Me revoilà, comme tous les mercredis !
Qui d'autre a l'impression que le monde est un peu surréaliste en ce moment ? Les émeutes aux Etats-Unis, le Covid, les incendies… Le climat d'incertitude… L'économie qui plonge, les infos qui ne cessent d'être alarmistes… Les gens qui risquent de perdre leur job… J'ai l'impression que tout part en sucette depuis des lustres, mais l'année 2020 est la cerise sur le gâteau. Et on est en juin ! Seulement en juin ! Bordel de nouilles, qu'est-ce qu'il va nous arriver après ? Une guerre civile ?
M'enfin voilà, le petit coup de dépression de la Loutre. Ahem. Ça me passera. J'ai la chance de pas être malade, de ne pas avoir de proche malade, de ne pas avoir d'emprunt à rembourser, et de ne pas risquer de perdre mon job. Donc voilà, c'est juste une montée d'angoisse existentielle, mais je sais que ça pourrait être pire.
Mais bref. Voilà. Et sinon, de bonnes nouvelles de votre côté ? Il en faut, pour se remonter le moral !
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Comme d'habitude, il est temps de passer aux réponses aux reviews !
Hello Leen Hogwarts x) Nope, le village en question n'est pas Suna ! Essaie encore x) Pour ce qui est du petit frère (ou petite sœur !) de Tsunami, yep, c'est la grosse surprise. Et en effet son papa est un personnage du canon ! La première personne qui devine QUI exactement aura droit à... Je sais pas encore, mais quelque chose x) Sinon pour Shisui il fait de son mieux pour être un bon ami, le pauvre, mais comme tous les Uchiha il part avec un handicap x)
Coucou Guest qui n'a pas laissé son nom ! Le bébé est... Tu verras dans ce chapitre si c'est une fille ou un garçon x) Pour l'identité du père, ah ah, tu brûles ! C'est bien l'un de ces deux clans !
Yo Isy ! Non mais l'autre qui parle plus du bonus à venir que du chap ! Je sais que t'es contente pour l'arrivée de ton perso préféré (comment ça c'est pas ton préféré ? Hein ? HEIN ?!) mais calmos xD Sinon pour répondre à tes questions : non, non, tu penses vraiment qu'Anko en aurait pas déjà discuté avec Tsunami, et oui xDDDD Attends la suite comme tout le monde !
En effet Merry Archer, y avait plein de clichés dans ce chapitre... Le test du sensei, les ramens, la première mission qui part en sucette, le coucher de soleil, la totale ! Et sinon, DING DING DING, en effet tu as deviné qui était le père du futur petit frère de Tsunami ! Enfin, tu as deviné son clan. Pourras-tu deviner son identité ? Si tu es la pemière, tu gagnes, euh... Un cookie ? Quelque chose en tous les cas x)
Salut Yuedra ! A nouveau, quel pavé, ça me fait toujours super-plaisir =) Yep tu as bien deviné le clan du père du bébé. Est-ce que tu peux deviner son identité, par contre ? x) Bonne chance ! Sinon ouais l'idée du Sandaime formant Tsunami pour lui succéder aurait pu être pas mal, mais il est trop tard là, elle n'est plus une "vraie" Uchiha x) Et puis le Sandaime est pas vraiment dans une optique de recherche d'un successeur. Son successeur c'était Minato et il est mort : le Sandaime n'a plus l'énergie d'en chercher un autre. Sinon Shisui serait le meilleur choix quoi xD Tu peux shipper mes persos si tu veux, mais je garantie rien pour leur avenir ! Sinon nope, Hayama ne connaissait pas bien Kaiji. Et puis, la spécialité de Kaiji c'était surtout le Suiton. Il connaissait Suiton, Raiton et Doton, dans cet ordre. Bref ! ET je suis contente que la façon dont se passe le premier meurtre de Tsunami te semble cohérent ! J'ai eu quelques commentaires, notamment de ma Bêta, qui trouvaient ça trop froid, trop violent, genre Tsunami a pas hésité une seule seconde et tout. Mais oui, effectivement, Tsunami a été entraînée et conditionnée pour ça depuis des années. Il est normal qu'elle frappe aussi fort. A vrai dire, l'anomalie ce serait plutôt qu'elle doute d'elle-même après-coup !
Salut Zarakaiy ! En effet être hors du district Uchiha est déjà un grand progrès pour Tsunami. Le massacre n'aurait pas eu lieu (ou du moins, il aurait été plus difficile à organiser...) si les Uchiha n'avaient pas été TOUS rassemblés dans un lieu à part. S'éloigner du lieu du massacre c'est s'éloigner du danger. Mais il y a aussi le côté "reniement" qui joue : Hazuki et ses filles restent des Uchiha, certes, mais elles sont coupées du clan. C'est officiel et tout. Cela veut dire qu'elles vont donc être tenues à l'écart du coup d'Etat... Et vu que c'est la raison du massacre, c'est encore une bonne nouvelle. Mais bien sûr, tout n'est pas réglé ! On sait à quel point Danzō est parano. Même si Tsunami et sa famille vivent loin des Uchiha et sont coupé de leur politiques, peut-être qu'il se dira "ouais, je vais pas prendre de risques" et les ajouter à sa liste... Qui sait ?
En effet Aomine59, qu'Itachi soit illettré est à la fois logique (il n'a jamais appris) et illogique (Sharingan = mémorisation instantanée). Mais oui, je penses comme toi, que s'il se met à apprendre à lire ça lui viendra très vite. Le souci c'est que personne ne lui a appris, et le japonais c'est COMPLIQUE, surtout sans professeur. Les kanji, argh, quel calvaire. Bref, Itachi est pas sorti de l'auberge ! Je headcanon que c'est pour ça qu'il était si bien dans l'ANBU, où les ordres sont donnés à l'oral et où on évite les traces écrites. Il n'avait pas à cacher son ignorance et il se sentait donc plus à l'aise, moins... inadéquat. Oui je headcanon aussi qu'Itachi se sent perpétuellement inadéquat, trop faible, trop défaillant. Merci Fugaku et l'énorme pression qu'il met sur les épaules de son fils u_u ENFIN BREF ! Yep, gagné, le clan du père du bébé est bien les Hyuga. Maintenant, QUEL Hyuga précisément ? C'est tout le mystère !
Bienvenue Ary Schweizer ! Un fan d'Elisabeth Bishop, génial =) Tsunami et Elisa ont deux personnalités radicalement différentes, du coup c'est cool que les deux te plaisent pour leurs traits si distincts. Tsunami n'est effectivement pas du genre à se laisser marcher sur les pieds x) Et la dispute avec les grands-parents, mwahahaha, ça m'a fait tellement plaisir de l'écrire ! Enfin bref. Pour Shisui je promets rien x) Tsunami va faire de son mieux mais ironiquement Shisui serait la personne la plus difficile à sauver, parce qu'il n'est pas tué, il se suicide noblement. C'est une conviction intérieure qui cause sa mort, davantage que le contexte (quoique, Tsunami est assez impuissante vis à vis du contexte aussi...). Bref, il faudra lire pour savoir !
Yo, L ! Oui Tsunami est constipée émotionnellement, c'est la faute au contexte culturel x) Et du coup, on a pas de scène déchirante avec Shisui, dommage xD Sinon, sur le fait qu'Hazuki te fait penser à Isabelle Bishop... Hum... Je peux voir pourquoi, en fait, mais j'y avais pas du tout pensé. Isabelle est vraiment une recluse, très douce, facilement effrayée, facilement résignée. Alors qu'Hazuki est extrêmement polie mais elle a plus de dureté en elle. Elle est aussi plus expressive : plus sociable, plus colérique, plus fougueuse. Mais il y a une chose qu'elles ont en commun, et qui transparait à chaque fois qu'elles apparaissent dans la fic... C'est le fait qu'elles aiment leurs enfants et que leurs enfants les aiment en retour. Hazuki est une ninja mais Tsunami la voie exactement comme Elisa voyait sa Isabelle : comme sa Maman, l'image de la tendresse et de la sécurité. Voilà voilà x) Sinon pour répondre à tes questions : y a moins de personnages originaux dans cette fic que dans EB donc je ne penses pas faire de fics de personnages... Mais je garde l'idée x) Sinon nope, je ne crois pas que Death Note aurait du s'arrêter à la mort de L, mas je dis sans doute ça parce que je n'aiment pas les anime où le méchant gagne xD Même quand le méchant est le protagoniste ! Et oui sinon y a pleiiiin de trucs qui vont se passer pendant les quatre prochaines années. Mais non, Tsunami ne va pas buter Danzō au détour d'un couloir obscur xD Dommage !
Coucou S ! Hummm... Sandra. Sandrine. Simone. Samuelle. Sélène. Sandy. Séverine. Séraphina. Silvia. Silviane. Sophia. Solène. Suzanne. Sue. Stacy. Argh j'ai plus d'idée. Je chauffe ? x) Ah ah, tu n'es pas la seule à vouloir mettre une paire de claques à quelques Uchiha. Et pour le père du bébé d'Hazuki, as-tu deviné son identité ? Pas mal de gens ont deviné le clan, mais de là à savoir qui c'est exactement... Mwahaha. Ce sera révélé dans la fic, mais bien plus tard !
Yep Gladoo89, les beaux plans de Tsunami volent en éclat ! xD Et ton expression "coincés du kunai" m'a bien fait rigolé. En effet, le clan du père de ce bébé est... bien coincé du kunai. Mwahahaha. Ca va donner une sous-intrigue bien juteuse ça. Mais bref. En effet Tsunami est bien traumatisée par son premier meurtre mais pas du tout comme elle pensait l'être, alors elle ne reconnait pas ça comme un traumatisme. Pour elle le traumatisme c'est nécessairement violent, crise de panique, flash-back et tout. Tant que c'est "vivable", pour elle, c'est pas du trauma. Ah, l'éducation ninja... Ca commence bien x)
Bienvenue SwanHilde White ! Ah ah, je comprends ta méfiance envers les SI, souvent ça part en Mary-Sue. Mais j'espère en faire une plutôt réaliste ! Et oui, le Mangekyō Sharingan est plus un problème qu'un bonus pour l'instant. Mais uh uh uh, ça pourrait changer... Enfin, contente que ça te plaise =) ET je transmets tes remerciement à ma Bêta ! x)
Hello StonedSquirrel ! Effectivement ton pseudo me dit quelque chose, tu as du commenter sur Elisabeth Bishop x) Sinon oui, en effet, Tsunami est dans la situation inconfortable d'être une Uchiha sans l'être. Elle est dans une zone de flou. Quant à ce qui est de Shisui... Evidemment, si elle peut le sauver, elle le fera. Mais il y a aussi le fait que ce qu'elle considère pouvoir faire est limité, pas seulement par Danzō, mais aussi par la propre réticence de Shisui. On parle du personnage qui s'est suicidé pour cacher son agression par Danzo plutôt que de causer des problèmes...
Tu m'as bien fait rire Elesdei avec ton "les Uchiha sont vraiment des étrons de vieux boucs asthmatiques" ! XD C'est pas moi qui vais dire le contraire. Et pour la paternité du bébé... Ah ah, toutes tes suppositions me font sourire. Mais oui, impossible de savoir ! Déjà parce que Tsunami n'a pas DU TOUT pensé à surveiller les relations de sa mère xD Et ensuite parce que... Hazuki est belle et très aimée par son entourage, et elle a un entourage très varié. Après tout, elle ne travaille pas dans la police, mais avec les autres Chuunins du village...
Ah ah Redheadead, tu n'es pas la seule à avoir été prise au dépourvu par les révélations d'Hazuki xDDDD Tout le monde est en mode "whaaaaaat?!". Et moi aussi, quand je l'ai écrit, j'étais en mode "mais d'où ça sort?!". Mes persos n'en font qu'à leur tête x) Enfin bref ! Oui sinon la vie de Tsunami est bien remplie ! Elle a perdu Shisui et le clan Uchiha, mais elle a trouvé des amis au sein de son équipe. C'est le plus important x)
Salut, Guest qui n'a pas laissé son nom mais qui a des idées bien arrêtées sur Sakura x) Je n'ai jamais dit que ses compétences n'étaient pas cool ! La force surhumaine, la capacité à soigner, c'est la classe. Mais c'est la façon dont Sakura est écrite que je n'aime pas. Elle reste au second plan. Elle avait un énooorme potentiel qui a été gâché, devenant la cinquième roue du carrosse et se contentant de servir de tremplin à Naruto ou Sasuke. Non, je veux que Sakura ait s apropre histoire, sa propre narration qui ne tourne pas autour d'un autre personnage. Et puis je déteste l'idée que chaque membre de l'équipe 7 récupère les compétences (et le rôle) d'un des Sannin. Non, franchement, laissez le passé mourir, et tuez-le s'il le faut. C'est tellement paresseux comme narration ! Voilà pourquoi je préférerait voir Sakura devenir l'apprentie de Kakashi. Parce que lui, l'unique élève survivant de Minato, n'a personne qui devient son successeur spirituel, alors qu'il avait justement pris Naruto et Sasuke comme élèves parce qu'il se sentait connecté à eux (mais que finalement, les deux l'ont abandonnés pour tracer leur propre chemin). Bref, voilà. Je veux une Sakura qui soit l'héroïne de sa propre histoire, et pour ça je veux qu'elle sorte du rôle de "fille de l'équipe 7, douée pour soigner les garçons, pleurer, et occasionnellement être assez forte pour les suivre sur le champ de bataille mais en les laissant toujours s'occuper du boss final". C'est frustrant.
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Wow, beaucoup de curiosité vis-à-vis du bébé d'Hazuki ! Il va naître dans ce chapitre, d'ailleurs xD Pourrez-vous deviner l'identité du père ? Ce sera révélé dans… Trois ou quatre chapitres, à peu près. Si vous devinez avant, vous gagnez un cookie !
Je ne vous fait pas attendre plus longtemps. Voici le chapitre !
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Lumière naissante
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Yūgao revint des examens Chuunin avec un bras cassé et l'air mécontent. Elle n'avait pas été promue. C'était une déception, pour elle. Elle s'était entraînée comme une folle depuis deux ans, tout ça pour être éliminée par un expert en genjutsu ! Elle rageait. Tsunami n'était pas sûre que Yūgao ait échoué à quoi que ce soit auparavant. Bah, c'était bon pour elle d'avoir un petit rappel de son niveau. Il ne fallait pas qu'elle devienne trop arrogante non plus.
Yūgao étant privée de missions jusqu'à ce que son bras guérisse, elle se mit à rôder autour de ses vieux amis. Le trio infernal se reforma. A présent, c'était Tsunami la plus occupée d'eux trois (elle avait réclamé plus de missions et Hayama-sensei tenait parole), mais elle réussissait quand même à se trouver du temps libre. Bon, ils étaient trop grands pour placer des bombes à paillettes dans les bâtiments administratifs, mais ça ne les empêchait pas de simplement traîner dans les rues de Konoha, parlant de tout et de rien.
Iruka se plaignait toujours de ses coéquipiers. Natsu Hyuga avait été fiancée à un membre de son clan et en était très fière. Sauf que bon, elle n'avait que douze ans. Iruka et Mizuki trouvaient ça glauque. Leur attitude offensait Natsu. Bref, la paix était loin d'être revenue… L'autre coéquipier d'Iruka, Mizuki, était moins tendu et irritable, mais il n'était pas proche d'Iruka pour autant. Il avait essayé de devenir son ami, et un Iruka isolé et désespéré de gagner un peu d'affection se serait jeté sur l'occasion : mais comme Mizuki avait fait quelques remarques dédaigneuses sur Hazuki Uchiha, Iruka était plus enclin à lui péter le nez qu'à lui cirer les pompes. Tsunami se demanda si elle ne venait pas de détruire un des éléments du canon. L'amitié de Mizuki et Iruka jouait un rôle dans leur nomination à l'Académie, non ?
Oups.
Tsunami n'en concevait pas trop de remords. Iruka avait déjà mentionné une ou deux fois, distraitement, un désir d'enseigner. Il finirait à l'Académie. Au besoin, elle l'y encouragerait. Mizuki, en revanche… Bah. S'il ne finissait pas professeur, ça ne serait pas une grosse perte.
Avoir Yūgao de retour dans la bande signifiait aussi qu'elle pouvait l'inviter chez elle. Eh oui ! Habiter dans le district Uchiha avait empêché Tsunami d'inviter quiconque à la maison, mais ce n'était plus le cas aujourd'hui. Izumi était ravie de revoir un visage familier. Quant à Mama, elle tournait un peu en rond maintenant qu'elle avait rendu sa veste de Chuunin. Elle avait de l'énergie à revendre, mais le bébé la gênait constamment. A six mois, Hazuki avait un ventre énorme. Ou peut-être que c'était juste sa silhouette mince et gracile, en complète opposition avec son estomac bombé, qui donnait cette impression. Bref, Mama s'ennuyait, et Yūgao se mit donc à passer régulièrement pour lui tenir compagnie. Hazuki avait quelques bases en kenjutsu, alors elles pouvaient parler de sabres et d'épées. Honnêtement, Tsunami préférait en rester au Raiton.
Son arsenal de Jutsu s'étendait. Elle trouvait de nouvelles techniques dans ses bouquins. A force de harceler Hayama-sensei, il avait accepté de leur enseigner à chacun un petit Fuuton. C'était un rang C, mais si on l'utilisait à courte portée, ça pouvait faire de gros dégâts. Fuuton : Projectile d'Air permettait de cracher une bulle d'air compressée qui avait la puissance d'une balle de pistolet. Plus on crachait loin ce projectile d'air, et plus il avait le temps de se décompresser, perdant en violence lors de l'impact. Mais à courte portée, trois mètres ou moins, on pouvait transpercer un mur de roche sans problème. Tsunami et Kumadori mirent quelques jours à apprendre le Jutsu, ni l'un ni l'autre n'ayant de véritable affinité pour le Fuuton, mais ils y réussirent. Tessen mis plus longtemps, presque trois semaines. Il n'avait pas menti lors de sa présentation : il n'avait quasiment aucun talent pour le ninjutsu.
Tsunami était quand même contente de son équipe. C'était cool d'avoir un Jutsu en commun. Et à présent, elle avec des Jutsu de quatre affinités : Raiton, Katon, Suiton et Fuuton. Il ne lui manquait qu'un Doton pour achever sa collection.
Le mois de septembre prit fin, doucement, et ce fut octobre. Cette année-là, le mois était pluvieux et déprimant. A présent, lors de l'anniversaire de l'attaque du Kyūbi, les habitants organisaient une foire plutôt qu'un jour de deuil : une occasion de célébrer leur survie. Mais ce jour-là étai aussi un jour de souvenir, et il y avait toujours du monde dans les cimetières ou devant le mémorial. Jusque là, Tsunami avait évité ces lieux. Ce n'était pas comme si elle en avait besoin pour repenser à son père, éprouver une connexion avec lui. Elle avait le Sharingan pour ça. Mais ce jour-là, Iruka s'y rendait, des fleurs à la main, et il semblait avoir besoin de compagnie : alors Tsunami marcha avec lui.
Il y avait déjà quelqu'un au mémorial, un adolescent efflanqué portant la tenue noire et grise des ANBU, avec une chevelure argentée qui défiait la gravité. Il s'écarta en les voyant, leur laissant la place pour se recueillir. Tsunami n'avait pas besoin de voir son visage masqué pour réaliser que c'était Kakashi.
C'était un choc, d'une certaine façon. Au cours de ces dernières années, elle n'avait vu pratiquement aucun des personnages du canon. Elle n'avait même pas pensé à eux. Naruto fêtait ses deux ans aujourd'hui. Elle se demanda brièvement qui s'occupait de lui, mais elle n'arrivait pas à ressentir de la compassion pour son enfance solitaire. Il n'était encore qu'une idée abstraite. Un concept, contenant le démon-renard qui lui avait pris son Papa. Non, elle ne se souciait pas de Naruto. C'était un problème pour plus tard. En fait, ça serait probablement le problème d'Iruka avant d'être le sien…
Elle essaya vaguement de se souvenir des personnages qu'elle avait déjà croisés par le passé. Kushina et Minato étaient morts. Rin (et Obito, officiellement) également. Kakashi était toujours plongé dans sa dépression. Il devait se noyer dans le travail de l'ANBU. Avait-il déjà été recruté par la Racine ? Avait-il déjà rencontré Danzō ? Avait-il déjà secouru Yamato/Tenzō/Kinoe ?
C'était curieux qu'elle n'ait pas du tout pensé à eux en plus de deux ans. C'était curieux qu'elle n'ait pas vu Kakashi, surtout, parce qu'il était quand même assez reconnaissable. Peut-être parce qu'elle vivait dans le district Uchiha, qui était si isolé ? Et puis, même après en avoir déménagé, elle n'avait pas non plus eu une vie sociale florissante. Elle ne connaissait déjà pas grand-monde, alors… Son cercle social était assez réduit. Elle ne cherchait pas les gens du regard dans la rue. Elle avait plutôt tendance à aller vers sa destination à grands pas furieux en rentrant la tête dans les épaules. Oh non, est-ce qu'elle était en train de devenir une asociale à la Itachi Uchiha ? Se priver de contact humain trop longtemps était mauvais pour la santé. Bon, elle avait Iruka et Yūgao, mais chacun avait sa vie. Izumi était encore un bébé à ses yeux (oui, elle avait huit ans, mais ça ne voulait rien dire !). Il y avait bien l'équipe 11 mais c'était son équipe, ils n'allaient pas rester ensemble pour toujours. Il fallait absolument qu'elle commence à entretenir des relations cordiales avec d'autres personnes.
Et puis c'était logique, aussi. Si sa famille était la seule survivante du massacre Uchiha… Danzō allait être tenté de les faire disparaître, ou de les absorber dans la Racine. Pas question. Il fallait que Tsunami soit connue. Pas connue comme « oh, le mouton noir des Uchiha, j'en ai entendu parler » mais plutôt connue comme « oh, Tsunami-chan, oui on discute de temps en temps, je me demande ce qu'elle devient ». Bref, il lui fallait des gens pour remarquer sa disparition. Elle n'arrivait pas à croire qu'elle n'y ait pas pensé avant ! Elle avait été tellement focalisé sur le massacre qu'elle n'avait pas réfléchit à ce qui allait lui arriver après.
Elle n'approcha pas Kakashi ce jour-là. Il l'aurait probablement envoyée chier. Mais son apparition lui donna de quoi réfléchir. Et puis, soyons honnête : même avec l'entraînement, les missions, ses lectures et ses amis, elle se tournait un peu les pouces en ce moment. C'était une bonne distraction !
Peut-être parce qu'elle était plus attentive à ce genre de détails, ou peut-être parce que l'univers avait un étonnant sens du timing, l'occasion de tisser des liens avec d'autres ninjas se présenta quelques jours plus tard.
– Nous avons une mission, les informa Hayama-sensei. Une mission d'escorte jusqu'au une ville du pays de l'Herbe. Même si la guerre a pris fin, les relations sont toujours tendues entre nos deux pays. Kusa n'a pas d'intérêt à nous provoquer, mais par prudence, cette mission est quand même de rang B. Pour cette raison, nous serons accompagnés d'une autre équipe.
– Oh ? fit Tessen avec intérêt. Des Genins comme nous ?
Hayama-sensei secoua la tête :
– Non, deux Chuunins.
– Et qui sont les clients ? demanda Kumadori.
– Des courtisanes, répondit Hayama-sensei sans ciller. Une petite compagnie de six personnes, d'âges variés. Elles ont été engagées par un petit noble du pays de l'Herbe qui organise une grande fête d'ici un mois.
Les courtisanes (et les prostituées en général) étaient souvent des espionnes. Elles passaient quelques mois à la cour d'un Daimyo, s'introduisant au plus profond de leur intimité, puis quelques mois à la cour d'un autre en répétant le même manège : elles étaient des mines d'information. De ce fait, obtenir la protection de ninjas n'était pas dur pour elles : elles payaient en secrets autant qu'en argent. Avancer le paiement nécessaire à une mission de rang B ne leur posait aucun problème, et leur garantissait une meilleure protection. Un groupe de femmes aux vêtements suggestifs, ça attirait généralement les bandits… Ou attisaient les mauvaises intentions des mercenaires engagés pour leur protection. Au moins les ninjas tenaient parole.
Pour rassurer les courtisanes, les deux Chuunins qui les accompagnaient étaient des femmes. Mais pas n'importe lesquelles. Tsunami les reconnu aussitôt : Anko Mitarashi et Kurenai Yuhi.
Anko avait treize ans, peut-être quatorze. Elle n'avait pas encore la tenue provoquante qu'elle porterait dans le canon, mais pas loin. Elle portait une mini-jupe par-dessus des leggings en résille, un t-shirt moulant brun foncé, et une veste beige. Kurenai était plus âgée, peut-être quinze ou seize ans. Elle portait un pantalon rouge et une veste Chuunin au-dessus d'un débardeur blanc. Ils se retrouvèrent tous aux portes du village, où les attendait déjà un wagon attelé à deux chevaux poussifs, et d'où les courtisanes observaient ce qui se passait en cachant leurs visages derrière des éventails raffinés.
– Je suis Kurenai Yuhi, se présenta la plus âgée en s'inclinant légèrement. C'est un plaisir de tous vous rencontrer.
– Et moi je suis Anko Mitarashi ! s'écria Anko en se pointant fièrement du pouce. La meilleure Chuunin de tout Konoha !
A sa décharge, Hayama-sensei ne cilla même pas devant son exubérance. Cela dit, lorsqu'il prit sa parole, sa voix était un peu plus froide que d'habitude.
– Je suis Hayama Shirakumo, Jounin de Konoha et capitaine de cette mission. Voici mon équipe de Genins, Kumadori, Tessen et Tsunami.
La plupart des Genins ne donnaient pas leurs noms de famille aux clients, afin de protéger leur identité. Surtout s'ils étaient membres de clans. Ce n'était qu'une fois arrivé au rang de Chuunin que Tsunami aurait le droit de se présenter comme Tsunami Uchiha loin de la protection des murs du village. Cela dit, elle n'était pas pressé : porter ou non le nom du clan l'indifférait. Elle ne portait déjà plus leur emblème au dos de ses t-shirts, alors…
– C'est un plaisir, déclara la plus richement vêtue en battant des cils derrière son éventail. Mes filles et moi-même vous sommes très reconnaissantes de votre protection. Je suis Madame Aina. Les filles sont Yoshiko, Ren, Aiko, Sayuri et Sachiko. J'espère que nous feront un agréable voyage.
– Vous n'avez rien à craindre avec nous ! se rengorgea Anko.
Hayama-sensei eut l'air vaguement agacé par sa remarque, mais ne fit pas de commentaire, et donna le signal du départ.
En elle-même, la mission n'était pas très intéressante. Le wagon n'allait pas vite, et il fallait simplement l'entourer et avancer à son rythme en gardant un œil sur les alentours. Mais la compagnie, oh, la compagnie était excellente. Anko était braillarde et exubérante, au point que Tsunami se demandait si c'était à ça que ressemblerait Naruto dans quelques années. Kurenai semblait prendre son attitude avec une patience bon enfant qui évoquait une longue familiarité : les deux kunoichi étaient sans doute amies depuis un certain temps. En revanche, Hayama-sensei était sec et cassant avec Anko, ce qui ne faisait qu'encourager la Chuunin à le provoquer davantage.
Hayama-sensei ne lui faisait pas confiance, réalisa Tsunami. Est-ce que c'était à cause d'Orochimaru ? Il avait déserté depuis combien de temps déjà ? Ça avait été à la fin février, on était à présent en octobre, donc huit mois. Moins d'un an ! C'était encore frais dans la mémoire des gens. Et Anko avait été son élève… Une élève sur laquelle il avait expérimenté, et dont on avait donc retrouvé la trace dans ses labos. Ça n'avait pas dû peindre Anko de façon favorable. Avait-elle été interrogée par la Section Torture et Interrogation ? Question stupide. Evidemment qu'elle avait été questionnée. Elle était leur meilleure piste pour trouver Orochimaru. Et quand elle n'avait pas su donner de réponse… Bon, Konoha ne faisait pas dans la torture, du moins pas à ses propres ninjas, mais quand même, Anko n'avait pas dû être traitée avec beaucoup d'égards. Combien de temps était-elle restée une suspecte plutôt que d'être vue comme une victime ? Tsunami n'en avait aucune idée. En tous les cas, il y avait tout à parier qu'Anko avait quelque chose à prouver… Et qu'Hayama-sensei, avec sa méfiance et son dédain, appuyait exactement là où ça faisait mal.
Au bout de deux heures de voyages, quand ce fut son tour de prendre la place à côté d'Anko (Tessen lui abandonna son rôle avec un soulagement non-dissimulé), Tsunami essaya donc d'oublier qu'elle était une introvertie naturelle, et mit plutôt en avant sa grande gueule. Elle se laissa tomber à côté d'Anko sans une once de la rigidité qu'avaient ses coéquipiers, et déclara d'un ton jovial :
– Dis, Anko-san, depuis combien de temps tu es Chuunin ?
Anko se tourna vers elle si vivement que ses vertèbres craquèrent. Un immense sourire étira ses lèvres, et Tsunami cilla. Ok, elle pouvait voir comment les gens pouvaient être flippés. Ce genre d'expression était carrément prédateur.
– Deux ans, ma cocotte ! Pourquoi, tu veux entendre les super-conseils d'Anko-senpai ? T'es un peu jeune pour une promotion !
– J'ai onze ans, protesta Tsunami. Tu avais quel âge ?
– … Plus que ça !
– Pas de beaucoup, pointa la petite Uchiha. Tu n'es pas très vieille… Bah, de toute façon je ne passerai pas l'examen avant un an, il n'y a pas le feu au lac. Mais je suis preneuse pour les conseils quand même. C'est bien d'être Chuunin ?
Le visage d'Anko s'illumina d'un air vaguement maniaque, et elle se lança dans le récit étonnamment détaillé de son examen Chuunin à Konoha, en énumérant les noms et les profils de tous les gens dont elle avait botté les fesses. Anko n'était pas exactement une bonne conteuse : elle zappait des passages entiers, s'attardait durant dix minutes sur le degré de stupidité de tel ou tel adversaire, et était susceptible de se mettre à lui hurler dans les oreilles ou d'exploser de rire sans prévenir. Bref, elle était complètement cinglée, et c'était absolument hilarant.
Elle aimait entrer dans l'espace personnel des gens, un truc auquel Tsunami n'était pas trop habitué (Iruka était le seul de ses amis à être vraiment tactile), mais elle semblait le faire essentiellement par provocation. Tsunami le réalisa quand, au bout d'une bonne heure de conversation, Anko cessa tout simplement d'être autant collée à elle, et afficha un air vaguement satisfait, comme si Tsunami avait passé un test. Est-ce qu'elle voulait voir si Tsunami allait frissonner de dégoût ? Se tendre de méfiance ? Essayer de l'imiter pour gagner sa confiance ? Loucher sur sa poitrine quasi-inexistante ? En tous les cas, le test était passé, et Anko garda une distance plus normale entre elles. Mais ça ne l'empêchait pas de hennir de rire à deux centimètres de son visage quand elle racontait une bonne blague.
Elle adorait les blagues crasses et les histoires absurdes. Tsunami ne savait si elle avait vraiment vécu toutes les anecdotes hilarantes et surréalistes qu'elle partageait, ou si elle les avait inventées, mais en tous les cas Anko ne racontait rien d'ennuyeux. Certains passages semblaient scandaliser même les courtisanes, qui les écoutaient avidement.
Il y avait plusieurs jours de voyage et, dès le premier soir, Hayama-sensei informa mine de rien ses élèves qu'Anko avait été l'élève d'Orochimaru. Tsunami rétorqua qu'elle s'en fichait et qu'elle savait très bien ce que c'était de souffrir d'une mauvaise réputation pour quelque chose dont on n'était pas responsable. Hayama-sensei eut l'air atrocement gêné.
Il ne se montra pas plus poli avec Anko pour autant, cela dit. Moins cassant, peut-être, mais toujours aussi froid et méfiant. Ce n'était pas parce qu'il reconnaissait avoir manqué de tact qu'il admettait aussi s'être laissé aveugler par ses préjugés…
Tessen et Kumadori n'étaient pas aussi distants. La remarque acide de Tsunami avait peut-être éveillé un soupçon de culpabilité en eux. Ou était-ce simplement de l'embarras ? Ils n'avaient jamais discuté des rumeurs entourant l'exclusion d'Hazuki et de ses filles du clan Uchiha. Tsunami savait qu'ils étaient de son côté, mais ni Tessen ni Kumadori ne s'étaient jamais indignés de cette injustice. Ils étaient plutôt du genre à prétendre que tout était normal. Ils faisaient la même chose avec Anko, ignorant ostensiblement les rumeurs à son sujet. Cela dit, ils ne tentèrent pas de devenir amis avec elle. Eh oui, Anko avait quand même une personnalité assez débordante, et les garçons étaient un peu flippés par ses sautes d'humeurs et ses rires glauques. Ils étaient aimables et de bonne compagnie, mais ils n'allaient pas s'approcher plus près que nécessaire.
Du coup, ce fut Tsunami qui passa l'essentiel de la mission en compagnie d'Anko. Elle avait décidée de lui coller aux basques et elle n'en démordrait pas. Oh, la Chuunin pouvait être tout à fait inquiétante et au bout de vingt-quatre heures ses singeries commençaient à être épuisantes, mais… Tsunami n'allait pas renoncer pour autant. Elle se mit donc à sympathiser presque agressivement avec Anko. Hayama-sensei devait croire qu'elle faisait ça pour lui prouver qu'il avait eu tort de faire un jugement hâtif. Bon, c'était aussi un peu pour ça. Tsunami éprouvait toujours un plaisir vindicatif à démontrer qu'elle avait eu raison. Mais elle faisait aussi ça pour elle ! Et pour Anko ! Il fallait qu'elle sorte de sa coquille, qu'elle se fasse des amis, qu'elle devienne visible, et pour ça quoi de mieux que l'incarnation féminine de Naruto ? La seule façon d'être plus efficace aurait été de sympathiser avec Gai !
Peut-être qu'elle aurait dû prendre Gai. L'idée lui avait traversé l'esprit. Anko était remarquable mais, comme l'avait fait remarqué Hayama-sensei… Elle n'avait pas bonne réputation. Gai avait bonne réputation. Gai était bien intégré au sein d'un groupe d'amis qui comprenait, entre autres, le fils du Sandaime Hokage et le Ninja Copieur élève du Yondaime Hokage. Gai aurait été une valeur sûre. Mais pff, tant pis. Elle avait Anko sous la main, et c'est l'occasion qui fait le lardon, non ? D'autant que Gai aurait sans doute été vraiment épuisant, et beaucoup trop bizarre. Là, Anko avait beau avoir une case en moins, elle était plus normale. Bavarder avec elle n'était pas une corvée ou une épreuve, c'était… Comme de sympathiser avec n'importe quel collègue particulièrement exubérant. Elles avaient des intérêts communs, les sujets de conversation ne manquaient pas, et elles pouvaient médire de la gent masculine avec humour. Bref, c'était étonnamment sympa.
Et puis… Peut-être que c'était son cœur d'artichaut qui parlait, mais… Tsunami n'avait pas menti à Hayama-sensei en disant qu'elle savait ce que c'était de souffrir d'une mauvaise réputation. Elle ressentait de la compassion pour Anko. Après tout, elles étaient dans le même bateau. Alors… Gai était peut-être plus aimé de la population de Konoha, mais Anko avait besoin d'amis. Et Tsunami n'avait jamais été capable de ne pas s'attacher aux gens qui entraient dans son cercle social si réduit. Pour le meilleur ou pour le pire, elle avait adopté Anko Mitarashi !
Shisui aurait trouvé ça poilant. Elle décida de ne jamais lui dire.
Leur convoi fut attaqué une fois, le troisième jour de voyage, et Tsunami (affectée à la garde rapprochée des courtisanes) n'eut même pas à lever le petit doigt. Kurenai et Kumadori mirent la plupart des bandits à terre d'un simple genjutsu, et Anko tailla en pièces les deux ennemis restants en caquetant comme une volaille démente. Même Hayama-sensei, à contrecœur, eut l'air impressionné. Anko était cinglée mais elle était efficace. Ce n'était pas pour rien qu'Orochimaru l'avait prise comme élève. Il collectionnait les prodiges, pas les ratés.
Ils escortèrent les courtisanes jusqu'à leur destination sans encombre. Il y avait des ninjas de Kusa en ville, et ils observèrent leur groupe avec suspicion (il y avait toujours de grosses tensions entre leurs deux villages) mais personne ne lança les hostilités. Ils repartirent sans encombre. Sur le chemin du retour, alors qu'ils sautaient de branches en branches (quel bonheur de retrouver la forêt ! Le pays de l'Herbe était trop plat, c'était perturbant), Tsunami ne put s'empêcher de remarquer :
– C'était la mission la plus calme qu'on ait faite.
Anko éclata de rire et passa un bras autour des épaules de Tsunami avec tellement d'enthousiasme qu'elle faillit les faire tomber toutes les deux de l'arbre.
– Bien dit ma cocotte ! Mais t'inquiète, va, la plupart des missions dégénèrent. T'as pas idée du nombre de trucs qui foirent. En fait, tout foire, tout le temps.
– Wow, lâcha Tsunami d'un ton sarcastique. Ça me réchauffe le cœur, vraiment.
Anko rigola et se mit à lui raconter toute une série de mission ayant dérapé de manière tellement catastrophique que ça ressemblait à des blagues cosmiques. Tessen et Kumadori avaient l'air horrifié. Tsunami, quant à elle, commençait à être réellement à l'aise avec l'exubérance d'Anko, et elle se contentait de rire avec incrédulité aux passages les plus exagérée. De temps en temps, Kurenai intervenait pour lâcher d'un ton moqueur que telle ou telle chose ne s'était pas passée comme ça. Bref, c'était… Assez agréable. Est-ce que c'était à ça que ressemblait l'ambiance d'une équipe de Chuunin ? Être entourée de pairs, être de bonne humeur, avoir un bon salaire qui attendait à la maison ? Tsunami avait hâte d'y être…
oOoOoOo
Rencontrer Anko avait été fun mais, par la suite, Tsunami ne la vit pas beaucoup dans le village. Konoha était vaste. Tsunami avait réussi à passer deux années entières sans voir les personnages du canon, après tout. Elle continuait à passer l'essentiel de son temps avec son équipe… Ou ses deux amis. Iruka et Yūgao avaient fini par faire la rencontre de Tessen et Kumadori, inévitablement. Alors qu'ils avaient gardé leurs distances avec Shisui et Itachi (considérant inconsciemment qu'ils étaient juste le second choix de Tsunami en tant qu'amis), ils s'étaient montrés plus curieux envers ses coéquipiers. Bon, c'était normal. C'était son équipe. C'était eux qui surveillaient ses arrières lors des missions, c'était eux qui accaparaient l'essentiel de son temps : ils étaient importants. Ils avaient donc discutés à plusieurs reprises, polis mais circonspects. Ils se disaient bonjour dans la rue, et Tsunami savait qu'Iruka et Yūgao avaient espionné une ou deux fois ses entraînements. Là, elle trouvait que c'était abusé (elle, elle n'espionnait pas leurs entraînements !). Elle savait qu'elle était la cadette du trio infernal, mais ils n'avaient pas besoin de la couver non plus !
Cela dit, il y avait des avantages au fait que ses amis et ses coéquipiers soient familiers les uns avec les autres. Hayama-sensei s'occupait bien d'eux, mais il était Jounin, et parfois on lui assignait des missions en solo. Dans ces cas-là, l'équipe 11 se débrouillait seule. Parfois ils faisaient des missions de rang D pour ramener un peu d'argent à la maison. Parfois ils s'entraînaient. Et, parfois, ils avaient l'occasion de s'entraîner avec d'autres Genins également désœuvrés… Dans ces cas-là, c'était toujours bon d'avoir des contacts.
Faire des matchs équipe vs équipe aurait été bien, mais ils n'en avaient pas vraiment la possibilité. Mizuki voulut bien jouer le jeu une ou deux fois… Puis il refusa, froissé d'être constamment battu par des gamins qui avaient tous au moins cinq ans de moins que lui. Les deux coéquipiers de Yūgao préféraient s'entraîner seuls. Du coup, la seule personne qui accepta de se joindre à eux fut Natsu Hyuga, la kunoichi de l'équipe d'Iruka. C'était une jeune fille douce et réservée, mais facilement offensée. Iruka n'était pas très proche d'elle. Cela dit, elle voulait s'entraîner, et c'était une experte en taijutsu… C'était toujours bon à prendre.
– On fait un match équipe 11 contre le reste ? proposa Tessen les yeux brillants.
– Pas question, protesta Yūgao. On manque de familiarité les uns avec les autres. Pourquoi pas un match filles contre garçons ?
– A moins que vous ayez peur, fit innocemment Tsunami.
Tessen, imprudent, releva le défi. Mal lui en pris. Iruka était rusé, Kumadori avait de bons genjutsu, et Tessen était un adversaire doué, mais ils ne faisaient pas le poids contre une experte en ninjutsu destructeur, une utilisatrice du Poing Souple, et une adepte du kenjutsu. Le match fut rapide, et la défaite écrasante.
Natsu Hyuga, très contente d'elle-même, promis que ça serait un plaisir de remettre ça. Elle se montra même un peu plus chaleureuse avec Tsunami (qu'elle avait jusque là poliment ignoré). Normalement les Hyuga et les Uchiha ne se mélangeaient pas, se contentant de se toiser de loin avec dédain. Ils avaient beau être membres du même village, il y avait toujours eu une rivalité entre leurs clans. Le fait que les Hyuga étaient de grands coincés et que la famille de Tsunami était en disgrâce n'arrangeait pas les choses. Mais partager un succès faisait des merveilles pour détendre la situation.
Natsu se joignit donc régulièrement à leurs entraînements, accompagnant généralement Iruka, et laissant Mizuki bouder tout seul. Tsunami se demandait comment ça s'était passé dans le canon : est-ce que leur équipe avait été aussi dissolue ? Ou est-ce qu'Iruka, alors isolé et plein d'insécurité, s'était cramponné à Mizuki et était devenu son ami ? A une époque, avant que Mizuki soit empoisonné par sa jalousie et sa rancœur, ils avaient eu un lien sincère. Mais là, à cause de Tsunami, ce lien n'avait jamais pu se former. Natsu n'avait pas été exclue de leur dynamique, et… Pour l'instant, ce n'était qu'un petit changement, certes, mais même les plus petites ridules à la surface d'un lac peuvent se propager sur toute sa surface.
L'automne prit fin, tout doucement. Tsunami revit brièvement Shisui. Elle se coupa les cheveux, mais pas trop court, horrifiée à l'idée qu'ils rebiquent sur sa nuque comme ceux de Sasuke. Sa chevelure devenait de plus en plus rebelle : quand elle était petite, c'était des cheveux de poupée, mais maintenant ils rebiquaient de partout ! A l'âge adulte, elle ressemblerait probablement à Madara Uchiha si elle les gardait longs. Urgh.
Mais bref. Le temps passait.
Entre les missions et les entraînements, Tsunami se remit à étudier le Fūinjutsu. Enfin, elle n'avait jamais vraiment cessé, mais là elle s'y remettait sérieusement. Elle avait un nouveau projet. Ça ne manquait pas vraiment à son arsenal, mais elle ne connaissait que des matrices basiques de sceaux de stockage. Elle pouvait sceller des cadavres, un stock de kunais, de la nourriture sous vide… Mais voilà, c'était de la matière. Elle aurait aimé pouvoir stocker du chakra quelque part, pour ensuite se le réinjecter quand elle arrivait au bout de ses réserves. Tsunade Senju avait un truc comme ça avec son sceau sur le front… Mais c'était à base de ninjutsu médical, pas à base de Fūinjutsu. Tsunami n'avait pas le talent pour rediriger et stocker son chakra dans son propre corps comme ça, elle ne connaissait pas assez le corps humain et ne maîtrisait pas son chakra avec un tel degré de précision. En revanche… Le Fūinjutsu pourrait être à sa portée. Elle n'allait pas concentrer son chakra au point que ça crée un Sceau sur son corps, comme le faisait Tsunade : elle allait plutôt dessiner un Sceau qui allait aspirer passivement du chakra. Ce serait le Fūinjutsu qui ferait tout le boulot, pas son contrôle du chakra.
C'était quand même un projet très ambitieux. Les Sceaux contenant du chakra étaient très avancés. Une erreur pouvait causer une explosion (dans le meilleur des cas). Alors créer un Sceau qui allait absorber son chakra, au risque de la vampiriser, puis le lui réinjecter, au risque de lui exploser les tenketsu ? C'était un Sceau de rang B ou de rang A, au moins. Tsunami savait qu'il lui faudrait faire pas mal de recherches et de tests… Et qu'il lui faudrait de l'aide. Ou du moins de la supervision pour pouvoir l'emmener à l'hôpital si ça foirait.
Elle en parla donc à Mama et Izumi, pour qu'elles ne s'inquiètent pas. Elle en parla à Iruka (et à Natsu, parce qu'elle était là et que les yeux d'un Hyuga seraient peut-être utiles). Elle en parla à Yūgao. Et finalement, elle en parla à son équipe. Tessen et Kumadori tombèrent des nues.
– C'est vachement avancé comme Fūinjutsu ! s'écria Kumadori incrédule. Tu es sûre que tu peux le faire ?
– Il a raison ! renchérit Tessen en hochant vivement la tête. Sceller du chakra… Je sais sceller tout un tas d'armes mais du chakra ? Je ne saurais pas par quel bout le prendre. C'est trop volatile !
Hayama-sensei avait l'air soucieux.
– C'est un projet ambitieux, finit-il par dire avec prudence. Peut-être que tu devrais l'évoquer avec un expert.
Tsunami haussa les sourcils :
– Vous en connaissez un ?
Hayama-sensei grimaça. Jiraya était en vadrouille, Minato et Kushina étaient morts, Orochimaru avait déserté… Il y avait peu d'experts en Fūinjutsu restant dans le village.
Il y avait peut-être trois personnes capables de l'aider actuellement dans le village, et c'était l'Hokage (parce que… c'était l'Hokage, quand même, le professeur des Sannins !), Kakashi (qui, dans le canon, scellait la Marque Maudite de Sasuke, faite de chakra), et… Danzō (qui devait s'y connaître un minimum en Fūinjutsu, vu qu'il en marquait tous ses ANBU de la Racine). Tsunami ne s'approcherait pas de Danzō même si on la payait, Kakashi était trop apathique pour s'intéresser à son projet, et le Sandaime avait trop de boulot. Donc voilà. Elle était à peu près sûre de devoir se démerder.
Elle avait aussi l'aide de son Sharingan. Ce qui était assez ironique, car le Sharingan n'était pas prévu pour être capable de ça. Ses yeux magiques lui permettaient de comprendre parfaitement tous les types de ninjutsu, genjutsu et taijutsu : mais techniquement le Sharingan était complètement inutile face à des Sceaux… si on n'était pas initié au Fūinjutsu. Le Sharingan permettait de voir le chakra et de mémoriser instantanément les symboles et kanji les plus abstraits. Sans des bases en Fūinjutsu, c'était inutile. Juste des données qui ne voulaient rien dire. Mais en connaissant le Fūinjutsu… C'était un avantage considérable. On comprenait plus vite, on n'avait pas besoin de revenir en arrière pour chercher un détail, on percevait instinctivement les points qui devaient se connecter.
Tsunami était assez confiante en ses chances. Ça lui prendrait du temps mais ce n'était pas hors de sa portée.
Elle était de plus en plus familière avec son Sharingan. Elle s'entraînait parfois avec en solo, mais il lui arrivait aussi de l'activer pour observer discrètement d'autres personnes. Elle avait copié en secret plusieurs techniques de kenjutsu d'Hayama-sensei, vues pendant des affrontements au cours de leurs missions. Elle avait aussi copié les techniques de shurikens de Tessen, et plusieurs genjutsu de Kumadori. Si elle en avait l'occasion, elle essaierait d'observer Natsu Hyuga en action pour mémoriser le style du Poing Souple, mais elle ne l'avait pas encore fait. C'était difficile d'en trouver le courage. Si Natsu la voyait faire, elle verrait ça comme une trahison… Et elle le rapporterait à son sensei ou à son chef de clan, qui ferait remonter l'info à Fugaku Uchiha. Ça serait une catastrophe. Tsunami n'était pas supposé avoir le Sharingan. Le fait que sa mère ne l'ai jamais activé, et qu'apparemment ses filles non plus, étaient la principale raison pour laquelle il leur avait été possible d'être chassées du clan. Si Tsunami éveillait le kekkei genkai des Uchiha… Ils la réintègreraient. Elle voulait éviter ça à tout prix.
Alors la prudence était de mise, et Tsunami vérifiait toujours les alentours avant de sortir ses yeux magiques. Ça ne lui posait pas de problème moral d'espionner ses camardes de Konoha : la police le faisait constamment après tout. Mais elle devait se montrer plus discrète que les autres Uchiha. Sa sécurité en dépendait.
Elle continuait à garder l'œil ouvert pour essayer de croiser Anko, mais sans succès. En revanche, elle tomba sur Kurenai lors du festival de la nouvelle année, à la fin de décembre. Il faisait un froid de loup, sans le moindre flocon de neige en vue, mais tout le monde était sorti profiter des attractions et de la foire. Hazuki était à présent enceinte de huit mois et son ventre énorme la précédait partout, mais elle était quand même sortie profiter de l'attraction. Izumi et Tsunami ne la lâchaient pas d'une semelle, comme deux gardes du corps, et elle se retournèrent d'un même mouvement quand quelqu'un héla :
– Hazuki-san ! Tsunami !
C'était Kurenai, accompagnée d'un petit groupe d'adolescents et de jeunes adultes. Tsunami reconnu soudain plus d'une demi-douzaine de personnages du canon. A côté de Kurenai se trouvait Asuma puis Gai (bon sang, ils avaient seize ans, ils avaient l'air de bébés comparés à leurs versions du canon !). Ensuite venaient Genma et Raidō, un peu plus loin il y avait un gars avec des lunettes de soleil qui devait être Ebisu, un autre qui devait être Aoba… Et, à l'arrière, l'air de regretter d'être là, se trouvait Kakashi.
– Kurenai, sourit Hazuki. Et tous les autres ! Comment allez-vous ?
Kurenai et la plupart de ses amis étaient encore Chuunin, se rappela Tsunami avec un temps de retard. Ils devaient forcément avoir croisé sa mère, et peut-être effectué des missions ensemble. Ils la saluèrent avec le sourire, en tous les cas. Sauf Kakashi, qui restait à l'arrière, et Ebisu qui avait l'air d'avoir mordu dans un citron. Tsunami lui jeta un regard mauvais, puis fut happée par l'enchaînement des présentations. Elle connaissait déjà le nom de tous les personnages présents, mais elle fit quand même semblant de tous les mémoriser, par politesse.
– Je ne savais pas que tu connaissais ma mère ! dit-elle d'un ton accusateur à Kurenai pendant qu'Hazuki se mettait à discuter avec Genma.
La kunoichi esquissa un sourire d'excuse :
– Je ne la connais pas si bien que ça. On s'est croisé quelques fois. Genma la connait mieux, il a été son binôme pour plusieurs patrouilles, quand Hizashi-san ou Ensui-san n'étaient pas disponibles. Mais c'est l'une des rares Uchiha à ne pas faire partie de la police, alors tous les ninjas en rotation dans le village ont fini par savoir qui elle était. Quand elle a pris sa retraite, il y a eu un pot de départ au quartier général, et c'est seulement là qu'on a eu notre première vraie conversation. Elle est très gentille.
Tsunami jeta un regard en coin à Ebisu, qui était toujours en retrait, subtilement tourné de façon à ne pas avoir Hazuki dans son champ de vision. Pour un ninja, c'était un signe très clair qu'il ne voulait pas être impliqué.
– C'est pour ça que ton ami est tendu comme un ressort ? fit-elle d'un ton légèrement sarcastique.
Les épaules de Kurenai s'affaissèrent, et elle sembla un peu sur la défensive :
– Ebisu est très traditionnel. Il n'aime pas les gens qui brisent les règles mais il n'avait que du respect pour Hazuki-san quand ils travaillaient ensemble. Il ne sait pas quoi penser du scandale, c'est tout.
En gros il avait laissé tomber Mama dès qu'il y avait eu un risque d'être éclaboussé par la désapprobation des puissants, hein ? Tsunami esquissa un rictus. Puis elle se rappela qu'elle était là pour que sa mère passe un bon moment, pas pour provoquer une dispute. Elle ravala son indignation, et essaya de trouver un autre sujet de conversation.
– Comment va Anko ? Je ne l'ai pas vue depuis notre mission.
Kurenai eut l'air un peu surprise :
– Elle va bien. Elle a été affectée à la Section T&I.
Les gens évitaient de dire « Torture et Interrogation » quand ils étaient en public. Il fallait maintenir un vernis de respectabilité dans leur profession. Kurenai enchaîna en la dévisageant avec curiosité :
– Je ne savais pas que tu la cherchais.
– Ce n'est pas que je la cherche, se défendit Tsunami. Elle était sympa…. Non, elle était complètement cinglée, mais elle était drôle et j'ai aimé notre mission. Je me disais qu'elle voudrait peut-être s'entraîner, un de ces jours.
Pour les ninjas, aller s'entraîner était l'équivalent social d'aller boire un verre, de se faire un ciné ou de lécher les vitrines. Eh oui, même en dehors des missions, ils restaient des ninjas. S'entraîner, c'était sortir de chez soi pour voir des gens, passer du temps ensemble et se détendre… Mais c'était aussi se préparer à la prochaine mission. C'était le lot de l'existence des shinobis. L'expression de Kurenai s'adoucit :
– Je lui dirais, promit-elle. Ça lui fera plaisir. Elle est très seule en ce moment.
– Hayama-sensei l'a mentionné, admit Tsunami (ça ne servait à rien de mentir à ce sujet). Mais je sais ce que c'est de se traîner les regards mauvais du village. Même si sa situation est moins agréable que la mienne…
Il y avait une différence entre être traitée de fille de traînée et être traitée de complice d'un traître, surtout dans un village de ninjas. Kurenai hocha sombrement la tête, jetant un regard à Hazuki :
– Je sais. Mais ce n'est pas acceptable pour autant, la façon dont les Uchiha ont traité Hazuki-san.
Tsunami eut un mouvement de surprise. Six mois qu'elles avaient quitté le district Uchiha, et jusque là seuls Iruka et Yūgao s'étaient insurgés contre le traitement de sa famille. C'était presque choquant d'entendre ses mots tant désirés venir de la bouche d'une quasi-inconnue.
– Tu le penses vraiment ?!
– Bien sûr ! lâcha Kurenai avec indignation. Nous sommes des shinobis. On se serre les coudes. Hazuki-san ne méritait pas que les Uchiha se détournent d'elle comme ça. Et la façon dont le village a réagi, comme si elle avait commis une faute, c'était cruel. Aucun des anciens collègues d'Hazuki-san ne lui manquerait de respect comme ça. C'est quelqu'un de bien.
Ça faisait chaud au cœur. Les collègues d'Hazuki n'étaient qu'une poignée, mais c'était bon de savoir qu'il y avait des gens de son côté. Tsunami ne put s'empêcher de sourire. Kurenai le remarqua, et elle ajouta avec sérieux :
– Je sais que la majorité des villageois se sont détournés d'elle, mais on est quelques-uns à avoir rembarrés ceux qui lui manquaient de respect. Genma en a envoyé trois récurer les toilettes de la station, Inoji Yamanaka s'est fait arrêter pour outrage à la police en engueulant un des Genins Uchiha, et j'ai entendu dire que Hizashi Hyuga a failli faire pleurer un des gardes du village tellement il l'a rembarré sèchement.
– Yamanaka ? répéta Tsunami. Hyuga ?
– Inoji-san est le Chuunin en charge des patrouilles, l'informa Kurenai. Hizashi-sama est le frère du chef du clan, mais il est aussi affecté à la surveillance du périmètre du village. Il a fait pas mal de patrouilles avec Hazuki-san. En fait, il était l'un de ses partenaires les plus fréquents, avec Ensui Nara ou Genma. Je ne sais pas s'ils étaient amis, mais en tous les cas il la respecte beaucoup.
Sa mère avait pas mal de relations avec les autres clans, en fait… Tsunami tourna vers elle un regard songeur. Les Nara qui leur avaient consenti un prêt pour acheter leur appartement, sans doute grâce à ce Chuunin nommé Ensui Nara… Les Yamanaka, avec cet Inoji qui avait été son supérieur hiérarchique… Et Hizashi Hyuga qui était (si les souvenirs de Tsunami étaient exacts) le père de Neji Hyuga…
Puis elle soupira. Oui c'était bien beau tout ça, mais aucun de ces clans ne s'opposait franchement aux Uchiha. Leur soutien à Hazuki état limité. D'ailleurs, peut-être même que la situation était inversée. Peut-être qu'ils ne soutenaient pas Hazuki au risque de contrarier les Uchiha, mais qu'ils soutenaient Hazuki pour s'opposer subtilement aux Uchiha, sans vraiment se soucier d'elle. Peut-être que c'était une lutte de pouvoir. C'était possible aussi. Et d'ailleurs, est-ce que Mama n'avait pas mentionné que le père de son bébé à naître faisait partie d'un clan, lui aussi ? Un clan auquel ni Mama ni son amant n'avait dit la vérité, de crainte d'être instrumentalisés ? Tout n'était pas rose dans cette histoire.
– Les gens ont commencé à passer à autre chose, finit-elle par dire. Je suis sûre qu'il y a plein d'autres rumeurs pour les occuper.
Kurenai renifla avec amusement :
– Tu n'as pas tort. Tu as entendu la dernière ? Au sujet de Kotetsu et Izumo ? Ils ont réussi à faire croire à une patrouille ennemie qu'il fallait remplir un formulaire administratif avant de les tuer !
Tsunami en fut tellement surprise qu'elle éclata de rire :
– Vraiment ?!
– Vraiment ! Genma, Genma, ce sont tes gamins, viens raconter ce qu'ils ont fait !
– Ce ne sont pas mes gamins, râla Genma avec bonne humeur en les rejoignant. Arrête de dire ça à tout le monde !
– Ils vivent avec toi, c'est toi le responsable de leur éducation !
– Ils vivent avec toi ? répéta Tsunami comme un perroquet.
Il s'avéra que Genma, après l'attaque du Kyūbi, avait perdu sa famille et hérité d'une grande maison vide. Il avait dix-sept ans à l'époque. Kotetsu et Izumo en avaient douze, et avaient absolument tout perdu. Genma les avait trouvés en train de dormir dans un arbre de son jardin, et les avait installés dans une des chambres vides. Ils n'en étaient jamais repartis. Genma avait plein d'anecdotes à raconter…
Tsunami, Hazuki ne quittèrent pas vraiment le groupe de Chuunin de la soirée. Izumi disparut pour rejoindre son amie Hana Inuzuka, mais Tsunami décida de rester avec leur mère. Il fallait bien que quelqu'un la surveille. Et… Elle passa un bon moment, en fin de compte. Tout le monde était sympa avec sa mère, tout le monde avait des anecdotes à raconter. Mis à part Kurenai, Genma et Ebisu, ces gens n'avaient jamais échangé plus de deux mots avec Hazuki, mais ils l'accueillaient parmi eux sans hésiter. Ebisu finit par abandonner sa distance et par s'excuser avec raideur de ne pas avoir été plus présent pour son ancienne collègue. Même Kakashi échangea quelques mots polis avec Hazuki. Tous ces personnages… Tous ces gens n'étaient qu'une bande d'adolescents, mais ça réchauffait le cœur de Tsunami de les savoir de son côté. Du côté de sa famille.
L'avenir n'était pas si sombre. Les Uchiha les avaient mises à la porte, et elles avaient un cercle social franchement réduit, mais… Elles n'étaient pas seules au monde.
oOoOoOo
L'accouchement d'Hazuki était prévu en janvier. Ce mois-là, ses visites à l'hôpital se multiplièrent. Les soins étaient gratuits à Konoha, et les grossesses des kunoichi étaient suivies avec une attention particulière. Les bébés ninjas étaient la principale ressource du village après tout. Hazuki était d'autant plus surveillée qu'elle avait trente-trois ans, et que sa grossesse était considérée comme assez tardive. La plupart des femmes avaient leurs enfants entre vingt et trente ans, car les ninjas ne vivaient pas vieux, et une vie de combat était épuisante pour le corps humain. Si on ajoutait à ça un fœtus qui pompait le chakra de sa mère, et tous les accidents susceptibles de se produire quand il allait sortir… Eh bien. Pas étonnant que les médecins soient un peu paranos. Il n'était pas fréquent que les femmes meurent durant l'accouchement… Mais ce n'était pas non plus exceptionnel. Poussée par une curiosité morbide, Tsunami se renseigna à ce sujet. Elle apprit avec horreur qu'elle connaissait (dans certains cas seulement de façon périphérique) au moins six personnes dont la mère avait péri ainsi : son coéquipier Tessen, Natsu Hyuga… Mais aussi Kurenai, Anko, Gai, et Kakashi.
Sa mère était plus sereine qu'elle. Elle fredonnait souvent, caressant son ventre d'un geste tendre. Tsunami avait un peu de mal à comprendre comment elle pouvait déjà aimer ce bébé : il n'était pas encore né, ce n'était pas vraiment une personne réelle. Quand Izumi était venue au monde, elle n'avait été qu'une petite créature rouge et chiffonnée qui braillait tout le temps. Tsunami avait mis du temps à s'habituer à elle. Oh, à présent, elle aimait férocement sa petite sœur : mais ça n'avait pas été immédiat. Pour son petit frère aussi, ça prendrait du temps. Mais peut-être que c'était différent quand on était la mère ? Peut-être que l'amour était plus spontané, plus instinctif ? Hazuki semblait si sûre d'elle quand elle parlait de ce bébé, comme s'il était déjà réel et non pas juste une possibilité à venir.
Le ninjutsu médical était capable de merveilles pour regarder dans les entrailles d'une personne… Mais l'ultrason n'avait pas encore été inventé, alors il était difficile de deviner à l'avance le sexe d'un nouveau-né. Malgré tout, Mama était sûre que ça serait un garçon. Elle avait commencé à réfléchir à des prénoms en ce sens. Etant donné la thématique des noms de Tsunami (raz-de-marée) et Izumi (source), Tsunami s'attendait à ce que ce soit quelque chose en rapport avec l'eau. Peut-être Nagisa, qui signifiait rivage. Ou bien Kaito, qui voulait dire océan. Elle avait un faible pour Kaito.
Mais Tsunami et Izumi avaient été nommées en l'honneur de leur père et de ses racines, et… Ce bébé n'était pas celui de Kaiji. Ce bébé n'aurait pas de père pour le bercer, lui parler de sa famille, lui raconter des histoires, jouer avec lui, le border, le regarder grandir. Ce bébé n'aurait pas de père, tout simplement. Il n'aurait pas de clan. Il serait le fils d'Hazuki et rien d'autre. Elle n'avait à le nommer en l'honneur de personne d'autre qu'elle-même. Pas même du clan Uchiha. Ce qui était sans doute tant mieux, parce que les noms du clan étaient souvent épouvantables. Itachi signifiait « belette ». Shisui signifiait « flaque d'eau ». Madara était un nom de chien, l'équivalent de « tacheté ». Fugaku était un nom de montagne. Le nom Hazuki désignait tout simplement le mois d'août. C'était navrant ! Aucune imagination.
Si Tsunami avait des enfants un jour, elle leur donnerait des noms badass. Quelque chose d'aussi cool que son nom à elle, Tsunami. Et il fallait se lever tôt pour avoir un nom plus classe que celui d'une catastrophe naturelle…
Au moins Hazuki privilégiait de jolis noms. Pas forcément originaux, mais pas stupides. Et qui rimaient avec ceux de ses filles, parce qu'apparemment dans le monde ninja (ou était-ce dans la culture pseudo-japonaise en général ?) il était courant d'avoir une certaine harmonie entre les noms des différents membres de la famille. Tous les prénoms que Mama envisageait rimaient donc en i. Nozomi, Haruki, Eiji, Hitoshi, Katsuki…
Cela dit, lorsque les contractions commencèrent et qu'Hazuki se rua à l'hôpital, elle n'avait pas encore choisi de prénom.
On était à la fin du mois de janvier. Izumi avait cours à l'Académie, et elle fut obligée d'y aller, mais Tsunami passa la journée à tourner en rond dans la salle d'attente. Elle pouvait sentir le chakra de sa mère, parcourut de vagues d'agitations évoquant la douleur. Diverses personnes passèrent la voir pour prendre des nouvelles, souvent nerveuses, ne s'attardant pas longtemps. Iruka, Yūgao, Tessen, Kumadori, Hayama-sensei… Puis ce fut Genma, Kurenai, et même Anko qui passèrent en coup de vent. En d'autres circonstances, Tsunami en aurait été touchée. Là, elle était juste malade d'inquiétude. Dès qu'Izumi eut terminée sa journée de cours, elle la rejoignit et les deux sœurs attendirent en silence, se tenant la main, emplie d'une même angoisse.
Ce ne fut qu'après dix heures entières de travail, tard dans la nuit, qu'un médic vint les chercher. Tsunami pouvait sentir le chakra de sa mère, faible et épuisée mais vivante. Cela dit, l'expression grave du médic lui donna l'impression que ses entrailles s'étaient changées en plomb.
– Votre mère va bien, les rassura d'emblée le médic. Le bébé aussi. Mais ils sont tous les deux très affaiblis. Votre mère a perdu beaucoup de sang, et son système de circulation du chakra a été endommagé. Elle n'aura pas d'autres enfants… Et elle ne pourra pas reprendre le service actif.
Tsunami resserra sa prise sur la main d'Izumi.
– On peut la voir ?
Hazuki était éveillée, mais à peine. Izumi se précipita vers elle, mais le regard de Tsunami s'attarda sur le bassinet poussé à côté du lit. Enveloppé dans des couvertures, le bébé était minuscule. Il avait l'air… normal. Rose, chiffonné, chauve, et profondément endormi. Son chakra était faible, comme la lumière tamisée d'une veilleuse. Tsunami se concentra pour mieux le sentir et cligna des yeux avec surprise : il était absolument identique à celui de Mama. A quel âge les bébés commençaient-ils à produire leur propre chakra ?
– Tsunami, Izumi, voici votre petit frère, sourit Mama avec fierté malgré son épuisement. Il s'appelle Hikari.
Hikari signifiait lumière, clarté. C'était un joli nom. Tsunami sourit faiblement, puis elle se pencha pour serrer sa mère dans ses bras. Un nœud d'angoisse se desserra au niveau de son ventre. Mama avait survécu. Tout allait bien se passer.
Le médic n'était pas aussi optimiste. Il les avertit qu'il faudrait au moins une semaine avant qu'Hazuki ne soit autorisée à quitter l'hôpital. Il leur parla de rendez-vous toutes les semaines, de problèmes de santés à venir, de médicaments à prendre. Mais après une journée de tension insoutenable, rien ne pouvait crever la bulle de soulagement euphorique dans laquelle Tsunami flottait.
Durant les jours suivants, cela dit, elle dégringola assez vite de son petit nuage.
Hikari était fragile mais relativement en bonne santé. En revanche, Mama était profondément affaiblie. Le médic l'avertit qu'elle allait souffrir de violents saignements durant des mois, et que son chakra allait mettre encore plus longtemps à retrouver son niveau normal. C'était comme si elle souffrait d'une perpétuelle hémorragie de chakra, qui s'améliorerait avec le temps mais qui ne guérirait jamais. Lorsqu'Hazuki fut autorisée à rentrer chez elle avec son bébé, elle était à peine assez remise pour marcher. Sur les derniers mètres, Tsunami dû la porter ! Et ce n'était pas la fin de leurs problèmes. A la maison, il fallait nettoyer, cuisiner, faire les courses, changer le bébé, le surveiller… Mais Mama n'avait plus la force de faire tout ça. Elle passait l'essentiel de son temps à se reposer. Elle était pâle, comme anémiée, et souffrait d'une fatigue chronique. Tsunami essayait de l'aider, mais devait quand même effectuer des missions pour rapporter de l'argent à la maison : des missions qui lui faisaient parfois quitter le village plusieurs jours. Des missions qui, en plus, n'étaient même plus suffisantes pour assurer le confort de sa famille. Le village versait des allocations aux nouvelles mamans, mais avoir un bébé coûtait cher. Les vêtements, la nourriture, les produits pour le bain, les couches, c'était une vraie fortune. Et si on ajoutait à ça tous les antibiotiques que prenait Mama, et le stress qui pesait sur toute la famille devant son état de santé…
Vu les absences de Tsunami et la faiblesse de sa mère, Izumi se mit à endosser le rôle de femme du logis. C'était sur elle que tombait la tâche de faire le ménage, la cuisine, la vaisselle, changer le bébé, faire les courses. Mais elle ne savait pas vraiment se débrouiller… Et surtout, ce n'était pas ce que Tsunami voulait pour sa petite sœur. Avec amertume, elle réalisa que c'était là qu'avoir un clan aurait été bien pratique. Avoir une famille étendue, ça donnait une certaine capacité d'absorption des chocs de la vie. Des gens qui pouvaient aider, ramener à manger, prêter de l'argent, donner des vêtements. Mais à cause des Uchiha… Non, à cause de Tsunami et de son interférence avec le canon… Hazuki n'avait plus ce soutien.
Au départ, Tsunami ne dit rien. Elle avait sa fierté. Et puis… Dans ce monde, dans cette culture… Les gens étaient très privés sur leurs difficultés. Ils avaient honte de réclamer une aide financière et matérielle. Ce n'était pas juste la personnalité de Tsunami, c'était aussi un élément culturel auquel elle avait été exposée dès l'enfance. Mais les semaines passèrent, un mois, puis deux… Mama n'allait pas mieux. Hikari pleurait souvent. Izumi était épuisée, ses notes baissaient. La poussière s'accumulait. La lessive prenait du retard. Les placards étaient vides. A la fin de l'année scolaire, en mars, Izumi déclara qu'elle était soulagée que l'école soit terminée parce que ça allait lui donner le temps de faire le ménage. Tsunami prit sur elle, et décida de ravaler sa fierté.
Elle n'avait pas de clan. Elle n'avait pas vraiment de famille. Mais elle n'était pas seule. Elle avait des amis. Sa mère avait des amis. Et… Il était temps de se tourner vers eux.
J'ai besoin d'aide. Ce n'était pas si difficile à dire, non ?
Elle commença par Iruka et Yūgao. Izumi emmena le bébé et leur mère au parc pour la journée, et les Genins nettoyèrent la maison à fond. Puis ils organisèrent une sorte de rotation : si l'un d'eux était hors du village pour plus d'une journée, les autres devaient aller voir Hazuki pour l'aider à faire ses courses. Ensuite, Tsunami se tourna vers son équipe. Tessen et Kumadori se mirent à apporter des plats à faire réchauffer. Tessen était orphelin, mais il était un cuisinier décent. Kumadori ne savait pas faire cuire des pâtes, mais il avait une mère cordon-bleu qui sembla s'attendrir de l'histoire d'Hazuki. Quant à Hayama-sensei, il ramena trois cartons pleins de vêtements de bébés. Tsunami apprit à cette occasion que son sensei avait une fille, qu'il avait eue alors qu'il était encore adolescent, et qui avait à présent presque cinq ans.
Puis Tsunami alla voir les Chuunins qui avaient travaillé avec sa mère. D'abord Genma, puis Kurenai : c'était les deux seuls qu'elle connaissait. Elle leur parla un par un, en privé. Elle avait beau avoir pris sa décision, elle avait honte d'avouer sa faiblesse. Mais aucun ne l'envoya promener. Genma proposa aussitôt de passer de temps en temps, pour faire la cuisine et le ménage, et offrit même d'ordonner à Kotetsu et Izumo de faire de même. Kurenai proposa de garder Hikari la journée, pour qu'Hazuki puisse se reposer.
Les gens se passèrent le mot. Ils s'organisèrent. Genma, Kotetsu et Izumo habitaient dans le même quartier que la famille de Tsunami : il devint habituel de les voir passer au moins une fois par jour, dans l'après-midi, pour faire le ménage ou la cuisine. Kurenai se mit à aider Izumi avec ses devoirs, pour que ses notes remontent. Anko fut intégrée dans l'affaire du jour au lendemain, et se montra étonnamment silencieuse en présence du bébé endormi, traitant sa mission de baby-sitting avec tout le sérieux d'une mission de protection de Daimyo. Gai se porta volontaire pour accompagner Hazuki à ses rendez-vous à l'hôpital, lui épargnant un trajet rendu épuisant par son affaiblissement. L'air constipé, Ebisu leur ramena des plats faits maison. Un jour Natsu Hyuga frappa à la porte avec une boite de peluches et de jouets, offerts par Hizashi Hyuga : le frère du chef de clan ne pouvait pas se déplacer, parce que sa famille était une bande de super-traditionnalistes qui auraient désapprouvé un tel geste… Mais Hazuki sembla touché par le fait que son collègue ne l'ait pas oublié.
Tsunami ne vit pas vraiment le temps passer. Elle était constamment plongée dans une tâche puis une autre, gérant urgence après urgence, enchaînant les missions à tour de bras. Elle faisait toutes les missions assignées à l'équipe 11 et s'entraînait avec ses coéquipiers à la moindre occasion, oui : mais, pendant que ses camarades se reposaient, elle demandait d'autres missions. En tant que Genin, elle ne pouvait effectuer en solo que des missions de rang D… Et elle se retrouvait souvent à jouer les coursiers aux quatre coins du village ou à ramasser les détritus au bord de la rivière. Ses projets de Fūinjutsu et son entraînement au Sharingan étaient passés complètement à la trappe.
Et puis soudain on se retrouva au début de l'été, et Tsunami réalisa avec surprise que le pire était passé.
Sa famille avait un filet de sécurité. Il y avait des gens qui venaient régulièrement à la maison s'occuper des tâches ménagères. Grâce aux dons et aux cadeaux de leur entourage, le budget n'était pas dévoré par les frais des courses alimentaires ou des produits pour bébé. Mais surtout, ils n'étaient plus isolés, vivants reclus chez eux sans parler à leurs voisins. Ils étaient entourés de gens qui se souciaient d'eux, qui s'inquiétaient pour eux, qui les protégeraient si nécessaire. Oh, ils vivaient chacun leur vie de leur côté, mais ils prenaient quand même le temps de penser régulièrement à Hazuki. C'était si vertigineux, quand on y pensait. Quelques mois plus tôt, Tsunami s'inquiétait d'avoir un cercle social quasi-inexistant, et là elle pouvait nommer vingt personnes prêtes à venir lui donner un coup de main quelle que soit l'heure. Izumi n'était pas livrée à elle-même. Hazuki n'était pas abandonnée par son entourage. Hikari n'était pas négligé. Tsunami pouvait souffler. Elle ne portait plus tout le poids de sa famille sur ses épaules. Oh, elle allait être redevable à un tas de gens, mais ça en valait la peine.
Calmer son rythme frénétique de travail lui demanda quelques semaines. Elle était tellement habituée à travailler du matin au soir qu'elle se sentait agitée quand elle ne faisait rien. Elle avait loupé l'examen Chuunin qui devait avoir lieu à Kumo en ce moment-même, réalisa-elle avec un choc. Hayama-sensei s'était bien gardé de mentionner l'évènement. Heureusement, d'ailleurs. Elle aurait sans doute fondu en larmes si on lui avait proposé d'y aller et qu'il lui aurait fallu refuser pour continuer à ramener de l'argent à la maison.
Elle se détendit. Elle prit un jour de repos. Elle passa du temps à la maison après ses missions avec l'équipe 11. Elle s'entraîna avec sa petite sœur. Elle passa du temps avec sa mère et son petit frère. Elle se remit à traîner avec Iruka et Yūgao quand ils étaient tous les trois libres en même temps. Elle avait l'impression d'arriver à la fin d'un long tunnel.
– Et c'est pour ça que trop travailler est mauvais pour la santé, expliqua-t-elle gravement au bébé en le faisant sauter sur ses genoux. On bosse, on bosse, et la vie continue à avancer sans nous. Ça va faire quatre mois entiers qui me sont passés sous le nez, tu réalises, Hikari-chan ?
Hikari babilla joyeusement, apparemment tout à fait d'accord avec elle. Âgé de six mois, c'était un bébé mignon, aux joues rondes et au rire gazouillant. Il avait les cheveux châtains, quasiment de la même couleur que ceux d'Izumi : mais cela semblait être la seule chose qu'il avait héritée de son père. Il avait la chevelure lisse d'Hazuki, ses yeux noirs, son nez, sa peau claire, ses longs cils. Un parfait petit Uchiha.
Derrière Tsunami, Genma émit un reniflement amusé. C'était lui qui était de passage pour s'occuper de la maison aujourd'hui, et il portait un tablier rose pastel en essuyant la vaisselle. C'était une image bizarrement domestique.
– Tu es trop jeune pour te noyer dans le boulot comme ça, commenta-t-il sans cesser sa tâche. C'est comme ça qu'on brûle la chandelle aux deux bouts.
– Je suis Genin, protesta Tsunami. Je suis dans une équipe qui partage en quatre la paie des missions, sauf si je fais toute seule des missions de rang D qui ne rapportent que des clopinettes. Si j'avais été Chuunin, ça aurait été différent.
– Hum, fit pensivement Genma. Tu penses participer au prochain examen ? Ce sera à Konoha, vers novembre.
Tsunami considéra l'idée. Elle n'était plus poussée par le besoin d'argent et l'urgence de la situation, mais… Ça la tentait quand même.
– Pourquoi pas ? J'aurais douze ans en août. C'est un âge raisonnable pour se lancer dans les examens Chuunin.
Dans le canon, c'était l'âge qu'avaient eu Naruto et ses amis en s'y lançant… Et Shikamaru en était ressorti avec une promotion. Ce n'était donc pas mission impossible. Bien sûr, ce n'était rien si on comparait ça à la date de promotion des prodiges comme Kakashi ou Shisui, mais eh ! Eux, ils n'avaient pas eu à soutenir financièrement leurs familles.
– Je pense que ton amie Yūgao va y participer, fit pensivement Genma.
– Ça ne m'étonnerait pas, marmonna Tsunami. J'en parlerai à mon sensei et on verra ce qu'il a à dire… Mais je pense que mon équipe a ses chances.
Genma émit un murmure approbateur et termina la vaisselle. Tsunami lui jeta un regard en coin. Elle n'était pas amie avec lui, mais il était devenu une figure familière dans sa vie. A vrai dire, tous les amis de Mama étaient devenus des figures familières. Tsunami ne se considérait véritablement amie qu'avec Anko et Kurenai, parce que c'était avec elles qu'elle parlait le plus souvent, mais… Ils étaient là. Ils ne connaissaient pas la date d'anniversaire ou la couleur préféré de l'autre, mais ils savaient quelles petites habitudes chacun avait. C'était assez étrange de penser que, quelques mois plus tôt, ces gens étaient de parfaits inconnus.
Hikari commençait à bâiller, et Tsunami alla le mettre au lit sur la pointe des pieds. Le berceau se trouvait dans la chambre de sa mère, et celle-ci dormait profondément. Elle allait un peu mieux qu'à sa sotie de l'hôpital, mais elle était toujours épuisée par le moindre effort. C'était comme si son rythme de production du chakra avait du mal à revenir à la normale. Ses réserves ne se reconstituaient pas. Ce n'était pas un danger immédiat pour sa santé, mais… D'une certaine façon, ça serrait le cœur de Tsunami de voir sa mère si fragile, alors qu'elle avait toujours été si énergique.
Genma ne tarda pas à disparaître. Littéralement, d'ailleurs : c'était un Kage Bunshin, et il se volatilisa dans un nuage de fumée. Il n'était pas rare que les Chuunin envoient un clone à leur place pour aider au ménage ou à la cuisine : ce n'était pas une tâche où ils risquaient de se faire détruire, et ça leur permettait d'être disponibles en personne pour s'entraîner, se reposer, ou partir en mission. Tsunami se fit une note mentale d'apprendre ce Jutsu au plus tôt. Ça avait l'air incroyablement utile.
Elle s'allongea un instant sur le canapé et laissa ses pensées dériver. L'examen Chuunin. C'était une étape importante. Elle se demandait si l'un de ses amis, qui avait passé l'examen à Konoha, pourrait lui donner une piste sur ce qui l'attendait. Hum… Kurenai était trop fair-play et Anko trouverait très drôle de lui donner une fausse piste. Elle pourrait demander aux autres membres de leur groupe, mais elle ne savait pas trop comment aborder le sujet. Yūgao avait raté son examen, et en plus ça avait eu lieu à Suna. Il restait bien Shisui, mais… Elle ne l'avait pas vu depuis des mois. Depuis avant la naissance de Hikari, en fait.
Hikari. Il n'existait pas dans le canon. Izumi avait été fille unique, sage et obéissante : sa mère s'était rangée, n'avait jamais repris le service actif, n'était jamais retombé amoureuse. Hikari n'était pas né dans l'histoire d'origine, et… Tsunami ne savait pas du tout quel sort l'avenir lui réservait. Normalement, rien. Comme Tsunami et Izumi, il n'était qu'un demi-Uchiha sans Sharingan et rejeté par le clan : il ne serait pas mêlé au coup d'état et au massacre. Mais… Elle ne pouvait pas en être certaine. C'était une donnée inconnue. Avec un grognement frustré, elle se frotta les yeux. Dans cette histoire, il y avait beaucoup trop de données inconnues…
Une chose à la fois, se morigéna-t-elle. Il lui restait encore quatre ans avant le massacre. Elle allait passer l'examen Chuunin de Konoha, et ensuite… Elle aviserait. Avec une promotion, elle aurait une meilleure paie et plus d'indépendance. S'il lui fallait préparer des plans de contingence, ça ne serait pas négligeable.
Puis elle sentit le chakra familier d'Izumi qui remontait la rue, et s'efforça de chasser ses idées noires. Elle avait encore le temps d'y penser, non ? Rien ne pressait.
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Aaaaah Tsunami et sa paranoïa. Quelle Serpentard des fois x) Remarquez, dans le monde des ninjas, mieux vaut être trop parano que pas assez…
Enfin bref. Tadaaa, Tsunami a un petit frère ! Au départ, je l'avais nommé « Kagari » mais finalement j'ai changé. « Hikari » est un prénom plus logique. Et dans les chapitres suivants, j'ai petit à petit réalisé avec une certaine horreur que, si Tsunami est une Serpentard et Izumi une Serdaigle… Hikari est un Poufsouffle. Sérieusement, il a basiquement la personnalité d'Elisabeth Bishop.
Little cinnamon roll, too good for this world, too pure.
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J'espère que ça vous a plu, et je vous dis à la semaine prochaine !
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