Merci de vos reviews, très contente de voir que cette histoire continue de vous plaire :D. J'ai particulièrement apprécié écrire ce chapitre avec les flashs de l'enfance de Jo. Ça me tient particulièrement à coeur d'en savoir un peu plus sur notre belle latina.

Et merci aux petits nouveaux qui ont rejoint le train ;)


Le trio avait pris la route en direction du Bronx. Un petit quartier un peu trop calme au goût de Jo. Ce n'était pas dans les habitudes de Luis de s'installer dans des endroits où il n'y avait pas un peu de bagarre. Mais peut-être était-ce un leurre.

Elle en savait quelque chose. Il suffisait de voir qu'à Harlem, la plupart des restaurants ou des boutiques cachaient tous, soit dans un sous-sol, soit dans une arrière-salle, beaucoup de trafiquants de drogues ou de voleurs.

Jo regarda l'étendue devant eux

- Je croyais qu'il vivait dans un appartement. Il a toujours vécu dans des appartements – chuchota-t-elle.

Henry suggéra

- Peut-être qu'il avait vraiment envie de changer et créer une vie plus calme et solitaire.

Jo pouffa

- Plus calme et solitaire, je ne sais pas ! Surtout dans le Bronx. Mais enfin, ça ne peut pas être pire qu'Harlem de toute façon.

Elle passa devant les deux hommes qui s'échangèrent un regard. Elle appuya sur la poignée et fut surprise de voir que la porte était ouverte.

Elle regarda Henry et Hanson et avança lentement en mettant son arme en avant.

Elle tenta

- Luis ? Est-ce que tu es là ?

Il n'y avait aucune réponse, mais un énorme bordel dans la maison. Quelques taches de sang, qu'Henry observa.

- Quelqu'un est sorti de là, blessé.

Il indiqua les taches qui s'arrêtaient au porche de la maison. Jo n'aimait pas trop ça.

Elle avança lentement dans toutes les pièces de la petite maison. Henry regarda le plafond d'où coulait du sang.

Il interpella doucement Hanson et Jo

- Hey ! Regardez ! On dirait qu'il y a quelqu'un ou quelque chose à l'étage.

Il pointa le plafond et les deux détectives obligèrent Henry à se mettre derrière eux. Jo fut la première à avancer, mais une fois à l'étage, Hanson lui passa devant.

Il n'y avait que deux chambres plus la salle de bain, il semblait que le choix se faisait entre les trois.

Henry avança lentement pour vérifier la salle de bain, tandis que les deux autres jetèrent un œil dans la chambre, mais il n'y avait rien ni personne, sauf toujours ce bazar.

Henry resta figé devant la salle de bain. Jo le rejoignit.

- Qu'est ce qu'il y a ?

Il ouvrit la porte en grand et ils virent une femme à l'agonie. Elle avait fin de la trentaine. Jo la regarda longuement et mit sa main devant sa bouche.

- Elsa ?

La jeune femme regarda Jo et tenta d'articuler

- Jo… Jo ! C'est toi ?

Jo se précipita à ses côtés et Henry fit de même pour appuyer sur sa blessure. Elle perdait beaucoup de sang au niveau de l'abdomen. Henry regarda vite fait dans l'armoire à pharmacie et trouva une bande ainsi qu'un peu d'alcool. Il découpa la chemise de la jeune femme et lui dit.

- Ça risque de piquer. Accrochez-vous, on va vous sortir de là.

Jo remarqua l'aiguille dans son bras. Hanson venait d'appeler les secours. Elle regarda Elsa.

- Qu'est-ce qui s'est passé ? Où est Luis ?

La jeune femme ne put répondre

- Il a voulu me protéger ! Mais j'ai été blessée. Il a fait en sorte de fuir avant qu'ils le retrouvent.

Jo lui tenu fermement le bras et tenta de faire en sorte qu'elle reste éveillée

- Qui ? Qui voulait le retrouver ?

- Je ne sais pas ! Jo ! Il est en danger ! Il faut que tu le retrouves. Je ne sais pas ce qu'ils lui veulent… Tu le connais… Ses fréquentations sont…

Elle toussa et hurla de douleur quand Henry versa l'alcool sur sa blessure. Elle serra la main de Jo qui crut qu'elle allait se la faire broyer.

Henry parvint à la stabiliser et ne voulut pas retirer l'aiguille dans son bras, cela pouvait provoquer une crise cardiaque. Jo se sentait mal pour elle.

- Les ambulances arrivent ! Tu pourras t'en sortir.

Elsa regarda Jo et fit un petit sourire. Les paramédics furent rapidement sur les lieux et embarquèrent la jeune femme.

Jo regarda Henry

- Elle a fait une overdose ?

Henry n'en était pas sûr

- Elle est sans doute accroc à la drogue, mais j'ai plus l'impression que l'aiguille a été mise là pour justement faire croire qu'elle aurait pu faire une overdose. Elle s'est fait tirer dessus et cela aurait pu être plus grave si elle n'avait pas eu le réflexe de poser sa main dessus et de ne pas bouger davantage. Heureusement qu'on l'a trouvé à temps.

Jo avait un peu de mal à le croire. Hanson la regarda.

- Tu la connais ?

Jo hocha la tête

- Elsa a grandi à côté de la maison. Elle était plutôt une fille calme. Elle avait de bons résultats et elle était première de sa classe. Toute sa scolarité, elle l'a partagée avec Luis. Ils sont sortis ensemble quand ils ont eu environ 15 ans et malheureusement, elle s'est laissée influencer par les drogues et les mauvaises fréquentations de mon frère. – elle s'arrêta. Il y avait tellement de choses qu'elle n'avait jamais racontées.

Elle s'assit sur le rebord de la baignoire et soupira.

- Écoutez les gars, je ne veux pas que vous jugiez ma famille, mais mon frère n'est vraiment pas un modèle non plus et il en a fait des conneries, mais le pire aura été avec Elsa…

Henry et Hanson la regardèrent. Henry s'agenouilla devant elle, et sympathisa du regard.

- Est-ce que tu veux nous en parler ?

Elle hocha la tête et se plongea 20 ans en arrière.

116th street, Harlem, 1995

C'était un samedi donc les enfants n'avaient pas école. Jo n'avait que 10 ans et elle était seule à la maison avec sa sœur de 13 ans qui la gardait. Les deux jeunes filles étaient dans le petit salon en train de faire leurs devoirs. Isabel travaillait et Victor était encore en vadrouille avec des personnes peu recommandables.

Luis qui était âgé de 16 ans à ce moment, était chez Elsa ou chez d'autres personnes probablement en train de consommer de la drogue. Du haut de ses dix ans, Jo savait un peu ce que son père et son frère faisaient derrière le dos du reste de la famille. Clara était au courant également, mais son côté grande sœur protectrice, tentait de garder sa petite sœur loin de tout ça. Sous les conseils de sa mère également.

Alors que les deux filles faisaient silence complet, Luis débarqua comme un bourrin à la maison et semblait particulièrement énervé et voire traqué.

Il venait de faire sursauter ses deux sœurs et Clara le regarda d'un œil noir

- Tu pourrais faire moins de bruit quand tu rentres ? Toi tu t'en fiches de l'école, mais Jo et moi, on a des devoirs !

Luis la regarda de travers et avança vers le canapé et se laissa tomber dedans, en était particulièrement de mauvaise humeur.

- Les devoirs et l'école ça sert à rien.

Jo n'osait pas répondre. Lorsque son frère et sa sœur commençaient à se disputer, ils lui rappelaient toujours qu'elle était trop petite et encore bébé pour pouvoir avoir son mot à dire. Bien que sa sœur prenait constamment sa défense. Elle continuait donc de faire ses devoirs, sans prendre en compte leurs commentaires.

Clara croisa ses bras

- Peut-être pour toi ! Tu n'as jamais rien fichu à l'école. J'ai entendu maman dire que ça fait plusieurs fois que le lycée appelle cette semaine et ils vont finir par te renvoyer si tu ne fais pas l'effort de te montrer en classe.

Luis leva les épaules

- Je te l'ai dit ! Ça sert à rien. Je vais me trouver un job.

Clara secoua la tête

- Quel job ? Tu vas revendre de la drogue comme la moitié du quartier ? Comme papa ?

Jo n'aimait pas du tout ce genre de discussion. Il était vrai qu'elle était encore jeune et ce n'était pas le genre de choses à dire devant des enfants, mais Clara avait toujours été très mature et ne mâchait pas non plus ses mots. Luis regarda Jo.

- Je te conseillerais de contrôler tes paroles, Cla ! Jo n'est qu'un bébé. Tu vas finir par la traumatiser.

Cette fois-ci, la petite Jo ouvrit la bouche

- Arrête de me traiter de bébé, Luis ! J'ai 10 ans, je ne suis pas stupide.

Luis l'ignora complètement et se leva pour regarder ses deux sœurs

- Vous savez pas quoi ? Je suis extrêmement dans le trouble ! Je peux pas retourner à l'école. Si je retourne à l'école, ça va être la merde !

- Ton langage – coupa Clara

Il ignora les protestations

- Oh, tu viens de me faire une leçon de morale y'a pas cinq minutes donc mon langage hein. Ça va. C'est moi qui suis presque adulte ici. Tu ne connais encore rien de la vie.

Clara fit un sourire en coin

- L'âge n'a aucune importance. Tu ne te conduis pas comme un adulte à mon goût.

Luis commença à faire les cent pas. Jo arrêta d'écrire et se leva pour se mettre à côté de sa sœur. Elle lui tira le bras.

- Laisse-le bougonner ! Viens, on va aller faire nos devoirs dans notre chambre.

Luis les regarda tour à tour et soupira

- Écoutez les filles ! Je ne vous demande pas de me supporter ! Mais j'ai fait une connerie. Une grosse connerie.

Clara regarda Jo qui essayait de comprendre toute la conversation.

- Qu'est ce que tu as fait ? – demanda-t-elle

Clara se mit derrière Jo, parée à lui boucher les oreilles dans le cas son frère sortait des trucs qu'une petite fille de son âge ne devrait pas entendre.

- Pas besoin de boucher les oreilles de Jo. Ce n'est rien qu'elle n'aura jamais entendu.

Luis se gratta la tête

- Vous savez que je sors avec Elsa, n'est-ce pas ?

Les deux filles acquiescèrent

- Bon, j'avoue qu'on ne fait pas de belles activités licites tous les deux et que je reconnais que je l'influence, mais je… Il s'est passé quelque chose et si maman l'apprend, elle va me déshériter et me tuer et peut-être tuer Elsa.

Jo et Clara se regardèrent

- Pourquoi ? – demanda Jo, avec la plus grande naïveté qu'une petite fille de son âge pouvait avoir – c'est si grave que ça ?

Clara fronça des sourcils et crut comprendre où son frère voulait en venir

- Luis… Est ce que tu as des….

Elle fit un simple geste avec ses mains pour montrer ce qu'elle voulait dire

- Avec Elsa ?

Luis acquiesça

- Depuis un petit moment… Et il s'est passé que…

Il regarda ses deux sœurs profondément, Clara secoua la tête. Isabel allait le tuer. Effectivement !

- Elsa est enceinte !

La bouche de Jo s'ouvrit en gros. Clara n'en croyait pas ses oreilles.

- Comment tu as pu faire ça ? Si tu t'inquiétais de maman qui allait te tuer, tu as toutes les raisons de le croire.

Il essaya de calmer sa sœur avant qu'elle ne lui envoie un verre d'eau dessus. Jo était sous le choc. Elle n'avait pas encore conscience que les filles pouvaient tomber enceintes si jeunes et pour elle, il semblait qu'ils étaient encore des enfants (ce qui était vrai), tant qu'ils allaient à l'école.

- Clara ! Il ne faut rien dire à maman.

Clara rigola bruyamment

- Parce que tu crois qu'elle ne va pas se rendre compte que tu lui caches quelque chose ? Elsa est notre voisine je te signale et elle va rapidement faire le lien. Alors, dis-moi un peu ! Comment tu comptes échapper à son venin ?

À voir son visage, Jo savait qu'il avait l'air d'avoir déjà pensé à une solution.

- Elsa ne peut pas avorter, cela fait déjà trois mois. Elle a eu les symptômes bien trop tard et elle ne l'a découvert qu'il n'y a quelques jours. Mais on a essayé d'en parler et de trouver une solution. J'ai des potes qui peuvent nous héberger pendant les six mois restants. Elle accouchera chez eux et elle mettra le bébé à l'adoption. On ne peut rien dire aux parents. Elsa a toujours été une fille brillante, elle va se faire mettre à la rue si jamais ils apprennent qu'elle est enceinte.

Clara ne croyait pas une seconde ce qu'elle entendait.

- Mais Luis ! Toi et Elsa vous êtes toujours mineurs de toute façon. Où tu comptes aller ? Sans travail sans argent, sans rien du tout… Comment tu vas faire Luis ? Maman doit le savoir !

- Pas question !

Il avait élevé la voix et avait quelque peu effrayé Jo qui n'était pas sûre de pouvoir tenir sa langue vis-à-vis de sa mère. C'était quand même quelque chose de grave.

Luis reprit plus calmement

- J'en ai parlé à papa ! C'est lui qui m'a dit qu'il avait des amis qui pourront nous garder le temps que ça se fasse. Ensuite, on reviendra et on fera comme si de rien n'était. Papa va rester avec moi, c'est mon tuteur et au moins on ne sera pas deux ados, livrés à nous-mêmes.

Clara savait que les hommes étaient stupides, mais elle n'avait pas idée jusqu'à quel point.

- Qu'est-ce que tu vas dire à maman ?

- Papa va lui en parler ! Il va lui dire qu'il m'amène avec lui dans une base militaire pour un entraînement de six mois. Elsa a déjà trouvé la solution pour son éducation et elle fera l'école en ligne. Moi, je trouverais un job dans un café à côté ou quelque chose.

Clara n'avalait pas un mot

- Ou tu vendras de la drogue ! Et je n'imagine même pas le sort d'Elsa.

Luis savait qu'il perdait son temps à essayer d'argumenter avec une gamine de 13 ans.

- Écoute ! Tu penses ce que tu veux, mais en attendant, j'ai réussi à faire une connerie que je ne peux pas réparer. Si tu as d'autres solutions, je t'en prie, vas-y. Mais Elsa va se faire jeter et moi, pas sûr qu'on retrouve mon cadavre si maman l'apprend. Ce n'est que six mois. On fera en sorte que ça marche !

Clara ne put rien rajouter davantage ce jour-là. Jo dut garder le silence sous la pression de son frère et sa sœur.

Henry et Hanson se regardèrent complètement sous le choc.

- Et ta mère n'a jamais été au courant que ton frère avait eu un enfant à l'âge de 16 ans ? – demanda Hanson

Jo secoua la tête négativement

- 17, ils ont eu 17 ans entre temps et non ! Elle n'en a jamais rien su ! Ça me bouffait de l'intérieur de ne pas lui avoir dit pendant des années, mais éventuellement ça a fini par passer.

Henry ajouta alors

- Mais et cette histoire de base militaire et tout ? Elle a cru ton père ? Et pour Elsa, qu'est-ce que ses parents ont dit ?

- Elsa a sorti la même excuse que papa pour Luis. Ses parents sont des gens assez carrés et connaissant le crime dans Harlem, ils ont accepté de la laisser en immersion pendant les six mois tout en faisant l'école en ligne. Elle leur avait fait croire qu'elle voulait simplement encourager Luis dans son entraînement. Bien sûr, il a vraiment dû faire un entraînement physique pour faire croire à ma mère qu'il avait fait quelque chose. Dans le fond, ils n'ont jamais été loin. Ils se sont isolés dans un voisinage presque pas fréquenté sauf par des dealers, d'Harlem. Ils vivaient dans un bunker, avec des tas de personnes pas nettes.

Hanson se disait que sa collègue n'avait vraiment pas eu la vie facile tout ce temps.

- Et qu'est devenu le bébé ?

Jo haussa les épaules

- Tout ce que je sais c'est qu'effectivement Elsa l'a mis à l'adoption. Ils ont appelé les services sociaux quelques jours après sa naissance. Je ne sais pas où il a atterri. Ni Elsa ni Luis ne le savent. Je sais qu'il s'appelle Tony parce que c'était le prénom qu'ils avaient choisi depuis le début, mais je ne sais rien d'autre et je ne sais même pas s'il est resté aux États-Unis.

Elle bougonna

- Et j'avoue que je n'avais plus pensé à cette histoire depuis très longtemps !

Elle se massa les tempes. Elle se demandait combien de démons du passé il fallait remonter, dans le seul but de retrouver son frère. Il avait toujours été un idiot, mais apparemment le temps ne l'arrangeait pas.

Henry trouva alors une solution

- Je sais que ce n'est pas ce que tu veux entendre, mais peut être qu'il faudrait commencer par là ?

Jo fronça des sourcils

- Où tu veux en venir ?

- Est-ce qu'Elsa et Luis n'auraient pas essayé de retrouver leur fils récemment ?

Jo ne put répondre

- Je n'en sais rien ! Je te l'ai dit, je n'ai pas beaucoup de contacts avec lui.

Pour une fois, Hanson crut comprendre l'idée d'Henry

- Je pense que je saisis – dit-il – Henry suggère qu'on essaie de retrouver Tony pour pouvoir lui poser des questions. Si la chance est avec nous, peut-être qu'il sera en mesure de nous dire si oui ou non ses parents biologiques ont tenté de les retrouver ou de le contacter et s'il a des infos.

Jo trouva l'idée astucieuse et repensa à Elsa

- Mais, on peut toujours demander à Elsa.

Hanson ouvrit la bouche, mais Henry le devança

- Elsa ne sera pas en mesure de répondre à nos questions avant quelques jours. Le temps qu'elle fasse une chirurgie et qu'ils retirent la drogue dans son corps, même si on lui a planté l'aiguille dedans. Avant de pouvoir s'adresser à elle, je pense qu'il serait bon de remettre la main sur Tony. On ne sait jamais !

Jo se leva et regarda les deux hommes tour à tour

- Okay ! On va tenter de retrouver mon neveu. Mais avant, il faut qu'on parle à ce Ramon, avant que quelqu'un d'autre ne soit blessé.

Ils refirent la route jusqu'à Harlem pour se rendre à la pizzeria, indiquée par Victor.

Jo n'aimait toujours pas se promener dans le quartier où elle avait grandi. De plus, au vu des regards qui pesaient eux lorsqu'ils marchèrent dans les ruelles, elle était presque sûre que certains la reconnaissaient même si elle était partie depuis bien des années.

La pizzeria ne paraissait pas du tout évidente vue de l'extérieur. N'importe qui y rentrant pouvait croire qu'ils faisaient de simples commandes de nourriture. Au vu de l'odeur, évidemment, il fallait faire croire qu'il y avait bien un restaurant sous tout cet échange de drogue et d'argent sale.

Le trio rentra dans le restaurant très peu occupé. Ils se firent grandement observer de la tête aux pieds. Le propriétaire, derrière son comptoir les ignora superbement. Jo et Hanson avaient caché leur badge dans un but précis. Ils ne voulaient pas risquer un guet-apens, surtout qu'ils avaient quand même un civil avec eux.

Jo essaya de repérer qui pouvait être le Ramon. D'après son père, il était toujours devant et non derrière ou dans un sous-sol. Cependant, il faisait ses affaires clairement devant les clients et personne ne lui disait rien. Il fallait dire que la seule clientèle qui traînait à Harlem n'était toujours que la même. Rares se faisaient les touristes dans le coin.

Henry regarda tout autour d'eux et repéra un homme, assis dans un coin et qui ne cessait de lever les yeux vers eux depuis une dizaine de minutes. Il était en train de rouler des feuilles qui étaient sans nul doute de l'herbe de cannabis ou autre drogue. L'immortel comprenait mieux pourquoi tout le monde mourrait d'overdose ou presque, dans le quartier.

Il chuchota à Jo

- Je ne suis pas expert, mais je dirais que le petit monsieur à la barbe mal rasée dans le coin bien à gauche est celui qu'on recherche.

Jo le regarda et il semblait correspondre à la description. Elle fit un signe aux deux autres et ils s'installèrent en face de l'homme.

- Salut – commença Jo – dis-moi, est-ce que par hasard ton nom serait Ramon ?

L'homme la dévisagea comme si elle parlait une autre langue et il décida de jouer au roi du silence. Hanson commença à remuer, mais Jo lui donna un léger coup de pied en dessous de la table.

- J'imagine que tu ne parles à personne dans le quartier. Je ne peux pas te blâmer, mais si tu crains pour ta vie, pour l'instant tu n'es pas en danger.

Il regarda Jo dans les yeux et souffla d'un ton sec

- No hablo inglés.

Jo l'aurait parié. L'excuse qu'ils sortaient tous. Hanson regarda Henry qui lui fit un clin d'œil. Jo avait ses petites manœuvres.

- Comme tu veux !

Elle commença à débiter à une telle vitesse en espagnol que même Hanson en fut secoué

- Así que aquí está el topo, mi pequeño. Soy el detective Jo Martinez y el hombre de traje negro es mi colega el Detective Hanson. El tipo súper bien vestido es mi medico forense, el Dr. Morgan. Si no quiere hablar con nosotros en inglés, estoy bien, haré la traducción. Pero si quieres ser inteligente conmigo, te aconsejaría que revises tus prioridades. (Donc voilà le topo mon petit. Je suis le détective Jo Martinez et le gars en costume noir, c'est mon collègue, le détective Hanson. Le gars super bien habillé, c'est mon légiste, le docteur Morgan. Si tu n'as pas envie de nous parler en anglais, ça me va très bien, je ferais la traduction. Mais si tu as envie de jouer au plus malin avec moi, je te conseillerais de revoir tes priorités.).

L'homme releva les yeux rapidement en entendant le nom de famille de Jo

- Martinez ?

Elle acquiesça. Il continua alors dans la même langue qu'eux. Il regarda longuement Jo.

- Vous êtes sa fille !

Ce n'était pas une question. Jo leva les yeux au ciel.

- Je croyais que personne ne le savait par ici.

Ramon leva les épaules, en mettant un morceau d'herbe dans sa bouche

- Ce n'est pas bien difficile de deviner ! Vous lui ressemblez un peu.

Henry remarqua les poings de la jeune femme se fermer. Pas forcément le meilleur compliment qu'elle aurait pu entendre.

- Oui, enfin bref passons ! Je viens de sa part de toute façon ! Et j'aurais quelques questions à vous poser. C'est à propos de mon frère : Luis !

Ramon détourna si rapidement les yeux que Hanson et Henry comprirent de suite qu'il savait quelque chose. Jo n'allait pas le laisser s'en tirer ainsi.

- Tu sais, j'ai mis mon père en prison. Je peux très bien faire de même avec toi et tu peux être sûre que je vais te rendre la vie misérable si jamais il est arrivé quoique ce soit à mon frangin. Alors, tu ferais mieux de parler !

Hanson et Henry n'avaient pas l'habitude d'entendre Jo être si bornée et droite. Elle était plutôt la gentille flic en général. Mais en retournant dans son quartier, il semblait qu'elle savait parfaitement comment gérer la racaille du coin.

Ramon préféra ne pas tergiverser. Il connaissait la réputation de Victor et il ne voulait pas avoir plus d'ennuis avec sa fille.

- Honnêtement, je ne sais pas où il est. Luis veut toujours jouer les gros durs donc s'il lui arrive de la merde, je dirais que c'est de sa faute.

Jo battait nerveusement des ongles sur la table. Elle n'avait pas la patience, elle n'était pas d'humeur, à jouer à des petits jeux.

- Luis a toujours fait des choix stupides dans sa vie ! Que voulez-vous, vous les hommes vous êtes complètement idiots !

Hanson et Henry se sentirent un peu offensés, mais Henry approuvait complètement. Il fallait dire qu'ils n'étaient pas fichus de prendre les meilleures décisions pour eux-mêmes, si ce n'était pas pour une femme pour les remettre dans le droit chemin.

- Cela étant – reprit Jo – même si ses choix ne sont pas très glorieux, j'aimerais bien savoir quand est-ce que vous l'avez vu pour la dernière fois ?

Ramon essaya tant bien que mal de se rappeler. Il haussa des épaules.

- Je sais pas ! Peut-être une semaine, une semaine et demie. Il n'est pas très bavard il faut dire.

Hanson parla pour la première fois, depuis le début de l'interview

- On a retrouvé sa copine à l'agonie, dans sa maison du Bronx. Une maison mise sens dessus, dessous. Vous ne sauriez pas avec qui il se frottait ?

Ramon haussa un sourcil

- Hey ! Mec ! Ici c'est Harlem alors si tu te frottes aux mauvaises personnes, tu ne peux t'en prendre qu'à toi-même. S'ils s'en sont pris à sa copine, c'est qu'il doit de l'argent. Je ne vois que ça.

Jo insista fortement

- Qui ça, « ils » ?

Ramon la regarda. Elle ne cligna pas des yeux. Il pouffa.

- Quand vous avez ce genre de mimique, je peux dire que vous êtes la fille de Victor. Vous tentez d'intimider les gens et cela a l'air de fonctionner.

Jo tapa du poing sur la table, faisant sursauter ses deux collègues

- Je ne suis pas comme mon père – cracha-t-elle – à vrai dire, il est tout sauf un modèle pour moi. Je ne peux pas décrire le dégoût que je ressens pour cet homme. Intimider les gens, c'est mon job et si je dois constamment le faire avec toi, je ne vais pas me gêner ! Donc tu vas me dire ce qui est arrivé à Luis et qui lui court derrière avant que je te coffre et que tu ne revois plus tes charmants amis du coin !

Jo ne plaisantait pas lorsqu'elle s'y mettait. Henry se sentit toute chose. Lui qui n'avait pas l'habitude de l'entendre s'énerver. Il devait reconnaître qu'il y avait un côté sexy à cela.

Il échangea un regard avec Hanson qui semblait complètement mortifié. Par moment, il ne fallait vraiment pas jouer avec les nerfs de la belle Hispanique. Son côté Harlem devait ressortir.

Elle reprit plus calmement

- On nous a dit qu'il y avait du trafic d'électronique récemment ! Est-ce que tu sais si Luis est impliqué ?

Ramon acquiesça

- Et plutôt deux fois qu'une ! Il a fait pas mal de petites affaires dernièrement ! Pas avec les personnes les plus clean je dirais. À mon avis, le succès lui est monté à la tête et il a oublié de rendre l'argent qu'il a emprunté pour faire son petit business.

Jo regarda les deux autres et continua donc.

- Il paraît que les Purple Gang se sont reformés ! Luis a certainement été entraîné là dans. Tu peux m'en dire plus ? Où les trouver ou tout du moins qui en est le leader ?

Jo le regardait avec tellement d'intensité dans les yeux, au point de le brûler sur place que Ramon sut qu'il n'avait pas tant de choix que ça.

- Le leader est un certain Loco le taré ! Il porte bien son nom vu les horreurs qu'il fait faire aux autres.

Hanson murmura

- Loco le taré ? Mais Loco ça ne veut pas dire « fou » en espagnol ?

Henry acquiesça. Hanson siffla.

- Le mec s'appelle carrément Le Fou le Fou ? Comment on peut garder une raison saine après avoir passé une journée avec de pareils imbéciles !

Henry ne put s'empêcher de rire doucement. Il n'était même pas capable de répondre à de tels dires. Il tenta.

- Ils ont vraiment leur propre langage dans le coin !

Hanson grommela entre ses dents qu'il l'avait bien remarqué. Jo avait noté ce que Ramon lui avait dit et autant dire que cela ne la rassurait pas pour le sort de son frère.

- Et une idée d'où on peut trouver ce Loco le taré ?

- Bien sûr que non ! Les têtes de gang ne diront jamais où ils se cachent !

Jo ne le croyait pas vraiment.

- Est-ce que vous faites partie du gang ?

Ramon secoua la tête

- Moi non ! Je suis qu'un simple dealer de rue – Henry fut surpris avec la facilité avec laquelle il avouait ceci, sans aucune gêne apparente. Jo ne cligna pas des yeux. Cela devait vraiment être si habituel.

- Tout ce que je sais – reprit Ramon – c'est que pendant un temps, Luis était dans les bonnes mœurs de Loco. Ils ont commencé à faire affaire ensemble et il devenait presque son bras droit…

Jo se retint de soupirer. Luis suivait vraiment les pas de son père. Elle espérait pouvoir lui faire retrouver la raison avant qu'il ne lui arrive la même chose.

- Mais je pense que Luis a eu besoin d'argent un moment. C'est grâce à Loco qu'il a eu la maison dans le Bronx. Ensuite, y'a eu tout ce trafic d'électronique dont Luis s'occupait. Il a monté le business grâce à l'argent de Loco. Comme je dis, il a dû prendre la grosse tête et ils sont en train de le faire payer à leur façon. Et à mon avis, si vous voulez le revoir vivant, vous feriez mieux de vous dépêcher. S'en prendre à sa copine n'était que l'avertissement avant qu'ils n'en finissent avec lui.

Jo sentit un frisson la parcourir. Elle n'aimait pas du tout ce qu'elle entendait. On pouvait dire que son frère était incorrigible. Elle regrettait parfois de n'être que la petite sœur parce qu'évidemment, il n'en avait rien à faire de ce qu'elle aurait pu lui dire.

- Si tu ne peux pas nous dire où se trouve Loco, au moins dis-nous à quel endroit mon frère montait son business. On trouvera sans doute des choses et des personnes bien intéressantes !

Ramon leur donna une adresse et leur dit de ne plus venir le voir pour l'instant. Il venait assez d'attirer l'attention sur lui pour le moment.

Jo lut l'adresse. Il apparaissait que le business de son frère se déroulait sans aucune gêne en plein centre-ville. Dans un centre commercial et un petit magasin qui paraissait légal. Luis n'avait vraiment aucun complexe.

- Venez ! Il faut qu'on aille là-bas !