Merci de vos reviews. Ça me fait plaisir. Contente que ça vous plaise. Voilà un tout nouveau chapitre et une toute nouvelle affaire et je pense un jour ou l'autre vous allez finir par m'envoyer dans le East River :p

Bonne lecture


Chapitre 6: Une affaire difficile

En mi-octobre, le temps chaud de l'été semblait n'être qu'un amer souvenir et le temps doux de l'automne commençait lentement à faire place à un temps frais et venteux qui annonçait l'arrivée de l'hiver, assez rapidement. Les feuilles tombaient en masse sur les pavés de la Grosse Pomme et les habitants commençaient presque à délaisser leurs manteaux d'automne pour ressortir leurs grosses doudounes d'hiver. Pas tous les jours, mais certains matins nécessitaient d'être plus couverts que d'autre.

Certaines maisons et appartements commençaient à être décorés en prévision d'Halloween, cette fête qui ne passait pas du tout inaperçue aux États-Unis. Les boutiques faisaient déjà leur quota avec la vente des déguisements et autres bonbons et citrouilles pour la décoration.

Mais pour le 11 cela signifiait un peu plus de meurtres puisque la période d'Halloween semblait faire sortir tous les psychopathes. Tout le monde avait noté une augmentation du crime à cette période de l'année.

En ce matin brumeux et assez frais, le feu de la cheminée de l'appartement au-dessus de la boutique, crépitait légèrement. Abe était en train de préparer le petit déjeuner et bizarrement Henry n'était pas encore réveillé. Le froid devait certainement le faire rester dans son lit…

Ou il était bien accompagné, ce qu'Abe ne savait pas.

Après les dernières affaires, cette histoire avec Alice et le fait qu'Henry et Jo s'étaient éloignés, il semblait que finalement, ils avaient décidé de sauter le pas. Ils ne savaient pas exactement comment ils en étaient arrivés là, mais après avoir bu leur verre à leur bar habituel, Henry avait invité Jo, Abe avait un tournoi de poker avec ses amis et ne rentrerait que tard le soir ou tôt le matin, selon comment le jeu se passait.

Ils avaient discuté sur la terrasse, avant de rentrer parce que le temps commençait sérieusement à se rafraîchir. Ils avaient migré dans le salon et s'étaient rapprochés en regardant le feu de la cheminée. Henry avait glissé un bras autour des épaules de Jo et elle s'était blottie complètement contre lui et leur attraction les attirant vers l'autre comme des aimants, ils s'étaient embrassés lentement et une chose entraînant l'autre, ils avaient rapidement terminé à nu, dans la chambre d'Henry et sans aucun retour possible.

La nuit avait été intense et fusionnelle, à tel point qu'ils avaient tous les deux manqué de perdre connaissance après leur session.

Mais le réveil matin fut doux et tendre et Jo se retourna lentement, avec un grand sourire aux lèvres avant de voir qu'Henry la dévorait déjà des yeux.

Elle posa sa tête sur son torse, en dessinant des cercles dessus.

- Bonjour détective – dit-il d'une voix rauque et sensuelle

Jo sentit son corps se parcourir de frissons, de la même façon qu'Henry l'avait fait toute la nuit.

- Hey docteur ! On a bien dormi ?

Henry frotta son nez contre le sien, en passant sa langue sur ses lèvres

- Je crois qu'aucun de nous n'a vraiment dormi pour être honnête.

Jo se pinça les lèvres et se permit de grimper sur lui, en mettant ses jambes de chaque côté de ses flancs. Henry ne pouvait que profiter de la nudité de la jeune femme.

Il passa ses mains dans ses cheveux et enroula une de ses mèches autour de son index. Elle était si belle et elle avait parfaitement bien répondu à ses coups de reins, la nuit précédente. Il souhaiterait que ce moment magique ne s'arrête jamais.

Jo le regardait avec des étoiles plein les yeux et elle aurait volontiers passé le reste de la journée dans ce lit.

Elle commença à l'embrasser tout le long de sa mâchoire, sa poitrine s'écrasant contre son torse. Henry soupira de plaisir, en laissant remonter ses mains dans le creux du dos de Jo et les fit descendre un peu plus bas. Jo sentit le désir d'Henry monter et cela la liquéfia sur toutes les parties de son corps.

Le téléphone de la jeune femme se mit à vibrer et elle l'attrapa, en se mettant à califourchon sur Henry, qui à son tour se mit à lui faire des suçons dans le cou. Elle regarda l'interlocuteur et vit qu'il s'agissait d'Hanson, mais Henry lui faisait tellement de bien, que le cellulaire lui glissa juste des doigts et elle se mit à gémir lentement et de plus en plus fort, Henry rentra en elle avec passion et son corps se braqua, sa tête se balança en arrière et il la retourna pour prendre le contrôle et se mettre sur elle, elle ferma les yeux et gémit son nom toujours plus fort.

- Henry ! Oh… Henry !

- HENRY !

Henry sursauta et ouvrit brusquement les yeux, avant de voir Abe, près de son lit, les mains sur les hanches. Il dévisagea son père.

- Il est 9h je te signale ! Qu'est-ce que tu fais encore dans ton lit ? C'est pas vrai !

Il ouvrit les rideaux et Henry fut complètement aveuglé et porta la main à sa tête. Que s'était-il passé ? Et enfin, où était passé Jo ?

Il voulut bouger, mais sentit la forme bien évidente dans son pantalon et probablement le bordel qu'il avait fait… Il avait l'impression d'avoir 15 ans. Comment avait-il pu en arriver là ?

Abe se retourna et vit son père qui tentait de cacher la forme grossière. Il fit un petit sourire en coin.

- Attends une seconde, tu faisais un rêve érotique ?

Henry le regarda de travers

- Je ne faisais aucun rêve érotique

Abe croisa ses bras, en hochant la tête

- Mais oui bien sûr ! Je ne suis pas un homme non plus et je ne vois pas du tout que tu essaies de cacher ta rigidité matinale.

Henry resta enfoncé dans son oreiller et continua de regarder son fils d'un œil mauvais.

Il avait l'air plutôt frustré que tout ceci n'ait finalement été qu'un rêve. Cela avait eu l'air si vrai, si intense.

Il se frotta le visage. Son subconscient tentait visiblement de lui dire quelque chose. Il avait déjà rêvé de Jo, mais ce n'était encore jamais allé aussi loin.

Abe lui lança des vêtements

- Bon allez habille toi ! Je sais que tu avais l'air de t'amuser dans ton rêve avec ta belle Hispanique, mais cette dernière nous attend sur le parking du centre commercial.

Henry fronça des sourcils

- Le parking du centre commercial ?

Abe leva les yeux au ciel

- Tu ne te rappelles pas ? Tu veux à tout prix réapprendre à conduire et Jo t'a encouragé à le faire, dans le cas où elle se retrouve en incapacité de le faire sur le terrain un jour. Alors on s'est tous les trois mis d'accord pour apprendre sur le parking du centre commercial, assez grand et assez vide le matin. On doit la retrouver directement là-bas et elle et moi on sera tes instructeurs.

Abe fit un signe de croix, en se disant que Jo avait intérêt à avoir le cœur solide. Après avoir fait descendre la tension, Henry sortit du lit et fixa son fils.

- Tu n'es pas obligé d'être de si mauvaise foi. Je sais conduire.

- Oh non, tu ne sais vraiment pas ! Ça fait près de 40 ans que tu n'as pas été derrière un volant et comment te dire le temps de la coccinelle est révolu donc ma voiture ne se conduit pas comme celles que tu as conduites dans le temps et celle de Jo encore moins. J'aurais dû lui demander d'apporter une combinaison de protection. Pauvre enfant

Henry décida de l'ignorer et s'enferma dans la salle de bain. Il avait besoin d'une bonne douche bien glacée, même s'il faisait froid dehors parce qu'il n'était pas sûr de pouvoir résister à Jo avec le rêve qu'il avait fait ou encore moins de la regarder en face, alors il valait mieux se purifier.

Ils retrouvèrent Jo environ une quarantaine de minutes plus tard. En les voyant arriver, elle les dévisagea.

- Mais enfin, on a eu une panne de réveil ou quoi ? Surtout toi – dit-elle en pointant un doigt accusateur sur Henry

Ce dernier rougit jusqu'à la pointe de ses oreilles. Abe le regarda en secouant la tête.

- Je l'ai tiré d'un rêve ma foi intéressant, apparemment.

- Abraham !

Jo pouffa

- Je vois ! Comme quoi, même le mec le plus ponctuel peut dormir plus longtemps parfois. Bref, vous êtes prêts ?

Abe secoua la tête négativement. Henry soupira.

- Ne fais pas attention à lui – railla Henry, il était parti pour être de mauvaise humeur toute la journée. Qui aimerait se faire réveiller par Abe alors qu'il aurait très bien pu avoir une belle détective au-dessus de lui – moi je suis prêt en tout cas.

Abe n'était vraiment pas enchanté à l'idée de voir son père derrière le volant de sa voiture.

- Tu aurais dû prendre un casque et tout le nécessaire pour te protéger des chocs ma belle. Parce qu'avec lui, tu n'es pas sûre de ressortir de là en un seul morceau.

Jo se mordilla la lèvre

- Ça a l'air rassurant dis donc !

- Comme je te l'ai dit – répondit Henry d'un ton las- ne prête pas attention à lui. J'ai déjà conduit avant, il suffit de s'y remettre.

Jo le regarda longuement

- Je peux savoir pour quelle raison tu ne conduis plus depuis ?

Henry ne pouvait pas lui dire qu'il avait arrêté 38 ans auparavant. Surtout qu'il était censé en avoir 36… Elle le jetterait directement dans la rivière. Abe s'amusait de voir quelle excuse il allait pouvoir donner.

- Euh je… C'est tout bête.

Abe secoua la tête. Avoir Henry qui racontait des bobards était toujours une répartie hilarante.

- Je me suis endormi au volant…

Jo fronça des sourcils

- Mais t'es sérieux là ? Toi, en tant que docteur, tu t'es endormi au volant ?

Henry haussa des épaules

- Pour ma défense, j'avais fait une garde de 72h sans dormir, j'étais complètement épuisé… J'ai fermé les yeux dix secondes et…

Jo leva les yeux au ciel

- Et c'est suffisant pour détourner la voiture de sa route. Qu'est-ce qui s'est passé ?

- J'ai terminé dans un fossé, mais plus de peur que de mal. On m'a retiré mon permis sur le coup.

Jo éclata de rire

- Ils ont cru que tu étais bourré ?

- Oui on peut dire ça comme ça…

Il n'y avait qu'à Henry que cela n'arrivait. Jo se disait qu'il était passé bon nombre de fois à côté de la mort.

Henry n'avait dit que la moitié de la vérité. Il s'était bien endormi au volant pour cause de manque de sommeil suite à une garde prolongée, mais le fossé n'était qu'un détail… Il s'était plutôt mangé un poteau électrique à pleine vitesse et il ne s'en était pas sorti. Abe n'avait jamais cessé de le reprendre à l'ordre suite à cet incident et lui avait dit d'apprendre à dormir. Et Henry avait décidé de ne plus jamais remettre les pieds sur des pédales de voiture.

Jo tenta de compatir et lui donna une tape sur l'épaule.

- Bon allez, les temps peuvent changer, mais je te préviens, si tu as le besoin de dormir et que tu veux conduire, tu restes chez toi ou tu rentres en taxi, parce que pas question que tu risques ta vie ou celle de quelqu'un d'autre, compris ?

Il acquiesça. Abe savait qu'il n'en ferait rien. Henry n'écoutait jamais de toute manière et dès qu'il le pouvait, il se jetait dans la gueule du loup.

- Allez ! On commence, parce que rien ne dit que quelqu'un va appeler Jo et qu'on ne puisse pas démarrer du tout.

Henry s'éloigna un peu et Abe murmura à Jo

- Ça nous arrangerait bien tiens

Jo lui donna un coup de coude

- Ne sois pas si mauvais ! Si ça peut te rassurer, on va commencer avec ma voiture, au moins il ne cassera rien et si jamais il le fait avec la mienne, elle est couverte par l'assurance de la NYPD, donc tout va bien.

Abe grogna et rejoignit les deux avec un Henry qui semblait aussi impatient qu'un gamin le soir de Noël.

Jo fit signe au légiste de prendre place côté conducteur et elle se mit à ses côtés, Abe derrière.

Ce dernier se mit au milieu dans le seul but de pouvoir utiliser toutes les ceintures.

- On n'est jamais trop prudent – souffla-t-il

Jo et Henry le regardèrent avec une seule et même expression et il avait l'impression de se faire juger par ses parents. Enfin, d'un côté, c'était le cas pour l'un d'eux.

- Tu es incorrigible – soupira Henry – je ne vais tuer personne et on est sur un parking. Je ne vais pas être à ce point un danger public.

- Tu te disais aussi ça quand tu t'es endormi au volant, en pleine ville, à moins de 40 km/h ?

Henry leva les yeux et se retourna pour commencer à se concentrer. Jo tentait de ne pas rigoler, mais elle devait reconnaître qu'elle adorait voir ce genre de petites disputes devant elle, un peu comme un père et son fils. Elle fronça des sourcils. Et si…

- Bon alors, qu'est-ce que je dois faire ? – demanda Henry, coupant court à toute pensée de Jo

Jo attacha sa ceinture et regarda devant elle. Le parking était désert. Le centre commercial n'ouvrait pas avant 11h en début de semaine, donc ils avaient un peu de temps avant que cela ne commence à être achalandé.

- Si tu as déjà conduit, normalement tu sais ce que tu dois faire ! Mais je dois te demander, as-tu conduit une voiture automatique avant ou pas ?

Henry secoua la tête. Jo ne fut pas plus surprise que ça.

- Le contraire m'aurait étonné ! Il faut savoir que sur une voiture automatique, tu n'as pas de vitesses à passer. Elles se passent automatiquement quand tu accélères ou décélères. De ce fait, il n'y a pas de pédale à gauche, donc pas d'embrayage et quand tu appuies sur la pédale de frein, ça peut freiner sec, donc fais attention. Ça arrange quand on a besoin de s'arrêter à la dernière minute, au moins tu sais que tu t'arrêteras, ce qui n'est pas le cas des voitures manuelles, mais il faut quand même rester prudent.

Henry demanda alors

- Donc en fait, je n'ai juste qu'à savoir tourner le volant ?

Jo savait qu'il était malin, mais là il posait des questions stupides. Abe se frappa le front avec sa main. Ils étaient mal partis.

- Tourner le volant est une chose Henry, mais il faut savoir manœuvrer. Ce n'est pas parce qu'on ne passe pas de vitesse qu'on est dans un circuit où l'on fait ce qu'on veut.

Henry pouvait dire qu'en tout cas, ce qui concernait la technologie ou la mécanique, il n'était vraiment pas à la page.

- Bon, commençons avant qu'on nous dérange ! Déjà, il faut que tu passes la marche avant. C'est le seul truc à faire avec le levier, la marche avant et arrière. Étant sur un parking, on n'ira pas plus haut que la deuxième vitesse de toute façon.

- S'il respecte ça – brailla Abe

Il ne rajouta rien de plus quand il vit que les deux autres continuaient de le regarder comme s'ils allaient le brûler sur place.

- C'est bon, c'est bon, je me tais – se défendit-il

Jo reporta son attention sur Henry. Elle lui désigna le levier.

- Vas-y, passe la vitesse avant et garde ton pied sur le frein parce qu'on va partir rapidement.

Henry fit ce que Jo lui dicta et galéra pendant cinq minutes avant de réussir à pousser le levier en avant, il parvint à le faire en arrière et recula deux trois fois et Jo fut bien soulagée qu'il n'y ait aucun obstacle tout autour d'eux.

Ce fut simplement la main de Jo qui se posa sur la sienne quand il tenta de nouveau qu'il parvint à finalement bouger le levier dans le bon sens. Abe se retint de faire part de tout commentaire, mais il était quasiment sûr que s'il avait été à la place de Jo, l'effet n'aurait été définitivement pas le même.

Il aurait très bien pu s'en sortir, mais la vérité était qu'il avait vraiment du mal à gérer une voiture automatique qui était pourtant bien plus simple qu'une voiture manuelle. Mais lorsqu'il s'agissait de freiner, soit il pilait trop, soit il ne pilait pas assez, mais au fur et à mesure, ils avançaient d'une drôle de façon et ils s'approchaient un peu d'un bord de trottoir où étaient plantés des arbres.

- Comment on est arrivé là ? – demanda Jo, à deux doigts de s'arracher les cheveux – tu n'avances même pas, tu as déjà du mal à appuyer sur le frein sans qu'on ne passe par le pare-brise.

Abe rigola bruyamment

- Je te l'avais dit que ça allait être une épreuve de lui faire comprendre.

Jo se pinça l'arête du nez

- Mais je ne pensais pas que ça serait à ce point difficile ! Depuis combien de temps tu n'as pas conduit encore ?

Henry se racla nerveusement la gorge

- Euh, hum, une dizaine d'années environ.

Jo souffla

- Eh bien, on dirait que ça fait 110 ans que tu n'as pas conduit, sans offense pour toi Abe, parce que même toi tu t'en sors mieux que lui.

Abe haussa des épaules

- Oh ça ne m'offense pas. T'as raison, c'est un vraiment un grand-père à l'intérieur celui-là.

Henry le regarda et se disait que ce soir, Abe finirait par dormir dans l'une des proches poubelles si cela continuait comme ça.

Henry était pourtant un homme de science, comment il pouvait être aussi maladroit pour conduire, surtout s'il avait déjà conduit dans le passé.

- Je crois que je viens de comprendre – avoua-t-elle

Henry la regarda d'un air interrogatif, se demandant si elle allait le passer au broyeur.

- En fait, tu n'y arrives pas, parce qu'en vrai tu as conduit en Angleterre et ils conduisent à droite ? Donc tu es tout embrouillé. J'ai raison ?

Henry ne s'attendait pas à ce commentaire. Il est vrai qu'il aurait pu donner cette excuse, s'il avait vraiment conduit au Royaume-Uni, ce qui n'était pas du tout le cas.

Mais il attrapa la perche qu'elle lui tendit

- Tu m'as démasqué ! C'est vrai que je n'y comprends rien !

Jo secoua la tête. Henry restait tellement parfaitement britannique, rien ne pourrait le changer.

Abe prenait tellement un malin plaisir avec cette leçon et écoute la moitié de mensonge qu'Henry était en train de balancer à Jo. Surtout à le voir transpirer ainsi.

- C'est pourtant la même chose, mais dans l'autre sens.

Abe y mit son grain de sel

- Il faut dire que les choses simples, monsieur ne les comprend pas. Pour lui, il faut parler en X et Y.

Henry soupira lourdement

- Bon t'as fini là ? Si ça ne te plaît pas de voir comment je conduis et que j'essaie, tu sors de la voiture et tu nous attends pendant qu'on termine !

Jo se pinça les lèvres. Elle ne pouvait pas cacher qu'elle adorait lorsqu'Henry se mettait à gronder tout le monde. Abe croisa ses bras et fit une moue, ce qui rappela à Henry l'enfance du vieil homme.

Il fit un sourire carnassier

- Je ne peux pas sortir de là ! Si je le fais, vous allez tout faire sauf conduire et je vais rapidement voir de la buée monter dans cet engin.

Cette fois-ci ce fut Jo qui lui lança un regard noir à la manière d'une mère

- Je te signale que je suis armé, Abe !

Cela ne semblait pas l'affecter, pas autant qu'Henry lorsqu'il se faisait menacer de la sorte.

- Peut-être que si on met de la musique ça t'aidera mieux à te concentrer ? – suggéra Jo

Abe éclata de rire si fort qu'il en fit trembler la voiture. Henry en avait assez de se faire humilier, son fils allait dormir dehors cette nuit, il n'y avait pas d'autre solution.

- Qu'est-ce qu'il y a encore Abe ?

- De la musique ? T'as déjà entendu ce qu'Henry écoute ? De la musique si ancienne que toi tu n'espérais même pas à être née et même moi à mon âge si avancé, je n'ai jamais écouté une telle daube

Henry se renfrogna

- Je ne vois pas ce qu'il y a de mal avec l'opéra

Jo se retint de lever les yeux au ciel

- De l'opéra ? Mais tu vis dans quel siècle ?

Il se retint de faire part du fond de sa pensée, mais l'envie de dire qu'il était resté aux années 1900 lui tordait l'estomac.

- Ce n'est pas de ma faute si j'aime les choses classiques.

- Un moment faudrait atterrir au 21esiècle – répliqua Jo – je comprends qu'on ait tous des goûts différents, mais les tiens datent vraiment d'un temps que même les plus de 50 ans ne connaissent pas, donc n'exagère pas.

Henry haussa des épaules

- Mon père m'a bien appris, j'ai toujours été très intéressé par l'histoire ancienne et j'en garde un certain goût.

Jo se frotta les sinus

- Bah ! tu m'étonnes que tu ne connaisses rien de moderne. Du coup, j'hésite à mettre Arctic Monkeys ! Parce que tu risques de m'éclater la voiture.

Henry fronça des sourcils

- Arctic quoi ?

Abe n'arrêtait pas de rire. Il n'y avait qu'avec ces deux-là qu'il pouvait autant s'amuser.

- Arctic Monkeys ! C'est un groupe de musique, récent ! – elle trouva utile d'ajouter la précision.

Henry regarda le volant et regarda devant lui. Jo était parvenue à le faire reculer loin du morceau de béton et ils avaient de nouveau le champ libre. Et il hésitait.

- Tu crois que ça va m'aider ? Il me semble que la musique rend plutôt euphorique et a tendance à faire l'effet contraire.

- Ça dépend ! Quand je ne suis pas en mission, je ne suis incapable de conduire sans. Je me dis que si ça peut te booster, vu que tu n'aimes pas tout ce qui est moderne, ça t'obligera peut-être à penser à autre chose, qui est en l'occurrence la route.

Abe trouvait l'idée de la jeune femme très ingénieuse

- Ah oui oui ! Je suis tout à fait pour ! Quelle chanson tu comptes nous mettre ?

- Je pensais à « Do I wanna know ».

Abe se frotta les mains

- Alors fait péter le son. Henry va grincer des dents et il saura peut-être conduire à la fin de la journée.

Henry n'aimait pas du tout la direction que cette conversation prenait et ce n'était pas comme s'il avait son mot à dire dedans. Il se rendit compte de la complicité grandissante entre Abe et Jo quand ils se firent un high five et que la jeune femme brancha son Ipod et démarra une musique bruyante qui lui perça directement les tympans.

- Mais qu'est-ce que ?

- Henry ! tais-toi et conduis ! Personne ne t'oblige à écouter la chanson et les paroles.

Au début, Henry démarra la voiture et ne prêta pas du tout attention à la musique, tandis qu'Abe et Jo s'enjaillaient au son et il entendit même la petite voix de Jo murmurer les paroles et il manquait de freiner brusquement à plusieurs reprises. Elle savait chanter et peut être mieux que lui.

Mais au fur et à mesure que les paroles jouaient et que son oreille malgré lui les imprima dans un coin de sa tête, il se sentit bizarrement concerné par tout ce qui était chanté.

"I'm sorry to interrupt it's just I'm constantly
on the cusp of trying to kiss you"

Henry stoppa net la voiture ce qui manqua une nouvelle fois de faire passer Abe par le pare-brise. Jo le regarda d'un air interrogatif.

"I don't know if you feel the same as I do
But we could be together, if you wanted to"

Il se mit à regarder Jo intensément et toutes les images érotiques de la veille lui revinrent en tête. Le mystère était comment faisait-il pour résister à ce visage depuis un an ? Comment pouvait-il tenter de mettre ça de côté sous prétexte qu'il n'était pas prêt pour une relation ? Plus le temps passait, plus il savait que les autres n'en auraient pas et Jo était encore si jeune, il avait toutes ses chances avec elle, mais il continuait de rester bloqué.

Jo se sentit tiraillée par son regard et ne sut réellement comment détourner les yeux. Abe les regardait tour à tour et se disait qu'il aurait mieux fait de prendre le popcorn.

Il semblait que Jo avait choisi cette chanson par le pur des hasards, mais n'avait pas calculé l'effet qu'elle aurait sur ce pauvre Henry.

La jeune femme demanda d'une voix cassée

- Euh, Henry, est-ce que tout va bien ?

"Do I wanna know, if this feeling flows both ways"

Jo réalisa la raison pour laquelle Henry ne cessait de la regarder et commença elle même à en perdre tous ses moyens. Elle posa sa main sur le levier de vitesse dans le but d'avoir quelque chose à laquelle s'agripper, mais ce fut la main d'Henry qu'elle attrapa. Ils relevèrent la tête lentement l'un vers l'autre et le fond de la musique les rapprocha dangereusement l'un de l'autre.

- Okay temps mort ! – hurla Abe, qui les fit directement revenir à la réalité

Jo cligna des yeux et baissa rapidement le son de la musique. Henry détourna rapidement la tête et espérait que le désir qui commençait à le contrôler ne paraissait pas si évident.

Abe secoua la tête négativement

- Vous n'êtes pas tous seuls ! Croyez-moi que je n'attends que ça, mais là je le sentais pas, une voiture ça créer toujours des étincelles pas possibles.

Ils ne répondirent pas. Leurs joues avaient simplement pris la couleur d'un volcan en éruption. Jo avait été obligé de descendre la vitre parce que la buée qui venait de s'incruster n'était pas simplement due à la présence de trois personnes dans l'habitacle, mais surtout à cette parade sexuelle qui venait de se passer entre les deux partenaires.

Jo prit une profonde inspiration et Henry, sans la regarder dit d'une petite voix

- Peut-être qu'on devrait s'arrêter là pour aujourd'hui ? On reprendra une autre fois. Je pense que je m'en suis mieux sortie qu'au début de la leçon ?

Jo hocha lentement la tête

- Je confirme ! C'est vrai, tu… Tu as bien progressé dans l'heure. Qu'est-ce que tu en dis Abe ?

Elle se racla la gorge. Elle ne comprenait pas comment elle pouvait avoir une voix aussi éraillée.

Abe ne pouvait effacer ce petit sourire mesquin qu'il avait sur le bord des lèvres. Il n'allait jamais les lâcher avec ce moment.

- Oui oui, on peut dire qu'il a fait quelques efforts, mais il a encore besoin de leçons et apparemment des leçons particulières.

Jo et Henry tentèrent de ne pas relever sa remarque et continuaient de rougir fortement.

Jo proposa alors

- Je n'ai pas pris de petit déjeuner ce matin. Ça vous dit de vous joindre à moi pour un brunch ? Je vous invite !

Henry commença à remuer

- Oh non Jo tu n'as pas à faire ça, ce n'est pas du tout poli pour une femme de payer pour deux hommes.

Jo avait senti le commentaire arriver et roula des yeux dans ses orbites

- Henry ! C'est moi qui propose donc je m'en tamponne le coquillard, tu n'as pas idée. Je vous invite et point barre !

Henry n'insista pas. Jo reprit le volant et Abe sortit de la voiture en disant qu'il allait suivre derrière, mais obligea presque son père à rester avec la détective. Henry était certain qu'il le faisait exprès. Il aurait eu besoin de prendre un peu l'air avec toute cette tension.

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Ils partirent dans un petit restaurant qui servait des brunchs jusqu'à 15h. Apparemment, Jo avait ses petites habitudes puisque le serveur lui demanda si elle était là pour prendre la même commande. Cette dernière lui répondit que c'était pour manger sur place cette fois-ci.

Quand elle vit le regard des deux autres, elle leur confia qu'elle venait là au moins deux fois par semaine depuis quelques années et commandait toujours un smoothie banane avec œuf muffin.

Pour une fois, Henry dut reconnaître que les goûts de la jeune femme étaient corrects. Elle n'avait pas choisi quelque chose de trop gras ou trop lourd et la nourriture semblait mangeable de ce qu'il voyait dans les assiettes des autres clients aux alentours.

Ils s'installèrent à une table qui rappelait un peu ces vieux fast-food des années 50, avec des banquettes et toute une déco typique.

Naturellement, Jo et Henry s'installèrent l'un à côté de l'autre avec un Abe un peu trop fier, qui prit place face à eux.

Jo commanda son fameux smoothie banane et elle avait opté pour un menu comportant deux œufs sur bagel tranché avec un accompagnement de fromage cheddar et bacon. Le café était à volonté et quelqu'un venait les servir à chaque fois que leur tasse était vide. Abe et Henry avaient plutôt opté pour le thé à volonté. Henry avait choisi un menu qui lui rappelait un peu Londres avec un choix de deux œufs et saucisses, accompagné d'une demi-brioche, de fruits et de crème anglaise. Quant à Abe, il avait décidé qu'il était trop vieux pour ne pas profiter de la bonne bouffe et avait choisi un plat composé de deux œufs, bacon et saucisses ainsi qu'une crêpe bananes et fraises, avec une garniture d'un célèbre chocolat.

En voyant le plat de son fils, Henry ne put s'empêcher de souffler et le mit en garde par rapport à tout son cholestérol et autre, mais Abe lui avait fermement dit que certaines personnes ne vivaient qu'une fois, ce qui avait cloué le bec à l'immortel.

Chacun appréciait ce petit moment ensemble et ils réalisèrent que c'était quelque chose qu'ils souhaiteraient faire le plus souvent possible. Jo avait dîné avec eux bons nombres de fois et Abe n'avait pas réellement réalisé à quel point la présence de la jeune femme leur était bénéfique et à tous les deux. Cela les renvoyait quelque 60 ans en arrière, lorsqu'Abigail faisait part de sa joie et sa bonne humeur, tout en les taquinant, de la même façon que Jo le faisait avec eux. Son naturel et sa façon de s'adapter à eux avaient été si rapides qu'Abe s'était toujours dit qu'il aimerait vivre assez longtemps pour voir Henry passer une bague au doigt de Jo et les voir élever une jolie petite famille ensemble.

Il soupira mentalement. Avec tout ce qui était arrivé depuis le mois de septembre avec sa santé, Abe ne savait pas trop s'il irait jusque-là. Mais l'espoir faisait vivre, paraîtrait-il.

Il ne put tout de même pas s'empêcher de sourire tendrement à l'image qu'il voyait devant lui. Jo et Henry flirtant comme deux ados de 15 ans à leur premier rendez-vous, si leurs épaules ne se frôlaient pas, leurs doigts posés bien en évidence à côté de l'autre cherchaient inévitablement à s'attraper.

Henry regarda le smoothie de Jo avec envie, surtout lorsqu'elle le porta à sa bouche. Abe ne sut vraiment dire s'il voulait goûter un peu du jus ou bien s'il était simplement jaloux de la paille dans la bouche de la jeune femme et qu'il aurait souhaité être à sa place.

Jo tourna la tête et manqua de s'étrangler à voir l'intensité avec laquelle Henry la fixait de nouveau.

- Est-ce que tu veux goûter ? – demanda-t-elle comme s'il n'y avait rien de plus normal

Henry se confondit en excuses

- Je n'osais pas te demander ! Mais il a l'air bon. Est-ce qu'il est sucré ?

- Pas tant ! C'est de la banane, c'est sucré de toute façon, mais ils n'en ont pas ajouté davantage. Goûte.

Elle tenait le verre dans sa main et la paille dans sa direction. Abe baissa les yeux en s'occupant de sa crêpe. Un jour ou l'autre, n'importe qui allait débarquer au mauvais moment, à force qu'ils se fichaient pas mal de qui pouvait être à leurs côtés. Henry posa sa bouche sur la paille, sans lâcher Jo du regard qui se demandait comment elle parvenait à tenir ce verre.

Quand il eut terminé, il passa bien en évidence, sa langue sur ses lèvres, comme pour apprécier le goût ou pour le charmer, mais quoiqu'il en fût, l'effet recherché était escompté.

- Il est bon, en effet – fini par dire Henry

La jeune femme, reposa lentement son verre, d'une main tremblante. Cet homme était réellement en train de la tuer et il fallait qu'il arrête cette provocation avant qu'elle fasse quelque chose qu'elle puisse regretter.

- Mon plat aussi est bon, si jamais ça intéresse quelqu'un – rabroua Abe

Jo et Henry ne firent que lui sourire et comme très souvent, le petit moment magique et familial prit fin lorsque le téléphone de la jeune femme vibrant fortement sur la table les fit tous sursauter.

- C'est Mike

Elle semblait plutôt frustrée

- Oui Mike !

- Jo ! Oui euh, je sais que tout était calme ce matin, mais il faut que toi et ton ombre vous veniez au poste. Nous avons retrouvé un corps qui n'en ait pas vraiment un.

Jo fronça des sourcils, en regardant Henry

- Comment ça un corps qui n'en est pas vraiment un ?

Cela intrigua également Henry qui se demandait ce que cette nouvelle affaire allait leur apporter.

- Je ne peux pas t'en dire plus ! Il a été mis à l'OCME. Je crois que Lucas y est déjà. Disons que ce qui a été récupéré ne sont que des restes et… Je n'ai pas vu encore, mais il paraît que c'est quelqu'un de jeune.

Jo regarda Henry.

- On arrive !

Elle raccrocha rapidement. Henry la questionna du regard.

- Qu'est-ce qui se passe ?

- Je ne sais pas ! Hanson pense qu'ils ont trouvé des restes et apparemment des restes jeunes…

Henry n'aimait pas trop ce qu'il entendait, il espérait que ce n'était pas… Les deux jeunes gens se levèrent.

- Abe, on va devoir te laisser ! Désolé de couper court à notre brunch – se désola Jo

Il leur fit un grand sourire

- Vous avez une ville à protéger donc faite ce que vous avez à faire et ne vous inquiétez pas pour moi. Mais par pitié, ne laisse pas Henry conduire.

Jo pouffa tandis qu'Henry le fusilla du regard. La jeune femme paya la note pour tout le monde et ils sautèrent dans sa voiture, direction le 11.


Author's note: "Do I wanna know" était dans la série, c'est la chanson qui joue pour introduire Jo dans le premier épisode ;). Certainement l'introduction la plus épique qui a jamais été faite.