Après cette matinée de visite, ils bifurquèrent de nouveau au 11 où Jo parla rapidement au CSU qui leur confia que les restes avaient été trouvés, aussi étonnant que celui puisse paraître, près d'un cimetière dans le Queens. Les personnes responsables du cimetière avaient confirmé que jamais il n'y avait eu de restes de corps se promenant à l'entrée. Ce fut lors du nettoyage que les os étaient apparus et ils étaient les seuls.
Henry avait raison, le glissement de terrain avait dû les pousser hors de leur zone d'impact et pour le moment il était impossible de savoir d'où ils provenaient exactement et par où commencer pour tenter de retrouver leur lieu.
Ils repartirent à la morgue et Lucas les attendait. En voyant sa tête, ils surent déjà que ce n'était pas une bonne nouvelle.
- Laisse-moi deviner – commença Henry – il s'agit bien de Jeff ?
Lucas acquiesça lentement. Jo et Henry s'échangèrent un regard.
- Tu crois que cela vaut vraiment la peine de vérifier l'ADN des deux parents ?
- Par simple question de routine, mais je doute que les résultats ne nous reviennent pas positifs.
Lucas s'occupa de prendre les deux échantillons et de les comparer avec l'ADN de Jeff. Tout ceci se passa rapidement et le match leur revint parfaitement positif.
Le couple se regarda. Pas qu'ils avaient espéré que cela ne soit pas le cas, mais cela lançait officiellement l'affaire et ils ignoraient par où commencer si ce n'est par visiter tous les lieux que le petit garçon aimait.
Jo tapa dans ses mains
- Eh bien ! Il va falloir travailler sur cette affaire et découvrir ce qui est arrivé à ce petit bonhomme.
- Et prévenir ses parents – murmura Henry
Jo savait que c'était la tâche la plus difficile. Bon, les deux savaient très bien à quoi s'attendre. Jo et Henry avaient tout expliqué en leur rendant visite le matin même, mais confirmer la chose que leur fils était bel et bien parti, n'allait pas réellement les aider à avancer.
Voyant le visage blasé de Jo, Henry proposa
- Je travaille avec des cadavres tous les jours ! Je peux les prévenir si tu veux. Tu dois toujours te coltiner ce travail, laisse-moi faire pour une fois.
Jo le regarda longuement et un mince sourire s'incrusta sur le bord de ses lèvres
- D'accord ! Je vais monter dire à Gates ce qu'on a appris. Et on va devoir attaquer.
- Une fâcheuse affaire que nous avons là – souffla Gates, une fois que Jo fut remontée pour lui parler de ce qu'ils venaient d'apprendre.
La jeune femme ne put qu'approuver. Et elle réfléchissait encore à comment ils allaient pouvoir gérer tout ceci sans aucun indice, ni rien de plus concernant le petit garçon, à part des lieux.
Gates la regarda
- Ce que je ne comprends pas c'est comment ces restes n'ont pas été retrouvés avant ? Et pensez-vous que c'est un meurtre ?
Jo haussa des épaules
- Même Henry n'a pas encore de réponse. Il nous dit que les os sont en parfait état de conservation et à part la déchirure à la clavicule, il ne voit rien qui aurait pu servir à tuer le petit.
Gates parut autant surprise
- Il ne serait pas mort de causes naturelles ?
- Henry fait ses recherches dessus, mais il ne pense pas. Ses parents ne nous ont pas parlé de problème de santé particulier et il n'y a rien dans son dossier à ce sujet.
Une enquête était déjà difficile même avec une victime de meurtre, mais une victime en état de squelette, de plus un enfant et aucun indice à savoir si oui ou non il avait été tué, et que l'affaire remontait à 15 ans, il allait falloir sortir les grosses artilleries pour mettre un mot définitif à toute cette histoire.
- Et pour répondre au fait que les os n'ont été retrouvés que maintenant, cela peut arriver si jamais ils ont été bien enterrés, je suppose. Henry a parlé d'un glissement de terrain qui aurait pu les déplacer et les envoyer là où le CSU a mis la main dessus, mais c'est tout.
Gates tapota ses ongles sur son bureau
- J'imagine que pour l'instant, nous n'avons pas d'autres priorités. Les parents maintenant vont espérer connaître un dénouement et qui mieux d'autre qu'Henry est placé pour résoudre tout ceci. J'ai vu que l'année dernière il y avait eu une affaire similaire avec une jeune femme qui avait été poussée d'un pont ?
Jo acquiesça
- Sauf que son corps était encore chaud et l'autopsie était moins compliquée. Mais effectivement, je dois avouer que je n'étais pas sûre d'aller au bout, le lieutenant Reece m'avait un peu mis des bâtons dans les roues, mais m'a dit que de faire confiance à mon instinct était ce qui avait permis de résoudre l'affaire.
Joanna en avait parlé à Victoria et cette dernière voyait bien le bon travail que Jo faisait en donnant toute sa confiance à Henry.
- Alors, je vais suivre ce qu'elle vous a dit ! Trouvez-moi qui a fait ça à ce petit et faites justice pour ses parents, même si cela date d'il y a si longtemps.
Jo acquiesça et se sentit d'un coup particulièrement boostée à aller jusqu'au bout de cette histoire.
Jo et Henry étaient retournés plus tard à la maison des Patterson. Henry s'était chargé de leur passer un coup de téléphone. Le long silence d'Ellen avait fait dire à Henry qu'elle était probablement complètement brisée et qu'elle tentait de ne pas perdre le nord en s'étouffant dans ses sanglots au travers le combiné. Henry lui avait dit qu'ils repasseraient dans la journée, étant donné que maintenant l'enquête était officiellement ouverte et qu'ils avaient donc besoin d'en savoir plus sur les habitudes du petit garçon, même si cela remontait à quelques années auparavant.
Recevoir la visite de la NYPD était déjà un cas, mais deux fois dans la même journée, Jo se disait que parfois certaines personnes ne méritaient pas qu'on les dérange autant, mais il fallait bien qu'ils fassent leur travail.
Jo sonna et cette fois-ci ce fut Sébastian qui leur ouvrit. Il semblait que lui aussi, la nouvelle l'avait retourné. Il avait les yeux rouges. Visiblement, même s'il avait dit à sa femme d'avancer, dans le fond, il ne l'avait jamais vraiment fait lui-même.
- Entrez ! – leur dit-il – on vous attendait !
Il prit une profonde inspiration, en se poussant pour laisser les deux partenaires rentrer
- Je... Je suis content que l'enquête soit de nouveau ouverte.
Jo le regarda en faisant un sourire compatissant
- J'aurais souhaité que ce ne soit pas sa mort qu'on enquête, mais j'imagine que c'est toujours mieux de ne jamais savoir où il a été pendant tout ce temps.
Henry lui fit le même regard que sa partenaire
- Ne vous inquiétez pas, monsieur Patterson, nous allons voir le bout du tunnel pour Jeff.
Ils rejoignirent Ellen, qui était assise devant le tableau qui lui avait donné tant d'espoir pendant toutes ces années. Cette vision brisa Jo et Henry.
- Ellen ! – son mari posa ses mains sur ses épaules – la détective Martinez et le docteur Morgan sont revenus pour nous poser des questions sur la vie de Jeff. Est-ce que tu te sens d'attaque ?
Elle se retourna en essuyant ses larmes et regarda les deux jeunes gens, qui prirent place juste en face d'elle. La situation était délicate et il semblait aux deux partenaires qu'il ne fallait vraiment pas rater cette affaire.
- Oui… Je m'attendais à vous revoir de toute façon… Quand vous m'avez dit que nos ADN étaient bien le match pour le squelette, dans le fond je m'y attendais… C'est la seule chose que nous avons obtenue sur notre fils depuis ces 15 dernières années alors j'imagine que je voulais juste que ça finisse.
Elle baissa les yeux. Jo se mordilla la lèvre inférieure et commença avant qu'ils ne se laissent tous distraire par la peine qui s'introduisait dans la pièce.
- Je sais que ça ne va pas être facile pour vous deux et vous avez tout mon support, mais pour trouver ce qui est arrivé à Jeff, nous devons savoir, quelles étaient ses habitudes ? Comment l'école se passait ?
- Avait-il des ennemis particuliers ? – ajouta Henry – les enfants peuvent particulièrement être méchants à cet âge !
Jo hocha la tête lentement. Elle était bien placée pour le savoir. Ce fut Sébastian qui leur répondit.
- Jeff était quelqu'un de très aimé et sérieux. Il était toujours là pour aider les autres. Il n'était pas l'élève le plus populaire, mais il était studieux et il était apprécié. Il était assez bon en sport, surtout sport de glisse.
Henry se rappelait qu'un skate park était sur la liste des endroits où le petit garçon aimait aller. Il songeait à aller y faire un tour. Il demanda alors.
- Justement, sur votre liste il y a un skate park, Jeff y allait-il souvent ?
Ellen acquiesça
- Oui ! Il y allait tous les week-ends et je pense que certains de ses camarades de l'époque y vont encore. Ils lui ont fait une espèce d'hommage là, avec des fleurs et ils nous ont demandé son skate pour le poser là-bas en son honneur. Il y est toujours.
Jo et Henry se regardèrent. Cela pourrait éventuellement servir pour l'avancée de l'enquête. Chaque preuve était bonne à prendre.
Ellen était presque inconsolable et son mari lui frottait lentement le dos.
- En dehors de ça, c'était un petit garçon qui nous prévenait partout où il allait.
Jo se frotta le menton
- Et le jour où il a disparu ? Vous a-t-il dit quelque chose ?
Sachant que la date du jour était le jour où le petit avait disparu, Ellen avait beaucoup de mal à réunir toutes ses pensées et se rappeler exactement ce qui avait bien pu se passer 15 ans auparavant.
Sébastian leur répondit
- C'était un jeudi et c'était le jour où Jeff rentrait plus tard de l'école, car il avait escalade dans le gymnase. Alors on ne s'est pas plus inquiétés. Il y est allé et nous a téléphoné pour savoir s'il pouvait dîner chez une amie. Mais plus tard dans la soirée, quand on voyait qu'il ne revenait pas, que personne ne le ramenait et qu'il ne nous demandait pas de venir le chercher, on a téléphoné à l'amie en question et elle nous a dit que Jeff n'était jamais venu chez elle et que ce n'était pas prévu. Et c'est ce soir-là que tout a bousculé. À cette époque, les enfants n'avaient pas de téléphone portable alors on ne pouvait pas du tout savoir où il était passé. – Ellen souffla – on a tout tenté, on a appelé partout que ce soit à l'école et chez tous les amis, mais personne ne l'avait vu.
Henry demanda
- Et son professeur d'escalade ? Il est le dernier à l'avoir vu vivant, cela peut être une piste ?
Ellen et Sébastian se regardèrent
- En réalité, on croyait qu'il y était parti. Il nous avait bien téléphoné, mais son professeur nous a dit qu'il n'était jamais venu.
Jo et Henry retinrent le fait que Jeff n'était donc pas allé à son cours d'escalade et avait menti à ses parents sur l'endroit où il allait. Il fallait donc commencer par là. Pourquoi et qui devait-il rencontrer pour l'amener à sa perte ?
Jo aurait pu suggérer internet, mais à cette époque, l'accès était quand même limité, mais existant.
- Jeff n'aurait pas rencontré du monde sur internet, bien qu'à cette époque les connexions et les échanges n'étaient pas du tout ce qu'ils sont maintenant, mais ils existaient ?
Sébastian et Ellen se mirent à réfléchir et ni l'un ni l'autre ne purent le confirmer.
- On avait déjà un ordinateur, mais il était dans le salon. Donc autant dire que tout ce que Jeff pouvait faire dessus, on le voyait. Et nous avions un contrôle parental donc il n'a pas grand-chose qu'il pouvait y faire, la plupart des sites étaient bloqués.
- Et est-ce que cette amie chez qui il disait être est toujours à Manhattan ?
Ellen le confirma
- Oui ! Elle s'appelle Amy Saunders ! Elle a grandi avec Jeff depuis le jardin d'enfants. Elle a 25 ans maintenant. Je n'ai pas vraiment gardé contact avec elle, mais tous les ans, elle m'envoie un message à la date d'anniversaire de Jeff en me disant qu'elle aurait souhaité qu'il soit là pour voir à quel point le temps avait changé.
Jo nota tout ceci et demanda
- Vous savez où on peut la trouver ?
- Elle travaille à la bibliothèque de l'école élémentaire où elle était scolarisée avec Jeff. Elle m'a toujours dit que c'était une façon de le garder vivant à sa manière.
Jo et Henry savaient que chaque personne était importante dans des affaires de meurtres d'enfants ou de disparition. Même si l'affaire était vieille et que pour certains, elle n'avait aucune importance, les deux jeunes gens comptaient mettre le doigt sur ce qui s'était réellement passé cette nuit-là.
De plus Henry, savait qu'il devait continuer de faire quelques analyses sur les restes du petit, notamment les mains et les pieds, juste dans le cas.
Ellen posa sa tête contre le torse de son mari et à voir leur position, même si la situation n'était pas du tout à ça, Jo revit le flash de l'an passé, lorsqu'en plein milieu du mois de janvier, elle avait rouvert une affaire sur laquelle Sean travaillait et qu'elle avait été laissée presque à ramasser à la petite cuillère, mais Henry ne l'avait pas laissée tomber aussi bas. Il était venu lui rendre visite à la fin de l'enquête et ils avaient dégusté un bon chocolat chaud dans cet hiver glacial qui sévissait, sur les escaliers devant l'appartement de la jeune femme, dans le calme quartier de Washington Heights. Elle lui avait parlé de la façon dont leur dernière altercation s'était terminée. Un frisson la parcourut quand elle pensa que la même chose avait failli se reproduire avec Henry le mois dernier.
Henry l'avait rassuré et l'avait serré contre lui et elle avait posé sa tête contre lui, se sentant en sécurité contre lui, elle avait chaud même s'ils étaient dehors et que quelques flocons commençaient à tomber. Après quelques minutes où ses mains commençaient à devenir glacées, Henry lui avait proposé de rentrer se réchauffer, tandis qu'il reprendrait un taxi. Mais Jo lui avait demandé de rester encore un peu avec elle et il l'avait fait. Ils n'en avaient jamais rien dit à personne, Henry n'en avait même pas parlé à Abe, mais ils avaient passé la soirée dans le canapé de la jeune femme, à regarder quelques photos que Jo avait bien accepté de partager et ils avaient discuté. Jo s'était pratiquement collé contre Henry et avait fini par complètement se blottir contre lui, la tête et une main sur son torse, alors qu'ils parlaient et elle s'était rapidement endormie au creux de ses bras, drainée par les longues journées qu'elle avait eues. Henry avait un bras autour d'elle et la protégeait comme une petite chose fragile. Son cœur n'avait fait qu'un bond en entendant sa respiration devenir plus lente et son corps cherchant la chaleur du sien. Il avait dégagé ses mèches de cheveux de son front et l'avait soulevé pour la porter dans sa chambre et la poser dans son lit. Un peu à la façon dont il l'avait fait en la ramenant à la boutique et la coucher dans le canapé, mais la situation était un peu différente, elle était quelque peu saoule. Jo savait qu'Henry l'avait déposé dans son lit et elle avait même senti la caresse de ses doigts effleurer sa joue. Mais ils n'en avaient plus parlé, mais ce moment spécial avait une place sacrée dans leur cœur.
Jo se leva et Henry fit de même
- Nous allons faire tout notre possible pour connaître le dénouement de ce qui est arrivé à Jeff, vous pouvez compter sur nous.
Sébastian et Ellen les remercièrent et le couple les quitta.
En sortant, ils poussèrent un soupir qui n'était pas forcément une bonne chose.
- À mon avis ; on n'est pas sortis de l'auberge – affirma Jo – tout est si flou ! Pourquoi ce petit qui semblait brillant aurait menti à ses parents pour disparaître du jour au lendemain ?
Henry n'avait pas plus de réponses. Il savait mieux que quiconque qu'il était très difficile de comprendre les enfants. Ils étaient secrets et il fallait leur tirer les vers du nez pour qu'ils parlent. Si même eux en tant qu'adultes, ils ne disaient pas grand-chose, des enfants ne feraient pas mieux. Ils avaient l'avantage d'être plus influençables et de craquer rapidement, cela étant.
Jo regarda l'heure sur son téléphone. La journée était passée à une vitesse éclair et elle avait l'impression qu'ils n'avaient fait que tourner en rond.
- Je dois faire des analyses plus poussées sur les restes de Jeff – murmura Henry, quand ils reprirent la route
Jo le regarda rapidement du coin de l'œil
- Il y a autre chose que tu aimerais voir ?
- Je vais m'attarder un peu sur les mains et les pieds. On ne sait jamais, il y a sans doute quelque chose que je n'ai pas bien vu. Mais Lucas a continué de nettoyer les os pendant notre absence, alors cela sera sans doute plus facile.
Jo ne fit qu'acquiescer et repensa au skate park
- J'y pense ! Tant qu'on est là ! Ça te dirait qu'on aille faire un tour au Skate park ? Et qu'on prenne la preuve dont on a besoin, qui est donc le skate de Jeff ? Je sais que ses camarades ont voulu lui rendre hommage, mais on va en avoir besoin.
Henry approuva
- Je sais ! Je me disais la même chose pendant qu'on parlait à Ellen et Sébastian. De plus, je ne sais pas si tu as fait attention, mais ils nous ont dit que les camarades de Jeff y allaient toujours, alors qu'ils ont quand même un bon âge maintenant.
Jo pouffa
- Cela veut dire qu'ils restent de grands enfants dans le fond.
- Peut-être qu'on en trouvera certains et qu'on pourra leur poser la question. Je pense que dans un parc qui est censé être pour les enfants et adolescents, on n'aura aucun mal à les repérer.
- Je suis d'accord ! Alors on fait un tour et ensuite on repart au 11.
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Ils se rendirent au Astoria skate park qui était justement situé dans le Queens. Un parc qu'Henry connaissait bien. En marchant et voyant les jeunes et moins jeunes skateurs, glissant comme des brutes sans prendre en compte qui ou quoi passait devant eux, il eut un petit sourire en coin, que Jo ne manqua pas.
- Qu'est-ce qui te fait sourire comme un idiot ? Tu les envies ?
Il la regarda d'un air blasé et elle éclata de rire. Elle lui donna un coup de coude.
- J'imagine que te le proposer est la dernière chose à faire. T'as déjà du mal derrière un volant, je ne te vois vraiment pas faire ça sans te déchirer les bijoux de famille, ça serait dommage si tu veux procréer.
Henry resta bouche bée. Mais comment pouvait-elle autant le taquiner ainsi ? Elle lui fit un clin d'œil et avança un peu trop rapidement à son goût et pour répondre à sa question, il lui dit.
- C'est parce que l'année dernière j'ai emmené Abe ici. Il voulait essayer de faire du skate à tout prix.
Jo se pinça fortement les lèvres, en imaginant parfaitement la scène.
- À son âge ! Il a vraiment le goût du risque.
Henry se rappelait qu'il avait bien failli revenir dans la rivière quand Abe était descendu comme une furie de la pente de skate. S'il n'était pas déjà immortel, son fils l'aurait déjà tué.
- Plus que nous c'est sûr.
Jo le regarda d'un air indifférent
- Dixit le mec qui a envie de se prendre une balle à chaque fois qu'on est sur le terrain.
Henry répondit avec un petit sourire en coin
- Je n'ai pas dit que je n'aimais pas en prendre. L'adrénaline sur le terrain, il n'y a rien de plus excitant.
- Bah voyons !
- Mais – reprit-il – tu as raison, les sports de glisse, ce n'est pas trop mon délire. Abe m'a fichu la frousse, mais il s'en est quand même bien sorti.
Il s'arrêta quelques secondes et tourna Jo vers la pente où Abe avait fait sa descente, avec vue sur le Hamilton Bridge.
Jo fronça des sourcils
- Il n'a pas choisi exactement le plus petit spot
- C'est ce que je lui ai dit, mais c'est une vraie tête de mule !
Elle regarda la longue descente et la hauteur entre le sol et la pente et elle fut impressionnée qu'Abe ait réussi à passer de l'autre côté sans la moindre casse.
Henry remarqua une petite lueur dans ses yeux. Il soupira.
- Ne me dis pas que toi aussi tu as envie d'essayer.
Jo haussa des épaules
- Je n'étais pas une fille qui jouait à la maman ou à la poupée, il fallait que je traîne dans les pattes de mon frère pour faire des trucs de garçon donc j'aie fait du skate aussi, mais ça fait des années que je n'ai pas remis le pied dessus. Je me demande si avec mes grandes jambes, j'en serais encore capable. Je crains un peu de me ramasser un œil au beurre noir, mais moi aussi, j'aime le risque.
Jo ne plaisantait pas, apparemment elle comptait revenir à cet endroit une fois que l'affaire serait classée.
Il la suivit, elle avait déjà repéré un groupe de jeunes adultes qui était sans nul doute de l'âge que Jeff aurait dû avoir présentement
En marchant entre les pistes de skate, ils virent en effet, posé près d'un lampadaire, un skate avec quelques fleurs et la photo de Jeff. Ils se regardèrent. Ils étaient sans nul doute à la bonne place et il n'y avait personne d'autre autour, pas d'enfants. Juste des jeunes adultes. Qui étaient encore souples, considérant les figures qu'ils étaient en train de faire.
Il y avait trois garçons et une fille. Henry murmura à Jo.
- Peut-être qu'on n'aura pas besoin d'aller à la bibliothèque pour rendre visite à Amy
Jo le questionna du regard et Henry pointa la jeune femme qui attendait son tour, sur la pente.
- On ne sait pas si c'est elle.
- Bien sûr ! Mais comme les parents nous ont dit qu'elle était amie avec Jeff depuis l'enfance, je doute qu'elle n'ait pas non plus fait partie des sessions de skate.
Jo s'avança vers le groupe de garçons qui était en bas
- Excusez-moi !
Ils la regardèrent et ne purent s'empêcher de faire un petit sourire et l'entourèrent. Henry leva les yeux au ciel. Des idiots !
- Bah alors, ma jolie, on vient s'essayer au skate ?
Jo les toisa simplement. Elle n'était que très rarement impressionnée par la gent masculine, sauf celui qui l'accompagnait.
Elle sortit son badge et les trois garçons perdirent rapidement leur sourire.
- Non, NYPD, Jo Martinez ! Je ne viens pas m'essayer au skate, mon joli – répondit-elle avec la voix la plus sarcastique qu'elle trouva.
Elle parvint à se dégager d'eux et Henry put la rejoindre
- Et lui c'est qui ? – demanda un des hommes – il ne ressemble pas à un flic
- On dirait un mélange de Sherlock Holmes et Hercules Poirot.
Henry fronça des sourcils. La dernière référence ne lui avait jamais été attribuée. Il se présenta avant d'entendre encore d'autres âneries.
- Henry Morgan, je suis le légiste officiel du détective Martinez.
Au nom « légiste », trois paires d'yeux se retournèrent sur Jo.
- Pourquoi est-ce qu'un légiste vous accompagne ?
- On est là pour vous poser au sujet d'un petit garçon qui a disparu il y a exactement 15 ans aujourd'hui. On a vu les fleurs et le skate donc on présume que vous êtes soit des amis, soit des connaissances… Personne dans le coin n'a l'âge que Jeff aurait dû avoir à l'heure d'aujourd'hui.
Les trois jeunes hommes se regardèrent et automatiquement regardèrent la jeune fille qui était occupée à faire quelques cascades de l'autre côté.
- On était des connaissances. On avait plus entendu parler lui depuis longtemps. Mais il était souvent ici. C'est Amy qui a déposé le skate avec un autre ami qui a déménagé depuis.
Jo regarda la jeune fille
- C'est Amy là haut ?
Les trois hommes acquiescèrent. Henry ne put cacher son petit sourire. Elle le regarda et secoua la tête.
- Pas besoin de jubiler !
Jo monta la pente sans demander son reste à qui que ce soit, ne remarquant pas quatre hommes complètement idiots et stoïques, plutôt tous occupés à regarder son derrière.
En la voyant arriver, Amy pouffa et lui dit
- Il faudrait éviter de monter directement la pente et plutôt choisir les escaliers par moment, parce que regardez ce que vous avez provoqué !
Jo ne comprit pas, mais détourna les yeux pour voir que même Henry aurait eu besoin d'un bavoir.
- Oh les hommes ! Incapable de se tenir devant une paire de fesses
- Ou une paire de seins !
Jo approuva. Amy vit le badge de la jeune femme accroché à son pantalon.
- Détective à ce que je vois
- Effectivement ! Jo Martinez, homicide !
Amy s'arrêta et remit son pied sur son skate. Elle se mordilla la lèvre.
- Euh… Est-ce que par hasard ça aurait un rapport avec Jeff ?
Jo hocha lentement la tête. Amy s'installa sur le rebord de la pente et Jo fit de même sous le regard abasourdi d'Henry, qui n'osait déjà pas monter la large pente. Il préféra rester en bas et attendrait le verdict de Jo. Elle pouvait très bien mener les interrogations sans lui.
Un des jeunes garçons le taquina
- Vous ne rejoignez pas votre collègue ?
Henry dépoussiéra son manteau et son écharpe
- Elle s'en sortira très bien toute seule ! Je préfère l'attendre ici.
- Vous avez peur de la hauteur ?
- Oh non pas du tout ! Mais je ne suis pas aussi souple qu'elle. Si je monte cette pente avec mes vêtements et mes chaussures, je vais sans nul doute rapidement manger le béton.
Les trois autres rigolèrent
- Il y a un escalier en arrière, doc. Si ça peut vous aider.
Henry fit un sourire crispé et décida de rejoindre les deux femmes, histoire de se faire une idée du personnage.
- Les parents de Jeff nous ont dit que vous étiez une amie proche, depuis le jardin d'enfants ?
Amy acquiesça
- C'est vrai ! Il était mon meilleur ami ! Autant dire qu'on a passé toute notre scolarité ensemble. Après sa disparition, je lui ai écrit des lettres et je les ai postées à chaque endroit qu'il aimait, dans l'espoir que s'il repassait, il les verrait. J'ai beaucoup aidé ses parents la première année à tenter de le retrouver, mais éventuellement, je suis passée à autre chose.
Henry venait de les rejoindre et s'installa tranquillement aux côtés de Jo. Il salua Amy d'un signe de tête et attrapa la conversation en cours. Jo fut surprise de voir qu'il avait enfin osé la rejoindre, mais garda son sérieux.
- Donc vous avez ouvert l'enquête ? Après tout ce temps ? – demanda Amy
- Oui… En réalité, notre commissariat a reçu des restes et…
Jo regarda Henry qui acheva la phrase pour elle
- Ils appartiennent à Jeff… Alors nous avons l'obligation de découvrir ce qui s'est passé et nous allons y travailler très dur, c'est une certitude.
Le visage d'Amy se voila. Elle n'avait pas eu plus d'espoir de revoir son ami vivant depuis tout ce temps, mais cela l'affecta tout de même. Ce qui pouvait être compréhensible.
- Dans le fond, je pensais bien qu'il était mort, mais de ne pas savoir, ça bouffe quand même de l'intérieur.
- Ça va être notre rôle d'y travailler, ne vous inquiétez pas – rassura Jo –, mais maintenant, sa mère nous a donné une liste des endroits qu'il aimait. Est-ce que les lettres que vous avez écrites y sont toujours ?
Amy secoua la tête
- Non ! Évidemment ! Les gens les ont déchirés, ou bien simplement la pluie et le mauvais temps.
Jo continua
- Et le jour où Jeff a disparu, il a menti à ses parents en disant qu'il allait passer la soirée chez vous. Aviez-vous parlé de quelque chose en particulier dans les jours qui ont précédé sa disparition ? Avait-il rencontré une personne qui aurait pu lui promettre quelque chose et il y serait parti sans prévenir, ne voulant pas se faire disputer ?
Amy essaya de se rappeler, mais n'étant qu'une enfant à cette époque, tout était un peu flou.
- Je ne sais plus exactement. Je le voyais un peu plus nerveux que d'habitude, mais c'était souvent le cas quand on arrivait vers Halloween, il voulait toujours faire de son costume, quelque chose d'original.
Henry essaya de réfléchir, mais il était difficile de remplir les blancs sans aucun autre indice, que ce soit sur le corps, de la part des parents ou des amis et surtout aucun indice laissé de la part du petit. Le suicide avait tout de même traversé l'esprit du légiste, mais s'il était heureux et ne manquait de rien, il n'avait aucune raison particulière de le faire, mais après tout, personne ne savait ce qui se passait dans la tête de chaque individu, quand même bien ils semblaient les plus heureux du monde. Les apparences étaient très souvent trompeuses.
Amy se frotta l'épaule, comme pour se réchauffer. Jo y perçut une petite larme.
- Il y a autre chose que vous souhaiteriez partager ? – demanda-t-elle
Amy regarda ses ongles
- Je ne sais pas si cela pourra aider, mais à l'époque, Jeff m'avait fait une cassette audio et il me parlait des tas de projets et en fond, il y avait la chanson « Stairways to heaven ». Je sais qu'il adorait cette chanson, il l'avait même composé à la guitare dans le cours de musique, mais bon, peut-être qu'il essayait de me dire quelque chose au travers ceci.
Henry et Jo furent intrigués
- Possédez-vous toujours cette casette ? – demanda Henry
Amy affirma
- Oui ! Mais à l'époque je l'écoutais dans une radio avec le nécessaire ou dans un baladeur à cassettes audio… De nos jours, cette ancienne technologie ne sert plus à rien et il faudrait que je la convertisse en fichier mp3 et que je vous la partage.
Jo lui sourit
- Ne vous en faites pas, nous avons tout le matériel nécessaire au 11 et dans le cas, j'ai ici un légiste qui possède des antiquités de bien avant notre naissance à tous les trois.
Elle le regarda d'un air sarcastique. Henry secoua simplement la tête. Si elle savait de quoi elle parlait.
Amy sourit et fut rassurée
- Bon ! Tant mieux dans ce cas ! Je, je vais essayer de la retrouver ! Je pense que lorsque je suis partie de chez mes parents, je l'ai emmené, sans doute plus pour un souvenir que de la réécouter, ce que je n'ai pas fait depuis les deux dernières années suivant sa disparition. Je viendrais l'amener en personne au poste 11 dans ce cas. Mais donnez-moi quelques jours.
Jo acquiesça et lui donna sa carte
- Pas de problèmes, mais ne nous faussez pas !
Amy secoua la tête
- Il n'y a aucun risque là-dessus.
Henry regarda alors le skate qui était appuyé contre le poteau. Il demanda.
- Peut-on emprunter le skate de Jeff ? C'est pour les besoins de notre enquête. Quand tout sera résolu, nous le remettrons en place.
Amy sembla hésiter quelques secondes, mais elle savait parfaitement qu'ils ne faisaient que tout ça pour aider alors elle ne vit aucun problème à leur permettre de faire avancer une enquête qui n'avait pas bougé pendant tout ce temps.
- Allez-y ! Je suis la seule qui continue de garnir les fleurs de toute façon. Jeff serait sûrement content de savoir que l'enquête sur sa mort est rouverte. Prenez-le s'il peut vous servir en quoi que ce soit.
Jo et Henry la remercièrent et prirent le skate qui était en parfait état d'utilisation avec seulement quelques rayures ici et là, sans doute s'il passait toutes les saisons contre ce poteau. Personne ne l'avait volé ou même essayé, mais il était bien protégé par un cadenas et il fallait dire que les gens étaient assez respectueux des hommages.
La nuit était déjà tombée et Jo souffla
- J'y crois pas ! Il fait déjà noir et j'ai l'impression qu'on n'a rien fichu de la journée ! Je déteste cette période de l'année, ugh !
Henry rigola sous cape. Jo était une hispanique et si elle le pouvait, elle prendrait la fuite au Mexique ou à Cuba pendant les six mois d'hiver.
Jo déposa le skate à l'arrière de la voiture et regarda son volant, en tapotant ses doigts dessus.
- Qu'est-ce qu'il y a ? – demanda Henry, en la voyant songeuse
- Je ne sais pas ! Il se fait tard, tu veux vraiment retourner au 11 maintenant ? Le temps qu'on refasse la route, il va être encore plus tard… Mais je sais que ça ne te dérange pas de pousser tes analyses.
Henry haussa des épaules
- Je voudrais juste faire quelques vérifications, mais si tu ressens le besoin de rentrer…
Jo secoua la tête
- Ah non non, pas du tout ! Je ne faisais que suggérer. On y retourne. Je dois de toute façon déposer le skate comme preuve donc, on ne va pas non plus se reposer.
Author's note: Je réponds à Léa. Déjà merci de ta petite review :), tu peux me tutoyer, me faire vouvoyer va me donner l'impression d'avoir 70 ans, mdrr. Et ensuite, honnêtement je saurais pas te dire où je pêche mes idées, ça vient tout seul lol. Parfois, je recherche des affaires criminelles sur internet pour m'inspirer ou voir comment se fait telle ou telle chose (le FBI doit me détester). Je m'inspire aussi de ce que le producteur nous a dit sur ce qu'il aurait aimé faire dans la s2 et de mes propres théories que je me suis faite à force de revoir la série, tout ça créer les intrigues que je mets en place ^^". Ça m'arrive d'avoir des longues périodes de syndrôme de pages blanches (les chapitres que je poste sont écrits depuis des lustres) mais ça finit par revenir petit à petit. Dans tous les cas, je fais énormément de recherches pour tenter de rester un minimum cohérente. Merci encore de ta review et j'espère que l'histoire continuera de te plaire.
