Désolée du retard, grosse semaine en vue (et mois assez occupé) donc je vous poste ça exceptionnellement un mercredi et la suite sera sans doute la semaine prochaine, quand j'aurais un break). Bonne lecture, fin du chapitre.


Vers 8h45, Gates arriva au poste et était occupée à regarder ses mails, sur son téléphone, quand elle posa le pied dans son bureau, elle s'arrêta net.

Et elle resta presque attendrie devant la scène qu'elle voyait.

Jo et Henry, endormis dans le canapé, enlacés l'un à l'autre comme si leur vie en dépendait.

En effet, Jo était au-dessus d'Henry et dormait avec une main et la tête posées sur son torse.

Ce dernier avait les bras enlacés autour de la jeune femme, il tenait une pochette et quelques papiers étaient éparpillés au sol. La couverture recouvrait une partie de leur buste.

Gates s'avança et vit les annotations qu'ils avaient faites sur les différentes lettres du petit garçon. Elle fit un sourire compatissant.

- Vous devez être épuisés tous les deux ! Vous n'avez pas arrêté !

Elle retira délicatement la pochette des mains d'Henry et ramassa les papiers au sol. Elle remonta la couverture jusqu'à leurs épaules et sortit de son bureau, en fermant doucement la porte.

Hanson qui venait d'arriver, la questionna du regard

- Qu'est-ce qui se passe ?

Elle lui tendit la pochette

- Il faut qu'on continue nos recherches ! Jo et Henry en ont assez fait. On va les laisser se reposer.

Hanson fronça des sourcils et Gates désigna son bureau. Ce dernier ouvrit légèrement la porte et eut la même réaction que sa boss, en voyant la manière dont le couple était enlacé et endormi. S'ils étaient rendus là, c'est qu'ils devaient vraiment être au bout.

Il referma la porte et regarda Gates qui avait un petit sourire en coin.

- Ils ont bossé comme des dingues. Ils ont besoin d'un break. Donnez-moi ça, je vais enrôler Lucas et on va voir ce qu'on peut faire d'autre.

Gates acquiesça

- Je vais aussi fouiller un peu dans les affaires du petit et réécouter cette cassette. Peut-être arriverons-nous à quelque chose, tous ensemble.

Vers 10h, Jo et Henry se réveillèrent en même temps. Jo s'étira la première et se rendit compte qu'elle était sur Henry. Ses joues prirent la couleur d'une pomme bien mûre, mais dût résister à lui donner un baiser matinal, car l'appel de ses lèvres l'attirait tel un aimant.

Il se frotta les yeux et ce fut à ce moment qu'il réalisa qu'il avait actuellement dormi. Sans bouger de sa position, elle le regarda.

- Salut ! Je croyais que tu ne comptais pas dormir ?

Il émergea lentement du brouillard dans lequel il était et se disait que c'était une vue avec laquelle il aimerait se réveiller plus souvent. Il se donna une claque intérieure et se racla la gorge.

- Je n'avais pas l'intention de dormir, mais je pense que je me suis allongé et j'ai fermé les yeux.

Il essaya de se rappeler la veille une fois que Jo s'était endormie. Il n'avait pas mis longtemps avant de sentir des douleurs dans le bas du dos alors il avait décidé de s'allonger pour les reposer. Il avait soulevé Jo pour la remettre dans le bon sens et l'avait tiré au-dessus de lui et mis la couverture sur eux et apparemment, avant même qu'il ne le sache, il était déjà au pays des songes.

- Je pense surtout que tu en avais besoin – répondit Jo, d'un ton amusé

Elle finit par s'asseoir et il fit de même. Ils restèrent assez proches de l'autre et Henry souffla.

- Je crois qu'on en avait tous les deux, besoin. Comment tu te sens ce matin ?

- Beaucoup mieux ! Je vais reprendre un café et me rincer un peu le visage et on pourra reprendre.

Henry acquiesça et regarda sa montre. Il écarquilla grand les yeux.

- J'y crois pas ! Il est déjà 10h !

Jo sursauta

- Quoi ?

Le temps perdu qu'ils venaient de passer à dormir était encore une longue de journée de recherches sans avancement et ils ne pouvaient se permettre de tels débordements. Enfin, ça, c'était leur point de vue.

- Comment on a pu dormir aussi longtemps ? Et pourquoi personne ne nous a réveillés ? – paniqua Jo

Henry se frotta la barbe et prit enfin connaissance du fait qu'ils étaient dans le bureau du boss

- C'est vrai ça ! Pourquoi le lieutenant Gates ne nous a pas réveillés ? Elle est certainement déjà là depuis des heures ?

Jo haussa des épaules, tout en repliant la jetée.

- Je n'en sais rien, mais nous deux, il ne faut plus qu'on perde encore du temps. On va se remettre de suite au boulot.

Ils sortirent à la suite du bureau et restèrent bouche bée face à ce qu'ils voyaient. Leurs collègues avaient fait de l'affaire de Jeff, une priorité et sa photo était maintenant sur le tableau des crimes à résoudre, accompagné du peu d'indices qu'ils avaient et la cassette qui se passait de détective en détective et chacun qui notait ce qu'il entendait ou repérait, qui pourrait aider.

Les deux partenaires furent complètement surpris et touchés de voir avec quel sérieux, chacun y mettait du sien.

Hanson les rejoignit et enroula ses bras autour de leurs épaules

- Alors les jeunes, on a bien dormi ?

- Mais qu'est-ce qui se passe ? – demanda Jo

- Gates est arrivée et vous a vu, complètement épuisés dans son bureau donc elle vous a laissé dormir. On a continué nos recherches de notre côté et demandé de l'aide à tous les détectives de faire de même et de prendre en note ce qui pourrait nous servir à rassembler les pièces de puzzle.

Henry marmonna

- Comme on fait depuis des jours !

Hanson leva les bras au ciel

- Hey ! Moi je voulais juste aider ! On fait ce qu'on peut, mais c'était pour vous alléger. Alors, rentrez rapidement chez vous, prenez une douche, un petit déjeuner et vous revenez.

Jo et Henry secouèrent la tête

- On ne peut pas ! On a déjà trop dormi – dirent-ils d'une seule et même voix.

Hanson allait répliquer, mais fut devancé par Gates

- L'ordre vient de moi ! Donc vous faites ce qu'il vient de vous dire et vous revenez. Peut-être qu'entre temps, on aura du nouveau, mais vous n'avez pas arrêté depuis des jours, vous n'avez quasiment par dormi et j'en ai assez de vous voir dans ce bureau alors allez prendre l'air quelques minutes et revenez tout à l'heure.

Ils voulurent encore protester, mais Gates leur désigna l'ascenseur

- Tout de suite !

Ils ne purent insister davantage que Jo tira le bras d'Henry pour l'emmener vers l'ascenseur. Ils n'aimaient pas trop l'idée de prendre quelques minutes, voir une ou deux heures, le temps de revenir et de manger. Ils avaient l'impression d'abandonner Jeff. Bien sûr, il n'en était rien et le travail qu'ils faisaient tous les deux, un petit garçon qui errait, leur en était très reconnaissant.


Ils revinrent deux heures plus tard. Ils avaient pris le temps de prendre une bonne douche et manger comme il faut sous la supervision d'Abe qui ne les aurait pas laissé partir le ventre vide, surtout qu'il n'avait plus vu Henry depuis quelques jours, à force de camper au 11.

Quand Jo l'avait raccompagné, elle aurait voulu lui laisser un peu d'espace pour se décrasser chez elle, mais les deux hommes avaient insisté pour qu'elle reste avec eux et fasse ce qu'elle avait besoin de faire directement à la boutique. De ce fait, la jeune femme avait dû changé de vêtements et piquer une chemise à Henry, dans laquelle, elle flottait, en remettant son jean. Mais cela ferait l'affaire le temps qu'elle retourne chez elle.

En la voyant porter si bien sa chemise, Henry en avait avalé son bacon de travers, sous le regard offusqué d'Abe.

Tout le monde s'abstint de commentaire quand ils virent la jeune détective revenir avec une chemise qui ne lui appartenait pas et cela était évident. Mais les deux avaient déjà assez à faire dans leur plat pour qu'on les taquine encore avec tout ceci.

Le 11 était toujours autant dans le rush et ils se demandèrent si dans les deux heures où ils avaient quitté, quelque chose était arrivé.

Ce fut Lucas qui vint à leur rencontre

- Hey ! Content de voir que vous avez repris des couleurs ! La chemise d'Henry vous va bien, Jo !

Jo gesticula lui faisant comprendre que ce n'était pas le sujet, même si l'un comme l'autre ne pouvait cacher le rouge à leurs joues.

- Qu'est-ce qui se passe ? Du nouveau ? – demanda Henry

- Eh bien, Hanson en a profité pour aller rendre visite aux parents de Jeff pour avoir le très ancien disque dur de leur ordinateur pour qu'on puisse le fouiller et voir si Jeff parlait avec quelqu'un qu'il disait aurait pu être sa moitié perdue. Mais il n'y a rien eu, le contrôle parental était efficace, donc clairement, Jeff n'a pas pu rencontrer quelqu'un de peu recommandable via internet.

Jo essaya de comprendre où il voulait en venir

- Viens en fait s'il te plaît – demanda-t-elle d'une voix frustrée

- J'y viens ! Donc on a demandé la liste de tous les professeurs de Jeff depuis son premier jour à l'école primaire et jusqu'au dernier jour. Et ça fait une heure qu'ils passent l'un après l'autre, avec Hanson, Gates et deux autres détectives.

Jo et Henry ne s'en étaient pas encore aperçu, mais une lignée de personnes attendait devant les salles d'interrogation, Gates en ressortit d'une et cria

- Suivant !

Jo et Henry furent impressionnés et se demandaient, pourquoi ils n'y avaient pas pensé plus tôt.

- Ça, c'est du bon travail – félicita Jo – et est-ce que quelque chose en particulier est ressorti ?

Lucas secoua la tête

- Les détectives présents ici, ont fait toutes les recherches dès que chaque professeur a quitté. Leur alibi a tous été vérifié jusqu'à présent et plus de la moitié sont déjà passés. Mais on ne sait jamais.

Henry savait que dans la cassette audio, Jeff faisait référence à une femme qui était la partie manquante. Cela n'était sans doute pas sa mère puisqu'elle était toujours présente. Il avait encore du mal à ne pas croire au suicide, mais la seule voix et sa façon de parler à Amy lui disaient que ce n'était pas son intention.

- Bon eh bien, nous on va continuer de notre côté. Il y a encore tellement de lettres. Enfin, je suis certain que dans notre fatigue nous n'avons pas bien tout regardé, mais on va refaire un tour dedans. – souligna Henry.

Jo acquiesça

- On peut dire que ces deux gamins s'écrivaient énormément à chaque vacance d'été. Bref. On y retourne. Lucas, si jamais tu entends quelque chose, vient nous le dire.

- Pas de soucis !

Il les regarda s'éloigner pour s'isoler dans la salle de réunion où ils restaient depuis des jours.

Il y avait au moins un bon côté à tout ceci… Ils se rapprochaient dangereusement, et sans doute que l'inévitable se produirait rapidement.

En retrouvant les deux boîtes qu'ils avaient parcourues, ils se regardèrent et poussèrent un soupir commun.

En s'asseyant, Jo dit

- Mon petit Jeff, j'espère que tu ne nous en veux pas trop de traîner autant sur cette affaire, mais on veut vraiment bien faire.

La journée passa lentement, peut-être trop. Tous les professeurs avaient eu l'alibi vérifié et la fatigue recommençait à tomber. Ils avaient fait de leur mieux et rien ne leur venait à l'esprit.

Chacun avait donné à Jo et Henry, des morceaux qu'ils repéraient, ce à quoi tout ceci leur faisait penser, pour qu'ils les mettent en commun et essaient d'en faire quelque chose à eux deux.

Après huit tasses de café, une douzaine de pauses pipi, quelques donuts, même pour Henry, et la nuit qui retombait déjà, Jo avachit sur sa chaise comme une adolescente, Henry, la tête appuyée dans ses mains, quelque chose finit par le frapper. Il releva lentement la tête quand il avait fini par déplier, une lettre qui s'était collée à toute la pile et qu'il venait de lire.

- Jo !

La jeune femme manqua de basculer de sa chaise et se rapprocha de lui, en roulant avec cette dernière

- Tu as trouvé quelque chose ?

- Il se pourrait que oui. Lis cette lettre.

Elle s'exécuta et y trouva quelque chose de poétique.

- Euh, on dirait… Comme une chanson. Et les mots sont très…

- Matures – acheva Henry

Jo acquiesça. Henry déplia le haut de la lettre. Jo fronça des sourcils.

- Railway to heaven ?

Henry commença à s'agiter

- La chanson qu'il a mise en fond était un message caché. Maintenant, son but n'était pas de trouver des escaliers, mais…

- Une voie ferrée – acheva Jo

- Exactement !

Jo regarda de nouveau les mots qu'un enfant de 10 avait pu écrire. Cela était presque impensable. Même elle n'aurait jamais pu écrire de tels mots.

- Mais qui est Lily ?

Henry regarda de nouveau les paroles. Il les analysa phrase par phrase.

- Il a parlé de retrouver sa moitié perdue… Dans de très vieilles croyances, il est dit qu'une voie ferrée peut conduire vers des êtres chers qu'on a perdus. Bien sûr, ce n'est qu'une légende, mais Jeff n'avait que 10 ans, il aurait pu croire n'importe quoi…

- Mais quels êtres chers ? Grands-parents ?

Henry lut de nouveau les mots

- Une sœur – murmura-t-il si doucement que Jo elle-même n'était pas sûre d'avoir compris

- Quoi ?

Henry allait lui expliquer ce qu'il pensait quand Hanson débarqua comme un bourrin dans la salle

- Les gars ! Je viens de retrouver quelque chose en fouillant plus profondément dans le dossier médical des Patterson. Ils ont eu un enfant avant Jeff, mais elle est mort-née. C'était environ quatre ans avant la naissance de Jeff.

Jo et Henry s'échangèrent un regard complice et un long sourire se dessina sur les lèvres de Jo.

- Tu avais vu juste. Il a eu une sœur. Ses parents ont dû lui en parler.

- Ou il a trouvé lui-même et s'est dit qu'il essayerait de lui parler.

Hanson ne les suivait pas

- Mais attendez, vous aviez déjà trouvé ?

Henry lui tendit la lettre, qui serra le cœur d'Hanson

- Woah ! C'est très… Fort, pour un enfant.

- C'est exactement ce qu'Henry et moi on s'est dit !

Il regarda alors le couple devant lui

- Alors quels sont vos plans ?

- Pour commencer, il faut retourner voir Sébastian et Ellen et leur demander plus d'explications vis-à-vis de Lily et leur montrer cette lettre. Comment à son âge, il a pu écrire quelque chose d'aussi poétique. – entama Jo

- Et trouver la voie ferrée où il est allé pour tenter de la retrouver – ajouta Henry – il est fort probable qu'il ait été happé par un train et que l'accident n'ait jamais été reporté.

Jo n'aimait pas trop ce qu'elle allait suggérer, mais osa

- Peut-être parce qu'il n'y avait rien à reporter ? La vitesse d'un train par rapport à celui d'un corps, surtout d'un enfant.

Henry n'avait pas osé développer le fond de sa pensée, mais Jo voyait juste.

- Alors en route cette fois !

C'était le début de soirée, mais tout le monde savait que les Patterson méritaient de savoir ce qui s'était passé. Sur la route, Henry avait trouvé sur quelle voie ferrée l'accident aurait pu avoir lieu. Étant donné que les restes du petit avaient été trouvés dans le Queens, il n'y avait plus qu'une seule voie fonctionnelle dans le quartier, dans lequel ne circulaient généralement que des trains de marchandises qui ne roulaient pas assez vite pour que personne n'ait le temps de se dégager. Alors, ils avaient prévu de retourner sur le lieu et d'y emmener les parents avec eux.

Quand les détectives débarquèrent chez les Patterson et mentionnèrent Lily, Ellen fondit directement en larmes. Son mari tenta de rester fort, mais il était autant touché.

Elle leur expliqua que le bébé avait une mal formation cardiaque, qui avait été détectée à 6 mois de grossesse, mais qu'ils n'avaient pas voulu interrompre, car ils avaient beaucoup de mal à concevoir. Cela expliquait le désarroi dans lequel cette mère était plongée et personne ne pourrait vraiment comprendre sa peine, cela était quelque chose qui était unique à chacun.

Après avoir discuté de ce qui s'était passé et leur proposant de les accompagner là où ils pensaient que le drame avait eu lieu, Henry leur montra la lettre.

- Jeff a écrit des mots très puissants à sa grande sœur qu'il n'a jamais connue.

Sébastian attrapa la lettre et Ellen la lut par-dessus son épaule et ils se regardèrent dubitatifs.

- Euh, ce ne sont pas les mots de Jeff – avoua Sébastian – enfin c'est son écriture, mais il l'a juste recopié. Et effectivement, c'était dédié à sa sœur. Il a juste changé le titre comme il le voulait.

Jo, Henry et Hanson se lancèrent un regard, pas bien sûr de saisir. Ellen leur expliqua.

- Sébastian… Est compositeur à ses heures perdues et… après la mort de notre bébé, il avait écrit une chanson pour elle. Mais il l'avait écrit sous le coup de la tristesse et n'a jamais gardé les paroles. Je ne sais pas comment, mais Jeff est parvenu à retrouver l'enregistrement et a recopié les paroles et juste changer le titre.

- Un titre qui va sans doute nous amener à l'endroit où il a disparu.

Le couple quitta avec les détectives après avoir retrouvé le morceau composé par Sébastian. Ils avaient décidé de le jouer à l'endroit où tout ceci s'était passé, comme une sorte d'hommage.

Le trajet se passa dans un long et grand silence. La voie ferrée était située dans un petit boisé, où il n'y avait personne aux alentours. Alors que le corps du petit n'est jamais pu être retrouvé n'était pas une surprise.

Les parents marchaient lentement à la suite des détectives et d'Henry. Jo et Hanson avaient allumé leur lampe torche, l'éclairage de ce côté-ci étant quand même assez limité, voire inexistant.

Jo éclaira Henry quand il aperçut quelque chose parmi les feuilles. Il le ramassa avec ses gants et vit qu'il s'agissait d'un morceau de tissu. Hanson les interpella.

- Hey venez voir !

Jo et Henry le rejoignirent quelques mètres plus loin. Les parents restèrent à l'écart, les larmes dans les yeux.

Il y avait des vêtements, usés et à peine couverts de sang. Henry les prit délicatement et les ramena vers les parents qui sanglotèrent davantage.

- C'est bien ses vêtements ! Ce sont ceux de Jeff. Il portait ceci le jour où il a disparu.

Jo frotta doucement le bras d'Ellen et Henry se retourna pour tenter d'établir une théorie.

- Il n'y a que les trains de marchandises qui passent ici. Ils ne klaxonnent pas et ils ne voient que devant eux, suffisamment pour qu'ils restent sur leur voie. Jeff marchait directement sur la voie, car il était persuadé que ce chemin infini pour lui l'emmènerait retrouver sa sœur. La question est de savoir pourquoi il voulait à tout prix venir ici ? Elle est enterrée dans le cimetière du Queens, n'est-ce pas ?

Les parents le confirmèrent et Henry continua donc

- Cette voie ferrée a un chemin qui descend jusqu'au cimetière une fois qu'on arrive au bout. Jeff savait ce qu'il faisait. J'ai tout d'abord pensé qu'il voulait se suicider et je m'en excuse… Mais son but était d'aller au cimetière et d'aller sur la tombe de sa sœur. Mais à son âge, on imagine que le Paradis est un endroit merveilleux où vivent des anges et pour lui, la voie ferrée était le chemin jusqu'à sa grande sœur, pour lui parler et ensuite retourner voir Amy, pour lui dire ce qu'il avait vu. Le train l'a happé, il portait des vêtements sombres... Ce n'est pas un train qui roule vite et qui ne fait pas de bruit particulier, Jeff ne l'a sans doute pas entendu, ni fait attention aux phares… Et je dirais qu'il a pensé que ces phares étaient la lumière vers le paradis qui le ferait rencontrer sa sœur. C'est ainsi qu'il est mort… Il a été happé par un train. L'accident n'a pas été reporté parce que…

Jo acheva, d'une voix cassée

- Parce que c'est un train de marchandises et que personne ne surveille leur passage. La force du train l'a projeté de côté et personne n'a jamais su qu'il était là jusqu'à maintenant.

Tout le monde regarda le couple qui était inconsolable, mais un sourire se dessinait sur les lèvres d'Ellen. Au moins, ils savaient ce qui était arrivé à leur fils. Ce n'était qu'un accident et personne ne l'avait tué ou kidnappé. Il avait juste été imprudent.

Sébastian craqua

- Il aurait dû nous en parler ! On l'aurait amené s'il nous avait dit quelque chose.

Henry les rassura

- Ce n'est pas de votre faute ! Il avait sans doute voulu vous faire une surprise. Et tenter l'aventure tout seul. C'est un accident, mais maintenant, tout le monde sait au moins ce qui s'est passé.

- Merci docteur – dirent-ils en chœur – et merci à tous.

Les trois leur firent des signes de tête. Hanson proposa de les ramener. Ils avaient pris deux voitures. Jo et Henry promirent d'être juste derrière et se retournèrent vers la voie ferrée.

Dans une courte lueur de la lune, ils virent l'esprit de Jeff, qui leur fit un signe de la main

- Merci Jo ! Merci Henry !

Jo et Henry lui firent également un signe de tête et le regardèrent disparaître dans cette lueur blanche. La chanson jouait sur le téléphone de Jo et lui mettait les larmes aux yeux.

Henry était perdu dans ses pensées avant de sentir la petite main de Jo s'agripper à la sienne et sa tête qui se reposa sur son épaule.

Henry lâcha la main de sa partenaire pour enrouler son bras autour de sa taille. Elle fit de même et leur étreinte finit par prendre l'allure d'un câlin tendre et enjôleur. Jo posa sa tête sur le torse d'Henry et ce dernier posa son menton sur le sommet de son crâne, tous les deux regardant silencieusement cette voie.

- On dirait que cette fois, on va pouvoir avoir une vraie nuit de sommeil – murmura Jo, qui ne voulait pas relâcher leur étreinte.

Henry ne fit qu'acquiescer par un petit son émanant à peine de sa gorge. Jo releva les yeux vers lui et lui sourit tendrement.

- C'est vraiment du bon travail ! Ça a été intense, mais grâce à ton bon nez, une famille va maintenant pouvoir faire son deuil en paix.

Elle sentit les bras d'Henry la resserrer davantage contre lui

- Mais on a tous fait du bon travail et je suis content d'avoir une partenaire dévouée pour m'aider.

Elle sourit et lui demanda

- Au fait ! Toujours down pour le lever du soleil au Astoria ? J'ai vu que demain il faisait une journée magnifique ? Personnellement, je te dépose, je rentre, je dors directement et je suis capable de me lever aux aurores pour aller le voir et monter sur un skate.

Elle bougea un sourcil en sous-entendu. Henry rigola. Jo était incorrigible.

- Va pour demain alors ! Mais repose-toi directement quand tu rentres.

- Comptes sur moi !


Comme prévu, le lendemain, aux alentours de 6h et après une énorme de nuit de sommeil, pour l'un comme pour l'autre, ils se retrouvèrent au Astoria Park.

La température était presque similaire à celle qu'ils avaient connue plusieurs jours auparavant, quand ils étaient partis prendre leur petit déjeuner, à 4h du matin.

Mais cette fois-ci, ils avaient une bonne raison de se lever.

Henry lui avait déjà promis qu'il l'emmènerait prendre un petit déjeuner juste après. Elle lui avait confié que ce n'était pas nécessaire, mais il avait insisté et lui disait qu'il lui devait bien tout ceci.

La veille, Jo était repassée dans la salle des pièces à conviction pour récupérer le skate de Jeff et le reposer là où il était.

La jeune femme était donc venue chercher Henry, malgré ses nombreuses protestations et Abe qui était déjà debout, ne put s'empêcher d'avoir un petit rictus sur le coin des lèvres. Cette dernière affaire les avait énormément rapprochés et ils passaient de plus en plus de temps ensemble, sans même en être conscients. Il semblait que leur attraction les poussait l'un vers l'autre sans même qu'ils n'arrivent à y avoir un contrôle dessus.

En marchant dans le parc plutôt vide à cette heure-ci, Jo déposa délicatement le skate. Henry avait acheté un petit bouquet de fleurs et le déposa à côté du skate.

Ils s'attrapèrent la main et restèrent silencieusement devant le skate, désormais accompagné de la photo du petit garçon et lui rendirent hommage.

Les premières lueurs du jour éclairaient doucement le skate et Henry se retourna pour prendre connaissance du paysage.

- Viens ! Montons sur la pente.

Ils prirent les escaliers de la grande descente qu'Abe avait utilisée l'an passé. Henry la soutenu, plus par une question de réflexe qu'autre chose, ou peut-être qu'il souhaitait davantage de proximité avec la jeune femme.

Ils s'installèrent côte à côte et regardèrent ce soleil d'automne qui se levait et qui éclairait une partie des buildings aux alentours, et sa lumière se répercutait sur le Hamilton Bridge. Jo attrapa le bras d'Henry pour le passer autour d'elle et enlacer ses doigts avec les siens, la tête posée sur son épaule.

Chacun appréciait ce moment qu'ils souhaitaient ne jamais voir finir. Ce fut l'un des rares qu'ils pouvaient avoir à eux seuls, sans qu'une affaire ne se mette en travers ou sans que Jo ne doive le raccompagner chez lui et vice versa.

- C'est magnifique – souffla Jo, dont les yeux étaient rivés sur cet horizon urbain. – on se les gèle un peu, mais ça ne coupe rien à sa beauté.

Henry sourit. Ces petits matins d'automne lui rappelaient par moment son Angleterre natale, mais il ne saurait dire lequel des deux était plus froid.

- Et le fait qu'on soit là toi et moi, c'est une bonne façon de rendre hommage à Jeff.

- Je suis entièrement d'accord !

Jo et Henry sursautèrent et virent Amy qui était derrière eux, un petit blouson en cuir et un legging, une écharpe et son skate. Ils voulurent se lever et du coup, briser cette position, mais Amy leur fit signe de ne pas bouger, avec un petit sourire en coin.

- Ne vous fatiguez pas pour moi ! Est-ce que je peux me joindre à vous ? Je ne vais pas rester longtemps, mais je voudrais juste vous dire quelques mots.

Jo et Henry l'invitèrent donc à s'asseoir avec eux et la jeune fille tourna nerveusement ses mains dans tous les sens

- Vous venez souvent ici au lever du jour ? – demanda Jo

- Assez souvent depuis que Jeff nous a quittés. Je fais quelques sessions avant d'aller travailler. C'est une façon de me faire sentir bien. La lumière est belle et il n'y a personne.

Un court silence retomba entre les trois et Amy finit par leur dire

- Merci beaucoup ! Merci d'avoir résolu l'affaire de Jeff et d'avoir découvert ce qui s'est réellement passé. Personne n'avait pensé à la thèse de l'accident. Même si cela ne le ramènera pas, de savoir la vérité, me permettra de mieux dormir la nuit.

Jo et Henry lui firent un grand sourire, en faisant un simple signe de tête. Amy avait bien du mal à contrôler ses émotions. Elle essuya la grosse larme qui roula le long de sa joue et dit dans une voix étouffée.

- Je me dis, s'il était encore en vie aujourd'hui, peut-être que lui et moi on serait allés au-delà de notre amitié. En tout cas, merci de votre aide et continuez de veiller sur nous citoyens.

Amy se leva et avant de les quitter, les regarda avec des yeux brillants

- Et bon courage pour la suite tous les deux, je pense que vous faites un très joli couple.

Ni l'un ni l'autre ne sut répondre. Le froid ne fut pas le seul responsable à tourner leurs joues rouges. Mais ils se contentèrent de sourire. À ce niveau-là, ils savaient parfaitement bien que cela ne servait à rien de renier ce qui était pourtant vrai.

Quand le soleil fut bien haut dans le ciel, Henry demanda à Jo

- Alors, est-ce que tu veux quand même tenter le skate ?

Jo secoua la tête négativement

- Oh non ! Pas dans ce froid et pas si tôt le matin ! Je ne suis vraiment pas dans le mood. Mais peut-être, un de ces quatre.

Elle se leva. Henry fit de même et ils descendirent pour marcher jusqu'à la sortie du parc.

- En tout cas, merci pour ce beau lever de soleil Henry ! Et merci encore une fois de travailler avec moi sur toutes les affaires et d'être un partenaire dévoué.

Henry lui secoua rapidement la main

- Il n'y a pas de quoi très chère ! Notre collaboration continuera de fonctionner encore longtemps, j'en suis certain.


Author's note: Pour la chanson, il s'agit bel et bien d'une qui existe, j'ai juste changé le titre à ma convenance mais si vous voulez aller l'écouter et voir à quel point elle est poignante, elle s'appelle "Lili (U-turn)" et elle est chantée par Aaron. Elle est ultra bouleversante et j'ai trouvé qu'elle aurait parfaitement sa place dans mon chapitre.

Merci encore de votre fidélité :)