts, alors qu'il savait que ce n'était pas vrai.
Jo pencha sa tête sur le côté, et lui tapota délicatement l'épaule
- Je sens bien que tu as envie de me parler. Mais je ne crois pas que ce soit le bon endroit pour ça, encore moins le bon moment. On a une mauvaise tendance à toujours se faire interrompre et je suis sûre qu'à la minute où tu ouvriras la bouche, Lucas va débarquer comme une furie, paré à attaquer la journée.
Et elle ne crut pas si bien dire
- Salut tout le monde ! J'espère que vous avez bien dormi.
La voix de Lucas, arrivant de l'ascenseur et saluant chaque personne dans la morgue, venait simplement de confirmer la phrase de Jo.
Le couple se regarda à moitié amusé, à moitié frustré.
- Tu vois ! Qu'est-ce que je disais – taquina la détective.
Elle ne bougea pas pour autant de sa position, et resta assise sur le bureau à faire les yeux doux à Henry.
Lucas débarqua naturellement comme une brute et fit un petit sourire en coin, en voyant la scène qui se passait devant lui.
Cela lui rappelait un peu ce qui s'était passé lorsqu'Henry avait dit que Jo avait des valises à faire, au moment où elle devait soi-disant partir à Paris.
Lucas n'en avait jamais rien dit à personne, mais en réalité au moment de leur conversation qui semblait profonde, il était juste à côté du bureau. Il n'avait pas voulu déranger les mots romantiques qu'Henry avait mis dans l'esprit de la jeune femme, mais il pouvait simplement imaginer son visage à ce moment. Il n'avait pas eu besoin de les voir, pour comprendre qu'à cet instant, ils partageaient un moment particulièrement intense, qui les faisaient rêver autant l'un que l'autre. Il avait dû contre son gré débarquer pour donner des nouvelles à Henry concernant leur affaire et il s'était rendu compte du rouge à leurs joues et honnêtement du désir qui émanait de leurs pupilles.
À cet instant précis, Lucas avait compris que Jo n'irait nulle part avec Isaac et que d'une façon ou d'une autre, elle tomberait dans les bras d'Henry. D'où le fait qu'il avait été particulièrement curieux à savoir si quelque chose d'intime s'était passé entre eux lorsque le lendemain, Jo avait débarqué à la morgue, à la recherche d'Henry, comme une femme courant derrière son mari.
- Hey tous les deux ! Vous êtes déjà là ! – lança-t-il en rentrant dans le bureau
Jo se leva du bureau et se mit à côté d'Henry, en croisant les bras.
- Hey Lucas – répondit-elle – on avait du boulot et tu connais ton boss, un véritable lève-tôt.
Elle échangea un petit regard avec Henry et ce dernier la dévorait tellement des yeux que Lucas se demandait s'il allait lui sauter dessus, en la mettant sur son bureau.
Elle se dirigea vers la sortie du bureau
- Je monte ! Je passe un coup de fil à l'OCME tout à l'heure. Dès que Mike arrive, on va interroger Powell !
Henry acquiesça et eut du mal à garder ses yeux pour lui lorsqu'elle quitta la morgue, en remuant son bassin peut-être bien plus que d'habitude.
Lucas passa sa main devant ses yeux
- J'aurais aimé être aussi sexy que Jo, mais ce n'est pas le cas !
Henry lui lança un regard sarcastique et se leva pour aller jeter un œil dans le frigo.
- Vous avez eu l'occasion de regarder le corps ou pas encore ce matin ?
- Non justement ! Je vais voir à quoi il ressemble.
Il sortit le corps d'Alberto, qui était déjà un peu plus solidifié que la veille bien, qu'il était toujours dans un sale état.
- Je n'ai pas pu vraiment faire mon autopsie hier, vu que j'avais peur de le terminer en viande hachée, plus qu'il ne l'était déjà.
Il tapota légèrement tout le corps et remarqua qu'il pourrait très bien l'ouvrir, mais avec une grande minutie pour ne pas complètement le charcuter.
- C'est vrai qu'hier, réaliser l'autopsie aurait été difficile. Mais remarque, vous n'avez pas besoin de l'ouvrir pour connaître la cause de la mort.
- Effectivement ! Mais c'est la loi du métier donc je n'ai pas le choix.
Il le fit glisser au milieu de la morgue et Lucas lui demanda
- Et est-ce qu'on cherche quelque chose en particulier ?
- Je voudrais m'assurer que le coup de la machine à laver n'était là que pour faire diversion et n'a pas été une partie de l'arme du crime. Ses organes ne devraient pas être écrasés s'il a été mis dedans post-mortem.
Lucas haussa un sourcil
- Vraiment ? Et pourquoi ils devraient l'être s'il a été mis dedans pré-mortem ?
- Parce que ça aurait obligé la personne qui l'a tué à le compresser violemment contre la machine avant de lui donner le temps de perforer sa carotide et de le mettre dedans. De ce fait, la compression aurait écrasé quelques organes, ce qui aurait provoqué une mort d'autant plus rapide. Mais je doute que ceci se soit passé ainsi. Je vais vérifier tout de même.
Quelques minutes après, Jo appela l'OCME pour dire que Mike était arrivé, qu'ils avaient donc le mandat en main et qu'il fallait aller chercher monsieur Powell.
Henry laissait le bon soin à Lucas de s'occuper du corps, mais comme il s'en doutait il n'avait rien vu qui indiquait qu'Alberto avait été mis dans la machine en étant déjà mort, donc effectivement, cette dernière n'était là que pour faire diversion. Ne restait qu'à trouver, qui pouvait être assez perché pour le faire.
Garrett Powell habitait dans le Upper East Side, où la veille Jo, Henry et Hanson avaient rapidement fait leur tour avant de se prendre un vent.
Ce matin-là, ils étaient tous trois assez chauds à le ramener et lui faire cracher ses boyaux quant à son altercation avant la mort d'Alberto.
Hanson et Jo prirent les devants et Henry resta derrière eux, comme à l'habitude.
Ils attendirent quelques minutes avant que Garrett ne leur ouvre et il les regarda de travers
- Encore vous ? Qu'est ce que je vous ai dit hier ?
Il s'apprêtait à refermer, mais Hanson cala son pied entre l'ouverture intérieure et extérieure
- Oui eh bien aujourd'hui, on revient avec une petite surprise
Jo lui fit un sourire ironique et lui tendit le mandat sous le nez.
- Vous n'avez pas vraiment d'autre choix que d'obtempérer et vous allez devoir nous accompagner.
Henry sentit que le ramener au poste ne serait pas aussi facile. Garrett lut rapidement le mandat. Il soupira.
- Bon très bien !
Il sortit de la maison et Hanson et Jo le dirigèrent vers la voiture. Henry était de nouveau derrière les deux détectives et il sentait que quelque chose allait mal se passer, il suffisait de voir la manière dont Garrett marchait, presque en travers comme si…
- Salut les nazes ! – cria Garrett, quand ils atteignirent la fin des escaliers et qu'il bifurqua vers la gauche pour courir le plus rapidement possible. Ni Hanson ni Jo n'avaient eu le temps de réagir, mais Henry avait perçu la manœuvre et avant même que Garrett n'ait pu franchir l'autre côté du trottoir, avec une force venue de Dieu sait où, Henry se jeta sur lui et le plaqua au sol. Garrett le regarda d'un œil noir.
- Je ne savais pas que la NYPD avait des légistes qui pouvaient servir de gardes du corps
- Ils devraient peut-être y songer – railla Hanson quand lui et Jo rejoignirent le doc, en courant, il passa les menottes aux mains de Garrett et le tira pour l'emmener à la voiture
- Cette fois-ci, vous aurez des raisons de venir avec nous au poste ! Idiot va !
Jo se dirigea vers Henry et lui tendit la main pour l'aider à se lever. Elle n'arrivait pas à croire avec quelle vitesse et quelle force, il avait agi.
- Est-ce que ça va ? Tu ne t'es pas blessé ?
Henry lui sourit
- Ne t'inquiète pas pour moi ! J'ai connu pire dans ma vie.
Elle rangea son arme et restait tout de même sans voix
- Bien joué ! Franchement, tu as très bien agi ! Tu ferais presque autant un bon flic que nous.
Henry la trouvait bien trop modeste, mais il était bien content d'avoir des réflexes par moment.
- C'est gentil, mais je pense que c'est juste le coup de l'adrénaline. J'avais remarqué sa manœuvre depuis qu'on avait quitté la maison.
Jo se disait que parfois sans Henry, ils n'auraient jamais réussi à élucider toutes ces affaires. Elle soupira. Comment avait-elle pu penser, en l'espace d'une seconde de vouloir mettre fin à leur partenariat ? Jamais elle n'aurait retrouvé quelqu'un comme lui et elle n'aurait tout simplement pas supporté de travailler avec quelqu'un d'autre.
Surtout si c'était pour avoir quelqu'un comme Dr Washington sur les affaires. Autant se couper un bras tout de suite.
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Au 11, Jo et Hanson se mirent directement à l'interrogation de Garrett et Henry rentra dans l'arrière-salle et fut rapidement rejoint par Reece.
En la voyant rentrer, Henry ignorait si oui ou non il était dans le trouble. Sachant qu'il craignait le lieutenant plus que n'importe qui dans le commissariat.
Cette dernière lui jeta un œil et s'avança à côté de lui, en gardant un air fier et incorruptible qui faisait qu'Henry était incapable de savoir ce qu'elle pensait.
- J'ai entendu ce qui s'est passé tout à l'heure quand vous êtes partis chercher Powell ! C'est vraiment bien agi Henry, je ne pensais pas que vous aviez ça en vous.
Henry la remercia d'un signe de tête. Reece lui demanda.
- Comment vous avez fait pour agir aussi rapidement ?
- J'avais déjà perçu sa manœuvre quand Jo et Hanson l'ont emmené. Il était bien trop nerveux. À mon avis, les flics lui font peur.
Reece fronça des sourcils et détourna de nouveau le regard vers les deux détectives derrière la vitre. Il faudrait vraiment qu'elle arrête de poser trop de questions à Henry. Il se perdait vraiment trop dans ses explications.
- Donc, Garrett Powell – commença Hanson, de l'autre côté – ce n'est pas très gentil d'essayer de fuir la police lors d'une enquête de meurtre. On pourrait penser que vous avez quelque chose à vous reprocher ?
Garrett regarda Jo et Hanson tour à tour. Il croisa ses bras.
- Quand on a commis des petits délits dans sa vie, on a tendance à avoir un peu peur quand les flics viennent frapper à notre porte.
- Justement – coupa Jo – parlons de vos petits délits. Vous avez effectivement un petit casier et pourquoi ? Par rapport justement à cette histoire de buanderie où vous avez refusé de payer le lavage de votre costume, sous prétexte qu'il était en retard.
Garrett bougonna deux trois mots
- Et alors ? C'est vrai. Je lui avais donné un deadline et il ne l'a pas respecté. À cause de lui, j'ai raté ma réception.
Hanson regarda son dossier
- Vous êtes comptable ?
- C'est exact !
- Quel genre de comptable fait des réceptions ?
Garrett se demandait en quoi cela avait rapport avec l'affaire
- Écoutez, je convoitais un poste dans une multinationale et il fallait avoir l'air présentable. Malheureusement, à cause de cet immigrant de la buanderie, je n'ai pas pu avoir ce superbe costume à temps et j'ai dû m'y rendre avec quelque chose de plus ou moins potable, mais je n'ai même pas été remarqué.
Jo trouva son argument tellement stupide, qu'elle sentait presque une migraine arriver.
- Donc, pour une histoire de costume, vous n'avez pas obtenu le poste que vous vouliez et vous avez décidé de vous en prendre à cet « immigrant » de la buanderie, comme vous le dites si bien et de ne pas le payer ?
Il gesticula dans tous les sens
- Les temps étaient durs ! Je reconnais y avoir été un peu fort et ça m'apprendra, j'ai dû payer des dommages et intérêts pour mon insolence. Mais j'ai retenu ma leçon depuis et je suis très bien dans ma boîte actuelle.
Jo et Hanson s'échangèrent un regard
Eh bien cet immigrant est mort hier et devinez quoi ? Vous êtes l'un des principaux suspects – exprima Hanson.
Garrett ne semblait pas en croire ses oreilles
- Quoi ? Attendez, vous ne croyez tout de même pas que je suis responsable de sa mort ? Franchement, je ne serais pas allé si loin.
Jo mordilla sa lèvre
- Les gens tuent pour très peu de choses et lui verser de l'argent n'a pas dû vous plaire.
Garrett haussa un sourcil
- Mademoiselle ! Je lui ai versé même pas 200$, ça va. On connaît pire dans la vie. Je suis passé à autre chose. J'ai déjà un casier pour cette connerie, mais si en plus je me mettais à tuer les gens pour des trucs si stupides, je n'aurais plus un seul client.
Henry murmura derrière la vitre
- Au moins, il a des arguments !
Reece approuva son commentaire.
- Vous savez intimider les gens – répondit Jo –, mais d'après ce qu'on voit dans votre dossier, ce conflit est arrivé il y a environ deux semaines et le litige a été réglé la semaine passée. Et bizarrement, hier, nous retrouvons le cadavre de monsieur Franco. Tout le monde nous a dit qu'il n'avait pas de problèmes avec qui que ce soit. Vous êtes le seul qui est ressorti du lot.
Garett leva les yeux au ciel
- On dirait que vous les flics, juste parce que vous êtes au top de la loi, vous n'avez jamais fait d'erreur de votre vie. Certes, j'ai pété un câble et j'ai fait n'importe quoi, mais bon maintenant je me tiendrais à carreau. J'ai de la chance déjà que cette histoire ne m'est pas faite viré de ma boîte.
- Ouais, une chance inouïe – répondit Hanson d'une voix sarcastique
Jo finit par lui demander
- On peut donc savoir où vous étiez hier matin entre 4 et 6h ?
Garrett les observa comme s'ils parlaient une autre langue
- Je ne sais pas ce que vous faites à 4h, mais moi je dors. Je me lève à 6h pour être au boulot à 8h. Je vais faire un jogging dans le parc à côté de chez moi avant de partir.
Jo gribouilla le tout sur son calepin
- Quelqu'un peut le confirmer ?
- Oui, le vendeur du Starbucks où je passe tous les matins ! Sérieusement, je n'ai pas que ça à faire.
Henry remarqua ses mains. Il y avait de l'encre dessus. Tout comme la tâche qu'il y avait sur le cou d'Alberto. Il tapa à la vitre.
Jo en sursauta ! Ça faisait longtemps. Hanson souffla.
- Il a recommencé !
Jo haussa des épaules
- Il ne peut pas s'en empêcher
Jo sortit cinq minutes de la salle d'interrogation, Henry l'y attendait dehors
- Henry ! Il faut que tu apprennes à te contrôler sur cette vitre, un jour ou l'autre elle va exploser.
- Je suis désolé ! Mais je viens de voir que monsieur Powell a de l'encre sur la main.
Jo ne le suivait pas
- Et alors ?
- Tu te rappelles que je te dis que notre victime a été tuée avec un stylo plume ?
Jo savait très bien où il voulait en venir, mais elle n'était pas convaincue
- Je sais ! Mais, Henry, un stylo plume, il suffit de faire un lavage pour que l'encre disparaisse directement. Donc je n'y crois pas trop. Puis, je n'ai rien remarqué.
- Ce sont des petites tâches, elles sont trop légères. Demande-lui s'il te plaît.
Jo leva les yeux au ciel
- D'accord !
Elle rentra de nouveau dans la salle et Henry fit de même, à l'arrière.
- Mon collègue veut savoir comment vous vous êtes retrouvés avec des taches d'encre sur vos doigts ?
Hanson et Garrett se regardèrent avec des yeux ronds. Hanson n'y voyait rien et Garrett ne pensait pas même pas que cela pouvait être un motif de meurtre.
- Il est sérieux ?
- Je vous assure qui l'est toujours !
Reece regarda Henry faire son petit sourire en coin avec le commentaire de Jo. De ce qu'elle savait, la jeune femme n'avait jamais caché ses louanges envers le légiste.
- Les gars, je vous ai dit que je suis comptable ! Je remplis des chèques H24 alors il se peut que je me retrouve avec de l'encre sur les doigts.
Henry murmura
- Demande-lui quel genre de stylo il utilise
Jo n'avait aucune idée de ce qu'Henry venait de dire et pourtant
- Quel genre de stylo utilisez-vous ?
Reece n'en crut pas ses oreilles. Comment cela était-il possible que deux personnes séparées par une seule vitre puissent être connectées à ce point l'une à l'autre ?
- Ça dépend. Des fois des stylos billes bleus, des fois des noirs.
Jo claqua sa langue dans sa bouche
- Vous n'utilisez pas de stylo plume par hasard ?
Garrett pouffa, tellement l'idée semblait ridicule
- C'est une blague ? Vous avez déjà rempli des chèques dans votre vie ou pas ? Un stylo plume, ça fuit. Ça serait vraiment ridicule de ma part de le faire et c'est encore un bon motif pour me dégager de la boîte.
Hanson dut lui donner raison
- Il n'a pas tort, sur ce point Jo.
Jo faisait confiance aux paroles d'Henry, mais il est vrai que si Garrett était comptable et qu'il se mettait à utiliser des stylos plumes pour remplir des chèques, peut-être qu'il n'aurait pas gardé son boulot.
Reece demanda à Henry
- Qu'est ce que ça veut dire ? Je ne pense pas qu'on puisse le condamner pour des traces de stylos.
Henry resta un instant de marbre. Peut-être qu'il avait voulu croire que le coupable se trouvait devant lui. Il se gratta la tête nerveusement.
- Désolé ! Je ne vois pas très bien d'ici donc j'étais persuadé qu'il s'agissait de marques de stylo plume.
Jo rentra dans la salle arrière à la fin de son commentaire
- On passera au Starbucks voir si l'employé peut confirmer son alibi. Hanson s'est proposé d'accompagner Garrett à sa boîte pour vérifier les différents stylos qu'ils utilisent juste au cas où. Mais faut se rendre à l'évidence, remplir un chèque avec un stylo plume serait stupide.
Henry acquiesça. Il s'était sans doute égaré. Ses pensées étaient bien trop occupées par la manière dont il devait dire la vérité à Jo. Et elle comprit bien que c'était la raison pour laquelle il était perturbé.
Leur long silence à se regarder dans les yeux fatigua Reece qui préféra les laisser en paix plutôt que d'assister à cette parade sexuelle qu'elle se serait bien passé de voir.
L'employé avait confirmé l'alibi de Garrett et après plusieurs vérifications, Hanson n'avait trouvé aucun stylo plume dans la boîte. Pour l'instant, Garrett était donc libre et écarté de toute possibilité, mais rien ne disait qu'autre chose ne les frapperait pas par la suite.
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Un peu plus tard en fin de journée, Henry était planté devant le corps et semblait d'autant plus frustré que d'habitude. Lucas le regardait sur le point de péter une durite et se demandait si oui ou non cela valait la peine d'agir.
- Je n'arrive à rien sur ce corps – finit par dire l'immortel, d'un ton las.
Lucas sentit que c'était le moment de jouer les psys et se rapprocha de son boss, et tenta de le réconforter.
- Mais non ! Comme toujours, vous avez déjà trouvé plus qu'il en faut. Ce n'est pas de votre faute s'il est dans un tel état.
- Mais regarde, je me suis trompé. J'ai vraiment cru que ce Garrett était le responsable.
- Si vous voulez mon avis, il apparaissait très bien comme. On ne sait pas encore, peut-être qu'il joue le jeu. Et nous n'avons pas encore déterminé quel type de gabarit a tué monsieur Franco.
Henry savait que son assistant avait raison. Il soupira. Il fallait qu'il se concentre. Entre dire la vérité à Jo et Abe qui n'en faisait qu'à sa tête avec sa santé. Cela commençait à faire beaucoup, même pour un homme de son âge.
Henry se posa derrière le corps d'Alberto et examina délicatement son cou. Il passa ses doigts sur la blessure provoquée par le stylo et tenta de se mettre dans la peau du personnage pour comprendre de quelle manière il avait été attaqué.
La blessure n'avait pas été faite vraiment délicatement, mais seule une personne plus petite que leur victime aurait pu atteindre et enfoncer le stylo plume si profondément. Il regarda le dos d'Alberto et put confirmer qu'il était penché au moment où il s'était fait froidement assassiné.
Il leva un doigt en attention, sous les yeux éberlués de Lucas.
- La personne qui a tué monsieur Franco était plus petite qu'elle. Mais c'est le cas de toutes les personnes qu'on vient de rencontrer sauf…
Lucas acheva pour lui
- Celui que vous venez d'interroger
Henry acquiesça. De plus, il n'avait pas vu à quoi ressemblait Brian, le premier employé qui avait trouvé le corps d'Alberto. Restait sa femme Teresa, et la maîtresse qu'ils n'avaient pas encore rencontrée. Alyssa avait déjà été innocentée par sa colocataire. Sur une photo, il était difficile de se faire une idée de sa taille, surtout qu'elle pouvait porter des talons.
- Il n'y a qu'un seul moyen de s'en assurer et cela va être de reconstituer la scène de crime directement.
- Vraiment ? Tu veux retourner à la buanderie pour la reconstitution ? – demanda Jo ? – un peu plus tard, lorsque le légiste était remonté dans la salle des détectives.
- Oui ! Il n'y a que comme ça, que je pourrais savoir qui a tué Alberto. Tout se joue entre nos derniers témoins. Sauf celui qu'on a interrogé tout à l'heure, à cause de sa taille.
Jo comprenait bien son point de vue.
- Alors ? Est-ce que tu veux qu'on y retourne dès ce soir ? On n'a même pas encore eu le témoignage de la maîtresse. Tu ne crois pas qu'on devrait l'interroger avant de se lancer dans une reconstitution ?
Ce fut à ce moment que quelque chose frappa Henry. Il regarda Jo.
- Attends une seconde ! On nous a dit qu'elle était partie à Philadelphie. Est-ce qu'on sait, à quel moment son départ a eu lieu ?
Jo haussa des épaules et se posa rapidement à son bureau et se mit à faire des recherches dans le dossier de Jennifer.
Henry attrapa une chaise et s'installa à ses côtés, vraiment trop près au goût de Reece qui passait dans le coin pour déposer des dossiers et les vit, presque assis l'un sur l'autre. Un jour ou l'autre, chaque détective lui devrait de l'argent.
Jo rentra le nom de Jennifer dans chaque base de données de transport et finalement, un billet apparut avec la date et l'heure du départ. Jo et Henry se regardèrent.
- Elle est partie mercredi matin, à 8h – dirent-ils d'une seule et même voix
- Soit deux heures environ après le meurtre – ajouta Henry
Les deux jeunes gens restèrent sans voix.
- Je n'appelle pas ça une coïncidence – affirma Jo – je trouve même que ça concorde assez avec ce qu'on a découvert. Comme par hasard, elle décide de prendre un congé à Philadelphie deux heures après le meurtre. Je dirais que c'est pire que suspect.
Henry se frotta la barbe
- La plupart des meurtriers sont trouvés sous 48h. La réputation du 11 nous suit depuis le nombre d'arrestations qu'on a eu dans l'année. Elle a dû penser que si elle revenait dans la journée de vendredi, personne ne se douterait de rien.
Il resta perplexe tout de même
- Mais on ne peut pas encore crier au loup tout de suite ! Nous ne l'avons pas vu de près et la personne qui a tué Alberto était plus petite que lui. Il faisait à peine 1,70, ce qui est petit pour un homme et même toi tu es plus grande que lui. Alberto était penché au moment où il a été agressé, ce qui le rendait encore plus petit donc obligatoirement, la personne qui est arrivée derrière lui, ne le dépassait pas… Parce qu'il aurait pu la voir arriver, dans l'ombre de la lumière se projetant sur le mur. D'après les photos qu'on a de Jennifer Gray, j'ai évalué sa taille à environ 1,68, soit à peine plus petite qu'Alberto.
Henry revoyait les flashs de la scène de crime. Il pouvait presque tout reconstituer mentalement.
- Il faut qu'on aille tout de suite à la buanderie. J'ai peut-être une théorie.
Jo se leva et ils enrôlèrent Lucas avec eux pour prendre des notes.
