Hello ! Me revoilà avec un nouveau chapitre ! Je pense que le titre doit quand même spoiler ce qui s'y passe… Eh oui, KYUBI ARRIVE ! Ca va saigner x)

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Mais avant ça, passons aux réponses aux reviews !

Hello Yuedra ! Ca fait longtemps que je n'ai pas vu ton pseudo x) J'ai découvert Naruto assez tard moi aussi, fin du collège et début du lycée je pense ? Mais eh, je me suis quand même plongée dans le fandom au point d'écrire une fic dessus DIX ANS APRES, donc bon, ça reste xD Oh mon dieu, j'ai presque l'age de Kakashi dans la partie 1. MON DIEU. Ahem... Pour ce qui est de Tsunami, oui je pense qu'elle va avoir un petit côté inventrice, mais pas autant qu'Elisa Bishop. Et nope, elle ne va pas sauver Minato et Kushina, sorry x) Sinon pour ce qui est de mes fics "Elitha", avec Elisa qui se réincarne dans différents univers... C'est en hiatus x) J'ai pas du tout avancé a fic sur Star Wars j'avoue. Et je m'étais inspirée uniquement des films et un peu de la série "Clone Wars", c'est tout x) Je ne suis pas une grande experte dans ce fandom ! Je vais rester sur des trucs que je connais x)

Salut Rozenn Selwyn et bienvenue à bord ! J'ai découvert les fics SI grâce à Dreaming Of Sunshine, que je recommande mille fois. La totalité des SI que j'ai lu jusqu'à présent étaient en anglais, donc j'apporte un peu de variété avec du français, ah ah x) Non, plus sérieusement, je suis contente que ça t'ai pu et j'espère que tu vas accrocher pour la suite. Ecrire une OC Uchiha promet d'être intéressant, en tous les cas !

Yoooo Aomine59 ! Ah ah ah, on a EXACTEMENT la même idée concernant Itachi : il manque gravement d'initiative, et pour éviter le massacre il aurait suffit de le former à être le Godaime au lieu de saper son identité pour en faire un parfait petit soldat. Sinon pour les invocations de Tsunami je suis justement en train d'y réfléchir, et même si ça serai tentant de faire un putois (TELLEMENT TENTANT) je pense que ça ne va pas être ça. D'ailleurs je ne suis même pas sûre de lui donner une Invocation ! Bref, sinon oui quand j'ai commencé à écrire les premiers chapitres je me suis replongée à fond dans la fandom : j'ai re-regardé des épisodes, épluché le wikia, relu des méta sur Tumblr, la totale. J'ai même fait une chronologie, ce qui n'est pas de la tarte vu que même l'AUTEUR a fait n'importe quoi avec la timeline xDDDD BREF ! Sinon, je n'ai pas regardé Boruto, du tout. Je préfère garder le souvenir de Naruto plutôt que de faire une indigestion avec la suite x)

Coucou Shinlya ! Ca va bien et toi ? Aaaah, le drame de la série Naruto : les combats qui deviennent de plus en plus surpuissant parce que l'auteur ne sait pas écrire autre chose que "le protagoniste est dédaigné parce que plus faible que son ennemi mais il devient plus fort par le pouvoir magique du shonen manga", et à force de devenir plus fort, plus fort, et encore plus fort, bah à la fin Naruto affronte des antagonistes que Kishimoto sort de son chapeau de manière complètement désespérée. Genre : Obito, puis Madara, puis Zetsu, puis Kaguya... Bref. En tous les cas, contente que ça soit un de tes manga coup de coeur, parce qu'il y a vingt chapitre et j'arrête pas de faire du worldbuilding x) J'espère que ça va te plaire !

Salut à nouveau BlancheEner ! Toi tu n'as aucune surprise en lisant x) Sauf que j'ai corrigé les quelques fautes qui restaient ! Mais bref. Et le pseudo Isy-Blanche-Ener, il était pas pris ?

Ooooh Mireillelabeille, encore un pseudo familier ! Contente que ça te plaise x) Moi, je me suis replongée dans le fandom en lisant des fics de mon auteure préférée (en anglais), donc si tu lis l'anglais je te recommande vivement les fics de "blackkat" sur AO3 !

Yep Fleur de Saint Foyer, Tsunami aura le Sharingan... Tu le verras bientôt x) Et effectivement je compte en faire une ninja différente du style classique Uchiha, qui se concentre sur le taijutsu, les shurikens, et l'occasionnelle boule de feu. Non, moi si je suis dans le monde des ninjas, je veux balancer des TORNADES, de la FOUDRE, des RAZ-DE-MAREE ! Bref, ninjutsu. Et je suis fascinée par les sceaux, le fuinjutsu, donc ça va sans doute apparaitre aussi. Enfin bref, voilà, je reprends mes vieilles habitudes : creuser tous les petits trous scénaristiques xD

Merci Lisolus ! Ravie que ça te plaise =) J'ai lu quelques SI qui restaient cramponnés à leur identité d'origine, et comme tu l'as dit, c'est pas vraiment ça que je voulais pour Tsunami. Tsunami est son identité, elle a juste un petit boost de souvenirs. Pas de drama identitaire en vue (enfin, mis à part le fait qu'elle est à moitié Uchiha xD). Elle est une ninja de Konoha, c'est sa vie, et c'est donc entièrement sur ça qu'elle se concentre. Bref. J'espère que la suite te plaira, du coup =)

Yo Gladoo89 ! Yep, Izumi est canoniquement une des victimes du massacre Uchiha (elle est même la première tuée, même si Tsunami ne se souvient pas de ce point de détail, ah ah ah), donc Tsunami a toutes les raisons de flipper. Tu verras comment ça se passe par la suite x) Bref ! Sinon, tu es dans quels fandom ? Fullmetal Alchemist ? Avatar le dernier Maître de l'Air ? RWBY ? Ce sont les autres fandoms dans lequels j'ai commencé à écrire des SI, ah ah xD

Je tremble NessieLochNessMonster xD Mais oui, je vais ESSAYER d'éviter qu'il y ait une énucléation d'Izumi ou de Tsunami, promis xD Mais sinon, euuuh oui j'avais pas noté, mais effectivement mon côté pinailleur me fait faire du worldbuilding à chaque fic que j'écris, donc dès que mes personnages croisent un sujet quelconque... Genre Tsunami qui est en temps de guerre... Bah voilà, elle fait le point. On ne va pas d'action en action sans aucune pause, j'aime planter le décor. En tous les cas je suis contente que ça te plaise et que ça ajoute au réalisme !

Hello, Guest qui n'a pas laissé son nom ! Je réponds à ta review en français car mon espagnol est très mauvais x) Oui, Tsunami et Izumi sont bien à demi-Uchiha, mais ça va être impossible à cacher, et tu vas vite comprendre pourquoi dans ce chapitre ! Mais ne t'inquiète pas, Tsunami ne s'est pas résignée à son sort... Mais elle ne va pas se mettre en danger pour sauver Minato ou Kushina...

Ooooh Zarakaiy c'est donc de là que je me souvenais de ton pseudo ! Désolée, je n'ai plus en tête les gens qui ont commenté EB, ça fait des mois après tout xD En tous les cas, contente que tu te replonge dans l'univers, du coup ! Dis-moi, tu lis des fics en anglais ? Et pour joindre le discord, voici l'invitation (sans les espaces) : discord. gg / DEe4SR6 Je t'ai envoyé une invitation pour qu'on puisse discuter en MP =)

Salut Iyallis ! Tu aurais du laisser ton nom la dernière fois, il est superbe ton pseudo. J'avoue que j'ai un faible pour les noms en "is"... Et tous les pseudos qui ont un peu l'air de sortir d'un bouquin de Pierre Bottero xD Enfin bref ! Je vais aller lire cette fameuse fic, alors x) Pour l'instant j'ai une pile impressionante de fic SI en anglais je me suis en train de dévorer, mais Zachanariel viendra juste après ! Quant à ton idée de projeter Sakura et Shikamaru dans un Modern!AU, ça pourait être pas mal... Je ne lis pas beaucoup de fics où les personnages sont projetés dans notre monde, j'avoue, mon style c'est plutôt l'inverse : s'inviter dans leur monde à eux !

Merci Ulrich Gutierrez =) J'espère que le reste te plaira autant, du coup ! Je prévois une vingtaine de chapitres, et peut-être un bonus (parce que j'aime écrire des "scènes coupées" de mes fics xD).

Coucou Leen Hogwarts ! Oui, Baby Shisuiiiii xD Qui devient ninja à six ans, les ninjas ont AUCUNE loi de protection de l'enfance. Mais bref ! En effet le Kyubi va marquer un tournant dans la vie de Tsunami. Et comme elle ne se souvient plus de certains détails de ses souvenirs-rêves, eh bien, elle a oublié que justement le Kyubi marquait la vie d'Izumi, et pourquoi... Donc ça s'annonce bien xD Sinon oui je pense qu'Orochimaru était toujours dans le village après l'attaque du Kyubi, la chronologie est compliqué mais quand on voit un flash-back de sa désertion, le Sandaime a exactement la même tête que dans le canon, donc c'est post-mort de Minato. Je headcanon que c'est le fait qu'il n'ait même pas été considéré comme Godaime qui a fini de faire craquer Orochimaru : il trempait déjà dans des expériences glauques mais là il est décidé que non, foutu pour foutu les principes de son sensei pouvaient aller se faire voire (il était plus ou moins décidé à déserter sur le moyen-terme). Et sinon oui Orochimaru maîtrise le Fuuton ! Quand il attaque la Team 7 lors de l'examen Chuunin, il ne les attaque quasiment que avec du Fuuton.

Hello Kalwen ! Oooh je suis contente qu'Elisa t'ai inspiré à te lancer dans les SI, alors =) Si tu lis bien l'anglais, je te conseille la fic Dreaming of Sunshine. J'ai l'impression de la recommander à toute le monde mais comme tu dis, les bonnes fics c'est comme le chocolat, il n'y en a jamais assez xD Enfin bref je suis contente que ça te plaise ! J'ai beaucoup hésité à publier cette fic parce que... C'est Naruto quoi. J'ai connu ça au lycée et maînenant j'ai bientôt l'âge de Kakashi. Ca me donne un coup de vieux. Mais eh, l'inspiration a frappé, je ne pouvais que répondre à son appel xD En tous les cas j'espère que la suite te plaira autant !

Bonjour S ! Quel pseudo bref xD Non, pas de romance prévue pour Tsunami dans cette fic. Il y en aura sans doute une de sous-entendue dans les bonus. Car oui, des bonus sont prévus =)

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Voilà voilà… Woah, je ne pensais pas que cette fic aurait autant de succès ! Si ma Bêta arrive à tenir le rythme je publierai un chapitre par semaine, je pense. On se tourne les pouces, enfermés chez nous x)

Je ne vous fait pas attendre plus longtemps : voilà le chapitre !

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Le démon-renard

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La scolarité à l'Académie était à durée variable. Dans l'idéal, en temps de paix, les enfants y entraient à six ans et en sortaient à douze. De façon plus réaliste, ils y entraient à cinq ans et en sortaient à dix ou onze ans. La durée minimum de l'enseignement était de quatre ans et les élèves qui entraient plus tard, vers l'âge de dix ans par exemple, devaient respecter cette durée. Mais des exceptions étaient souvent faites, pour les élèves les plus doués dont on avait besoin pour renflouer les rangs des ninjas tombés au front, les prodiges qui perdaient leur temps à l'Académie, ou ceux qui avaient un apprentissage prévu pour prendre le relai des Chuunin-sensei. Les apprentissages étaient rares, cela dit. Konoha préférait placer ses Genins en équipe. Tsunami n'avait entendu parler que d'une seule Genin diplômée et placée seule sous la tutelle d'un Jounin, et c'était Anko Mitarashi, l'élève d'Orochimaru. Orochimaru n'avait pas encore déserté d'ailleurs, et Tsunami se demandait à quel moment il allait plier bagages. Après la mort du Yondaime ? Pendant son règne ?

Bah, c'était un problème pour un autre jour. Parce qu'elle avait un souci plus urgent : se préparer à l'attaque du Kyūbi.

Elle ne savait même pas par quel bout aborder le problème, alors elle n'était pas sortie du sable.

Si elle avait été Genin… Peut-être aurait-elle pu tenter de s'approcher de Kushina, prétextant vouloir apprendre le Fūinjutsu. Bon, soyons réalistes, ça n'aurait pas vraiment été un prétexte : elle aurait adoré apprendre le Fūinjutsu. Ça avait l'air fascinant. Mais cet apprentissage lui aurait surtout permit de peut-être, éventuellement, suggérer à Kushina d'aller accoucher ailleurs qu'à Konoha. Pourquoi pas dans la dimension des crapauds, hein ? Là, c'était hors de portée d'Obito !

Mais voilà, Tsunami n'était pas une Genin. Rien ne l'empêchait d'aller ramener sa fraise auprès de Kushina ou de Minato, mais comme les élèves de l'Académie n'étaient pas supposés aller se chercher des sensei avant d'être diplômés, les gens trouveraient peut-être son comportement suspect. D'autant plus qu'elle n'avait jamais manifesté d'intérêt pour le Fūinjutsu avant… Et c'était très dangereux d'être jugé suspect dans un village de ninja parano. Crotte.

Elle entrait dans sa troisième année d'études à l'Académie. Et puisqu'elle n'était ni une prodige, ni promise à un apprentissage, ni surdouée en temps de guerre… Elle devrait attendre encore un an minimum avant d'être diplômée. Elle ne pourrait pas devenir Genin en mars prochain. Mais même si elle avait pu être diplômée, et ainsi avoir plus de sept mois pour approcher Kushina ou Minato…. Aurait-elle pu les convaincre ? Elle ne les connaissait pas, sept mois c'était court, elle n'avait n'était qu'une gamine, elle n'était pas supposée savoir que Kushina était une Jinchuuriki, et elle serait probablement surveillée avec beaucoup de suspicion par Kakashi… Non. Elle échouerait probablement à convaincre le couple Namikaze-Uzumaki d'avoir son gamin loin de leur village. Bah, elle s'en doutait un peu. C'était un plan qui avait peu de chances de succès. Les ninjas écoutaient rarement la voix de la raison.

Mais du coup, comment sauver sa famille à elle ?

Tsunami aurait bien voulu sauver tout le monde. Sauver le Yondaime, sauver Kushina, sauver toutes les victimes du démon-renard. Permettre à Naruto de grandir avec sa famille. Mais elle ne pouvait pas. Elle n'en était pas physiquement capable, elle n'en était pas intellectuellement capable. Egoïstement, elle voulait protéger sa famille plus que tout. Elle pleurerait les gens tués dans l'attaque. Elle était terrifiée et se sentait malade à l'idée de laisser ça arriver. Mais sa famille passait avant. Si elle devait choisir entre se heurter avec certitude à un mur en essayant de sauver Konoha, et peut-être se heurter à un mur en sauvant ses parents et sa sœur… Elle choisirait sa famille. Elle choisirait toujours sa famille, et ça n'avait rien à voir avec la logique ou ses chances de succès. C'était juste une vérité absolue : elle allait sauver sa famille, parce que si elle échouait, alors le monde n'aurait plus aucun sens. Elle ne pouvait pas imaginer vivre sans eux.

Peut-être que tu es plus Uchiha que tu ne le penses, lui soufflait une voix narquoise au fond de sa tête.

Yep. Ce n'était pas malsain d'aimer sa famille, mais Tsunami pouvait totalement voir pourquoi les Uchiha avaient une tendance à devenir obsessifs. Et à radoter au sujet de la vengeance. C'était… un équilibre délicat.

Mais voilà : il y avait une attaque de Bijuu qui arrivait et Tsunami ne savait pas comment faire pour prévenir sa famille sans paraître folle ou suspecte, ou comment mettre sa famille à l'abri sans les prévenir. Konoha avait des bunkers sous la montagne, où on évacuait les civils en cas de catastrophe naturelle (ou d'invasion). Mais la maison de Tsunami se trouvait plus prêts de la bordure extérieure du village que de la montagne. Peut-être que s'ils déménageaient chez les Uchiha… Non, les Uchiha étaient en plein milieu du village. Plus près de la montagne, certes, mais aussi plus près de l'endroit où Tobi allait probablement lâcher Kyūbi. D'ailleurs, est-ce que leur district n'était pas entièrement démoli ? Aller chez les Uchiha était une mauvaise idée.

Au moins elle connaissait la date de la catastrophe. Peut-être qu'elle pourrait suggérer une balade au clair de lune, ou quelque chose comme ça, pour emmener tout le monde sur la montagne afin d'admirer la vue ? C'était possible, mais… Est-ce que ça marcherait ?

Elle n'avait pas de bonne solution. Elle n'avait pas de solution à 100% fiable et certaine, et… Ses souvenirs-rêves étaient complètement inutiles face à ce problème. Dans ses souvenirs-rêves, sa famille n'existait pas. Est-ce que ça voulait dire qu'ils étaient tués par le Kyūbi ? Est-ce que leur mort était inéluctable ?

Et bien sûr, elle ne pouvait en parler à personne. Ses souvenirs-rêves étaient son secret. Elle n'avait pas consciemment décidé de garder le silence, mais c'était juste que… Elle avait grandi sans rien dire, et maintenant, il était trop tard pour révéler qu'elle avait connaissance du futur. Ou plutôt d'une version du futur. Il était fort possible que la réalité diverge radicalement du canon, que ce soit grâce à une action de Tsunami ou à cause d'une action indirecte. C'était l'effet papillon. Et ça soulevait tout une myriade d'autres questions… Devait-elle préserver le canon pour connaître l'avenir, ou effectuer des changements au fur et à mesure, au risque de se priver de la fiabilité de ses souvenirs-rêves ?

C'était des questions bien graves pour une gamine qui n'avait pas huit ans. Tsunami se sentait un peu submergée (sans jeu de mot). Elle essayait d'enterrer ces interrogations au fond de son esprit. Elle n'avait pas de réponse. Elle devrait y réfléchir plus tard, quand elle aurait plus de données, plus de moyens, plus de certitudes. Là, pour l'instant, ça lui servait juste à rester éveillée la nuit avec une boule d'angoisse au ventre. Tsunami n'était qu'une enfant. Ce n'était pas sa mission de sauver le monde.

Elle se sentirait juste atrocement mal si elle y échouait.

Heureusement, Tsunami avait d'autres choses pour occuper ses journées. Elle serait devenue cinglée si sa seule occupation avait été de tourner en rond en pensant aux catastrophes à venir. Là, la fillette avait ses amis, sa famille, l'Académie, ses lectures, l'entraînement au taijutsu avec sa mère, et l'entraînement au ninjutsu avec son père. Ses parents ne l'entraînaient pas trop fréquemment, peut-être un ou deux soirs par semaine, mais c'était suffisant. Les semaines passèrent, puis les mois, et le niveau de Tsunami augmenta. En cours de taijutsu, elle commença à lutter avec Yūgao pour la première place.

Les cours à l'Académie étaient plus ardus. On se concentrait beaucoup sur le taijutsu, à présent. Il y avait davantage de courses d'orientation, de tests d'endurances, ou de courses de vitesse. Il fallait que les enfants aient la résistance physique nécessaire pour être ninja, après tout. Les matchs de taijutsu se multiplièrent. Les notes d'Iruka baissèrent, car le combat au corps-à-corps était loin d'être son point fort. En revanche, Tsunami et Yūgao étaient parmi les meilleures. Souvent, elles se retrouvaient face à l'un des deux premiers de la classe : Hiroki Hyuga ou Hideyoshi Uchiha. Ils étaient quasiment impossibles à battre. Ce n'était pas pour rien qu'ils étaient les meilleurs. Oh, ils étaient aussi d'insupportables teigneux qui se prenaient pour les rois du monde, mais ils étaient compétents. En plus, ils avaient l'avantage d'avoir chacun un taijutsu beaucoup plus avancé que ce qui était enseigné à l'Académie…

Le style classique de taijutsu à l'Académie était le style de la Petite Forêt, qui se basait essentiellement sur l'esquive et la défense, et prenait en compte le fait que la plupart des opposants qu'allaient affronter les futurs Genins seraient plus grands qu'eux. Plus les Genins grandissaient et plus on glissait dans leurs cours des mouvements du style de la Grande Forêt, qui était plus ou moins la même chose, mais destiné aux affrontements entre adultes de même taille. Au lieu d'esquiver, les élèves apprenaient à bloquer et contre-attaquer. Cela dit, les différents élèves mêlaient leurs propres styles à ce qui leur était appris. Cela concernait surtout les enfants de clans. Les Hyuga utilisaient le Poing Souple, les Inuzuka avaient des attaques frontales sauvages, les Nara préféraient se tenir hors de portée d'attaque… Chaque clan avait sa signature.

Hiroki Hyuga était impossible à battre parce que, même s'il n'avait pas le droit d'utiliser du chakra dans ses attaques, le Poing souple restait redoutable. Se faire frapper en plein sur les tenketsu, ça faisait mal. Quant à Hideyoshi Uchiha, il avait le style des Uchiha, puissant et précis, et destiné à mettre l'adversaire par terre de façon immédiate. Durant les matchs entre les deux petits prodiges, il était le seul à tenir la distance face au Hyuga. Mais, curieusement, Tsunami s'en sortait mieux face à Hideyoshi que face à Hiroki. Elle mit quelques semaines à s'en rendre compte… Puis, petit à petit, elle comprit pourquoi.

Le taijutsu qu'Hazuki enseignait à sa fille était le taijutsu Uchiha.

Tsunami mit plusieurs mois à le réaliser, parce qu'il lui fallu le temps de comprendre ce qu'elle voyait, et d'analyser le style de combat de ses différents camarades. Ce n'était pas chose aisée. Elle n'était qu'une novice. Mais même ses yeux de débutante pouvaient voir que qu'Hideyoshi Uchiha utilisait les mêmes coups de pieds que sa mère, qu'il avait la même torsion du buste quand il se retournait pour enchaîner avec une autre attaque. C'était un style à part, basé sur des katas longuement mémorisés.

Personne ne semblait l'avoir remarqué. Ou plutôt, des gens l'avaient forcément remarqué (les ninjas avaient des yeux, quand même), mais personne n'avait rien dit. Bon, Tsunami ne s'attendait pas exactement à ce que ce petit crétin d'Hideyoshi vienne la voir, bouffi de suffisance, pour lui demander de quel droit elle osait utiliser le taijutsu de son clan. Oh, il en était capable, mais quand même. Beaucoup de ninjas ayant travaillé avec des Uchiha avaient appris d'eux. Ce n'était pas déraisonnable de penser que les similitudes dans le style d'Hideyoshi Uchiha et dans celui de Tsunami sans-nom-de-famille n'étaient que des coïncidences. Mais… C'était encore un élément qui rapprochait la fille d'Hazuki du clan de sa mère.

Tsunami n'allait pas refuser d'apprendre. Il y avait une limite entre fierté et stupidité. Elle ne voulait pas s'intégrer à un clan qui dénigrait son père, mais elle n'allait pas cracher sur l'apprentissage d'un style de taijutsu qui s'adaptait parfaitement à sa corpulence et sa vitesse. Mais parfois, elle avait envie de fixer sa mère dans les yeux et de lui dire je sais ce que tu fais, et je n'aime pas ça.

Mais de quel droit aurait-elle dit ça à sa maman, qui voulait juste se rapprocher de ses parents ? Hazuki ne faisait de mal à personne. Au contraire. Elle donnait un meilleur apprentissage à Tsunami, et avait permis à Izumi de se faire des amis de son âge. Elle faisait de son mieux. Elle ne pouvait pas savoir que le clan dans lequel elle essayait de les intégrer était condamné.

– Pourquoi les parents de Mama ne t'aiment pas ? demanda un jour Tsunami de but en blanc à son père. Parce que tes parents n'étaient pas de Konoha ?

La question l'avait taraudée depuis que le sujet était venu sur le tapis près de cinq mois plus tôt, quand Hazuki avait revu ses parents. Kaiji dissipa les derniers restes de son Suiton. C'était le Camouflage dans la Brume, un Jutsu de rang C qui avait beaucoup intéressé Tsunami parce qu'elle se souvenait que c'était ce que Zabuza utiliserait dans le futur pour prendre en embuscade la Team 7 au pays des Vagues. Il nécessitait qu'il y ait une grande source d'eau à proximité, et le père et sa fille se trouvaient donc au bord de la rivière Nakano.

– C'est compliqué, finit par dire Kaiji.

Tsunami lui lança un regard mécontent :

– Tu vas me dire que je comprendrais quand je serai plus grande ?

Elle avait horreur de cette expression. Un Chuunin de l'Académie lui avait servi cette réponse une fois, et elle avait feulé comme un chat en colère. Son père laissa échapper un rire bref, et lui ébouriffa les cheveux avec affection.

– Non, soupira-t-il. Je pense que tu peux comprendre. C'est juste compliqué, et qu'il faut que tu le gardes à l'esprit.

Tsunami attendit, les yeux rivés sur lui. Elle savait qu'il allait lui répondre. Son père ne lui cachait jamais la vérité. Tsunami aimait sa mère, et elle adorait sa petite sœur, mais c'était de son Papa qu'elle avait toujours été la plus proche. C'était lui, son rempart, son modèle, la personne à qui elle faisait le plus confiance. Finalement, son père céda, et expliqua :

– Mes grands-parents étaient des civils, tous les quatre. C'était des marchands. Ils voyageaient avec une caravane qui parcourait l'Est du continent. Le pays du Feu, mais aussi le pays des Vagues, et parfois même le pays de l'Eau. Souvent, ils étaient escortés par des ninjas. Parfois des ninjas de Konoha, mais parfois des ninjas d'Uzushio, le village caché qui existait jadis au pays des Vagues. Ils voyageaient tout le temps, alors ma mère est née à Uzushio, et mon père est né quelques mois plus tard à la frontière du pays du Feu. Ils ne sont pas nés à Konoha, et ils ont grandis sur les routes tous les deux.

– Mais ils sont devenus ninjas de Konoha, pointa Tsunami.

– Oui, admit son père. Les conflits se sont multipliés durant leur enfance et au final, la route que la caravane empruntait a cessé d'être sûre. C'était la Deuxième Guerre Ninja. Mes deux grands-pères sont restés avec la caravane pour faire marcher le commerce, mais mes grands-mères se sont installées à Konoha avec leurs enfants. Certains de leurs collègues se sont installés à Konoha aussi. D'autres ont préférés des villes plus grandes, sans ninjas. D'autres encore sont revenus à Uzushio.

Il eut l'air perdu dans ses pensées un instant, puis il secoua la tête et poursuivit :

– Mes parents sont devenus ninjas, pas marchands, et Konoha est devenu leur maison. Je pense qu'ils ont effectué quelques missions au pays des Vagues. Ils avaient des amis à Uzushio. C'était un village allié, c'était acceptable. Mais le fait qu'ils viennent d'ailleurs… Personne ne l'a jamais oublié. Puis Uzushio a été détruit par Kiri, il y a un peu plus de quinze ans, et mes parents en ont conçu une grande amertume. Ils avaient perdu des êtres chers là-bas, et pensaient que Konoha aurait dû les aider. J'avais huit ans, à l'époque, et…. Je me souviens de leur indignation. Par la suite, ça leur a donné la réputation d'aimer un autre village que Konoha et vu qu'on était en train de basculer dans la Troisième Guerre… Ce n'était pas une bonne réputation à avoir.

– Mais ils n'avaient rien fait de mal ! s'indigna Tsunami.

– Je sais, Tsuna-chan. Ce n'était pas juste. Mais une mauvaise réputation, ça peut partir de pas grand-chose.

Il poussa un profond soupir, puis esquissa un sourire un peu faible.

– Mais c'est du passé. Mes parents sont morts tous les deux en mission trois ans plus tard, juste avant que je sois diplômé. Les gens ont eu l'air d'oublier. Puis j'ai rencontré ta mère. Nous étions dans la même équipe de Genins, et quand nous sommes tombés amoureux… Les Uchiha se sont soudain souvenus que mes parents avaient été soupçonnés de sympathies avec Uzushio. Ils ont ressorti ça de l'oubli et en ont fait un scandale. J'étais furieux. Mes parents n'étaient pas déshonorés ou quoi que ce soit, mais à les entendre…

Il grinça des dents, puis sembla se reprendre et continua d'un ton plus calme :

– Je ne sais pas s'ils étaient vraiment à ce point opposé à l'idée que leur fille épouse un fils d'étrangers, ou si c'était juste un prétexte, mais ils se sont montrés odieux. Ils ont séparé notre équipe, ils ont fait en sorte qu'on ne soit jamais affectés aux mêmes missions… Puis ils ont fiancés ta maman à un membre du clan sans le lui dire.

Tsunami lâcha un mot qu'elle n'aurait sûrement pas osé répéter devant sa mère. Kaiji émit un reniflement amusé.

– Oui, c'était sa réaction aussi. Au bout d'un moment, ta mère a pris ses affaires et leur a dit qu'elle en avait assez. Je ne sais pas si elle été déshéritée de façon formelle, mais en tous les cas, elle a disparu de leur vie, et eux de la nôtre. Mais c'était peut-être aussi à cause de la guerre. Kumo est entré dans la danse, Suna s'est trouvé un nouveau Kazekage, Konoha s'est officiellement déclarée en guerre, et ça a été le chaos. Ils n'avaient pas le temps de la chercher.

Il y eut un court silence. Tsunami ruminait ces informations sans savoir quoi en penser. Apparemment Konoha, malgré sa réputation d'être le gentil village, traitait quand même ses ninjas assez mal au moindre écart de conduite. Ses grands-parents en avaient bavé, et pour quoi ? Pour avoir souffert de la perte de leurs amis ? C'était tellement hypocrite. Un peu comme la tragédie de Sakumo Hatake, qui avait privilégié l'esprit d'équipe mis en valeur par Konoha… Et qui avait été ostracisé pour cela au point d'être poussé au suicide.

– Tu ne parles jamais de ça, finit-elle par dire.

Son père haussa les épaules, un peu mal à l'aise :

– Il n'y a pas grand-chose à dire. Ça s'est passé bien avant ta naissance.

Tsunami fronça le nez, pas convaincu. Il y avait des tas d'évènements qui avait eu lieu avant sa naissance mais qui impactaient sa vie. Comme cette histoire digne de Roméo et Juliette, avec les Uchiha dans le rôle des abrutis xénophobes de service.

– Comment ils s'appelaient ? demanda-t-elle soudain. Ton papa et ta maman. Mes grands-parents.

Kaiji lui lança un regard un peu surpris, puis détourna les yeux et se frotta la nuque, l'air embarrassé.

– Ah. Mon père s'appelait Wataru. Ma mère s'appelait Tsunami. Tu es nommée d'après elle. C'est un prénom très courant au pays des Vagues, mais moins au pays du Feu, alors…

Tsunami ouvrit de grands yeux. Elle n'avait jamais su. Elle ne s'était jamais demandé d'où venait son prénom. Pendant un instant, elle essaya d'imaginer cette grand-mère inconnue, condamnée par ses camarades pour le crime de s'être indignée devant une injustice. Tsunami. C'était un prénom fort, un nom de catastrophe naturelle, et soudain elle se sentait humble. Elle espérait lui faire honneur.

Ils n'évoquèrent plus le sujet de ses grands-parents paternels, ou la raison pour laquelle les parents d'Hazuki détestaient tant son mari. Tsunami avait eu les réponses qu'elle désirait. Elle n'osait pas insister davantage. Son père avait répondu sans hésiter, mais ça restait un sujet sensible.

Elle en parla un peu à Izumi, parce que c'était son héritage à elle aussi. Elle lui parla de leurs grands-parents venus d'un pays lointain, de leurs enfants qui avaient donné leur vie pour Konoha, du pays des Vagues, d'Uzushio et de son destin tragique. Evidemment, cela se transforma en leçon d'Histoire impromptue sur les liens entre Uzushio et Konoha, remontant aux liens entre les Uzumaki et les Senju, scellés par le mariage du Shodaime Hokage avec une princesse Uzumaki. Elle évita de s'étaler sur les soupçons qui avaient pesé sur leurs grands-parents après la chute d'Uzushio. Mais voilà, c'était l'histoire d'Izumi aussi, et elle méritait de l'apprendre.

Elles étaient des demi-Uchiha, descendantes de citoyens d'Uzushio. En voilà un mélange pour le moins étrange.

Tsunami n'en parla pas à Iruka et à Yūgao, parce que c'était personnel. Mais ça lui avait donné à réfléchir. Elle mentionna à ses amis qu'elle avait appris que ses grands-parents étaient originaires du même village que Kushina Uzumaki (qui était connue comme une puissante Jounin et l'épouse du Yondaime, pas comme une étrangère), mais pas davantage. Elle se mit à lire des livres sur le pays des Vagues : son histoire, sa géographie, ses ninjas, la destruction d'Uzushio. Les ouvrages qui traitaient de ce dernier sujet étaient rares. C'était un évènement honteux dans l'Histoire de Konoha, un échec, une promesse brisée. Les manuels d'Histoire survolaient ce qui s'était passé avec pudeur, parlant de défaite et de pas grand-chose d'autre. C'était frustrant. Tsunami avait toujours eu soif d'apprendre, et maintenant que cette soif s'était tournée vers Uzushio et qu'elle se trouvait face à une impasse… Eh bien, ça l'énervait.

Le temps passa. Pour son anniversaire, Tsunami demanda à apprendre les bases du Fūinjutsu.

Bien sûr, ses parents n'avaient pas les connexions pour déranger un expert en la matière, qu'il s'agisse du Yondaime, de Kushina, ou de Jiraya. Mais ils firent de leur mieux, et lui achetèrent plusieurs manuels qu'on ne trouvait pas à la bibliothèque. A en juger par le regard aigu qu'Hazuki avait lancé à son époux quand Tsunami avait dit ce qu'elle voulait comme cadeau, et le sourire béat de Kaiji, ses parents devinaient sans peine d'où venait cet intérêt nouveau.

Hazuki poussait ses filles vers les Uchiha, et Tsunami ne pouvait pas l'en décourager : mais elle n'allait pas renoncer pour autant à l'autre moitié de son héritage, étranger à Konoha ou pas. Elle aimait son père de toutes ses forces, et elle était fière de ses origines. Les Uchiha pouvaient faire de ça ce qu'ils voulaient.

oOoOoOo

Le Fūinjutsu était complexe. Il y avait des maths, là-dedans. Personne ne l'avait prévenue. Tsunami se sentait trahie. Elle détestait les maths.

Bon, elle exagérait. Le Fūinjutsu était aussi très fun. Techniquement, on pouvait faire de tout avec ça : stocker des armes, stocker du chakra, stocker des Jutsu, stocker de l'eau ou du feu ou de l'air, créer des poches dimensionnelles, ancrer des genjutsu ou des ninjutsu, créer des barrières plus ou moins complexes… Mais tout ça, c'était complètement hors de sa portée. Oh, en temps et en heure, elle saurait faire ses propres Sceaux de Stockage pour y ranger son matériel (le Sceau de base permettait de transporter quelques kilos de matière et était utilisé pour ranger des kunais, mais Tsunami avait bon espoir de pouvoir un jour sceller une maison entière dans un Sceau). Mais pour l'instant, elle n'en était qu'à ses premiers balbutiements de Fūinjutsu, et elle avançait lentement.

Cela dit, elle s'amusait, parce que… Chez les ninjas, les premiers balbutiements du Fūinjutsu, c'était les notes explosives.

Kaboom !

En un sens, c'était logique. C'était basique, c'était extrêmement utile, et même les gamins savaient à peu près comment les utiliser. Enfin, Tsunami et sa classe commençaient tout juste à utiliser les notes explosives et les kunais en combats, donc bon, son expertise était limitée, mais voilà. Théoriquement, elle savait. Et donc il était tout à fait logique d'apprendre à les fabriquer. C'était un outil ninja extrêmement courant, après tout… Et mieux valait commencer tôt, non ?

Iruka et Yūgao trouvaient ça absolument génial. Car évidemment, Tsunami ne fabriquait pas ses notes explosives dans son coin, non. Elle avait emmené tous ses bouquins et avait immédiatement impliqué ses deux meilleurs amis là-dedans. Iruka s'avérait extrêmement doué pour le côté mathématique de la chose. Quant à Yūgao, elle était douée en tout, et saisit très vite le concept. A eux trois, ils avançaient bien plus vite que si Tsunami avait essayé d'apprendre tout ça toute seule. Ils réfléchissaient, ils échangeaient des idées, ils vérifiaient le travail les uns des autres, ils se corrigeaient mutuellement. Très vite, ils maîtrisèrent la matrice de base utilisée pour les notes explosives standards de Konoha. Cela dit, ça leur paru vite insuffisant. La puissance de l'explosion était variable, mais pas beaucoup. Et, comme Tsunami l'exposa à ses complices d'un air joyeux presque inquiétant, ça serait beaucoup plus marrant d'introduire de la variété dans leurs explosifs.

– Qu'est-ce que tu veux dire par variété ? fit Iruka avec méfiance.

– Mettre des clous et du shrapnel dedans ? lâcha Yūgao avec intérêt.

Tsunami et Iruka marquèrent tous les deux un temps d'arrêt et se tournèrent vers leur amie. Yūgao cligna innocemment des yeux :

– Bah quoi ? Ça serait varié. Et efficace.

En plus, elle avait raison. Tsunami garda l'idée dans un coin de sa tête, et fit aussi une petite note mentale de ne pas sous-estimer le sang-froid de Yūgao.

– Je pensais plutôt à faire des explosions avec des bruits perçants pour assourdir les gens, ou avec des flashs intenses pour les aveugler. Ou des notes explosives fumigènes. Ou des notes explosives qu'on pourrait utiliser dans des blagues, avec de la fumée qui pue, par exemple.

Un large sourire illumina le visage d'Iruka :

– Ou de la glue. Ou des paillettes !

– Ou les deux, pointa Tsunami.

Ils échangèrent un sourire ravi. Yūgao croisa les bras, l'air amusée :

– Ok, ça m'intéresse. Mais je veux aussi voir si on peut faire une note explosive avec du shrapnel !

Cette année-là, l'Académie fut donc le théâtre d'un certain nombre d'explosions, le temps que le trio de jeunes délinquants se familiarise avec cette nouvelle arme. Inventer le flash-bang et la grenade assourdissante leur prit quasiment six mois, mais les explosifs à glue, les explosifs à paillettes, et les explosifs à shrapnels furent nettement plus rapide. Il suffisait de combiner un sceau de stockage basique avec le déclencheur d'une note explosive standard, et voilà ! Mission accomplie !

Plus d'une fois, cela dit, il y eut des accidents. Iruka se brûla les mains à deux reprises, Yūgao s'aveugla accidentellement avec leurs trois premiers prototypes de flash-bang, et Tsunami mit le feu à ses cheveux en mettant au point (comble du comble) une bombe à paillettes défectueuse. Rien de grave… Iruka se fit engueuler par ses parents mais ne fut pas puni. Yūgao parvint à dissimuler sa cécité temporaire pendant une heure entière de cours à chaque fois, avec plus ou moins de succès. Quant à Tsunami, elle du se couper les cheveux et décida de faire large. Avant, ses cheveux lui atteignaient presque le milieu du dos. Mais au moins vingt centimètres étaient carbonisés, et elle n'avait pas envie de juste couper la partie abimée. Autant changer de style. Elle se coupa les cheveux en un carré, court et plus ou moins régulier.

Avec sa raie sur le côté, et ses cheveux lisses qui devenaient rebelles au niveau des pointes… En se regardant dans le miroir, elle se trouvait une ressemblance frappante avec Sarada Uchiha. Sarada Uchiha, mais avec un front normal, des yeux marrons en amande, et un grain de beauté sur la pommette. Sinon… Elle avait un visage rond, des longs cils, et exactement la même coupe de cheveux… Enfin, pour ce qu'elle se souvenait de ce personnage. Dans sa vie précédente, Tsunami était morte peu de temps après la fin du manga Naruto, et elle n'était donc pas très familière avec les enfants de la génération suivante.

Sa mère fut horrifiée qu'elle ait coupé ses beaux cheveux, mais son père se contenta d'en rire. Quant à Izumi, il fallut l'empêcher de prendre un kunai pour se faire immédiatement la même coupe.

Le trio infernal (comme les avait surnommés une poignée de Chuunins de l'Académie) ne passait cependant pas tout son temps à faire exploser des trucs. Ils travaillaient dur. Ils commençaient à faire de vrais combats, avec des kunais, des shurikens, et des notes explosives. On leur apprenait à manier toute une variété d'armes, pour qu'ils ne soient pas pris au dépourvu si jamais ils se retrouvaient avec un katana ou une hache dans les mains. Les enfants de clans étaient encouragés à commencer à utiliser leurs techniques durant les différents affrontements. Hiroki Hyuga ne s'en privait pas, et absolument tout le monde évitait de faire face à son Poing Souple. Les Nara utilisaient la Capture d'Ombre, les Yamanaka pouvaient mettre K. O. un ennemi avec une attaque mentale, les Aburame de leur classe avaient assez d'insectes pour sérieusement drainer une cible de son chakra… Bref, les gamins sans clan devaient rester unis pour faire front. Lors des combats en équipe, c'était souvent ça qui les sauvait.

L'Académie continuait à donner des leçons théoriques, au grand désespoir de Tsunami qui s'y ennuyait ferme. Des cours sur les pays voisins, des cours sur les différentes stratégies d'infiltration, des cours sur les formations d'escorte à mémoriser… On leur donnait parfois des dissertations à faire, pour travailler leur calligraphie. Bon, ça restait des dissertations ninja, du type « dans une équipe de quatre, vous compris, vous savez qu'il y a un espion ennemi. L'un de vos coéquipiers vous prend à part et vous dit qu'il l'a remarqué également. Il pense que c'est votre deuxième partenaire, qui regarde fréquemment en arrière et avance lentement, ralentissant le groupe. Vous remarquez que votre troisième coéquipier est parfaitement silencieux et vous observe. Que faites-vous ? »

Ce n'était pas vraiment une dissertation, c'était plutôt un roman de fiction. Il fallait détailler chaque scénario possible. Plus c'était sinistre, mieux c'était. Est-ce qu'il était possible que le type qui regardait derrière lui soit justifié dans son comportement ? Si oui, est-ce que c'était le deuxième coéquipier l'espion, qui essayait de faire tomber les soupçons sur quelqu'un d'autre ? Est-ce que le dernier ninja avait une attitude suspicieuse ? Blablabla. C'était bon pour faire travailler son imagination, mais Tsunami pouvait imaginer une demi-douzaine de trucs plus constructifs à faire avec son temps. Comme des notes explosives.

Mais elle ne se plaignait pas (ou du moins, pas trop). Après tout, si elle s'ennuyait, elle avait toujours de la lecture dans son sac. Les semaines passèrent, puis les mois. La fin de l'année scolaire approchait et, sans la guerre pesant comme une épée de Damoclès au-dessus de sa tête, Tsunami réalisa qu'elle avait finalement assez hâte d'être Genin. Elle aimait bien l'Académie, mais elle avait envie de faire quelque chose de constructif, de rencontrer d'autres gens, de progresser différemment. Elle était l'une des meilleures de sa classe. Si la guerre avait toujours été en cours, si Konoha avait désespérément eu besoin de soldats… Elle savait qu'elle (et sans doute Yūgao, Hiroki et Hideyoshi) aurait été avancée d'une classe à la rentrée suivante. Ils auraient peut-être même été diplômés. Mais à présent que la paix était revenue, le Yondaime avait mis le holà sur le fait de nommer des Genins ayant encore leurs dents de lait. Après avoir perdu deux de ses élèves, et vu le troisième durablement traumatisé, Minato voulait sans doute préserver leur innocence.

C'était bien. C'était généreux, c'était logique, c'était sensé. En prime, ça faisait sans doute grincer des dents Danzō, donc c'était tout bonus. Mais Tsunami rêvait quand même de son diplôme. Oh, elle avait sans doute une vue de la vie de ninja beaucoup plus réaliste que ses camarades. Elle savait qu'elle allait devenir enfant-soldat, tueuse d'élite, assassin sans honneur. Mais l'Académie les désensibilisait à la violence, en douceur, et Tsunami s'était faite à l'idée. Même si elle ne perdait pas de vue ce que ça impliquait, elle pensait aussi à ce que la vie de ninja offrait. L'aventure, le pouvoir, l'appartenance à un groupe, la chance de façonner le monde.

A la fin de l'année, on n'offrit pas à leur classe la possibilité de passer le test final. C'était désormais réservé aux élèves ayant dix ans minimum. Yūgao et Tsunami l'aurait pourtant passé sans problème. Iruka aurait eu plus de mal, mais… Lui aussi désirait ardemment être un ninja. Alors le dernier jour des cours, sans avoir à se concerter, le trio infernal se retrouva à la sortie, à observer avec avidité les nouveaux diplômés.

Elle en reconnut plusieurs, à sa grande surprise. Il y avait deux garçons qui, elle en était quasiment sûre, allaient devenir les « éternels Chuunins » Kotetsu Hagane et Izumo Kamizuki. Ils faisaient partie des plus grands, et devaient avoir douze ans. Il y avait aussi un garçon portant son bandeau ninja sous forme d'un bandana, et qui avait un sabre sanglé dans le dos… Ça devait être Hayate Gekkō, un ninja qui (dans le canon) se faisait tuer lors de l'invasion des examens Chuunin, et qui était surtout le futur petit-ami de Yūgao. Tsunami jeta un regard en biais à son amie, mais elle n'avait pas l'air de regarder Hayate. Elle ne l'avait sans doute pas encore rencontré. Peut-être que ça se produirait plus tard, quand Yūgao serait devenue une experte en kenjutsu et qu'elle chercherait des partenaires d'entraînement…

Tsunami se demandait comment allait être constitué leurs équipes. Normalement, trois Genins nouvellement diplômés étaient placés sous la tutelle d'un Jounin-sensei. Mais avec la guerre récente, beaucoup de Genins s'étaient vu nommés Chuunins et réaffectés ailleurs. Il y avait des équipes morcelées ou incomplètes un peu partout. Il manquait également de Jounins. Tous ceux qui étaient disponibles avaient déjà des élèves. Il n'y avait personne pour prendre trois petits newbies sous son aile. Tsunami savait que l'année dernière, juste après la fin de la guerre, il n'y avait pas eu d'équipes de novices. Les nouveaux Genins avaient juste été réaffectés aux équipes à qui il manquait une personne. Les Chuunin-sensei en avaient discuté dans les couloirs de l'Académie, inquiets de ce changement. A présent, une année complète était passée en temps de paix, mais on manquait toujours de Jounins. Est-ce que le système de l'année dernière allait être conservé ? Et l'année prochaine, comment ça allait se passer ?

Car l'année prochaine, ça serait l'année où elle serait nommée Genin. Elle en était persuadée. Elle pouvait faire le test final les doigts dans le nez. La plupart des enfants de sa classe auraient dix ou onze ans, et on leur proposerait donc de passer le diplôme. Ce serait optionnel, bien sûr, et la plupart d'entre eux passeraient encore un ou deux ans à l'Académie… Mais, sans avoir besoin de se concerter, Tsunami savait qu'elle et Yūgao allaient passer l'examen final. Iruka, peut-être pas : mais elles, c'était certain.

– Ce sera bientôt nous, dit Yūgao comme si elle avait deviné les pensées de Tsunami.

– Peut-être qu'on sera tous les trois dans la même équipe ! fit Iruka avec espoir.

– Peu de chances, grimaça Tsunami.

Iruka eut l'air offensé :

– Ah oui ? Pourquoi ?

– Parce qu'il y a toujours deux garçons et une fille dans les équipes de Genins, lâcha Yūgao. Vu le ratio de filles et de garçons qui terminent l'Académie, c'est logique.

Tsunami sourit largement :

– Je pensais surtout qu'aucun sensei ne va vouloir du trio infernal au complet. A moins que ce soit un expert en démolition, bien sûr.

Iruka, qui avait fait exploser une note explosive pleine de glue pas plus tard que ce matin sur le siège de leur Chuunin-sensei, eut le bon goût de prendre un air penaud. Yūgao éclata de rire, puis bondit sur ses pieds, les yeux brillants.

– Allez, on joue au tag ninja ? Chacun prend une couleur de notes explosives à paillettes, on reste dans le parc, et pas de quartier. Le plus coloré a perdu !

Ce soir-là, Tsunami rentra chez elle couverte de la tête aux pieds de paillettes vertes et violettes, mais elle souriait jusqu'aux oreilles.

Les semaines passèrent. Tsunami continuait à lire, dévorant tous les bouquins qui lui passaient entre les mains. Fūinjutsu, ninjutsu, légendes de Konoha, manuels d'entretien des armes, récits historiques, tout était bon à prendre. Son père parti en mission durant plusieurs semaines, suspendant son entraînement au ninjutsu, et elle continua à s'exercer seule. Elle maîtrisait plusieurs Raiton et Suiton de rang C à présent, et elle avait bien envie de tenter un rang B. Mais bon, un Jutsu de rang B, c'était dangereux. Elle préférait faire ça avec une supervision adulte.

Les semaines passèrent. Ce fut le début de la nouvelle rentrée à l'Académie. La classe d'Izumi doubla de volume, tous les clans y inscrivants leurs enfants âgés de six ans. Dans le lot, il y avait quatre petits Uchiha…

… Et parmi eux se trouvait un petit garçon nommé Itachi.

Tsunami faillit s'étrangler avec son thé quand Izumi le mentionna. C'était comme un seau d'eau froide dans la figure, un rappel immédiat du massacre qui allait bientôt arriver. Itachi avait six ans actuellement, il massacrait le clan quand il en avait treize, ça voulait dire que Tsunami n'avait que sept ans pour mettre sa famille le plus à l'abri possible des conspirations des Uchiha. Et ça allait s'avérer difficile, parce qu'elle découvrit avec une certaine horreur qu'Izumi connaissait Itachi et qu'elle l'aimait bien. Sa sœur n'avait vraiment aucun goût ! Apparemment il faisait partie des enfants Uchiha qu'elle avait rencontré au parc l'année dernière, même si Itachi ne faisait souvent que croiser leur chemin, et ne jouait jamais avec eux parce qu'il préférait s'entraîner. Et Izumi le trouvait charmant. Elle pensait qu'il était cool et gentil et elle n'avait absolument aucun goût en matière d'homme, apparemment !

Tsunami n'avait jamais rencontré le gamin, donc elle ne pouvait pas dire qu'il était louche. Mais durant les jours suivants, à l'heure de la récréation, elle alla se percher dans un arbre qui surplombait la cour des plus jeunes élèves, passa trente minutes à fixer Itachi comme si elle espérait qu'il prenne feu par le seul pouvoir de sa volonté.

Il était mignon, elle devait l'avouer. Absolument pas souriant, et silencieux au point que ça en soit inquiétant (surtout au milieu d'une quarantaine de gamins braillards), mais tout à fait adorable avec sa bouille ronde et son regard sérieux. Il devina sa présence de façon quasi-immédiate, ce qui signifiait qu'il était observateur. Oui, si elle l'avait rencontré sans préjugés, Tsunami l'aurait trouvé mignon. Mais voilà, il était a) destiné à massacrer sa famille, et b) l'objet du premier béguin de sa petite sœur. Ça faisait de lui un ennemi.

Yūgao et Iruka trouvèrent ça très drôle, quand elle leur expliqua (du moins, la partie sur Izumi : elle ne pouvait pas vraiment leur exposer l'autre raison de son antipathie…). Tsunami était contente qu'il y ait au moins quelqu'un qui s'amuse, parce qu'elle, elle ne trouvait pas ça très marrant. Ce petit abruti n'avait même pas la décence d'être mis mal à l'aise par son regard incendiaire. Sale mouflet.

Elle ne dit pas à Izumi qu'elle n'avait pas intérêt approcher d'Itachi. Izumi était adorable, vraiment, mais ça restait sa petite sœur, et si on lui interdisait d'approcher de quelqu'un, surtout sans raison valable… Eh bien elle allait coller à cette personne comme du fromage fondu. Non, c'était sans espoir. Tsunami se contenta de poignarder son bol de riz avec ses baguettes à chaque fois qu'il était mentionné à table, ne faisant pas mystère de son dédain pour le petit Itachi. Mais à son grand regret, ça ne fonctionna pas. Izumi trouvait toujours Itachi charmant. Urgh.

Dieu merci, Izumi n'était pas une fangirl comme le seraient plus tard Ino ou Sakura. Elle se contentait de s'asseoir à côté de lui en classe, de lui parler avec enthousiasme, et de lui proposer de se joindre aux jeux des autres enfants. Apparemment, elle n'avait pas noté l'indifférence d'Itachi. L'amour rendait aveugle…

Est-ce que, dans le canon, Itachi n'avait pas eu une copine nommée Izumi ? Tsunami avait oublié les détails, mais ça lui donnait un mauvais pressentiment. Il y avait eu une Uchiha Izumi… Une fille de son âge avec de longs cheveux châtain, qu'il avait tué lui-même… Ou que Tobi avait tué, peut-être, elle ne savait plus… En tous les cas, elle avait existé. Est-ce que c'était sa petite sœur ? Est-ce que c'était ça, le point qui reliait la famille de Tsunami au canon : l'existence d'Izumi, vouée à n'être qu'un détail dans la vie d'Itachi, vouée à mourir avec le reste de son clan ?

Non, Tsunami refusait que ça soit vrai. Elle refusait que sa petite sœur soit réduite à ça, que sa famille soit réduite à un point de détail dans la backstory tragique d'Itachi le meurtrier. Elle refusait.

Le temps passa. Tsunami et Yūgao étaient les meilleures élèves de leur classe. A l'Académie, on commençait à avoir des entraînements plus spécialisés. Yūgao eut droit à des leçons de kenjutsu. Les élèves furent testés pour savoir qui avait des talents de ninja sensoriels, et Tsunami se distingua par sa capacité à sentir le chakra avec beaucoup de précision. Hideyoshi Uchiha et Hiroki Hyuga se battirent comme des chiffonniers au sujet d'une broutille. Yūgao et Tsunami commencèrent à réfléchir au genre d'équipe qu'elles auraient. Yūgao apprit à Tsunami et Iruka quelques passes de kenjutsu. Iruka apprit aux filles quelques pièges à bases de fils d'acier et de notes explosives. Tsunami leur apprit à tous les deux une poignée de Jutsu de rang D. La routine. Puis les semaines devinrent des mois. Kaiji revint de mission, et se remit à entraîner sa fille au ninjutsu. Izumi continua à passer du temps avec Itachi, et Tsunami continua à lui jeter des regards noirs.

L'été vint. Tsunami fêta ses neuf ans.

Il ne lui restait plus que trois mois avant l'attaque du Kyūbi, et elle n'avait toujours aucune idée de comment faire pour sauver sa famille.

Peut-être devrait-elle s'arranger pour qu'ils restent au côté de gens dont elle était certaine de la survie. Yūgao survivait, et Iruka aussi : peut-être qu'elle pourrait proposer de les inviter, ou aller chez eux… Mais non, c'était un plan stupide. Ils n'étaient plus protégés par le scénario du canon si elle changeait le scénario en question. C'était l'effet papillon. Peut-être que Yūgao survivait justement parce qu'elle était allée faire les courses ce soir-là, qui sait. Si Tsunami changeait les plans de son amie, elle changeait ses chances de survie. Elle ne pouvait pas prendre ce risque.

Elle n'avait pas de plan. Elle commençait à comprendre qu'elle n'en trouverait pas. Pas à temps.

En désespoir de cause, elle se mit à mémoriser le chemin menant de sa maison aux bunkers. Le plus proche, mais aussi le suivant, et le troisième, et celui d'après. C'était le seul endroit où elle pourrait mener ses parents, quand l'alerte sonnerait. Car il fallait se rendre à l'évidence : elle ne pourrait pas les mettre en sécurité avant. Elle n'était qu'une enfant et ses parents ne l'écouteraient pas si elle essayait de leur faire passer la nuit loin de Konoha. Ou pire, ils trouveraient ça suspect… Et on ne pouvait pas se permettre d'avoir l'air suspect dans un village ninja. Non, Tsunami n'avait pas d'autre option que d'attendre et d'espérer passer au travers les mailles du filet. Elle resterait éveillée toute la nuit, et au moindre soupçon de chakra démoniaque, elle partirait comme une fusée dans un bunker en traînant toute sa famille derrière elle. Elle était une ninja sensorielle, l'Académie le savait, elle s'en était vantée auprès de ses parents : ils la croiraient si elle criait qu'il fallait se mettre à l'abri.

Le temps semblait lui glisser entre les doigts. Une semaine, deux, trois… L'été s'acheva. Personne n'avait conscience de la catastrophe qui s'approchait à vitesse grand V. Tsunami croisa Kushina Uzumaki dans la rue, avec son ventre gigantesque et le visage rayonnant de bonheur : et elle sentit sa gorge se nouer. Tu vas mourir, aurait-elle voulu lui dire. Tellement de gens vont mourir, et personne se sera prêt. Mais elle resta silencieuse. Qui comprendrait ? Elle avait pris la décision de garder le secret depuis longtemps. Elle ne pouvait prévenir personne.

Le mois de septembre vint puis, trop vite, s'en alla. Tsunami avait du mal à dormir. Ses amis avaient remarqué son anxiété, sans qu'elle soit capable de leur expliquer pourquoi elle avait des insomnies et était si nerveuse en classe. Ses notes avaient commencé à chuter légèrement. Pas de façon dramatique (elle restait parmi les meilleurs), mais assez pour qu'elle perde une ou deux places dans le classement. Ses parents s'en inquiétèrent. Elle eut envie de leur rire au nez. Qui pouvait penser à ses notes scolaires alors qu'ils étaient à deux doigts d'une attaque dé démon ?!

Tsunami avait peur, et elle n'était pas préparée, mais elle pensait savoir ce qui l'attendait. Contrairement au reste du village, elle ne serait pas prise au dépourvu. Elle ne paniquerait pas. Elle saurait agir. Elle pensait être aussi prête que possible. Malgré toute son angoisse, elle pensait savoir ce qui l'attendait…

Elle avait tort.

oOoOoOo

La nuit du dix octobre, Tsunami était restée éveillée. Elle ne s'était pas mise en pyjama. Habillée, prête, elle faisait mine de lire un livre tout en guettant anxieusement par sa fenêtre. Elle entendait ses parents parler dans le salon, et elle sentait le chakra de sa sœur qui s'assoupissait dans son lit. Tout était paisible. Tsunami était si tendue qu'elle pensait que ça serait presque un soulagement de voir la catastrophe arriver, mettant fin à cette torture. Elle pensait que le chakra du Kyūbi serait reconnaissable, qu'elle le sentirait à distance, et elle avait tendu tous ses talents de ninja sensoriel…

Ce fut comme d'être renversée par un camion.

D'un coup, sans crier gare, le chakra du Kyūbi était là, immense et écrasant. C'était brûlant, gigantesque, inhumain, impossible à appréhender, c'était trop. Elle ne pouvait plus respirer, le souffle coupé. Elle émit un faible hoquet d'horreur, son livre lui glissant des mains. Le volume tomba sur le sol avec un bruit sourd. L'instant semblait s'étirer à l'infini, comme si tout bougeait au ralenti, le chakra du Kyūbi rendait l'air aussi épais que de la mélasse. Dans le salon, le murmure de la conversation de ses parents s'arrêta. Elle entendit sa mère appeler son nom d'un ton interrogatif.

Au même instant, un rugissement assourdissant déchira la nuit.

Le temps reprit son cours comme un élastique qui claque pour reprendre sa forme. Sa mère fit irruption dans sa chambre, blême, et Tsunami leva un regard horrifié vers elle. Son esprit était vide, d'un coup, et il lui fallut une seconde entière pour balbutier :

– Les bunkers. On doit aller aux bunkers…

L'alarme sonna. Dans la confusion, Tsunami n'arriva pas à se rappeler comment ils étaient sortis, mais toute sa famille se retrouva dans la rue, à courir vers le plus proche abri. Izumi pleurait, de gros sanglots terrifiés qui secouaient tout son corps. Dans la rue, une poignée d'autres personnes sortaient de chez elles, certaines terrifiées, d'autres vaguement perplexes, n'ayant pas encore saisi ce qui se passait. Tsunami leva les yeux en courant, et failli trébucher sur ses propres pieds.

Le Kyūbi était gigantesque. Plus grand que la falaise qui dominait le village. Et il semblait si près… ! D'un grand coup de patte furieux, il frappa le sol et Tsunami vit des maisons s'envoler. C'était à peut-être dix rues d'ici, et ils n'étaient même pas sur la trajectoire des gravats, mais des débits plurent sur eux. Ce fut la panique. Les gens se mirent à hurler. Les ordres des ninjas se mêlaient aux cris terrifiés des civils, aux pleurs des enfants. Et en bruit de fond, si puissant que Tsunami sentit le son résonner dans tout son squelette, le Kyūbi rugit de fureur. Elle trébucha, poussée en avant par quelqu'un, et se retrouva noyée dans la foule. Elle avait perdu de vue ses parents. Elle courait sans savoir où, aveuglée par une peur viscérale, animale, la terreur d'une proie confrontée au plus grand prédateur de tous les temps. Ce n'était pas la taille du Kyūbi qui le rendait si terrifiant, c'était son chakra. Un ninja pouvait figer un ennemi en projetant ses intentions meurtrières dans son chakra, c'était une théorie que tout le monde connaissait : mais là, ce n'était pas un ninja ennemi, ce n'était pas un être humain, c'était une force de la nature déchaînée et emplie de haine. Son chakra roulait comme des flammes, c'était comme d'être au milieu d'une explosion solaire, c'était aveuglant, assourdissant. Son chakra rempli de rage meurtrière noyait les alentours. Tsunami courrait en aveugle, poussée en avant par une terreur animale, mais personne ne pouvait y échapper.

Où étaient ses parents ? Où était Izumi ? Elle joua des coudes, essayant de se dégager de la foule qui l'entraînait, ses mouvements rendus maladroits par la peur. Où étaient-ils tous ?! Elle les avait perdus, elle était supposée les protéger, elle était supposée… !

Soudain, il y eut une déflagration et Tsunami fut projetée en arrière. Elle roula, se releva, se figea. A une trentaine de mètres devant elle était passé quelque chose qui avait tout pulvérisé sur son passage, creusant un sillon fumant de vingt mètres de large presque jusqu'à l'enceinte du village. Il y avait des cadavres dans la rue, fracassés au sol par la force de l'explosion, ou projetés en l'air et empalés sur des débris de poutres et de tiges métalliques. Des gens hurlaient. Les oreilles de Tsunami sifflaient et elle vacilla, sonnée. Elle fit demi-tour et réalisa avec un choc que toute la rue derrière elle avait été soufflée par une gigantesque explosion. Des arbres et morceaux de maisons jonchaient le sol comme les jouets fracassés d'un géant, tout était ravagé. Il y avait des corps partout, des morceaux de corps, des blessés, des gens qui pleuraient, des gens qui hurlaient. Tsunami tangua sur ses jambes. Le bunker. Elle devait rejoindre le bunker, où était…

Il y eut un sifflement et elle vit les restes d'un immeuble voler dans les airs, comme un verre qu'un ivrogne aurait balayé d'un geste mécontent. Elle se mit à courir, tanguant sur ses jambes tremblantes. Le bâtiment arraché s'écrasa sur sa droite, et elle sentit le choc faire trembler la terre. Le nuage de poussière soulevé par le choc s'engouffra dans la rue comme une avalanche : instinctivement, elle se jeta derrière un mur, laissant le souffle de l'impact passer à côté d'elle en rugissant. Elle ne savait plus où elle était. Tout le paysage était ravagé. Les immeubles familiers avaient déjà disparus, arrachés ou détruits. Combien de temps était passé depuis que le Kyūbi était apparu, une minute ? Deux ? Dix ?

Les gens hurlaient. Une foule paniquée courait dans la rue voisine. Il y avait des gens qui appelaient à l'aide, d'autres qui appelaient avec désespoir le nom de leurs proches, d'autres qui criaient simplement de terreur. Puis il y eut un autre impact gigantesque, qui fit vibrer le sol si violemment que Tsunami tomba par terre, et tous les cris se turent d'un coup. Le Kyūbi rugit de nouveau. C'était si proche que les dents de Tsunami claquèrent avec la puissance des vibrations.

Il faut que je bouge, pensa-t-elle éperdument. Si je reste ici je suis morte. Il faut que je bouge, il faut que je bouge, il faut que je bouge bouge bouge bouge… !

Mais il lui semblait que son corps ne lui obéissait plus. Tous ses muscles étaient pétrifiés. Elle tremblait, elle respirait à petit coups comme un animal acculé, et elle sentait les larmes ruisseler sur ses joues en traçant deux sillons dans la poussière qui recouvrait son visage, mais elle n'arrivait pas à bouger. Elle était trop terrifiée. Une partie primitive de son cerveau avait pris les commandes et priait pour qu'en ne bougeant pas, le prédateur ne la tue pas, qu'il passe à côté, qu'il continue se route. Mais Tsunami savait que ça ne marchait pas comme ça : elle savait que le Kyūbi n'allait pas s'arrêter avant d'avoir réduit en purée tout le village, et il fallait qu'elle bouge, il fallait qu'elle parte d'ici !

Bouge bouge BOUGE BOUGE… !

Soudain il y eut du mouvement au dessus d'elle. Elle leva les yeux et, par-dessus les immeubles écroulés et les débris fumants qui s'élevaient à plusieurs dizaines de mètres, elle vit la tête du Kyūbi.

Il n'était pas beaucoup plus près que la dernière fois qu'elle l'avait entraperçu, mais elle savait qu'il n'avait pas besoin d'être près pour faire des dégâts. Peut-être que sa perspective était faussée parce qu'il était immense. Elle voyait ses épaules, son dos, et ses neuf queues qui se tordaient comme des serpents sous la pleine lune, projetant d'immenses ombres sur tout le village. Il était en train de se tourner vers l'autre côté du village. Elle vit les muscles de son épaule bouger, sa patte s'abattit à plusieurs rues de là en faisant trembler le sol. La tête immense du Kyūbi pivota, incroyablement rapide pour une créature aussi gigantesque. Elle vit son menton, sa gueule béante ouverte sur un feulement de rage : et, lorsqu'il pivota complètement et qu'elle le vit de profil, elle vit ses yeux. Des yeux rouges, les pupilles fendues comme celles d'un chat, irradiants de haine, tellement fous de rages que son regard passa sur la rue sans la voir, insecte insignifiant qu'elle était. Mais elle vit ses yeux, elle était assez proche pour croiser le regard du prédateur, et son instinct primitif de proie terrifié sembla s'éteindre comme une bougie qu'on souffle, dévoré de terreur.

Et soudain tous ses sens lui revinrent.

C'était comme si elle avait toujours vu en noir et blanc et que soudain l'univers était en technicolor. D'un coup, sa vue se fit nette, vive, précise. Elle était aveuglée de terreur mais soudain, elle voyait. Retrouver la vue lui donna un coup de fouet, rompant sa paralysie, et d'un coup elle se trouva capable de bouger. Elle se tourna dans la direction opposée au Kyūbi et partit comme une fusée. Elle ne courait pas, elle volait : jamais elle n'était allée aussi vite, portée par la plus grande montée d'adrénaline de sa vie. Elle filait comme un éclair entre les débris, ses muscles gonflés de chakra, chacune de ses enjambées couvrant plus de distance que la précédente. Elle allait si vite que ce qu'elle voyait à la périphérie de son champ de vision aurait du lui sembler flou, mais elle voyait tout avec plus de netteté que jamais. La moindre poussière, le moindre caillou, le moindre pan de mur écroulé, la moindre tâche de sang, tout semblait se graver dans les moindres détails à l'intérieur de son cerveau, terrifiant de netteté.

Derrière elle, le Kyūbi rugit de nouveau, et elle sentit le souffle d'une nouvelle vague de destruction passer dans son dos. Elle ne se retourna pas. Si c'était possible, elle accéléra encore. La peur donnait des ailes, et elle volait en aveugle, juste portée par l'idée de loin d'ici, loin, loin, danger, il fallait partir loin ! Le bunker avait quitté son esprit depuis longtemps. Elle courait juste dans la direction opposée à celle de la menace.

Elle traversa des zones dévastées, jonchées de ruines et de cadavres, et des rues presque intactes où couraient des gens paniqués. Elle ne ralentit pas, elle courait, tout simplement. Au loin, soudain, elle vit les murs de Konoha se dessiner, et elle eut brusquement un but, une direction vers laquelle aller, au lieu de fuir aveuglément. Elle courait, courrait, et puis soudain…

– Tsunami ! TSUNAMI !

C'était la voix de son père. Papa. Cette pensée fracassa l'écran de terreur qui lui obscurcissait l'esprit, et elle freina d'un coup. Papa. Mama. Izumi. Elle prenait la fuite, mais eux, est-ce qu'ils étaient… ?

– Papa ?! appela-t-elle en le cherchant frénétiquement du regard. PAPA ?!

Une silhouette bondit d'un toit, la rejoignit en courant, et Kaiji émergea de la fumée et de la poussière. Il était recouvert de boue et tout l'avant de son uniforme était maculé de tâches de sang, comme s'il en avait été arrosé. Tsunami pouvait voir la façon dont les tâches écarlates s'étaient brisées sur sa veste, l'angle, elle pouvait presque deviner la position de la personne qui s'était fait arracher un membre à côté de son Papa, si près qu'il avait été éclaboussé…

Il ouvrit les bras en courant vers elle et elle se jeta dans son étreinte sans se soucier du sang, les épaules secouées par un sanglot terrifié. Son père la serra contre lui de toutes ses forces pendant une brève seconde, submergé par l'émotion. Puis il l'obligea à reculer, la regardant de haut en bas avec angoisse.

– Tu n'as rien ?! L'explosion nous a séparé, ta mère et ta sœur ne sont pas avec toi ?!

Le bref soulagement provoqué par la réapparition de son père se volatilisa. Izumi. Mama. Tsunami secoua la tête, la gorge serrée, et elle vit passer toute une série de micro-expressions sur le visage de son père (surprise, choc, horreur, doute, résignation, détermination) en moins d'un instant. Elle le fixa une seconde, presque surprise. Est-ce qu'elle voyait aussi nettement les détails, normalement ? Tout était si clair, si aisément mémorisable. C'était comme si tout se passait au ralenti.

Kaiji ouvrit la bouche pour parler, puis s'immobilisa. D'un geste délicat, il écarta les cheveux qui tombaient dans les eux de Tsunami, et quelque chose comme de la révérence apparut dans son regard.

– Le Sharingan, murmura-t-il.

Tsunami cligna stupidement des yeux. Oh. Oui, c'était vrai. Elle était une Uchiha, maintenant qu'elle y pensait. Elle avait le potentiel d'avoir le Sharingan. Ça expliquait pourquoi elle voyait tout de façon si claire. Trop claire, même. Cette quantité de détail, cette netteté, ça faisait presque mal. Ça aurait dû être trop d'informations pour que son cerveau puisse tout traiter en même temps, elle le savait.

Il y eut une explosion assourdissante qui fit trembler la terre, et une vague de poussière brûlante les submergea. D'un seul coup, Tsunami revint au présent.

Son père s'était instinctivement déplacé pour la protéger le plus gros du souffle de l'explosion. Pendant un instant ils restèrent immobiles, le temps que l'onde de choc passe et que le rugissement du vent diminue. On entendait toujours le fracas du Kyūbi qui mettait en pièce les rues et les immeubles, tel un Godzilla cauchemardesque, mais le monstre leur était pour l'instant caché par les ruines qui les entouraient. Kaiji jeta un regard autour d'eux, puis s'écarta de sa fille, et lui ordonna d'une voix tendue :

– On ne peut pas rester là. L'accès au premier bunker s'est écroulé, il faut aller au deuxième. Tu connais le chemin ?

Un bref instant, l'esprit de Tsunami demeura vide. Oui, elle connaissait le chemin, les rues à prendre, les repères à suivre, les arbres qui signalaient les raccourcis. Mais il n'y avait plus de rues, plus de maisons, plus d'arbres, plus qu'un champ de débris : comment est-ce qu'elle allait retrouver son chemin ?!

Puis son cerveau se réactiva et elle se souvint qu'elle était une ninja, qu'elle savait s'orienter, qu'elle connaissait les distances, qu'elle pouvait sentir le chakra des gens qui surveillaient l'entrée du bunker. Elle hocha la tête, muette. Son père sembla soulagé. Il se remit debout, l'entraînant avec lui, et Tsunami réalisa avec stupeur que ses jambes tremblaient tellement qu'elle eut du mal à retrouver son équilibre. Mais son père ne lui laissa pas le temps de s'asseoir et de retrouver son calme. Au milieu des hurlements, des explosions, des rugissements du Kyūbi, du chakra maléfique qui roulait dans l'air comme une avalanche de feu, des chutes de débris gigantesques, et des ruines fumantes, ils se mirent à courir. Kaiji ouvrait la marche et Tsunami avait l'impression de le suivre en aveugle, tant le paysage ravagé lui ôtait ses repères. Il n'y avait plus rien de reconnaissable.

Une déflagration frappa ce qui restait de la rue de plein fouet, faisant voler à plusieurs mètres des gens en train de hurler, des poteaux électriques, des tuiles, des gravas. Tsunami décolla avec un cri d'effroi. Kaiji réussi à se cramponner à un mur avec son chakra, et attrapa la main de sa fille juste à temps : elle sentit son poignet se tordre violemment, et son cri de frayeur se mua en cri de douleur. Le souffle de l'explosion passa, son père la lâcha, et elle retomba sur ses pieds avec un gémissement étouffé, serrant contre elle son poignet blessé. Ses jambes tremblaient. Elle peinait à rester debout. Elle ne savait pas où ils étaient, elle avait mal, elle était fatiguée, elle avait tellement peur, elle voulait juste que ça s'arrête, pitié, que ça s'arrête… Mais ça ne s'arrêtait pas. L'air était suffocant de chakra maléfique, la nuit était emplie de hurlements et d'explosions, le sol tremblait sous la force des déflagrations, et ça ne s'arrêtait pas.

Quelqu'un appela à l'aide à quelques mètres d'eux. Plus tard, Tsunami réalisa que son père était déjà passé à côté de blessés et de cadavres sans se retourner. Mais là, c'était une voix aiguë et terrifiée, une voix d'enfant, et Kaiji pivota. En un instant, il se retrouva de l'autre côté de la rue, penché sur une petite forme à moitié ensevelie sous un tas de poutres enchevêtrées. Sous la poussière et le sang, Tsunami pouvait voir les traits d'une petite fille aux cheveux noirs, non, rouge sombre, peut-être pourpre. Elle tremblait de tout son corps : elle était sans doute coincée là depuis un moment. Elle avait l'âge d'Izumi. Kaiji commença à exécuter les mûdra d'un Doton pour soulever les poutres de bois qui l'écrasaient, Tsunami esquissa deux pas tremblants dans leur direction pour l'aider…

Il y eut une autre explosion, et Tsunami fut violemment projetée dans les airs.

Pendant un instant elle fut incapable de dire où était le haut et le bas, soufflée comme une brindille par une tornade. Puis elle vit le sol approcher et elle roula pour amortir l'impact, tombant sur son épaule avec un cri de douleur qui fut aussitôt englouti par le nuage de sable, de poussières et de cendres soulevé par la déflagration. Elle se cramponna au sol avec son chakra, instinctivement, comme elle avait vu son Papa le faire quelques instants plus tôt : et pendant une seconde, deux, trois, cinq, une éternité, elle essaya juste de rester ancrée à sa place. Des morceaux de bois, de pierres, de tuiles, de métal volaient dans les airs comme des éclats de shrapnels projetés par l'explosion : elle se ferma les yeux de toutes ses forces, priant pour ne pas être empalée par un débris.

Puis le vent retomba. Tsunami cligna des yeux, hagarde. Elle se redressa en vacillant. Ses oreilles bourdonnaient, les sons lui semblant assourdis. Le Kyūbi semblait soudain beaucoup plus loin, avait-elle été projetée à une telle distance ? Non, réalisa-t-elle avec un choc. Le Kyūbi avait reculé. Il était à présent hors de l'enceinte du village, laissant derrière lui un immense sillage de destruction. De petites ombres semblables à des moucherons lui tournaient autour, repoussés à grands coups de pattes rageurs. Les ninjas de Konoha essayaient d'éloigner le monstre du village.

– Papa ? fit-elle d'une voix rauque.

En trébuchant, elle se dirigea vers l'endroit où elle avait été frappée par le souffle de l'explosion. La tête lui tournait. Les sons lui semblaient distants, mais son Sharingan était toujours actif, et chaque image qu'elle voyait était atrocement précise, atrocement détaillée, se gavant dans sa mémoire au fer rouge. Les maisons effondrées, les poutres calcinées pointant vers le ciel, les arbres abattus, les murs réduits en pièces, les corps jonchant le sol. Des pierres avaient plu sur la rue comme des météorites, creusant d'énormes impacts. Il n'y avait plus personne qui bougeait. Plus personne qui appelait à l'aide. Tsunami était l'unique silhouette à avancer dans ce champ de ruines. Elle le sentait aucun chakra mis à part le sien, faible comme la lueur d'une luciole, et celui du Kyūbi, immense et dévastateur. Son cœur battait à grands coups terrifiés. Elle savait ce que ça voulait dire, elle l'avait appris en cours, elle savait, mais elle n'arrivait pas à envisager cette affreuse réalité, ce que signifiait ce silence. Son Papa était le plus fort, le plus solide, le pilier de son univers. Elle ne pouvait pas imaginer… Ce n'était pas possible…

Son père n'était pas encore mort quand elle le retrouva.

Le tas de poutres s'était effondré : le bâtiment voisin était tombé dessus. On ne voyait plus la fillette que Kaiji avait tenté d'aider. Il n'y avait qu'une petite main, toute pâle et les doigts recourbés comme dans un geste de supplication, qui dépassait légèrement des débris d'un mur. Kaiji lui-même avait été soufflé par l'explosion qui avait pulvérisé le bâtiment voisin, et il était étendu un peu plus loin, presque complètement recouvert par les gravas. Ses bras et ses jambes étaient tous tordus à au moins trois endroits différents, et il fixait le ciel, les yeux grands ouverts. Avec le genre de détachement horrifié qu'on ressent dans ses cauchemars, Tsunami sut qu'elle n'oublierait jamais cette image. Son père, si grand et si fort : brisé en morceaux comme un jouet cassé jeté au sol par un géant.

Elle ne se souvenait pas avoir parcouru le reste de la distance qui les séparait : elle tomba juste à genoux à côté de lui, l'esprit vide et paniqué. Tout près, elle pouvait sentir son chakra, familier et rassurant, à présent réduit à une étincelle vacillante. Tsunami tendit une main tremblante vers son épaule, puis son cou, terrifiée et sans savoir quoi faire pour l'aider. Elle ne pouvait pas le bouger, elle ne savait pas le soigner, mais elle devait faire quelque chose, il le fallait, elle ne pouvait pas rester là sans rien faire alors qu'il était en train de mourir… !

– A l'aide, gémit-elle avant de se mettre à crier. A l'aide ! A L'AIDE ! QUELQU'UN ! A L'AIDE !

Mais personne ne vint. Il n'y avait plus personne en vie dans cette rue. Tsunami avait beau chercher désespérément du regard un signe, un allié, n'importe quoi, il n'y avait personne, juste elle et son père qui ne respirait presque plus. Sa voix se brisa, et Tsunami cessa de hurler. Sa respiration se faisait hachée, étranglée par de gros sanglots terrifiés. Elle n'avait quasiment plus de chakra et elle était à bout de forces. Elle ne pouvait rien faire. C'était comme de s'enfoncer dans un cauchemar sans pouvoir s'en réveiller. Elle ne s'était jamais sentie aussi seule, aussi impuissante, aussi faible.

Le chakra de son Papa diminuait comme la flamme d'une bougie mourante. Ses yeux étaient déjà flous, comme s'il n'arrivait plus à voir sa fille alors qu'elle était littéralement penchée sur lui. Il respirait à peine : à chaque souffle, Tsunami entendait le faible gargouillis de ses poumons remplis de sang. Elle vit ses paupières frémir et elle se pencha sur lui, paniquée.

– Papa ! Garde tes forces, de l'aide va venir, je vais te sortir de là !

Les traits de son père frémirent, comme si une expression affectueuse était passée sur son visage avant d'en être chassée par la douleur. Ses lèvres tremblaient. Parler était au-dessus de ses forces, mais Tsunami se pencha quand même, parce que s'il essayait de lui dire quelque chose ça devait être important, c'était son Papa, tout ce qu'il disait était important

– Tsunami…

– Papa ? murmura-t-elle d'une voix rauque.

Il ferma les yeux. Comme une bougie arrivée au bout de sa mèche, son chakra s'éteignit. Sa poitrine cessa de se soulever.

Tsunami resta immobile un instant, comme pétrifiée. Il lui semblait que l'instant s'étirait à l'infini. Ce n'était pas possible. Ce n'était pas réel. La scène se gravait dans sa mémoire en technicolor jusque dans ses moindres détails, le sang, la poussière en suspension dans les airs, la totale immobilité du visage de son père, mais ça ne pouvait pas… Ça ne pouvait pas… Papa

Mais elle ne pouvait pas nier la réalité, et ladite réalité était comme une main géante lui serrant la gorge, lui broyant le cœur, la déchirant en deux. Ses mains se crispèrent de façon convulsive sur la veste de son père. Elle avait du mal à respirer. Elle avait l'impression que sa tête allait exploser. La scène était si claire, si claire, d'une netteté surnaturelle et monstrueuse : comme si l'univers essayait d'entrer dans son cerveau par ses yeux, comme si l'image déjà atrocement vive gagnait encore en détails, comme si le cauchemar gagnait encore plus en réalité. C'était trop, elle ne pouvait pas voir ça encore et encore, toute cette horreur, tout ce chagrin, cette rage, ce désespoir, cette douleur, c'était comme si les émotions lui emplissaient la poitrine jusqu'à l'explosion, elle allait exploser, elle n'allait pas tenir, elle allait… !

La douleur de sa tête, située juste derrière ses yeux, lui sembla exploser en même temps que son chagrin : et Tsunami hurla. Comme un animal blessé à mort. Comme quelqu'un qui deviens fou. Elle hurla à s'en briser les cordes vocales, tirant sur ses cheveux comme pour les arracher, jusqu'à ce que le hurlement se transforme en sanglots secs et douloureux, parce qu'elle avait l'impression de perdre la tête, c'était de la torture, c'était impossible, il fallait que ça s'arrête. Par pitié, que tout s'arrête… !

Elle sentit ses dernière force disparaître, soufflées par la tornade ses émotions, et le néant s'éleva pour l'engloutir. L'oubli était préférable à cette douleur qui lui déchirait la poitrine, et elle se laissa sombrer dans l'inconscience avec gratitude.

Obscurité.

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... Ah ah. Vous vous doutiez bien que tout ce petit bonheur, ça ne pouvait pas durer, hein ? =)

J'espère que ça vous a plu! Et à la semaine prochaine pour la suite !

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