Merci de vos reviews et désolée de pas avoir posté lundi mais examens donc bon, je devais étudier.
Bonne lecture, j'espère que vous aimerez toujours
Jo était appuyée sur le capot de sa voiture, en sirotant un café qu'elle venait de prendre au distributeur en bas. Elle faisait un peu exprès de retarder son départ, tellement elle n'avait pas hâte de revoir son géniteur. Parfois, elle se demandait comment elle pouvait être sa fille.
L'ombre d'Henry se dessinant devant elle, lui manqua un haut-le-cœur. Elle porta le liquide à ses lèvres, sans le lâcher du regard.
- Pourquoi je me doutais que tu allais me suivre ?
Henry sourit et s'appuya contre la voiture, à ses côtés
- Si ça peut te rassurer, je me disais qu'il fallait que je te laisse de l'air, mais Hanson m'a demandé de te suivre.
Jo regarda le trafic de flics devant elle. Elle pensait garder cette histoire derrière elle, mais apparemment le passé avait une certaine tendance à refaire surface.
Henry attendit qu'elle parle. Il n'allait pas lui forcer la main. Elle se mordilla la lèvre inférieure.
- Mike sait ce qu'il s'est passé ce jour-là.
- C'est ce qu'il m'a dit ! Jo, je ne veux pas te forcer à me raconter toute l'histoire avec ton père, mais j'aimerais comprendre comment tu en es arrivée à l'arrêter ?
Elle avala le reste de son café et jeta le gobelet. Elle le regarda droit dans les yeux. Elle savait parfaitement bien qu'elle pouvait lui faire confiance et qu'il ne le jugerait pas.
- Ça s'est passé il y a dix ans…
New York : 2005
Ça va être surprenant à dire, mais j'étais une jeune recrue. J'avais terminé l'académie de police quelques mois auparavant. J'avais fait mes preuves et cela faisait peut-être une semaine que j'étais officiellement flic.
Mike m'avait été assigné comme partenaire et en parallèle comme mentor. C'est grâce à lui que j'ai pu prendre autant confiance en moi et devenir forte au fur et à mesure que les années passaient.
Je savais à quoi m'attendre en allant sur le terrain, en utilisant mon arme ou autre. J'étais entraîné pour, j'avais signé pour ça. J'avais parfaitement conscience de tout ceci.
Mais j'ai commencé fort. Ma première grosse affaire, il a fallu qu'on démantèle un gros réseau de trafic de drogues. On avait obtenu toutes les informations nécessaires et toutes les preuves qu'on recherchait pour plusieurs arrestations.
- Je te laisse deviner où ça se passait !
- Harlem ? – répondit Henry
Jo acquiesça et continua son histoire
C'était East Harlem. Mais un autre côté que là où on est partis la dernière fois. Bref, quoi qu'il en soit, nous nous sommes rendus sur place. Il fallait procéder avec calme et éviter un carnage, car ces gangs ne sont pas tendres et tirent sur tout ce qui bouge. Autant dire que les flics ne sont pas du tout les bienvenus dans le quartier.
J'étais un peu stressée, mais je me disais que tout irait bien, sans casse, ni rien, si on arrivait à faire entendre raison à tout le monde.
On est rentré dans un bâtiment abandonné où ça sentait le cannabis à plein nez, plus tout un tas d'autres drogues qui m'ont honnêtement donné mal à la tête.
À la minute où nous sommes rentrés, on savait qu'on allait être un peu dans une embuscade. Ça a commencé à tirer de toute part et Mike m'a plaqué au sol, parce que dis-toi que je n'avais pas encore tous les réflexes que j'ai maintenant.
Bref. Après un temps, quelques tirs de-ci de-là, dans le cafouillage, j'ai entendu une grosse dispute et j'ai vu deux hommes sortir du bâtiment. Voyant que toute mon équipe était occupée à arrêter le réseau et sachant qu'on allait perdre deux membres, je les ai suivis. Je n'arrivais pas bien à distinguer leurs voix ni voir leur visage, tant qu'on était à l'intérieur.
Ils ont emprunté une échelle et se sont retrouvés sur le toit du bâtiment. J'étais peut-être une petite flic inconsciente et j'aurais dû attendre Mike avant d'y aller, mais il y a eu quelque chose qui me tourmentait.
Tu sais que j'ai grandi à Harlem et j'avais évidemment cru reconnaître la voix de mon père ainsi que sa silhouette.
Comme tu peux t'en douter, je ne m'étais pas trompé. J'ai commencé à avancer et j'ai vu mon père en train de se disputer violemment probablement avec son dealer ou quelqu'un avec qui il travaillait. Quelqu'un qui n'était pas clean.
Aucun des deux ne m'a vu en premier lieu. Le ton est rapidement monté.
- Tu nous as balancés ! Les flics n'étaient pas censés nous trouver ! Cette cachette a toujours été là. Déjà ça fait des mois que tu me dois de l'argent et tu oses encore nous balancer après tout ce que j'ai fait pour toi ?
L'homme qui criait portait une petite barbe, avec des yeux sombres et l'Hispanique dans toute sa splendeur. C'était le père de Jo.
- Désolé Victor, mais je commence sérieusement à flipper ! Harlem est de plus en plus surveillé ! Ce n'est plus du tout ce que c'était ! Moi je peux plus rester comme ça… J'ai craqué !
Victor leva les yeux au ciel
- T'as craqué hein ? T'es vraiment qu'un pauvre minable ! Ça fait des années que je gère ce réseau et que je gagne bien mon pain pour ça.
- J'ai une famille ! – beugla son collègue
- Moi aussi figure toi !
Son camarade rigola bruyamment
- Ah oui !? Tes enfants sont déjà grands et ta femme n'en a tellement rien à faire de toi ! Si elle avait eu le choix, à mon avis, elle se serait tirée avec vos trois gosses, depuis bien longtemps.
Jo n'eut même pas le temps de réagir ce jour-là que son père sortit une arme et tira trois balles dans la poitrine de l'homme qui tomba raide mort devant ses pieds.
Jo sentit des remontées et crut qu'elle allait faire un malaise. Elle prit une profonde inspiration et sortit de sa cachette. Son père était de dos et semblait réaliser ce qu'il venait de faire.
- Mets tes mains en l'air !
Jo pointa son arme dans le dos de son propre père. Elle devait lutter contre tous ces démons. Elle devait résister. Elle était là pour faire son job.
En entendant la voix de sa fille, Victor lâcha directement l'arme et se retourna en gardant les mains en l'air. Le visage mortifié de se retrouver face à elle.
- Jo… Tu… Ce n'est pas…
- Ferme là !
Sortir les mots de sa bouche était une véritable torture. Elle aurait dû se douter que toutes ces histoires allaient mal terminer un jour. Son père s'était toujours servi d'elle pour couvrir tous ces méfaits. Entre les vols de quartier, le trafic de drogue et les bagarres de rue. Jo en avait vu de toutes les couleurs avec ce père qui n'avait jamais été présent pour elle et qui lui avait pourtant promis qu'il le serait pour les gros événements.
Jamais elle n'aurait pensé arriver jusque-là.
- Tourne-toi ! Et mets tes mains derrière ton dos.
Il s'exécuta. Et ne demanda pas son reste. Hanson avait rejoint Jo sur le toit et restait étonné de la scène qui se déroulait devant lui.
- Victor Martinez, tu es en état d'arrestation pour meurtre. Je ne connais pas encore son identité, mais on le trouvera rapidement.
D'autres flics avaient rejoint Hanson et Jo poussa son père vers eux. Il se retourna en regardant sa fille.
- Jo… Je suis…
Jo tourna la tête et demanda d'une voix ferme
- Emmenez-le s'il vous plaît ! Son procès devrait être rapide vu que je suis témoin de ce qui s'est passé.
J'ai pu apercevoir une pointe de regret dans les yeux de mon père au moment où j'ai donné l'ordre de le ramener pour le mettre en cellule, le temps de son procès. Mais j'ai dû fermer les yeux dessus.
Hanson marcha vers la jeune fille et lui frotta le bras
- Est-ce que cet homme était... ?
Jo acquiesça
- Oui… Je viens d'arrêter mon propre père.
Cette histoire ne m'a jamais rendue tranquille et en plus j'ai dû témoigner à son procès. J'ai tout décrit avec précision vu que j'ai vu ce qui s'était passé. Mon frère me traitait de menteuse. Tellement charmant. Il témoignait tous les jours, en refusant de croire que mon père, son modèle avait pu commettre un crime, mais c'était ma parole contre la sienne et le reste de mes collègues ont vu le corps alors tout le monde savait parfaitement que je disais la vérité. De plus, l'autopsie du corps a parfaitement révélé les empreintes de mon père sur lui ainsi que sur l'arme vu qu'il avait tiré à mains nues. Le juge a quand même hésité à ce que je garde mon poste de flic vu les événements, mais j'ai assuré que ça m'importait peu et que je pourrais très bien faire du bon travail. Ironiquement, ça m'a permis de m'endurcir… Et en parallèle, on peut dire que grâce à mon père je n'ai jamais osé tiré sur un suspect pour le tuer. Jusqu'à l'année dernière, pour me défendre et comme tu le sais, cela m'a grandement secouée et hantée pendant plus d'une semaine.
Entre temps, ils avaient pris la voiture pour se rendre jusqu'à la prison et le temps que Jo raconte l'histoire, ils étaient déjà devant l'établissement.
Quand ils sortirent, elle regarda ses mains. Henry sentait encore le tremblement dans sa voix.
- Voilà ! Maintenant tu sais toute l'histoire. Et les problèmes que j'aurais eus à la fois avec mon père, mais aussi mon frère. Ma vie n'est vraiment pas très joyeuse.
Henry la regarda. Jo était la femme la plus forte qu'il connaissait, mais également la plus fragile. Il avait toujours su qu'elle portait un poids sur ses épaules, en dehors de la perte de Sean, mais avoir arrêté son propre père et l'avoir mis derrière les barreaux, alors qu'elle venait tout juste de débuter le métier, n'avait jamais dû être facile pour elle.
Il comprenait mieux pourquoi tout le monde cherchait constamment à la protéger. Il se demandait comment elle pouvait rester si droite. Elle finirait sans doute par exploser de tout garder enfermé comme ça.
En sentant les larmes dans ses yeux, Jo secoua la tête et avança vers l'établissement.
- Enfin, c'était il y a longtemps. J'étais toute jeune. Je n'ai jamais pardonné à mon père ce qu'il a fait. Comme je te l'ai déjà dit, il n'a jamais été le modèle parfait. Je ne peux pas vraiment le remercier. Ma mère s'est occupée de nous. Il ne passait qu'en coup de vent. Il n'avait de bons liens qu'avec Luis. Je crois qu'il aurait souhaité avoir deux autres fils plutôt que deux filles, car apparemment les filles prennent le droit chemin.
En rentrant, Henry put lire sur l'écriteau : Metropolitan Correctional Center.
Henry resta longuement à le lire. Jo lui lança un regard en rentrant dans l'établissement.
- Qu'est ce qu'il y a ?
Henry se rappelait d'une histoire bien connue il y avait environ 34 ans. Il n'en avait rien dit, mais il avait également travaillé dans cette prison pendant quelque temps pour soigner des maladies mineures de la part des détenus.
Il se rappelait parfaitement bien le jour où un homme et une femme étaient venus en hélicoptère, dans le but de jeter un des prisonniers par-dessus le toit de l'établissement.
Et apparemment, la présumée cible était un dealer de drogue. Cette histoire n'avait jamais été au bout et l'opération avait finalement échoué, mais Henry se rappelait du bazar que cela avait occasionné, surtout qu'il était sur place à ce moment.
Revenir là après autant d'années lui faisait d'autant plus réaliser que vraiment, l'histoire se répétait sans cesse. L'établissement n'avait quasiment pas changé depuis le temps.
Peut-être plus sophistiqué et à la pointe de la technologie.
Jo marcha vers la réception et montra son badge.
- Je suis le détective Jo Martinez, NYPD. Voici mon partenaire, le docteur Henry Morgan. Nous sommes là pour parler à Victor Martinez.
Le réceptionniste acquiesça
- Un instant s'il vous plaît !
Il trouva le nom de Victor et regarda Jo d'un drôle d'air.
- Quoi ? – demanda-t-elle
- Vous êtes sa fille ?
Elle leva les yeux au ciel
- Oui ! C'est le jour et la nuit entre nous ! Ironique ! Est-ce que je peux le voir ?
- Oui ! Un garde va le conduire dans l'une de salles. À votre droite s'il vous plaît
Jo le remercia d'un signe de tête, Henry également. La jeune fille était angoissée. Plus elle marchait dans ces couloirs, plus elle se rappelait du moment où elle était venue s'enregistrer en précisant son statut vis-à-vis du prisonnier et le fait qu'elle était la responsable de l'avoir arrêté. Donc en gros, si quelque chose devait arriver à son père en prison, elle serait la première au courant.
En rentrant dans la salle, vide, Jo eut tellement de mauvais souvenirs. Comment pourrait-elle regarder son père en face encore une fois ? Elle n'avait jamais été capable de mettre tout ceci derrière elle, même après dix ans.
Henry lui frotta délicatement le dos
- Jo ! Reste professionnelle. Tout va bien se passer. N'oublie pas que tu n'es là que pour ton frère.
Jo le regarda profondément. Elle savait qu'il avait raison.
- Je sais ! Je vais faire de mon mieux, mais ça ne va pas être facile de le revoir.
- J'imagine bien ! Mais tu y arriveras.
Quelques minutes après, la porte s'ouvrit et un garde accompagna Victor Martinez dans la salle où sa fille et Henry attendaient pour l'interroger.
Quand son regard croisa celui de Victor, Jo détourna rapidement les yeux. Elle ne savait pas comment elle s'y prendrait. Elle n'aurait pas le courage. Comment pourrait-elle ? Son père avait froidement tué quelqu'un devant elle… Il était difficile même pour la jeune fille de 20 ans qu'elle était à l'époque, de passer à autre chose et de ne pas être complètement traumatisée. Il restait son père malgré ça.
Le garde regarda l'heure et leur dit
- Vous avez quinze minutes !
Victor regarda sa fille comme si elle n'était qu'un fantôme du passé. Depuis que Jo l'avait mis en prison, il avait tenté par tous les moyens de communiquer avec elle. Il avait demandé aux gardes, à la réception de la prison, à Luis… Mais rien. Jo refusait catégoriquement de lui faire face et à vrai dire, elle avait entraîné sa sœur et sa mère à ne plus jamais lui rendre visite également.
Jo n'avait pas bougé et avait les yeux baissés. Elle perdait du temps. Elle ne savait pas comment commencer la conversation ni encore comment le regarder sans cligner des yeux et sans avoir envie de l'étrangler à mains nues. Victor avait les mains menottées et ne pipait mot également.
Jo murmura à Henry, en se rapprochant de lui, de sorte qu'ils soient les seuls à entendre ce qu'ils se diraient.
- Je ne peux pas faire ça. Je n'y arrive pas.
Henry la tourna doucement vers lui et lui frotta les épaules. Il lui releva le menton.
- Hey ! Jo ! Regarde-moi.
Elle s'exécuta. Victor fut assez interpellé devant la scène qui se jouait devant lui.
- Tout va bien aller ! Pense à ta mère, ton frère… Tu en es capable. J'imagine que c'est difficile, mais tu es forte et je suis avec toi.
Elle hocha lentement la tête. Ce fut les mots réconfortants dont elle avait besoin.
Elle se demandait comment elle aurait pu mener cette interrogation si Henry n'avait pas été avec elle.
Elle se retourna en prenant une profonde inspiration. Elle prit un visage dur et sérieux que même Henry ne lui connaissait pas. À cet instant-là, la petite Jo Martinez toute douce et gentille semblait bien loin. Ce que son père lui avait fait restait un énorme goût d'animosité. Se faire trahir par sa propre chaire, Henry savait très bien ce que cela faisait.
- Papa ! – dit-elle d'une voix sèche et sans aucune émotion pareille
Victor répondit à son salut
- Josephine !
- C'est Jo ! – coupa-t-elle
- Ça a toujours été ton prénom.
Jo se demandait s'il le faisait exprès
- Il n'y a que maman qui m'appelle comme ça et toi, tu ne mérites même pas de l'utiliser.
Victor fit un sourire jaune
- Les hostilités sont toujours d'actualité à ce que je vois.
Jo se sentit bouillir, elle avança vers son père qui s'était assis avec les mains menottées.
- Qu'est ce que tu voulais que je fasse d'autre ? Que je te pardonne ? Que je fasse comme si de rien n'était ? Je débutais ma carrière et tu m'as pratiquement tout gâché. Pendant plusieurs semaines, je me suis demandé si j'étais apte à être flic. Imagine les cauchemars que j'ai faits pendant des années à cause de toi. Alors oui, désolée, mais les hostilités seront toujours de côté. Ta propre fille n'oubliera pas ce que tu as fait devant elle !
De plus ; Jo pouvait presque dire qu'elle ne voyait aucun remords dans les yeux de son père. Elle ignorait comment il se conduisait en prison, mais elle s'en fichait pas mal, tant qu'il était loin d'elle et du reste de la famille.
Victor coupa donc court au sujet principal
- Tu ne me présentes pas ?
Henry n'avait pas osé bouger depuis que l'échange entre père et fille avait commencé. Jo s'était assise même si la rage l'envahissait. Elle fit signe à Henry de la rejoindre.
- C'est mon partenaire. Henry Morgan !
Victor remarqua qu'il n'avait pas l'allure d'un flic. Il l'avait détaillé de la tête aux pieds.
- Vous ne portez pas de badge !
Henry lui répondit très calmement et avec ce civisme que Jo n'arrivait pas à avoir, face à un homme comme son père.
- Je ne suis pas policier !
Victor regarda sa fille
- Tu viens de me dire partenaire
Jo leva les yeux au ciel
- Je sais ce que je dis ! C'est mon légiste ! Mais il reste mon partenaire. Il n'est pas flic, mais son travail surpasse le mien et j'ai besoin de lui.
Au vu de l'échange qu'il avait vu entre les deux quelques minutes auparavant, il avait un peu de mal à croire à une simple relation professionnelle.
- Je vois ! –répondit-il simplement
Henry regarda l'heure et donna un coup de coude à Jo
- Il faut commencer ! L'heure tourne.
Jo acquiesça et regarda son père.
- Je ne pas suis venue là pour ressasser le passé. Je ne suis pas non plus venue pour te dire que ta peine est allégée, tu mérites ce qui t'arrive et rien que de moi-même, tu ne sortirais jamais de là.
Victor fut tout de même blessé par les mots de sa fille. Henry caressa doucement son bras.
- Jo ! – prévint-il
Elle reprit ses esprits et en venu aux faits
- Écoute ! Je ne suis pas ici de mon plein gré ! C'est maman qui m'a demandé. Si ce n'était pas pour elle, je n'aurais pas fait l'effort. Mais il s'est passé quelque chose avec Luis. Elle n'a pas eu de nouvelles depuis une semaine et je sais que ce n'est pas ses habitudes. Clara me briefe parfois et il est toujours très carré quand il s'agit de donner des nouvelles à maman. Je sais que c'est aussi un crétin parce qu'il a suivi ta voie et ses fréquentations n'ont rien de sain, mais tu es le seul qui le voit plus souvent que nous autres et si tu sais quelque chose, il faut que tu m'aides.
Henry avait bien remarqué à quel point elle venait de forcer les mots hors de sa regarda sa fille et regarda Henry et se fondit un peu plus sur le banc.
Henry voyait quand même que même si elle ne le portait pas dans son cœur, que Jo avait récupéré les yeux de son père. D'ailleurs son père n'avait pas tant l'air d'un criminel que ça. Henry était persuadé que s'il avait fait des choix différents dans sa vie, il aurait pu être un père vraiment présent pour ses enfants. Jo en avait souffert et cela faisait du sens, si elle était la petite dernière.
- Tu sais, avec Luis on ne parle pas tant de ce qu'il fait ni avec qui.
Jo secoua la tête
- Ce sont des conneries ! N'essaie pas de mentir avec moi. À l'époque j'aurais pu te croire, mais maintenant j'ai de l'expérience et je sais quand quelqu'un me raconte un bobard. Et Henry le sait aussi donc n'essaies pas de couvrir Luis ou n'importe qui.
Victor avait toujours connu sa petite fille un peu rebelle et parfois bagarreuse à l'âge de l'adolescence. Il savait également qu'elle avait eu une enfance terrible et elle était souvent la tête de turc des autres. En dix ans de métier, elle avait grandi et mûri et les épreuves que la vie lui avait fait subir, l'avaient évidemment rendue telle qu'elle était aujourd'hui.
Il soupira
- Luis me rend visite au moins deux fois par semaine et effectivement, je sais qu'il appelle toujours ta mère. Je sais que je n'ai pas été un modèle ni pour lui ni pour toi ou ta sœur… Mais je n'ai jamais demandé à Luis de me suivre dans quoi que ce soit.
Jo n'en croyait pas un traître mot, mais elle préférait ignorer. Elle n'avait vraiment pas le temps de régler ses comptes. Il fallait qu'elle avance à sa manière.
- Et je sais que ces dernières semaines, il me parlait et il avait l'air très angoissé et stressé. Il n'était jamais tranquille et il regardait sans cesse son cellulaire quand il me parlait.
Jo insista
- Il faut m'en dire plus ! Papa, si tu sais quelque chose, dis-le ! Rends-toi utile pour une fois ! Luis, ton propre fils, celui qui s'est toujours battu pour t'éviter la prison est peut-être en danger. Il ne me porte pas dans son cœur, mais je tiens à lui et je ne veux pas qu'il lui arrive quelque chose.
Victor regarda Henry qui lui fit simplement un signe de tête.
- Je sais que dernièrement il a fait affaire avec un gros gang d'Harlem. Il s'est embarqué dedans pour des histoires de drogue, mais je sais qu'il y avait plus.
Jo lui fit signe de continuer
- C'est-à-dire ?
- Ils faisaient aussi du trafic d'électronique.
Henry regarda Jo qui le briefa
- Ils volent du matériel type ordinateurs ou télés et les revendent deux fois le prix original.
Henry acquiesça
- Un genre de marché noir ?
- Oui, mais à la différence près que tout est volé ici ! – elle regarda son père – continue !
- Luis ne m'a pas tout dit ! Je ne sais pas exactement ce qu'il cherchait dans ce gang, mais jusqu'à présent tout allait bien puis il a commencé à devenir nerveux donc je ne sais pas. Soit il doit de l'argent à quelqu'un, soit il a vu quelque chose et on essaie peut-être de le faire taire. Quoi qu'il en soit, si cela fait une semaine qu'il ne donne plus de nouvelles, ça ne sent pas bon et ça ne me fait pas plus plaisir que ça. Je ne veux pas envoyer mes enfants dans la gueule du loup.
Jo n'arrivait pas à le croire. Elle savait que Victor tenait à Luis comme à la prunelle de ses yeux. Il s'en était toujours mieux occupé que Clara ou elle, mais cela ne changeait rien.
- Papa ! Avec quel gang Luis fait affaire ?
Victor la regarda longuement. Trop longuement. Jo ferma rapidement les yeux et tourna sa langue dans sa bouche. Ils s'étaient reformés.
Henry ne comprit pas leur échange silencieux
- Est-ce qu'on peut m'expliquer ce qui se passe ?
Jo regarda Victor
- Tu peux lui dire ! Je suis certain que vous n'avez aucun secret pour l'autre à ce niveau.
Henry se sentit particulièrement inconfortable suite à ces paroles. Il remua légèrement sur le banc.
- Mon père était le second d'un gang qui a énormément sévi entre les années 70 et 80. Ils se sont séparés par la suite, car ils sont devenus bien trop la cible des flics… De plus entre temps, Luis est né alors mon père devait faire attention. Mais ils continuaient leurs activités illicites en petit groupe. Et apparemment ils ont remis ça. Le nom est The Purple Gang.
Le nom n'était pas méconnu à Henry. Et il se rappela que soudainement, il avait effectivement retrouvé de nombreux corps dans les rues d'Harlem alors que le gang avait fait un massacre en 1975.
Ils avaient fait le tour des médias et personne n'avait jamais réussi à mettre la main sur le gros leader. Puis il avait entendu qu'ils avaient été démantelés début 1980.
Henry ne se souvenait pas de Victor. À vrai dire, il n'avait jamais vu les membres donc il ne pouvait pas savoir qui en avait fait parti ou pas. Mais comme l'avait dit Jo, Luis était déjà né alors Victor devait sans doute se faire plus discret.
- Donc je suppose que ce ne sont pas des petits bras qui sont dans ce gang ? – demanda Henry
Jo acquiesça non sans lancer un regard noir à son père.
- Bravo ! Je ne te félicite pas d'avoir réussi à entraîner Luis là dans.
Victor haussa des épaules
- Je ne l'ai entraîné dans rien ! Luis est assez grand pour faire ses propres choix désormais. Mais, je pense qu'il vaudrait mieux le retrouver le plus vite avant que d'autres ennuis ne lui tombent dessus.
Il ne restait que quelques minutes avant la fin de la visite. Jo s'en rendit bien compte. D'ailleurs le garde était de nouveau rentré dans la salle.
- Est-ce que tu sais à qui il faut qu'on parle ? Où est-ce qu'on doit aller ? C'est important et si tu ne coopères pas, je vais m'assurer que tu restes ici pour le reste de ta vie.
- Luis avait de bons contacts ! Mais son principal fournisseur s'appelle Ramon ! C'est à lui que tu dois parler. Il me connaît, il connaît Luis et il pourra sans doute coopérer si tu lui dis que tu viens de ma part.
Jo soupira
- Bah voyons !
Victor tenta de la rassurer
- Si ça peut aider. Personne ne sait que tu es ma fille. Enfin pas les nouveaux membres de ce gang donc personne ne sait que tu m'as arrêté et tu pourrais faire de même avec eux. Essaie de soutirer des infos. Ils sont principalement dans Italian Harlem ! Ramon traîne souvent dans un établissement sous couvert d'une pizzeria. C'est là que tous les échanges de monnaie, de drogues ou autres se font.
Jo se disait qu'ils n'avaient même pas pris la peine de changer de quartier. Elle avait noté tout ce que son père lui avait dit et désormais il fallait chercher ce Ramon en premier lieu.
Le garde vint vers eux et prit Victor par le bras
- C'est l'heure !
Victor se releva et regarda Jo
- J'espère que tu le retrouveras
Jo resta loin et murmura
- Ouais ! On verra !
Victor aurait voulu dire deux mots à Henry, mais il n'eut pas le temps. Peut-être une prochaine fois.
Jo et Henry se regardèrent et quittèrent l'établissement à leur tour. Ils avaient beaucoup d'informations, mais pour l'instant aucune piste quant à ce que Luis avait pu faire ces dernières semaines et les probables ennemis qu'il avait pu se faire.
En rentrant dans la voiture, Jo appuya ses mains sur le volant et lâcha ce long soupir qui lui avait tordu l'estomac pendant toute la visite à son père.
- Cet imbécile de Luis qui ne pouvait pas se tenir tranquille. Et tu as vu comment mon père est parfaitement indifférent à tout ce pourrait se passer. Ça me tue.
Elle était rouge de colère et n'arrivait pas à se calmer. Henry la regarda d'un air compatissant.
- Tu sais, je ne crois pas que ce soit vrai !
Jo le regarda de travers
- De quoi ?
- Ton père ! Je ne pense pas qu'il soit indifférent ! Je l'ai bien observé pendant toute notre visite et je dirais, je ne pense pas qu'il regrette son geste ou juste un peu… Mais par contre il regrette la souffrance dans laquelle il t'a mise pendant toutes ces années et de ne pas avoir été le père aimant que tu aies souhaité. Je l'ai clairement vu. Il reste ton père et son visage ne le trahissait pas quand tu étais en train de le passer au grill.
Jo savait qu'Henry avait ce don à toujours voir le bon en tout le monde. Mais parfois il fallait juste accepter que certains êtres humains étaient mauvais de nature et apparemment, ce fut simplement le cas de son père. Elle était juste reconnaissante de ne pas avoir fini comme lui.
- Tu es mignon Henry, mais je ne crois pas à la rédemption de mon père. Quoi qu'il en soit, notre enquête va nous ramener dans ce quartier chaud où j'ai grandi. Je sens que ça va être une partie de plaisir d'essayer de leur tirer les vers du nez. Pour le peu que je sache, je sais parfaitement bien que dans ce gang, personne ne parle lorsque que quelque chose de mal se passe. J'espère en tout cas ne pas avoir de mauvaises surprises !
Elle démarra et ils repartirent au 11 pour qu'ils donnent les informations qu'ils avaient apprises et voir avec Mike s'il avait trouvé autre chose entre temps.
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En débarquant au 11, Jo sentit tous les regards sur elle. Évidemment, avec l'affaire sur laquelle ils allaient travailler, tout le monde était désormais au courant que son père était un criminel et qu'elle était celle qui l'avait arrêté.
Elle tenta de les ignorer et se dirigea directement vers Hanson
- Ah te voilà – l'accueillit-il en raccrochant le téléphone
Jo le regarda d'un air interrogatif
- J'ai trouvé la dernière adresse où Luis restait ! Il était dans le Bronx ! D'après ce que je viens de voir, toutes ses affaires sont encore là-bas. Je me disais que peut-être tu voulais y jeter un œil ?
Il lui tendit l'adresse qu'il avait notée sur un post-it. Jo la lut et soupira.
- Oui, il faudrait aller voir ! Peut-être qu'on trouvera quelques indices.
Hanson acquiesça
- Comment était la visite à la prison ? Ton père t'a appris quelque chose ? Je sais bien que ce n'était pas facile pour toi d'y aller.
Jo se pinça les lèvres et se laissa tomber à son bureau, comme une masse
- Effectivement ! C'était même très dur. J'ai même failli rebrousser chemin. Si Henry n'avait pas été là pour me calmer, je n'aurais même pas pris la peine de franchir les portes pour être honnête.
Hanson la regarda longuement, attendant qu'elle en dise plus. Jo releva les yeux vers lui. Elle n'avait plus envie de se faire surprotéger tel qu'il l'avait fait dix ans auparavant.
- Il m'a dit qu'il fallait qu'on parle à un certain Ramon. Il connaît bien Luis et il connaît aussi bien mon père. Il devrait nous parler si je dis que je viens de la part de mon père. C'est vraiment joyeux tout ça.
Hanson pouvait sentir et imaginer la frustration que la jeune femme avait ressentie et ressentait toujours, même après toutes ces années.
Il prit une chaise et s'installa à côté d'elle. Jo sentit la leçon du parfait grand frère. Ce qui était assez ironique, vu qu'Hanson avait mieux joué ce rôle que Luis.
- Tu sais, si tu ne sens pas de devoir faire tout ceci, on peut continuer de s'en occuper ici… Je sais à quel point tout ce remue-ménage t'en a fait voir de toutes les couleurs à l'époque.
Elle l'aurait parié. Elle le regarda en esquissant un demi-sourire.
- Tu sais que tu me surprotèges plus que mon propre frère ?
Hanson commença à balbutier et Jo lui donna une tape sur l'épaule
- Ne t'inquiète pas ! Sûr que je n'oublierais jamais ce moment, mais je veux vraiment retrouver Luis. Même s'il n'a pas fait de bons choix dans sa vie, ma mère nous aime tous les trois de la même façon et il reste son premier enfant. Elle n'arrive pas à lui faire entendre raison, elle n'a jamais pu le faire par rapport aux chemins qu'il a pris, mais cela étant, il ne l'oublie jamais et sait très bien les efforts que maman a toujours fait pour prendre soin de nous trois. Alors, si jamais il lui arrivait quelque chose, cela détruirait maman et je ne veux pas la voir ainsi.
Ses épaules retombèrent comme si elles étaient particulièrement lourdes. Ce qui était vrai. Elle portait toujours ce poids, malgré elle.
Hanson lui secoua rapidement la main
- Je peux comprendre !
Il se leva
- Est-ce que tu veux aller à l'appartement où ton frère restait ou rendre visite à ce Ramon d'abord ?
- On va aller faire un tour à la maison et ensuite on ira parler à Ramon.
Hanson se prépara pour se mettre en route. Jo le regarda.
- Tu veux nous accompagner ?
Hanson hocha vivement la tête
- Je me dis qu'une main supplémentaire ne sera pas de trop.
Jo lui fit un simple sourire. Elle était bien contente d'avoir des amis aussi dévoués que Mike ou Henry, et même Lucas.
Author's note: L'histoire de l'évasion par hélicoptère est réelle, elle provient d'un article du NY times. Je faisais des recherches dans le but de savoir un peu quels genre de prisonners étaient au Metropolitan center et je suis tombée sur celui là et je me suis dit que cela serait intéressant de l'inclure comme un des souvenirs d'Henry. Le nom du gang également, il a sévi entre 70 et 80 comme je l'ai mentionné. Bien sûr, il n'existe plus maintenant donc c'était l'occasion de m'en servir.
