Merci de vos reviews. Je suis contente de voir pas mal de lectures sur cette histoire et de nouveaux lecteurs. Ça me fait plaisir, ça veut dire que il y a de l'interêt ;).
Sarah, Sarah, je me doutais que quelqu'un allait faire cette fameuse référence par rapport à Elsa LOL
En arrivant dans le magasin en question, il n'y avait rien qui indiquait que quoi que ce soit d'informatique avait été mis en place. Jo demanda des informations aux gens alentour et à l'accueil et on leur dit que jamais il n'y avait eu de magasin informatique et que l'endroit était en rénovation depuis quelque temps, dans le but d'y installer un magasin de vêtements.
Jo regarda les deux hommes
- À moins que tout le personnel du centre commercial soit complice avec eux, je dirais que…
- Que Ramon nous a menti – acheva Hanson
Jo hocha la tête. Elle aurait des bonnes raisons de lui passer les menottes maintenant. Elle était tout de même inquiète de ce qui pourrait arriver à Luis si jamais elle n'arrivait pas à temps. Elle aurait du mal à se le pardonner. Surtout vis-à-vis de sa mère.
Henry avança un peu dans le magasin vide et regarda tous les murs. Jo le rejoignit.
- Henry ! Viens ! On ne trouvera rien par ici.
Il mit ses mains sur les murs et répondit
- Attends ! Je n'en suis pas si sûr ! Ramon est un peu être un nigaud, mais je doute qu'il ait envie de passer le reste de sa vie en prison. S'il nous a donné cette adresse, c'est qu'il y a une raison. Je dirais simplement que le personnel n'est pas au courant et que le magasin donne sans doute d'un autre côté de rue qu'on ne connaît pas et loin des yeux de la police.
Jo fronça des sourcils, en essayant de comprendre où son collègue voulait en venir. Henry fit tout le tour de la pièce et sentit un mur qui était moins stable que les autres. Il se retourna vers deux collègues. Hanson qui était resté à l'extérieur, rentra de nouveau et demanda
- Vous avez trouvé quelque chose ?
Henry déplaça légèrement le mur et un escalier descendait. Il fit un petit sourire, sous le regard goguenard des deux autres.
- Il semblerait que oui !
Jo prit son arme
- Okay ! Mets-toi derrière nous.
Hanson et Jo passèrent les premiers et Henry suivit derrière. Il faisait vraiment noir et cela reflétait bien le côté creepy des gangs d'Harlem.
Ils entendirent des voix et des rires. Il y avait comme des transactions. Jo n'arrivait pas à croire avec quelle facilité ils arrivaient à berner des gens sans défense, qui pensaient acheter du matériel légal. Il y avait une dizaine d'hommes. Henry essaya de repérer la tête de gang, mais tous semblaient être similaires. Donc, ils n'étaient sûrement que des hommes de main.
- Je ne vois pas quelqu'un qui pourrait être Loco – confia-t-il à sa partenaire
Jo secoua la tête
- C'est certain que non ! Ils ne se montrent rarement en public et ne vont certainement pas se salir les mains eux-mêmes. En attendant, on a une belle brochette à arrêter !
Elle regarda Hanson et tous deux sortirent en criant
- NYPD ! Mettez vos mains en l'air !
À la minute où ils avaient annoncé leur titre, il y eut un remue-ménage et les dizaines de personnes présentes tentèrent de prendre la poudre d'escampette. Hanson prévint la sécurité du centre commercial ainsi qu'une autre équipe de flics et très vite, la dizaine de membres fut entourée et ils n'eurent d'autres choix que de se rendre.
Jo avança un peu parmi les établis et repéra le nom de son frère sur un des bons de livraison qui datait de deux jours auparavant. Elle regarda parmi les membres, mais personne n'était son frère. Elle s'avança vers celui qui semblait le plus costaud et le désigné pour répondre à toutes les questions. Elle pointa le nom de son frère.
- Où est Luis ?
- No lo sé
- Hablarme en español no cambiará nada, idiota! (me parler en espagnol, ne servira à rien, espèce de crétin)
L'homme resta de glace
- lo arrestaremos de todos modos, ya sea que hable o no, está en el mismo barco (on va t'arrêter de toute façon donc que tu parles ou non tu es dans le même bateau).
Jo reprit en anglais
- Son nom est sur le bon de livraison ! Et c'était il y a deux jours !
L'homme finit par répondre
- c'est pas lui qui a livré ! Il a disparu de la circulation. Et personne ne sait où il est. Mais à mon avis, ça sent tellement pas bon pour lui.
Jo leva les yeux au ciel et ordonna qu'on embarque tout le monde.
Henry et Hanson la regardèrent
- qu'est-ce qu'on fait maintenant ? – demanda Hanson
- On essaie de remettre la main sur ce Loco et on essaie aussi de retrouver mon neveu !
- Pauvre Jo ! elle en voit vraiment de toutes les couleurs par moment – annonça Abe, plus tard le soir, quand Henry rentra enfin.
Ils avaient tenté de retrouver la trace de Loco, mais sans succès. Son nom n'était pas dans la base de données de la NYPD, évidemment. Mais ils avaient fait son signalement aux autres commissariats et le premier entendant quelque chose devait appeler Reece qui se chargerait de passer l'info à Jo. En la quittant ce soir-là, Henry avait bien vu que la jeune fille n'avait pas du tout l'esprit tranquille. Il lui avait conseillé de se reposer au mieux et de continuer de garder la tête haute. Il avait dit que tant qu'il n'y avait pas de corps, personne n'était mort.
Henry ne put qu'approuver les dires de son fils
- C'est vrai que faire remonter autant de souvenirs, ne doit pas être évident à gérer pour elle. Elle fait comme si de rien n'était, mais je vois bien que cela l'affecte.
Abe lui massa délicatement les épaules
- Mais tu es là pour la soutenir et je pense qu'elle doit vraiment apprécier.
Henry approuva
- Je sais ! Mais par moment, je souhaiterais vraiment faire plus. Tu sais, je ne peux même pas imaginer ce que cela fait de vivre et grandir dans un tel quartier. Jo n'a pas eu une enfance facile et il est évident qu'elle porte le poids de ceci sur ses petites épaules. Ça, plus, toute l'histoire avec son père.
Abe le regarda, en se mordillant la lèvre
- Toi et Jo vous n'avez pas eu le père le plus facile non plus. Le tien faisait affaire avec des esclaves, juste derrière ton dos et le sien, ne fréquentait pas les meilleures personnes.
Henry s'était bien rendu compte jusqu'où leurs similarités pouvaient aller. Il répondit.
- Mais contrairement à elle, je n'avais pas de rivalités avec mes deux sœurs. Nous étions très proches.
Abe haussa un sourcil
- Henry, tu avais dix ans de plus que tes deux sœurs !
- C'est vrai !
Londres, 1795
Henry avait 16 ans et Élisabeth et Margaret qui étaient ses deux sœurs jumelles en avaient 6. Robert et Mary n'avaient pas prévu d'avoir d'autres enfants après Henry, mais cela était arrivé. Henry avait été excité d'apprendre qu'il serait grand frère. Et il avait toujours chatoyé ses deux petites sœurs. Il les aimait plus que tout.
Sa mère Mary était décédée peu de temps après la naissance des filles et Henry s'était beaucoup occupé de ses sœurs, tellement le chagrin de son père était fort et qu'il avait du mal à ne pas revoir sa femme à travers ses filles.
Depuis son plus jeune âge, Henry avait toujours eu cette passion pour la médecine. Et en ce beau de mois de mai qu'ils étaient à l'époque, il était assis dans le jardin de la grande maison dont son père était le propriétaire.
Ce dernier était dans son bureau en train de faire affaire avec des gentilshommes de sa catégorie. À cette époque, 16 ans était déjà vieux et Henry considérait déjà la carrière qu'il allait faire. Il savait qu'il voulait à tout prix être médecin. Mais il fallait également qu'il se trouve une femme et pour l'instant, aucune des jeunes bourgeoises que son père lui avait présentées ne lui plaisait réellement. Bien sûr, à cette époque, les mariages étaient des mariages arrangés dans le seul but de partager les terres avec telle ou telle famille, mais Henry voulait tout de même avoir l'occasion de choisir.
Henry était appuyé contre un arbre, en train de lire un livre qu'il trouvait passionnant, relatant de toutes les avancées scientifiques et médicales qu'éventuellement le monde connaîtrait d'ici une centaine d'années.
Il entendit des cris et des pleurs et en sursauta. Il accourut rapidement avant de voir Margaret en boule, sur le chemin caillouteux de la bâtisse et Élisabeth, assise accroupie à côté d'elle, tentant de lui apporter un soutien.
- Que se passe-t-il ?
Margaret pointa Élisabeth
- Éli et moi, on jouait à chat ! Mais Éli m'a poussé fort et je suis tombé dans le gravier. Je me suis fait mal, ça brûle !
Henry s'accroupit aux côtés de sa sœur et regarda Élisabeth
- Tu aurais pu t'excuser !
Éli baissa la tête
- Je n'ai pas fait exprès grand frère ! Je voulais pas faire mal à Maggie moi ! Je voulais juste jouer !
Henry sourit et pinça délicatement les joues de sa sœur. Son père avait raison, les jumelles étaient le portrait de leur mère. Des cheveux blonds et bouclés comme lui, avec les yeux marrons clairs de leur père, mais c'était tout ce qu'elles avaient récupéré de lui.
Henry se promenait toujours avec quelques petites bandes de soin, parce qu'ils savaient que ses sœurs ne tenaient pas en place et qu'il fallait toujours soigner les petites blessures mineures.
Il fit un bisou sur le genou de Margaret et déposa un petit pansement.
- Voilà ! Tu seras rapidement guérie, Maggie.
La petite fille essuya ses larmes et se jeta au cou de son grand frère. Henry la serra fort contre lui et Éli rejoignit l'étreinte. Et très rapidement, il se retrouva avec deux petites blondes, en train de lui grimper sur le dos et de le prendre pour un cheval. Les meilleurs souvenirs qu'Henry gardait avec ses sœurs étaient sans nul doute, de pareils moments. Où tout le monde était inconscient et innocent.
Les éclats de rire de ses sœurs résonnaient encore parfois dans ses oreilles, comme un doux son mélodieux. Elles lui manquaient sincèrement !
Abe le fit revenir sur terre
- Tu t'es encore perdu dans tes souvenirs ?
Henry essuya rapidement sa petite larme qu'il avait au coin de l'œil
- C'est juste que… Je vois que Jo fait tout pour retrouver son frère en vie et elle a toutes les chances pour. Il n'y a pas encore eu de corps trouvé donc je dirais si Luis est assez malin, il s'en sortira même si Jo n'arrête pas de le traiter d'idiot, elle tient à lui c'est évident.
L'immortel soupira. Abe compatit.
- Tu sais, tes sœurs t'adoraient. Ça s'entend à la façon dont tu me les décris.
- Je sais ! J'étais plus un père qu'un grand frère pour elle, mais parfois j'aurais vraiment aimé pouvoir profiter bien plus de tous ces moments. Elles étaient si jeunes et je suis partie si vite de la maison pour faire mes études…
Henry avait raconté plusieurs fois ce qui était arrivé à ses sœurs. Henry n'était pas souvent revenu au domicile familial. Juste une fois pour annoncer ses fiançailles avec Nora et ensuite il avait appris que son père faisait la traître d'esclaves. Mais tout ceci s'était passé bien après le décès de ses sœurs.
Elles étaient toutes deux mortes en 1809, à l'âge de 20 ans seulement. Henry avait été appelé en urgence par son père à ce moment. Les deux jeunes filles travaillaient en tant que femmes de ménage sur un bateau qui partait de Londres pour aller jusqu'en Écosse. Ils avaient fait le voyage retour et ce fut là que les symptômes des deux jeunes femmes s'étaient déclarés. De la fièvre, suite à de l'humidité et une hygiène assez précaire. Robert avait insisté pour que les filles travaillent sur un bateau lui appartenant, mais elles avaient refusé pour tenter leur propre expérience. Une épidémie sévère de typhus faisait rage à l'époque, notamment sur les bateaux ou dans les prisons. Elle touchait très souvent les gens mal nourris, mal lavés ou tout un tas d'autres facteurs ressemblants.
En les rapatriant à Londres, Margaret avait été en mesure de raconter qu'un rat les avait toutes les deux mordues lors d'une nuit particulièrement agitée sur l'océan.
Les symptômes s'étant déclenchés rapidement, le capitaine avait décidé de retourner en vitesse à Londres pour qu'elles puissent avoir les soins nécessaires.
Henry qui travaillait déjà en tant que médecin, avait reçu un télégramme d'urgence de son père lui disant que la vie de ses sœurs était menacée.
Il ne s'était jamais posé plus de questions et avait accouru en double vitesse, avant de les trouver toutes les deux allongées côte à côté, bouillantes de fièvres. Il avait tout tenté pour les en débarrasser, pour les soigner, mais la médecine n'était pas assez avancée et à deux jours d'intervalle, elles sont toutes les deux décédées. Elles avaient remercié Henry pour être le meilleur grand frère dont elles avaient bénéficié et qu'il devait continuer à sauver des vies et avoir un grand cœur.
Henry s'était toujours dit que s'il n'était pas parti de la maison, tout ceci ne serait pas arrivé.
Abe tenta de le rassurer
- Tu sais que même si elles ne mouraient pas d'une maladie ou autre, elles seraient de toute manière parties sans même que tu puisses y faire quoi que ce soit.
Henry acquiesça
- Je sais ! Mais parfois, j'y repense encore, même après 200 ans. Ce pourquoi, je vais tout faire pour aider Jo à retrouver son frère. Il n'y a rien de plus précieux qu'avoir un frère ou une sœur, même s'il y a une rivalité.
Après quelques jours, Luis restait introuvable et Jo faisait son possible pour tenter de le retrouver. Cependant, il y avait au moins une chose de positive. Avec Henry, ils étaient retournés au domicile de Luis et avaient relevé des empreintes pour les matcher et retrouver Tony et l'opération avait été un succès. Jo avait découvert qu'Elsa et Luis l'avaient déclaré avant de le mettre à l'adoption et que le jeune homme portait donc le même nom de famille qu'elle. Elle n'aurait même pas pensé que jeunes comme ils étaient, cela leur aurait même traversé l'esprit, mais apparemment elle avait mal jugé son frère.
Ils avaient tenté d'interroger la dizaine de personnes qu'ils avaient arrêtées dans ce faux magasin qui était vraiment bien caché sous le centre commercial, mais sans succès, personne ne parlait et il semblait que tous protégeaient ce Loco le Taré.
Henry et Hanson avaient du mal à comprendre pourquoi tant de détermination à vouloir protéger un fou furieux, mais Jo leur expliqua que dans un tel quartier, ce n'était que simplement la loi du plus fort.
Tony habitait dans le East Village avec ses parents adoptifs. Pour le peu d'infos qu'ils avaient, il semblait qu'il avait été adopté par un couple vraiment généreux et bien. Jo ne pouvait pas s'en assurer, mais au moins un fils Martinez n'avait pas pris la mauvaise voie. Pas d'après ce qu'elle avait lu dans le dossier.
Il était désormais âgé de 19 ans et il venait de graduer au lycée au mois de juin passé. Apparemment, il avait commencé des études d'informatique dans l'une des proches universités.
Jo avait regardé son emploi du temps et il n'avait que quelques cours par semaine donc ils avaient choisi le bon moment pour aller lui rendre visite.
En sortant de la voiture, Jo regarda la maison qui se dressait devant eux, d'un air pensif.
Henry la regarda
- Est-ce que ça va ?
Elle esquissa un sourire et acquiesça
- Ça risque de faire bizarre de rencontrer un neveu que je n'ai jamais vu de ma vie. Le pire c'est qu'il va maintenant falloir devoir le dire à ma mère. Le cacher pendant 20 ans a été assez difficile comme ça.
Henry lui frotta doucement le bras
- Tu n'as pas de comptes à rendre à ta mère, Jo. C'est à Luis de s'expliquer là-dessus. Mais de toute façon, ça fait déjà 20 ans, le mal est fait. Il n'y a rien de plus qu'elle pourra y redire.
Jo pouffa
- Tu ne connais pas ma mère. À la place de Luis, j'aurais peur même si cela s'est passé il y a longtemps.
Ils montèrent les marches de la maison et Jo appuya sur la sonnette après un long moment d'hésitation.
Elle avait également fait savoir à Hanson de l'appeler si jamais il avait quelque chose de nouveau concernant un endroit où Luis aurait pu se trouver ou toute autre chose qui pourrait les aider dans leur enquête.
La porte prit cinq bonnes minutes avant de s'ouvrir et quand ce fut le cas, Jo ouvrit grand la bouche au même titre qu'Henry.
- Je peux vous aider ? – demanda le jeune homme, complètement inconscient de ce qu'il allait apprendre.
Jo et Henry se regardèrent. Tony était le portrait de Luis et même Henry qui avait vu les photos via la base de données de la NYPD, pouvait en dire autant. Jo ne pensait pas que ceci serait aussi difficile.
- Euh… Tony Martinez ?
Il acquiesça
- Ouais ! C'est bien moi !
Henry ajouta alors
- Le nom est vos parents est Young… Vous n'avez pas le même qu'eux. Vous avez été adopté.
Il fit un petit sourire
- Oui ! Je sais ! Apparemment, mes parents étaient beaucoup trop jeunes pour s'occuper de moi, mais ils m'ont déclaré et mes parents n'ont pas voulu changé mon nom, dans le cas un jour je veux les retrouver.
Jo demanda alors
- Est-ce que vous avez tenté ?
Tony rigola bruyamment
- Martinez est un nom super répandu alors j'avoue que j'ai du mal, mais oui je m'y suis intéressé – Il regarda alors Jo – pourquoi ? Est-ce que par hasard, tous les deux vous seriez mes parents biologiques ?
Le rouge monta à leurs joues sans qu'ils ne puissent rien contrôler. Henry secoua la tête.
- Non non pas du tout !
Tony continuait de regarder Jo
- Je dis ça, parce que je vois une certaine ressemblance entre nous.
Henry regarda Jo. Il y avait de quoi. Il était le portrait de son père et Clara et elle lui ressemblait assez également.
Jo se racla la gorge
- La ressemblance peut s'expliquer, mais ce n'est pas moi ta mère… Détective Jo Martinez, NYPD ! – elle marqua une pause et regarda le jeune homme dont le visage avait commencé à changer au moment où elle avait prononcé son nom – je suis ta tante et nous avons quelques questions à te poser !
À la tête qu'il faisait, Tony ne s'y attendait tout bonnement pas. Il regarda Jo et Henry à tour de rôle, mais remarqua bien qu'ils étaient sérieux.
Il se poussa sur le côté
- Rentrez !
La maison était modeste sans être extra. En passant dans le hall, Jo ne put s'empêcher de regarder les quelques photos. Mr et Madame Young étaient sans nul doute des parents aimants et Tony avait vraiment eu de la chance. Elle était contente de savoir qu'il avait eu une bonne famille et qu'il ne semblait manquer de rien.
Tony les conduit dans le salon. Henry lui demanda.
- Vos parents ne sont pas là ?
Il secoua la tête négativement
- Non ! Ils sont en sortie ! C'est leur anniversaire de mariage. Ils n'étaient pas tranquilles à me laisser seul, mais je suis assez grand maintenant.
Il ne lâchait pas Jo des yeux et elle le sentait bien. Voilà, comme par hasard, l'explication allait tomber sur elle. La petite sœur qui avait dû se battre contre elle-même pour cacher la vérité à leur mère pendant toutes ces années.
Jo et Henry s'installèrent face à Tony, qui ne savait vraiment pu quoi penser. Il savait que la vie d'un enfant adopté pouvait basculer du jour au lendemain, mais peut-être pas aussi brutalement.
- J'aimerais comprendre – commença-t-il – comment ça se fait que ce soit ma tante qui vienne à ma rencontre ?
Henry voyait bien que la jeune femme n'était pas du tout préparée à ceci. Il pensait la même chose. Elle se retrouvait avec une tâche qui n'était pas la sienne, après avoir couvert son frère pendant 20 ans.
- Il se trouve que… Luis… Ton père et mon frère… A disparu et je dois t'avouer que je n'avais plus repensé à cette histoire. Au fait qu'il avait eu un bébé alors qu'il n'avait que 17 ans. Mais dernièrement, j'y ai repensé et je me suis dit que peut-être lui ou ta mère avaient essayé de te contacter.
Tony resta de marbre
- Je ne sais pas ! J'avoue que moi j'ai cherché, mais comme je l'ai dit, c'est difficile de trouver quelqu'un quand on a tous un nom de famille commun. Mais si vous, vous saviez que j'existais, pourquoi vous n'avez pas cherché avant ?
Jo n'avait vraiment pas envie de donner des explications. Ce n'était tout bonnement pas à elle de le faire.
- Écoute Tony ! Moi je n'y suis pour rien dans toute cette histoire ! Je n'avais que 10 ans le jour où Luis nous a annoncé que ta mère était enceinte. Et pendant les 20 dernières années, j'ai gardé ce poids en moi vis-à-vis de ta grand-mère. C'est une vraie folle et je ne plaisante pas en disant qu'elle aurait pu lui couper les bijoux de famille si elle avait su qu'il avait mis sa petite amie enceinte, alors qu'il était encore mineur.
Jo lui briefa rapidement toute la situation, qu'elle avait racontée à Hanson et Henry quelques jours plus tôt. Tony se sentit mal pour son père. Il n'aurait vraiment pas aimé être à sa place. Jo se frotta le visage.
- Il faut savoir que chez les Martinez, on n'est pas non plus la famille la plus saine. Mais enfin, si jamais tu veux recontacter ton père, c'est lui qui devra tout te raconter. Mais c'est pour ça, personne n'est venu chez toi ou tu n'as pas reçu de mail récemment te disant que tu avais été adopté et qu'une rencontre serait souhaitée ?
Tony secoua la tête
- Non ! Je n'ai rien vu de tout ça. J'aimerais vraiment aider à retrouver mon père, mais je n'ai eu de visite de personne.
Jo n'était pas plus avancé. Elle aurait souhaité que Luis ou Elsa aient pu faire l'effort de contacter Tony. Cela l'aurait certainement aidé.
Elle soupira.
- J'espère sincèrement qu'on le retrouvera ! Ton père n'a jamais fait de bons choix dans sa vie, mais il suit son père. Fais-moi plaisir et restes loin des mauvaises fréquentations ou tentations.
Tony sourit
- Je ferais ce que je peux !
Henry pensa alors à Elsa
- Ta mère est à l'hôpital. Nous l'avons retrouvée il y a quelques jours. On attend un petit peu avant de lui poser des questions pour savoir ce qui aurait pu advenir de Luis. Si cela t'intéresse, tu pourras lui rendre visite.
Tony n'en était pas très sûr. Il ne pouvait en vouloir à ses parents biologiques de l'avoir mis à l'adoption. Il comprenait. Ils étaient jeunes, mineurs et dans un quartier malfamé. Mais il ne savait pas trop quoi leur dire s'il devait les revoir. Jo voyait bien son hésitation et le comprenait.
- Rien ne t'oblige à les voir ! C'est tout à fait normal. Mais au moins, tu le sais. J'aurais souhaité que l'un ou l'autre t'ait contacté.
Jo pensa à sa mère. Il fallait qu'elle fasse la connaissance de Tony, mais avant il faudrait s'assurer qu'elle serait suffisamment calme pour ne pas achever Luis elle-même si jamais ils parvenaient à le retrouver avant qu'il ne finisse mal.
Tony murmura
- J'y songerais quand même ! Je veux savoir à quoi ressemblent mes vrais parents ! Et je suppose que je devrais les remercier de m'avoir mis dans une bonne famille, plutôt que de m'avoir négligé.
Jo fut d'accord avec lui. Elle ignorait quel type de père Luis aurait pu être. Si Elsa ne s'était pas laissé entraîner dans la drogue ou autre, elle était persuadée qu'elle aurait pu être une très bonne mère, mais malheureusement avec leur addiction, cela n'aurait pas été possible. Au moins, ils avaient été tous les deux assez sobres pour savoir qu'ils n'auraient pas été capables d'élever un enfant.
Jo et Henry se levèrent
- Merci de ta coopération quand même, Tony ! Si jamais quelqu'un t'appelle ou quoi, tu nous passes un coup de fil. Luis est en danger et le gang avec lequel il fait affaire, pourrait remonter à toi d'une façon ou d'une autre donc ne néglige aucun détail.
Elle lui donna sa carte et il acquiesça
- Je le ferais ! Merci beaucoup !
Jo fit un signe de tête et Henry la suivit. Tony l'interpella avant qu'elle ne sorte.
- Tante Jo !
Jo sourit à l'interpellation à laquelle elle avait le droit
- Oui Tony ?
- Je suis content de savoir qu'il y a un flic dans ma famille.
Cela fit grandement sourire Henry et fit rougir Jo, qui promit de rester en contact avec lui et qu'elle serait là pour lui si besoin.
En repartant dans la voiture, le couple se regarda. Henry lui prit la main et la secoua.
- Tu as été très professionnelle et tu as su garder ton calme. Je suis fier de toi. Tu n'as pas eu la tâche facile, mais tu t'en es bien sortie.
Jo le regarda dans les yeux et garda ses doigts enlacés avec les siens
- Merci Henry ! Oui, ce n'était pas facile, mais je suis contente de voir qu'il n'est pas tant en colère. Maintenant, reste plus qu'à retrouver Luis. Ça devient de plus en plus difficile de tenir. Ma mère n'arrête pas de me bombarder de coups de téléphone pour prendre des nouvelles… J'ai beau lui dire qu'on avance pour la rassurer, mais ce n'est pas vrai du tout. Ça fait des jours et on n'a toujours rien sur qui aurait pu faire quoi.
Henry était autant frustré qu'elle
- Avec un peu de chance, Elsa pourra nous en dire plus. Elle semblait savoir que ton frère était bien en danger et je pense qu'elle ne verra aucun inconvénient à nous parler.
Juste au même moment, ils reçurent un appel. C'était Hanson. Jo décrocha et mit le haut-parleur.
- Mike ! Tu es sur haut-parleur.
Il y a eu un long moment de silence. Henry ne le sentait pas. Il y avait une mauvaise nouvelle quelque part. Il craignait pour Jo.
- Allo ? Mike, t'es là ?
Elle entendu son souffle
- Jo euh… Nous…il y a un problème.
Jo commença à transpirer. Oh non ! Ils n'allaient pas refaire la même chose qu'avec Sean et lui annoncer que le corps de son frère venait d'être retrouvé. Elle ne pourrait jamais gérer la crise de sa mère si cela devait arriver.
- Qu'est ce qu'il y a ? – demanda Jo d'une voix tremblante
Hanson poussa un long soupir
- J'ai bien peur qu'Elsa ne puisse répondre à nos questions.
Jo et Henry s'échangèrent un regard
- Elle n'a pas survécu à ses blessures. Ils ont tenté de la stabiliser après l'opération, mais elle a fait une hémorragie interne. Elle est morte il y a une vingtaine de minutes. Je suis désolé ! Elle était sans doute notre seul témoin.
Jo se mit à pâlir. Ils avaient réussi à se débarrasser d'Elsa… Son frère était sans doute le prochain sur la liste. Il fallait vraiment réussir à remettre la main sur lui avant que ce soit un Luis à l'agonie ou déjà mort qu'ils retrouvent.
Henry remercia Hanson
- Merci beaucoup Hanson ! On revient au poste dans pas long.
Ils raccrochèrent et Henry regarda Jo qui ne disait plus un mot. Elle revoyait le beau sourire d'Elsa, son intelligence, son rire, sa douceur lorsqu'elle venait parfois la garder elle et sa sœur quand sa mère et Victor n'étaient pas là. Elsa avait toujours été une fille qui aurait tout eu pour réussir jusqu'à l'influence de la drogue et autre. Jo savait que Luis l'avait énormément aimé et s'il s'en sortait, il serait probablement détruit d'apprendre ce qui lui était arrivé. Et sans doute qu'il chercherait à la venger.
Ils n'étaient pas encore partis et ils étaient toujours devant la maison où même pas cinq minutes auparavant, ils avaient dit à Tony que sa mère pourrait être contente de le revoir. Maintenant, il fallait lui annoncer son décès. Elle regarda Henry, qui prit sa tête pour la poser contre son torse.
- Je ne peux pas lui dire ça. Pas après tout ça.
- Tu peux rester là si tu veux ! Je vais m'en charger.
Jo secoua la tête
- Je suis de sa famille ! C'est aussi à moi de lui dire. Ça va aller.
Ils ressortirent de la voiture et frappèrent de nouveau à la porte. Il leur fallut quelques minutes, mais Jo trouva le courage d'avouer à Tony ce qui venait d'arriver à sa mère. Il n'était pas autant affecté par la nouvelle parce qu'évidemment il ne la connaissait pas, mais un voile de tristesse passa dans ses yeux, signe qu'il aurait vraiment aimé la rencontrer. Jo lui promit alors de tout faire pour qu'il ait l'occasion de le faire avec son père.
