Merci de vos reviews ! Très contente de voir que cette histoire continue de susciter autant d'interêt, vous m'envoyez ravie. Voilà le chapitre 4 et j'espère que tout le long, vous n'allez vraiment pas me trop me détester ;)


1ere partie

Quelques semaines passèrent et l'automne s'était définitivement installé. Les gens recommençaient à sortir leurs petites vestes et l'été était bel et bien derrière eux. Certains avaient même l'impression qu'ils n'en avaient pas assez profité, mais c'était tout simplement le cours de la vie.

Avec les dernières affaires, Henry ne s'était plus du tout préoccupé de cette histoire de cheveux blancs et il fallait dire qu'il n'en avait pas découvert d'autres depuis alors il se disait que cela pouvait attendre.

Évidemment, il n'avait pas non plus eu l'occasion de parler à Jo vis-à-vis de sa condition. Mais il semblait que cela n'allait pas se faire de sitôt. Jo n'insistait pas vraiment, mais ils savaient tous deux, qu'ils n'avaient presque jamais un seul moment pour être en paix.

Un matin, comme tous les autres, Jo se présenta à la boutique. Elle tomba nez à nez avec Abe en y rentrant et il semblait assez sous pression.

- Salut Abe !

Abe qui était au téléphone, regarda Jo et lui fit un sourire

- Salut ! Excuse-moi, aujourd'hui il n'y a rien qui va !

Elle remarqua que le téléphone de la boutique était décroché. Elle demanda.

- Eh bien, je m'en suis rendu compte ! J'ai tenté d'appeler trois fois sur le téléphone fixe, mais ça sonnait toujours occupé. Puis j'ai essayé d'appeler sur ton portable, mais pareil.

Abe avait mis son correspond en attente

- Oui, la ligne fixe a eu un souci alors je suis au téléphone avec un réparateur depuis un petit moment. Il faut savoir que j'en ai vraiment besoin. Donc ça devrait être réparé dans la journée. Désolé pour ça. Cet imbécile d'Henry ferait mieux d'avoir son propre cellulaire.

Jo pouffa et remarqua que l'immortel n'était nulle part dans la boutique

- Euh d'ailleurs où est-il ? Dans son labo ?

Abe secoua la tête

- Pour la première fois de sa vie, il s'est réveillé un peu plus tard ce matin donc il doit être en train de se préparer. Il est à l'étage si tu veux aller l'attendre, je suppose que tu es là pour une raison.

Jo ne put le renier

- Effectivement ! Je vais monter alors ! Merci Abe !

Elle ne se fit pas prier et monta l'étage qui menait à l'appartement. Elle commençait à le connaître comme sa poche, mais elle n'avait pas encore eu l'occasion de visiter certains recoins.

Il n'était pas dans le salon alors elle se perdit un peu dans la déco champêtre de l'appartement. Ils étaient chanceux de pouvoir vivre juste au-dessus de la boutique.

Elle se retrouva devant la chambre d'Henry. Elle y jeta un œil et sa curiosité eut raison d'elle.

Elle fit le tour. La chambre était exactement comme elle l'avait imaginé. Un grand lit king-size et des draps presque de soie. Tout à fait le style d'Henry. Il avait une commode très ancienne sur laquelle reposaient quelques photos et divers objets. Henry devait vraiment avoir une passion pour tout ce qui était ancien. Elle vit que son placard était également très bien rangé, presque par un ordre précis. Elle se sentait un peu mal rien que d'imaginer s'il voyait son placard et ses vêtements un peu dans tous les sens. Elle se souvint qu'il avait été au bord du malaise, rien qu'en voyant l'état de son bureau et ce jour-là n'était pas non plus le pire.

Jo se mit à regarder une petite boîte, qui ressemblait à une boîte à bijoux. Elle était scellée, mais elle la trouvait particulièrement belle. Henry avait vraiment du goût.

Elle était tellement prise à être impressionnée par sa façon d'ordonner et de ranger les choses, qu'elle ne l'entendit pas rentrer dans la chambre.

Il manqua de faire une syncope en la voyant. Elle était de dos à lui. Henry avait sa propre salle de bain dans sa chambre et il venait de terminer de prendre une douche. Et évidemment, il ne s'attendait jamais à avoir de la visite dans sa chambre, à part Abe alors il ne prenait pas la peine d'amener des vêtements lorsqu'il utilisait sa propre salle de bain.

Il était donc sorti avec une serviette autour de sa taille et fit un petit sourire sadique en voyant la jeune détective.

- On met encore son nez partout, détective ?

Jo sursauta et n'osa pas le regarder de suite, en tentant de reposer la boîte qu'elle était en train de tripoter depuis plusieurs minutes. Elle tourna la tête au moment où elle allait déposer la boîte, mais sa mâchoire se bloqua et au lieu de la remettre en place, elle lui échappa des mains sans même qu'elle en soit consciente.

Henry ne put effacer son petit sourire carnassier

- Je peux savoir ce que tu fais là ? – demanda-t-il d'une voix si rauque que Jo se sentit liquéfier dans des endroits dont elle n'avait pas connaissance

Ses yeux se promenèrent tout le long de son torse dont des gouttes d'eau perlaient. Elle n'arrivait pas à avoir une seule pensée cohérente et en tant que femme il était difficile pour elle ne de pas fixer la serviette du légiste. Elle se mordilla fortement la lèvre inférieure et tenta de reprendre ses esprits.

- Euh, j'ai reçu un appel comme quoi on avait eu un corps, mais il a déjà été ramené à la morgue et apparemment quelqu'un se serait déjà présenté pour avouer donc, je suis un peu surprise, mais bon, si ça peut nous faire gagner du temps.

Henry trouvait ça effectivement étrange. Rares étaient les personnes qui confiaient un meurtre sauf s'il s'agissait de cas de tueurs en séries, qui ne se gênaient pas pour s'en vanter et aimaient jouer avec la police.

Il claqua sa langue dans sa bouche. Il verrait bien.

- D'accord ! Laisse-moi m'habiller dans ce cas et je t'accompagne.

Jo ne bougea pas d'un pouce et hocha la tête

- Okay !

Il resta à la regarder, tandis que Jo ramassa la petite boîte pour la remettre à sa place, mais ne semblait pas réaliser que quelque chose n'allait pas. Qu'elle était dans la chambre avec un Henry Morgan à moitié nu, qu'il venait de lui dire qu'il allait s'habiller et qu'elle restait plantée devant la commode, comme si tout ceci était normal !

Henry n'était pas pudique et se fichait pas mal de qui pouvait le voir. Après tout, il en avait l'habitude avec ses retours dans le East River. Il haussa des épaules et se retourna vers sa penderie et laissa tomber sa serviette en choisissant ses vêtements pour la journée.

Ce fut à ce moment que Jo se retourna et pour la seconde fois de la journée, sa mâchoire se bloqua et elle ressentit des choses dans tout son corps, des choses qu'aucun homme n'avait réussi à lui faire ressentir depuis bien des années.

Elle eut chaud d'un seul coup et sentit que ses jambes n'allaient bientôt plus la supporter s'il continuait cette provocation.

Elle beugla

- Est-ce que tu… Est-ce que tu es nu ?

Étant donné qu'il était dos à elle, elle avait une vue parfaite sur son derrière dont elle ne pouvait se mentir, était vraiment bien musclé. Elle dut resserrer des jambes, car elle fut incapable de contrôler ce qui se passait dans toutes ses entrailles.

- Eh bien, je t'ai dit que j'allais m'habiller et tu n'as pas bougé. Donc, j'ai présumé que ça ne te dérangeait pas que je le fasse devant toi.

Jo n'arrivait pas à faire descendre la température de son corps et tenta de trouver une excuse

- Oui enfin tu aurais quand même pu prévenir…

Ce qu'il ne fit absolument pas et se retourna, sans aucune gêne alors qu'il n'avait pas encore mis ses sous-vêtements ni ses vêtements et lui offrit la plus belle vue qu'elle n'avait pas vue depuis bien longtemps.

Jo sentit l'effusion à ses joues et tout le reste de son corps si cela avait une importance. Elle essaya de faire abstraction de ce qu'elle voyait, mais elle savait que jamais elle ne réussirait à se le sortir de la tête. Elle se voyait déjà en train de faire des rêves dépassant l'érotisme, en imaginant le corps d'Henry au-dessus d'elle et lui faisant des choses qui la faisaient rougir rien que d'y penser.

Henry ne la quittait pas du regard et la laissait apprécier le spectacle. L'intensité de ce moment faisait que s'ils en avaient été capables, ils auraient mis le feu à la chambre.

Jo ne pouvait détacher ses yeux de… De ses parties et apparemment, le fait de savoir qu'elle le regardait et appréciait grandement de ce qu'elle voyait, le rendait un peu toute chose à voir la forme qui commençait à monter. Elle dut contre son gré, détourner rapidement les yeux et essayer d'effacer ce qu'elle avait vu, mais elle savait qu'elle allait être perturbée toute la journée.

- Euh… Je… Je vais t'attendre dehors !

Elle quitta rapidement la pièce, mais se prit le mur en sortant.

- Oye !

Elle se frotta le front et Henry dut se faire violence pour ne pas éclater de rire. Jo sortit et s'appuya contre le mur une fois qu'elle fut hors de la chambre et essaya de faire redescendre la température de son corps.

Elle fit des exercices de respiration. Cet homme était en train de l'achever. Si aucun d'eux ne finissait par agir le plus vite possible, elle allait mourir de frustration de ne pas sentir ses mains sur son corps. Ce n'était même plus une envie ni un fantasme, mais carrément un besoin désormais.

Elle se rappela qu'ils allaient avoir une autre intrigue et qu'il fallait qu'elle puisse garder son sang-froid pour le reste de la journée, mais elle savait que cela n'allait pas être une mince affaire.

- Allez, reprends-toi Martinez ! Ce n'est rien que tu n'as pas déjà vu !

Tout du moins, c'est ce dont elle voulait se convaincre, mais elle savait que jamais elle n'avait vu un homme aussi bien bâti, surtout un légiste et qui parvenait à faire vibrer chaque partie de son corps sans même mettre la main sur elle.

Après tant d'émotions, Jo et Henry étaient donc partis ensemble au 11. En voyant leur tête en descendant, Abe avait tenté de leur arracher les vers du nez, mais ni l'un ni l'autre n'avait voulu lui expliquer la situation. Pour une fois, Henry se disait qu'il pouvait garder ce petit secret vis-à-vis de son fils.

Au commissariat, il y avait un certain remue-ménage. Jo et Henry se dirigèrent vers Gates qui tournait devant la salle d'interrogation.

- Sir ! Qu'est-ce qui se passe ? – demanda Jo

Gates tira une longue grimace

- Je ne suis pas très sûre ! Un corps a été trouvé ce matin dans la salle du Beacon Theatre, sur Broadway. Nous avons été prévenus, mais les coroners étaient déjà sur place et ont ramené le corps à l'OCME.

Henry regarda vers l'ascenseur

- A-t-on besoin que je fasse une autopsie ?

Gates acquiesça

- Bien sûr ! Il va falloir qu'on en sache un peu plus sur le pourquoi et comment. Mais voilà le topo, une jeune femme dans un état un peu désorienté s'est présentée et a confessé pour le meurtre. Elle était déjà en salle d'interrogation et ça fait quelques minutes qu'elle parle toute seule.

Elle regarda Jo

- Je pensais que vous et le détective Hanson pourriez éventuellement mener l'interrogation ?

Jo jeta un œil dans la salle et vit une femme d'environ 40 ans qui avait l'air vraiment dans un sale état. Jo ne voyait pas de sang sur ses vêtements ou ses mains et avait un peu de mal à la relier à un meurtre.

- Okay ! Je m'en chargerais, mais on ne peut pas crier au loup trop vite. Seule l'autopsie d'Henry nous dira ce qu'il en est.

Gates croisa les bras

- Je sais bien ! – elle regarda Henry – vous faites ce que vous avez à faire docteur et vous remontez pour nous dire ce que vous avez appris. Martinez, ne tardez pas trop pour interroger cet homme, mais le détective Hanson est aux prises avec un autre problème.

Lorsque Mike avait des problèmes, cela venait souvent de Karen. Elle n'était pas tant surprise, jusqu'à ce qu'ils voient Mike ressortir avec une jeune femme blonde, habillée avec les vêtements de la NYPD. Les mêmes qu'Henry portait après une arrestation pour indécence. Jo et Henry restèrent de marbre et Gates ajouta

- C'était ce dont je voulais parler !

Henry ne voulait pas trop demander, mais cela fut plus fort que lui

- Qu'est-ce qui s'est passé ?

Gates avait lu le dossier d'Henry et était parfaitement consciente des nombreuses arrestations qu'il avait eues au cours des dernières années.

- Elle a été trouvée pour indécence près du East River. Comme vous. Elle n'a pas vraiment réussi à nous donner des excuses, mais apparemment ce n'est pas la première fois non plus.

Jo à qui la jeune femme ne plaisait déjà pas et elle ne pouvait se l'expliquer, demanda alors

- Mais et alors ? En quoi ça nous regarde ? C'est une civile, on lui donne un avertissement et elle repart.

Ce fut Hanson qui répondit à sa question, en la rejoignant, après avoir laissé la jeune femme, assise sur un banc, le temps qu'il se concerte avec ses collègues.

- Elle est arrivée à quelques secondes où notre présumée tueuse s'est présentée pour avouer le meurtre. Elle a insisté en disant qu'elle la connaissait et qu'elle la suivait. Elle nous a dit qu'elle ne voulait pas bouger de ce poste tant qu'elle n'aurait pas plus d'informations sur l'affaire et le pourquoi elle se faisait arrêter.

Jo et Henry regardèrent la jeune femme. Elle croisait des bras et était bien déterminée à ne pas bouger. Henry trouvait qu'elle avait une façon de se tenir qui lui rappelait un peu l'ancienne bourgeoisie.

Ils s'installèrent chacun aux côtés de la jeune femme.

- Bien le bonjour – salua Jo – détective Jo Martinez ! Voici mon partenaire, le docteur Henry Morgan. Notre collègue vient de nous briefer. Il paraît que vous connaissez la présumée tueuse qui vient de se présenter ?

Elle commença à gesticuler dans tous les sens

- Oui ! Et je pense qu'elle a dit juste ce que les gens veulent entendre. Je peux assurer qu'elle ne tuerait personne. Je ne sais même pas pourquoi elle s'est présentée ici.

Henry fronça des sourcils

- Mais il n'y a que l'autopsie qui pourra déterminer si oui ou non elle est coupable.

La jeune femme la regarda comme s'il était insensé.

- Vous êtes docteur, vous ne donnez pas le bénéfice du doute aux patients ?

Henry ne comprit pas et Jo vint à son secours

- Sans offense madame, mais Henry n'est que médecin légiste, ses seuls patients sont des corps…

La jeune femme leva les yeux au ciel

- J'ai bien compris !

Jo n'aimait pas trop son comportement et lui demanda

- Quel est votre nom ?

- Je m'appelle Alice Logan ! Je suis psychiatre et April est ma patiente. Ça fait des années que je la suis. Alors si elle est là, à se faire passer pour quelqu'un d'autre pour un meurtre, je veux aider et essayer de comprendre.

Jo et Henry se regardèrent. Ils ne savaient pas trop quoi dire ni comment procéder. Henry tenta.

- Je... je vais procéder à l'autopsie et nous verrons bien. Mes collègues interrogeront votre patiente pour tenter de soutirer des informations.

Alice croisa ses bras

- Elle va être complètement incohérente dans ce qu'elle dit, mais c'est vous qui voyez.

Elle se leva. Jo lui demanda.

- Où allez-vous ?

- Je ne peux pas rester avec ces vêtements ! Je commence à bien trop les collectionner. Je retourne chez moi me changer, mais je repasserais. Je veux parler à April et je veux comprendre.

Elle disparut dans la cage d'ascenseur. Henry resta perplexe. Il n'avait même pas eu le temps de lui demander la raison pour laquelle elle avait été retrouvée pour indécence près du East River. Il espérait que cela ne faisait pas partie d'une thérapie pour un patient. On connaissait mieux tout de même.

Hanson revint vers eux

- Je vous l'avais dit ! Assez spéciale la nana.

Jo tapota son index contre son menton

- Qu'est-ce qu'on a sur la femme qui a confessé ?

- J'ai lancé une recherche et j'aurais les résultats tout à l'heure.

Henry se disait qu'il fallait vraiment qu'il fasse l'autopsie de toute façon. Il demanda à Hanson.

- Pouvez-vous m'apporter le dossier de la jeune femme une fois que vous l'aurez ?

- Oui ! Vous allez y chercher quelque chose de particulier ?

Henry haussa les épaules

- Je ne sais pas encore ! Je vais d'abord voir ce que le corps m'apporte. A t-on le nom de la victime ?

Ce fut Gates qui les rejoignit, qui répondit

- Aiden Widmiller !

Ce nom n'était pas inconnu à Henry. Tout comme les deux autres.

- Est-ce qu'on parle du Aiden Widmiller dont la famille est aussi riche que tous les gens qui ont pratiquement bâti les édifices de New York ? Dont la proche famille a bâti pas moins de 10 manoirs sur la 5e avenue, il y bien longtemps ?

Gates hocha la tête.

- Oui ! Il fait bien partie de leur famille, mais tout le monde le connaissait surtout comme…

Jo acheva

- Le plus célèbre top modèle du magazine Playboy

Tous les regards se tournèrent vers la jeune fille, qui se sentit mal à l'aise.

- Quoi ? – cria-t-elle plus fort qu'elle n'aurait voulu

Hanson haussa un sourcil

- Ne me dis pas que tu achètes ce magazine ?

- Hey ! Pourquoi nous les femmes on se prend toujours des remarques si on a envie de se faire plaisir aux yeux aussi ? Personne ne vous dit rien quand vous achetez des magazines pornos…

Elle leva les yeux au ciel. Les hommes étaient tous des machos. Gates la suivit sur ce coup.

- Je suis d'accord avec Martinez ! Bref, on n'est pas là pour ça. Faites votre travail et rapportez-moi quelque chose !

- Oui Sir !

Henry regarda les deux détectives

- Je descends faire l'autopsie de ce jeune homme dans ce cas !

Jo approuva

- Et nous ; faut qu'on interroge la madame.

Hanson lui dit

- Commence sans moi ! Je vais voir où en est son dossier. Vu son état, je ne sais même pas si elle sera capable de nous donner des infos.

Chacun se sépara pour se mettre à la tâche qui lui était confiée.

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Henry était donc descendu à la morgue pour faire procéder à l'autopsie d'Aiden. Il vit Lucas qui était devant le corps et avait particulièrement figé.

Il attrapa sa blouse et regarda son assistant avec des yeux ronds

- Et alors, que se passe-t-il Lucas ?

Le jeune homme regarda Henry, en faisant une petite moue

- Je trouve ça triste de savoir comment il a fini. Je veux dire, ce gars était le modèle parfait qui faisait baver toutes les femmes et donnait un goal à nous en tant qu'homme. Il m'a motivé à faire du sport.

Henry haussa un sourcil. Rien qu'à la voir le peu de musculatures de Lucas, il pouvait parfaitement dire que le jeune homme avait bien trop la flemme pour prendre soin de lui de la même manière que ce jeune homme avait bien pu le faire.

Henry fit claquer ses gants et regarda le corps.

- Je veux bien croire qu'il ait été un modèle pour tout le monde, mais quand on a de l'argent et qu'on peut se payer 15 coaches sportifs et surtout qu'on se bourre aux compléments alimentaires qui ne sont pas bons pour le corps, contrairement à ce que tout le monde peut croire… Il est normal d'avoir un tel corps. Je préfère le naturel.

Lucas le regarda sans oser développer le fond de sa pensée

- Évidemment que vous allez dire ça. Vous passez votre temps à nager dans le East River.

Henry se disait qu'il pouvait bien éviter les commentaires déplacés. Il soupira et préféra l'ignorer en commençant à travailler sur le corps.

Il ne remarqua rien de particulier si ce n'est que le jeune homme avait été tué tout simplement par balle. En regardant de plus près avec une loupe, il parvint à localiser les deux balles qui étaient restées coincées dans sa poitrine.

Il interpella Lucas

- Est-ce que je peux avoir le scalpel s'il te plaît ? Mon diagnostic est qu'il a été tué par deux balles dans la poitrine, plus précisément dans l'artère pulmonaire. La première balle ne l'a pas tué directement, elle l'a simplement traversé, il aurait pu avoir de la chance si le tueur n'avait pas appuyé une deuxième fois. La deuxième balle a été fatale, a touché l'artère pulmonaire qui s'est mise à saigner abondamment et en moins de quelques minutes son cœur s'est arrêté.

Lucas trouva ceci particulièrement barbare, mais il se disait qu'ils avaient déjà eu des cas pires que celui-ci, surtout au cours de l'année précédente.

Il prit des notes et regarda son boss

- Donc c'est tout ? Il a été tué par balles ?

Henry le dévisagea

- Ce n'est pas non plus rien ! Crois-moi, se faire tirer dessus n'est vraiment pas plaisant et de sentir la chaleur de la balle dans sa poitrine alors que tu sens ton souffle et tes forces t'abandonner au fur et à mesure… Vraiment, parfois quitte à choisir, il vaudrait peut-être mieux d'autres façons de mourir.

Lucas le regarda bizarrement. Il savait que son boss connaissait beaucoup de choses sur la mort, mais la façon dont il décrivait certaines choses avec tant de précision. Henry se rendit bien compte qu'un jour ou l'autre, tout le monde allait finir par le démasquer. Il fit un sourire ironique, tout en se raclant la gorge.

- Bref ! Ce cher Aiden Widmiller a donc été tué par deux balles dans la poitrine et voilà les petits bijoux. Des balles qui ne pèsent pas moins de 11 grammes.

Il les avait extraites du corps et Lucas amena rapidement un récipient pour les faire analyser.

- Est-ce que cela nous permettra de trouver quel genre d'arme a été utilisé ?

Henry avait vu l'authenticité des balles et seulement quelqu'un qui possédait un permis d'armes pouvait se permettre de les utiliser.

- À mon avis, c'est quelqu'un qui sait ce qu'il fait et qui a l'expérience avec les armes. Elles ne vont pas nous donner le modèle précis, mais plusieurs et il faudra éliminer ce qui paraît le moins cohérent. Je n'ai pas encore d'idées précises, du moins je n'en suis pas totalement convaincu, mais dès qu'on a la liste, je verrais bien si mes doutes sont confirmés et que quelque chose me saute aux yeux. Parce que d'après ce que je vois avec les balles, il semblerait que recharger cette arme prenait un peu de temps donc obligatoirement, la personne qui la possède savait parfaitement bien l'utiliser.

Lucas leva son pouce et trotta jusqu'à l'ascenseur pour amener les balles au labo et les faire analyser. Normalement, cela devait prendre environ toute la matinée donc pour l'instant Henry savait qu'il fallait faire autre chose, par exemple monter et voir comment allait se passer l'interview de Jo avec la présumée coupable.

Henry connaissait un peu la réputation et la richesse de la famille Widmiller et il devait reconnaître que jouer les tops modèles n'avait jamais été en priorité dans leur liste, mais il semblait que les temps changeaient bel et bien, sans pour autant effacer le background historique que tel ou tel ancêtre pouvait posséder.

Il se sentait désolé, le jeune homme devait tout juste avoir 35 ans et naturellement, il ne doutait pas qu'il en avait fait baver plus d'une, mais il avait également pu remarquer à quel point, ce succès lui était sûrement monter à la tête entre toute la prise de médicaments et de compléments qui ne lui avaient pas forcément rendu service.

Perdu dans ses réflexions, il n'entendit pas la voix d'Hanson

- La Terre à Henry !

Il sursauta et vit le détective qui le regardait avec des yeux ronds

- Oui ? Vous avez quelque chose à me demander ?

- Plutôt à vous montrer ! J'ai récupéré le dossier d'April et je pense qu'il vous intéressera assez. Jetez-y un œil, je vais rejoindre Jo. Elle n'a pas encore commencé. Elle ne fait que tourner en rond devant la salle, car elle ne sait pas exactement comment commencer.

Henry ne pouvait pas la blâmer

- Ce n'est pas tous les jours que quelqu'un vient et confesse un meurtre sans aucun problème donc je peux comprendre qu'elle ne sait pas exactement comment s'y prendre. À deux, ça ira beaucoup mieux. Je vous rejoindrais sous peu pour me faire une idée du personnage.

Hanson acquiesça et laissa le doc à ses réflexions. Henry ouvrit le dossier d'April et avant même de lire quel était son problème, son nom de famille le frappa tel un éclair.

April Hadfield.

Il bloqua pendant de nombreuses minutes sur le nom de famille et se replongea 215 ans en arrière.

Juin 1800

Henry n'avait que 21 ans, mais il était déjà jeune médecin. Il avait participé à un long procès dans lequel un certain James Hadfield avait à l'époque tenté de tuer le Roi Georges III. Et ironiquement, cela s'était également passé dans un théâtre, plus précisément le Drury Lane théâtre, en Angleterre. Ce soir-là, Henry assistait à la représentation et il avait vu toute la scène se dérouler sous ses yeux.

Il avait été présent au procès et avait même discuté avec d'autres médecins beaucoup plus expérimentés que lui à l'époque.

La raison était simple. Henry avait du mal à croire qu'un homme de main comme Hadfield aurait pu tenter de tuer quelqu'un d'aussi grand que le roi. Il semblait avoir eu une certaine pathologie, très mal vue à l'époque. Henry n'avait pas eu l'expérience nécessaire, mais les premiers coups d'œil au moment où le coup de feu avait retenti, avait principalement suffi à évaluer le fait que l'homme n'était tout bonnement pas dans son état normal.

Il avait été accusé de haute trahison et à cette époque tout ceci se terminait au bûcher, à la guillotine ou autre. Les juges n'avaient aucune pitié et tout criminel ne bénéficiait pas d'une seconde chance, pas comme actuellement. Le simple fait d'avoir tenté conduisait à un sort pire que la mort (bien sûr qui se terminait fatalement), mais Henry était bien placé pour savoir de quoi il parlait, en tant qu'expert dans le domaine.

Il semblait donc que 215 ans plus tard, la même chose se reproduisait avec l'un des descendants de James. Henry en resta stupéfait. Le nom n'avait pas changé et bizarrement, la patiente était suivie par un psychiatre. Tout se reliait à cette affaire qui était aussi vieille que lui. À la différence près est que cette fois-ci, il y avait vraiment un corps et il ne s'agissait pas d'une tentative. Mais presque tout se ressemblait. April semblait avoir une pathologie, sans doute la même que son ancêtre… Henry savait que lorsque quelqu'un faisait état de schizophrénie, la pathologie pouvait se retrouver une fois sur deux, dépendant des générations. Cela avait dû aller et venir au fil des siècles et ce coup-ci était tombé sur April.

En lisant le dossier, il vit que de nombreux docteurs faisaient état de schizophrénie, démence et psychose, chez la patiente.

Il écarquilla les yeux en gros. Cela faisait un bon diagnostic, même peut-être trop précis. Les patients qui ne prenaient pas leurs médicaments pouvaient se retrouver dans une sorte de transe et n'avoir aucune idée de leurs gestes ou paroles.


Author's note: Le chapitre 4 va être en deux parties comme vous l'aurez compris, donc il se poursuivra dans le chapitre 5 ;).

Je n'ai pas fait exprès de nommer la fille Alice O:) (en réalité, un jour quelqu'un a dit à Alice Evans, la femme d'Ioan Gruffud dans la vraie vie, qu'elle pourrait avoir le rôle parfait en jouant l'immortelle qui viendrait mettre de l'eau dans le gaz entre Jo et Henry et elle était totalement in donc personne m'en voudra ;)

L'affaire Hadfield dont je vais traiter et à laquelle je vais me reférer tout le long des deux parties, m'a été inspirée par une amie à moi, qui m'a envoyé tout le dossier qu'elle a étudié en droit, que j'ai repris en tournant l'affaire qui se passe dans le présent, à ma façon.

PS: j'espère que la petite scène du début vous a plu ;-)