Merci pour vos reviews ! C'est apprécié. J'espère que vous aimerez ce chapitre, j'ai mis toutes mes émotions dedans :p


Dans les environs de huit heures et après avoir pris un second café, les deux partenaires se rendirent donc jusqu'à Park Avenue, pour aller payer une visite à l'auto-école et avoir les renseignements sur la voiture qu'ils recherchaient.

Ce matin-là, il y avait pas mal de monde qui rentrait dans la salle pour l'entraînement de l'examen du Code de la route.

Sébastian ne semblait pas être là, il était sans doute déjà en conduite avec un élève. Mais la secrétaire les reconnut et ne put s'empêcher de glousser une nouvelle fois en voyant Henry.

- Oh bonjour ! Vous êtes passés hier n'est-ce pas ? Vous voulez parler à Sébastian encore ?

Henry secoua la tête et lui fit son plus beau sourire

- En réalité, c'est vous qu'on vient voir !

Jo se retint de lever les yeux au ciel face à la jeune femme qui avait bizarrement un air de Cindy Lauper. Elle ne devait pas avoir l'habitude de voir des hommes aussi charmants qu'Henry, cela était une évidence.

- Moi ? – beugla-t-elle, comme si cela n'avait pas été suffisamment clair la première fois

Henry acquiesça, non sans lâcher son petit sourire.

- On aurait besoin d'un renseignement – expliqua Jo ou sinon la jeune femme continuerait de regarder Henry, en oubliant presque son propre prénom.

Elle reprit ses esprits et s'installa à son bureau

- Oh ! Oui, bien sûr ! Qu'est-ce que je peux faire pour vous dans ce cas ?

Jo et Henry prirent place face à elle

- Voilà ! Il se trouve que nous avons retrouvé de la peinture sous les ongles de notre victime, de la peinture qui vient d'une voiture Buick Century 2000. Est-il possible que cette voiture ait été conduite à l'époque ?

La secrétaire tapota rapidement sur son ordinateur

- Euh, je ne travaille là que depuis peu, mais je pense que toutes les voitures qui ont été utilisées sont répertoriées. Je regarde.

Puis elle releva les yeux, comme si quelque chose venait de la frapper

- Est-ce que vous pensez que quelqu'un de l'auto-école aurait pu être responsable ? Nous n'avons que Sébastian et un autre moniteur.

Henry la rassura

- On ne sait pas encore ! Pour l'instant, nous n'avons que la peinture. On ne peut pas dire si oui ou non cela est relié au meurtre, mais c'est un indice à prendre en considération.

Il ne pouvait pas non plus tout lui dire. Certaines choses se devaient d'être gardées pour eux.

Pendant plusieurs minutes, la secrétaire fit ses recherches et finit par faire un « ah » d'exclamation.

- Vous avez trouvé quelque chose ? – demanda Jo

La secrétaire acquiesça

- Oui ! J'ai répertorié toute la liste des voitures qui ont été utilisées entre 2000 et 2010 et effectivement, pendant environ cinq ans, nous avons utilisé une Buick Century 2000.

Jo et Henry se regardèrent

- Est-ce qu'on sait qui était responsable de la conduire pendant tout ce temps ?

- Je vous dis ça tout de suite

Elle cliqua sur les détails de la voiture et resta stupéfaite.

- Bah ça alors !

- Quoi ? – demandèrent en chœur les deux jeunes gens

La secrétaire fut incapable de dire quoi que ce soit et retourna l'écran vers eux où le nom de Sébastian Patterson était clairement écrit. Jo et Henry furent estomaqués.

- Je refuse de croire ça – bougonna Jo

- Moi aussi ! Mais je crois qu'il faut quand même le prendre en compte.

Ils savaient qu'il fallait qu'ils amènent Sébastian au poste et qu'ils lui posent des questions. Il n'avait sans doute pas tout dit et maintenant, la voiture dont la peinture avait été retrouvée sous les ongles de son fils apparaissait comme la pièce à conviction dans cette affaire.

Ils se levèrent après avoir remercié la secrétaire et sautèrent dans la voiture de la jeune femme.

- Je déteste faire ça – râla Jo –, mais il va falloir qu'on le trouve peu importe où il est dans la ville et qu'on l'arrête pour lui poser des questions.

Henry n'aimait pas non plus cette tournure de situation. La secrétaire leur avait expliqué que Sébastian faisait ses cours dans le New Jersey ces derniers temps et serait de retour entre midi et deux.

Jo et Henry ne voulant pas l'effrayer de suite, ils préférèrent foncer directement au 11 pour parler de ce qu'ils venaient d'apprendre et ce qui allait donc se passer par la suite.

- Il n'est même pas 9h et vous avez déjà un suspect ! Le père du petit ? – demanda Gates, alors qu'elle venait à peine de poser les pieds dans son bureau et que Jo et Henry l'avaient attendu devant comme deux vautours attendant leur proie.

Victoria n'avait même pas encore eu bu son café. Elle n'avait pas l'habitude qu'on lui saute dessus de la sorte. Elle cligna plusieurs fois des yeux.

- Vous êtes vraiment rapides tous les deux ! Comment ça se fait que si tôt le matin vous soyez déjà partis en visite à l'autre bout de la ville ?

Jo et Henry se regardèrent et se dirent que cela ne valait pas la peine d'expliquer. Personne ne les croirait de toute façon.

- C'est une longue histoire – dirent-ils simultanément.

Joanna l'avait prévenue que ces deux-là inventaient souvent des excuses toutes aussi bidon les unes que les autres, lorsqu'ils avaient besoin de faire une connerie, sans demander l'autorisation de qui que ce soit.

Il était beaucoup trop tôt pour qu'elle les dispute alors elle écouta ce qu'ils avaient à dire

- Donc, est-ce qu'on est sûrs que le père a quelque chose à voir là dans ou pas ?

- Pas du tout – avoua Henry –, mais c'est une piste et il n'y a qu'en l'interrogeant que nous le découvrirons.

Gates soupira et leur fit un signe de la main

- Okay okay ! Vous faites votre travail, mais s'il vous plaît, ne venez plus me casser les pieds si tôt le matin. Je suis ne pas encore de bonne humeur – elle s'arrêta –, mais en réalité je ne suis jamais de bonne humeur ! Allez, sortez-moi de là.

Ils ne demandèrent pas leur reste et sortirent rapidement à la suite de l'autre. Ils s'arrêtèrent devant le bureau de Jo.

- Alors ? Tu es prêt à reposer des questions à Sébastian et lui faire cracher le morceau ? – demanda Jo.

Henry n'était pas très sûr de leur trouvaille, mais il fallait tout prendre en compte

- Si on n'a pas d'autres choix ! Mais ça me paraît gros qu'un père ait pu maquiller le meurtre de son fils pendant tout ce temps, sans jamais craquer.

Jo tenta

- Certaines personnes n'ont simplement pas de compassion pour qui que ce soit. C'est dur à admettre, mais c'est comme ça.

Henry savait bien qu'elle avait raison. Il avait vu assez d'horreurs toute sa vie et encore très récemment. Avec deux immortels aussi tarés l'un que l'autre.

De ce fait, un peu plus tard avant l'heure de déjeuner, Jo et Henry étaient donc retournés à l'auto-école et avaient donné un mandat à Sébastian qui ne comprenait pas comment il pouvait être arrêté. Ils avaient dû donc expliquer la peinture qui avait été retrouvée sous les ongles du petit garçon.

Henry était dans l'arrière-salle, tandis qu'Hanson et Jo menaient l'interrogation. Gates le rejoignit et comme elle n'avait pas encore vu le visage du père, semblait particulièrement surpris.

- C'est lui le père ? – demanda-t-elle à Henry

- Effectivement !

- Il n'a vraiment pas l'air d'un tueur !

Henry en était bien conscient et espérait qu'il y avait une explication logique derrière tout ça. D'ailleurs, il pouvait dire que sa partenaire en pensait autant.

- Bon, Sébastian ! On aimerait comprendre. Henry et moi, on espère que vous n'avez rien à voir dans la disparition/meurtre, de votre fils. S'il vous plaît, aidez-nous et dites-nous que vous n'avez rien à voir dedans.

Sébastian la regarda comme si elle était folle

- Pourquoi est-ce que j'aurais tué mon propre enfant ? Et fait comme si de rien n'était pendant tout ce temps ?

Hanson haussa des épaules

- Beaucoup de personnes n'ont pas de raison particulière pour tuer. On ne sait pas, peut être que vous auriez pu être sous effet.

Jo se mordilla la lèvre. Elle pouvait comprendre qu'en tant que père, Hanson ne plaisantait vraiment pas quand il s'agissait d'une si jeune victime, mais elle le trouvait d'emblée assez difficile. Il n'avait pas eu l'occasion de voir dans quel état le monsieur avait été quand on leur avait confirmé qu'il s'agissait bien des restes de leur fils.

- J'avoue qu'après la disparition de Jeff, je buvais en cachette de ma femme et je parvenais à garder un air droit devant elle, pour ne pas la peiner davantage, mais jamais je n'aurais mis les mains sur mon enfant. Jeff était déjà une bénédiction, j'aurais tout fait pour le protéger. Malheureusement, j'ai échoué.

Jo et Henry se sentirent tellement mal de l'arrêter, mais ils n'avaient pas tellement de choix. Jo reprit ses esprits et lui demanda.

- Alors, expliquez-nous pourquoi on a retrouvé des traces de peinture de votre Buick Century 2000 que vous conduisiez à l'époque, pour votre auto-école, sous les ongles de Jeff ?

Sébastian se frotta la tête à deux doigts de s'arracher les cheveux

- Je ne sais pas ? Parfois, je prenais ma voiture de travail pour emmener mon fils à l'école. Je suppose que plus d'une fois, il a mis ses doigts sur le capot. Écoutez, je dis la vérité, je n'aurais jamais touché un seul cheveu de mon fils. Que Dieu me punisse si tel était le cas.

Jo se mordilla l'intérieur de la joue. Elle n'arrivait pas à l'associer à un meurtrier. Hanson continua, imperturbable.

- Sauf que la peinture a été retrouvée sous les ongles et non pas dessus. Donc d'une façon ou d'une autre, il semblerait que Jeff ait enfoncé ses ongles sur la carrosserie, pour se retenir, pour autre chose. Vous avez sans doute la réponse à tout ceci. Alors, vous feriez peut-être mieux de parler avant qu'on vous boucle pour homicide.

Sébastian n'arrivait pas à croire que tout ceci lui arrivait. Lui qui avait tant aimé son fils. Il commença à avoir des larmes dans les yeux. Jo secoua la tête devant son collègue. Il y était allé vraiment fort. Elle se leva et partit remplir un verre d'eau pour Sébastian et le ramena pour qu'il puisse reprendre calmement. Il la remercia et avala d'une seule traitre

- Dites-nous ce qui s'est passé !

Sébastian se frotta le visage

- J'ai sans doute une explication, mais je vous en prie, je n'ai pas tué mon enfant, vous devez me croire.

Gates et Henry observaient longuement l'interrogation et Gates demanda

- Qu'est-ce que vous en pensez ?

- Pour être honnête avec vous, cela m'agace fortement de le relier au meurtre de son fils. Je pense le croire, mais il doit d'abord nous donner sa version des faits pour être sûr que son alibi concorde.

Sébastian regarda Jo avec qui évidemment il se sentait plus en confiance

- Ma femme n'en a jamais rien su, si c'était le cas, elle aurait paniqué et m'aurait interdit de faire des sorties avec Jeff. Mais je peux expliquer la présence de peinture sous ses ongles. Un week-end pendant l'été 2000, j'ai amené Jeff à Cap Ann dans le Nord de l'état du Massachusetts. On restait près d'un phare et il y avait eu une superbe vue sur la mer. Nous étions principalement sur une falaise. Un jour, nous avons roulé plus loin et je l'ai emmené là où il n'y avait pas d'habitations et nous avions une belle vue sur le phare. Mon fils avait l'esprit aventureux et voulait voir le coucher de soleil alors on s'est installé sur le rebord de la voiture.

Hanson le coupa

- Vous aviez pris la voiture de votre travail pour partir en week-end ?

Sébastian acquiesça

- Je sais que ça ne se fait pas ! Mais nous n'avions qu'une voiture et ma femme travaillait tout le week-end alors j'ai emprunté celle du boulot. L'auto-école m'appartient, ce n'est pas un problème. Bref, techniquement de ce côté, il n'y a pas beaucoup de circulation, voire carrément pas. Mais ce jour-là, je ne sais pas ce qui s'est passé, une espèce de gros camion, style-citerne est passé sur la route et a klaxonné si fort que cela a fait sursauté Jeff qui a perdu l'équilibre et a glissé... Il s'est accroché à la voiture parce qu'il était suspendu au-dessus du vide. Vous n'imaginez pas dans quel état j'étais ce jour-là. Je lui ai dit de ne pas lâcher prise tandis que j'allais reculer la voiture et il s'est agrippé et de la peinture s'est collée sous ses doigts. J'ignorais qu'après tout ce temps, des résidus auraient pu y rester et être retrouvés.

Il était vrai que depuis le temps, cela aurait dû disparaître, mais Henry savait que la peinture ne partait jamais réellement. Et même si Jeff s'était lavé les mains et tout le reste par la suite, les particules étaient évidemment restées ancrées carrément sous la peau des ongles, ce qui avait permis à Henry de les récupérer.

- Notre légiste est vraiment efficace et je suppose qu'un corps composé de restes, on peut retrouver toute sorte de résidu – suggéra Jo

Hanson avait tout noté sur un calepin et demanda alors

- Est-ce que quelqu'un peut confirmer cette histoire ? Vous avez dit qu'il s'agissait d'un endroit perdu où peu de personnes passaient. Donc comment on peut être certain que vous nous dites la vérité ? Les choses ne marchent pas au petit bonheur la chance.

Sébastian soupira

- Il y avait un dépanneur. Le seul du coin. Il est venu à notre aide en voyant ce qui se passait. Je sais qu'il y est encore. Je suis retourné à l'endroit il n'y a pas si longtemps. Je dis la vérité. Jamais, je n'aurais tué mon fils, jamais de la vie.

Les larmes coulèrent toutes seules et il posa ses mains à sa tête. Jo échangea un regard avec Hanson et ils se retirèrent dans l'arrière-salle où Gates et Henry les attendaient.

- Je ne le crois pas coupable – affirma Henry

- Moi non plus – ajouta Jo

Gates et Hanson se regardèrent

- Et vous détective Hanson ?

- Je n'ai honnêtement aucune opinion ! Je n'arrive pas à savoir s'il se fiche de nous ou pas.

Henry répliqua

- Sans offense Hanson, je pense qu'un père de famille ne raconterait pas n'importe quoi pour sauver son propre honneur.

Hanson haussa des épaules

- J'en ai vu de toutes les couleurs dans ma carrière. Mais bon, je crois que le mieux à faire c'est d'aller directement vérifier sur place. Qui est down pour faire un aller-retour de 4h et plus juste pour vérifier l'alibi du monsieur ?

Il regarda Jo et Henry qui avaient une bonne tête de coupables. Ils ouvrirent tous les deux la bouche, parés à répliquer quelque chose de cinglant, mais Gates détourna la conversation.

- À l'heure d'internet et de la technologie, je pense qu'on peut simplement appeler à cet endroit et demander à la personne s'il se rappelle de cette histoire.

- Bah voilà – répondit Hanson

Jo repartit dans la salle d'interrogation pour savoir si Sébastian pouvait lui donner les coordonnées du dépanneur en question et il le fit sans broncher.

Comme Hanson avait la bonne parole, ce fut lui qui fut chargé d'appeler et il revint avec une bonne nouvelle.

- Alors les gars, le proprio du dépanneur m'a dit qu'effectivement, il se rappelle être venu en aide à un père et un petit garçon coincé sur le bord de la falaise en s'agrippant fortement à la voiture. Et il a dit qu'il pouvait faire encore mieux. Jo, check ta boîte mail.

Jo fronça des sourcils et s'exécuta. Henry était toujours à ses côtés et Hanson se demandait comment il n'était pas encore assis sur les genoux de sa collègue. Il secoua la tête. Ils étaient incorrigibles.

Jo avait reçu un fichier d'un expéditeur qu'elle ne connaissait pas et avec le message précisant qu'il s'agissait du propriétaire du dépanneur.

Et le fichier n'était autre qu'une vidéo surveillance de vraiment mauvaise qualité, compte tenu de l'année à laquelle elle avait été prise. Il y avait des caméras donnant directement sur l'extérieur de la façade d'où l'on voyait la falaise et effectivement, le moment où Jeff avait glissé avait été enregistré on y voyait Sébastian perdre son sang-froid avant de crier des mots à son fils, de rentrer dans sa voiture et de voir le propriétaire les rejoindre en courant avec une corde pour éviter une descente complète de la voiture.

Jo et Henry regardèrent Hanson avec une seule et même expression. Il se recula légèrement.

- C'est bon ! Pas la peine de me fixer comme ça. Je lui ai donné le bénéfice du doute quand même. Je vais aller le prévenir qu'il est libre. Vous faites peur quand vous vous y mettez à deux.

Il leva les yeux au ciel et s'éloigna. Jo et Henry s'échangèrent un regard complice et réalisèrent que du coup, l'enquête était encore loin d'être terminée. Jo soupira.

- Bon eh bien, la prochaine étape, va être d'écouter la cassette qu'Amy nous confiera.


Quand Henry daigna se présenter à la boutique, Abe dut reconnaître qu'il ne s'attendait pas à le voir de sitôt.

- Dis donc ! Ça va t'arriver souvent de faire des insomnies de la sorte, en dehors de tes promenades à la rivière, et de quitter au beau milieu de la nuit, pour rejoindre ta dulcinée ?

Henry lui lança un regard sarcastique

- Ne joue pas les rabat-joie ! – il se frotta les sinus, en traversant l'appartement, pour rejoindre son fils qui avait son ordinateur portable posé sur la table basse. – je t'ai expliqué qu'on travaillait sur le meurtre d'un petit garçon et disons que ni Jo et moi, n'arrivions à trouver le sommeil.

Abe haussa un sourcil réprobateur

- Et tous les deux en même temps ? Comme par hasard ?

Henry le fixa. Abe connaissait toute sa vie et il n'y avait rien de plus qui le choquait, mais les histoires de fantômes étaient encore plus loufoques que son immortalité. Et c'était sans doute égoïste de sa part, mais il souhaitait garder une part de mystère vis-à-vis de l'apparition de Jeff, qui n'avait touché que lui et Jo.

- Disons que quelque chose nous est arrivé en même temps et on n'a pas réussi à trouver le sommeil.

Abe continuait de le regarder, signe qu'il ne comptait pas en démordre.

- Arrête de faire des rébus. Ça ne marche pas avec moi. Crache donc le morceau.

Henry soupira. Son fils ne le laisserait jamais vaquer à ses propres pensées.

- Cela va te sembler complètement fou

Abe éclata de rire

- Non, mais, je rêve ! Je vis avec un mec immortel depuis 70 ans et il me dit que ça va me sembler fou. Franchement, je suis pas à un ou deux délires près.

Henry leva les yeux au ciel. Depuis son opération, Abe était devenu un tantinet cynique.

- Très bien monsieur, je veux tout savoir ! Il se trouve que la nuit dernière, Jo et moi, on a bizarrement reçu la visite de l'esprit de Jeff, le petit garçon de notre affaire. Elle a flippé et moi avec et on savait qu'on n'allait pas se rendormir, alors on a décidé de discuter dans un café.

À la minute où il termina sa phrase, il vit le visage d'Abe blêmir et il retira ses petites lunettes. Il ouvrit la bouche, mais la referma immédiatement. Henry fut bien satisfait de lui emboucher un coin. Il croisa ses bras et demanda d'une voix sadique.

- Tu ne dis rien ?

Abe lui lança un regard noir

- Bon… D'accord, très bien ! Je le reconnais ! Par moment, je devrais apprendre à me taire et ne rien demander de plus.

Henry ne pensait pas que son fils n'allait pas le prendre au sérieux et se sentit quelque insulté

- Tu sais que ce n'est pas une blague.

- Non mais Pops ! Je sais que tu côtoies des morts en permanence, que toi-même tu rêves de devenir un cadavre et que tes expériences de morts rapides t'ont peut être déjà permis de voir autre chose, mais j'ai vécu assez longtemps avec toi pour savoir quand tu essaies de m'embrouiller et me raconter n'importe quoi.

Henry ne sut vraiment comment le prendre. Il fronça grandement des sourcils, faisant de grands gestes avec ses bras.

- Évidemment ! Tout le monde sait que c'est moi, Henry Morgan, une machine à blagues.

Apparemment, ce fut le commentaire dont Abe avait besoin pour lui démontrer que son père ne plaisantait pas le moins du monde.

Il resta stoïque

- Non, mais tu es vraiment sérieux ?

Henry n'eut pas besoin d'en dire plus, son expression faciale en disait long. Abe se gratta le menton. Si autant il savait qu'il n'avait jamais eu toute sa raison depuis qu'il savait que son père était immortel, il semblait que rien ne lui rendrait. Et pas depuis que Jo était rentrée dans sa vie.

- Donc tu es en train de me dire que tous les deux vous avez vu un « fantôme » en même temps et vous avez décrété que vous ne pourriez pu dormir et vous faire la malle au beau milieu de la ville à 4h du matin ?

Henry acquiesça

- Pour faire court, oui ! Et ce n'était pas en même temps, on était à quelques minutes d'intervalle.

Abe ironisa

- Oh pardon, je ne savais pas que les fantômes avaient la notion du temps. C'est complètement dingue. Mais si Jo l'a vue…

- C'est exactement la réflexion que je me suis faite. On s'est dit que ça devait être un signe pour qu'on se concentre sur ce qu'il lui était arrivé. On va vraiment tout faire pour.

Abe ne doutait pas la réussite de son père. Il avait toujours fait du bon travail depuis un an. Mais l'idée de travailler sur le corps d'un petit garçon ne devait pas être facile à gérer.

Il osa

- Et vous avez quelque chose ?

Henry secoua tristement la tête

- Jo et moi on veut vraiment rendre justice à ce petit. Aujourd'hui, on a pensé que son père était derrière tout ça, mais en le voyant, il ne m'a jamais apparu comme quelqu'un qui voulait se débarrasser de son enfant. On a fait les vérifications et analyses nécessaires et son alibi a été prouvé donc il nous faut encore chercher.

Abe remarqua bien que son père prenait cette histoire très à cœur. Mais n'importe quel être humain était automatiquement touché lorsqu'il s'agissait du cas d'un enfant. Ils étaient petits, jeunes et avaient toute une vie devant eux. Cela était toujours très incompréhensible. Même en se mettant dans la tête d'un kidnappeur ou autre, il était carrément impossible de comprendre les motivations qui les habitaient. Pourquoi des enfants, qu'avaient-ils bien pu faire de mal pour se retrouver dans une telle posture ?

- Vous avez quelques indices au moins ? Des motivations, quelque chose ?

- Rien de tout ça – se lamenta le légiste – cependant, une de ses amies va nous confier une cassette audio dans laquelle il parlait avec une chanson en fond. Je vais essayer de repérer s'il y a un message subliminal ou pas.

- Une chanson ? Elle vous a dit le titre ?

- Stairway to heaven !

Abe resta perplexe

- Alors peut-être que le message se trouve directement dans la chanson ! Pour moi ça me paraît évident, rien que le titre lui-même veut tout dire.

- J'y ai pensé, mais pour le savoir, il va falloir écouter ce que Jeff dit dans la cassette… Mais je n'aime pas trop ce à quoi je pense.

Ce fut la première pensée qui avait traversé Abe

- Un suicide ?

Henry hocha lentement la tête

- C'est franchement la théorie que je n'ai pas envie de mettre sur le tapis, mais jusqu'à présent, c'est la seule qui semble coller. Le titre de la chanson, le fait qu'il fasse une cassette pour sa meilleure amie. Ses mensonges à ses parents et sa disparition, avec son corps jamais retrouvé… Je n'arrive pas à trouver d'autres solutions. Mais son esprit nous a dit qu'il n'avait aucune idée de ce qui lui était arrivé alors s'il s'est ôté la vie… Cela s'est passé si vite et brutalement, qu'il ne peut se souvenir de quoi que ce soit.

Henry ne pouvait s'y résoudre. Jeff n'apparaissait pas comme un enfant dépressif ou malheureux. Mais il ignorait comment il était traité à l'école. Ses parents avaient dit qu'il était apprécié. Mais était-ce réellement la réalité des choses ? Et cela faisait 15 ans, il ne pouvait plus s'en assurer depuis le temps avec le personnel de l'école.

Les enfants étaient très forts pour cacher n'importe quelle peine et masquaient facilement ce qui se passait à l'école, pour ne pas attirer les ennuis à l'établissement et ne pas inquiéter leurs parents. Être parent était une épreuve, on ne pouvait pas constamment savoir ce qui se passait dans la tête des enfants et on ne pouvait pas non plus leur coller un flic aux fesses pour s'assurer de leur bien-être. Si Henry finissait par avoir d'autres enfants un jour, sa plus grande peur serait sans nul doute qu'ils se fassent malmener à l'école jusqu'au point de non-retour et qu'ils ne lui en touchent jamais un mot à lui ou à Jo… Il s'arrêta net dans le cours de ses pensées. Est-ce qu'il venait vraiment de considérer Jo comme… La voix d'Abe le ramena sur Terre.

- Mais pour l'instant, ce n'est qu'une théorie. Continuez de faire de votre mieux et j'espère sincèrement que ça aboutira à autre chose qu'une tragédie tel que le suicide.

- Je l'espère aussi.


Quelques jours après, Amy avait apporté la cassette dans laquelle, Jeff lui laissait un message.

Ils s'étaient tous réunis dans une salle de réunion et s'étaient préparés mentalement à écouter quelque chose qui semblerait touchant.

Et quand les premières notes de la musique commencèrent, chacun sentit son cœur se serrer.

Et la petite voix de Jeff qui démarra dès que les premiers mots de la chanson furent prononcés.

Amy,

Comme le dit la chanson, il y a une femme qui dit que l'or scintille. Et toi ma petite Amy, je sais que nous ne sommes que des enfants, que nous n'avons que 10 ans, mais tu brilles comme cet or. Cet or que je garde en moi depuis le jardin d'enfants.

Si j'ai choisi Stairway to Heaven pour te parler, ce n'est pas pour des raisons suicidaires même si cela peut paraître le contraire. Mais je la trouve si belle, je me dis qu'un jour cet escalier m'amènera au Paradis et mon Paradis, c'est toi.

Chacun ne put retenir le petit « aww » qui s'échappa de leur bouche. Les enfants amoureux étaient sans doute ce qu'il y avait de plus adorable.

Mais avant que toi tu deviennes mon Paradis, je souhaiterais en trouver un autre. Une autre partie de moi qui vit quelque part. Une partie que mes parents pensent que je ne connais pas, que j'ignore. Mais je sais qu'elle est quelque part. Et je te donne cette cassette pour te dire que je partirais à sa recherche bientôt et ensuite je reviendrais te retrouver pour te donner des nouvelles. Je sais que ça paraît stupide, nous ne sommes que des enfants, mais Amy je t'aime énormément et un jour, j'espère être ton « stairway to heaven » aussi.

La chanson fut coupée court alors que la voix de Jeff venait de se fondre au son de la guitare.

Chacun se regarda et personne ne comprit ce que ce message signifiait.

Jo proposa

- Je ne sais pas exactement ce qu'il a voulu dire là dans, mais je pense qu'il faut qu'on demande aux parents de Jeff de nous confier absolument tout ce qui lui appartenait, des boîtes d'objets, des cahiers, n'importe quoi… On pourra sans doute assembler le puzzle ainsi.

Henry approuva l'idée

- C'est vrai que l'audio est trop flou. Je vais de nouveau l'écouter, mais il nous fait toutes les affaires personnelles de Jeff pour tenter de comprendre tout ceci. Que ce soit en passant par des objets, des notes ou des jouets… Tout ce qu'on peut récupérer pour qu'on sache où il voulait en venir.

Lucas ouvrit la bouche, mais le regard de Jo l'arrêta. Il n'était pas question que qui que ce soit d'autre suggère le suicide.

Tout le monde y pensait, mais les paroles dites par cet enfant de 10 ans, semblaient tout à fait innocentes. Alors, il fallait tenter de comprendre sa charade pour lui rendre la justice qu'il lui fallait. Qui était donc cette partie manquante, où devait-elle la retrouver et était-elle la responsable de l'avoir achevée ? Tant de questions qui avaient besoin d'être résolues et cela commençait de suite.

Après être partis récupérer toutes les affaires possibles du petit et que Jo et Henry soient partis reparlés à Amy pour savoir pourquoi elle n'avait jamais donné cette cassette plus tôt que ce soit à un adulte ou la police et elle confia qu'elle ne l'avait reçu que plusieurs jours après la disparition de Jeff. Il l'avait envoyé le jour même où cela était arrivé.

Et qu'elle ne l'avait pas écouté avant d'avoir suffisamment de courage de pouvoir entendre sa voix. Elle les avait convaincus lorsqu'elle avait dit qu'à 11 ans, une petite fille ne prend pas en mesure l'importance des mots et rien ne l'avait touché jusqu'à présent.

Elle leur donna également une petite boîte style coffret où elle leur avoua que dedans se trouvaient de nombreuses lettres échangées entre elle et Jeff pendant des grandes vacances ou autres petits mots écrits pendant les cours.

De ce fait, plutôt que d'être sur le terrain, tout le monde s'étalait à la tâche de chercher des indices qui auraient pu amener à la perte d'un petit garçon plein d'énergie et apparemment, qui savait parfaitement ce qu'il voulait pour le reste de sa vie.

Et cela dura plusieurs jours, à tel point qu'un soir Jo et Henry ne virent pas le temps passé. Ils étaient les deux qui travaillaient le plus fort sur cette affaire et chacun les observait faire, silencieusement.

Ils ne lâchaient pas le côté de l'autre et passaient des nuits au 11 et repartaient le matin, à fouiller dans des papiers, examiner les lettres, les notes et réécouter en boucle le message qu'il avait laissé à Amy.

La fatigue commençait à peser sur les deux partenaires. Il n'y avait plus personne au 11, ils avaient tous quitté et chacun leur avait dit de rentrer se reposer, mais ils avaient assuré que ça irait et qu'ils allaient gérer.

Mais la frustration et toute cette accumulation étaient en train de les tuer à petit feu et ils n'étaient plus très sûrs de savoir dissocier ce qui était réel ou pas. Ils voyaient Jeff qui les observait de temps à autre et leur donnaient la force nécessaire, mais ils étaient encore au bout de leur peine.

La tête de Jo commençait à pencher sur l'amas de papiers, elle tentait de retenir, mais elle n'y parvenait pas. Ses paupières devenaient si lourdes. Ils avaient carburé au café toute la nuit, comme depuis plusieurs jours, mais un moment, cela ne faisait plus du tout d'effet.

Henry était à ses côtés et était un peu plus lucide qu'elle, mais pas beaucoup. Il la retenu quand il la vit pencher dangereusement en arrière, lorsqu'elle avait fait l'erreur de lever une feuille dans la lumière et de déposer son cou contre le dossier de la chaise.

Elle en sursauta.

- Jo ! Écoute, je peux continuer ! Repose-toi un peu. Tu en as besoin.

Elle bailla à s'en décrocher la mâchoire

- Henry ! Il faut… Il faut qu'on continue. Jeff compte sur nous. On n'avance à rien depuis des jours, on doit mettre un terme à tout ça.

- Mais il faut qu'on arrête de torturer notre cerveau comme ça. L'un de nous doit avoir l'esprit clair. Je peux tenir, vas te reposer.

- Dormir c'est pour les faibles – grogna-t-elle

- Jo – prévint-il

- Et on dormira tous quand on sera mort, je vais bien ! Je vais aller me refaire du café. Je te rapporte une tasse.

Henry la surveilla quand elle se leva. Elle penchait de tout côté et peinait à trouver un équilibre. La situation aurait pu être hilarante et lui rappeler ce moment où il l'avait porté jusque dans le canapé de la boutique en janvier dernier, lorsqu'elle avait un peu trop bu. Mais ce n'était pas le cas et si elle ne fermait pas les yeux ne serait-ce quelques heures, elle allait finir aux urgences. Il se leva en double vitesse malgré la fatigue quand il vit que la jeune femme penchait au ralenti en avant, à deux doigts de manger le sol.

Il passa ses mains sous ses cuisses et l'amena dans le canapé le plus proche qui n'était autre que celui dans le bureau de Gates. Elle leur avait donné l'autorisation d'utiliser son bureau s'ils avaient besoin de calme et tranquillité parmi le personnel qui passait pour le nettoyage.

Jo s'était laissée faire sans dire un mot. Sa tête était reposée dans le creux du cou d'Henry et elle commençait déjà à s'endormir. Il y avait une jetée dans le canapé et Henry la déposa sur les épaules de sa partenaire. Il décida de s'asseoir à ses côtés, en prenant le nécessaire pour continuer de comprendre l'affaire. L'écoute jouait beaucoup, mais il était plutôt du genre à lire entre les lignes. Il fallait dire qu'il combinait les deux depuis des jours sans grand succès, mais il voulait continuer d'y travailler, jusqu'à ce que quelque chose finisse par le frapper.

Jo soupira et le regarda.

- Essaie de te reposer un peu.

Ce fut les derniers mots qu'elle prononça, car à la minute où sa tête retomba sur l'accoudoir, le sommeil la gagna directement et Henry le comprit à sa respiration lente.

Il avait pris les jambes de la jeune femme pour qu'elles soient posées sur ses genoux et il devait avouer qu'il s'en servait un peu pour s'appuyer les bras et tentait de se garder éveillé.

Il n'avait aucune idée de l'heure qu'il était, mais il ne trouverait pas la paix tant qu'il n'aurait pas eu cette petite lumière qu'il avait souvent au beau milieu d'une affaire, mais qui ne s'était pas encore présentée. Mais il y parviendrait, quitte à battre son record de nombre d'heures éveillé.