Hello guys! Merci pour vos reviews! Désolée de cette fin de chapitre un peu sauvage ;) mais ne vous inquiétez pas (ou pas). J'espère que vous apprécierez toujours et n'oubliez pas, ce n'est pas parce que FF vous met que c'est le chapitre 6 que c'est le cas lol. Pour moi ceci est le chapitre 2 jusqu'à ce que j'écrive le titre du 3eme ;). Je pense que vous aurez compris que je fais un équivalent d'épisodes.

Bonne lecture !


Abe avait été conduit à l'hôpital. Les paramédics étaient arrivés plutôt rapidement suite à l'appel de Jo. Le fait de préciser qu'elle était de la NYPD ne leur avait certainement pas fait poser plus de questions.

Henry était extrêmement angoissé. Il se maudissait de n'avoir rien vu plus tôt. Mais il était bien placé pour savoir qu'une appendicite ne se manifestait pas forcément rapidement. Quelques signes pouvaient être là, mais Abe avait dû simplement les ignorer, pensant que c'était l'âge qui était en cause. Mais justement, à son âge, Henry savait que l'opération de l'appendicite n'était pas une mince affaire, surtout si elle était aiguë. Sur un enfant et une personne jusqu'à 30 ans, l'opération était passable et supportable, mais passé ce délai, les choses devenaient un peu plus compliquées.

Une fois sur place, de nombreux médecins prirent le vieil homme en charge et Henry malgré son état, parvint à leur expliquer qu'il fallait qu'il soit opéré d'urgence pour éviter la propagation de l'appendicite. Henry savait qu'il aurait pu le faire lui-même, mais il restait un médecin légiste désormais et non pas un médecin en tant que tel. C'était à l'hôpital de s'occuper de lui et ils disposaient d'outils plus modernes que lui dans son petit labo.

Quand Abe fut transféré au bloc, les médecins arrêtèrent Henry qui voulait aller plus loin.

Il resta planté devant les portes battantes, en sentant des perles de sueur couler tout le long de son corps. Il ne pouvait simplement pas accepter de perdre Abe, pas tout de suite. Il était encore jeune.

Il sentit une douce main se poser sur son bras et se rappela que Jo était avec lui. Elle lui frotta délicatement l'épaule et le dos, pour le rassurer.

- Hey ! Ça va aller ! Ce n'est qu'une appendicite. Je suis certaine que tout va bien se passer.

Henry n'arrivait pas en être convaincu

- À son âge, une opération de l'appendicite est un peu plus difficile à supporter que quelqu'un de notre – il se rappela qu'il n'avait pas exactement le même âge que Jo – de ton âge

Jo le tira pour qu'il s'assoie ou il était celui qui allait se faire éclater une artère. Elle remplit un petit verre d'eau à la plus proche fontaine et lui donna. Elle posa une main sur son genou et le frotta.

- Cela reste que ce n'est pas une opération très risquée ! Franchement, Abe a subi d'autres choses dans sa vie. Je suis certaine que ce n'est pas ça qui va l'achever.

Henry avala son verre d'eau d'une seule traitre et la regarda avec un air de chien battu.

- Si seulement j'avais pu faire plus attention à sa santé en ce moment. J'aurais peut-être pu agir plus rapidement et l'envoyer directement passer des examens. On n'aurait pas eu besoin de l'emmener ici en urgence et je…

Jo se leva et s'agenouilla devant lui en lui secouant les mains

- Hey hey ! Henry ! Calme-toi ! Tu n'y es pour rien ! Ce sont des choses qu'on ne peut pas prévoir, tu ne pouvais pas savoir qu'Abe avait un problème d'appendicite. Surtout s'il n'a pas montré de signes avant-coureurs.

Henry cherchait encore et toujours à tergiverser

- Justement ! Il était plus fatigué ces temps-ci et il appuyait très souvent sur ses côtes. J'aurais dû être plus attentif.

Jo leva les yeux au ciel. Il n'y avait qu'Henry pour se blâmer de toute la misère du monde.

- Tu sais bien que ce n'est pas vrai ! Si jamais tu lui sors une tartine comme ça à son réveil, je suis certaine qu'il te fera regretter tes paroles une fois qu'il sera sur pied.

Elle parvint à faire esquisser un sourire sur les lèvres de l'immortel. Elle se releva et prit son téléphone dans sa poche.

- Je vais contacter Hanson et lui demander de passer le message à Reece et Lucas. Bois un peu d'eau encore et arrête de te torturer de la sorte. Tout ce qui arrive n'est pas toujours de ta faute.

Henry la regarda s'éloigner pour passer son coup de fil et posa sa tête dans ses mains. Abe passait son temps à lui rabâcher qu'il ne serait pas éternel et qu'un jour il partirait et qu'il faudrait qu'il fasse avec. Mais Henry ne voulait pas faire face à la vérité. Pas à 70 ans. Avec le progrès, beaucoup de personnes pouvaient encore vivre 100 ans au moins. Cette histoire ne sentait définitivement pas bon. Si Abe commençait déjà à avoir des problèmes de santé importants et qu'en plus, il passait sur le billard à son âge. Lui qui n'avait jamais subi de grosses opérations durant les dernières 70 années.

Jo revint après quelques minutes et s'installa à côté de lui

- J'ai prévenu Hanson. Il m'a dit de te dire de t'accrocher. Il essaiera de passer un peu plus tard avec Lucas. J'ai aussi prévenu Reece et elle m'a dit aussi qu'elle passerait dans la soirée.

Henry acquiesça. Abe ne faisait pas partie de la NYPD ou de l'OCME, mais il avait tout de même été un élément important pendant certaines enquêtes alors il était reconnaissant de savoir que le reste de leur équipe viendrait prendre des nouvelles.

Henry appuya sa tête contre le mur, en fermant à demi les yeux, espérant ne pas se retrouver avec une mauvaise nouvelle. Jo le regarda d'un air silencieux. Il n'avait pas besoin que le clou soit enfoncé. Tant qu'elle était présente à ses côtés, c'était le plus important.

- J'ai déjà opéré une appendicite – fini par dire Henry après de longues minutes de silence. Cela n'était tellement pas dans ses habitudes que Jo avait eu le temps de lire un magazine entier.

Elle fut surprise de l'entendre ouvrir sa bouche, sachant qu'il était en train de broyer du noir.

- Ah oui ? – demanda-t-elle, bien intriguée

Il acquiesça

- Il y a un moment ! Et ce n'était pas non plus dans de très bonnes conditions, loin de là.

Il revit des flashs de ce moment dans l'Orient express quand il avait dû opérer le fils du roi d'Urkresh : Armen Aronov. Une affaire qu'ils avaient traitée quelques mois auparavant et dont Henry avait reconnu la cicatrice faite par une anesthésie un peu maladroite.

- Qu'est-ce qui s'est passé ? – demanda Jo

- Le petit garçon avait une dizaine d'années ! Il a eu une crise d'appendicite. Le problème était que nous étions dans un train alors j'ai dû pratiquer une opération en urgence, sur place. J'avais quelques outils, mais c'est sûr que ce n'était rien par rapport à un hôpital. Mais je ne me déplaçais jamais sans mes outils.

Jo fronça des sourcils

- Dans un train ? Comment ça a pu être possible ?

Il hésita à aller au bout et lui dire la vérité sur ça, mais après tout, l'Orient express était toujours d'actualité. Et elle savait que c'était ce qu'il avait choisi pour sa lune de miel avec Abigail.

- Parce que c'est arrivé lorsque j'étais sur l'Orient express avec Abigail.

Jo pouffa légèrement

- J'imagine que ça a donné une autre tournure à votre lune de miel.

- Oui ! Une espèce de challenge auquel on ne s'attendait pas, mais bon, tout s'est bien terminé. Le fait que le train bouge a fait que j'ai un peu mal coupé le ventre du petit garçon, mais il n'a pas eu de problèmes particuliers et c'était tant mieux.

Jo savait qu'Henry était old fashion, mais de là à carrément jouer les médecins dans un train très célèbre et très cher d'après ce qu'elle savait, pendant sa lune de miel. Décidément, il lui arrivait des aventures toutes aussi fantasques les unes que les autres.

Hanson, Lucas et Reece étaient tous les trois passés en même temps en début de soirée. L'opération s'attardait un peu. Henry savait qu'il fallait être délicat compte tenu de son âge.

Jo força Henry à manger un peu. Elle avait trouvé une salade qui ne lui ferait pas trop faire la grimace, dans un petit restaurant type fast food, ouvert 24h, juste à côté de l'établissement hospitalier.

Après de longues heures, l'un comme l'autre avait fini par s'endormir dans la salle d'attente, où il n'y avait que très peu de personnes y passant à de telles heures tardives.

Jo avait la tête reposée sur l'épaule d'Henry, une main sur sa cuisse. Henry avait quant à lui la tête appuyée contre celle de Jo.

Une infirmière vint à leur rencontre dans les alentours de trois heures du matin

- Docteur Morgan ? – elle bougea légèrement son épaule

Avec son sommeil très léger, il se réveilla immédiatement, en retenant le cou de Jo pour ne pas qu'elle se fasse en torticolis s'il se levait trop brutalement.

- Oui ? Vous avez des nouvelles ?

- Votre colocataire s'en est très bien sorti. Il est stable et il a supporté l'opération. Elle a été plus longue que prévu à cause de son âge et que les médecins ne voulaient pas risquer de faire monter sa tension ou autre qui aurait pu être fatal.

Henry acquiesça et soupira de soulagement. Cela avait été les heures les plus longues de sa vie. Jo se réveilla et frotta rapidement ses yeux.

- Du nouveau ?

- Abe est sorti du bloc ! L'opération s'est bien passée !

Il vit le soulagement sur le visage de la jeune femme et fut touché de voir à quel point elle tenait autant à Abe.

Ils se levèrent et Henry demanda à l'infirmière

- Est-ce qu'on peut le voir ?

Elle acquiesça. Jo le suivit, mais l'infirmière l'arrêta.

- Je suis désolée, mademoiselle, mais seule la famille peut lui rendre visite pour l'instant.

Jo se sentit un peu froissée, mais regarda Henry en faisant un petit sourire

- Vas-y. Je vais t'attendre ici !

Henry regarda longuement vers le couloir et regarda Jo, puis l'infirmière. Sa main glissa dans celle de Jo et il dit d'une voix ferme.

- Elle fait partie de la famille ! Laissez-là venir avec moi !

Jo sentit un frisson lui parcourir l'échine au moment où la main d'Henry avait glissé dans la sienne.

L'infirmière sut parfaitement bien que ce n'était pas tout à fait vrai, mais en les regardant tous les deux, elle ne put que les laisser passer.

- Très bien ! Allez-y ! Mais ne tardez pas trop quand même. Il a besoin de se reposer.

Henry hocha la tête et ne lâcha pas pour autant la main de Jo, en l'entraînant vers la chambre où Abe était.

Ils rentrèrent lentement l'un à la suite de l'autre. Abe avait le regard perdu dans le vide et en voyant les ombres se dessiner dans l'embrasure de la porte, il s'installa un peu plus confortablement dans le lit et fit un petit sourire en coin.

- Vous avez vraiment une sale tête tous les deux !

Henry n'arrivait pas à croire qu'il était en mesure de faire une telle blague après l'opération qu'il venait de subir.

Ils se mirent chacun d'un côté du lit. Henry lui dit.

- Si tu savais la peur que tu nous as faite.

Abe grimaça en faisant un signe de la main

- Oh eh bien à mon âge, je devrais me considérer chanceux que ce genre de truc m'arrive encore et que je m'en sorte plutôt bien après l'opération. Ça n'aurait pas été donné à tout le monde.

Henry secoua la tête. Abe était incorrigible. Jo prit la main du vieil homme et la secoua.

- Henry a failli frôlé la crise cardiaque et moi avec ! Je suis contente que l'opération se soit bien passée et que tu n'aies pas l'air d'être au plus mal.

Abe fit un large sourire à la jeune femme. Il regarda son père et regarda la main de Jo dans la sienne. Il prit celle d'Henry et fit en sorte que les doigts des deux jeunes gens soient enlacés. Ils restèrent à se regarder, au-dessus d'un Abe qui avait l'air bien satisfait de ce qu'il faisait, même sous morphine.

- La vie est courte les amis, il faut en profiter.

Le rouge monta aux joues des deux intéressés et Henry fut le premier à couper cette conversation qui allait se dégrader sous peu.

- Pourquoi est ce que tu ne m'as pas dit pour tes douleurs aux côtes ? Je t'ai vu et tu m'as assuré que ça allait bien.

Abe haussa des épaules

- Parce que c'était vrai ! Je n'avais pas plus de casse que ça. J'ai 70 ans, si je devais m'inquiéter à la moindre douleur, on ne serait pas sorti de l'auberge. Je vis avec le fait de me dire qu'aujourd'hui est peut-être mon dernier jour, alors vaudrait mieux pas que je m'occupe de choses aussi futiles que des douleurs aux côtes ou au dos.

Henry avait oublié à quel point la morphine pouvait parfois rendre certains irritables. Cependant, Abe n'avait encore jamais parlé du fait que ses jours étaient réellement comptés. C'était la première fois qu'Henry l'entendait le mentionner de vive voix, sans dire qu'un jour il partirait. À l'entendre, le un jour avait l'air de s'être transformé en une semaine.

Henry soupira

- Ton humour est exécrable après une opération, mais au moins ça veut dire que tu iras mieux

Abe lui lança un regard noir

- Ouais, on n'a pas tous la même chance !

Il détourna son regard. La table de chevet de l'hôpital semblant plus intéressante à ce moment. Jo sentit la tension et se pinça les lèvres. Elle se leva.

- Hum ! Je, je vais aller chercher du café à côté. Toi et moi on en a besoin après la courte nuit qu'on a eue. Je vous laisse discuter.

Jo fit une rapide bise sur la joue d'Abe qui se sentit toute chose et jeta un œil à Henry qui avait l'air blasé. Elle sortit de la chambre et savait qu'elle avait bien fait. Ces deux-là devaient avoir certains comptes à régler et le côté docteur d'Henry ne laisserait pas Abe continuer de faire de l'humour noir.

Quand Jo fut hors de portée de vue, Henry regarda Abe de travers. Ce dernier s'en rendit bien compte et croisa ses bras.

- Quoi ? – cria-t-il, comme s'il n'avait jamais été sous morphine

- Abraham ! On s'est fait beaucoup de soucis pour toi ! Lorsque je t'ai entendu m'appeler j'ai cru que tu n'allais pas réussi à tenir dans l'ambulance. J'ai presque eu envie de faire cette opération directement à la maison.

- Mais tu ne pouvais pas ! Tu es médecin légiste maintenant et pratiquer sans l'autorisation compétente alors que tu n'as pas le titre associé, t'aurais valu un procès au cul. Maintenant, toi et la petite vous avez très bien agi en m'amenant ici et ils ont réussi à m'opérer sans soucis.

Henry bougonna

- L'opération a quand même duré plus longtemps que prévu

- Oui eh bien excuse moi, je n'ai plus les organes d'un homme de vingt ans.

Henry le trouvait gonflé d'agir de la sorte alors que lui et Jo lui avaient tout de même sauvé la vie.

- Tu pourrais être un peu moins grognon ! Je sais que c'est la morphine, mais Jo et moi on s'est plié en quatre pour t'emmener ici. Elle a passé la nuit avec moi à l'hôpital, alors que je lui avais dit qu'elle pouvait rentrer, elle a refusé.

Abe savait très bien ce que son père avait fait et il était très touché de savoir que Jo était resté à ses côtés. Si cela ne voulait pas tout dire.

- Tu sais que Jo est dévouée et tu ferais peut-être mieux de lui rendre la pareille avant que je n'aie plus le temps de confirmer quoi que ce soit.

Henry resta sceptique

- J'allais le faire lorsqu'on t'a entendu m'appeler… Mais attends une seconde, toute cette colère envers moi, ce n'est pas uniquement parce que je n'ai encore rien dit à Jo ? Quel est le problème ?

Abe regarda longuement son père et sentit des larmes dans ses yeux. Henry ne l'avait plus vu ainsi depuis bien des années et sentit un coup de poignard en plein cœur. Il n'y avait rien de pire que de voir son propre enfant pleurer, peu importe l'âge de ce dernier.

- En réalité, je ne suis pas en colère contre toi ! Je suis en colère contre moi-même. J'ai voulu faire le malin et je ne t'ai rien dit pour mes douleurs. Dans le fond, je savais bien qu'elles n'étaient pas tout à fait normales. Elles traînent depuis des semaines. Mais j'ai mis ça de côté parce qu'elles se calmaient parfois. Elles ont repris depuis que j'ai appris comment Abigail avait fini. Je ne voulais pas t'inquiéter quand j'ai vu que tu avais beaucoup à faire entre affronter Adam et gérer Jo qui se sentait trahie… Tu vas vivre pendant encore des siècles et des siècles et tu auras d'autres soucis sur les bras que de savoir ce qui va m'arriver demain et je ne voulais pas être un fardeau pour toi.

Henry se sentit encore plus déchiré. Il prit une chaise et attrapa les mains de son fils.

- Arrête de dire des bêtises ! Tu n'as jamais été un fardeau pour moi. Tu as été la décision la plus spontanée que je n'ai jamais prise, alors cesses donc moi ça tout de suite. Je t'aurais fait les examens nécessaires et on t'aurait opéré plus tôt, mais le principal c'est que tout soit rentré dans l'ordre.

Abe savait bien que son père se forçait à sortir les mots de sa bouche.

- Mais est-ce que ça ne continuera pas de se produire ? Je ne suis pas immortel comme toi, je ne suis pas hors de danger non plus. Je peux me retrouver avec autre chose sur les bras. – il soupira –, mais en réalité cette nuit, j'ai tout de même eu très peur.

Henry ne le suivait pas. Il fallait dire que le fait qu'il n'expérimentait pas la douleur et la peine de la même façon faisait qu'il ne parvenait pas totalement à s'identifier à ce que monsieur tout le monde pouvait ressentir lorsque quelque chose de grave se produisait, vu que dans son cas, il finissait toujours dans la rivière.

- Comment ça ?

- Quand je me suis senti partir, j'ai vraiment cru que j'étais en train de faire une crise cardiaque et je peux t'assurer que ça m'a fichu une frousse pas possible. Je me suis dit que je n'avais jamais eu d'antécédents, mais après tout qu'est-ce que j'en sais ? Mes parents sont morts dans des camps de concentration. Qui sait s'ils avaient vécu comment ils seraient morts. Alors oui, j'ai angoissé et je me suis dit que ce n'était pas juste que je parte si vite…

Henry sentit une larme rouler sur sa joue. Il était difficile pour lui en tant que père qui apparaissait plus jeune que son fils, de se faire à l'idée que n'importe quel moment pourrait être fatal pour de bon. On disait toujours que les enfants ne devaient pas partir avant leurs parents. Si seulement cela avait été vrai.

Henry colla son front à celui d'Abe et garda ses mains dans les siennes. Le berçant presque comme à l'époque où il n'était qu'un bambin.

Abe plaisanta

- En plus, ce n'est pas drôle si je pars de suite. Je n'aurais pas l'occasion de continuer de te disputer vis-à-vis du fait que tu ne bouges pas tes grosses fesses d'immortel pour dire la vérité à la plus sexy des détectives que je n'ai jamais rencontrée.

Henry rigola et secoua la tête négativement. Il retrouvait bien son fils là.

L'infirmière rentra et regarda l'heure

- Docteur Morgan ! Les visites sont terminées maintenant. Abraham a besoin de se reposer donc je vous conseille de faire de même.

En la voyant arriver avec sa piqûre, Abe aurait souhaité que son père reste encore un peu.

Henry se leva

- Je reste dans le coin et je repasserais un peu plus tard dans la matinée ! Repose-toi bien.

Il fit une bise sur le front d'Abe, sous le regard éberlué de l'infirmière qui se demandait réellement quelle était leur relation.

Elle ne put s'en empêcher lorsqu'Henry sortit.

- Cet homme est votre colocataire ou votre fils ou autre ?

Abe ne comprit pas l'autre, mais l'infirmière lui fit un regard évident. Abe rigola.

- Oh non, ce n'est pas ce que vous croyez ! Il est mon colocataire, mais oui effectivement, il s'agit de mon fils.

Cela lui faisait toujours un peu de mal de faire passer son propre père pour son fils, mais rendu à ce niveau, plus personne ne ferait la différence.

Henry était sorti pour aller au petit restaurant où il vit Jo assise à une table, encore endormie, devant un café bien fumant. Il était près de 4h du matin et tous deux n'avaient presque pas dormi. Il sourit. Il était content de l'avoir près de lui.

Il prit place en face d'elle. Elle releva subitement la tête en voyant son ombre.

- Excuse-moi, je ne voulais pas te faire peur !

Jo secoua la tête

- Ce n'est rien ! J'étais perdue dans mes pensées ! Et sachant qu'il n'y a personne dans ce restaurant à cette heure-ci, à part le personnel de l'hôpital. Ça me permettait de penser.

- Je comprends

Une serveuse arriva et lui déposa un café bien rempli comme celui de Jo. Il la remercia et regarda Jo.

- Je l'ai commandé et je lui ai demandé de servir quand tu viendrais – dit-elle, en portant le liquide à ses lèvres – l'infirmière m'avait dit que l'heure des visites était bientôt terminée donc je n'avais aucun intérêt à revenir dans la chambre. Et je me suis dit que tu viendrais si tu ne me voyais pas dans le couloir.

Henry était impressionné. Elle le connaissait si bien. Peut-être plus qu'il ne se connaissait lui-même. Sauf pour la seule partie manquante dont elle n'était pas encore au courant.

- Merci Jo ! Tu es vraiment une perle.

Elle rougit jusqu'aux oreilles et but une nouvelle gorgée.

- Comment se sent Abe du coup ?– demanda-t-elle après un moment de réflexion

- Il grogne pas mal ! Mais il ira mieux. Je lui ai dit que je repasserais dans la matinée ! Tu peux rentrer si tu veux, tu as besoin de te reposer un peu. Je vais rester à l'hôpital et m'occuper.

Jo leva les yeux au ciel

- Ça doit être la dixième fois que tu me dis de rentrer depuis hier soir ! Mais encore une fois, je ne bougerais pas d'ici tant qu'Abe ne sera pas non plus sorti. J'ai tout mon temps et je ne suis pas pressée.

Elle regarda l'extérieur encore bien sombre et pourtant pas du tout froid pour ce début septembre. L'été était encore chaud et présent.

- Par contre, je leur demanderais d'utiliser une des douches des chambres parce que si on est bons à rester là encore deux jours, autant être propres. Je repasserais peut-être chez moi dans la matinée pour prendre d'autres vêtements. Je te ramènerais quelque chose si tu veux. J'ai des vêtements à Sean qui traînent encore, il était plus grand que toi, mais ça devrait aller quand même.

Henry se demandait si passer une bague au doigt de la jeune tout de suite ne serait pas une meilleure solution que de passer par toutes les formalités. Son mari était décédé depuis deux ans et cela ne semblait pas plus que ça la déranger que de lui prêter des vêtements qui lui avaient appartenus. Pour certaines personnes, il savait à quel point ceci était difficile.

- Jo, je te t'en demande pas tant ! Ne te fatigue pas pour moi.

Elle haussa des épaules

- Si ça me dérangeait, je ne te l'aurais pas proposé.

Un nouveau silence tomba entre eux ! Ils n'osaient pas trop se regarder. Malgré la peur qu'Abe leur avait faite, chacun se rappelait ce qui avait failli se passer avant qu'ils ne courent aux urgences en catastrophe.

Ils n'avaient jamais été aussi proches de s'embrasser. Henry savait que durant toute l'année précédente, l'un comme l'autre s'était souvent égaré et l'envie de déposer ses lèvres sur les siennes prenait souvent le contrôle de son esprit. La preuve, dès leur première affaire ensemble, il aurait voulu essayer. Et à voir comment son corps avait réagi au moment où il lui avait proposé un verre, il savait qu'elle ne l'aurait pas repoussé.

Il se demandait encore pendant combien de temps ce petit jeu de chat et de souris allait durer entre eux quand ils étaient parfaitement conscients de cette tension entre eux, et ce dès le premier jour.

Mais pour être avec elle, Henry savait très bien ce qu'il lui restait à faire.

- En tout cas, c'est gentil de rester près de moi Jo ! Tu es la meilleure partenaire qui puisse exister.

Elle le regarda et ne sourit qu'à demi

- J'espère que ça te décidera à me raconter ce qu'il faudra en temps voulu.

Il ouvrit la bouche, mais Jo l'arrêta d'une main, d'une voix douce

- En temps voulu ! Pour l'instant, il faut que tu te concentres et que tu prennes soin d'Abe. Ce n'est pas grave, je peux attendre, mais pas dix ans !

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Pendant que Jo et Henry restaient à l'hôpital, malheureusement le crime ne cessait pas de sévir pour autant et vers 9h comme très souvent, un corps fut découvert dans une piscine municipale.

L'équipe du 11 fut appelée et ce ne sont que Hanson et Lucas qui se rendirent sur les lieux. Ne voulant pas déranger Henry, Reece leur avait dit que le Dr Vaughn devrait les rejoindre sur les lieux du crime, au plus vite.

Le corps d'une jeune femme était disposé sur les rebords de la piscine. Les fameuses banderoles jaunes avaient été mises en place devant l'établissement et Hanson et Lucas discutaient avec le personnel présent. C'était l'un des maîtres-nageurs qui l'avait découvert alors qu'il allait effectuer le nettoyage du bassin.

- Qu'est ce que vous en pensez ? – demanda Hanson à Lucas

Le temps d'attendre le Dr Vaughn, Lucas était bien le seul qui avait un œil presque aussi précis que celui d'Henry.

Il se baissa et regarda les lèvres bleuies de la jeune femme, ses pupilles et tout un tas d'autres facteurs qu'il avait appris d'Henry.

- Je dirais une jeune femme dans la vingtaine. Et pour l'instant, je n'arrive pas à établir une cause précise de la mort, à part la plus évidente qui est la noyade, mais je suis quasiment certain qu'il n'y a pas que ça.

Hanson nota tout ceci

- Vous pensez que c'est un meurtre ?

- Je n'arrive à me faire une idée pour être honnête ! J'avoue que je ne suis pas aussi bon qu'Henry là-dessus. On verra bien ce que le Dr Vaughn en pense.

Ils regardèrent le corps encore quelques minutes. Lucas essaya de repérer quelque chose de précis, mais il ne savait pas exactement ce qu'il fallait chercher. Henry avait cette façon de voir les cadavres sans jamais cligner des yeux et pouvait parfaitement deviner ce qui avait bien pu les tuer, mais pour le coup, il avouait être un peu perdu.

- Je pense que cette autopsie ne prendra pas vraiment de temps – une voix raisonna derrière eux et Hanson et Lucas s'échangèrent un regard presque affolé en voyant le Dr Washington passer entre le CSU et regarder le corps d'un œil indifférent, comme s'il n'avait aucun sentiment. Ce qui était sans doute vrai.

- Mais qu'est-ce que vous faites là ? – demanda Hanson d'une voix sèche

Le Dr Washington le regarda par-dessous ses lunettes comme s'il venait de se faire insulter

- Le Dr Vaughn a malencontreusement eu un empêchement aujourd'hui et j'ai donc été appelé pour conduire l'autopsie de cette malheureuse victime. Bien qu'à première vue je n'en aurais pas grand-chose à dire, mais bon, pour les besoins du métier je vais quand même me pencher sur l'autopsie.

Lucas leva les yeux au ciel et ne put retenir son commentaire

- Pourquoi à chaque fois qu'on a des histoires de noyade, il faut que ce soit cette espèce de charlatan qui se prend pour un légiste qui conduit l'autopsie ? Henry n'est jamais là quand on a besoin de lui.

Hanson se retint de rire et le Dr Washington les regarda d'un air dégoûté. Il passa entre eux et les ignora superbement et demanda à ramener le corps pour faire son autopsie.

Lucas souffla

- J'y crois pas ! On va se taper cet incompétent. On ne risque pas d'avancer à savoir si c'est un meurtre ou pas.

- Avec un peu de chance, on aura Henry de retour assez rapidement. Vous n'avez rien remarqué de particulier ?

- Ses lèvres sont bleues, mais c'est le cas de toutes les victimes de noyade, cependant même si je n'ai pas bien eu le temps de voir, je peux confirmer que ce n'est pas tout à fait le même bleu… D'où le fait que je doute que la noyade soit la seule cause, mais cela ne va pas non plus dire que c'est un meurtre. Il faudrait trouver autre chose pour pouvoir le confirmer.

Sur le chemin, Hanson avait passé un coup de téléphone à Jo pour la prévenir qu'ils avaient un nouveau corps et contre leur gré ils allaient devoir travailler avec cet imbécile.

Jo le remercia et elle rejoignit Henry qui était dans une salle de repos, dédiée aux infirmiers. Elle l'avait un peu forcé à se reposer après ce café qu'ils avaient pris vers les 4h du matin. Elle n'avait pas mis longtemps pour le convaincre, car il s'était rapidement endormi. Elle s'était reposée également et était repassée rapidement chez elle peu avant 7h. Elle avait pris des vêtements et du coup en avait profité pour prendre une douche. Elle avait pris des vêtements de rechange pour Henry, il en aurait sans doute besoin.

Elle avait demandé des nouvelles à l'infirmière concernant l'état d'Abe et savoir à quel moment il pourrait sortir, mais pour l'instant, elle lui avait simplement dit qu'il fallait encore le garder en observation pour faire d'autres examens, lui donner la médication nécessaire et ensuite il pourrait rentrer. Elle lui avait expliqué que s'il réagissait bien au traitement qu'ils allaient lui administrer, il pourrait certainement repartir dès le lendemain, mais sans négliger les ordres des médecins.

Il était assis sur le lit, à se frotter le visage. Jo le rejoignit.

- Hey ! Hanson vient de m'appeler ! Ils ont découvert un corps dans une piscine municipale. Une jeune fille d'environ une vingtaine d'années.

Henry releva la tête et demanda

- Un homicide ?

- Ils ne savent pas encore et malheureusement ils vont devoir travailler avec Dr Washington pour l'instant.

Henry se sentait un peu désolé de leur faire subir ça, mais il ne pouvait se résoudre à quitter l'hôpital. Il voulait à tout prix s'assurer que son fils irait bien et qu'il réagirait bien au traitement qu'on lui donnerait.

- Jo, je… J'aurais aimé pouvoir faire l'autopsie, mais pour l'instant je n'ai pas…

Jo le coupa en posant un doigt sur ses lèvres. Il resta figé en ayant chaud tout d'un coup.

- Je sais ! Ne t'inquiète pas pour ça. Ils n'insistent pas pour que tu viennes faire l'autopsie. Reece avait envoyé Vaughn, mais il a eu un empêchement. Ils vont se débrouiller. Hanson m'a dit que Lucas n'était pas sûr qu'il s'agissait d'une noyade accidentelle donc je suppose qu'il étudiera ça de plus près.

Henry grimaça

- Le problème c'est que Lucas n'a pas le droit d'ouvrir des corps… Il n'est pas officiellement légiste. Connaissant à quel point Dr Washington ne cherche que la facilité, je ne suis même pas sûr qu'il ouvre le cadavre pour conclure à la cause de la mort.

Jo devait lui donner raison

- Comment ils vont faire alors ?

Henry regarda Jo

- Je sais que tu ne veux pas quitter l'hôpital non plus, mais je pense que tu seras plus utile là-bas. Je vais donner une autorisation écrite pour que Lucas ait la possibilité d'ouvrir le corps dans le cas Dr Washington n'en ferait rien. Si tu pouvais lui emmener.

Jo sentit quelque chose bouger en elle. Décidément, Henry pensait vraiment à tout, sans la moindre exception. Elle n'arrivait pas à croire jusqu'où sa bonté allait.

Elle acquiesça, non sans un petit sourire

- Je ferais ça alors ! Mais je reviendrais aussi vite ! Je pense qu'ils sont capables de se débrouiller sans nous pendant au moins une journée.

Henry n'en pensait pas moindre. Jo avala son deuxième café de la matinée. Elle jeta le gobelet et désigna la petite table basse à Henry.

- Je t'ai ramené des vêtements à Sean ! Prends une bonne douche et fais-en bon usage.

Il n'y avait pas prêté attention, mais effectivement, une pile de vêtements soigneusement pliés l'attendait.

- Merci beaucoup Jo ! J'y ferais attention.